GOUVERNEMENT Omeyyade de l’Ifriqiya d’Handhala ibn Safwan al-Kalbi, 742-44 et massacre des armées berbères kharijites, par l’historien arabe al-Nowayri, (1280 -1331)

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Le cimetière des Awlad Farhan, sous les remparts de la médina, Kairoua
Le cimetière des Awlad Farhan, sous les remparts de la médina, Kairouan

GOUVERNEMENT Omeyyade de l’Ifriqiya d’Handhala ibn Safwan al-Kalbi, 742-44 , et massacre des armées berbères kharijites, par  l’historien arabe al-Nowayri, (1280 -1331) : 

 

 » En l’an 119 (787 de J. C.), Hanzala fut nommé gouverneur de l’Egypte par Hischam, et il continua à remplir cette charge jusqu’au temps où il reçut le gouvernement de la province d’Afrique. Il y arriva au mois de rébi second de l’an 124 (février-mars 742 de J. C.), et il n’avait encore séjourné que peu de temps à Kairewan, lorsque Okasa le safrite s’y rendit dans l’intention de l’attaquer, avec une telle multitude de Berbers, que jamais pareil rassemblement ne s’était vue en Afrique(300 000). Ce fut après sa défaite qu’il parvint à former cette nombreuse armée, dans laquelle toutes les tribus des Berbers se trouvèrent réunies.

En même temps, un autre corps très considérable s’avança sous les ordres d’Abd el-Wahid Ibd Yézid, de la tribu berbère de Hewara, pour attaquer Hanzala. Ces chefs rebelles partirent tous deux à la fois de la province du Zab : Okasa, en prenant la route de Meddjana, pour se rendre à el-Karn, et Abd el-Wahid en suivant le chemin des montagnes, pour se porter sur Tabînas.[82]

 

Cavaliers arabes  avec lances (médiéval)
Cavaliers arabes avec lances, casques, boucliers, étriers  ( Illustration , latine médiéval)

L’avant-garde du dernier était commandée par Abou Amra el-Ateki.[83] Hanzala sentit la nécessité d’attaquer Okasa avant que les autres troupes eussent pu le rejoindre, et il marcha à sa rencontre avec un corps composé du peuple[84] de Kairewan.

Les deux partis en vinrent aux mains à el-Karn ; le combat devint opiniâtre, le carnage fut immense, Okasa et les siens prirent la fuite, et un grand nombre de Berbers furent taillés en pièces. Hanzala revint alors à Kairewan, craignant qu’en son absence Abd el-Wahid ne vînt l’occuper.

On raconte qu’à l’arrivée de ce dernier à Badja,[85] Hanzala envoya contre lui quarante mille cavaliers, sous le commandement d’un homme de la tribu de Lakhm, qui ne cessa pendant un mois de l’attaquer dans les fossés et les terrains inégaux qui entourent la ville ; mais il finit par être repoussé jusqu’à Kairewan, après avoir essuyé une perte de vingt mille hommes. Okasa vint alors, à la tête de trois cent mille combattants, et prit position à el-Asnam (les Idoles) de Djerâwa, lieu éloigné de trois milles de Kairewan.

Hanzala, de son côté, tira des dépôts toutes les armes qui s’y trouvèrent, et fit un appel au peuple, donnant à chaque personne une cotte de mailles et cinquante dinars. Ce moyen lui attira tant de volontaires, qu’il diminua ensuite le don jusqu’à quarante dinars, puis jusqu’à trente, et il ne choisit plus que des soldats jeunes et valides.

Il passa toute la nuit entouré de flambeaux, et occupé de l’armement de ses recrues, dont cinq mille reçurent des cottes de mailles et cinq mille des flèches.[86]

Dès le matin, les Arabes marchèrent au combat, après avoir brisé les fourreaux de leurs épées[87] ; les fantassins attaquèrent avec impétuosité la cavalerie ennemie, et gagnèrent du terrain[88] ; l’aile gauche des Berbers et celle des Arabes fléchirent en même temps ; mais cette dernière revint à la charge et renversa l’aile droite des Berbers, dont la déroute fut complète. Abd el-Wahid y perdit la vie, et sa tête fut portée à Hanzala, qui se prosterna pour remercier Dieu.

On dit que jamais un conflit aussi sanglant n’eut lieu sur la terre, et que cent quatre-vingt mille Berbers restèrent sur le champ de bataille.

Ces gens-là étaient safrites ; ils regardaient comme permis de répandre le sang (des musulmans), et de réduire leurs femmes en servitude. Hanzala se fit ensuite amener son prisonnier Okasa, et, l’ayant mis à mort, il écrivit à Hischam pour l’informer de sa victoire.

El-Leith Ibn Saad disait de cette bataille : « Après le combat de Bedr,[89] il n’en est pas d’autre que j’eusse plus désiré voir que celui d’el-Karn et el-Asnam. » fin. 

 

notes :

[82] Le man. n° 702 porte ici et plus loin (Tabibas) ; on lit dans le man. n° 638 (Tabinas).

[83] Membre de la tribu arabe d’Atîk, une branche de celle d’Azd de souche yéménite

[84] Le mot (peuple) est employé pour désigner les musulmans.

[85] Badja. Voyez Hartmann, p. 258, Edrisi, t. I, p. 266. Aboulféda, texte arabe, p. 141.

[86] C’est-à-dire, probablement, cinq mille cavaliers ou cuirassiers, et autant de fantassins ou tireurs d’arc.

[87] Voyez ci-devant, tom. XI, p. 130.

Traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc (Marakesh) 

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