GOUVERNEMENT Abbasside d’ifriqiya d’Abu Jafar Omar ibn Hafs al-Muhallabi al-Azdi HEZARMARD (768-771) fondateur de la dynastie arabe des Muhallabides par l’historien arabe al-Nowayri (1280 – 1331)

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La dynastie arabe des Muhallabides d’Ifriqiya et du Maghreb
La dynastie arabe des Muhallabides d’Ifriqiya et du Maghreb

GOUVERNEMENT  Abbasside d’ifriqiya d’Abu Jafar Omar ibn Hafs al-Muhallabi al-Azdi HEZARMARD  (768-771) fondateur de la dynastie arabe des Muhallabides par l’historien arabe al-Nowayri (1280 – 1331): 

(Hezarmard est un mot persan qui signifie mille hommes.) Quand el-Mensour le calife Abbasside apprit la mort d’el-Aghleb, il appela au gouvernement d’Afrique Omer ibn Hafs al-Azdi al-Muhallabi, homme distingué par sa bravoure et son courage, qui était l’un des fils de Kabîsa ibn Abi Sofra et neveu d’el-Mohelleb al-Azdi.

Il arriva en Afrique au mois de safar de l’an 151 (mars 768 de J. C.), suivi de cinq cents cavaliers. Les principaux du pays étant venus se joindre à lui. Il leur fit des présents et les traita avec beaucoup de bonté, de sorte que les affaires se rétablirent et que la paix régna durant trois ans et quelques mois.

Mais ce nouveau gouverneur reçut alors une lettre d’al-Mensour par laquelle il lui ordonnait de se rendre dans le pays du Zab pour rétablir la ville de Tobna.[108]

Il s’y rendit, laissant le commandement de Kairewan à son lieutenant Habîb ibn Habîb ibn Yézid ibn el-Mohelleb ; et la province d’Afrique se trouvant ainsi dépourvue de troupes (djond), les Berbers se révoltèrent. Habîb sortit pour aller les combattre et perdit la vie. Les Berbers se rassemblèrent alors dans les environs de Tripoli et se choisirent pour chef Abou-Hatim-Yakoub ibn Habîb, mewla de la tribu de Kinda, le même que (les historiens) nomment Abou-Kadim.

Celui qui gouvernait Tripoli (au nom d’Omer) se nommait el-Djoneid ibn Yessar, de la tribu d’Azd. Djoneid envoya contre les insurgés un corps de cavalerie, sous les ordres d’Hazim ibn Soleïman ; mais celui-ci fut défait et obligé de rentrer dans Tripoli, auprès du gouverneur. Alors el-Djoneid écrivit à Omer pour lui demander du secours, et celui-ci lui envoya quatre cents cavaliers, commandés par Khalid ibn Yézid el-Mohellebi. Ce renfort encouragea el-Djoneid à livrer bataille aux Berbers ; mais il éprouva une défaite et fut obligé, ainsi que Khalid, de se réfugier à Cabes.

Dans ces circonstances, Omer ibn Hafs leur envoya Soleïman ibn Abbâd el-Mohellebi, à la tête d’une troupe de milices. Celui-ci rencontra Abou-Hazim près de Cabes ; mais il fut battu et obligé de se réfugier à Kairewan, où son adversaire vint le bloquer. Tandis que l’incendie de la guerre dévastait l’Afrique entière, Omer restait alors (inactif) à Tobna, où bientôt les Berbers, au nombre de douze armées, arrivèrent de toutes les contrées pour l’y assiéger.

Ruines près de l'actuel Bitam en Algerie de  l'ancienne Tobna  Romaine, Omeyyade et Abbasside
Ruines près de l’actuel Bitam en Algerie de l’ancienne Tobna,   Omeyyade et Abbasside

Abou-Korra le Safrite y arriva à la tête de quarante mille cavaliers ; Abd er-Rahman ibn Rostem al-Farisi  l’Ibadite, avec quinze mille ; Abou-Hatim, autre chef ibadite, à la tête d’un nombre considérable ; Aasim as-Sedrati[109] l’Ibadite vint avec six mille cavaliers ; el-Meswarjij, chef ibadite de la tribu de Zenata, avec dix mille ; Abd el-Melik ibn Sokerdîd[110] le Safrite, de la tribu de Sonhadja, avec deux mille cavaliers, suivis d’un grand nombre d’autres encore.

Omer n’avait à leur opposer qu’un faible corps de cinq mille cinq cents hommes. A la vue du danger qui le menaçait, il assembla ses généraux[111] et leur demanda s’il fallait aller à la rencontre de l’ennemi ; ils lui conseillèrent de ne pas quitter la ville.

Il eut alors recours à la ruse pour détacher les Safiïtes de la coalition : il leur envoya un homme de la tribu berbère de Miknasa nommé Ismaïl ibn Yakoub, auquel il avait donné quarante mille dirhams et un grand nombre de robes d’honneur, avec ordre de les offrir à Abou-Korra pour le déterminer à quitter ses alliés.

Lorsqu’il lui présenta ces divers objets, Abou-Korra lui adressa ces mots :

« Pensez-vous que moi, qui suis honoré du titre d’imam depuis quarante ans, je puisse sacrifier à un misérable intérêt temporel, qui ne m’est du reste d’aucun avantage, le devoir sacré qui m’est imposé de vous faire la guerre ? »

Frustré dans sa tentative, l’envoyé se rendit auprès du fils d’Abou-Korra, ou, d’après une autre version, chez son frère, auquel il donna quatre mille dirhems et plusieurs robes, à condition qu’il engagerait son père à se retirer, ou, en cas d’insuccès près de celui-ci, qu’il amènerait les Safrites à retourner dans leur pays.

Ces propositions furent acceptées, et pendant la nuit, sans perdre de temps, il agit en conséquence, de sorte que le lendemain Abou-Korra, voyant ses troupes parties, se trouva dans la nécessité de les suivre. Immédiatement après le départ des Safrites, Omer envoya quinze cents hommes, sous la conduite de Marner ibn Isa, de la tribu arabe  de Saad, pour combattre Ibn Rustem al-Farisi, qui se trouvait à Tehouda,[112] à la tête de quinze mille cavaliers.

Une rencontre eut lieu, et Ibn Rostem, ayant éprouvé une défaite, se relira à Tahert.

Omer partit alors pour délivrer Kairewan, après avoir confié le commandement de Tobna à el-Mohenna ibn el-Mokharik ibn Ghifar, de la tribu arabe de Taï.

Abou-Korra ayant appris le départ d’Omer, rassembla ses troupes et alla bloquer el-Mohenna à Tobna ; mais celui-ci fit une sortie, l’attaqua, le mit en fuite et pilla son camp. Il y avait déjà huit mois qu’Abou-Hatim assiégeait Kairewan, et le trésor de la ville, ainsi que les magasins de vivres, se trouvaient totalement épuisés. Pendant tout ce temps les assiégés (djond) furent obligés de combattre les Berbers chaque jour, du matin au soir ; et, pressés par la faim, ils s’étaient trouvés dans la nécessité de manger leurs montures et leurs chiens mêmes.

Dans une pareille extrémité, les habitants de la ville commençaient à en sortir pour se réfugier dans le camp ennemi. A cette nouvelle, Omer, à la tête de sept cents miliciens, marcha sur Kairewan, et lorsqu’il fut arrivé à el-Orbos, les Berbers levèrent le siège et se portèrent à sa rencontre. Informé de leur approche, Omer se porta rapidement aux environs de Tunis, et les Berbers allèrent prendre position à Semendja.[113]

Tunis en 1859
Tunis en 1859

Alors Omer sortit de Tunis et vint au puits d’es-Selama, où il effectua sa jonction avec (son frère utérin) Djemîl ibn Sakhr, qui arrivait de Kairewan. Omer entra dans cette ville et envoya sa cavalerie dans les environs pour chercher des approvisionnements en vivres, en bois et autres choses nécessaires ; il fit aussi des dispositions pour soutenir un siège : il forma un camp retranché à la porte d’Abou’r-Rebî où il établit ses milices.

Alors arriva Abou-Hatim, à la tête d’une armée de cent trente mille hommes. Omer et les siens lui livrèrent un combat terrible ; mais, accablés par le nombre, ils furent obligés de rentrer dans leurs retranchements. De là ils sortaient chaque jour pour combattre l’ennemi, ce qui dura jusqu’à l’épuisement entier de leurs approvisionnements ; et les montures et les chats eux-mêmes leur servaient d’aliments. La position d’Omer devint très fâcheuse : ses soldats, découragés, commençaient déjà à désespérer du succès de leurs efforts.

Dans une telle extrémité, il leur adressa ces paroles :

« Vous aviez déjà éprouvé les plus horribles souffrances quand Dieu a voulu vous en délivrer en partie par mon ci arrivée ; vous voyez maintenant la position où vous êtes ; je vous propose donc de choisir, pour vous commander, Djemîl ou Mokharite, et alors je ferai une incursion, avec un corps de milices, dans le pays des ennemis, afin d’enlever leurs familles, et de vous apporter des provisions. »

Ils acceptèrent unanimement les propositions de leur chef.

Kairewan se trouvait alors entourée par trois cent cinquante mille Ibadites, dont trente-cinq mille cavaliers, les uns et les autres sous le commandement d’Abou-Hatim. Lorsque Omer se disposait à sortir de la ville, une grande agitation se manifesta parmi les siens. On lui disait :

« Tu veux sortir et nous laisser ici sous les coups d’un siège ; ne sors pas et reste avec nous. »

— Oui, répondit-il, je resterai, mais je ferai partir Djemîl ou Mokharik à la tête des hommes que vous aurez désignés ; ce à quoi ils consentirent.

A l’instant même où ce détachement allait sortir de la ville, ceux qui le composaient lui dirent :

Tu veux rester tranquille ici et nous faire sortir pour nous exposer au danger. Non, par Allah ! nous ne le ferons pas.

— Soit, leur dit-il, outré de colère ; mais, par Allah ! je vous mènerai à l’abreuvoir de la mort ! Cependant le siège durait encore lorsqu’il reçut une lettre, de sa femme, Kholeida, fille d’el-Moarik, qui l’informait que le chef des croyants, se plaignant de sa lenteur, envoyait dans la province d’Afrique Yézid ibn Hatim, à la tête d’une armée de soixante mille hommes, et qu’en de pareilles conjonctures il ne lui restait plus qu’à mourir.

— Il demanda à me voir, dit Khirasch ibn Idjlan ; en arrivant, je l’ai trouvé le front inondé de sueur, ce qui manifestait en lui un violent accès de colère. Pendant que je lisais la lettre de sa femme, je versais des larmes.

Qu’avez-vous ? me dit-il.

—Et vous-même ? Quel mal y a-t-il qu’un membre de ta famille vienne te délivrer et te rendre au repos ?

— Oui, reprit-il, c’est un repos qui durera jusqu’au jour de la résurrection. Sois donc attentif à mes dernières volontés.

Il me les dicta, et, sortant alors comme un chameau furieux, il se précipita sur les assiégeants, et ne cessa de frapper à coups de lance et à coups d’épée jusqu’à ce qu’enfin il reçût lui-même un coup mortel. Cet événement eut lieu le dimanche 15 du mois de zou’l-hidja de l’an 154 (fin d’octobre 771 de J. C.).

A sa mort, Djemîl ibn Sakhr, son frère utérin et son successeur, continua la résistance ; mais le siège traînait tellement en longueur, qu’il chercha à faire la paix avec Abou-Hatim, aux conditions suivantes :

qu’il n’exigerait pas des assiégés de renoncer à l’autorité de leur souverain ni à déposer le vêtement noir (la livrée des Abbasides) ; que les Berbers ne se vengeraient pas sur eux du sang déjà répandu ; qu’enfin aucun soldat de la milice ne serait obligé de se défaire de ses armes ni de sa monture.

Ces conditions ayant été acceptées, Djemîl ouvrit les portes de la ville, et en même temps un grand nombre de miliciens partirent pour Tobna. Abou-Hatim mit le feu aux portes de la ville et démantela les murailles ; mais à la nouvelle de l’approche d’Yézid ibn Hatim, il partit pour Tripoli, laissant à Abd el-Aziz ibn es-Semh el-Maafiri le commandement de Kairewan.

Ensuite Abou-Hatim lui envoya l’ordre de désarmer les miliciens, de les empêcher de se réunir deux dans le même endroit et de les lui envoyer un à un ; mais, encouragés par l’approche de Yézid ibn Hatim, ils tinrent conseil et s’obligèrent, sous les serments les plus solennels, à ne pas se soumettre à cet ordre. Ils allèrent ensuite trouver Omer ibn Othman el-Fihri[114] et lui proposèrent de le mettre à leur tête. Il accepta, et attaquant sur le champ les partisans d’Abou-Hatim, il les tailla en pièces. Ce dernier, en apprenant cette nouvelle, partit aussitôt de Tripoli pour aller châtier Omer ibn Othman. Bientôt s’engagea entre eux un combat dans lequel beaucoup de Berbers périrent.

Albarouni mosquée, Nafousa Montagne, Ouest de la Libye.
La mosquée Al-barouni dans les montagnes berbère  Nafousa, Ouest de la Libye.

Omer, à la tête de ses compagnons, prit alors la direction de Tunis, lorsque Djemîl ibn Sakhr et el-Djoneid ibn Seiyar se retiraient en désordre vers l’orient. Abou Hatim se mit à la poursuite d’Omer ibn Othman, se faisant précéder de Djerîr ibn Mesoud, de la tribu berbère de Medyouna, à la tête de l’avant-garde.

Celui-ci atteignit Omer le Muhalabide à Djîjel, dans le pays de la tribu de Kutama.

Un combat s’en suivit. Djerîr et ses partisans y périrent, et Omer entra à Tunis, accompagné d’el-Mokharik. Abou-Hatim se rendit à Tripoli, où il resta jusqu’à ce qu’il apprit l’approche de Yézid ibn Hatim ; pendant ce temps Djemîl ibn Sakhr opéra sa jonction avec Yézid, qui était à Sort, où il séjourna quelque temps avant de marcher à la rencontre d’Abou-Hatim.

On rapporte que, depuis la révolte des Berbers contre Omer ibn Hafs le Muhalabite jusqu’à leur déroute complète, ils livrèrent aux milices trois cent soixante-cinq combats.

notes du traducteur :

[108] La ville de Tobna est située dans la province du Zab, au nordouest de Biskra. Son emplacement est marqué, sur la carte de l’Algérie par le lieutenant général Pelet, en latitude : 35° 10’ ; en longitude : 2° 30’.

[109] Sedrata ou Sedderata est le nom d’une tribu berbère, devenue le nom d’une localité algerienne peuplé a moitié d’arabe, voire E.Carette « Recherches sur les tribus.. »

[110] Les deux manuscrits portent Sekrouid ; mais j’ai adopté l’orthographe d’Ibn-Khaldoun dans son Histoire des Berbers.

[111] Généraux, en arabe kowad, le pluriel de kaïd. (Voyez sur ce mot la note précédente.)

[112] Cette ville est située au midi du mont Aouras , pré de Biskra, a Sidi Okba en Algérie

[113] J’avais cru d’abord qu’il fallait lire, « le marais salé » (voyez Notices et Extraits, tom. XII, p. 493) ; mais ce nom se rencontre plusieurs fois dans les manuscrits, et il est toujours écrit de la même manière.

[114] El-Fihri signifie un descendant de Fihr, l’ancêtre de la tribu de Koreïsch.

Traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc (Marakesh)

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