GOUVERNEMENT Abbasside de la dynastie Muhallabide d’Ifriqiya d’al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi 793-795 par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331)

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786 809 Haroun al Rashid Dinar Madinat alSalam Baghdad

Fin de la dynastie Muhallabide

GOUVERNEMENT Abbasside de la dynastie Muhallabide d’Ifriqiya  de l’émir al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi 793-795 par l’historien arabe al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) .

 

L’historien dit que, lorsqu’Haroun al-Raschîd (Er-Reschid) eut nommé al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi , il envoya des ordres écrits dans la province d’Afrique, dans le but de déposer Noseïr et de le remplacer par El-Mohelleb ibn Yézid al-azdi , en attendant l’arrivée d’El-Fadl.

Celui-ci arriva à sa destination au mois de moharrem 177 (avril ou mai 793 de J. C.).

Il donna aussitôt le commandement de Tunis à son neveu El-Mogheira ibn Bosr, ibn Rouh. Ce dernier était d’une grande légèreté de caractère et avait l’habitude de montrer peu d’égards pour la milice, qu’il traitait d’une manière tout opposée à celle de ses devanciers, pensant que son oncle ne voudrait pas le destituer.

Vue extérieure de la mosquée, centrée sur l’angle nord-ouest, montrant plusieurs contreforts de l’enceinte et le minaret. Les contreforts, de diverses formes et dimensions, sont pour la plupart épais et saillants.
Vue centrée sur l’angle nord-ouest. L’aspect extérieur de la mosquée Omeyyade Okba ibn Nafi al-Fihri  de Kairouan en Tunisie est marqué par la présence de nombreux contreforts massifs et saillants.

Les milices, s’étant alors assemblées, écrivirent à El-Fadl pour l’instruire des mauvais procédés d’El-Mogheira à leur égard, ainsi que de la tyrannie de son administration ; mais, El-Fadl tardant à leur répondre, elles regardèrent cette négligence comme un nouveau grief à ajoutera ceux dont elles avaient à se plaindre de la part d’el-Fadl, qui ne les consultait pas et faisait tout de sa propre autorité.

S’étant enfin réunies, elles se choisirent pour chef Abd Allah ibn el-Djaroud, surnommé Abdaweih auquel elles prêtèrent serment de fidélité, après avoir exigé de lui certains engagements. Elles cernèrent ensuite la maison d’El-Mogheira, qui leur fit demander ce qu’elles voulaient. Elles répondirent : Il faut que tu partes d’ici, toi et les tiens, pour aller rejoindre ton maître.

Ibn el-Djaroud écrivit en même temps au gouverneur abbasside de la province d’Ifriqiya :

 » A l’émir  al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi , de la part d’Abd Allah ibn el-Djaroud. Ce n’est point par esprit de révolte que nous avons chassé El-Mogheira, mais seulement à cause de certains de ses actes qui auraient amené la ruine de l’Etat. Mettez donc à notre tête celui qui vous plaira, ou bien nous y aviserons nous-mêmes, et alors vous n’aurez plus de droits à notre obéissance. Adieu. »

Al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi :

 leur répondit en ces termes :

« De la part d’El-Fadl ibn Rouh à Abd Allah ibn el-Dja rond. Le Dieu tout-puissant rend les jugements qui lui conviennent, et ce que les hommes veulent ou ne veulent pas lui est indiffèrent. Ainsi, que vous ayez un gouverneur de mon choix ou du vôtre, les volontés du ciel ne s’en accompliront pas moins à a votre égard. Je vous donne maintenant un autre gouverneur ; si vous le repoussez, ce sera de votre part une marque de rébellion. Adieu. »

En même temps il envoya à Tunis, pour gouverneur, Abd Allah ibn Yézid el-Mohellebi, accompagné d’En-Nodar ibn Hafs, d’Abou’l-Anber et d’El-Djoneïd ibn Seiyar.

Lorsqu’ils furent arrivés aux portes de Tunis, les partisans d’Ibn el-Djaroud lui conseillèrent de les faire tous arrêter et emprisonner. Ils allèrent donc à la rencontre d’Ibn Yézid, fondirent sur lui, le mirent à mort et se saisirent de ses compagnons.

Ibn el-Djaroud, ayant appris cet événement, leur dit :

 » Ce n’était point pour cela que je vous avais envoyés à leur rencontre ; mais, puisque ce fait est accompli, je vous demande ce qu’il faut que nous fassions. » 

Ils furent tous d’avis de répudier l’autorité légitime. Ils se livrèrent alors à des intrigues, et Mohammed ibn el-Farisi, le moteur principal des troubles, prit la direction des affaires d’Ibn el-Djaroud, et il écrivit aux chefs (qui se trouvaient sous les ordres d’El-Fadl) pour les séduire, promettant à chacun en particulier de lui conférer l’autorité supérieure.

Ces sourdes menées compromirent la situation d’El-Fadl (al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi). Il en résulta des événements qu’il serait trop long de raconter, et une guerre qui eut pour résultat d’amener Ibn el-Djaroud et ses partisans à marcher contre Kairewan.

Il attaqua El-Fadl, le chassa de la ville, et s’en rendit maître.

Bientôt après, El-Fadl tomba au pouvoir d’Ibn el-Djaroud, qui voulait le retenir prisonnier ; mais les partisans de ce dernier lui firent observer que la guerre n’aurait pas de terme tant qu’El-Fadl vivrait (et qu’il fallait le mettre à mort). Mohammed ibn el-Farisi essaya, par ses conseils, de sauver la vie du prisonnier ; mais les autres révoltés se précipitèrent sur lui et le tuèrent.

Ensuite Ibn el-Djaroud renvoya de l’Afrique El Mohelleb ibn Yézid, Nasr ibn Habib, et les deux fils de Yézid, Khalid et Abd Allah (1).

SUITE DE L’HISTOIRE D’IBN EL-DJAROUD.

Après la mort d’al-Fadl ibn Rawh ibn Hatim al-Muhallabi al-Azdi et la prise de Kairewan par Ibn el-Djaroud, dit l’historien, un des généraux, nommé Schemdoun, ayant appris le sort qui avait atteint El-Fadl, se proclama le vengeur de sa mort.

3182054 les ruines de Mila dans le quartier de la Mosquée dabu Dinar alMuhajer alMakhzoumi
Les ruines de Mila dans le quartier de la Mosquée général omeyyade Abu Dinar al-Muhajer al-Makhzoumi (Algérie, Constantinois)

Il se rendit à El-Orbos, où le général (al-kaïd) Felah ibn Abd er-Rahman el-Kilai se joignit à lui ainsi qu’El-Mogheira et d’autres ; il fut aussi rejoint par Abou Abd Allah Malik ibn el-Mondir al-Kalbi, de la tribu arabe de Kelb, gouverneur de Mila (2) , qui arriva de cette ville à la tête d’un corps nombreux. 

Ils choisirent celui-ci pour les commander, et, beaucoup de monde s’étant réuni à eux, ils allèrent livrer bataille à Ibn el-Djaroud. Malik ibn el-Mondir périt dans ce combat, et ses partisans furent mis en déroute et poursuivis jusqu’aux portes d’el-Orbos (3).

Pendant ces entrefaites, Schemdoun écrivit à el-Alâ ibn Saïd, qui était dans la province du Zab (4), de venir le rejoindre. Il vint en effet à El-Orbos se joindre à El-Mogheira, Schemdoun, Felah et les autres, et de là il marcha sur Kairewan ; mais, pendant qu’il se dirigeait vers cette ville, il rencontra Ibn el-Djaroud qui en était sorti pour aller au devant de Yahia ibn Mo usa, lieutenant de Herthema ibn Oaïn.

Voici ce qui motiva l’arrivée de ce dernier :

le khalife Er-Reschîd, ayant appris la révolte d’Ibn el-Djaroud contre El-Fadl et la ruine des affaires en Afrique, y envoya Yektîn ibn Mousa, qu’il avait choisi d’abord à cause de ses éminents services rendus aux Abbasides, du rang élevé qu’il occupait à la cour ; ensuite en raison de son grand âge et de la haute estime dont il était l’objet parmi les Khorasanites (5). Il lui conseilla d’employer la modération et l’adresse pour déterminer Ibn el-Djaroud à quitter le pays.

Le khalife le fit accompagner par El-Mohelleb ibn Rafi, et y envoya plus tard Mensour ibn Ziad et Herlhema ibn Oaïn ; celui-ci devait être gouverneur du Maghrib ; mais il s’arrêta à Barqa. Quant à Yektîn, il s’avança jusqu’à Kairewan, où il eut une longue entrevue avec Ibn el-Djaroud, auquel il communiqua les lettres du khalife.

Après en avoir pris lecture, Ibn el-Djaroud parla ainsi :

« Je suis entièrement soumis au chef des croyants, et ce papier m’informe qu’il a nommé Herthema ibn Gain gouverneur de la province ; il est maintenant à Barra, et il va bientôt arriver. (Je dois cependant vous faire observer que) El-Alâ est à la tête des Berbers, et que, si je quitte la forteresse de Kairewan, ils en prendront possession, et plus tard ils mettront à mort El-Alâ. Alors jamais aucun gouverneur du khalife n’y mettra le pied ; de sorte que je me trouverai, moi, avoir frappé la ville de la plus grande calamité qui pût l’atteindre ; je vous propose donc d’aller à la rencontre d’El-Alâ, et si je succombe, la forteresse vous restera ; si, au contraire, je gagne la bataille, j’attendrai l’arrivée de Herthema, et me rendrai ensuite auprès du chef des croyants. »

Alors Yektîn (désespérant de l’amener à un accommodement) eut une entrevue avec son partisan Mohammed ibn Yézid el-Farisi, et lui promit un poste éminent, le commandement de mille cavaliers, de riches présents et un apanage dans tel lieu qu’il préférerait, à condition qu’il porterait la désorganisation dans les affaires d’Ibn el-Djaroud.

Mohammed accepta cette proposition, et se mit sur-le-champ à indisposer, par ses trames, ‘les esprits contre Ibn el-Djaroud et à engager les troupes à se remettre sous l’autorité du khalife. Ayant, en effet, cédé à ses exhortations, elles se joignirent à lui et se mirent en révolte contre Ibn el-Djaroud.

Celui-ci marcha contre elles pour les combattre, et, lorsque les deux armées se trouvèrent en présence, il dit à Mohammed ibn Yézid :

« Venez me parler, et soyons seuls afin que personne ne nous entende. »

Mohammed s’avança, et, pendant qu’il était absorbé par le sujet de la conversation, un nommé Abou Talib, qui avait été posté par Ibn el-Djaroud pour l’assassiner, fondit sur lui et lui porta, par derrière, un coup mortel dans les reins, au moment où il s’y attendait le moins.

 source  : Bank al-Maghrib
Fals , Gouverneurs abbassides sous le règne de Hârûn ar-Rashîd (786-809 )

Saisis de terreur, ses compagnons prirent la fuite. 

Yahya ibn Mousa, lieutenant de Herthema, étant arrivé à Tripoli pendant ces entrefaites, présida à la prière de la fête des victimes et prononça le prône (khotba). Un grand nombre de chefs se rangèrent sous son autorité, qui s’en accrut considérablement.

El-Alâ se porta alors sur Kairewan, et Ibn el-Djaroud, se voyant dans l’impuissance de lui résister, écrivit à Yahya de venir prendre possession de la ville, et il lui annonça, en même temps, qu’il était disposé à se soumettre à l’autorité du khalife.

Yahya partit de Tripoli avec ses troupes au mois de moharrem de l’an 179 (avril 795 de J. C.), pour se rendre à Kairewan, et presque tous les miliciens de cette ville vinrent se joindre à lui lorsqu’il fut arrivée à Cabès.

Ibn el-Djaroud, après avoir gouverné Kairewan sept mois, en sortit au commencement du mois de safer (mai), y laissant pour commandant Abd el-Melek ibn Abbas.

En même temps, El Alâ ibn Saïd et Yahya ibn Mousâ tâchèrent de se devancer pour y arriver : Mais El-Alâ, y étant entré le premier, fit massacrer un grand nombre de partisans d’ibn el-Djaroud. Alors Yahya lui fit dire que s’il reconnaissait l’autorité du khalife, il devait congédier ses troupes. Il les renvoya, en effet, et, à la tête de trois cents de ses partisans dévoués, il partit pour Tripoli, où déjà l’avait devancé Ibn el-Djaroud.

Alors celui-ci partit pour l’Orient, accompagné de Yektîn ibn Mousa, dans l’intention de se présenter devant Haroun er-Reschîd.

L’historien ajoute que El-Ala écrivit à Mensour et à Herthema pour s’attribuer l’honneur d’avoir expulsé de la province d’Afrique Ibn el-Djaroud. Herthema, dans sa réponse, l’invita à se rendre auprès de lui, et lui donna une riche récompense ; et Haroun le calife, ayant entendu parler de ses services, lui adressa un écrit au moyen duquel il toucherait cent mille dirhems, et cela indépendamment des robes d’honneur qui lui étaient destinées. Il mourut peu de temps après en Egypte. fin

notes :

  1. Ce moment marque la fin de la dynastie arabe des Muhallabides d’Ifrikiya.
  2. Mila, l’antique Milev, ville qui fut le ‘dar al imarat »maison de commandement  à la place de Kairouan du général Omeyyade et compagnon Abu Muhajer Dinar al-Makhzoumi (7eme siècle) dans le Constantinois en Algérie, d’ou le nombre de troupes de miliciens arabes qui y étais stationné.
  3. El Orbos connue aussi sous le nom de Laribus est une ancienne ville romaine située près de la ville tunisienne de Dahmani dans le gouvernorat du Kef Tunisie 
  4. Le Zab, dans la région de Biskra et de l’ancienne tehuda (sidi Okba) en Algerie.

Traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc (Marakesh) 

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