Règne du premier calife Abbasside Abû al-`Abbâs As-Saffah (750-754) depuis Koufa Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri

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Le calife abbasside Abu al-Abbas as-Safah ce prolame le calife Abbasside , tiré du Tarikhnalma de Balami
Le calife abbasside Abu al-Abbas as-Safah ce proclame le calife Abbasside  dans la mosquée de Kufa, tiré du Tarikhnama de Balami

Règne du premier calife Abbasside Abû al-`Abbâs As-Saffah (750-754) depuis Koufa Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » :

LA DYNASTIE ABBASSIDE ET C’EST ELLE QUI PRIT LE POUVOIR DES MAINS DE LA DYNASTIE OMEYYADE

 » Sache, lecteur, que cette dynastie a été fourbe, astucieuse et perfide, plus féconde en ruses et en tromperies que forte et énergique, surtout dans ses dernières années.

Car les derniers princes Abbassides paralysaient la vertu d’un gouvernement ferme et puissant, pour avoir recours à des supercheries, et à des tromperies.

A ce sujet le poète Kechadjem[145]dit, en faisant allusion à la vie paisible des gens d’épée, et à l’inimitié des gens de plume, qui vivaient en guerre les uns avec les autres.

« Qu’elle profite aux gens d’épée cette indolence et ce repos dans lesquels ils coulent leurs jours, jouissant des douceurs et des délices, de la vie. »

« Combien d’entre eux ont quitté le monde, sans avoir jamais pris part à un combat, sans s’être précipité dans une mêlée opiniâtre. »

« Matin et soir ils se promènent, portant dans son fourreau une épée dont le tranchant non encore employé n’a reçu aucune brèche.

« Mais les gens d’épée, jamais leurs épées ne restent sans être humectées de sang. »

Un autre poète adressa ces vers à Motewekkel, lors qu’il eut fait mourir son ministre Mohammed ben Abd-elmélik Alzeyyat.

« Peu s’en est fallu que le cœur ne nous manquât par l’excès de la douleur, lorsqu’on a appris le meurtre du vizir. »

« O émir des croyants, tu as donné la mort à l’homme qui faisait mouvoir ton empire ! »

« Patience, patience, ô enfants d’Abbas, votre perfidie a ulcéré nos âmes. »

Cependant cette même dynastie a fait un grand nombre de belles actions et de traits de générosité.

Pendant sa durée les sciences et les lettres ont fleuri ; les préceptes de la religion ont été respectés ; les bonnes œuvres pratiquées avec éclat, les provinces dans un état prospère, les défenses de la loi observées ; les frontières bien défendues.

L’empire est resté, dans cette situation jusqu’aux derniers temps de la monarchie des Abbassides.

Alors leurs affaires se sont embrouillées, et la puissance a passé en d’autres mains.

Nous raconterons ceci dans son lieu, s’il plait à Dieu.

Mais il est temps de passer à l’histoire particulière de chaque calife.

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I. — RÈGNE DE SAFFAH (132/749-136/754)

Le premier des Abbassides qui aient possédé le califat, est Al-Saffâh, qui se nommait Aboul-Abbas Abd-Allah Mohammed ben Ali ben Abdallah ben al-‘Abbas ben Abd-almothalib. Il fut salué calife en 132.

C’était un bon prince, doux, modeste, sage, doué de toutes les qualités, plein de retenue, et d’un beau moral.

Après son inauguration, lorsqu’il fut pleinement investi du pouvoir, il s’attacha à la poursuite des restes des Omeyades, et des principaux personnages de cette famille, et les immola.

Un jour qu’il donnait audience, et que Soleïman ben Becham-ben Abd-almélik[146] Omeyade, auquel ils témoignent une grande considération, se trouvait près de lui, le poète Sodaïf[147] entra et récita ces vers :

« Ne te laisse point abuser par la conduite et les démonstrations de certains personnages distingués : ces apparences cachent un mai dangereux. »

« Frappe de l’épée, tiens le fouet élevé, jusqu’à ce que tu ne voies plus d’Omeyade sur la terre.[148]

Soleïman se retourna vers Sodaif et lui dit : « Tu nous a tués ! ô cheikh ! » En effet Al-Saffâh entra, et Soleïman fut pris et immolé.[149]

Un autre poète entra chez le calife au moment où le repas était servi ; soixante et dix Omeyades y assistaient : il récita ces vers :

« La puissance souveraine s’est établie sur des bases solides, grâces aux princes illustres et courageux de la maison d’Abbas. »

« Ils ont cherché à venger Hachem et ont satisfait cette vengeance, après que la fortune leur a été contraire, et que l’espoir les avait abandonnés. »

« Ne faite, grâce d’aucune faute à Abd-chems ; [150] coupez les rameaux et les rejetons. »

« Par un effet de leur bassesse et de leur avilissement, ils vous témoignent une fausse amitié : Hé bien donc, soyez comme le tranchant du rasoir, auquel rien n’échappe.[151] »

« J’ai été irrité, et d’autres que moi l’ont été aussi, de les voir en possession des coussins et des trônes. »

« Faites-les descendre où Dieu a désigné leur place, dans la demeure de l’avilissement et de l’oubli. »

« Souvenez-vous du meurtre de Hossein et de Zéïd ; souvenez-vous du martyre de Mehras[152] ; de l’Abbasside tué à Harrân, [153] où il repose enseveli, loin de son sol natal, et dans l’oubli.[154] »

Ivoire, du 8eme siècle découvert dans la banlieue de Humaima en Jordanie . Le style indique une origine. du nord de l’actuel Iran au Khorasan, la base de la  puissance militaire de la hashimyya lors la révolution Abbasside
Ivoire, du 8eme siècle découvert dans la banlieue de Humaima en Jordanie . Le style indique une origine. du nord de l’actuel Iran au Khorasan, la base de la puissance militaire de la hashimyya lors la révolution Abbasside

Un des Omeyades qui étaient présents, se retourna vers son voisin et dit : Le poète nous porte le coup mortel. Par l’ordre d’Al-Saffâh on les tua tous à coups d’épées ; on étendit des tapis sur leurs cadavres, et Al-saffah s’étant placé sur ces victimes, prit son repas et entendit les cris que poussaient les mourants, jusqu’à à ce qu’ils eussent tous expiré.

Les Abbassides s’efforcèrent d’effacer jusqu’aux plus faibles vestiges de la famille d’Ommaiah ; ce fut au point qu’ils exhumèrent les tombeaux de ces princes à Damas.

Ils ouvrirent le tombeau de Moawiah Ibn Abi Soufyân et n’y trouvèrent que de légers filaments, semblables à cette poussière que font voler les rayons du soleil ; ils ouvrirent aussi le tombeau de Yézid, et y rencontrèrent quelques portions d’or réduites en poussière.

Le règne d’Al-Saffâh ne fut pas de longue durée : il mourut à Anbar en 136.[155]

Panneau en  ivoire avec la figure d'un guerrier arabe a l'époque Omeyyade avec haubert cote de maille
Panneau en ivoire avec la figure d’un guerrier arabe a l’époque Omeyyade avec haubert cote de maille retrouvé dans le qasr des abbassides de Humeima

DE l’ETAT DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE SAFFÂH

Il est indispensable, avant d’entrer dans le sujet, de dire quelques mots de préambule sur cette institution.

Je dis donc que le vizir est un intermédiaire entre le prince et ses sujets ; il faut, par conséquent, qu’il y ait dans sa nature une moitié capable de s’accorder avec le tempérament d’un monarque, et l’autre, avec le tempérament de la foule, pour traiter chacun de ces deux partis avec des procédés qui lui attirent le bon accueil, l’affection et la confiance ; et son capital, c’est la droiture.

On dit en proverbe :

« Quand le mandataire trompe, le plan périclite. »

Et aussi :

« Celui à qui l’on fait un rapport mensonger, ne saurait prendre de sage décision. »

La capacité et la fermeté doivent être au nombre de ses principales qualités ; l’intelligence, la vigilance, la finesse, la résolution sont au nombre de ses qualités indispensables, et il ne sera pas dispensé d’être somptueusement généreux et hospitalier, pour que les sujets du prince aient pour lui de l’inclination, et pour qu’il lui sait rendu grâces par toutes les bouches ; et la bienveillance, la longanimité, l’attention réfléchie dans les affaires, la douceur, la dignité, la fermeté et l’exécution des ordres qu’il donne sont les qualités dont il a absolument besoin.

Lorsque Nasir prit comme vizir Mouayyad ad-Din Muhammad, fils de Barz, de Qoum, il le revêtit des insignes du vizirat. Puis, le Qoumite siégea solennellement en qualité de vizir, devant tout le peuple rassemblé.

Et il émana de Sa Majesté le khalife une charte minuscule, grande comme le petit doigt, écrite de la main de Nasir.

Elle fut alors lue à la foule, et voici ce qu’elle contenait :

« Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux ! Muhammad, fils de Barz, de Qoum, est notre lieutenant en ce qui concerne le pays et nos sujets. Celui qui lui obéit, nous obéit, et qui nous obéit, obéit à Allah, et qui obéit à Allah, Allah le fera entrer dans le paradis ; et celui qui lui désobéit nous désobéit, et qui nous désobéit, désobéit à Allah, et qui désobéit à Allah, Allah le fera entrer dans le feu. »

Ce rescrit accrut le prestige du Qoummite aux yeux de la foule ; par lui son autorité grandit, et le respect du vizir monta dans les cœurs.

Les bases du vizirat ne furent établies, et ses règles ne furent fixées que sous la dynastie des ‘Abbasides.

Avant ce temps, ses bases n’étaient pas fixées, ni ses règles établies : mais seulement chaque prince avait des hommes formant son entourage et une suite ; quand une affaire se présentait, il consultait les hommes d’intelligence et de bon jugement, et chacun d’eux remplissait ainsi l’office de vizir.

Mais quand les ‘Abbâsides commencèrent à régner, les statuts du vizirat furent arrêtés, et le vizir prit le titre de vizir ; il s’appelait auparavant secrétaire kâtib ou conseiller (mouchîr).

Les linguistes disent : ouazar signifie refuge, abri ; ouizr signifie charge ; alors vizir est tiré soit de ouizr, et dans ce cas il signifie celui qui supporte la charge, soit de ouazar, et, dans ce cas, il signifie celui à qui l’on revient et à l’opinion et à l’expérience de qui on a recours.

Et de quelque façon que l’on retourne la ratine ouazara, on trouve qu’elle indique soit l’idée de refuge, soit celle de charge.[156]

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Le premier vizir qui occupa les véritables fonctions de vizir auprès du premier khalife abbâside est Hafs, fils de Soulaimân Abou Salama al-Khallâl (le vinaigrier). Il était un affranchi des Benou Hârith, fils de Ka’b. On donne trois explications de son surnom d’al-Khallâl (le Vinaigrier).

La première est que sa résidence à Koûfa avoisinait le quartier des marchands de vinaigre, qu’il fréquentait ; ainsi son surnom fut tiré de leur profession, comme al-Gazzâlî[157] (le Fileur) reçut son nom des fileurs (al-gazzâlîn), qu’il fréquentait beaucoup. J’ai vu, pourtant, à cette dénomination d’al-Gazzâlî, une explication différente.

On dit, en effet, qu’il aimait faire l’aumône aux femmes pauvres qui se présentaient au marché au fil pour vendre leur fil, et voyant leur dénuement, leur pauvreté et la modicité de leurs gains, il prenait compassion d’elles, leur faisait de grandes aumônes, et engageait les autres à leur donner : de là son surnom.

La seconde explication de ce nom d’al-Khallâl est celle-ci : il aurait eu des boutiques où l’on fabriquait le vinaigre, d’où viendrait son surnom. D’apAbbasids as saffahrès la troisième explication ce serait un relatif tiré des khilal des épées — c’est-à-dire les fourreaux.

Abou Salama était un des plus riches personnages de Koûfa, et il faisait de grandes dépenses en faveur des hommes de la propagande ‘abbâside ; et la cause de son alliance avec les ‘Abbâsides, la voici : il était gendre de Boukair, fils de Mahân, [158] lequel était secrétaire particulier de l’imâm Ibrahim.

Lorsque Boukair fut sur le point de mourir, il dit à l’imâm Ibrahim :

« J’ai un gendre à Koûfa, nommé Abou Salama al-Khallâl ; je l’ai établi à ma place pour diriger l’action de votre parti. »

Puis il mourut. Alors, Ibrahim l’imâm écrivit à Abou Salama pour lui annoncer ces nouvelles, et en lui donnant des instructions pour les affaires du parti. Et Abou Salama devint le chef de la propagande ‘abbâside, qu’il dirigea avec autorité. Mais, ayant sondé le fond des Abbâsides, il résolut de se séparer d’eux et de passer au camp des ‘Alides.

Il écrivit donc aux trois plus grands représentants de cette famille : Djafar, fils de Muhammad as-Sâdiq, ‘Abd-Allah, surnommé le Pur, fils de Hasan, fils de Hasan, fils d’’Ali, fils d’Abou Thâlib, et ‘Omar al-Achraf, fils de Zain al-Abidin, et il confia les lettres à l’un des affranchis de cette famille, en lui disant :

« Va trouver d’abord Djafar, fils de Muhammad as-Sâdiq ; s’il accepte, détruis les deux autres lettres ; sinon, va trouver ‘ Abd-Allah le Par] s’il répond favorablement, détruis la lettre destinée à ‘Omar ; sinon, va trouver ‘Omar. »

L’envoyé alla donc trouver d’abord Djafar, fils de Muhammad, et lui remit la lettre d’Abou Salama. Il répondit : « Qu’ai-je à faire avec Abou Salama, qui est partisan d’une autre famille que la mienne ? » L’envoyé lui dit : « Lis la lettre. » Mais as-Sâdiq dit à un esclave : « Approche la lampe. » Quand elle fut approchée, il prit la lettre et la consuma à la flamme. L’envoyé lui dit : « Tu ne réponds pas ? — Tu as vu ma réponse «, dit as-Sâdiq.

Alors l’envoyé s’en vint trouver ‘Abd-Allah le Pur et lui présenta sa lettre.

Il la lut, lui fit bon accueil, et partit aussitôt trouver as-Sâdiq et lui dit :

« Voici une lettre d’Abou Salama. Il m’écrit pour m’offrir le khalifat ; et cette lettre m’est apportée par la main d’un de nos partisans du Khorasan. »

Mais as-Sâdiq lui dit :

« Depuis quand les gens du Khorasan sont-ils tes partisans ? Leur as-tu envoyé Abou Mouslim ? En connais-tu un seul de nom ou de vue ? Et comment seraient-ils tes partisans, quand tu ne les connais pas et qu’ils ne te connaissent pas ? — On dirait, riposta ‘Abd-Allah, qu’il y a derrière tes paroles une chose que tu ne dis pas. »

As-Sâdiq répondit :

« Dieu sait que je me suis imposé de toujours donner le bon conseil à tout Musulman ; comment t’en priverais-je ? Aussi, ne te laisse pas attirer par des chimères ; car cette souveraineté écherra certainement à ces gens-là ; [159] et j’avais reçu avant toi une lettre pareille à la tienne. »

‘Abd-Allah sortit de chez lui, mécontent.

Quant à ‘Omar, fils de Zain al-‘Abidîn, il repoussa la lettre en disant :

« Je ne connais pas son auteur pour avoir à lui répondre. »

Abou Salama échoua dans son projet ; le parti ‘abbâside fit son œuvre, et Saffâh fut nommé khalife.

Cette histoire lui fut rapportée par une bouche malveillante ; le khalife «n conçut une vive rancune contre Abou Salama, et il le fit mettre à mort.

 

.Selon les historiens arabes ver  687/8, Ali ibn Abd Allah ibn al-Abbas (radi ALLAH anhu)  aurai acheté la ville de Humeima et  fait construire un Qasr  et la mosquée.   Depuis ici, les Abbassides ont planifié leur révolte contre la dynastie des Omeyyades, qui fut réalisée en 749. La famille Abbasside a ensuite quitté les lieux  pour l’Iraq, et le site de Humayma a été abandonné.  ( Akhbar ad-Dawla al-Abbasiyya 1971: 107, 108, 149, 154, 195; al-Bakri 1945-1951: 130).
.Selon les historiens arabes ver 687/8, Ali ibn Abd Allah ibn al-Abbas (radi ALLAH anhu) aurai acheté la ville de Humeima (Jordanie, Sham) et fait construire un Qasr et la mosquée.
Depuis ici, les Abbassides ont planifié leur révolte contre la dynastie des Omeyyades, qui fut réalisée en 749.
La famille Abbasside a ensuite quitté les lieux pour l’Iraq, et le site de Humayma a été abandonné. ( Akhbar ad-Dawla al-Abbasiyya 1971: 107, 108, 149, 154, 195; al-Bakri 1945-1951: 130).

QUELQUES MOTS SUR SA VIE ET SUR SON MEURTRE

Abou Salama était un homme bienveillant, généreux, très hospitalier, très libéral, très amateur d’élégance en armes et en chevaux, beau parleur, connaissant bien les anecdotes, les poésies, la biographie, la controverse et l’explication du Coran ; toujours prêt à la réplique, grand seigneur, et d’un noble caractère qui frappait ceux qui l’approchaient.

Lorsque Saffâh fut reconnu khalife, il le prit comme vizir, lui confia les affaires et lui remit la direction des administrations ; il fut surnommé le Vizir de la famille de Muhammad ; mais Saffâh méditait déjà sa perte.

Saffâh eut peur, en tuant lui-même son vizir Abou Salama, d’éveiller les soupçons d’Abou Mouslim et de le voir se hérisser de colère comme une panthère ; aussi il usa de finesse et écrivit à Abou Mouslim une lettre[160] pour lui apprendre le projet qu’avait formé contre lui son vizir, de transporter le pouvoir en dehors de leur famille ; 210 il ajoutait :

« Je lui pardonne son crime par considération pour toi. » 

L'ancienne mosquée de Kufa en 1915, Iraq
L’ancienne mosquée de Kufa en 1915, Iraq

Mais ce qui se dégageait de cette lettre, c’est que la nécessité s’imposait de trouver juste l’exécution du vizir. Il envoya la lettre par son frère Mansour ; et dès qu’Abou Mouslim eut achevé de la lire, il comprit le désir de Saffâh ; il envoya alors une troupe d’hommes du Khorasan, qui tuèrent Abou Salama.

Alors le poète dit :

Le vizir, le ministre de la famille de Muhammad a péri. Que quiconque te déteste soit vizir[161] ?

Le salut commence à luire, et souvent on devrait se réjouir de ce qui inspire de la répugnance.[162]

As Saffah le premier Abbasside reçois les allégeances dans la mosquée construite par les Omeyyades (ses prédécesseurs a Kufa en Iraq, illustration persane du 14e siècle
As Saffah le premier Abbasside reçois les allégeances dans la mosquée construite par les Omeyyades (ses prédécesseurs a Kufa en Iraq, illustration persane du 14e siècle

FIN DU VIZIRAT D’ABOU SALAMA.

On n’est pas d’accord sur son successeur auprès de Saffâh. On dit que ce fut Abou-l-Djahm, [163] d’autres Abd er-Rahman. Pour Abou-l-Djahm, il fut vizir de Saffâh un certain temps ; et lorsque le khalifat échut à Mansour, le nouveau khalife, qui avait beaucoup de choses contre lui, lui servit de la pâte d’amandes empoisonnée.

Quand il s’aperçut qu’il avait pris du poison, il se leva pour s’en aller.

« Où vas-tu ? lui dit Mansour.

— Où tu m’as envoyé. Émir des Croyants, » dit al-Djahm.

Souli[164] prétend que Saffâh eut comme vizir, après Abou Salama, Khalid, fils de Barmak.

Mosquée Abbasside Tarikh Khana à Dâmghân, en Iran (750-789)
Mosquée datant de la fin des Omeyyade Tarikh Khana à Dâmghân, en Iran (749-750)

HISTOIRE DU VIZIRAT DE KHALID, AVEC QUELQUES MOTS SUR SA VIE

Ce Khalid est l’aïeul des Barmékides ; et en ce temps-là il faut trouver l’origine de la lignée barmékide, qui prit l’expansion que l’on sait jusqu’à sa fin, sous le règne de Rachid. Khalid était un des hommes les plus marquants de la dynastie abbâside. C’était un homme éminent, considérable, généreux, ferme, vigilant. Saffâh le prit comme vizir, et il ne lui pesa pas. Il portait le titre de vizir.

On dit aussi pourtant que tous ceux qui furent chargés du vizirat après Abou Salama évitèrent le titre de vizir, car c’était un mot de mauvais augure depuis l’histoire d’Abou Salama, et à cause de ce vers du poète :

Ton vizir, le vizir de la famille de Muhammad a péri. Que quiconque le déteste soit vizir !

Ainsi Khalid, [165] fils de Barmak, remplissait l’office de vizir, sans en porter le titre.

Khalid jouissait d’une grande considération auprès des khalifes. On rapporte que Saffâh lui dit un jour : « Khalid, tu n’as été satisfait que lorsque tu as fait de moi ton serviteur ? » Khalid trembla, et dit : « Prince des Croyants, comment cela, moi qui suis ton serviteur et ton esclave ! » Le khalife sourit, et dit : « Ma fille Raita[166] s’endort avec la tienne ; je surviens au milieu de la nuit, et je les trouve toutes deux, et leur couverture a glissé à côté d’elles. Alors moi je l’ai remise sur elles. » Khalid baisa sa main et dit : « C’est l’histoire d’un maître à qui son serviteur et sa servante doivent une récompense ! »

Il y avait foule d’arrivants à la porte de Khalid, fils de Barmak ; les poètes venaient chanter son éloge, chacun avec la pensée de recevoir sa récompense ; et ceux qui accouraient ainsi auprès des puissants s’appelaient auparavant sou’ât, c’est-à-dire quémandeurs ; mais Khalid dit : «Je trouve ce mot trop bas pour de pareilles gens parmi lesquels on rencontre des nobles et des grands, et il les appela visiteurs. Et Khalid fut le premier à les appeler ainsi. Et l’un d’eux s’écria une fois : « Par Allah, nous ne savons pas lequel de tes bienfaits envers nous est le plus excellent, si c’est la récompense ou le nom que tu nous donnes. »

Mais on prétend aussi que c’est Mousâouir, [167] fils de Nou’mân, sous les Omeyyades, qui innova cette façon d’agir.

Lorsque Mansour bâtit la ville de Bagdad, et que la dépense commençait à lui paraître lourde, il reçut d’Abou Ayyoub al-Moûriyâni[168] ce conseil, de démolir le palais de Chosroès et d’employer à Bagdad ses matériaux.

Le khalife demanda là-dessus l’avis de Khalid, fils de Barmak, qui lui répondit : « Ne fais pas cela, Emir des Croyants ; ce palais est l’emblème de l’Islâm ; quand les gens l’aperçoivent, ils voient qu’une pareille construction ne peut être détruite que par une cause surnaturelle, et c’est en même temps l’oratoire d »Ali, fils d’Abou Thâlib. Et la dépense de la démolition dépassera le profit qu’on en tirera. » Mais Mansour répondit : « Tu veux, Khalid, rester toujours Persan.[169] » Puis Mansour donna l’ordre de démolir ; on n’en fit tomber qu’un morceau de pan, et la dépense dépassa ce que Ton en tira. Mansour arrêta alors la démolition, et dit : « Khalid, nous nous sommes rendus à ton avis, et nous abandonnons la démolition du Palais. — Emir des Croyants, répondit le vizir, je te donne à présent le conseil, moi, de le détruire, pour que les gens n’aillent pas dire que tu as été incapable de détruire ce que d’autres avaient édifié.[170] » Mais le khalife épargna le Palais, et arrêta là la démolition.

Certain poète écrivit ces vers pour Khalid, fils de Barmak,

le jour de Nôrouz, [171] alors que l’on faisait à Khalid des cadeaux, parmi lesquels figuraient des coupes d’argent et d’or :

Je voudrais savoir si vous ne nous réservez pas quelque aubaine, ô présents du vizir, le jour de Nôrouz !

Cela ne compte guère aux yeux de Khalid, fils de Barmak, au chapitre des générosités, qu’un cadeau dont il fait cadeau !

Que n’ai-je une coupe d’argent de tous ces présents, en dehors de ce que le vizir voudra bien me donner lui-même !

Je la convoite pour le miel à y mélanger avec de l’eau (hydromel) et pas pour le pissat d’une vieille femme !

Alors le vizir lui accorda tout ce qui était exposé devant lui, de vases d’argent et d’or, et tout cela atteignit une somme considérable.

Lorsque Mansour prit possession du khalifat, il le maintint au vizirat ; il le comblait d’honneurs et recourait à ses avis.

FIN DE L’ADMINISTRATION DES VIZIRS DE SAFFÂH, ET EN MÊME TEMPS FIN DE SON RÈGNE.

 

notes du traducteur :

[145] Ce poète, dont le nom est Mahmoud, fils de Hosain, fils de Châhak est mort en 350 (= 961). Cf. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 85. De Hammer Purgstall. Litteraturgesch. derAraber. V, 610 ; VII. 1231 Massoudi, Prairies dor. VIII, 318-319, 394-396, 399, 404-406; Ibn Khallikan, Wafayât, notice 256; Fihrist. I, p. 168.

[146] Sur ce malheureux prince Omeyyade. voy. Massoudi, Prairies d’or, V, 478; VI, 33-35 et 67 ; IX, 61. Sa biographie est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris. n° 2064, f° 184 ; Ibn al-Athir, V, 329 et Index, p. 322.

[147] Soudaif fils; de Maïmoun était un client de la tribu de Khozâ’a. Doué d’un talent supérieur en poésie, il se montra un fanatique partisan des Benou Hachim, contre les Omeyyades. Il apportait une ardeur telle à défendre les premiers dans les discussions qu’il avait à ce sujet, qu’il finit par créer un parti qu’on appelait les Soudaifites, qui ne prit fin que lorsque le pouvoir appartint sans partage aux ‘Abbasides. Sa biographie est donnée par le Kitab al-aghâni. XIV, 162-163 : voy. aussi IV, 93-96 et l’Index. Une bonne notice sur ce poète se trouve dans le manuscrit arabe de Paris, n° 2064, f° 116 r°. Khalil ibn Aibak As-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât : voy. aussi de Hammer Purgstall, Litteraturgesch. der Araber. IV, 712 ; Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, éd. de Goeje. pp. 479-481.

[148] Ces deux vers sont donnés par Ibn Qotaiba, loc. cit., et par le Kitab al-aghâni, IV, 94, avec une légère variante. De même, Ibn al-Athir, Chronicon, V, 329.

[149] Cf. le Kitab al-aghâni, IV, 96; Ibn al-Athir, loc. cit.

[150] ‘Abd Chams, fils d’Abd Manâf, fils de Qosayy, ancêtre des Arabes, serait né vers l’année 455 de l’ère chrétienne, d’après le calcul de Caussin de Perceval, Essai, I, tableau VIII (2e partie) et pages 252 et suiv. Cf. Prince de Teano, Annali del Islâm. Index, p. 1245: Ibn al-Athir, Chronicon, I, 330 ; II, 12 et passim.

[151] « Leur humiliante défaite leur a fait prendre le masque de l’attachement, mais il garde contre vous une haine bien vivante comme une blessure au rasoir. »

C’est ainsi que je comprends ce vers, dont la dernière partie est d’une concision exagérée. Amable Jourdain a traduit: « Eh bien donc, soyez comme le tranchant du rasoir, auquel rien n’échappe ». Je ne crois pas que le vers sait susceptible de cette interprétation, puisqu’on ne peut appeler cela une traduction. Ibn al-Athir (Chronicon, V, 329) et le Kitab al-aghâni, IV, 93, donnent cette pièce, avec une légère variante dans ce quatrième vers, qui d’ailleurs n’en change pas beaucoup le sens: le premier donne « le feu du rasoir », le second « entaille du rasoir ».

[152] C’est Hamza.

[153] Le poète veut désigner Ibrahim l’Imam.

[154] Ces vers, qui sont donnés par Ibn al-Athir, Chronicon, V, p. 329, et par le Kitab al-aghâni, IV, 93, sont attribués par le premier de ces auteurs à un poète nommé Chibl et par le second à Soudaïf, dont il a été question ci-dessus.

[155] Ici se termine la traduction extraite des Mines de l’Orient ou Fundgruben des Orients, V, d’Amable Jourdain.

[156] Cette étymologie de vizir est celle-là même que propose Baidawî, dans son Commentaire du Coran, dont le passage essentiel a été rapporté par S. de Sacy, Chrestomathie arabe, II, 57, note 31, où l’on trouve aussi (p. 58 et suiv.) un important extrait de la Description de l’Egypte de Makrizi, sur les fonctions de vizir et leurs vicissitudes sous les Fâtimides et les Mamlouks.

[157] C’est le théologien bien connu (1059-1111), sur lequel voy. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 419 et suiv. On sait que l’ethnique de ce savant doit être prononcé plutôt Ghazali, sans redoublement du z comme nisba de Ghazâla, bourg situé près de Tous. Cf. Soyoûti, Loubb al-Loubâb, éd. Weijers, p. 180, et la note de Veth.

[158] Ce conspirateur entra au service des ‘Abbâsides en l’année 125 de l’Hégire (= 742), après la destitution du chef de la propagande Djounaid, fils d’Abd er-Rahman. Cf. Chronicon, V, 93 et passim. Il mourut deux ans après (127 = 741) et désigna al-Khallâl au choix de l’imâm Ibrahim. Ibidem, pp. 258-259.

[159] Les ‘Abbâsides.

[160] D’après Massoudi, Prairies d’or, VI, 134, c’est au contraire Abou Mouslim qui écrivit au khalife pour lui conseiller de se débarrasser d’Abou Salama, en lui dévoilant ses crimes et en justifiant sa mise à mort. Mais Ibn al-Athir (Chronicon, VI, 334) confirme le récit d’Ibn at-Tiqtaqâ et explique la contradiction apparente entre notre auteur et Massoudi en nous apprenant qu’il y eut deux lettres échangées, la première adressée par le khalife à Abou Mouslim, la seconde étant une réponse de celui-ci approuvant les projets du khalife.

[161] Ce distique appelle plusieurs observations. Tout d’abord, j’ai traduit la im du premier vers avec un sens optatif, en m’écartant sur ce point de l’éminent traducteur des Prairies d’or (VI, 136) : « Et tu fais ton vizir de celui qui te hait! » D’autre part, le deuxième vers donné par l’édition et traduit ci-dessus, n’appartient pas au manuscrit ; mais il fut ajouté par une main étrangère, qui n’est pas celle du copiste, ni celle de l’auteur. La comparaison des écritures suffirait à le démontrer, si l’on n’avait en plus le témoignage d’Ibn al-Athir, op. cit., VI, 345, que notre auteur a copié dans ce passage et qui ne donne que le premier vers

[162] L’auteur de ces deux vers, d’après une note marginale du manuscrit 1 (folio 144 verso) et d’après Ibn al-Athir, op. cit., VI, 335), se nomme Soulaimân, fils d’al-Mouhâdjir al-Badjali, sur lequel voy. de Hammer-Purgstall, Litteratur Geschichte der Araber, IV, 838.

[163] C’était l’un des principaux conjurés du Khorasan, un des lieutenants d’Abou Salama. Cf. Abou-l-Mahâsin, An-noudjoûm az-zâhira, I, 355 ; Massoudi, Prairies d’or, VI, 97 : Kitab al-aghâni, IX, 25, 124; XIII, 23 Ibn al-Athir, Chronicon, V, 313-314.

[164] Abou Bakr Muhammad, fils de Yahya as-Souli, était à la fois historien, poète, littérateur. Un de ses arrière grands-pères était, dit-on, prince de Djourdjân. Il avait lui-même une grande habileté au jeu des échecs, ce qui taisait rechercher sa société par les khalifes, notamment Mouqtafi et Mouqtadir. Il composa plusieurs ouvrages sur les khalifes ‘abbâsides, sur leurs vizirs, sur les poètes, etc. Il ne nous est par venu qu’une petite partie de son œuvre. Il mourut en 335 (= 946). Voy. la bibliographie dans Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., l. 143. Sa biographie est donnée par Dzahabî, Tarikh al-islâm, manuscrit arabe de Paris, n° 1581, f° 177 v°. Cet auteur dit au cours de l’ouvrage (f° 162 v°) que Souli mourut en 336, mais il place sa biographie dans la section nécrologique de l’année 335. Cf. Ibn Khallikan, Wafayât, notice 659. — L’ouvrage de Souli, cité généralement par Ibn at-Tiqtaqâ, est celui que l’auteur composa sur les vizirs. On verra plus loin (p. 390 du texte arabe qu’à partir du moment où il quitte son guide, Ibn at-Tiqtaqâ, jusqu’alors si prolixe sur l’histoire des vizirs, ne donne plus que bien peu de renseignements sur ces fonctionnaires.

[165] Une intéressante notice sur Khalid le Barmékide est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 4, v°.

[166] Voyez d’autres anecdotes sur cette princesse dans le Kitab al-aghâni, IX, 128, 137, 188. Voy. aussi Massoudi, Prairies d’or, IV, 248, 289 ; Ibn al-Athir, op. cit., VI, 390.

[167] Je n’ai trouvé aucun renseignement sur ce personnage, en dehors d’une brève mention dans le manuscrit de Paris, n° 5986, f° 178 verso (Kitab al-aghâni, par Abou Hilal al-‘Askarî). D’après cet auteur, Mousâouir, fils de Nou’mân, était alors gouverneur du Fâris.

[168] Voy. plus loin la traduction.

[169] Les Barmékides ont été souvent accusés d’être restés Persans de cœur et de favoriser secrètement la religion des mages.

[170] C’est le récit donné par Ibn al-Athir, Chronicon, V, 438.

[171] C’est, comme on sait, le premier jour de l’année chez les Persans, et qui correspond à l’équinoxe du printemps. Les Musulmans adoptèrent cette date pour le paiement de l’impôt kharâdj. Cf. Massoudi, Prairies d’or, II, 112; III, 404, 413, 417. Sur la fixation de cette date sous Moutawakkif, voy. Abou Hilal al-Askari, Kitab al-a’wâil, manuscrit arabe de Paris, n° 5986, folio 138 et suiv. dont le récit confirme celui de Baladhouri.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

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