Gouvernement d’Ifrikiya du général omeyyade Mussa ibn Nusayr al-Lakhmi (703-715) , Invasion Omeyyade de l’Andalousie et expédition en Sardaigne par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331)

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Mussa ibn Nucayr al-Lakhmi sur le cheval et tarik ibn Zyad à  pied
Le général Omeyyade Mussa ibn Nucayr al-Lakhmi sur le cheval et  son mawla (affranchis) Tarik ibn Zyad à pied 711

Gouvernement d’Ifrikiya du général omeyyade Mussa ibn Nusayr al-Lakhmi (703-715) , Invasion Omeyyade de l’Andalousie et expédition en Sardaigne par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) 

 

GOUVERNEMENT DE MOUSA IBN NOSEIR AL-LAKHMI A. H. 89 (708 DE J. C.) :

Sur le refus de Hassan, El-Welîd écrivit à son oncle Abd el-Melik d’envoyer en Afrique Mousa Ibn Noseir, et il lui signifia que cette province serait indépendante de celle d’Egypte, et qu’elle relèverait immédiatement du khalife. A son arrivée. Mousa déposa Salih, lieutenant de Hassan, et, ayant appris qu’il se trouvait sur les frontières des gens qui s’étaient soustraits à l’obéissance, -il envoya contre eux son fils Abd Allah, qui les défit dans une bataille, et en ramena à son père cent mille prisonniers. Son second fils, Merwan, qu’il avait envoyé d’un autre côté, rentra également avec cent mille prisonniers.

Moussa lui-même marcha dans une autre direction, et revint avec le même nombre de captifs. Ce jour-là, dit El-Leith Ibn Saad,[59] le quint légal montait à soixante mille prisonniers; chose inouïe depuis l’établissement de l’islamisme.

Mousa fit ensuite une expédition vers Tanger, pour attaquer les Berbers qui s’y trouvaient encore. Ils prirent la fuite à son approche, et Mousa les poursuivit, en les massacrant, jusqu’à ce qu’il parvînt à Es-Sous el-Adna.

Les Berbers n’osaient plus alors lui résister, et ils se soumirent pour éviter la mort. Mousa fit périr le prince  qui les commandait, et il leur donna un nouveau chef Tarik Ibn Zîad reçut de lui le commandement de Tanger et des environs ; il eut sous ses ordres dix-neuf mille cavaliers berbers et un petit nombre d’Arabes que Mousa lui avait laissés pour leur apprendre le Koran et les devoirs de l’islamisme.

A son retour vers la province d’Afrique, Mousa passa près du château de Meddjana,[60] dont la garnison fit quelque résistance, et il y laissa Bischr, fils de…[61] avec quelques troupes pour en faire le siège. Bischr emporta la place, qui fut nommée dans la suite Kalât Bischr (le château de Bischr).

Il ne se trouvait plus alors en Afrique ni Berbers, ni Grecs disposés à résister.

Bataille du Guadalete Informations générales Date19 juillet 711 LieuGuadalete Issue	Victoire omeyyade décisive Chute du Royaume wisigoth Changements territoriaux	Conquête de la majeure partie de la péninsule Ibérique par le Califat omeyyade Belligérants Califat omeyyade	Royaume wisigoth Commandants Ṭāriq ibn Ziyād	Rodéric † Forces en présence 12 000 hommes	33 000 hommes Pertes 3 000 hommes	Inconnu. L'armée est complètement désorganisée. Campagnes omeyyades en Europe de l'Ouest
Bataille du Guadalete
Date 19 juillet 711
Lieu Guadalete
Issue Victoire omeyyade décisive
Chute du Royaume wisigoth 

INVASION DE L’ESPAGNE.

Cette invasion eut lieu l’an 92 de l’hégire (710-711 de J. C.) sous la conduite de Tarik Ibn Zîad, mewla[62] de Mousa Ibn Noseir. Dans la chronique intitulée le Kamil (complet), Ibn el-Athir a donné des détails sur les événements qui se sont passés en Espagne et sur l’ancienne histoire de ce pays : nous reproduirons ici les renseignements qu’il en a fournis, attendu que cette conquête fut un des plus brillants triomphes des armes musulmanes.

Après quelques notions préliminaires sur l’ancienne histoire d’Espagne,[63] cet auteur donne une nomenclature des souverains, les uns idolâtres et les autres chrétiens, qui régnèrent sur cette contrée.

Voici ce qu’il dit de la famille de Witiza. Ce prince régna jusqu’à l’an 77 de l’hégire (696-7 de J. C). Il laissa, en mourant, deux fils,[64] mais le peuple, ne voulant pas vivre sous leur autorité, se donna pour souverain un nommé Rodéric,[65] qui s’était distingué par sa bravoure, mais qui n’appartenait pas à la maison royale.

Les princes d’Espagne avaient coutume d’envoyer leurs enfants des deux sexes à Tolède, où ils entraient au service du roi, qui ne prenait pas d’autres serviteurs. Quand ils avaient reçu une éducation convenable et atteint l’âge de puberté, le prince les mariait entre eux et se chargeait de la dot.

A l’avènement de Rodéric, Julien, seigneur d’El-Djeziret el-Khadrâ,[66] Ceuta et autres lieux, plaça sa fille à la cour, et le roi, frappé de sa beauté, lui fit violence ; elle écrivit à son père pour l’en informer, et celui-ci, pénétré d’indignation, adressa à Mousa Ibn Noseir, le gouverneur omeyyade d’Afrique, une lettre dans laquelle il se déclara prêt à reconnaître son autorité.

Sur l’invitation de Mousa, il se rendit auprès de lui et l’introduisit dans les villes dont il était le maître ; il prit aussi l’engagement d’obéir aux volontés du chef musulman et des siens. Il lui dépeignit l’état de l’Espagne et le pressa de s’y rendre : ces choses se passaient vers la fin de l’an 90 (mois d’octobre 709 de J. C).

l'Andalousie juste avant la conquête Omeyyade
l’Andalousie juste avant la conquête Omeyyade

 

Mousa écrivit en conséquence à El-Welîd pour obtenir de lui l’autorisation d’y faire une descente, et ce khalife donna son consentement à cette entreprise avec d’autant plus de facilité, qu’il n’y avait qu’une mer étroite à traverser. Mousa fit alors partir un de ses mewla (mawali) , nommé Tarif, accompagné de quatre cents fantassins et de cent cavaliers ; quatre navires les transportèrent dans l’île nommée depuis l’île de Tarif (Tarifa). De là il fit une incursion dans Algéziras et revint sain et sauf avec un riche butin. Ce fait avait lieu au mois de ramadan de l’an 91 (juillet 710 de J. C.).

Témoins de la suite heureuse de cette incursion, les autres musulmans se hâtèrent de prendre part à une nouvelle expédition. Mousa fit alors venir son mewla Tarik Ibn Zîad, qui commandait son avant-garde, et il l’envoya en Espagne, à la tête de sept mille musulmans, pour la plupart berbers et mewlas. S’étant embarqués, ils se dirigèrent vers une montagne qui s’élève dans la mer et touche d’un côté au continent. Ce fut là qu’ils abordèrent, et cette montagne fut nommée Djebel Tarife (la montagne de Tarik, Gibraltar). Lors des conquêtes d’Abd el-Moumîn, ce prince y fit bâtir une ville, et changea le nom de la montagne en Djebel el-Feth (Mont-Victoire ou Montagne de l’Entrée) ; mais cette nouvelle dénomination ne se maintint pas, et on a continué à l’appeler par son premier nom.

Les Adversaires, le général Omeyyade Tariq ibn Zyad al-Laythi et Roderick le roi des Wisigoths 711
Les Adversaires, le général Omeyyade Tariq ibn Zyad al-Laythi (droite)  et Roderick (gauche) le roi des Wisigoths 711

Le débarquement de Tarik s’effectua au mois de redjeb de l’an 92 (avril-mai, 711 de J.C.). Ibn el Athir rapporte que, durant la traversée, Tarik, s’étant abandonné au sommeil,[67]vit le Prophète béni, accompagné de ceux qui avaient émigré de la Mecque pendant la persécution, et des Médinois qui lui avaient accordé leur appui (el-Mohadjerin w’el-Ansar). Ils portaient l’épée au côté et l’arc sur l’épaule.

Le prophète (psl)  lui adressa ces paroles : O Tarik ! avance et accomplis ton entreprise ; sois humain envers les musulmans et fidèle à tes engagements. Tarik regarda alors et il vit le Prophète béni, et ceux qui l’accompagnaient, entrer en Espagne devant lui. A son réveil il annonça cette bonne nouvelle à ses compagnons ; il sentit son courage se ranimer et, dès lors, il ne douta plus de la victoire. Quand tout son monde fut débarqué à la montagne, il descendit dans la plaine et pénétra dans Algésiras où une vieille femme vint à sa rencontre et lui parla en ces termes : J’avais un mari qui prévoyait l’avenir ; il annonça au peuple qu’un émir entrerait dans leur ville et en prendrait possession ; il leur décrivit la figure du conquérant, qui devait avoir, selon lui, une grosse tête et une tache velue sur l’épaule gauche.

Tarik se dépouilla aussitôt de ses vêtements et eut le plaisir de voir qu’il s’y trouvait, en effet, une tache telle qu’elle l’avait décrite. Le même historien dit encore : Lorsque Tarik eut quitté la forteresse de la Montagne et subjugué Algésiras, la nouvelle en fut portée à Rodéric, qui était alors engagé dans une expédition militaire ; ce dernier trouva cette circonstance si grave, qu’il renonça à son entreprise et rassembla une armée de cent mille hommes pour l’opposer à Tarik, qui venait de pénétrer dans son pays. Tarik écrivit alors à Mousa pour l’instruire de son succès et lui demander des renforts ; il obtint un secours de cinq mille hommes, et le nombre des musulmans se trouva ainsi porté à douze mille. Julien les accompagna, pour les diriger vers les endroits faibles du pays et leur procurer des renseignements.

L'affrontement entre les armées Omeyydes de Tariq ibn Ziayd et celle de Roderisk et les Wisigoths
L’affrontement entre les armées Omeyydes de Tariq ibn Ziayd et celle de Roderisk et les Wisigoths source :national geographic)

 

Sur ces entrefaites, Rodéric vint avec son armée leur livrer bataille ; le choc eut lieu sur le bord de la rivière Léka,[68] dans le gouvernement de Sidonia, le vingt-huitième jour du mois de ramadan de l’an 92 (18 juillet, 711 de J. C.). Huit jours se passèrent en combats successifs. Les deux fils de l’ancien roi commandaient chacun une aile de l’armée de Rodéric, et, comme ils le détestaient, ils résolurent, d’accord avec d’autres princes, de prendre la fuite ; car, disaient-ils, quand les musulmans auront la main remplie de butin, ils s’en retourneront dans leur pays, et le royaume nous restera.

Ils se retirèrent alors en désordre, et, Dieu ayant mis Rodéric et les siens en fuite, ce prince se noya dans le fleuve. Tarik les poursuivit jusqu’à la ville d’Ecija[69] dont les habitants, ainsi qu’un grand nombre de fuyards qui s’étaient ralliés à eux, vinrent lui livrer bataille. Après un combat acharné, les Espagnols furent défaits, et Tarik s’arrêta à quatre milles d’Ecija près d’une source qui a été appelée depuis la source de Tarik.

La déroute Wisigoth face au Omeyyades
La déroute Wisigoth face au Omeyyades, (source : National geographic )

Plus loin, l’historien dit : La nouvelle de cette double défaite jeta la terreur parmi les Goths, et ils abandonnèrent leurs villes pour se réfugier à Tolède. Julien conseilla alors à Tarik de partager son armée en plusieurs corps, vu qu’il n’y avait plus rien à craindre de la part des peuples espagnols, et il lui recommanda de marcher en personne sur Tolède. Tarik accueillit cette proposition, et, d’Ecija (où il était), il fit partir un corps de troupes pour Cordoue, un autre pour Grenade, un troisième pour Malaga, un quatrième pour Tadmîr (Murcie ?) et il marcha lui-même sur Tolède avec le corps le plus considérable. En y arrivant, il la trouva déserte ; les habitants l’ayant abandonnée pour se retirer dans une autre ville nommée Maiya, qui était située derrière la montagne.

L’historien ajoute que les autres détachements prirent les villes contre lesquelles ils avaient été envoyés,  » et que Tarik établit dans Tolède les juifs avec quelques-uns de ses compagnons et se dirigea vers Wadi ‘l-Hidjara (Guadalajara). Il traversa la montagne en suivant un défilé qui porte, depuis, le nom de défilé de Tarik (FedjTarik). De là il arriva à une ville située derrière la montagne et appelée Medinet el-Maîda (la ville de la Table).

Dans cette ville se trouvait la table de Salomon, fils de David ; c’était une seule émeraude verte dont les bords et les pieds étaient garnis de perles, de corail, de rubis et d’autres pierres précieuses : trois cent soixante pieds soutenaient cette table magnifique. De là, Tarik passa à Maiya où il enleva quelque butin et d’où il revint à Tolède, en l’an 93 (711-12 de J. C.). D’autres disent qu’il fit une incursion en Galice, et pénétra jusqu’à Astorga, après avoir tout livré aux flammes sur son passage, et, qu’ensuite il rentra à Tolède, où les détachements qu’il avait fait partir d’Ecija vinrent le rejoindre, après s’être rendus maîtres de toutes les villes dont il les avait chargés de faire la conquête.

 

Au mois de ramadan de l’an 93 (juin-juillet, 712 de J. C.), Mousa Ibn Noseir arriva en Espagne avec des troupes nombreuses, et il éprouva un vif sentiment de jalousie en apprenant les hauts faits de Tarik. En débarquant à Algésiras, il rejeta le conseil qu’on lui donnait de suivre la route que Tarik avait prise. Alors ses guides lui dirent : Nous vous mènerons par un chemin où il y aura plus d’honneur à acquérir[70] que dans celui que votre devancier avait choisi, et vous y trouverez des villes qui n’ont pas encore été subjuguées. Julien lui prédisait aussi une grande victoire, ce qui le combla de joie, et ils partirent tous pour la ville d’Ibn es-Selim (ou es-Soleim) qu’ils emportèrent d’assaut. De là, il se rendit à Carmona, la ville la plus forte d’Espagne, et Julien s’y fit recevoir avec ses officiers, en se donnant pour des vaincus qui fuyaient les musulmans. Mousa envoya alors de la cavalerie contre la ville, et, les affidés de Julien leur en ayant ouvert les portes pendant la nuit, les musulmans en prirent possession.

Tarik ibn Ziyad al-Laythi rejoint  et pose ces conqutes au pied de  Mussa ibn Nussayr al-Lakhmi l'émir Omeyyade d'Afrique du Nord
Tarik ibn Ziyad al-Laythi rejoint et pose ces conquêtes au pied de Mussa ibn Nussayr al-Lakhmi l’émir Omeyyade d’Afrique du Nord

Mousa se dirigea ensuite vers Séville, l’une des villes les plus grandes et les plus célèbres d’Espagne, et s’en empara, après un siège de quelques mois. Comme les habitants s’étaient enfuis, Mousa y établit des juifs, et il en partit pour aller assiéger Mérida. Les habitants de cette place ayant fait plusieurs sorties vigoureuses, Mousa plaça des troupes en embuscade parmi des débris de rochers où les infidèles ne purent les apercevoir, et, dès le point du jour, il s’avança pour les attaquer ; les assiégés étant sortis, comme de coutume, pour combattre les musulmans, ils furent enveloppés soudain par les soldats embusqués qui prirent position entre eux et la ville : le combat fut long et sanglant, et ceux qui parvinrent à se soustraire à la mort rentrèrent dans la ville, qui était très forte, et qui, déjà, soutenait un siège de plusieurs mois.

Lorsque Mousa s’avança pour faire pratiquer une brèche à ses murailles, le peuple fit une sortie vigoureuse et tailla en pièces un nombre considérable de musulmans au pied de la tour nommée depuis la tour des Martyrs. Mérida se rendit enfin, le dernier jour du mois de ramadan de l’an 94 (29 juin 713 de J. C.). La base de la capitulation portait que les musulmans seraient mis en possession des biens de ceux qui périrent lors de l’embuscade, de ceux qui avaient abandonné la ville pour fuir en Galice, et des propriétés des églises, ainsi que des églises principales.

Le peuple de Séville s’étant alors assemblé courut sur les musulmans et il extermina tous ceux qui se trouvaient dans la ville. Mousa y envoya son fils, Abd el-Aziz, à la tête d’une armée, pour en faire le siège, et celui-ci en fit périr tous les habitants. Puis, il alla s’emparer de Lebla (Niebla) et Badja, et retourna ensuite à Séville. Le même historien dit plus loin : Mousa ayant quitté Mérida, au mois de schewal, pour se rendre à Tolède, Tarik vint au-devant de lui et descendit de cheval sitôt qu’il le vit ; mais Mousa le blessa à la tête d’un coup de fouet, parce qu’il avait transgressé les ordres qu’il lui avait donnés.

Expansion Islamique ver l'ouest sous l'égide des Omeyyades de Dimashq
Expansion Islamique ver l’ouest sous l’égide des Omeyyades de Dimashq

 

Arrivé à Tolède, Mousa exigea de Tarik la remise du butin et de la table. Un des pieds de cette table avait été enlevé par Tarik, et, Mousa l’ayant interrogé à ce sujet, il lui répondit qu’il l’avait trouvée ainsi. Alors Mousa y fit mettre un nouveau pied en or, et il marcha contre Saragosse, dont il s’empara ainsi que des villes environnantes.

Il pénétra ensuite dans le pays des Francs et arriva dans un vaste désert et une plaine où étaient des puits ; il trouva là une idole (représentant unhomme) debout et portant cette inscription : Enfants d’Ismaïl ! c’est ici le terme de votre marche ; ainsi, rebroussez chemin. Désirez-vous savoir ce que vous trouverez à votre retour ? je vous le dirai : « des dissensions intestines, dans lesquelles vous vous couperez la tête les ans aux autres ».

Alors Mousa revint sur ses pas, et, chemin faisant, il rencontra un messager qui lui portait l’ordre de quitter l’Espagne et de se rendre auprès d’El-Welîd. Cet ordre le contraria beaucoup, et il dupa l’envoyé du khalife par différents prétextes, tout en faisant des expéditions dans d’autres endroits que celui où se trouvait l’idole, s’occupant à tuer, à faire des captifs, à détruire les églises et à en briser les cloches.

Arrivé au rocher de Belaî (Pelage), situé sur les bords de la mer Verte (le golfe de Gascogne), il avait toujours eu pour lui la force et la victoire, lorsqu’un autre messager lui arriva, de la part d’El-Welîd, pour lui enjoindre de presser son retour. Cet envoyé saisit par la bride la mule qui portait Mousa, et il l’emmena ainsi. Ce fut dans la ville de Lok (Lugo ?) en Galice que cette rencontre eut lieu. Mousa traversa, en s’en revenant, un défilé appelé depuis le défilé de Mousa, et il fut rejoint par Tarik, qui revenait de la frontière supérieure, (Aragon).

Ceuta au nord du Maroc (Espagne)
Ceuta au nord du Maroc (Espagne)

Il obligea Tarik à partir avec lui, et laissa, en qualité de lieutenant, son fils, Abd el-Aziz Ibn Mousa. Ayant passé le détroit, il confia à son autre fils, Abd el-Melik, le commandement de Ceuta, Tanger et des lieux voisins ; et nomma Abd Allah, son fils aîné, gouverneur de la province d’Afrique et des pays qui en dépendaient. Il partit ensuite pour la Syrie emmenant avec lui trente mille jeunes vierges, filles des princes des Goths et de leurs chefs, et emportant les dépouilles de l’Espagne, la table de Salomon ainsi qu’une quantité immense de pierreries et de toutes sortes d’objets précieux. A son arrivée en Syrie, il apprit la mort d’El-Welîd et l’élévation de Soleïman ibn Abd-el-Melik.

 

Le nouveau khalife, qui n’aimait pas Mousa ibn Noseir, lui ôta toutes ses charges, le bannit de sa présence et lui imposa une amende si considérable, que pour l’acquitter Mousa fut obligé de faire des emprunts aux Arabes du désert.

Selon une autre relation, El-Welîd vivait encore lors du retour de Mousa, qui lui avait écrit pour s’attribuer la conquête de l’Espagne, et pour lui annoncer la prise de la table. Quand il parut devant le khalife, il lui présenta ce qu’il avait apporté, sans oublier la table ; mais Tarik, qui l’accompagnait, revendiquant lui seul l’honneur de l’avoir prise, il en reçut de la part de Mousa un démenti formel.

Sur cela, il pria El-Welîd de demander à Mousa ce qu’était devenu le pied qui y manquait, et, comme celui-ci n’en avait aucune connaissance, Tarik fit voir ce pied au khalife en lui disant que c’était pour cette raison qu’il l’avait caché. El-Welîd reconnut alors la véracité de Tarik qui, en agissant ainsi, voulait se venger de Mousa qui l’avait fait battre et emprisonner jusqu’au jour où El-Welîd lui fit rendre la liberté. Quelques-uns disent cependant que Mousa ne l’emprisonna pas.

On rapporte qu’il y avait en Espagne, sous la domination romaine, une maison-à laquelle chaque nouveau gouverneur ajoutait une serrure ; leurs successeurs, les Goths, en firent de même ; mais, lors de l’avènement de Rodéric, ce prince ouvrit les serrures et trouva dans la maison des images représentant des Arabes portant des turbans rouges et montés sur des chevaux gris ; on y voyait aussi l’inscription suivante : Lors de l’ouverture de cette maison, le peuple que voici pénétrera dans ce pays. Et l’invasion de l’Espagne eut lieu dans cette même année.

Carte médiévale arabe de la Sardaigne.
Carte médiévale arabe de la Sardaigne.

EXPÉDITION Omeyyade EN SARDAIGNE.

Après son entrée en Espagne, dit le même historien, Mousa envoya un détachement de troupes contre cette île, située dans la mer Romaine, et qui abonde en fruits. Elles y arrivèrent en l’an 92 (710-11 de J. C.), et les chrétiens jetèrent dans une pièce d’eau tous leurs vases d’or et d’argent, et cachèrent (le reste de) leurs richesses entre les deux toits de l’église principale.

Les musulmans firent un immense butin, mais ils en détournèrent la majeure partie. L’un d’eux, en se baignant, trouva son pied engagé dans quelque chose qu’il ramassa aussitôt ; c’était un plat d’argent. Les musulmans retirèrent alors de l’eau tout ce qui s’y trouvait ; et un autre musulman étant entré dans l’église, décocha une flèche contre un pigeon qu’il n’atteignit pas ; mais le trait, ayant pratiqué une ouverture dans le plancher, en fit tomber quelques pièces d’or, et les musulmans prirent tout ce qui était caché dans est endroit, et de nombreuses soustractions frauduleuses eurent lieu en cette circonstance.

L’un des soldats, ayant tué un chat, le farcit de pièces de monnaie, le jeta sur la route, et le reprit en se retirant : un autre remplit d’or le fourreau de son épée dont il avait enlevé la lame et remis la poignée à sa place. Lorsqu’ils se furent embarqués, une voix leur fit entendre ces paroles : « O mon Dieu, noyez-les ! » et ils périrent tous dans les flots.  »

notes du traducteur :

[59] Abou’l-Harith el-Leith Ibn Saad, célèbre docteur de la loi, naquit en Egypte l’an 92 de l’hégire ; il mourut en 175. Il possédait de grandes richesses dont il faisait un noble emploi ; il maria une de ses filles à Ibrahim Ibn el-Aghleb, le premier prince de cette dynastie arabe (aghlabide) . Sa vie se trouve dans le dictionnaire biographique d’Ibn Khallikan. (Voyez t. 1, p. 613 de mon édition du texte arabe de cet ouvrage.)

[60] Voyez El-Bekri, p. 506, et l’Edrisi, t. I, p. 269.

[61] Le man. n° 638 porte Bischr ibn Artâ ; si cette leçon est admise, il faut prononcer ce nom Bosr, et non pas Bischr. Abou’l-Mehasin le dit positivement dans son El-Bahr ez-Zakhir, man. de la Bibl. du roi, n° 659 A, sous l’année 41.

[62] Le terme mewla désigne également l’esclave et le maître, l’affranchi et le patron ; mais Tarik était encore esclave.

[63] Je supprime ici la matière d’environ deux pages d’impression, ne voulant pas reproduire un ramas de fables et d’erreurs qu’Ibn el-Athir donne comme une esquisse de l’ancienne histoire d’Espagne ou Andalos, comme les Arabes l’appellent. Il y a cependant un passage qui mérite attention ; il dit que ce pays tire son nom, soit d’Andalos fils de Japhet, soit d’un peuple nommé Andalos (Vandales) qui s’y établit. Cette dernière dérivation est plus raisonnable que celle donnée par Casiri

[64] Ibn el-Koutiya parle de trois fils qu’il nomme Alamond, Romlo, et Artobas. (Man. n° 706, fol 1.)

[65] Ce nom est estropié dans les manuscrits.

[66] El-djezirat el-Khadrâ, l’île verte. Ce lieu est appelé à présent Algésiras.

[67] A la lettre : « son œil le vainquit. »

[68] Nahr Leka ; peut-être Wadi Léka (Guadalete). Ibn el-Koutiya l’appelle Wadi Bekka, et l’auteur anonyme de la Conquête de l’Espagne dit que le combat eut lieu près du lac (Man. n° 706, fol. 3 et 52.)

[69] Le man. 702 porte esbeja ; dans Ibn el-Koutiya et dans l’auteur anonyme,

 

 

traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc.

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