RÈGNE Du calife Omeyyade RÈGNE DE MARWAN 1er (64/683 — 65/683) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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 Lexpantion islamique jusqu'en 945. source :  Aus G. Droysens Historischem Handatlas, 1886
Lexpantion islamique jusqu’en 945. source :
Aus G. Droysens Historischem Handatlas, 1886

RÈGNE Du calife Omeyyade RÈGNE DE MARWAN 1er (64/683 — 65/683)  Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

Marvân, qui monta ensuite sur le trône, est Marvân, fils d’al-Hakam, fils d’’Aboul-‘As, fils d’Oumayya, fils d’Abd Chams, fils d’Abd Manâf. A la mort de Mouâwiya fils de Yazid, fils de Mouâwiya, il y eut des mouvements divers. Les Syriens voulurent un Omeyyade, les autres désignèrent ‘Abd-Allah, fils de Zoubair. Ce furent ceux dont l’opinion était favorable aux Omeyyades qui l’emportèrent. Mais on ne s’accorda pas sur celui d’entre eux auquel on donnerait le pouvoir. Il y en eut qui inclinèrent vers Khalid, [60] fils de Yazid, fils de Mouâwiya, un jeune homme disert et éloquent qui, disait-on, avait réussi à fabriquer la pierre philosophale. D’autres penchèrent pour Marvân, fils d’al-Hakam, à cause de son âge plus avancé, trouvant Khalid trop jeune. Enfin, Marvân fut proclamé khalife. Il commanda les armées et conquit l’Egypte. Il était surnommé « le fils du banni », parce que le Prophète avait banni son père, al-Hakam, [61] de Médine. Lorsqu’Othman, fils d’Afrân, prit le pouvoir, il rappela al-Hakam, ce que des Musulmans désapprouvèrent. Othman prétexta que le Prophète avait promis à al-Hakam de le rappeler. On a rapporté force traditions et récits sur la malédiction prononcée (par Muhammad sws), contre al-Hakam, fils d’al-‘As, et contre tous ses descendants mais certains auteurs déclarent que l’authenticité de ces traditions est faible. Voulait-on jeter le discrédit et le blâme sur Marvân, on lui disait : « O fils de Zarqâ[62] ! » (la femme aux yeux bleus). Or, Zarqâ l’aïeule des wânîdes comptait parmi les femmes qui indiquaient leurs demeures par des drapeaux, comme toutes les prostituées au temps du paganisme. C’est pour cela qu’on leur en faisait un déshonneur.

»

 Pièce en vigueur sous les Omeyyades ver 691/692 soit avant la réforme monétaire d'Abd al-Malik
Pièce en vigueur sous les Omeyyades ver 691/692 soit avant la réforme monétaire d’Abd al-Malik

Aussitôt proclamé khalife, il avait épousé la mère de Khalid, la femme de Yazid, fils de Mouâwiya, afin de diminuer le prestige de Khalid et de le mettre ainsi dans une situation inférieure pour un homme qui aspire au khalifat. Khalid entra un jour chez Marvân qui lui dit : « O fils de la femme humide ! » et il le qualifia de sot pour le déconsidérer aux yeux des Syriens. Khalid, tout confus, entra chez sa mère et lui rapporta les propos tenus par Marvân. Elle répondit : « Que personne ne sache que tu m’en as informée. Laisse-moi faire. » Puis, une nuit que Marvân dormait auprès d’elle, elle lui mit sur la figure un coussin qu’elle releva seulement après la mort de son mari.[63] Le fils de Marvân, ‘Abd al-Malik, voulut la tuer, mais on lui dit : « Les hommes se raconteront que ton père a été tué par une femme.[64] » Il la laissa en paix. Le règne de Marvân dura à peine plus de neuf mois.[65] Ce fut l’interprétation de la parole de l’Émir des Croyants (Ali) : « Sa puissance durera autant qu’un coup de langue d’un chien sur son nez.

 

Arab-Sasanian_Dirham_in_the_name_of_Ubayd_Allah_ibn_Ziyad

Et ce fut à cette époque que les Chiites vengèrent le meurtre de Hosain.

Relation abrégée de cet événement. — Lorsque la guerre civile eut un moment d’arrêt après le meurtre de Hosain et que Yazid, fils de Mouâwiya, fut mort, des hommes de Koûfa se réunirent et regrettèrent d’avoir fait défection à Hosain, de l’avoir combattu, et d’avoir aidé ses meurtriers, après lui avoir envoyé des messagers, l’avoir convié à les rejoindre et lui avoir offert leur concours. Leur repentir les fit surnommer : « les repentants » (at-tawwâboûn).[66] Ils se jurèrent de n’épargner ni leurs vies, ni leurs biens, pour le venger, pour combattre ses meurtriers et pour raffermir le droit sur ses assises en la personne d’un homme appartenant à la famille de leur Prophète. Ils prirent pour chef un des leurs, Soulaimân, [67] fils de Sourad, qui se mit en correspondance avec les Chi’ites dispersés dans les capitales, les appelant au combat. Ils acceptèrent et se joignirent à lui avec célérité. Ce fut alors qu’apparut Moukhtâr, [68] fils d’Abou ‘Obeïd le Thaqafite, un homme à l’âme noble, aux pensées élevées, d’une rare distinction. Celui-ci fit de la propagande en faveur de Muhammad, fils d’Ali, fils d’Abou Thâlib, connu sous le nom du fils de la Hanafite. Et ce furent des temps de guerres civiles, car, alors que Marvân était khalife de la Syrie et de l’Egypte, proclamé comme tel, assis sur le trône royal, ‘Abd-Allah, fils de Zoubair, était khalife du Hedjaz et de Basra, proclamé comme tel, ayant troupes et armes, et Moukhtâr était à Koûfa, ayant avec lui la population, des troupes et des armes. Il avait expulsé de Koûfa l’émir qui s’y trouvait, et lui avait succédé, invitant à reconnaître Muhammad, le fils de la Hanafite.

»

 

L'ancienne mosquée de Kufa en 1915, Iraq
L’ancienne mosquée de Kufa en 1915, Iraq

Puis, Moukhtâr devenu puissant s’attaqua aux meurtriers de Hosain. Il trancha la tête d’Omar, [69] fils de Sa’d, et du fils d’Omar, puis dit : « C’est pour Hosain et pour son père ‘Ali ! Et, par Dieu, si je tuais, pour venger Hosain, les deux tiers des Qoraichites, la rançon ne serait pas suffisante pour l’extrémité d’un seul de ses doigts. » Alors Marvân envoya ‘Obeïd Allah, fils de Ziyâd, à la tête d’une armée imposante ; Moukhtâr lui opposa Ibrahim, [70] fils de Malik, surnommé al-Achtar, qui tua ‘Obeïd Allah dans la région de Mossoul et envoya sa tête à Moukhtâr. Elle fut jetée dans le château, et l’on rapporte qu’un serpent mince sauta sur les têtes des morts, entra dans la bouche d’Obeïd Allah et sortit par une de ses narines, puis il rentra dans une narine et ressortit par sa bouche, et recommença plusieurs fois ce manège.

 

 

Abd-Allah ibn Al-Zubayr 680-692. Dirham 680-692
Abd-Allah ibn Al-Zubayr 680-692. Dirham 680-692

Enfin Abd-Allah, fils de Zoubair, envoya son frère Mous’ab, un brave, vers Moukhtâr, qu’il tua. 167

Marvân, fils d’al-Hakam, mourut en l’an 65 (685 de J.-C), et son fils ‘Abd al-Malik fut proclamé khalife.

notes du traducteur :

[60] Sur ce prince, voy. le Kitab al-aghâni, XVI, 87-92. Sa biographie est également donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 7 r°. Khalid jouissait, comme on le sait, d’une grande réputation d’alchimiste, et plusieurs écrits apocryphes sur cette fausse science lui sont attribués. Voy. aussi Massoudi, Prairies d’or, V, 206 et suiv.; Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 120 et suiv.

[61] Cf. Massoudi, Prairies d’or, IV, 257 ; Kitab al-aghâni, IV, 177; Ibn al-Athir, Chronicon. IV, 139.

[62] Ce sobriquet a été donné également à Abd al-Malik, fils de Marvân. Cf. Massoudi, Prairies d’or, V, 239. Cependant, dans une note qui se trouve à la page 509 du même tome, M. Barbier de Meynard, qui a connu le passage ci-dessus du Fakhrî, dit que l’auteur de ce livre explique le mot Zarqâ par « la femme au drapeau bleu ». L’auteur du Fakhrî n’a pas donné cette explication: il s’est borné à dire que Zarqâ était une prostituée, une de celles qui sollicitent l’attention des passants au moyen d’un drapeau, ce qu’il a d’ailleurs manifestement copié d’Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 160: mais il ne dit pas que son drapeau était bleu.

[63] ‘Voy. la relation de ce fait dans Kitab al-aghâni, XVI, 88, 90 ; Ibn al-Athir, op. cit., V, 158.

[64] La mère de Khalid se nommait Fâkhita. Voy. Massoudi, Prairies d’or, V, 206.

[65] Cf. Massoudi, loc. cit. Marvân était âgé, au moment de sa mort, de 63 ans environ.

[66] Voyez de nombreux détails dans Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 131 et suiv., 144 et suiv.

[67] Voy. Kitab al-aghâni, XIV, 98: XVI, 37 ; Massoudi, Prairies d’or, V, 213 et suiv. Une intéressante biographie de ce personnage est donnée par Khalil ibn Aibak As-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 173 v°: Ibn al-Athir, loc. cit. ; G. Weil, Geschichte der Chalifen, I, pp. 352 et suiv.

[68] Ce fameux khâridjite apporta un puissant secours à la cause des ‘Alides. Il remporta des succès continus sur les armées d’Obeïd Allah, fils de Ziyâd, gouverneur de l’Iraq, qu’il finit par tuer. Voy. un résumé de la vie de cet hérétique et les indications bibliographiques dans J.-B. Périer, Vie d’Al-Hadjdjâdj ibn Yousouf, p. 26 et passim. Cf. le Kitab al-aghâni. Index, p. 615 ; Massoudi,Prairies d’or, V, 166-229; Ibn al-Athir, Chronicon, IV, 173 et suiv.; G. Weil, Geschichte der Chalifen, I, 354 et suiv.

[69] Voy. ci-dessus et aussi Massoudi, Prairies d’or, V, 174; Ibn al-Athir, Chronicon. IV, 199.

[70] C’est le fils du fameux compagnon d’Ali dont il a été question ci-dessus, et qu’Ali voulait choisir comme arbitre dans son différend avec Mouâwiya. Ibrahim, général habile et partisan des ‘Alides, remporta de nombreuses victoires sur les troupes syriennes du khalife. Voy. les Prairies d’or, V, 222 et suiv. et 242-246. Ibrahim fut tué dans une bataille livrée par ‘Abd al-Malik à Mous’ab, fils de Zoubair en 70 de l’Hégire = (689 de J.-C). Cf. Tabari, Annales, II, p. 803 : les Prairies d’or, ibid.

 

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

 

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