Règne du quatrième calife Abbasside al-Hadi (785-786) par al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri ».

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Règne du quatrième calife Abbasside  al-Hadi (169/785-170/786) par al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri ».

Après Mahdî, régna son fils Moussa Hadi, qui fut reconnu khalife en l’année 169 (785 de J.-C).

Hadi était éveillé, d’un caractère chatouilleux, mais il était généreux, énergique, robuste, très violent, dur, [334] très maître de lui, brave, résolu, et d’une grande fermeté.

Voici ce qu’a raconté ‘Abd-Allah, fils de Malik, qui était préfet de police sous al-Mahdî.[335]

« Ce khalife, dit-il, m’ordonnait de flageller les compagnons d’orgies et le chanteur [de son fils] al-Hadi, et même de les emprisonner, pour le préserver de leur société. J’exécutais les ordres qu’il me donnait. De son côté, al-Hadi m’envoyait demander de les traiter avec douceur, ce que je ne faisais jamais. Aussi, à la mort de al-Mahdî, al-Hadi étant monté sur le trône, étais-je sûr que j’allais périr.

Le khalife me fit venir un jour devant lui. En entrant, je le trouvai assis sur un trône, ayant devant lui le sabre et le tapis de cuir circulaire.[336] Je le saluai, mais il répondit :

« Qu’Allah ne t’accorde pas de salut ! Te rappelles-tu le jour où je t’ai envoyé quelqu’un au sujet d’Al-Harrânî[337] et de la flagellation à laquelle il était condamné ? Tu n’as pas voulu accepter mon intercession. Tu as agi de même dans le cas d’un tel et d’un tel (et il passa en revue tous ses compagnons de plaisirs) ; jamais tu n’as pris en considération mon intervention.

— C’est vrai, répondis-je ; mais me permets-tu de présenter ma défense ?

— Oui.

— Eh bien ! je t’adjure, par Allah, de me dire, en supposant que tu m’aies chargé de la même tâche, que tu m’aies donné les mêmes ordres que j’ai reçus de al-Mahdî, et qu’un de tes enfants m’ait envoyé dire de faire le contraire, si tu aurais été content de me voir suivre ses ordres et désobéir aux tiens.

— Sûrement non. me répondit-il.

— Et c’est de cette façon, repris-je, que je te sers, et que j’ai servi ton père. »

Alors, il me fit approcher de lui, et je lui baisai la main ; après quoi, il me fit donner des robes d’honneur et médit :

« Je l’investis de la charge que tu occupais auparavant ; continue à te conduire avec droiture.»

Je m’en allai en réfléchissant’ à la situation du khalife et à moi-même, et je me dis :

« C’est un jeune homme[338] qui boit : d’autre part, les personnes, au sujet desquelles je lui ai désobéi, sont ses commensaux, ses vizirs et ses secrétaires. Je les vois déjà, au moment ou il est gagné par le vin, le dominer et le persuader qu’il a intérêt à me faire périr. »

J’étais donc assis chez moi, ayant à mes côtés ma petite fille et devant moi un fourneau, des galettes et de l’assaisonnement au vinaigre, dans lequel je les trempais : je les chauffais ensuite sur le feu : j’en mangeais moi-même et j’en donnais aussi à la petite. Tout à coup, j’entendis un grand bruit de sabots de chevaux, au point que je crus qu’il y avait un tremblement de terre.

« Voilà, me dis-je, ce que j’appréhendais. »

Mais voici que la porte s’ouvre et que les eunuques entrent, avec le khalife au milieu d’eux sur sa monture.

Dès que je le vis, je me levai et je lui baisai la main et le pied, et je baisai aussi le sabot de son cheval :

‘ »Abd-Allah, me dit-il, j’ai réfléchi à ta situation et je me suis dit :

« Peut-être va-t-il penser qu’une fois que j’aurai bu, ayant ses ennemis autour de moi, ceux-ci me feraient perdre la bonne opinion que j’ai de lui, et il se tourmenterait. Alors je suis venu chez toi pour dissiper tes appréhensions et te faire savoir que la rancune que j’avais contre toi est totalement disparue. Donne-moi à manger de ce que tu avais devant toi, pour que tu saches que je m’interdis de te faire du mal, ayant mangé de ta nourriture. De cette façon, ta crainte disparaîtra. »

Alors, lui ayant servi une partie de ces galettes et de l’assaisonnement, il en mangea. Puis le khalife s’adressant à ses esclaves, leur dit :

Donnez ici ce que nous avons apporté pour Abd-Allah. »

Aussitôt, je vis entrer quatre cents mulets lourdement chargés d’argent et d’autres richesses.

« Tout cela t’appartient, me dit le khalife, et avec ces richesses tu auras de quoi t’aider à vivre. Garde ces mulets chez toi : peut-être en aurai-je un jour besoin pour quelque voyage. »

Puis le khalife s’en alla.

Parmi les belles paroles prononcées par ce prince, on cite celles qu’il a adressées à Ibrahim, fils de Mouslim, fils de Qotaiba, [339] qui venait de perdre un fils. Hadi, qui l’estimait beaucoup, vint lui-même lui présenter ses condoléances, en lui disant :

« O Ibrahim ! ton fils te remplissait de joie, quand il était pour toi un ennemi et une séduction, et maintenant il te laisse dans la tristesse, mais après être devenu bénédiction et miséricorde.

— Emir des Croyants, dit Ibrahim, il ne reste plus en mon âme une partie, autrefois remplie de deuil, qui ne soit maintenant remplie de consolation.[340] »

C’est sous le règne de ce khalife qu’eut lieu la révolte de l’homme de Fakh’kh, [341] qui se nommait Housain, fils d’Ali, fils de Hasan, fils de Hasan, fils d’Ali, fils d’Abou Thâlib.

Gravure de Médine ver 1850
Gravure de Médine ver 1850

RÉCIT DU COMBAT QUI EUT LIEU A FAKH’KH

Housain, fils d’Ali, était un des hommes les plus importants des Benou Hachim. Il était compté parmi les hommes les plus marquants de cette famille et parmi leurs meilleurs chefs. Ayant résolu de lever l’étendard de la révolte, ses vues furent partagées par un grand nombre de notables de sa famille.

Pendant ce temps, le gouverneur[342] de Médine ayant commis une injustice envers un ‘Alide, les Thâlibites saisirent cette occasion pour se révolter, et virent se grouper autour doux beaucoup d’hommes. Ils se dirigèrent alors vers le palais du gouverneur, qui s’y était réfugié. Ils brisèrent les [portes des] prisons et donnèrent la liberté à ceux qui s’y trouvaient. Housain, fils d’Ali (sur lui soit le salut !), fut proclamé khalife.

Leur influence ayant grandi, le khalife Hadi envoya contre eux Muhammad, fils de Soulaimân[343] ou, selon d’autres, Soulaimân, fils de Mansour, [344] à la tête d’une armée.[345]

 

La route entre La Mecque et Medine
La route entre La Mecque et Medine

La rencontre eut lieu dans un endroit appelé Fakhkh, situé entre La Mecque et Médine.

Les deux partis se combattirent avec acharnement. Housain, fils d’Ali, fut tué et sa tête portée au khalife. Quand elle fut placée devant lui, Hadi dit à ceux qui l’avaient apportée :

« On dirait que vous apportez la tête d’un mécréant quelconque.[346] Le moindre châtiment que je puisse vous infliger est de vous priver de toute récompense. »

Et il ne leur donna rien.

Housain, fils d’’Ali, l’homme de Fakhkh, était brave et généreux.

Etant venu voir une fois al-Mahdî, ce khalife lui donna 40.000 dinars ; Housain les distribua au peuple à Bagdad et à Koûfa. Quand il quitta cette ville, il n’avait plus pour tout vêtement qu’une fourrure, sans chemise en dessous.[347]

Qu’Allah l’ait en sa clémence et lui accorde le salut !

Al-Hadi ne vécut pas longtemps. Selon une version, sa mère, Khaizourân, [348] avait ordonné à ses jeunes servantes de le tuer. Celles-ci s’assirent alors sur le visage du khalife, jusqu’à ce qu’il rendît l’âme.

On n’est pas d’accord sur la raison de cet assassinat.

Selon les uns, sa mère Khaizourân jouissait d’un pouvoir absolu[349] sous le règne de [son fils Mahdî ; elle édictait des ordres, des prohibitions, obtenait la grâce des coupables, prenait des décisions irrévocables et en infirmait d’autres. Matin et soir, les équipages se pressaient autour de sa porte.

Mais lorsque Hadi, qui était très jaloux de ses prérogatives, monta sur le trône, il fut peu satisfait de ces interventions de sa mère et lui dit :

« Que signifient ces équipages qui, du matin au soir, assiègent, me dit-on, ta porte ? N’as-tu pas un fuseau pour t’occuper, un Coran pour te faire méditer, une chambre pour te dérober à ces obsessions ? Par Allah ! puissé-je être exclu de la parenté du Prophète, si je renie le serment que voici : Si j’apprends encore qu’un de mes généraux ou un homme de mon entourage s’est présenté à ta porte, je lui couperai le cou et confisquerai ses biens. »

Puis, le khalife, s’adressant aux personnes de son entourage, leur dit : « Qui a droit à plus de respect : ma mère et moi, ou vous et vos mères ? — Toi et ta mère, lui répondit-on.

— Quel est celui d’entre vous, continua le khalife, qui trouve plaisir à ce que des hommes mêlent constamment le nom de sa mère dans leur conversation, en disant : « La mère d’un tel a fait ceci, ou a fait cela » ?

— Aucun de nous n’aime cela, répondirent-ils. — Pourquoi alors, demanda le khalife, allez-vous trouver ma mère et la mêlez-vous constamment à vos conversations ? » Dès qu’on entendit ces paroles, on cessa d’aller importuner Khaizourân. Le khalife envoya ensuite à sa mère un mets empoisonné, mais elle n’en mangea pas. C’est alors qu’elle le fit assassiner.

D’après une autre version, la raison pour laquelle Hadi fut assassiné est qu’il voulait déposséder son frère [Haroun] er-Rachid de ses droits au trône et proclamer son propre fils Djafar. Khaizourân, qui aimait Haroun, conçut (les alarmes pour lui. C’est alors qu’elle fit à Hadi ce que l’on sait.[350]

Hadi mourut en l’année 170 (786 de J.-C). Dans la même nuit où il mourut, se placent la mort d’un khalife, l’avènement au trône d’un second khalife et la naissance d’un troisième. On disait depuis longtemps qu’une telle nuit devait arriver. Le khalife qui est mort cette nuit est Hadi, celui qui y est monté sur le trône du khalifat est Haroun al-Rachid, enfin celui qui y est né est Mamoun.

En montant sur le trône du khalifat, Hadi prit comme vizir Rabi, fils de Yoûnous. Nous avons donné précédemment ‘ un aperçu de sa biographie et de sa généalogie.

Après lui, il confia le vizirat à Ibrahim, fils de Dakwân al-Harrâni.[351]

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VIZIRAT D’IBRAHIM, FILS DE DAKWÂN AL-HARRÂNI, SOUS LE RÈGNE DE AL-HADI

Ibrahim avait fait la connaissance de Hadi pendant sa jeunesse. Il entrait chez lui avec un précepteur qui faisait l’éducation de ce prince, qui le prit en adlection. Il s’habitua à lui au point de ne plus pouvoir se passer de lui. Dans la suite, de mauvais rapports ayant été faits à Mahdî contre Ibrahim, le khalife ne voulut pas que son fils le fréquentât et lui défendit, mais sans succès, [de continuer] à le voir.

Il alla même jusqu’à le menacer de la mort, sans que Hadi consentît à l’éloigner. Les mauvais rapports contre Ibrahim se succédant de plus en plus auprès du khalife, il fit parvenir à son fils Hadi l’ordre de lui envoyer Ibrahim al-Harrâni, sous peine de le dépouiller de ses droits au trône. Hadi envoya alors son ami, avec toutes sortes de ménagements, en compagnie d’un de ses esclaves. Ibrahim arriva chez le khalife, au moment où celui-ci se disposait à monter à cheval pour aller à la chasse.

Dès que le khalife le vit, il s’écria :

« Ibrahim ! je jure par Allah[352] que je te tuerai, que je te tuerai, que je te tuerai ! »

Puis le khalife, [s’adressant à ses hommes], leur dit :

« Surveillez-le, jusqu’à ce que je revienne de la chasse. »

Ibrahim se mit alors à invoquer Allah et à le prier.

Le hasard voulut que Mahdî mangeât le mets empoisonné dont il mourut sur-le-champ, comme il a été raconté précédemment.

Al-Harrâni en sortit ainsi sain et sauf. Puis Hadi monta sur le trône du khalifat, et, peu de temps après son avènement, il prit Al-Harrânî comme vizir, mais il ne se passa guère de temps avant que Hadi mourût lui-même.

FIN DU RÈGNE DE HADI ET DE L’HISTOIRE DE SES VIZIRS. 

notes du traducteur:

[334] J’avais pensé que cela signifiait, hardi, courageux, mais je trouve dans Massoudi, Prairies d’or, VI, 262, un passage relatif au caractère de ce khalife…

[335] Et aussi sous Hadi et Haroun er-Rachid. Voy. les Prairies d’or, VI, 310-311 ; Kitab al-aghâni, Index, p. 445. L’Index de l’édition arabe qui a servi de base à cette traduction renvoie, pour ce nom, à la page 358. C’est une erreur typographique.

[336] Sur lequel ont lieu les exécutions capitales. Voy. sa description dans de Slane, trad. d’Ibn Khallikan, IV, 203, note 4.

[337] Il s’agit d’Ibrahim, fils de Dakwân Al-Harrâni, qui devint plus lard vizir du khalife Hadi. Voy. plus loin la traduction correspondante aux pages 262-263 du texte arabe. Voy. une anecdote où il a joué un rôle dans Kitab al-aghâni, XVII, 17.

[338] Il avait, en ce moment, un peu plus de 24 ans. Cf. les Prairies d’or, VI, 261.

[339] Mouslim fils de Qotaiba était un affranchi des Benou Hachim. Au moment du meurtre de Housain, fils d’Ali, il composa une triste élégie, que citent les historiens arabes: voy. notamment lesPrairies d’or, V, 146-147 ; Kitab al-aghâni, III. 44, 45 ; XVIII, 125.

[340] Ceci est emprunté à Ibn al-Athir, op. cit., VI. p. 71.

[341] Fakhkh est un lieu situé à 6 milles de La Mecque. Cf. les Prairies d’or, VI, 266. Il y avait là un puits où les caravanes venant de La Mecque s’arrêtaient. Cf. Kitab al-aghâni, VI, 71.

[342] C’était un descendant du khalife ‘Omar. Il s’appelait ‘Omar, fils d’Abd al-‘Aziz, fils d’Abdallah, fils d’Omar le khalife. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon y VI, 60 et suiv.

[343] C’était un parent du révolté, étant lui-même Hachémite. Massoudi (Prairies d’or, VI. 266) le nomme parmi ceux qui ont pris part à cette expédition.

[344] Même observation qu’à la note précédente. D’après les Prairies d’or, ces deux personnages y ont été ensemble. Notre auteur a suivi le récit d’Ibn al-Athir, op. cit., VI, p. 62.

[345] De quatre mille cavaliers, suivant les Prairies d’or, loc. laud.

[346] Les Prairies d’or, plus explicites, disent : « La tête d’un Turc ou d’un Deïlémite ».

[347] C’est le récit d’Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 64.

[348] La biographie de cette princesse est donnée par Khalil ibn Aibak As Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 38 r°. Quelques anecdotes où elle a joué un rôle se trouvent dans le Kitab al-aghâni, IX, 127 et suiv. et XIII, 13.

[349] Cf. Massoudi, Prairies d’or, VI, 268 et suiv. ; Ibn al-Athir, loc. cit., p. 68.

[350] Ce récit est conforme et peut-être même emprunté à Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 68-69.

[351] C’est le fameux compagnon de plaisir de Mahdî, lorsque celui-ci n’était encore qu’héritier présomptif du trône. Voy. aussi Kitab al-aghâni. XVII, 17 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VI, 70 et 73.

[352] Le mot Allah est répété trois fois dans le texte arabe.

par al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri ».

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