Règne du troisième calife Abbasside al-Mahdi (158/774 — 169/785) par ibn al-Tiqtaqa de son « al-Fakhri » 1302 :

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Baghdad  la cité ronde, capital Abbasside
Baghdad la cité ronde, capital Abbasside, la ville cosmopolite de Baghdad s’épanouit sous le règne d’al-Mahdi. La ville va attiré des immigrants de toute la péninsule arabique, l’Irak , la Syrie, al-Fars, al-Jibal,  le Khorassan al-Ifriqiya, et al-andalus  elle est devenu la plus grande ville du monde.

Règne du troisième  calife Abbasside al-Mahdi  (158/774 — 169/785)  par ibn al-Tiqtaqa de son « al-Fakhri » 1302 :

Après Mansour régna son fils Muhammad Mahdî, dont le nom complet est Abou ‘Abd Allah Muhammad Mahdî, fils d’Abou Djafar Mansour.

Sa généalogie a été donnée plus haut.

Il fut proclamé khalife à La Mecque, en l’année 158 (774 de J.-C.).

Mahdî était un prince énergique, éveillé, généreux, terrible pour les moulhidites et les zindiqs.[286]

Il déploya à détruire ces sectes un zèle à l’abri de tout reproche.

Par le désordre, les calamités et les insurrections, son règne ressemblait à celui de son père.

Mahdî tenait souvent audience pour rendre lui-même la justice.

On raconte que lorsqu’il tenait ces audiences, il disait :

« Faites entrer en ma présence les qâdîs, car si je ne m’appliquais à redresser les griefs que par déférence pour ces magistrats, ce serait encore une garantie suffisante.[287] »

On rapporte[288] aussi que ce khalife, faisant une promenade avec un de ses familiers nommé ‘Amr, [289] s’écarta de son escorte, tout en chassant. Comme il avait faim, il dit à ‘Amr :

« Y a-t-il quelque chose à manger ?

— Je vois, dit ‘Amr, une cabane. »

Ils s’y dirigèrent et y trouvèrent un Nabatéen, propriétaire d’un petit potager. Ils le saluèrent, puis lui demandèrent s’il disposait de quelque nourriture :

« J’ai, répondit-il, du poisson salé[290] (c’est une sorte de hors-d’œuvre fait de petits poissons) ; j’ai aussi du pain d’orge.

— Si tu as avec cela un peu d’huile, lui dit Mahdi, tu nous auras fait une hospitalité[291] parfaite.

— Oui, dit le paysan ; et j’ai aussi du poireau »,

et il leur apporta ces provisions qu’ils mangèrent jusqu’à se rassasier. Mahdi dit alors à ‘Amr :

« Improvise quelques vers de circonstance. »

‘Amr improvisa ceux-ci :

Celui qui sert à ses hôtes du poisson salé avec de l’huile, et du pain d’orge avec du poireau,

Mérite, pour son mauvais procédé, une claque ou deux et même trois.

« Quelles vilaines paroles ! s’écria Mahdi : tu aurais dû plutôt dire :

Mérite, pour son bon procédé, une bourse[292] ou deux et même trois. »

Pendant ce temps, arrivaient l’escorte, la caisse et les esclaves du khalife, qui ordonna de remettre au Nabatéen trois bourses d’argent, puis s’en alla.

Masque de guerre Persan ou Tatar de Crimée du 16eme siècle
Masque de guerre Persan ou Tatar de Crimée du 16eme siècle

C’est sous le règne de ce prince qu’apparut Mouqanna'[293] (l’Homme au Masque) dans la province du Khorasan.

Voici le récit de cet événement.

Mouqanna’ était un homme borgne, de petite taille ; il habitait Merv.

Il s’était fait un masque d’or, qu’il mit sur son visage pour le cacher et il prétendit être Dieu lui-même.

Il disait :

« Dieu a créé Adam et s’est incarné dans sa personne, puis dans celle de Noé, et ainsi de suite jusqu’à Abou Mouslim Khorasani. » 

Il se donna le nom de Hâchim, et il croyait à la métempsycose.

Beaucoup de gens à l’esprit égaré lui prêtèrent le serment de fidélité et, dans quelque pays qu’ils se trouvassent, ils se prosternaient dans la direction de l’endroit où résidait Mouqanna’.

De même dans les combats, ils criaient :

« O Hâchim ! accorde-nous ton aide ! »

Un très grand nombre de partisans vinrent se grouper autour de lui.

<strong>Ruine de Merv Khorasan, actuel Turkménistan</strong>
Ruine de Merv Khorasan, actuel Turkménistan

Mahdî ayant envoyé contre lui une armée, Mouqanna’ se réfugia dans une citadelle[294] (qal’a) située dans cette région.

Les troupes du khalife lui infligèrent un si long siège, qu’il se lassa ainsi que ses partisans, dont la plupart[295] demandèrent l’aman (la paix avec la vie sauve).

Il ne resta plus avec lui que quelques personnes, et il continuait à être bloqué dans sa forteresse.

Alors, ayant allumé un énorme bûcher, il y jeta tout ce qu’il y avait dans la forteresse : bêtes, vêtements, et objets mobiliers.

Puis, réunissant ses femmes et ses enfants, il dit à ses compagnons :

« Que quiconque d’entre vous désire monter au ciel avec moi, se jette dans ce feu. »

Il s’y jeta[296] ensuite lui-même avec ses enfants et ses femmes, par crainte que son cadavre ou ses femmes ne tombassent entre les mains des ennemis.

Quand le feu les eut tous consumés, les portes de la forteresse furent enfoncées, et les troupes de Mahdî y entrèrent, mais la trouvèrent dévastée, complètement vide.

arbr abbasside jusquen 902

En montant sur le trône, Mahdî rouvrit la question de la destitution de Isa, fils de Moussa, et de la proclamation de ses propres fils Moussa al-Hadi et Haroun er-Rachid comme héritiers présomptifs du trône.

Nous avons raconté précédemment de quelle manière Isa avait déjà été dépossédé une première fois, sous le règne de Mansour, qui fit passer avant lui Mahdî.

Celui-ci, en montant sur le trône, voulut faire pour ses enfants ce que Mansour avait fait pour lui-même.

En conséquence, il demanda à ‘Isa, fils de Moussa, d’abdiquer lui-même ses droits.

Mais ce dernier refusa. Mahdî employa alors les menaces et les promesses jusqu’à ce que, ‘Isa ayant accepté, il fit constater son abdication par des témoins et proclamer ses propres fils, Hadi et Haroun Rachid.

Mahdî, comme autrefois son père (Mansour), avait l’habitude d’examiner minutieusement le détail des questions.

C’est ainsi qu’en montant sur le trône, il donna ordre de rétablir la généalogie de la famille de Ziyâd ibn Abîhi en la rattachant à ‘Oubeïd ath-Thaqafî et de les rayer du registre généalogique[297] de Qoraich.

Ray est la deuxième ville de l'Empire abbasside après Bagdad. Le futur calife al-Mahdî y fut nommé gouverneur. Il rebâtit ville et la renomma al-Muhammadiya. Hârûn ar-Rachid y naquit en 766.
Ray (actuel Téhéran) est la deuxième ville de l’Empire abbasside après Baghdad. Le futur calife al-Mahdî y fut nommé gouverneur. Il rebâtit ville et la renomma al-Muhammadiya. Hârûn ar-Rachid y naquit en 766. (source imageErich Schmidt, 1934 via Encyclopaedia Iranica) 

Il ordonna aussi de rétablir la généalogie de la famille Abou Bakra[298] en les rattachant à la clientèle du Prophète (sur lui soient les bénédictions d’Allah et son salut !).

Il en fit dresser des lettres patentes, et sa décision fut effectivement exécutée.

Mais, dans la suite, les gouverneurs se laissèrent corrompre par les descendants de Ziyâd et les rétablirent sur le registre de Qoraich.

Mahdî fit, à diverses reprises, des expéditions contre l’empire byzantin et demeura toujours maître de la victoire.

Il mourut à Mâsabadzân, [299] mais l’on est en désaccord sur la cause de sa mort.

Selon les uns, dans une de ses parties de chasse, il poursuivait une gazelle, lorsque celle-ci pénétra par la porte d’une masure.

Le cheval de Mahdî s’y engagea alors derrière elle, et le linteau de la porte de cette masure, ayant broyé le dos du khalife, détermina sa mort sur le champ.

D’après une autre version, [300] une de ses jeunes esclaves ayant mis du poison dans un plat qu’elle destinait à une autre esclave, Mahdî, qui n’était pas au courant, en mangea et y trouva la mort.

Cet événement eut lieu en l’année 169 (785 de J.-C.).

Le poète[301] Abou-l-‘Atâhiyya a dit, en décrivant les jeunes esclaves du khalife, qui étaient sorties, après sa mort, vêtues de cilices :

Hier encore, elles étaient dans la soie, et les voilà aujourd’hui couvertes de cilices.

Tout bélier (ou taureau) vigoureux est appelé à être un jour terrassé.[302]

Tu n’es pas immortel, dût ta vie se prolonger autant que celle de Noé.[303]

Et puisqu’il faut que tu gémisses, c’est sur ta propre destinée que tu dois gémir.[304]

Abbassides. Al Mahdi (158-169 AH = 775-785 AD).

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MAHDI

C’est sous le règne de ce prince que la fonction de vizir apparut dans toute sa splendeur, grâce à la haute capacité de son vizir Abou Oubeïd Allah Mouâwiya, fils de Yasâr.[305]

C’est lui qui sut réunir [dans le trésor du khalife] tous les revenus de l’empire, qui organisa le diwan et établit les bases de l’administration.

C’était un homme d’Etat de premier ordre, et nul ne pouvait lui être comparé sous le rapport de l’habileté, de la science et de la connaissance profonde des affaires.

Voici, d’ailleurs, un aperçu de sa biographie.

VIZIRAT D’ABOU OUBEÏD ALLAH MOUAWIYAH, FILS DE YASAR, SOUS LE RÈGNE DE MAHDÎ

Ibn Yasâr descendait d’un affranchi d’al-Ach’arî.[306]

Il avait rempli les fonctions de secrétaire et de gérant de Mahdî, [307] avant son avènement au khalifat.

C’est Mansour qui l’attacha au service de son fils. Il avait même pensé le prendre lui-même comme vizir, mais il préféra sacrifier son propre intérêt en le donnant à son fils Mahdî. Il dominait complètement celui-ci, qui ne lui désobéissait en rien.

D’ailleurs, Mansour ne cessait jamais de le recommander à son fils et lui ordonnait constamment de se conformer à ses conseils.

Après la mort de Mansour, Mahdî étant monté sur le trône du khalifat, donna pleins pouvoirs à Ibn Yasâr pour gouverner l’empire et lui confia les divans.

C’était un maître dans son art ; on lui doit un certain nombre d’innovations, entre autres le remplacement de l’impôt foncier (kharâdj) par la mouqâsama ou impôt en nature, consistant dans une quote-part de la récolte.

Auparavant, le souverain percevait sur les récoltes un impôt foncier déterminé, sans participer au partage de la récolte.

Mais lorsqu’Abou ‘Oubeïd Allah fut investi du vizirat. il réglementa la question du partage en nature avec le fisc, et frappa de l’impôt [kharâdj] les palmiers et les arbres à tige ligneuse.

Depuis, ce système a été suivi jusqu’à ce jour.

Il composa, sur l’impôt foncier [kharâdj], un livre, où il indiqua les règles légales auxquelles cet impôt est assujetti, tous les détails de son application, ainsi que les principes de son organisation.

Il est le premier auteur qui ait écrit un ouvrage sur cette question. Depuis, il a été pris comme modèle par d’autres personnes, qui composèrent des ouvrages sur l’impôt [kharâdj].

Ibn Yasâr était très orgueilleux et très fier.

On raconte que lorsque Rabi’ arriva de La Mecque, après la mort de Mansour et la proclamation de Mahdî, il se présenta, aussitôt arrivé, à la porte d’Abou Oubeïd Allah. Fadl, fils de Rabi’ [qui accompagnait son père], lui dit :

« Comment, père, nous commençons par le vizir avant de nous présenter devant le Commandeur des Croyants et avant d’aller chez nous ?

— Parfaitement, mon cher enfant ; c’est le favori de cet homme[308] [du khalife] et il le domine entièrement. » Dirham of Al-Mahdi, 166 AH, Kirman, silver 2.95 g.

Arrivé à la porte du vizir Abou Oubeïd Allah, Rabi’ attendit un moment la sortie de l’huissier, qui rentra demander pour lui l’autorisation de se présenter devant le vizir. Celui-ci ayant accordé cette autorisation, Rabi’ entra, mais le vizir ne se leva même pas au-devant de lui.

Il lui demanda ensuite des renseignements sur son voyage et sur sa santé. Rabi’, lui ayant répondu sur ce point, commença ensuite à l’entretenir de ce qui s’était passé à La Mecque, de la mort de Mansour et des efforts qu’il avait dû lui-même déployer pour faire proclamer Hâdi.

Mais le vizir lui coupa brusquement la parole en lui disant :

« Je suis au courant ; il n’est pas nécessaire d’y revenir. »

Rabi’, très fâché, se leva et sortit :

« Puissè-je être tenu envers Dieu de ceci et cela, dit-il à son fils Fadl, si je n’emploie pas toute ma fortune et toute mon influence à lui nuire et à briser son bonheur ! »

Rabi’ alla trouver ensuite le khalife Mahdî, qui le prit comme chambellan et en fit un de ses intimes, comme il l’avait été avec son père (Mansour).

Dès ce moment, Rabi’ commença à intriguer contre Abou Oubeïd Allah par tous les moyens possibles, mais il n’obtint aucun résultat.

C’est alors que, prenant à part un des ennemis du vizir, il lui dit :

« Tu as vu de quelle manière Abou Oubeïd Allah s’est conduit à ton égard (ce vizir l’avait en effet persécuté) et aussi envers moi ; n’aurais-tu pas quelque combinaison pour nous venger ?

— Par Allah ! non, répondit l’homme, je ne trouve aucun stratagème qui puisse réussir contre lui, car c’est l’homme le plus chaste que je connaisse, celui dont la main et la langue blessent le moins ses semblables. Sa ligne de conduite est droite, son habileté dans son art est au-dessus de tout et sa capacité est telle que tu sais. Son fils, au contraire, a une mauvaise conduite et une vie déplorable, de sorte que les mauvais rapports sur lui ont de grandes chances de l’atteindre. Si donc il y avait un moyen d’atteindre indirectement le vizir par la voie de son fils, peut-être y réussirions-nous. »

Rabi’ embrassa son interlocuteur entre les deux yeux, et entrevit dès lors l’intrigue à ourdir contre le vizir. En conséquence, il accusa son fils, auprès du khalife Mahdî, de toutes sortes de calomnies. Tantôt il l’accusait d’entretenir une intrigue amoureuse avec une femme du harem royal, tantôt il prétendait qu’il était zindiq.

Or, Mahdî était terrible contre les moulhidites et les zindiqs, qu’il épiait constamment pour les faire périr.

Aussi, dès que son esprit fut convaincu de la culpabilité du fils du vizir, il le fit mander et lui demanda [de réciter] quelque partie du Coran sublime.

Le jeune homme ne sut rien. Alors, le khalife, s’adressant au vizir, qui était présent, lui dit :

« Ne m’as-tu pas dit que ton fils savait par cœur le Coran.

— Parfaitement, Emir des Croyants, répondit le vizir ; mais il m’a quitté depuis longtemps, et il l’a oublié.

— Eh bien, reprit le khalife, lève-toi et offre son sang à Allah. »

Abou Oubeïd Allah se leva, trébucha, puis tomba à terre, secoué par un tremblement de tout son corps.

« Emir des Croyants », dit ‘Abbâs, [309] fils de Muhammad, oncle du khalife, qui assistait à cette scène, « si tu crois pouvoir dispenser ce malheureux vieillard de tuer lui-même son fils et confier cette besogne à un autre [je t’en prie], fais-le. »

Alors, Mahdî ayant ordonné à l’un des assistants de mettre à mort le fils du vizir, cet homme lui trancha le cou.[310]

Quant à son père, il continua à remplir son service comme auparavant, mais la tristesse était peinte sur son visage. Les bons sentiments de son cœur s’altérèrent, de même que les sentiments de Mahdî à son égard. Un jour, en entrant chez le khalife pour lui soumettre des lettres arrivées des pays étrangers, celui-ci donna ordre d’évacuer le prétoire. Toutes les personnes qui s’y trouvaient sortirent, sauf Rabi’. Mais Abou Oubeïd Allah ne donna lecture d’aucune de ces lettres et demanda que Rabi sortît également.

Le khalife lui ordonna de sortir, mais Rabi’ recula un peu seulement.

« Ne t’ai-je pas ordonné de sortir ? lui cria le khalife.

— Émir des Croyants, répondit-il, comment puis-je sortir et te laisser tout seul et sans arme, avec un Syrien, du nom de Mouâwiya, de qui hier encore tu as tué le fils et dont le cœur bouillonne de colère ? Comment sortirai-je en te laissant seul avec lui dans ces conditions ? »

L’idée fit impression sur l’esprit de Mahdî. Toutefois, il répondit :

« O Rabi’, j’ai confiance dans Abou Oubeïd Allah dans toutes les circonstances. »

Puis, s’adressant au vizir, il lui dit :

« Soumets-moi tout ce que tu veux, je n’ai pas de secrets pour Rabi’. »

Quelque temps après, Mahdî dit à Rabi’ :

« Je suis gêné devant Abou ‘Oubeïd Allah, par suite de ce que j’ai fait mourir son fils ; fais que je ne le voie plus. »

Le vizir ne put plus entrer chez le khalife ; il se retira complètement dans son hôtel, et sa haute situation s’anéantit.[311] C’est ainsi que se réalisa le désir qu’avait Rabi’ de briser le bonheur du vizir. Abou ‘Oubeïd Allah Mouâwiya, fils de Yasâr, mourut en l’année 170[312] (786 de J.-C).

Scène de court Abbasside, tiré du kitab arabe "al maqamat" d'al-Hariri peint par al-Wasiti
Scène de court d’amusement d’époque Abbasside, tiré du kitab arabe « al maqamat » d’al-Hariri peint par al-Wasiti

VIZIRAT D’ABOU ABD-ALLAH YAKOUB, FILS DE DAOUD, SOUS LE RÈGNE DE MAHDÎ

Ce vizir était un affranchi. Son père et ses frères, au rapport de Souli’, étaient secrétaires au service de Nasr, fils de Sayyâr, [313] gouverneur du Khorasan. Yakoub, fils de Daoud, était chiite et, au début de sa carrière, il avait été partisan[314] des fils d’Abd-Allah, fils de Hasan, fils de Hasan, et eut toutes sortes d’aventures[315] à ce sujet.

Dans la suite, Mansour craignant, de la part des fils de Hasan, quelque entreprise à laquelle il serait impossible de remédier, se mit en quête d’un homme de l’intimité des fils de Hasan pour le leur opposer.[316]

C’est alors que Rabi’ lui désigna Yakoub, fils de Daoud, à raison de l’amitié qui les unissait et pour renverser du pouvoir le vizir Abou ‘Oubeïd Allah Mouâwiya. Mahdî, l’ayant fait venir, s’entretint avec lui, et vit que c’était un homme d’une rare intelligence et d’une conduite irréprochable.[317]

Il le prit en grande affection et en fit un de ses intimes.

Il le prit ensuite, comme vizir et lui confia le soin de diriger les affaires de l’empire.[318]

Selon une autre version, le motif de l’arrivée de Yakoub, fils de Daoud, au vizirat est tout différent.

Il aurait promis à Rabi 100.000 dinars, s’il parvenait à lui faire obtenir le vizirat. Alors, Rabi’ se mit à faire son éloge à Mahdî chaque fois qu’ils avaient un entretien en particulier. Mahdî demanda à le voir ; lorsqu’il se présenta devant le khalife, celui-ci lui trouva des qualités morales et un talent des plus distingués.

Dans la suite, il dit lui-même au khalife :

« Emir des Croyants, il y a dans l’empire des affaires qui ne parviennent pas à ta connaissance ; si tu me chargeais de te les soumettre, je déploierais tout mon zèle pour te donner les conseils les plus sincères. »

Le khalife l’admit dans son intimité et en fit son confident ; et Yakoub lui soumettait, chaque jour, des réformes utiles, des questions importantes et des avis dictés par une grande sincérité, que le khalife n’avait jamais reçus auparavant.

C’est alors qu’il fit de lui son ami intime et fit dresser des lettres patentes où il le déclarait son frère[319] en Allah (qu’il soit exalté !).

Il le prit comme vizir et lui confia toutes les affaires de l’empire. Il lui donna aussi la haute main sur tous les bureaux de l’administration ; bref, il lui donna la première place dans l’empire, au point que le poète Bachchâr, fils de Bourd, [320] lança contre lui cette épigramme[321] :

Réveillez-vous, Omeyyades ; votre sommeil s’est trop prolongé ! Certes le khalife est à présent Yakoub, fils de Daoud.

Pauvres gens ! votre khalifat est perdu. Cherchez le vicariat d’Allah entre la flûte et le luth.[322]

Ce qui a motivé cette épigramme, c’est que Mahdî s’était entièrement adonné aux plaisirs, à l’amusement et à la musique, en confiant le soin de l’empire à Yakoub, fils de Daoud.

Les compagnons de plaisir de Mahdî buvaient chez lui du nabîdz, [323] mais on prétend qu’il n’en prenait pas lui-même avec eux. Yakoub, fils de Daoud, lui fit des représentations à ce sujet et le prêcha en disant :

« Comment, après avoir fait de [ferventes] prières à la mosquée, tu commets un semblable péché ! »

Mais Mahdî ne s’en soucia guère. C’est à ce sujet que le poète, s’adressant à Mahdî, lui dit :

Laisse de côté Yakoub fils de Daoud et adonne-toi à la [liqueur] blonde au doux parfum.[324]

Cependant, les calomniateurs ne cessaient d’intriguer contre Yakoub, fils de Daoud, auprès de Mahdî, jusqu’à ce qu’il le disgraciât et le jetât au Moutbiq, [325] qui est la prison de ceux qui sont condamnés à l’internement perpétuel.

Il y demeura ainsi pendant toute la durée du règne de Mahdî et du règne de Hadi, jusqu’au jour où [Haroun] er-Rachid lui rendit la liberté.

Bîdpây en prison. Illustration d’un manuscrit arabe de Kalîla et Dimna, XIIIe siècle
Bîdpây en prison. Illustration d’un manuscrit arabe de Kalîla et Dimna, XIIIe siècle

CAUSE DE L’ARRESTATION DU VIZIR YAKOUB, FILS DE DAOUD, ET RÉCIT DES ÉVÉNEMENTS QUI SE PRODUISIRENT ALORS

Voici ce qu’a raconté Yakoub fils de Daoud lui-même[326] :

« Un jour, Mahdî m’ayant fait mander, je me rendis auprès de lui ; il était dans un pavillon placé au milieu d’un jardin ; les branches des arbres, chargées de fleurs de toutes sortes, se courbaient jusqu’au niveau de la terre de ce pavillon, qui était tendu de tapis roses.

Il avait, vis-à-vis de lui, une jeune esclave d’une beauté telle que je n’ai jamais vu plus beau visage.

« Yakoub, me dit-il, comment trouves-tu ce pavillon ?

— Tout ce qu’il y a de plus beau, répondis-je ; qu’Allah en fasse jouir, dans la quiétude, l’Emir des Croyants !

— Eh bien ! je te le donne, me dit-il, avec tout ce qu’il contient, et je te donne, en plus 100.000 drachmes et cette jeune femme, pour que ton bonheur soit complet. »

Comme je formais des vœux pour lui, il me dit :

« Mais j’ai un service à te demander et je désire que tu m’en promettes l’accomplissement.

— Émir des Croyants, lui dis-je, je suis ton esclave, obéissant à tout ce qu’il te plaît d’ordonner. »

Alors, il me remit entre les mains un ‘Alide, en ajoutant :

« Je désire que tu m’en débarrasses, car j’ai peur qu’il ne se révolte contre moi.

— Tu seras obéi, répondis-je.

« — Il faut me le jurer », reprit-il.

Alors je lui jurai par Allah que j’accomplirais ses désirs. Ensuite, on transporta chez moi tout ce qu’il y avait dans le pavillon, ainsi que la jeune esclave. Ma joie de l’avoir était telle que je la plaçai dans une pièce contiguë à celle où je me tenais moi-même, n’étant séparé d’elle que par un léger rideau.

Puis je fis entrer l’Alide auprès de moi, et je m’aperçus, en l’entretenant, que c’était un homme d’une rare intelligence.

« O Yakoub, me dit-il, tu veux donc paraître devant Allah en ayant mon sang sur la conscience, alors que je suis le descendant d’Ali, fils d’Abou Thâlib et de Fatima, et que je ne me suis rendu coupable d’aucun crime à ton égard ?

— Non, par Allah ! lui répondis-je ; prends cet argent et sauve-toi. »

Pendant ce temps, la jeune esclave écoutait tout. Elle envoya à Mahdî un émissaire secret, qui le mit au courant de l’affaire. Alors, Mahdî fît occuper les rues par des soldats et parvint à arrêter l’Alide. Il le plaça dans une pièce voisine de son prétoire, puis me fit mander.

« Lorsque je me fus présenté, il me dit :

« O Yakoub, « qu’as-tu fait de l’Alide ? »

Je répondis :

« Allah en a débarrassé l’Émir des Croyants.

— Il est donc mort ?

« reprit-il.

— Parfaitement, répondis-je.

— Tu le jures par Allah ? insista-t-il.

— Je le jure par Allah, fis-je.

— Eh bien, dit-il, mets ta main sur ma tête et jure par elle. »

Alors, raconte Yakoub, je plaçai ma main sur sa tête, et je jurai. Mais le khalife, s’adressant à un de ses esclaves, lui dit :

« Amène-nous la personne qui est dans cette pièce. » L’esclave amena l’Alide. Dès que je le vis, je perdis l’usage de la parole, et je restai perplexe !

« O Yakoub, me dit alors Mahdî, j’ai maintenant le droit de verser ton sang. Puis s’adressant aux gardes, amenez-le à la prison du Moutbiq. »

— Je fus, continue Yakoub, descendu par une corde dans un puits obscur, où je ne voyais plus la lumière du jour. Chaque jour, on m’apportait de quoi me nourrir, et j’y demeurai pendant un temps que je ne pouvais pas apprécier. Je perdis la vue.

Mais, un jour, on me descendit une corde et l’on me dit :

« Monte, la délivrance est arrivée. »

Alors je montai. Mes cheveux et mes ongles étaient devenus très longs. On me fit entrer au bain, et après m’avoir fait ma toilette et m’avoir habillé, on me conduisit dans une salle, où l’on me dit :

« Salue l’Emir des Croyants. Je dis : Salut sur toi. Emir des Croyants.

— Quel prince des Musulmans salues-tu ? me demanda-t-on.

— Mahdî répondis-je.

Aussitôt j’entendis quelqu’un, dont la voix venait du bout de la salle, dire :

« Qu’Allah ait Mahdî en sa miséricorde ! »

Puis on me dit de nouveau :

« Salue l’Emir des Croyants. »

Et je répondis :

« Salut sur toi, Emir des Croyants.

— Lequel des émirs des Croyants salues-tu ?

— Hadi, répondis-je.

De nouveau, j’entendis quelqu’un, dont la voix venait du bout de la salle, dire :

« Qu’Allah ait Hadi en sa miséricorde ! »

Enfin, on me dit, une troisième fois, de saluer, et je saluai.

Et quand on me demanda qui je saluais, je répondis :

L’Emir des Croyants, Haroun er-Rachid.

Aussitôt, celui-ci me répondit :

« Et que le salut soit sur toi, ô Yakoub, ainsi que la miséricorde d’Allah et ses bénédictions ! Je suis très affecté de ce qui t’est arrivé.»

Alors, après avoir absous la mémoire de Mahdî, j’adressai [à Allah] des vœux pour le bonheur de Rachid, et je le remerciai de ma délivrance. Ensuite, le khalife me dit : « Que désires-tu, Yakoub ?

— Émir des Croyants, répondis-je, il ne reste plus en moi la force de jouir de la vie ni aucune capacité, et je désire aller vivre à La Mecque. »

Alors Haroun er-Rachid ordonna de me pourvoir de tout ce dont j’avais besoin. »

Ensuite, Yakoub se rendit à La Mecque, où il demeura dans le voisinage [de la maison d’Allah]. Il ne vécut que peu de temps après et mourut dans cette ville en l’année 186[327] (802).

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Tunique Abbasside 9-10eme siècle fabriqué en Egypte conservé en Tunisie

VIZIRAT DE FAID, FILS D’ABOU SALIH, SOUS LE RÈGNE DE MAHDÎ

Ce vizir était de Nisâbour. Sa famille, originairement chrétienne, [328] entra au service des Abbasides et se convertit à l’islam.

Faid fit son éducation sous la dynastie ‘abbâside. Il acquit une bonne culture et des talents tout à fait supérieurs. Il était généreux, très libéral, donnant son argent sans compter. Il joignait à sa grande générosité la noblesse du caractère, l’ambition et une grande fierté et même de l’orgueil, au point qu’un poète a dit de lui :

 » O Abou Djafar, [329] nous étions venus vers toi pour solliciter ta générosité ; mais nous n’avons trouvé chez toi ni don, ni visage souriant.

Jamais on ne voit luire, dans le nuage [de ta générosité], un éclair prometteur dont on puisse espérer quelques gouttes de ta libéralité.

D’ailleurs, tu nous donnerais de quoi combler nos désirs et au-delà, que cela serait gâté par ton arrogance et ton orgueil. »

On raconte que Yahya, fils de Khalid le Barmékide, avait coutume de dire, lorsque quelqu’un s’étonnait de sa générosité et de sa libéralité :

« Si vous aviez connu Faid, ce que je fais vous paraîtrait bien peu de chose. »

Le poète Abou-l-Ousoûd[330] al-Himmâni a fait l’éloge de Faid dans les vers suivants :

Une femme t’a reproché, ô Faid, ta grande générosité. Je lui ai répondu : « Les reproches ne peuvent rien[331] contre la mer. »

Elle a voulu détourner Faid du chemin de la générosité. Mais qui donc peut empêcher les nuages de déverser leurs eaux ?

Dans chaque pays les lieux où tombe la bienfaisance de Faid sont [favorisés] comme les lieux déserts où se déverse l’eau des nuages.

On dirait que la foule des solliciteurs de Faid, en se transportant chez lui, est arrivée dans la Nuit du Destin.[332]

Faid, fils d’Abou Sâlih, vaquait un jour, dit-on, à ses occupations, lorsqu’il fut rencontré par un de ses amis.

Ayant demandé à son ami où il allait, celui-ci lui répondit :

« Le gérant de la princesse Oumm Djafar Zoubaida (Zobéïde) a mis en prison Un tel pour un solde de créance se montant à 100.000 dinars. Or Un tel (il voulait dire le détenu) est mon ami et aussi le tien. Je vais donc chez ledit gérant pour intercéder en sa faveur. Veux-tu m’accompagner et m’aider à faire cette bonne action ?

— Mon Dieu, oui », dit Faid ; et il partit avec lui. Ils se présentèrent alors chez le gérant d’Oumm Djafar Zoubaida et intercédèrent en faveur du détenu.

« La décision dans cette question, leur répondit le gérant, appartient à Zoubaida. Je ne puis, par conséquent, mettre votre ami en liberté que sur son ordre à elle. Néanmoins je vais lui en parler et tâcher de la persuader qu’il est bon de mettre cet homme en liberté. »

Il lui écrivit donc quelques mots à ce sujet, mais Zoubaida lui fit répondre qu’il fallait absolument poursuivre le recouvrement intégral de cette créance sur le débiteur, et qu’il était impossible d’accepter aucune intercession sur ce point. Le gérant les pria de l’excuser, en leur montrant le billet de Zobéïde.

Alors l’ami de Faid lui dit :

« Lève-toi, allons-nous-en ; nous avons fait notre devoir.

— Non, par Allah, répondit Faid, nous n’avons nullement fait notre devoir. On dirait que nous ne sommes venus ici que pour faire confirmer la détention de notre ami.

— Que veux-tu que nous fassions alors ? répondit l’autre.

— Eh bien ! dit Faid, du moment qu’il nous est impossible de le délivrer par ce moyen, nous allons payer pour lui cette somme de nos propres deniers, en y contribuant chacun de nous pour la moitié. »

L’autre ayant accepté, ils demandèrent au gérant quel était le montant de sa créance sur leur ami :

« C’est 100.000 dinars, répondit-il.

— Nous les prenons à notre charge, dirent-ils, et voici une reconnaissance signée de nous deux. Amène-nous maintenant notre ami.

— Voilà encore une chose, dit le gérant, que je ne peux pas faire sans en référer d’avance et immédiatement à Zoubaida.

— Eh bien ! mets-la au courant », lui dirent Faid et son ami.

Le gérant lui écrivit alors un billet, où il l’informait de ce que venait de dire Faid et de la manière dont les choses s’étaient passées. Aussitôt, l’esclave de la princesse vint apporter ces paroles : « Je ne permettrai pas que Faid soit plus généreux que moi. Je fais remise entière au débiteur des 100.000 dinars. Remets-le à ses amis. »

Alors Faid et son compagnon prirent leur ami avec eux et s’en allèrent.

Les qualités de Faid avaient été vantées à Mahdî au moment où il avait décidé de prendre Yakoub fils de Daoud pour vizir. Aussi, lorsqu’il arrêta celui-ci, il fît mander Faid, le chargea du vizirat et lui confia entièrement les affaires de l’empire. Quand Mahdî mourut, Faid occupait encore le vizirat. Mais, en montant sur le trône, Hadi ne le confirma pas dans sa charge. Faid vécut ainsi [loin du pouvoir] jusqu’au règne de Haroun al Rachid. Il mourut en l’année 173 (789 de J.-C.).[333]

 

FIN DU RÈGNE DE MAHDÎ ET DE L’HISTOIRE DE SES VIZIRS.

[286] Voy., sur ces hérétiques, un mémoire de M. Clément Huart, intitulé : les Zindîqs en droit musulman, dans Actes du XIe,).

[287] Ce passage est emprunté à Ibn al-Athir, Chronicon. VI, 55.

[288] D’après les Prairies d’or, éd. et trad. Barbier de Meynard, VI. 227, cette anecdote a été racontée par Fadl, fils de Rabi’.

[289] D’après les Prairies d’or, VI, 227, c’est ‘Amr, fils de Rabi’, affranchi de Mahdî. De même Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 55.

[290] « Dans l’Iraq, espèce d’absonium fait de petits poissons avec des herbes et du vinaigre. » Dozy, Supplément au dictionn. arabe, I, 499. Cf. les Prairies d’or, éd. et trad. Barbier de Meynard. VI, 228 et note.

[291] Dans la relation des Prairies d’or, loc. cit., ce verbe est employé seul d’une manière absolue. De même Ibn al-Athir, Chronicon. VI, 56.

[292] D’après les lexicographes arabes, c’est la bourse qui contient mille ou sept mille ou dix mille drachmes, suivant les opinions. Cf. Mouhît al-mouhît, I, 72 ; Tadj al-‘aroûs, III, 34, l. dernière.

[293] M. Derenbourg, dans son édition, p. 244, a lu al-Moqna’. Mais voyez d’abord le Tadj al-‘aroûs, V, 488, qui dit : « ce mot est sur le paradigme de « mou’azzam » ; puis Ibn Khallikan, Wafayâtal-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 186, p. 128 et spécialement notice 431. Le nom de cet hérétique serait ‘Atâ ou Hakim ; cf. Ibn Khallikan, loc. cit.

[294] D’après Ibn Khallikan, loc. laud., qui cite Yakout, le nom de cette citadelle était Sanâm. Elle était située dans la Transoxiane (Mâwarânnahr) prés du bourg de Kechch, sur lequel voy. Barbier de Meynard, Dictionnaire géographique de la Perse, p. 488.

[295] Trente mille d’après Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 34.

[296] D’après le récit d’Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, loc. laud. ; Mouqanna’ et sa famille se seraient donné la mort en absorbant un violent poison. De même Ibn al-Athir, loc. cit.

[297] D’après lequel ils touchaient leur pension ou solde.

[298] Cf. Massoudi, les Prairies d’or, éd. et trad. Barbier de Meynard, V, 27, notamment les deux vers qu’il cite : « Certes Ziyâd, Nâti’ et Abou Bakra sont pour moi ce qu’il y a de plus étonnant au monde. » « Voilà trois hommes formés dans le sein de la même mère et dont la généalogie est différente. L’un se dit Qoraichite, l’autre affranchi et le troisième se donne pour Arabe ! »

Voyez aussi Ibn al-Athir, Chronicon. VI, 31-32.

[299] Ville de la province du Djibâl. Cf. Barbier de Meynard, Dictionnaire géograph. de la Perse, p. 510. D’après Yakout, c’est à Raddz, bourg situé à quelques parasanges de Mâsabadzân, que se trouve le tombeau de Mahdî. Cf. op. laud., p. 259, et les Prairies d’or, de Massoudi, VI, 225 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 54.

[300] Cette version est donnée par les Prairies d’or, éd. Barbier de Meynard, VI, 225 et Ibn al-Athir, Chronicon. VI, 54-55.

[301] Ce poète, dont le nom est Ismâ’îl, fils de Qasim, était surnommé Djarrâr (le marchand de jarres), parce qu’il avait exercé ce métier dans sa jeunesse. Né dans le Hedjaz en 748, il mourut en 828. Sa poésie, comme on le sait, est plutôt de la morale mise en vers, voy. la bibliographie dans Brockelmann, Geschichte der arab. Litter., I, 77-78. Cl. Huart, Hist. de la Litt. ar., pp. 74 et suiv. :Kitab al-aghâni, III, 126-128.

[302] Voy. ce même vers, avec une variante peu importante, dans les Prairies d’or, VI, 226.

[303] 915 ans, d’après Genèse, IX, 29.

[304] Le poète joue sur le mot gémir et le nom de Noé.

[305] Les historiens arabes ne sont pas d’accord sur le nom de ce vizir : Massoudi (Prairies d’or, V, 231-232) l’appelle Abou ‘Oubeïd Allah Mouâwiya, fils d’Abd Allah al-Ach’ari. — Al-Khâtib al-Bagdadî (Tarikh Bagdad, Introduction topographique publiée et traduite par G. Salmon, Paris, 1904, p. 122) le nomme Abou ‘Oubeïd Allah Mouâwiya, fils de ‘Oubeïd Allah, fils d’Addât al-Asch’ari. Mais Yakout (Mou’djam, III, p. 201) donne fils d’’Amr à la place de fils d’Addât. Il y avait à Bagdad une place qui portait son nom. Cf. Salmon, loc. cit., et Ibn Khallikan, Wafayât, notice 840. Voy. aussi sur ce vizir, Tabari, Annales, éd. de Goeje, III, 486 et suiv. ; Kitab al-aghâni. Index, p. 464. De même Ibn al-Athir Chronicon, VI, 24, 2.5, 27, 51, 64-65) l’appelle tantôt fils d’Abd-Allah, tantôt fils d’’Oubeïd Allah, et, au lieu de Yasâr, il donne Bachchâr, mais c’est probablement une faute du copiste que l’éditeur n’a pas fait disparaître.

[306] Dont le nom est ‘Abd-Allah. Cf. Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân éd. Wüstenfeld, notice 840, p. 88.

[307] Ce point est confirmé par les Prairies d’or, VI, 232, qui consacrent en tout quatre lignes à ce vizir.

[308] Parmi ceux qui ont composé des ouvrages sur cette matière, il y en a trois dont l’œuvre nous est parvenue. Ce sont: 1° le célèbre Imâm Abou Hanifa († 182 = 793). Cf. Goldziher,Muhammedanisch. Studien, II, 77; Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 171; 2° Yahya ibn Adam († 203 = 818), dont l’ouvrage a été édité par Juynboll Leide, 1896). Cf. Brockelmann. op. cit., I, 181; 3° Qoudâma († 310 = 922). Brockelmann. op. cit., I, 228. Voy. aussi Max van Berchem, La Propriété territoriale et l’impôt foncier sous les premiers khalifes, Genève, 1886.

[309] Sur ce personnage, voy. le Kitab al-aghâni, Index, p. 430; Ibn al-Athir, VI, 36.

[310] Cf. les Prairies d’or, VI, 253.

[311] Cet événement eut lieu en 167 (783) d’après Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 846, p. S8. Cet auteur ajoute qu’avant d’être entièrement disgracié, Abou ‘Oubeïd Allah fut relégué à la Chancellerie, et cela en l’année 163 (779 de J.-C.). Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VI, pp. 35-36.

[312] C’est aussi la date que donnent les Prairies d’or, VI, 232. Mais Ibn al-Athir (op. cit., p. 65), tout en adoptant cette date, ajoute que, selon d’autres, Abou Oubeïd Allah mourut en 169.

[313] C’est ce que confirme Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 840, p. 87. Voy. aussi Massoudi. Prairies d’or, VI, 232; Kitab al-aghâni, Index, p. 718. Sur Nasr, voy. plus haut.

[314] Il a même été secrétaire d’Ibrahim, fils d’Abd-Allah. Cf. Ibn Khallikan, loc. cit.

[315] Il avait été notamment jeté en prison en 144 ou en 146, par ordre de Mansour. Cf. Ibn Khallikan, loc. cit.

[316] Littéralement : pour trouver en lui une aide contre leur entreprise.

[317] Littéralement : et vit le plus parfait des hommes sous le rapport de l’intelligence et le meilleur d’entre eux, au point de vue de la conduite.

[318] Voy. dans Ibn al-Athir Chronicon, VI, 25, le récit des débuts de Yakoub, fils de Daoud.

[319] Ce détail est confirmé par les Prairies d’or, VI, 232; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 810, p. 88, l. 4, qui cite deux vers à ce sujet, et Ibn al-Amin, Chronicon, VI, 25.

[320] Sur ce fameux poète, d’origine persane, qui passait pour un libre penseur et qui mourut en 783 de J.-C., voy. Brockelmann, Litt. Gesch., I, 73; Cl. Huart, op. cit., p. 67 ; Aghâni, III, 19-73; de Hammer, III, 5, 12; Ibn Qotaiba, Liber poesis et poetarum, pp. 476-479.

[321] Cette épigramme est donnée par le Kitab al-aghâni et Ibn Khallikan. Voy. les deux notes suivantes.

[322] Allusion aux orgies où s’enfonça Mahdî depuis qu’il confia le vizirat à Yakoub, fils de Daoud. Voy. le Kitab al-aghâni, loc. cit., et Ibn Khallikan, loc. cit.

[323] Liqueur spiritueuse préparée avec tics raisins secs ou des dattes ou des grains.

[324] Ce vers et le récit qui le précède semblent empruntés à Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 49.

[325] C’est sur les murs de cette fameuse prison de Bagdad, que l’on exposait les têtes des condamnés qu’on exécutait à la préfecture de police. Elle était située dans la rue du même nom. C’est elle qui a été transcrite à tort Al-Matbak, par G. Salmon, Topographie de Bagdad, p. 125 et encore plus mal (Al-Matraf !) par M. le baron Carra de Vaux (le Livre de l’avertissement, p. 492). Notre lecture s’appuie sur l’autorité du Tadj al-‘aroûs, VI, 417, l. 22.

[326] Cette anecdote est racontée par Ibn Khallikan, Wafayât, notice 840, pp. 89-90, et par Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 47.

[327] Ibn Khallikan (op. cit.) donne 187 et, selon une autre opinion, 182. Voy. aussi Ibn al-Athir. Chronicon, VI, 47 et suiv.

[328] Ceci est confirmé par Ibn Khallikan, Wafayât, notice 810, p. 94, in fine.

[329] C’est le surnom patronymique (kouniya) du vizir Faid.

[330] L’édition du texte arabe porte un nom très répandu et qui semble ici correct. Cependant nous avons rejeté cette lecture, parce que le Kitab al-aghâni, qui donne dans le t. XII, 174, la biographie de ce poète, lui attribue, comme surnom patronymique (kouniya), Abou-l-Asad (le père du lion). Il paraît donc plus logique de lire ici Abou-l-Ousoûd (le père des lions), au lieu d’Al-Aswad. L’emploi du pluriel au lieu du singulier n’a rien de surprenant. On trouve souvent, chez les auteurs arabes, un même personnage désigné tantôt par Abou-l-Fath (le père de la victoire) tantôt par Abou-l-Foutoûh (le père des victoires). C’est ainsi que le fameux vizir d’Egypte Dirghâm (voy. Hartwig Derenbourg, Vie d’Oumara du Yémen, p. 101 et passim) avait pour kouniyâ : Abou-l-Achbâl (le père des lionceaux), et je me souviens avoir rencontré ce même personnage, désigné dans les mss. arabes de Paris, sous le nom d’Abou-ch-chibl le père du lionceau). Ibn Qotaiba (Liber poesis et poetarum, éd. de Goeje, p. 12; cite notre poète à l’occasion des quatre vers que donne Al-Fakhrî et le nomme Abou-l-Asad…

[331] Le poète joue sur le sens d’un mot « le reproche ne peut battre son briquet dans la mer ».

[332] C’est dans cette nuit que le Coran a été révélé en entier à Muhammad (paix et bénéiction d’ALLAH sur lui) : que les affaires de l’Univers sont fixées et résolues pour toute l’année, que les anges descendent du Ciel pour bénir les fidèles, que toutes les prières sont exaucées. Dans cette nuit, les mers perdent leur salure, la prière du croyant équivaut à toutes les prières qu’il forait dans mille nuits consécutives et il s’y produit une foule d’autres miracles. A défaut de date plus certaine, on la célèbre le 27 de la lune de Ramadan. C’est une des sept nuits bénies de l’année. Les six autres sont: 1° la nuit de la naissance de Muhammad (paix et bénéiction d’ALLAH sur lui) (12 Rabi’ premier] ; 2° la nuit de la conception du Prophète Muhammad (paix et bénéiction d’ALLAH sur lui)  (1er vendredi de Radjab) ; 3° la nuit du voyage nocturne de Muhammad (paix et bénéiction d’ALLAH sur lui)  au ciel (27 Radjab) ; 4° la nuit où ‘Azrâ’il (l’ange de la mort) reçoit les registres où sont inscrits les hommes qui doivent mourir dans l’année (15 Chaban) ; 5° la nuit de la fête de la rupture du jeune (la veille du 1er chavvâl) ; 6° la nuit de la fête des immolations (10 Dzoû-l-hiddja). Sur la nuit du Destin, voy. la sourate 97 du Coran et les commentaires du Coran ; traduction d’Al-Wancharîsî, dans les Archives marocaines, t. XII, p. 136, note 1. Voy. aussi Bokhari, Sahih, .

[333] Il est remarquable que ni Ibn al-Athir, ni Massoudi ne lassent mention de ce vizir. Seul Ibn Khallikan, Wafayât, le nomme incidemment dans la biographie de son prédécesseur (notice 840.)

par ibn al-Tiqtaqa de son « al-Fakhri » 1302

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