Règne du dernier calife Omeyyade d’orient MARWÂN II (744-750) par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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Umayyad Gold Dinar Minted Under Marwan II ibn Muhammad - KA.135 j

XIV. —Règne du dernier calife Omeyyade d’orient MARWÂN II (127/744 — 132/750) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

 » Marvân, fils de Muhammad, fils de Marvân, qui régna ensuite, fut le dernier des khalifes Omeyyades, et le pouvoir passa de ses mains dans celles des ‘abbâsides. Il était appelé « al-Dja’di[122] ».

Il était surnommé l’Ane, et seulement, dit-on, à cause de son endurance dans les combats.

Il était brave, habile, rusé. Son règne fut une époque de guerres civiles, d’anarchie et de désarroi.

Il ne tarda pas à être mis en fuite par les armées ‘abbâsides et poursuivi jusqu’en Egypte.

Il fut tué dans une ville du Sa’id (Haute-Egypte) nommée Boûsir, et cela en l’an 132 (= 750 de J.-C.).

Ce fut sous son règne que se révolta Abd-Allah, [123] fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, fils d’Abou Thâlib.

Voici en résumé ce qui se passa : lorsque l’autorité des Omeyyades fut ébranlée, et que Marvân fut proclamé khalife, les guerres civiles éclatèrent entre les hommes. La discorde se mit entre eux, chacun ayant une opinion différente et une manière de voir personnelle.

Il y avait alors à Koûfa un descendant de Djafar al-Tayyar, nommé ‘Abd-Allah, fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, fils d’Abou Thâlib.

C’était un homme éminent, un poète ; son ambition lui dicta le désir de l’autorité. Les gens de Koûfa étaient témoins du désarroi qui régnait à Damas et de l’ébranlement de la puissance des Omeyyades.

Ils se présentèrent chez cet ‘Abd-Allah, le proclamèrent khalife et se groupèrent autour de lui en nombre.

L’émir,[124] alors préposé à Koûfa, sortit avec ses partisans et livra bataille aux révoltés.

Les deux partis résistèrent quelque temps l’un à l’autre, mais à la fin les gens de Koûfa demandèrent à l’émir quartier pour eux-mêmes et pour ‘Abd-Allah, fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, et la liberté de se rendre où ils voudraient dans les contrées d’Allah.

L’émir de Koûfa et ses partisans étaient lassés de combattre : il leur accorda donc le sauf-conduit.

‘Abd-Allah se dirigea vers Madâ’in (Ctésiphon), traversa le Tigre, s’empara de Houhvân et de ses environs, puis il se dirigea vers les pays de la Perse et y conquit les hauts plateaux, Hamadhan, Ispahan et Rey.

Quelques Hachémites s’y joignirent à lui et il se maintint dans cette situation pendant un bon laps de temps.[125]

Or Abou Mouslim du Khorasan avait acquis une puissance redoutable.

Il marcha contre cet ‘Abd-Allah et le tua.

Puis il fit apparaître la dynastie ‘abbâside.

Ce fut alors que cette dynastie se manifesta et que sa propagande se fit ouvertement.

Harran Ruinnes du dar al khilafah et de a mosquée Omeyyade Turquie 2
Les ruines du dar al khilafah du dernier calife Omeyyade de Damas, Marwan II  à Harran en Turquie 

[126] L’EMPIRE PASSE DE LA FAMILLE DES OMEYYADES À CELLE DES ABBASSIDES.

(Avant d’entrer en matière, il est indispensable d’exposer dans une introduction les commencements d’Abou Moslem Alkhorassany (Abu Muslim al-Khorasani) : car il fut l’homme de la dynastie, le chef de la vocation, et c’est à lui qu’on doit en attribuer le triomphe.)

Abu Muslim al-Khorassani

Introduction :

Origine et commencements d’Abou Moslem Alkhorassany.

Les opinions varient touchant son origine ; et il n’y aurait point d’utilité à s’étendre longuement sur ce sujet.

Selon les, uns, Abou Moslem était de naissance libre, et descendait de Buzurdjumihr, célèbre ministre persan.

Il était natif d’Ispahan et fut élevé à Koûfa. S’étant attaché à Ibrahim l’Imam, fils de Mohammed, fils d’Ali, fils d’Abdallah, fils d’Abbas, celui-ci changea son nom, le surnomma Abou Moslem, fit son éducation, et l’instruisit dans la jurisprudence.[127]

Selon les autres, il était né dans la condition d’esclave, et y demeura jusqu’au moment où il rencontra Ibrahim l’Imam, qui fut séduit de son extérieur et de son esprit, l’acheta de son maître, le forma et lui donna de l’instruction.

Par la suite il le chargea de missions auprès de ses partisans et de ses dais, qui travaillaient en Khorassan à l’établissement de sa puissance. Ainsi se passèrent les premières années d’Abou Moslem.

Mais ce personnage, étant devenu puissant, se donna pour fils de Sélith, fils d’Abdallah et petit-fils d’Abbas.

Or ce Sélith est le sujet d’une histoire qu’il faut rapporter ici en abrégé.

Abdallah ben Abbas possédait une jeune fille dont il jouit et qu’il délaissa quelque temps.

Cette jeune fille se maria[128] à un esclave, et de cette union naquit un garçon, qu’elle nomma Sélith. Mais elle l’attribua à Abdallah ben Abbas, qui le renia et ne le reconnut point Sélith crût en âge et ne témoigna que de la haine et de l’ingratitude à son prétendu père.

A la mort d’Abdallah, il disputa sa succession à ses héritiers.

Les Omeyades furent charmés de cette circonstance, parce qu’elle les mettait à même de nuire à Ali, fils d’Abdallah.

Ils protégèrent donc Sélith et donnèrent des ordres secrets au cadi de Damas, en sorte que celui-ci le favorisa dans son jugement et lui adjugea l’héritage.

Cette décision donna lieu à beaucoup de discours, qu’il ne convient point de rapporter ici.

Abou Moslem se donna donc pour fils de ce Sélith, [129] lorsque son crédit fut bien établi.

Il remplit ses missions pour Ibrahim l’Imam en Khorassan, appela secrètement les hommes à son parti et ne cessa d’en agir ainsi, jusqu’à ce que sa vocation devint publique, et que l’entreprise fut terminée.

La destruction de la dynastie des Omeyyades par les Abbassides pendant la révolution Abbasside entre 747 et 750 , illustration du 19eme siècle
La destruction de la dynastie des Omeyyades par les Abbassides pendant la révolution Abbasside entre 747 et 750 , illustration du 19eme siècle

Autre Introduction.

Nous rappellerons préalablement ces paroles de Dieu : Ces jours nous en partagerons alternativement le cours entre les hommes.[130]

Un sage consolait un monarque de la perte d’un royaume et lui disait :

« Si ce royaume fût resté au pouvoir d’un autre que toi, comment te serait-il arrivé ? »

« Sache bien que cette dynastie des Abbassides est une des plus puissantes qui aient gouverné le monde, et y aient exercé un pouvoir religieux et politique à la fois.

Les hommes vertueux et droits lui ont obéi par religion, les autres par crainte et par respect.

Le califat et le sceptre sont restés près de six siècles dans cette maison.

Plusieurs dynasties l’ont attaquée, telles que celles des Bouïdes, la plus puissante, comme tu le sais, dont le plus grand prince fut Adhed-ed-dauleh ; des Seldjoukides, parmi lesquels on distingue Thogril-bek ; des Kharizmiens, qui ont fourni Ala-Eddin, dont l’armée se composait de 400.000 combattants ; des Fatimides d’Egypte, princes qui envoyèrent, sous la conduite d’un de leurs esclaves, nommé Djewher as-Siqili, l’armée la plus nombreuse qu’on eût jamais vue, en sorte qu’un de leurs poètes, Mohammed ben Hany al-Azdi al-Maghréby, [131] dit :

« On n’avait point vu d’armée avant celle de Djewher, où les juments allassent à l’amble par dizaines, et accélérassent le pas.[132] »

Enfin ajoutons encore les Kharidjis, qui parurent sur ces entrefaites, en troupes nombreuses et en rassemblements considérables.

Cependant malgré ces chocs, les Abbassides ne cessèrent point de régner et aucune dynastie n’eut la force d’anéantir leur souveraineté ni de les détruire.

Au contraire, les divers princes dont nous venons de parler, rassemblaient de grandes armées, les conduisaient contre Bagdad, et lorsqu’ils y étaient arrivés, ils demandaient à paraître devant le Calife.

Quand ils étaient admis en sa présence, ils baisaient la terre devant lui, et le terme de leurs désirs était que le calife légitimât leur puissance, en leur conférant le titre de Wéli (lieutenant) ; qu’il leur nouât le drapeau ; qu’il les revêtît d’une robe d’honneur.

Le calife avait-il accédé à leurs demandes, ils se prosternaient et baisaient la terre devant lui, et marchaient à pied à côté de son étrier, tenant le parasol sous leurs bras. C’est ainsi que Massoud le sultan en agit avec Mostarched.

Il s’était introduit entre Massoud et le calife une mésintelligence telle qu’elle amena une guerre ouverte.

Mostarched entra en campagne avec une armée nombreuse, accompagné de tous les officiers de l’empire.

Les deux princes se rencontrèrent devant Méragah. On combattit pendant une heure ; la poussière s’éleva et déjà les troupes du calife étaient en déroute, et celles de Massoud victorieuses.

La poussière s’étant apaisée, on vit le calife qui restait ferme et immobile sur son cheval ; il tenait dans ses mains l’Alcoran et avait autour de lui les lecteurs, les cadis, et les vizirs, car aucun d’eux n’avait pris la fuite, quoique les soldats se fussent débandés

Lorsque le sultan Massoud les vit, il envoya un de ses officiers, qui conduisit le pontife dans une tente qu’on lui avait préparée ; mais il fit arrêter les officiers de son empire et les tint renfermés dans les lieux voisins.[133]

Au bout de quelques jours le sultan eut une entrevue avec le calife et lui reprocha sa conduite.

Après cela, la paix fut arrêtée et conclue entre eux. Le calife monta à cheval pour se rendre à un grand pavillon, qui lui était destiné.

Lorsqu’il fut sur sa monture, le sultan Massoud prit le parasol, et marcha à pied, à côté de l’étrier.

Tout ceci se termina néanmoins par le meurtre de Mostarched, événement dont nous offrirons plus loin le récit.

Toutes ces dynasties s’élevèrent contre les enfants d’Abbas, sans qu’aucune eut assez de nerf pour mettre fin à leur puissance et les faire disparaître entièrement.

C’est que cette puissance tenait dans l’opinion et l’esprit du peuple-un rang auquel aucune autre maison souveraine du monde n’a jamais atteint. Et telle était la force de cette opinion, que lorsque Houlagou voulut faire mourir le calife, Abou Ahmed Abd-Allah, surnommé al-Mustasim, après la prise de Bagdad, on lui fît entendre que ce meurtre troublerait l’ordre du monde, que le soleil s’éclipserait, que la rosée ne tomberait plus, que les plantée cesseraient de croître.

Effrayé de cette prédiction, il consulta un savant pour connaître la vérité à ce sujet.

Ce savant la lui apprit et lui dit : « Ali ben abi Taleb était, d’un aveu unanime, meilleur que ce calife ; on lui a donné la mort, et cependant aucun de ces prodiges ne s’est manifesté.

On en a agi de même à l’égard de Hossein, fils d’Ali : on a immolé les ancêtres de ce calife, on leur a fait supporter les plus mauvais traitements ; et le soleil ne s’est point dérobé aux regards ; la rosée n’a point cessé de tomber.

Ces paroles apaisèrent les craintes de Houlagou.

Quant au savant, [134] il s’excusa d’un tel discours sur la terreur qu’inspirait le sultan, dont on redoutait beaucoup la colère, disant qu’il n’avait point osé dire autre chose que la vérité en sa présence.

Toutefois ces prédictions étaient inspirées par l’opinion qu’avait le peuple à l’égard des Béni-Abbas, et aucune autre dynastie que cette famille victorieuse[135] (que Dieu en étende les bienfaits et l’élève en puissance et en gloire) n’a pu mettre un terme à leur règne et en effacer les vestiges.[136]

Car le sultan Houlagou, lorsqu’il eut conquis Bagdad, détruisit entièrement les Abbassides, et changea l’ordre et tous les règlements qu’ils avaient établis ; bien plus, on ne pouvait prononcer, sans danger, le nom de ces princes.

C’est ici le lieu de rapporter une anecdote, qui m’a été racontée par Almulissi Alhabechi, attachée au service du sultan, (que Dieu prolonge son règne équitable, et élève son rang dans ce monde et dans l’autre) et qui auparavant avait appartenu au calife Mustasim.

Voici dont ce qu’il me dit :

« Bagdad ayant été pris, on m’en fit sortir, (j’étais alors très jeune) avec les autres personnes attachées au calife. Nous fréquentâmes pendant quelques jours la cour du sultan. »

Après notre éloignement de Bagdad, Houlagou nous fit venir un jour en sa présence ; nous portions la livrée de la maison du calife ; et il nous dit. « Avant ceci, vous apparteniez au calife ; aujourd’hui vous m’appartenez. Il convient que vous me serviez avec zèle et sincérité, et que vous effaciez de vos cœurs le nom du calife : Car c’est une chose qui fut et qui a passé. Si donc vous désirez changer cette livrée et entrer au nombre de mes serviteurs, ce sera prendre le meilleur parti. »

Nous avons accepté respectueusement cette proposition, et ayant quitté notre livrée, nous avons pris celle des Mogols.

La révolution Abbasside  1 2 3
La révolution Abbasside (Osprey) 
1 Garde, Arabe Khorassanien 
2 Arabe Khorassanien de la cavalerie
3 Cavalier Abbasside du Ferghana

Commencement de la dynastie des Abbassides.

On dit que l’envoyé de Dieu, (sur qui soient les bénédictions et la paix !) a prononcé des paroles dont le sens annonçait que la souveraineté serait dans la ligne des Hachémites.

Les uns disent qu’il prédit que cette souveraineté écherrait à un de ses fils ; les autres, qu’il annonça un jour à Abbas, son oncle, qu’elle serait possédée par son fils, et Abbas lui ayant amené son fils Abdallah, le prophète lui cria dans l’oreille, lui mit de sa salive dans la bouche, et s’écria :

« O Dieu élève-le dans la religion, et enseigne-lui la science de l’interprétation ! »

Après cela il le remit à son père, en disant : « Reçois le père des rois. » Ceux qui rapportent cette tradition prétendent, que la dynastie des Abbassides est celle que désignent les paroles de Muhammad (psl).

La dynastie des Omeyades s’était attiré la haine, les malédictions et le mépris du peuple : elle exerçait une tyrannie pesante ; s’adonnait à la violation des préceptes divins, se livrait aux choses honteuses.

Du matin au soir, les sujets attendaient donc avec impatience cette nouvelle dynastie.

A l’exception de Imamiyéh, l’opinion commune des musulmans était que Mohammed, fils d’Ali ben abi Taleb, connu sous le nom d’Ibn Alhanéfiyeh, se trouvait le chef de l’état, par le meurtre de son frère Hossein ; car les Imamiyéh pensaient que la qualité d’Imam appartenait à Ali, fils de Hossein, Zéin Alabedyn, et après lui, à ses deux fils successivement (et selon les chiites jusqu’au Qaim) (..)

Quand Mohammed ibn Alhanefiyéh mourut, il testa en faveur d’Abou Hachem Abd-Allah son fils, lequel était au nombre des hommes les plus distingués de sa maison.

Il arriva que ce dernier se rendît à Damas auprès de Hécham, fils d’Abd-elmélik.

Le calife omeyade se conduisit très bien à son égard et lui fit des présents.

Mais, ayant conçu de la jalousie de son éloquence, de son rang et de son savoir, le craignant enfin, il envoya sur ses traces (Abd-Allah avait repris le chemin de Médine) des émissaires, qui l’empoisonnèrent dans du lait.

Abd-Allah, lorsqu’il se sentit empoisonné, pencha vers Mohammed ben Ali, ben Abd-Allah, ben Abbas, qui résidait à Homaimah en Syrie ; il l’instruisit de sa mort prochaine, et fit ses dernières dispositions en sa faveur ; il avait auprès de sa personne un certain nombre de chiites qu’il lui remit également, se constituant leur chef par son testament.

Après ces arrangements Abd-Allah expira. Depuis ce jour Mohammed ben Ali ben Abd-Allah convoita le califat et commença à répandre secrètement ses Daïs dans les provinces : telle fût sa conduite jusqu’à à sa mort

Mohammed laissa plusieurs enfants, du nombre desquels étaient : Ibrahim l’Imam, Al-Saffâh et Almansor.

Ibrahim l’Imam succéda à son père et multiplia l’envoi des Daïs dans les provinces surtout en Khorassan ; car les. Abbassides avaient plus de confiance dans les habitants de cette contrée qu’en tout autre peuple.

En effet, ils comptaient peu de partisans en Hedjaz ; les gens de Koûfa et de Basra s’étaient souillés et déshonorés aux yeux de la maison du prophète, par leur conduite ignominieuse et perfide, à l’égard d’Ali de Hassan et de Hossein, ses deux fils (que la paix soit sur eux), par le sang qu’ils avaient versé :

Quant aux peuples de Syrie et d’Egypte, ils affectionnaient les Béni Ommaiah, et l’amour de ces princes s’était enraciné dans leurs cœurs.

Des divers habitants de l’empire arabe, il ne restait donc que le peuple du Khorassan, sur qui ils se reposassent.

D’ailleurs, il était dit que les étendards noirs, qui devaient assurer le triomphe de sa maison, sortiraient du Khorassan.

Voilà pourquoi Ibrahim l’Imam dirigea ses Daïs en Khorassan, vers ses partisans, qui se composaient des cheikhs et des principaux du pays ; ils répondirent à ses invitations, et appelèrent secrètement le peuple à son parti.[137]

Vers la fin, il y envoya Abou Moslem. Celui-ci se rendit dans cette province, et rassembla les divers réunions de Chiites : tout ceci se faisait en secret, de même que la vocation ; elle n’était point encore manifesta.

Lorsque Mérouan, Alhimar, Ibn Mohammed, ben Mérouan, dernier calife Omeyade, monta sur le trône, le trouble et la confusion redoublèrent, le mal s’accrut, des séditions éclatèrent : les affaires des Omeyades s’embrouillèrent.

Divisés entre eux, ils se tuèrent les uns les autres. Alors Abou Moslem se déclara ouvertement pour la cause des Abbassides, et tous les habitants du Khorassan, qui étaient pour eux, se réunirent à lui.

A la tête d’une armée nombreuse, il marcha contre l’émir du Khorassan, Nasr ben sayyar, afin de le combattre.

Nasr, apprenant la situation d’Abou Moslem et de ses troupes, fut effrayé, et écrivit à Mérouan Alhimar :

« Je vois sous les cendres une étincelle de feu ; il est à craindre qu’elle ne produise un incendie. »

« Si les gens sensés de la nation ne l’éteignent point, il s’alimentera de cadavres et de têtes. »

« Le feu s’enflamme avec deux morceaux de bois, et la guerre commence par des paroles. »

« Saisi d’étonnement, je me suis écrié : Plût à Dieu que je susse si les Omeyades sont éveillés ou livrés au sommeil ! »[138]

Mérouan lui répondit : « Celui qui est sur les lieux voit ce que ne peut apercevoir celui qui se trouve absent. Coupe donc le mal qui s’est manifesté près de toi. » Nasr dit à ses officiers : « Votre maître vous apprend qu’il ne peut vous secourir. »

Mérouan recevait incessamment des nouvelles du Khorassan ; chaque jour ses affaires empiraient, et sa puissance s’affaiblissait Ayant appris que le personnage vers lequel les Dais appelaient le peuple, était Ibrahim l’Imam, frère d’Alsaffah et d’Almansor, il le fit arrêter dans l’endroit qu’il habitait, conduire et enfermer à Harrân où il le fit empoisonner.[139]

Il y eut plusieurs combats et plusieurs chocs entre Abou Moslem et Nasr ben Sayyar, ainsi que d’autres émirs du Khorassan, dans lesquels la victoire resta au Mussawadéh.[140]

On donnait ce nom aux troupes d’Abou Moslem, parce que c’était la couleur noire qu’ils avaient choisie pour livrée des Abbassides.

Mais considère la puissance du Dieu très haut, et comment, lorsqu’il veut une chose, il en prépare les causes.

Car rien ne peut s’opposer à l’exécution de ses volontés.

Lors donc qu’il eut décrété que la souveraineté serait transférée dans la branche des Abbassides, il disposa pour eux tout ce qui pouvait amener cet événement.

Ibrahim l’Imam, fils Ali ben Abd-Allah ben Abbas était dans l’Hedjaz ou la Syrie, se tenant sur son Mossala, livré à la méditation et aux pratiques du culte, occupé des affaires de sa, maison, et ne participant point aux avantages du monde ; et les habitants du Khorassan combattaient, sacrifiaient leurs vies et leurs richesses pour sa cause, quoique la plupart d’entre eux ne le connussent point et ne pussent appliquer son nom à sa personne.

Fixe tes regards sur l’Imam Ibrahim ; il vivait dans cet état de retraite et d’isolement du monde, habitant l’Hedjaz ou la Syrie, et comptait une armée nombreuse dans le Khorassan, armée qui versait généreux sèment son sang pour lui, et à laquelle il ne donnait ni paye, ni monture, ni armes : au contraire elle lui payait le tribut, et lui apportait chaque année les impôts.

Lorsque Dieu eut résolu d’avilir Mérouan, et de détruire la souveraineté des Omeyades, ce prince était reconnu pour calife, avait des troupes à ses ordres, possédait des richesses et des armes : rien ne lui manquait.

Mais les hommes se séparèrent de lui ; son autorité s’affaiblit, le fil des affaires politiques se mêla, et la puissance de ce prince s’évanouit de jour en jour, jusqu’au moment où il fut mis en fuite et tué.

Que Dieu soit exalté !

Les Tombeaux des Califes Omeyyades avant leurs destructions par les armées des Abbassides au Bannières Noires
Illustration du 19eme siècle Les Tombeaux des Califes Omeyyades avant leurs destructions par les armées des Abbassides au Bannières Noires

Lorsque le parti d’Abou Moslem se fut fortement établi par l’envahissement du Khorassan, et la soumission de ses districts, cet officier se dirigea vers l’Irak à la tête d’une armée.

L’arrestation d’Ibrahim l’Imam, ordonnée par Mérouan, sa détention à Harrân, avaient effrayé Al-Saffâh et Al-Mansur, ses frères, et plusieurs de leurs proches ; ils allèrent chercher un asile à Koufah.

Les Abbassides avaient des partisans dans cette ville ; de leur nombre était Abou Salamah, Hafs ben Soleïman Alkhallal, l’un des chiites les plus puissants de l’endroit, et qui devint plus tard vizir d’Al-Saffâh.

Ce prince le fît ensuite mourir, ainsi que nous le dirons ci-après, en parlant des vizirs.

Abou Salamah choisit à Koûfa une maison retirée pour ces fugitifs, la leur fit préparer, dirigea lui-même leurs affaires, tenant leurs projets cachés ; les Chiites se réunirent à lui et le parti de Abbassides se fortifia.

Abou Moslem arriva devant Koufah avec ses troupes ; il entra chez les Abbassides, disant :

« Qui d’entre vous est le fils d’Alharetsiyéh ? Almansour lui répondit : le voici, et il lui montra Al-Saffâh.

En effet celui-ci était fils d’une femme de la tribu de Harets.

Abou Moslem le salua du nom de calife. Al-Saffâh sortit de sa maison, accompagné de ses frères, de ses oncles, de ses proches, ainsi que des principaux chiites, et précédé d’Abou Moslem, et se rendit à la grande mosquée.

Il y pria, monta en chaire, déclara ses projets, prononça la Khothba et fut à l’instant proclamé calife.

Cet avènement à la souveraineté eut lieu en l’année 132 de l’hégire (= 749 de J. C.), et de cette époque datent le commencement de la souveraineté des Abbassides, et la fin de la dynastie des Omeyades.

Après cette cérémonie, Al-Saffâh alla camper en-dehors de Koûfa : le peuple des différentes contrées se rendit auprès de lui et le reconnut.

Dès qu’il se vit à la tête d’un rassemblement considérable, et que ses forces se furent accrues, il envoya un de ses proches contre Mérouan Alhimar ; c’était son oncle Abd-Allah ben Ali, l’un des hommes les plus courageux d’entre les Abbassides, Abdallah se dirigea vers Mérouan, et le rencontra sur les bords du Zab.

Ce prince avait avec lui cent mille hommes ; les troupes d’Abd-Allah étaient en moindre nombre.

Mais Dieu agit en sa faveur.

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Récit de la bataille du Zab ; avilissement et fuite de Mérouan.

Les deux armées s’étant rencontrées sur les bords du Zab, Mérouan dit à quelques-uns de ses officiers :

« Si le soleil se couche aujourd’hui, sans que l’ennemi nous attaque, le califat nous appartient, et nous les posséderons jusqu’à la fin des siècles, jusqu’à la venue du Messie.[141] »

En conséquence, il ordonna à ses troupes de s’abstenir de toute attaque, dans l’intention que le jour s’écoulât sans qu’il y eût de combat. Il fit demander la paix à Abd-Allah. Celui-ci répondit : « Il n’a point dit vrai : Si Dieu le permet, le soleil ne se couchera point que je ne l’aie forcé à remonter à cheval. »

Mais, par un de ces hasards extraordinaires, un proche parent de Mérouan chargea sur un détachement de l’armée d’Abd-Allah ben Ali.

Mérouan le réprimanda vivement sans en être écouté.

Il s’établit un rude combat. Abd-Allah ordonna à ses troupes de se préparer à l’attaque : elles sautèrent sur leurs chevaux et tendirent leurs lances. Abd-Allah ben Ali s’écria : « O mon Seigneur ! jusqu’à quand combattrons-nous pour toi ? »

Puis il ajouta : « O habitants du Khorassan ! Vengez Ibrahim l’Imam !»

Le combat devint plus acharné. Lorsque Mérouan donnait un ordre à ses soldats, on lui répondait : commande à d’autres.

Enfin la désobéissance en vint à ce point, qu’ayant ordonné au commandant de sa garde, de mettre pied à terre, cet officier lui répondit :

« Certes, je ne me précipiterai point dans une perte certaine. »

Mérouan l’ayant menacé, il en reçut cette réponse. « Je désire que tu puisses réaliser les menaces. »

Lorsque Mérouan vit la tiédeur de ses troupes, et les dispositions de l’armée d’Abd-Allah ben Ali, il plaça devant les siens beaucoup d’or, et dit : « Combattez et cet or est à vous. »

Les soldats tirèrent peu à peu tout cet or. Alors quelqu’un vint dire à Mérouan :

« Maintenant qu’ils ont pris l’argent, nous appréhendons qu’ils ne s’en aillent avec ce qu’ils ont reçu. »

Mérouan ordonna donc à son fils d’aller se placer sur les derrières de l’armée, et de tuer tous ceux qui se débanderaient, emportant avec eux de l’argent.

Le prince se mit en devoir d’obéir, et partit avec son étendard.

Lorsque les soldats virent le mouvement rétrograde de l’étendard, ils s’écrièrent :

« Fuyons, fuyons ; » alors la déroute devint complète, sans en excepter Mérouan :

Les troupes passèrent le Tigre, et il périt plus de monde dans ce passage qu’il n’y en eut de tué.

Alors Abd-Allah ben Ali récita ce verset de l’Al-Coran :

« Voilà que nous avons séparé pour vous les eaux de la mer ; nous vous avons délivré, et nous avons submergé le peuple de Pharaon.[142] »

Ruines de la mosquée Omeyyade de Harran construit par le calife Marwan II en 746
Ruines de la mosquée Omeyyade de Harran construit par le calife Marwan II en 746

Récit de la mort de Mérouan Alhimar.

Mérouan ne cessa de fuir jusqu’à ce qu’il eût atteint Mossoul.

Les habitants coupèrent le pont, et l’empêchèrent de passer le fleuve.

Ceux qui l’accompagnaient crièrent : « O habitants de Mossoul ; c’est l’émir des croyant que vous voyez ; il désire passer le fleuve. »

Le peuple de Mossoul répondit : Vous nous en imposez :

L’émir des croyants ne prend point la fuite. »

Puis ils chargèrent d’injures le malheureux calife, et lui dirent :

« Louanges à Dieu qui a mis un terme à votre puissance, et a fait disparaître la souveraineté de ta maison ! Louanges à Dieu qui nous a donné la famille de notre prophète ! »

Lorsque Mérouan entendit ces paroles, il s’avança plus loin, passa le Tigre et vint à Harran.

De là il se rendit à Damas, puis en Egypte, où il fut suivi par Abd-Allah ben Ali.

Ce dernier envoya sur ses traces un de ses Lieutenants, qui rencontra Mérouan dans un bourg du Saïd, nommé Boussir.[143]

Mérouan marcha contre lui et l’attaqua avec le monde qui l’accompagnait. L’officier Abbasside dit à ses soldats :

« Si nous attendons que le matin sort venu, et que l’ennemi voie notre nombre, il nous massacrera : aucun de nous n’échappera. Préparez-vous donc à combattre. »

En disant ces mots, il rompit le fourreau de son épée.

Ses officiers imitèrent son exemple, et chargèrent la troupe de Mérouan, qui prit la fuite.

Un soldat Abbasside attaqua le calife, sans le connaitre, le perça de sa lance et le renversa.

Un autre soldat s’écria :

« Le calife est renversé ! »

Aussitôt on accourut et on se pressa autour de lui.

Un homme de Koûfa s’avança et lui coupa la tête, et, après l’avoir examinée attentivement, on en arracha la langue, qu’une chatte dévora, ensuite on porta cette même tête à Al-Saffâh, qui se trouvait alors à Koûfa.

Dès qu’il la vit, il se mit à genoux, et élevant la tête vers le ciel, il s’écria :

« Rendons grâce à Dieu, qui m’a accordé la victoire et n’a point laissé sans exécution, la vengeance que j’avais à tirer de toi. »

« Quand même ils auraient bu mon sang, ils ne se seraient point désaltérés, et leur sang ne saurait étancher ma soif, tant ma colère est ardente.[144] »

Cet événement rendit Al-Saffâh maître absolu de l’autorité souveraine.  »

notes du traducteur:

[122] Les auteurs arabes affirment que Marvân II reçut ce surnom parce qu’il avait comme précepteur un certain Dja’d, fils de Dirham, qui lui enseigna la doctrine que le Coran était créé et non éternel, ce qui a été l’objet d’une très grande discussion sous le règne de Mamoun. Il lui aurait aussi enseigné la doctrine du libre arbitre et beaucoup d’autres opinions plus ou moins hétérodoxes. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, V, 329. Ce malheureux savant fut tué par ordre du khalife Hicham, qui chargea de cette besogne son gouverneur de l’Iraq. Khalid, fils d’Abd-Allah al-Qasri. Ibn al-Athir, loc. cit., V, 196-197 et 329. Voy. aussi de Hammer Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, II. 155.

[123] Une bonne notice sur cet ‘Alide est donnée par le Kitab al-aghâni, XI, 66, 79. Cf. Massoudi, Prairies d’or, VI. 41 et suiv. ; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 32. Sa biographie est donnée aussi par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2066, f° 102 v°. Ibn al Athir, Chronicon. V, 246 et suiv. La révolte de cet ‘Alide eut lieu en l’année 127 de l’hégire (= 744 de J.-C).

[124] Il se nommait ‘Abd Allah, fils d’Omar, fils d’’Abd al-’Aziz. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, V, 246 et suiv. ; Massoudi, Prairies d’or, VI, 71, 72; 108.

[125] Ce récit paraît textuellement emprunté à Ibn al-Athir, op. cit., V, 248.

[126] Ce passage jusqu’au paragraphe intitulé plus loin DE l’ETAT DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE SAFFÂH reproduit la traduction d’Amable Jourdain dans les Mines de l’Orient ouFundgruben des Orients, V. Certaines notes du traducteur moderne sont ajoutées.

[127] Dans les Fundgruben des Orients, V, 28, Amable Jourdain a traduit par « l’instruisit dans la jurisprudence ». Ce sens technique du verbe ne convient pas, je crois, dans ce passage. L’imâm Ibrahim n’a nullement cherché à faire de son protégé un jurisconsulte consommé. Le verbe a ici exactement le sens que l’auteur lui a substitué deux phrases plus loin, c’est-à-dire : « ouvert l’intelligence, instruire ».

[128] Amable Jourdain, loc. cit., traduit « se maria »… Dans le passage incriminé, ce verbe qui aurait signifié « demander en mariage », n’a pas ce sens ; il ne s’agit pas d’un mariage légitime, mais d’une demande d’un autre genre, comme le prouve la suite du récit et le texte d’Ibn al-Athir, Chronicon, V, 192. Cet auteur ajoute qu’Abd-Allah fit donner à l’esclave des coups de bâton, ce qui est, en droit musulman, la peine de la fornication. D’ailleurs, s’il y avait eu mariage légitime, la contestation sur la paternité n’aurait pas eu lieu, le mari de l’esclave devant l’endosser.

[129] Cf. Massoudi, Prairies d’or, IV, 182; Ibn al-Athir, Chronicon, V, 190, et suivantes.

[130] Coran, III, 134.

[131] Ce poète, très célèbre dans l’Afrique du Nord et principalement en Tunisie, est d’origine andalouse. Né à Séville, il résida successivement en Tunisie et en Egypte, où il fut attaché au fameux général Djauhar, puis à son fils Mo’izz. Il fut assassiné à Baya, au cours d’un voyage qu’il entreprit pour aller chercher sa famille en Tunisie et la ramener en Egypte ; et cela en l’année 362 (= 973). Cf. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 91; Cl. Huart, Hist. de la Litt. arabe, pp. 96-97 ; de Hammer Purgstall, Litteraturgesch. der Araber. V, 793 ; Cf. VI, 1005) : Makrizi, Khitat, I, 378 ; Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wàfî bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 5860, f° 118 r° ; Ibn Khallikan, Wafayâl. éd. Wüstenfeld, notice 679

[132] Je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi le sens de ce vers.

[133] Cette forteresse se nommait Serdjihân. Ibn al-Athir,Chronicon, XI, 16.

[134] Je présume que ce savant est Nassir-eddin, qui joua un grand rôle dans ces événements, et jouissait de la faveur particulière du conquérant tartare. Voy. La Notice sur Nassir-eddin, qui se trouve à la suite de mon Mémoire sur l’observatoire de Mèragah et sur les instruments employés pour y observer. Paris, 1810, 1 vol, in 8.

[135] Les Mongols.

[136] Fakhr-eddin Razy veut parler ici de la dynastie des Mogols, Cazan Khan occupait le trône à l’époque où il écrivait.

[137] La lacune que je crois remarquer ici dans le texte ne me permet pas d’affirmer l’exactitude de ou traduction. Voy. le texte.

[138] Ces vers sont donnés, sauf le deuxième, par Ibn al-Athir, Chronicon, V, 279. De même, Massoudi, Prairies d’or, VI, 62) donne cette épître versifiée en entier, sauf toujours le deuxième vers qui est également absent du Kitab al-aghâni, V, 128.

[139] En l’année 132 (= 749). Les historiens ne sont pas d’accord sur la cause de sa mort. Ibn al-Athir (op. cit., V, 323) rapporte une opinion d’après laquelle Ibrahim serait mort de la peste qui s’était déclarée cette année-là à Harrân. Massoudi (Prairies d’or, VI, 72) raconte, d’après le récit d’un témoin oculaire, qu’Ibrahim mourut la tête enfoncée dans un sac rempli de chaux vive pilée.

[140] La question de l’adoption de la couleur noire par les ‘Abbasides est un peu compliquée. La plupart des auteurs arabes s’accordent pour dire que les ‘Abbasides portèrent le noir en signe de deuil, à la suite des nombreux morts que la lutte contre les ‘Omeyyades lit dans leurs rangs. Et ils ajoutent que c’est à la mort d’Ibrahim, l’Imâm dont il est question ci-dessus, qu’ils commencèrent à porter le noir. Voy. Soyoûtî, Kitab al-wasâil ilâ ma’rifat al-awâ’il, manuscrit arabe de Paris, n° 659, f° 190 recto, et la source où Soyoûti a puisé, le Kitab al-a’wâil d’Abou Hilal Al-‘Askarî, manuscrit arabe de Paris, n° 5986, f° 132 recto; Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 49 et suiv. (Cette note de Sacy est une véritable dissertation sur la question.) Cependant, malgré le témoignage de ces historiens, on doit reconnaître que la couleur noire a été adoptée par les ‘Abbasides avant la mort d’Ibrahim, qui eut lieu en 182. Voy. la note précédente.) Soyoûti, dans le passage cité ci-dessus dit que le port du noir a commencé chez les ‘Abbâsides en 125, donc sept ans avant le meurtre d’Ibrahim. Et d’autre part le noir était déjà la couleur des drapeaux ‘abbâsides bien avant la mort d’Ibrahim l’imâm. Ibn al-Athir (op. cit., V, 272, l. 20) fait déjà mention du costume noir des ‘Abbâsides en l’année 127. Il est probable que le meurtre d’Ibrahim n’ait fait que généraliser cet usage. Sur la couleur noire devenue ensuite la couleur officielle pour les fonctionnaires, voy. la note de Sacy, citée plus haut. Sur la tentative de réforme de Mamoun.

[141] Issa  doit, en effet, revenir sur la terre et assister comme témoin contre les infidèles, le jour de la Résurrection. Cf. Coran. IV, 157. Muhammad swsw aurait dit, d’après un hadith rapporté par Bokhari, Salah, trad. Houdas et Marçais, II, 520, chap. XLIX : « J’en jure par celui qui a mon âme entre ses mains, il arrivera très promptement que le fils de Marie descendra parmi vous comme un arbitre équitable. Il brisera les croix; il fera périr les porcs ; il supprimera la capitation et il fera tellement déborder les richesses que personne n’en voudra plus, etc. »

[142] Coran. II, 47.

[143] Ce récit est emprunté à Ibn al-Athir, Chronicon, V, 326.

[144] Ce vers est donné par Ibn al-Athir, Chronicon, V, 327, et par le Kitab al-aghâni, IV, 92. Cet auteur l’attribue au poète Dzoû-l-Isba’ al-Adwâni, sur lequel on peut voir Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, 445-446. — Cf. Kitab al-aghâni, III, 2-11. Une étude de Boucher dans le J. A. P., 1886.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

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