Règne du calife Abbasside al-Muntasir (861-862) par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »

Publié le Mis à jour le

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Le premier Mausolée califale, al-Qubbat al-Sulaybiyya à Samarra (862 Jc), la mère grecque du calife abbasside al-Muntasir à fait construire un mausolée sur une colline sur la rive ouest du Tigre à Samarra pour honorer la mort de son  défunt fils. Ce type de construction étais auparavant inconnus dans l’histoire Islamique.  Source: ArchNet voir: Ettinghausen, Richard and Grabar, Oleg. 1987. The Art and Architecture of Islam 650-1250. New Haven and London: Yale University Press, 101.

Règne du calife Abbasside al-Muntasir [99] (861-862) par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »

Après al-Mutawakkil régna son fils Muhammad al-Muntasir, qui reçut le serment de fidélité le lendemain matin de la nuit où son père fut assassiné.

Ce prince était énergique, téméraire, sanguinaire.

Lorsqu’on apprit qu’il avait assassiné son père, les gens disaient qu’il ne lui survivrait pas longtemps.

On le comparait au fils de Chosroès, Chîroûyêh (Siroès),[100] qui assassina son père, mais ne jouit guère longtemps[101] du trône après lui.

On raconte que lorsque Muntasir tua son père et qu’il fut proclamé khalife, il s’assit sur un tapis tel qu’on n’en avait jamais vu de pareil.

Ce tapis était orné d’une magnifique inscription persane.

Le khalife, en l’apercevant, la contempla avec plaisir, et dit aux personnes qui étaient présentes :

« Est-il quelqu’un de vous qui comprenne le sens de cette inscription. »

Les assistants se récusèrent, en disant :

« Nous n’y comprenons rien. »

Alorsal- Muntasir fit venir un homme originaire de la Perse [qui se trouvait à Bagdad] et lui ordonna de lire l’inscription.

L’étranger garda le silence ; mais le khalife insista, en disant :

« Parle, il ne te sera fait aucun mal ; car il n’y a point là de ta faute. »

Alors, l’étranger (al-ajami) répondit :

« Il est écrit sur ce tapis : « Je suis Chîroûyéh (Siroès), fils de Kisra (Chosroès) ; j’ai assassiné mon père, et je n’ai joui de la couronne après lui que pendant six mois. »

Le khalife tira un mauvais présage de cet incident et quitta la salle du Conseil, tout bouleversé.[102] Six mois n’étaient pas encore révolus, qu’il mourait, en l’an 248 (862).

Mur extérieur de la grande mosquée du calife abbasside al-Mutawakkil à Samarra
Mur extérieur de la grande mosquée du calife abbasside al-Mutawakkil à Samarra

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MUNTASIR

Lorsqu’il fut proclamé khalife, ce prince prit pour vizir son secrétaire Ahmad, fils d’al-Khasîb.[103]

VIZIRAT D’AHMAD, FILS D’AL-KHASIR, SOUS LE REGNE DE MUNTASIR

Ahmad était un homme incapable de remplir ses fonctions, et on le trouvait peu intelligent.

Il avait cependant du caractère, mais il était emporté et étourdi. Pour peu qu’on pût supporter ses bizarreries, on obtenait de lui tout ce qu’on voulait. Un solliciteur, l’ayant rencontré, mit tant d’insistance à le prier que, marchant trop près de lui, il alla jusqu’à lui presser le pied dans l’étrier.

Emporté par la colère, le vizir relira son pied de l’étrier, el le lança en plein dans la poitrine du solliciteur.[104]

C’est à ce sujet qu’un poète a dit de lui :

Dis au khalife : « cousin du Prophète ! mets des entraves à ton vizir, car il rue.[105]

« Il a déjà porté atteinte à notre honneur avec sa langue, et maintenant il nous lance des coups de pied dans nos poitrines. »

Lorsque Mountasir mourut, Ahmad, fils d’al-Khasib[106] était encore au vizirat.

Al-Muntasir-Islamic-Coin410 abbasid

ICI FINIT LE RÈGNE DE MOUNTASIR.

notes du Traducteur:

[99] Notice spéciale sur ce prince dans Al-Wâfi bil-Wafayât, par Khalil Ibn Aibak as-Safadî, manuscrit de Paris, n° 5860, f° 213 v°. Cf. de Hammer-Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, IV, 33.

[100] Siroès était le fils aîné de Chosroès II, roi de Perse. Ce prince ayant disposé de la couronne en faveur d’un cadet, Siroès, irrité, mit son père en prison el le fit mourir quinze jours après, avec tous ses enfants. Ce fait arriva l’an de J.-C. 628. Siroès mourut lui-même peu de temps après (note de Cherbonneau, op. cit.). Cf. Noldeke, Geschichte der Perser und Araber, p. 166; Massoudi, Prairies d’or, II, 232-233; VII, 290-291 et aussi VI, 124-127; Ibn al-Athir, I, 360 et suiv.

[101] Huit mois. Cf. Ibn al-Athir, loc. cit.

[102] Cette anecdote est racontée aussi par Massoudi, Prairies d’or, VII, 290-291 ; de même dans le Nigiaristân, Marigny, III, p. 314.

[103] Massoudi (Prairies d’or, VII, 296) dit que le khalife ne tarda pas à se repentir de ce mauvais choix.

[104] Massoudi (Prairies d’or, VII, 296) ajoute que le solliciteur en mourut. Mais un autre ms. des Prairies d’or dit qu’il fut seulement renversé.

[105] Ce premier vers se trouve dans Massoudi (loc. cit.) avec d’autres anecdotes caractéristiques sur ce même vizir.

[106] Sous le règne de Wâthiq, Ahmad, fils d’al-Khasib, occupa déjà des fonctions importantes au diwan. C’est à cette époque (229 de l’Hégire) qu’il fut condamné par le khalife à payer une amende d’un million de dinars. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VII, p. 6; Kitab al-aghâni, XXI, p. 253.

Par al-Tiqtaqa de son « Kitab al-Fakhri »

dirham al muntasir

(wikipedia) Abû Ja`far “al-Muntasir bi-llah” Muhammad ben Ja`far1 surnommé Al-Muntasir2 est né en 837 à Samarra d’une esclave grecque nommée Habchiyya. Il a pris la succession, comme calife abbasside, de son père Ja`far al-Mutawakkil, qu’il a fait assassiner le 11 décembre 8613. Il tombe malade le 29 mai 8624 et meurt avant le 8 juin5 suivant, moins de six mois après, à Samarra où il est enterré6.
Contrairement à ses prédécesseurs, il ne s’opposa pas aux chiites et il leva l’interdiction du pèlerinage sur les tombes de Hasan et Husayn.

L’emplacement de sa tombe a été connu dès sa mort à cause de sa mère alors que les abbassides avaient toujours évité de révéler l’emplacement de leur tombe de peur de leur profanatio et du shirk.

Sa succession s’était faite sans heurts grâce au soutien des Turcs, mais ceux-ci ont préféré écarter ses frères de la succession, par crainte de les voir vouloir venger leur père, aussi élurent-ils comme successeur un autre petit-fils d’Al-Mu`tasim, en l’occurrence Al-Musta`in.

Notes

  1. arabe : abū jaʿfar al-muntaṣir bi-llāh muḥammad ben jaʿfar,
    أبو جعفر « المنتصر بالله » محمد بن جعفر المتوكل
  2. arabe : منتصر, triomphant
  3. 4 chawwal 247 A.H.
  4. 25 raby`a al-awwal 248 A.H. Est-il mort de manière naturelle ou assassiné? Rien ne permet de trancher.
  5. Ṭabarī, Joel L. Kraemer Incipient decline [archive] SUNY Press, 1989 (ISBN 978-0-88706-874-4)
  6. Tabari, La Chronique (Volume II, L’âge d’or des Abbassides) p. 199
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