GOUVERNEMENT Abbasside de l’Ifriqiya de Muhammad ibn al-Ash’ath al-Khuza’i 762-765 par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331)

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Invasion des Abbassides de l’IFRIQIYA, les ibadites sont réduit a Tahert et Nafusa  en 762

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GOUVERNEMENT Abbasside de l’Ifriqiya de Muhammad ibn al-Ash’ath al-Khuza’i  762-765 par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) :

Après le massacre des Arabes par les berbères Werfadjjouma, rapporte notre historien, quelques-uns des survivants profitèrent du succès des Safrites pour se rendre auprès  du calife abbasside d’Abou Djâfer el-Mensour afin de solliciter du secours contre les Berbers.

Au nombre de ces hommes se trouvaient Abd er-Rahman ibn Ziad ibn Anâm, Nafî ibn Abd er-Rahman as-Sélémi,[99] Abou’l-Bohloul ibn Obéidah et Abou’l-Irbad.

Le khalife ayant entendu d’eux le récit de leurs souffrances, nomma Mohammed ibn el-Aschâth gouverneur de l’Egypte, et celui-ci envoya en Afrique Abou’l-Ahwas Amr ibn el-Ahwas, de la tribu arabe d’Idjl.

Ce nouveau général fut battu par Abou’l-Khattâb, en l’an 142, et Ibn el-Aschâth reçut alors d’el-Mensour l’ordre écrit de se rendre en personne en Afrique à la tête d’un corps de troupes que le khalife lui expédia.

Il se mit en marche avec quarante mille cavaliers, dont trente mille khorasanites[100] et dix fournis par (les Djunds) de la Syrie. el-Mensour le fit accompagner par El-Aghleb de la tribu arabe de Temîm,[101] El-Moharib ibn Hilal, de la province de Fars, et El-Mokharik ibn Ghifar, de la tribu arabe de Taï.

Guerrier Arabe Khorassani et bannière du califat Abbasside
Guerrier Arabe Khorassani et bannière du califat Abbasside

Il enjoignit aux troupes d’obéir en toutes choses à Abou’l-Aschâth ; si quelque malheur arrivait à ce chef, elles devaient reconnaître El-Aghleb pour leur général ; si elles le perdaient, elles devaient se mettre sous le commandement d’El-Mokharik, et, à son défaut, elles prendraient les ordres d’El-Moharib. Mais ce dernier mourut avant leur arrivée en Afrique.

A la nouvelle de l’approche d’ibn el-Aschâth, Abou’l-Khattab rassembla ses partisans et sortit, à la tête d’une multitude innombrable de combattants, pour se porter à sa rencontre. Arrivé à Sort, il rappela de Kairewan Abd er-Rahman ibn Rustem al-Farisi avec les troupes qu’il commandait.

Il se trouva ainsi maître d’une force immense, et mit Ibn el-Aschâth, qui venait d’en être instruit, dans l’impossibilité de rien entreprendre. Mais bientôt la désunion se mit parmi les tribus berbères de Zenata et de Hewara ; quelques personnes appartenant à cette dernière tribu avaient tué un homme d’entre les Zenata, et un grand nombre de ceux-ci abandonnèrent Abou’l-Khattab, qu’ils soupçonnaient de partialité à l’égard de la tribu berbère de Hewara.

Cet événement engagea un grand nombre de ses partisans à l’abandonner ; la nouvelle en étant parvenue à la connaissance d’Ibn el-Aschâth, lui causa une vive satisfaction, et il intercepta toutes les communications, afin d’empêcher Abou’l-Khattab d’être informé de ses opérations. Celui-ci revint ensuite à Tripoli, et de là il se rendit à Werdasa,[102] afin d’atteindre Ibn el-Aschath qui était entré à Sort.

Quand ce dernier se trouva dans le voisinage de son adversaire, il dit à ses troupes qu’il venait de recevoir du khalife el-Mansour l’ordre de revenir en Egypte, leur laissant apercevoir la grande joie qu’il en éprouvait. Cette nouvelle ne tarda pas à devenir publique, et alors il rétrograda d’un mille. Abou’l-Khattab en eut connaissance, ainsi que son armée, et un nombre considérable de ses soldats se retirèrent (pensant que leur présence ne serait plus nécessaire).

Le lendemain Ibn el-Aschâth rétrograda encore de quelques milles, feignant d’être embarrassé dans sa marche par ses bagages. Il en fit encore autant le troisième jour ; mais alors il choisit parmi ses troupes les hommes les plus robustes, et il marcha toute la nuit avec eux : au point du jour il tomba à l’improviste sur Abou’l-Khattab, dont l’armée était déjà en grande partie désorganisée. Au commencement de l’action un grand nombre des cavaliers d’Ibn el-Aschâth mirent pied à terre pour combattre. Les Berbers furent mis en déroute et Abou’l-Khattab périt avec la plupart des siens.

Cette affaire eut lieu au mois de rébi premier de l’an 144 (juin-juillet 761 de J. C.).

Cette bataille coûta la vie à quarante mille Berbers.

Lorsque la nouvelle en parvint à Abd er-Rahman Ibn-Rostem al-Farisi, il alla se réfugier dans le lieu où il jeta alors même les fondements de la ville de Tehart.[103]

Site de la  Tahert rustumide, près de l'actuel Tiaret, dans la partie ouest de l'Algérie La ville semble avoir été fondée par Ibn Rustum comme une cité kharijite par excellence, visant à rivaliser avec la Kairouan malékite. Ibn Saghîr, auteur « rustumide » de la fin du IXe siècle, parle d’une certaine vie agréable dans la Tâhirt de l’époque [2] : « Il n’était pas un étranger s’arrêtant dans la ville qui ne si fixât chez eux et ne construisit au milieu d’eux, séduit par l’abondance qui y régnait, la belle conduite de l’Imâm, sa justice envers ses administrés et la sécurité dont tous jouissaient pour leurs personnes et leurs biens. Bientôt on ne voyait plus une maison en ville sans entendre dire : celle-ci est à un tel de Koufa, celle-là à un tel de Basra, cette autre à un tel de Kairouan, voici la mosquée des gens de Kairouanet leur marché ; voici la mosquée et le marché des Basriens, celle des gens de Koufa. »
Site de la Tahert rustumide, près de l’actuel Tiaret, dans la partie ouest de l’Algérie fondée par Ibn Rustum comme cité kharijite, qui essayé de rivaliser avec la Kairouan malékite.

Quand les habitants de Keirewan apprirent la chute d’Abou’l-Khattab, ils jetèrent dans les fers le lieutenant d’Ibn Rostem et ils mirent à leur tête Amr ibn Othman, de la tribu des Koreisch, en attendant l’arrivée d’Ibn el-Aschâth. Celui-ci venait d’entrer à Tripoli, dont il confia le commandement à el-Mokharik ibn Ghifar, de la tribu de Taï. Il envoya aussi Ismaïl ibn Akrema el-Khozai à la ville de Zawîla et aux environs, et celui-ci se rendit maître de ces pays, dont il extermina tous les Kharidjites qui s’y trouvaient.

Ibn el-Aschath lui-même arriva à Kairewan le samedi 1er du mois de zou’l-kâda, et ordonna de relever les murailles de cette ville. Ce travail, commencé le samedi 10 du mois de djoumada premier, fut terminé dans le mois de redjeb 146 (sept.-oct. 763 de J. C.).

Vue des remparts abbasside de Kairouan constuit par ordre du  deuxième calife Abbasside Abu Jafar al-Mansur  ( photo début du XXe siècle)
Vue des remparts abbasside de Kairouan constuit par ordre du deuxième calife Abbasside Abu Jafar al-Mansur ( photo début du XXe siècle)

Ibn el-Aschâth réduisit la province d’Afrique sous sa domination et s’attacha à exterminer tous les Berbers qui lui opposaient de la résistance. Cette manière d’agir les ayant frappés d’épouvanté, ils s’empressèrent de se soumettre à son autorité. Quelque temps après le bruit se répandit parmi la milice (djond) qu’il avait reçu une lettre de rappel du khalife el-Mensour, à laquelle il refusait d’obéir ; ce corps résolut unanimement de le renvoyer et de lui substituer un nommé Isa ibn Mousa, natif de Khorasan. Convaincu que toute résistance était inutile, Ibn el-Aschâth quitta le pays au mois de rébi premier de l’an 148 (mai 765 de J. C.).

Isa ibn Yussuf al-Khurasani  prit alors le commandement, sans l’autorisation du khalife et contrairement aux vœux du peuple ; car il n’avait reçu son pouvoir que des seuls chefs Modarites.[104]

notes du traducteur :

[99] As-Sélémi, descendant des Ansars de la tribu de Séléma.

[100] Ce fut, en grande partie, aux tribus arabes établies, depuis la conquête, en Khorasan, que les Abbasides durent le succès de leur entreprise et leur triomphe sur les Omeyades. La nouvelle dynastie était très embarrassée pour récompenser les troupes dont elle avait reçu l’appui, et elle profita de cette occasion pour en envoyer une forte partie en Afrique.

[101] Voici le premier des Aghlabites arrivant en Afrique.

[102] Voyez l’Edrisi, tom. I, p. 274.

[103] Ce nom s’écrit indifféremment teihart et tahart, Tahert, en Algerie de l’ouest. 

[104] C’est-à-dire les chefs arabes qui tiraient leur origine de Modar, l’ancêtre des tribus de Koreisch, Temîm, Kinana, etc. Voyez l’ouvrage intitulé Monumenta antiquissima historiaeArabum, par Eichhorn, tab. I.  Isa ibn Yussuf al-Khurasani  gouverneur de l’ifriqiya durant l’année 765

 

Traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc (Marakesh)

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