GOUVERNEMENT Abbasside de l’Ifriqiya de Muhammad ibn Muqatil ibn Hakim al-Akki, 797-799 frère de lait d’Haroun al-Rashid par l’historien arabe al-Nowayri (1280-1331)

Publié le

Les minarets de Tunis
Les minarets de Tunis

GOUVERNEMENT Abbasside de l’Ifriqiya  de Muhammad ibn Muqatil ibn Hakim al-Akki, 797-799 frère de lait d’Haroun al-Rashid par l’historien arabe al-Nowayri (1280-1331) :

L’historien nous apprend que lorsque Herthema eut sollicité son rappel, le khalife Haroun al-Rashid nomma pour gouverner le Magreb son propre frère de lait Mohammed ibn Mokatil, qui arriva à Kairewan au mois de ramadan 181 (novembre 797 de J. C.).

Par sa mauvaise administration, il jeta la perturbation dans les affaires, et il indisposa les milices contre lui en faisant des retenues sur leur paye, et en les tyrannisant ainsi que le peuple lui-même.

Il en résulta que le général Felah se mit en révolte avec les troupes syriennes et khorasanites, et ils résolurent unanimement de se donner pour chef Morra ibn Makhled, de la tribu arabe d’Azd.

En même temps, le propre lieutenant d’Ibn Mokatil, Temmam ibn Témîm al-Tamîmi, se révolta à Tunis contre lui ; et plusieurs des chois et des soldats syriens et khorasanites lui prêtèrent serment d’obéissance.

Puis vers le milieu du mois de ramadan de l’an 183 (octobre 799 de J. C.), il marcha sur Kairewan, et Ibn Mokatil vint avec ses troupes lui livrer bataille dans les environs de Moniet el-Kheil. Après un combat acharné, Ibn Mokatil fut défait et rentra à Kairewan le mercredi 26 ramadan, et il obtint de Temmam la promesse que sa vie et ses biens seraient respectés, à condition qu’il quitterait le pays.

Il partit cette nuit même pour Tripoli, d’où il se rendit à Sort ; mais il revint plus tard à Tripoli sur l’invitation écrite de quelques Khorasanites. En même temps, Ibrahim ibn al-Aghleb al-Tamimi , indigné de la conduite de Temmam al-Tamimi envers Ibn Mokatil al-Akki , partit du Zab pour aller le combattre.

A la nouvelle de son approche, Temmam évacua Kairewan, et Ibrahim y fit son entrée, et dans la khotba d’usage, qu’il prononça dans la grande mosquée, il informa le peuple qu’Ibn Mokatil était encore leur maître.

Il écrivit ensuite à Ibn Mokatil de revenir, et il revint. Temmam se mit alors à entretenir des correspondances avec les gens (de guerre), afin de les indisposer contre Ibn Mokatil ; et ils ne se montrèrent pas indifférents à ses menées ; de sorte que, ayant réuni une troupe nombreuse, il se flatta de pouvoir attaquer son adversaire Ibn Mokatil, auquel il adressa la lettre suivante :

« Ibrahim ibn el-Aghleb ne t’a pas rétabli. dans le pouvoir par reconnaissance pour les honneurs que vous lui avez accordés, ni pour cette soumission dont il fait parade ; mais bien dans la crainte qu’en apprenant qu’il est maître du pays, tu ne viennes le lui demander et le mettre ainsi dans la nécessité, soit de te le refuser, ce qui serait un acte de rébellion, soit de le livrer, ce qu’il ferait alors contre son gré. (Il a donc choisi un autre moyen:) c’est de t’inviter à venir, dans l’intention de t’exposer à des périls où tu dois trouver la mort ; car demain tu recevras de nouveau une leçon semblable à celle que tu as déjà reçue hier en te mesurant avec nous. »

Sa lettre était terminée par ces deux vers :

« En te rendant la forteresse, Ibrahim n’agissait pas par esprit de dévouement, mais bien dans le but de te faire périr ;

Et si tu as assez d’intelligence pour pénétrer ses perfides desseins, ô Ibn Mokatil ! tu n’accepteras pas.[118] »

Après avoir lu cette lettre, Ibn Mokatil la communiqua à Ibn el-Aghleb, qui dit en riant :

 » Dieu l’a donc maudit ! car c’est la seule faiblesse de son esprit qui a pu l’amener à écrire de pareilles choses. »

Ibn Mokatil répondit en ces termes à sa lettre :

 » De la part d’Ibn Mokatil au traître Temmam. J’ai reçu ta lettre, et son contenu m’a prouvé ton peu de jugement ; j’ai compris ce que tu as dit d’Ibn el-Aghleb. Dans le cas même où ton avertissement serait sincère (je ne puis en tirer profit), car celui qui a trahi Dieu et son prophète, et qui est du nombre des réprouvés, n’est pas de ceux que l’on prend pour conseillers ; et si ce que tu me dis est une ruse, sache que c’est une bien mauvaise ruse que celle dont on s’aperçoit. Quant à tes insinuations au sujet des intentions secrètes qui ont porté Ibrahim à reconnaître mon autorité lorsque nous nous sommes rencontrés, je jure par l’âme de mon père que tu les connaîtras ! car c’est à Ibrahim lui-même que tu auras affaire. Tu me dis que j’éprouverai demain, en te rencontrant, ce que j’ai éprouvé hier ; mais sache que la guerre est un véritable jeu de bascule, et qu’avec l’aide de Dieu ce sera demain mon tour de remporter la victoire. »

Cette lettre finissait par les deux vers suivants :

 » Lorsque tu rencontreras Ibn el-Aghleb au jour du carnage, tu seras inévitablement défait, et tu périras.

C’est alors que tu auras rencontré un brave qui, dans le fort de la mêlée, marche précédé de la mort, et qui soutient avec sa lance une gloire héréditaire. »[119]

Dans ces circonstances, Temmam al-Tamimi sortit de Tunis à la tête d’une armée innombrable, et Ibn Mokatil al-Akki ordonna à tous ceux qui lui étaient dévoués, de marcher à sa rencontre pour lui présenter la bataille, et il les mit sous le commandement d’Ibrahim ibn el-Aghleb al-Tamimi.

Un combat s’engagea, Ternmam fut poursuivi jusqu’à Tunis, et il perdit, dans cette affaire, un grand nombre de ses partisans.

Ibn el-Aghleb retourna ensuite à Kairewan ; mais il reçut l’ordre de revenir à Tunis pour combattre Temmam.

Cet événement se passa dans le mois de moharrem 184 (février 800 de J. C.).

En apprenant qu’il s’approchait, Temmam lui écrivit pour lui demander grâce, et il l’obtint.

Ibn, el-Aghleb arriva à Kairewan avec Temmam le vendredi 8 du même mois ; et, lorsqu’il eut le pouvoir en main, il envoya Temmam à Bagdad avec d’autres chefs des milices dont le métier était de se révolter contre l’autorité établie ; et là ils furent tous jetés dans la prison d’état (matbek).

L’historien nous apprend plus loin qu’Ibn Mokatil conserva l’autorité à Kairewan jusqu’à ce que, ayant été déposé par le khalife er-Ischîd, il fût remplacé par Ibrahim ibn el-Aghleb, comme nous Talions dire dans l’histoire de la dynastie des Aghlabides

note :

 

[118]

[119]

C’est ainsi qu’il faut lire ces deux vers ; ils sont altérés dans les manuscrits.

 

Traduction française de Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, de son histoire de la province d’Ifriqiya  et du Maghreb, de al-Andalus et de la Sicile 

Chehab ed-Din Ahmed ben Abd al-Wahlab al-Nowayri, (vers 1280 – 1331) est un historien et jurisconsulte arabe du xive siècle.

Né à Al-Niwaireh en Égypte, il a laissé une encyclopédie historique, intitulée Nihaya al-arab fi fonoun al-adab (c’est-à-dire « tout ce qu’on peut désirer de savoir concernant les différentes branches des belles-lettres »), divisée en cinq parties, de cinq livres chacune. Aussi, il a écrit Chronique de Syrie et Histoire des Almohades d’Espagne et d’Afrique et de la conquete de la ville de Maroc (Marakesh) 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s