Règne du calife Abbasside al-AMIN 809-813)par al-Tiqtaqa de son « kitab al-Fakhri »

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L'Empire abbasside après la fragmentation de l'Ouest
L’Empire abbasside après la fragmentation de l’Ouest après la mort d’Harun al-Rashid  père d’al-Amin

Règne du calife Abbasside al-AMIN  809-813 [1] par al-Tiqtaqa de son « kitab  al-Fakhri »

Muhammad al-Amin, fils d’Haroun er-Rachid et de Zoubaïda, succéda à son père. La mère de ce khalife était Oumm Djafar Zoubaïda, fille de Djafar, fils aîné du khalife Mansour. Parmi les princes de la famille d’Abbas (la dynastie Abbasside), il fut le seul dont le père et la mère descendissent directement de Hâchim.

Passionné pour le jeu et les plaisirs, entièrement absorbé dans ces divertissements, Amin négligeait le soin de son empire, en vue de satisfaire ses goûts.

L’historiographe Ibn al-Athir al-Djazarî[2] a dit :

« Nous n’avons trouvé dans la vie de ce khalife aucun acte digne d’être mentionné.[3] »

Suivant un autre historien, ce fut un homme éloquent, grand orateur et d’un caractère excessivement généreux.

Un poète composa un poème à sa louange et fit contre son frère Mamoun une allusion satirique :

Amin ne doit point le jour à une mère qui ait connu les vendeurs sur le marché [aux esclaves].

Non certes. Jamais, non plus, il ne fut châtié; jamais il n’a commis de profanation; jamais il n’est tombé dans une vilenie.

Le poète faisait ainsi allusion[4] à Mamoun, car Haroun er-Rachid ayant surpris son fils Mamoun en causerie galante avec une jeune fille, ou en train de boire du vin, mais je n’en suis pas sûr, lui avait infligé la flagellation.

Haroun er-Rachid, en proclamant Amin son successeur immédiat, avait assuré le trône à Mamoun après lui. Des lettres patentes sanctionnant l’investiture furent dressées et souscrites par des témoins.

Une copie de ces lettres avait été envoyée dans toutes les provinces et principalement à La Mecque, où elle fut affichée dans le temple de la Ka’abah. Enfin, le souverain s’était appliqué à publier cet acte solennel par tous les moyens possibles.

Quand Haroun mourut à Tus, Mamoun résidait dans le Khorasan, ayant avec lui un certain nombre de grands généraux, et son vizir était Fadl, fils de Sahl ; lors de cet événement, Amin demeurait à Bagdad. Quant à Fadl fils de Rabi’, il était à Tous auprès de Haroun er-Rachid, qu’il servait en qualité de vizir.

Ruines de la ville de Tus (actuel Iran) al-Khorasan, ville ou le calife Abbasside Harun al-Rashid trouva la mort
Ruines de la ville de Tus (actuel Iran) al-Khorasan, ville ou le calife Abbasside Harun al-Rashid trouva la mort

 

Lorsque mourut ce khalife, Fadl, fils de Rabi’, rassembla tout le matériel de l’armée, que Haroun er-Rachid avait légué à Mamoun, et retourna à Bagdad. Arrivé dans cette ville, il fut nommé vizir par Amin, qui, dès lors, donnant libre cours à ses passions, se livra aux jeux, aux divertissements et à la société des libertins. Au contraire, Fadl, fils de Sahl, vizir de Mamoun, conseilla à son maître de montrer de la piété, de la religion et de tenir une conduite honorable.

Mamoun affecta donc une conduite irréprochable et se concilia l’esprit des officiers de l’armée et des populations du Khorasan. Chaque fois qu’Amin commettait une faute de tactique, Mamoun exécutait, au contraire, un mouvement offensif.[5]

Dès lors, l’inimitié éclata entre les deux frères. Fadl, fils de Rabi’, et d’autres [courtisans] persuadèrent à Amin qu’il avait intérêt à dépouiller son frère de son droit d’héritier présomptif du trône et à faire prêter le serment de fidélité à son propre fils Moussa.[6] Le khalife déposa alors Mamoun et fit proclamer son fils Moussa, auquel il donna le surnom honorifique an-Nâtiq bilhaqq.[7]

C’est à la suite de cet événement qu’éclata, à Bagdad, entre les deux frères, une guerre, qui se termina par le meurtre d’Amin.

Gold dinar of Caliph al-Amin  193-199 AH  809-813

RÉCIT SUR LA DISPUTE d’al-AMIN avec al-MAMOUN

Après la mort de Harun al-Rachid à Tus, Fadl, fils de Rahî’, redouta la colère de Mamoun qu’il avait trahi, en amenant à Amin tout le matériel de l’armée, au mépris du testament verbal, par lequel Haroun er-Rachid, en présence de témoins, le léguait à Mamoun. C’est pourquoi, craignant que Mamoun, en montant sur le trône du khalifat, ne lui rendit le mal pour le mal, il persuada à Amin qu’il avait intérêt à dépouiller son frère de son droit éventuel au trône et à proclamer son propre fils Moussa héritier présomptif. Un grand nombre [de courtisans] furent, à ce sujet, du même avis que Fadl, et Amin fut enclin à les suivre.harun_raschid amin manun mutasim

Il consulta ensuite les hommes les plus éclairés de son entourage, qui cherchèrent à le détourner de son projet, en lui faisant craindre le châtiment immanent qui atteint ceux qui se rendent coupables d’injustice et violent les pactes et les engagements.

Ils allèrent jusqu’à lui dire :

« Ne donne pas aux officiers de l’armée [par ton exemple] l’audace de violer la foi jurée et de déposer un prince, car ils te déposeront bientôt toi-même. »

Mais le khalife n’accorda aucune attention à leurs représentations et suivit l’avis de Fadl, fils de Rabi’. En conséquence, pour tromper Mamoun, il commença par l’inviter à se rendre à Bagdad; mais celui-ci ne se laissa pas tomber dans le piège, et lui répondit par une lettre d’excuses.

Les lettres et les messages se succédèrent entre eux, jusqu’à ce que Mamoun, se laissant fléchir, résolut d’abdiquer ses droits au trône et de reconnaître [comme héritier présomptif] son [neveu] Moussa, fils d’Amin.

Cavalier Abbasside avec bannière
Cavalier Abbasside avec bannière

Mais son vizir, Fadl, fils de Sahl, le prit à part, l’encouragea à la résistance et lui garantit le khalifat, en lui disant :

« J’en fais mon affaire. »

Alors, Mamoun résista aux sollicitations de son frère.

De son côté, Fadl, fils de Sahl, se mita travailler pour Mamoun, lui gagna les populations, fortifia les frontières et donna aux affaires une organisation solide.

Dès lors, l’inimitié s’accrut entre les deux frères, Amin et Mamoun, les communications furent interrompues entre Bagdad et le Khorasan. les lettres furent ouvertes, et la situation devint grave.

Amin retrancha le nom de son frère de la khotba (sermon du vendredi) et fit emprisonner ses délégués. Mamoun usa de représailles chez lui au Khorasan. Alors leur inimitié s’envenima davantage. Autant Mamoun avait de fermeté et de constance, autant Amin montrait d’indolence, d’impéritie et de négligence.

Voici un des traits les plus frappants de la stupidité et de l’ignorance d’Amin :

Il avait envoyé, pour combattre son frère, un des vieux généraux de son père, nommé ‘Ali, fils d’Isa, fils de Mâhân,[8] à la tête de 50.000 hommes.

On dit même qu’avant cette époque Bagdad n’avait jamais vu sortir de ses murs une armée plus nombreuse. Après avoir muni ses troupes d’une quantité d’armes et de richesses considérables, il les avait accompagnées jusqu’en dehors des portes de la ville pour leur faire ses adieux.

Cette expédition était la première qu’il dirigeait contre son frère. Ali, fils d’’Isa, fils de Mâhân, se mit donc en marche avec ces forces redoutables. C’était un vieillard vénérable, un des piliers du gouvernement et d’un extérieur majestueux.

Il rencontra, sous les murs de Rey, Tahir, fils de Housain, dont l’armée montait à environ 4.000 hommes de cavalerie.

Le combat fut acharné et la victoire se décida enfin pour Tahir, Ali, fils d’Isa, périt [dans la mêlée] et sa tête fut portée au vainqueur, qui écrivit à son maître Mamoun une lettre conçue en ces termes (après les compliments d’usage) :

« Voici ce que j’écris à l’Emir des Croyants (qu’Allah prolonge son existence !) : La tête d’Ali, fils d’Isa est tombée en mon pouvoir; son anneau est à mon doigt[9] et ses troupes sont sous mes ordres. Salut. »

Il fit porter la missive à Mamoun par un courrier, qui parcourut en trois jours un espace de 250 parasanges.

Mais lorsque la mort d’Ali, fils d’Isa, parvint à Amin, il s’amusait à pêcher :

« Laisse-moi tranquille, dit-il au messager, car mon affranchi Kauthar a déjà pris deux poissons, tandis que moi, jusqu’à cet instant, je n’en ai pas pris un seul. »

Ce Kauthar était eunuque et l’un de ses favoris.

La mère d’Amin, Zoubaïda, avait bien plus de sens et de raison que lui.

En effet, ‘Ali, fils d’Isa, nommé commandant en chef des forces dirigées contre le Khorasan, s’étant présenté au palais de Zoubaïda pour lui faire ses adieux, elle lui adressa ce discours :

« O ‘Ali, bien que l’Emir des Croyants soit mon fils et l’unique objet de ma tendresse,[10] les revers et les humiliations qui pourraient atteindre ‘Abd Allah (elle désignait ainsi Mamoun; touchent mon cœur et je suis très alarmée par les dangers auxquels il est exposé. Mon fils est roi et il n’y a entre lui et son frère qu’une dispute pour une question de pouvoir. Aussi, respecte en ‘Abd Allah les droits que lui donnent sa naissance et sa qualité de frère. Ménage-le dans tes paroles, parce que tu n’es point son égal. Garde-toi de le traiter durement comme un esclave ou de l’humilier en le chargeant de fers et d’entraves. N’éloigne de son service ni femmes, ni esclaves. Quand vous serez en route, il ne faut ni le brusquer, ni marcher à ses côtés, ni te mettre en selle avant lui. Ton devoir est de lui présenter l’étrier lorsqu’il montera à cheval; et, s’il lui arrive de t’adresser des injures, supporte-les avec patience. »  géénral abbasside al mamun 4eme fitna

Ayant ainsi parlé, Zoubeïda remit au général une chaîne d’argent, puis elle ajouta :

« Dès que ce prince deviendra ton prisonnier, c’est avec cette chaîne que tu l’attacheras. »

‘Ali, fils d’Isa, répondit: « Tes ordres seront accomplis. »

Cependant, les habitants de la ville croyaient fermement au triomphe de ce général, tant ils avaient une haute opinion de ses talents et de son armée, tant ils méprisaient les troupes que lui opposait Mamoun.

Mais les décrets d’Allah décidèrent le contraire de ce qu’ils croyaient, et l’issue de la bataille fut ce que l’on sait.

Ce règne fut une époque de troubles et de guerres civiles. Housain, fils d’Ali, fils d’Isa, fils de Mahân, un des généraux d’Amin, se révolta contre lui. Après l’avoir détrôné, il le jeta dans les fers et fit proclamer khalife Mamoun.

Une partie des troupes suivit son exemple. Mais bientôt un autre groupe se forma dans l’armée, et on y tint le discours suivant :

« Si Housain, fils d’Ali, entend gagner la faveur de Mamoun par le service qu’il lui a rendu, eh bien ! nous aussi tâchons de gagner la faveur de notre khalife, Amin, en brisant ses chaînes, en le délivrant et en le replaçant sur le trône. »

Alors il y eut entre eux une bataille, dans laquelle les partisans d’Amin, maîtres de la victoire, pénétrèrent dans la prison, d’où ils l’arrachèrent pour le replacer sur le trône du khalifat. Ils eurent ensuite un combat où Housain, vaincu et fait prisonnier, fut amené en présence d’Amin.

Le khalife lui adressa d’amers reproches, mais il prêta une oreille favorable à ses paroles de repentir et lui pardonna.

Et même il lui fit revêtir une robe d’honneur et lui confia le commandement en chef de l’armée.

Mais à peine ce général, chargé de combattre Mamoun, fut-il sorti de la ville, qu’il prit la fuite. Amin détacha à sa poursuite la troupe qui l’atteignit et le massacra. Sa tête fut apportée au khalife.[11]

Lors du point critique du siège de Bagdad (812-813) par les forces loyales à son demi-frère al-Ma'mûn, Al-Amin le calife abbasside  a reçu un message lors d'un jeu d'échecs. La capture de Bagdad était pourtant imminente, le messager lui dit, l'informant que ce n'était pas le moment de jouer aux échecs, mais de se tourner vers les défenses de la ville. Al-Amin a dit au messager d'être patient; il ne manquais que quelques coups  pour mater son adversaire. On ne sait pas comment le jeu d'échecs a pris fin, mais al-Amin a été capturé et a payé de sa vie. 
Lors du point critique du siège de Bagdad (812-813) par les forces loyales à son demi-frère al-Ma’mûn, Al-Amin le calife abbasside  a reçu un message lors d’un jeu d’échecs. La capture de Bagdad était pourtant imminente, le messager lui dit, que ce n’était pas le moment de jouer aux échecs, mais de se tourner vers les défenses de la ville. Al-Amin a dit au messager d’être patient; il ne manquais que quelques coups  pour mater son adversaire. On ne sait pas comment le jeu d’échecs a pris fin, mais al-Amin a été capturé et a payé de sa vie. source:

Cependant, les hostilités ne cessaient de croître et le désaccord d’augmenter chaque jour, lorsque Mamoun envoya Harthama[12] et Tahir, fils de Housain, deux de ses meilleurs généraux, à la tête d’une armée nombreuse pour assiéger Bagdad et présenter la bataille à Amin.

Pendant plusieurs jours, la capitale de l’empire fut bloquée, et les généraux, à la tête de leurs troupes, combattirent avec acharnement.

Enfin, les deux armées adverses se livrèrent de nombreux combats, dont le dernier laissa la victoire aux soldats de Mamoun. Al-Amin fut tué et sa tête fut portée à son frère al-Mamoun dans la province du Khorasan.

 

L'ancien Khurasan, au  8eme siècle
L’ancien Khurasan, au 8eme siècle

Cet événement eut lieu en l’an 198 (813 de J.-C.).[13]

Quant à l’histoire du vizirat sous le règne de ce prince, [elle est bien courte].

Le seul ministre qu’il ait eu fut Fadl, fils de Rabi’, autrefois vizir de son père [Haroun er-Rachid] et dont la biographie[14] a été donnée en partie précédemment, en parlant de son vizirat sous le règne de Haroun.

FIN DU RÈGNE D’al-AMIN. 

notes du traducteur :

[1] Sur ce khalife et le suivant les notes du traducteur concernant la traduction faite environ 60 ans auparavant par Cherbonneau dans le Journal Asiatique ne seront pas reproduites, puisqu’au dire du traducteur, il n’a pas correctement interprété les textes.

[2] Sur ce fameux historien, voy. ci-dessus.

[3] La citation est exacte ; elle se trouve dans Ibn al-Athir, Chronicon, éd. Tornberg, VI, p. 207.

[4] Ce fameux vizir, surnommé Dzoû-r-Riâsalain, l’homme aux deux maîtrises (celle de la plume et celle de l’épée), a laissé un grand nom dans l’Histoire de l’Islam. Sa biographie est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 540. Quelques anecdotes sur ce vizir sont rapportées par le Kitab al-aghâni, Index, p. 345. Cf. Massoudi, Prairies d’or, Index, p. 147 ; de Hammer Purgstall, Littereraturgeschichte der Araber, III, 55 ; Ibn al-Athir, Chronicon, V, 453 et suiv.

[5] Les termes employés au figuré, dans cette phrase, sont empruntés au jeu des échecs.

[6] Cf. Massoudi, Prairies d’or, VI, 430-439.

[7] C’est-à-dire: celui qui n’ouvre la bouche que pour dire la vérité.

[8] Cf. le récit de Massoudi, Prairies d’or, VI, 399, 420-424, 438-439.

[9] Littéralement : à ma main. Cf. Massoudi, p. 424. D’après cet auteur, Tahir n’écrivit pas directement à Mamoun, mais à son vizir Fadl, fils de Sahl.

[10] Cf. Massoudi, Prairies d’or, VI, 482 ; Kitab al-aghâni, IX, 53 ; X, 124, 126 ; XVIII, 117 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 165-170, d’où le récit de notre auteur a été copié textuellement.

[11] Récit d’Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 180-181.

[12] Sur ce fameux général, voy. Massoudi, Prairies d’or, 443 et suiv. ; Kitab al-aghâni, II, 190 ; XVII, 46; Ibn al-Athir, op. cit., 81 et suiv. : 180 et suiv.

[13] Voy. les détails du siège et le récit des combats qui se sont succédé alors, dans Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 188 et suiv. ; Massoudi, Prairies d’or, VI, p. 443 et suiv.

[14] Voy. aussi l’excellente notice que lui consacre Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, n° 539; de Hammer-Purgstall, III. 54 ; Kitab al-aghâni. Index, pp. 544, 545 ; Massoudi,Prairies d’or, VI, 220 et suiv., 438 et suiv. : Ibn al-Athir, op. cit., VI. 174-176 et passim.

Par al-Tiqtaqa de son « kitab al-Fakhri »

 

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