Règne du calife Abbassde al-Muhtadi (868-869). Par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »

Publié le

ABBASID, AL-MUHTADI (255-256h) Dinar, Wasit 255h

Règne du calife Abbassde al-Muhtadi (868-869). Par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »

Après Mou’tazz, régna Mouhtadi billah, qui se nommait Abou ‘Abd Allah Muhammad, fils de Wâthiq.

Mouhtadi[127] était un des meilleurs khalifes quant à ses opinions religieuses, un de ceux qui avaient la plus belle conduite, la plus belle vie, enfin un de ceux qui montrèrent le plus de vertu religieuse, et qui furent les plus pratiquants.

Il se comparait volontiers à Omar, fils d’Abd al-‘Aziz (717-720), et disait :

« J’ai honte que les Omeyyades comptent un homme tel que lui, sans que les ‘Abbâsides aient un homme semblable [à. leur opposer]. »

Quand il siégeait au criminel, il rendait la justice d’une manière dont les gens étaient satisfaits.

Il apportait beaucoup de modération dans sa nourriture et son vêtement.

Certain Hachémite[128] a raconté :

« J’étais auprès de Mouhtadi durant une nuit de Ramadan. M’étant levé pour partir, il m’ordonna de m’asseoir. Je m’assis alors jusqu’à ce que Mouhtadi eût fait avec nous la prière du soir (al-maghrib). Il ordonna ensuite d’apporter la nourriture. On présenta alors un plateau en osier portant de petits pains minces et ronds, un récipient contenant du sel et un autre du vinaigre. Il mangea ; je mangeai aussi, mais peu, croyant qu’il se présenterait une nourriture plus délicate que la première.

Voyant ma façon de manger, le khalife me dit :

« Tu n’as donc pas jeûné ?

— Mais si », répondis-je.

Le khalife reprit :

« Tu ne veux pas jeûner demain, alors ?

— Comment non, répondis-je, quand demain c’est le mois de Ramadan ?

— Eh bien ! alors, mange et finis ton souper, car, ici, il n’y a pas autre chose que ce que tu vois. »

Je fus étonné et je lui dis :

« Pourquoi cela. Emir des Croyants, quand Allah a étendu largement sur toi ses faveurs et t’a pourvu abondamment des moyens d’existence? »

Il me répondit :

« Les choses sont, en effet, telles que tu les dis, et j’en rends grâce à Allah. Mais il me répugne qu’il y ait, parmi les Omeyyades, un homme tel qu’Omar fils d’Abd al-’Aziz, sans que les ‘Abbâsides comptent parmi eux un homme comme lui. »

Mouhtadi avait rejeté loin de lui les divertissements, et interdit le chant et la boisson.

Il défendit à ses compagnons[129] l’injustice et l’exaction.

Sous le règne de Mouhtadi eut lieu la révolte de l’homme des Zendj, dont le récit viendra sous le règne de Mou’tamid, si Allah le Très-Haut le veut. Mouhtadi, ayant mis à mort un esclave affranchi (un mollâ[130]), les Turcs se révoltèrent contre lui, s’indignèrent et le firent captif.

Ils le torturèrent pour qu’il abdiquât, mais il ne le fit pas. Alors, ils le destituèrent eux-mêmes, puis il mourut en l’année 256 (869).

Carte de l'Irak et du Khuzestan, avec des inserts sur les alentours de Bagdad et Samarra, au cours de la période abbasside (8e-13e siècles)
Carte de l’Irak, la Jazira et du Khuzestan, avec des inserts sur les alentours de Bagdad et Samarra, au cours de la période abbasside (8e-13e siècles)

EXPOSE DE L’ETAT DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOUTHADI

Lorsqu’il reçut le serment d’investiture comme khalife, il maintint Djafar, fils de Mahmoud al-Iskafi dans sa dignité de vizir.

Ensuite, il le destitua et prit comme vizir Soulaimân, fils de Wahb.

Épée arabe Abbasside du 9eme siècle, au musée du Topkapi , Istanbul , Turquie.
Épée arabe Abbasside du 9eme siècle, au musée du Topkapi , Istanbul , Turquie.

VIZIRAT DE SOULAIMÂN, FILS DE WAHB, FILS DE SA’ID, AU SERVICE DE MOUHTADI

La famille de ce vizir est originaire d’un village de la province de al-Wâsit. Ils furent d’abord chrétiens, puis embrassèrent l’Islamisme, et servirent dans les diwans, jusqu’à ce que leur fortune les fît parvenir au point où ils parvinrent.

Abou Ayyoub Soulaimân, fils de Wahb, était un des meilleurs écrivains du monde, un de ses chefs par sa supériorité, sa culture, sa connaissance de l’art d’écrire les actes et de tenir les registres publics.[131] Il était un des hommes les plus intelligents de l’univers, un de ceux qui étaient doués de jugement.[132]

Son fils ‘Oubeïd Allah a raconté :

« Voici ce que mon père ma raconté :

« Le début de ma fortune, dit-il, fut que je me trouvais, alors que j’étais jeune homme, au service de Muhammad, fils de Yazdâd, le vizir de al-Mamoun (813-833). Nous étions quelques gens à son service; lorsqu’il s’en retournait le soir chez lui, l’un de nous passait la nuit au palais de Mamoun, à tour de rôle, en prévision de quelque affaire importante survenant pendant la nuit.

« Quand vint mon tour de passer la nuit, un serviteur du palais sortit et dit:

« Y a-t-il ici un des lieutenants de Muhammad, fils de Yazdâd ?

— Parfaitement, lui dit le chambellan ; le voici », et il m’introduisit vers al-Mamoun.

Prépare, me dit le khalife, un brouillon dans tel sens, laisse un large intervalle entre les lignes, et présente-le, afin que j’y corrige ce que je désirerai y corriger. »

Je sortis promptement, j’écrivis la lettre sans brouillon, je la mis directement au net et je la lui présentai.

M’ayant aperçu, il me dit :

« Tu as écrit le brouillon ?

— Bien mieux, répondis-je, j’ai écrit la lettre.

— L’as-tu mise au net, demanda-t-il ?

— Parfaitement, répondis-je. »

Il se mit alors à me regarder davantage, comme étonné de moi. Lorsqu’il lut la lettre, je reconnus la satisfaction sur son visage.

Il leva la tête vers moi et dit:

« Que c’est bien, ce que tu as écrit, jeune homme ! mais je désire que tu avances cette ligne et que tu recules cette autre » ; et il les marqua toutes les deux d’un trait de son qalam.

Je pris la lettre et, sortant dehors, je restai à l’écart, puis j’effaçai les deux lignes, exécutai ce qu’il désirait et lui apportai la lettre. Or, il avait cru que j’annulerais cette lettre et en écrirais une autre.

Aussi, la lut-il et, n’avant pas reconnu l’endroit effacé, il en fut satisfait et me dit :

« Jeune homme! je ne sais quoi le plus admirer, de l’habileté de ta manière d’effacer ou de la promptitude de ton intelligence, ou de la beauté de ta calligraphie, ou enfin de ta rapidité. Qu’Allah te bénisse ! »

« Alors, je lui baisai la main et sortis. Ce fut le premier degré de l’élévation de mon rang. Depuis, il ne se présentait jamais quelque chose d’important sans que Mamoun dit : « Amenez-moi Soulaimân, fils de Wahb. »

Lorsque cet événement arriva à Soulaimân, fils de Wahb, un poète lui écrivit les deux vers suivants :

Ton père[133] t’a imposé une lourde tâche, de même que jadis il se l’était imposée.

Ne récoltant pas d’éloges si tu l’égales, et ne trouvant pas d’excuse si tu ne l’égales pas, étant précédé par un tel père, ne reste pas au-dessous de ta tâche.

Soulaimân, fils de Wahb, avait, dit-on, de l’amour pour Ibrahim, fils de Maïmoun.[134] Celui-ci, de son côté, aimait une chanteuse répondant au nom de Khalâs.[135]

S’étant réunis tous les trois pour une partie de vin, Ibrahim s’enivra. Alors Soulaimân, fils de Wahb, se pencha sur lui, l’embrassant sur la bouche et le suçant, pendant que Khalâs le regardait. Lorsqu’Ibrahim revint de son ivresse, Khalâs l’informa de ce que Soulaimân lui avait fait, et elle ajouta :

« Comment mon cœur pourra-t-il l’appartenir sans arrière-pensée, quand tu es l’objet de pareils agissements. »

Alors Ibrahim cessa toutes relations avec Soulaimân et resta fâché contre lui. C’est alors que Soulaimân lui écrivit les vers suivants :

Dis à celui dont les amoureux n’ont aucun espoir de délivrance[136] :

« Est-ce parce que Khalâs m’a aperçu quand je t’embrassais sur la bouche

« Que tu m’as fui ? qu’insulte et humiliation m’ont atteint ?

« Notre brouille a réjoui des gens, qui, sur notre compte, forgent des mensonges.[137]

« Des calomniateurs les ont aidés, des calomniateurs avides de nous nuire.

« Tiens ! Exerce le talion sur moi, car les blessures sont punissables du talion. »

 

Voici ce qu’a raconté Ahmad, fils d’al-Moudabbir[138] :

« Nous étions, dit-il, en prison, par ordre de Wâthiq (842-847), moi, Soulaimân, fils de Wahb, et Ahmad, fils d’Isrâ’il, tenus à raison de sommes d’argent. Un jour, Soulaimân, fils de Wahb, nous dit : « J’ai vu en songe comme « si quelqu’un me disait : Wâthiq mourra dans un mois. »

Alors, Ahmad, fils d’Isrâ’il, se mit à crier au secours, et dit à Soulaimân : « Par Allah ! tu n’auras pas de cesse tant que notre sang n’aura pas été versé. »

Il conçut une peur terrible que cette nouvelle ne se répandît sur notre compte.

Je comptai, ajoute Ibn al-Moudabbir, trente jours à partir de ce jour-là, et lorsque fut le trentième jour, Ahmad fils d’Isrâ’îl me dit:

« Où est donc la preuve de la vérité de la chose et de la réalité du songe? »

C’est qu’il avait calculé la date et compté [les jours], sans que nous le sachions. « Le songe, lui répondit Soulaimân, fils de Wahb, tantôt se réalise, tantôt ne se réalise pas. »

Lorsqu’arriva l’heure de la dernière prière du soir, on frappa violemment à notre porte, pendant que quelqu’un criait :

« Bonne nouvelle ! Bonne nouvelle ! Wâthiq est mort ; allez où vous voudrez, »

Ahmad, fils d’Isrâ’îl, se mit à rire et dit:

Levez-vous, le songe s’est réalisé, et la joie consolatrice est arrivée.

— Comment pourrions-nous marcher à pieds, dit Soulaimân, fils de Wahb, nos demeures étant éloignées ; mais, envoyons chercher des montures que nous enfourcherons. »

Ahmad, fils d’Isrâ’îl, se mit alors en colère et la mélancolie s’empara de lui, car il était d’un caractère morose et difficile.

Aussi, répondit-il à Soulaimân, fils de Wahb :

« Malheur à toi, ô Soulaimân ! tu veux attendre l’arrivée de ta jument, jusqu’à ce qu’un autre khalife prenne possession du pouvoir; alors on lui dira : Il y a en prison quelques secrétaires [du diwan], et il répondra :

« Qu’on les laisse en l’état, jusqu’à ce que nous examinions leurs affaires. »

Nous resterons alors encore plus longtemps en prison, et cela pour que tu te rendes monté vers ta demeure, espèce de gredin, de chenapan! »

Nous nous mîmes à rire, et nous sortîmes à pied pendant la nuit. Nous fûmes unanimement d’avis d’aller nous cacher chez un de nos amis, jusqu’à ce que les nouvelles soient vérifiées.

Or, par Allah! nous rencontrâmes sur notre chemin deux hommes, dont l’un disait à l’autre :

« Ce nouveau khalife a été mis au courant de la situation de ceux des secrétaires et des criminels qui sont incarcérés ; il a répondu : « Qu’on ne relaxe aucun d’eux avant que j’examine sa situation. »

Nous nous cachâmes alors, jusqu’à ce qu’Allah — qu’il soit exalté! — nous eût touchés de sa faveur dans un très bref délai. A lui est due la louange ! »

Voici des vers composés par Ahmad, fils d’al-Moudabbir :

Les malheurs du temps m’ont corrigé, et, seul, l’homme cultivé se laisse avertir.

J’ai goûté le doux et l’amer : la vie de l’homme est également diverse.

Il ne s’est passé aucun malheur, aucune volupté, sans que je n’en eusse eu ma part.

Les Benou Wahb étaient des hommes dignes de la première place, capables, supérieurs, généreux.

Leur famille au pouvoir était brillante, leur époque éclatante ; de leur temps, les foires des belles-lettres étaient florissantes, et les marqués de générosité étaient évidentes. Quand Mouhtadi fut destitué, Soulaimân, fils de Wahb, était son vizir.

ISLAMIC COINS. ABBASID. al-Muhtadi (255-256h) Silver Dirham, Madinat al-Salam 256h, 2.81g (A 238)

FIN DU RÈGNE D’AL-MOUHTADÎ ET DE L’ADMINISTRATION DE SES VIZIRS.

notes du traducteur:

[127] La biographie de Mouhtadi est copiée mot à mot d’Ibn al-Athir, Chronicon, VII, 161-162.

[128] Ce personnage se nommait Abou-l-‘Abbâs, fils de Hâchim, fils d’al-Qasim al-Hâchimi. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VII. 162.

[129] Ibn al-Athir (loc. cit.) dit avec plus de raison: « Les compagnons du Sultan. »

[130] Les Mollâh’, comme on le sait, remplissaient à la cour des khalifes de Bagdad des services, parfois très importants, qui faisaient d’eux des personnages considérables. Le Mollâ, dont il est ici question, devint un des chefs les plus redoutés de la milice turque de cette époque. Il se nommait Baïkiâl. Dans Ibn al-Athir, Chronicon, VII, 158 et sq. : Bâbkiâl. Sa révolte, à la suite de laquelle Mouhtadi fut destitué, puis mis à mort, est racontée par Massoudi, Prairies d’or, VIII, 6 et sq. ; Ibn al-Athir, loc. cit.

[131] C’est ainsi que je crois comprendre les termes techniques. Le katib ad-dardj emprunte son nom au genre de papier dont il se servait ordinairement. Cf. Quatremère, Mamlouks, I, I, 175; II, II, 221 ; Dozy, Suppl., I. 431.

[132] La biographie de Soulaimân est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât, notice 276, par le manuscrit arabe de Paris, n° 2064. f° 184 Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât. Voy. aussi Massoudi, Prairies d’or. VII, 149 ; VIII, 10, 39, 64 ; Ibn al-Athir, Chronicon, 6, 31 et passim ; de Hammer Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, IV, 433. 5N1.

[133] Le père de Soulaimân se nommait Abou-l-Hasan Wahb, fils de Sa’id. Il fut secrétaire des vizirs Barmékides, notamment de Djafar, fils de Yahya. Après la disgrâce des Barmékides, il entra au service du vizir Dzoûr-Riâsalain Fadl, fils de Sahl, puis au service du frère de celui-ci, Hasan, fils de Sahl, qui le nomma gouverneur de Kirmân et de la province du Faris. Il fut ensuite chargé par ce vizir de porter un message à Mamoun, mais il mourut en route, entre Fam as-Soulh, d’où il venait et Bagdad. Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, n° 276.

[134] Cet individu s’appelait plutôt Ibrahim, fils de Sawwâr, fils de Maïmoun. L’anecdote est rapportée dans le Kitab al-aghâni, XX, 70. A ce propos, je signale que l’auteur de l’Index historique de l’Aghâni, 389, l. 6, dit que la poésie qu’on lira plus loin a été composée par Soulaimân, fils de Wahb, en réponse à une satire d’Ibrahim, fils de Sawwâr, fils de Maïmoun. Aucun texte cependant ne cite cette satire, dont il n’est même question nulle part. En me reportant au texte de l’Aghâni, XX, 70, l. 21, je trouve, comme dans le Fakhrî : Ibrahim cessa de voir Soulaimân.

[135] L’Aghâni XX, 70, nomme cette chanteuse Roukhâs, mais le calembour est ici moins bon que dans le Fakhrî.

[136] Le calembour entre le mot « délivrance » et le même mot, nom propre, est évident, mais il est intraduisible.

[137] L’Aghâni, ibid., a une variante sans importance.

[138] Son nom entier est : Ahmad, fils de Muhammad, fils d’’Oubeïd Allah Abou-l-Hasan al-Katib, connu sous le nom d’Ibn al-Mouddabbir ad-Dibbî ad-Dastamisâni. Il était percepteur du kharâdj à Misr, et mourut, dit-on, en prison, en safar 290 (janvier 903). Voy. Ibn Khallikan, édit. Wüstenfeld, notice 844. Voy. aussi des anecdotes où Ahmad, fils d’al-Moudabbir, a joué un rôle dans le Kitab al-aghâni, IX, 29, 34 ; XVIII, 41, et XIX, 113.

Par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »

(wikipedia)

Abû Ishâq al-Muhtadî bi-llah Muhammad ben Hârûn al-Wâthiq1 surnommé Al-Muhtadî2 est devenu le quatorzième calife abbasside en 869. Petit-fils Al-Mu`tasim et fils de Al-Wathiq et d’une esclave grecque. Il a succédé à son cousin Al-Mu`tazz assassiné. Il est mort en juin 8703.

Al-Muhtadî est l’otage des troupes turques qui l’ont mis sur le trône. Il a été choisi parce qu’il semblait peu assuré et que cela servait leur projet. S’il avait été calife plus tôt, étant moins inconsistant que ses prédécesseurs, il aurait sans doute pu remettre l’empire sur pied, mais les Turcs avait pris trop de pouvoir pour qu’il puisse le faire. Le peuple de Bagdad prit parti pour Abû Ahmed, fils d’Al-Mu`tazz. L’argent de Samarra apaisa le peuple.

Un retour à la vertu

Sous son règne les chanteuses, les musiciens, les jeux et le vin ont été bannis de la cour. La justice est rendue rapidement et en public. Il avait pour modèle le calife omeyyade `Umar ben `Abd al-`Azîz.

Lors de la chute d’Al-Mu`tazz, Salih le fils de Wasif ne tarda pas à se débarrasser des courtisans qui s’étaient engraissés pendant le règne précédent. Les secrétaires ont été emprisonnés et fouettés, deux en sont morts.

Qabîha, la mère d’Al-Mu`tazz s’était enfuie de Samarra avec ses richesses.

Elle a été reprise et elle a avoué posséder plus d’un million de pièces d’or. On lui a pris son or et ses pierres précieuses, émeraudes perles et rubis. Elle a été envoyée en exil à La Mecque. Salih lui reprocha de ne pas avoir accepté de donner seulement 50 000 pièces d’or qui auraient sauvé son fils. Elle lui a répondu par des injures.

Baghdad en février 1918
Baghdad en février 1918

Émeute à Bagdad

Quelques mois après en 869, une nouvelle émeute éclatait à Bagdad; Les gouverneurs Persans récemment appointés par les Tâhirides étaient accompagné d’escortes dont les membres ne figuraient pas sur les listes civiles. Ils devaient être rémunérés sur des comptes dépendants directement du trésor de Merv. Sulayman qui était à la tête de ces troupes avait été nommé gouverneur de Bagdad, et privé de financement il se trouvait dans une impasse. Il a donc puisé sur les fonds revenant à la garnison de Bagdad pour payer ses propres troupes. Ce détournement de fonds à l’avantage des troupes de l’Est a été ressenti comme un vol par la population de Bagdad. Le ressentiment contre ces troupes étrangères formées de Persans, de Turcs, de Berbères et de Zanj a été encore accru par les rapines opérées par certains d’entre eux au cours de leur voyage de retour vers Nahrawân.

Mûsâ ben Bogha attaque le calife

Sous le calife Al-Mu`tazz, Mûsâ ben Bogha avait été envoyé pour réprimer une révolte chiite dans le Daylam4. À Samarra les troupes complotaient contre Al-Mu`tazz. Qabîha, sa mère appela Mûsâ à son secours, mais la nouvelle de la mort du calife arriva. Mûsâ resta àRay. Il suivait l’extension des extorsions commises par Salih. Les lieutenants de Mûsâ l’incitèrent à outrepasser les ordres du calife et d’attaquer Salih et de revenir à Samarra. Là il rencontra Al-Muhtadî rendant la justice. Il s’ensuivit une altercation entre Al-Muhtadî et Mûsâ, mais finalement Mûsâ ont renouvelé leur serment de loyauté au calife.

Meurtre de Salih

Désormais Salih, abandonné par les siens, se cachait. Il envoya au calife une lettre offrant sa soumission et la restitution des biens accaparés. Al-Muhtadî y réagit favorablement. Les Turcs suspectèrent le calife de connaitre la cachette de Salih et de vouloir l’éliminer. Ils décidèrent donc de se préparer à destituer le calife. . La population était inquiète en voyant la traitrise des Turcs contre un souverain qui s’était bien conduit. On faisait des prières en sa faveur contre les Turcs rebelles.

Quelques troupes étrangères regroupées autour d’Al-Muhtadî se mirent à la recherche de Salih. Cette recherche restait infructueuse mettant en danger le calife. Finalement, il fut découvert poursuivi par la populace et remis aux mains de Mûsâ. Salih a été décapité et Mûsâ dit « tel est le destin de celui qui trahit son maître » (Janvier 8705).

Nouvelles difficultés

Les évènements se sont calmés pendant quelques mois. De nouveau la garnison turque demandait le paiement des arriérés. Les caisses étaient vides, tous les revenus étaient détournés en faveur de Mûsâ et sa famille. Al-Muhtadî a voulu user d’un stratagème. Il envoya une lettre à Mûsâ lui demandant de venir à Samarra et une autre à Baykibal lui ordonnant d’arrêter Mûsâ . Baykibal, en dépit de sa fidélité envers le calife, se mis du côté de Mûsâ. Al-Muhtadî fit arrêter Baykibal et s’apprêta à affronter l’armée turque de Salih. Il avait avec lui principalement des arabes et des maghrébins. Il ordonna de décapiter Baykibal et de montrer son crâne aux troupes adverses. Les troupes l’abandonnèrent. Il fut amené sur une mule dans le palais d’un général Turc. Après un simulacre de procès, il fut roué de coups et laissé là enfermé. Quelques jours plus tard on l’a retrouvé mort. Des témoins rapportèrent que son corps ne montrait aucune trace de violence (juin 870).

notes:

  1. arabe : abū ʾisḥāq al-muhtadī bi-llāh muḥammad ben hārūn al-wāṯiq,
    أبو إسحاق المهتدي بالله محمد بن هارون الواثق
  2. arabe : al-muhtadī bi-llāh, المهتدي بالله, ?
  3. rajab 256 A.H.
  4. Le Daylam (arabe : ad-daylam, الديلم) correspond au sud de la Caspienne : Gilān, Māzandarān, et Gorgān.
  5. Saffâr 256 A.H.
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