Règne du calife Abbasside al-Mutazz (866-868) par al-Tiqtaqa du « kitab al-Fakhri » :

Publié le

Le calife Abbasside Al-Mu'tazz envoie des cadeaux à Abdullah ibn Abdullah, miniature tiré du Tarikh-i Alfi manuscrit de l'an 1592-1594
Le calife Abbasside Al-Mu’tazz envoie des cadeaux à Abdullah ibn Abdullah, miniature tiré du Tarikh-i Alfi manuscrit de l’an 1592-1594

RÈGNE DE MOU’TAZZ [118] (866-868) Par al-Tiqtaqa du « kitab al-Fakhri ».

Après al-Mousta’în régna al-Mou’tazz billah, dont le nom est Abou ‘Abd Allah Muhammad, fils de Moutawakkil.  Il reçut le serment d’investiture comme khalife en l’année 252 (866) à la suite de la destitution de Mousta’în. Mou’tazz était beau de physique, bien fait.

Il n’y avait dans sa conduite, dans son jugement et dans son intelligence rien à reprocher.

Mais les Turcs s’étaient emparés du pouvoir royal depuis que Moutawakkil avait été tué, et méprisaient les khalifes.

En sorte que le khalife fut entre leurs mains comme l’esclave qu’ils maintenaient ou destituaient ou tuaient selon leur gré.

Lorsque Mou’tazz s’assit sur le trône du khalifat, ses intimes tinrent séance, firent venir les astrologues et leur dirent :

« Voyez combien il vivra et combien il restera à la tête du khalifat. »

Or, il y avait dans l’assistance un homme spirituel, qui dit :

« Moi, je sais mieux que ces astrologues quelle sera la durée de sa vie et de son khalifat.

— Combien crois-tu, dirent les assistants, qu’il vivra et régnera ?

— Tant que les Turcs le voudront bien ! «

répondit l’homme. Il ne resta pas alors une personne dans l’assistance qui n’éclatât de rire.

Sous le règne de Mou’tazz, apparut Yakoub, fils de Laith as-Saffâr,[119] qui s’empara de Faris.

Il réunit de nombreuses troupes, et Mou’tazz ne put lui tenir tête.

Puis, les Turcs assaillirent Mou’tazz et lui réclamèrent une somme d’argent.

Le khalife leur présenta ses excuses en leur disant qu’il n’y avait rien dans les caisses. Alors, les Turcs tombèrent d’accord pour le destituer et le tuer.

En conséquence, ils se présentèrent à sa porte et lui envoyèrent dire :

« Sors nous trouver. »

Le khalife donna comme excuse qu’il avait bu une médecine. Alors, les Turcs l’assaillirent, le frappèrent avec leurs massues, mirent sa tunique en lambeaux et le firent rester debout au soleil.

Il levait alors un pied et posait l’autre, tant le soleil était ardent.

Un des Turcs le souffletait, tandis que lui se garantissait avec la main.

Puis, ils le placèrent dans une chambre, dont ils bouchèrent la porte, jusqu’à ce qu’il mourût, et cela après avoir fait constater par témoins à son encontre qu’il avait abdiqué.[120]

Cela se passait en l’année 255 (868).

Dinar abbasside du calife Abbasside al-Mut'azz (866-869), al-Sash

DE L’ETAT DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOU’TAZZ

Le premier de ses vizirs fut Abou-l-Fadl Djafar, fils de Mahmoud al-Iskafi.

VIZIRAT D’IBN AL-ISKAFI, SOUS LE REGNE DE MOU’TAZZ

Ce vizir[121] n’avait ni instruction, ni culture, mais il gagnait les cœurs par les largesses et les donations.

Mou’tazz le détestait, et les gens l’accusaient de chi’itisme.

Une fraction des Turcs pencha vers lui, tandis que l’autre fraction le détestait.

Une révolte ayant éclaté à cause de lui, Mou’tazz le destitua.

VIZIRAT D’ABOU MOUSSA ISA, FILS DE FARROUKHAN CHAH, SOUS LE RÈGNE DE MOU’TAZZ

Ce vizir[122] était généreux. On a raconté, à son sujet, qu’avant d’être vizir, il était chargé de l’un des bureaux des finances.[123] Il en fut destitué, par la suite, ayant encore droit à une somme de 1.000 dinars.

Il fit alors des démarches polies auprès du fonctionnaire qui lui succéda, jusqu’à ce que celui-ci lui rédigeât un écrit par lequel il lui donnait délégation sur un des fonctionnaires (du Trésor). Lorsque la somme fut réalisée, ce lieutenant écrivit à ‘Isa, fils de Farroukhân Chah, l’informant que la somme était prête et lui demandant l’autorisation de la faire porter chez lui, étant de ses amis.

‘Isa, fils de Farroukhân Chah, lui écrivit :

« Un tel, le poète, s’était attaché à moi pendant un certain temps, sans qu’il ait rien gagné de moi ; remets-lui cette somme. »

Le fonctionnaire remit la somme au poète, qui la prit et s’en alla.

Une révolte ayant éclaté entre les Turcs[124] à cause de ce vizir aussi, Mou’tazz le destitua.

Carte Ottomane de Baghdad en 1530 tiré des  chroniques des campagnes  Beyān-e manāzel-e sefe-e  Erāqeyn, fini en  1537 (Istanbul University Library after Brend, Pl 6)
Carte Ottomane de Baghdad en 1530 tiré des chroniques des campagnes ottomane  » Beyān-e manāzel-e sefe-e Erāqeyn », 1537 (Istanbul University Library after Brend, Pl 6)

VIZIRAT D’ABOU DJAFAR AHMAD, FILS D’ISRA’IL AL-ANBARI SOUS LE RÈGNE DE MOU’TAZZ

Ce vizir était un homme d’Etat habile et intelligent. Il retenait de mémoire, dit-on, tous les comptes pécuniaires, recettes et dépenses.

On a raconté qu’une fois, un compte ayant été perdu du diwan, il l’établit de mémoire.

Puis, le compte ayant été retrouvé, il était conforme à ce qu’avait dit Ahmad, sans plus ni moins. Les Turcs ayant assailli par la suite Ahmad, fils d’Isrâ’îl, se saisirent de lui, le frappèrent et lui enlevèrent tous ses biens.

Mou’tazz et sa mère intercédèrent en sa faveur auprès du chef des Turcs, qui se nommait Sâlih,[125] fils de Wasif. Mais celui-ci, sans les écouter, le mit en prison, le frappa ensuite, sous le règne de Mouhtadî, jusqu’à ce qu’il mourût.

Après que Sâlih, fils de Wasif, eut ainsi agi envers Ahmad, fils d’Isrâ’il, il fit venir Djafar, fils de Mahmoud al-Iskâfî, et le nomma, une seconde fois, vizir de Mou’tazz.

Ce vizir a déjà été mentionné plus haut.

Lorsqu’il prit possession du vizirat, la deuxième fois, un poète composa les vers suivants :

O mon âme ! cesse de prendre plaisir à démentir ! Berce, au contraire, mon cœur de douces promesses.

Espère ! maintenant que tu as vu ce qu’Allah a donné à Djafar, fils de Mahmoud.[126]

Samarra
Samarra

FIN DU RÈGNE DE MOU’TAZZ ET DE L ADMINISTRATION DE SES VIZIRS.

notes du traducteur:

[118] Notice spéciale sur ce prince dans Al-Wâfi bil-Wafayât, par Khalil Ibn Aibak as-Safadî, manuscrit de Paris, n° 5860, f° 214 v°. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon VII, 92 et suiv.

[119] Cf. le récit de Massoudi, Prairies d’or, VIII, 44-62. Voy. aussi la très intéressante notice consacrée à ce khâridjite par Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, n° 838, pp. 53-76); Ibn al-Athir, Chronicon, VII, 128 et sq.

[120] Ce récit est textuellement emprunté à Ibn al-Athir, Chronicon, VII, 132.

[121] Je ne trouve aucun renseignement sur ce vizir. Ibn al-Athir (Chronicon, VII, 148) le nomme une seule fois en disant qu’il était chargé des affaires sous le règne de Mou’tazz.

[122] ‘Isa, fils de Farroukhân Chah, a été aussi vizir de Mousta’în. Cf. Massoudi, Prairies d’or, VII, 325. Il occupait encore le pouvoir en 246 (= 860). D’après cet auteur, ‘Isa occupa également le vizirat sous Mouhtadi. Voy. op. cit., VIII, 2.

[123] D’après Ibn al-Athir (Chronicon, VII, p. 81), ‘Isa était chargé de diriger le bureau de l’impôt foncier (le kharâdj) sous le règne de Mousta’în. Il succéda dans ces fonctions à Fadl, fils de Marvân (voy. ci-dessus), en l’année 249 de l’Hégire.

[124] ‘Isa a même été frappé par la milice turque. Cf. Ibn al-Athir, op. cit., VII, 146.

[125] Voy., sur ce personnage, Massoudi, Prairies d’or, VII, 379, 396-397 ; VIII, 3 à 8 ; Kitab al-aghâni, XIV, 113 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VII, 127 et suiv.

[126] La disgrâce d’Ahmad, fils d’Isrâ’il, et l’arrivée de Djafar, fils de Mahmoud, au vizirat pour la seconde fois, sont racontées par Ibn al-Athir (Chronicon, VII, 148) dans des termes identiques. D’après cet auteur, ces événements eurent lieu en l’année 255 (= 862 de J.-C).

Par al-Tiqtaqa du « kitab al-Fakhri »

(wikipedia)

Abû `Abd Allah “al-Mu`tazz bi-llah” Muhammad ben Ja`far al-Mutawakkil1 surnommé Al-Mu`tazz2 est le second fils de Ja`far al-Mutawakkil né à Samarra en 847 d’une mère esclave grecque surnommée Qabîha3. Il a succédé à son cousin Al-Musta`in comme califeabbasside en 866 après l’avoir fait abdiquer et exécuter.

Il fut assassiné dans son bain en 869. Son cousin Al-Muhtadi lui a succédé4.

À la mort de son frère parricide Al-Muntasir, les vizirs turcs devenus les véritables maîtres de l’empire abbasside, lui avaient préféré son cousin Al-Musta`in. C’est au cours d’une révolte à Bagdad que les Turcs sont allés rechercher Al-Mu`tazz pour le mettre sur le trône (866).

À Samarra chaque parti jalousait l’autre. Les Turcs, les plus nombreux s’opposaient à ceux de l’Ouest : Berbères et arabes occidentaux  tandis que les Arabes orientaux et les Persans les haïssaient tous en bloc. Al-Mu`tazz n’était ainsi entouré que de gens prêts à comploter les uns contre les autres et contre lui.

Meurtre d’Al-Musta`in

Al-Musta`in avait été déposé et était supposé trouver refuge à Médine. Au lieu de cela il a été retenu à Wâsit. Il fut emmené par Ahmad ibn Tulun chez un meurtrier qui se chargea de l’assassiner en compagnie de son épouse. Al-Mu`tazz a donné 500 pièces d’or comme récompense au meurtrier5.

Meurtre de son frère

Après avoir fait exécuter Al-Musta`in, il a fait tuer son frère figurant comme prochain héritier du trône. Il a fait emprisonner Abu Ahmed, un de ses autres frères, qui l’avait soutenu avec bravoure au cours des derniers combats à son côté. Al-Musta`in envisageait de le tuer, mais il mourut de mort naturelle.

Bogha et Wasif, les deux chefs turcs ont été rayés des listes civiles au lieu de recevoir des remerciements. Leurs vies ont été épargnées. Ils sont repartis avec leurs familles vers Samarra.

 

"La porte du Nord"  Baghdad. Arthur Melville  (1855–1904)
« La porte du Nord » Baghdad. Arthur Melville (1855–1904)

Émeutes à Bagdad et à Samarra

Bogha revient à Bagdad en position de favori du calife. Les dépenses de la cour épuisaient les réserves et les soldats ne recevaient qu’une maigre solde. À Bagdad, les gardes se sont mutinés, réclamant leur dû. Le gouverneur de Bagdad écrivit à Al-Mu`tazz pour obtenir une avance. Au lieu de cela, Al-Mu`tazz envoya les troupes turques en lui disant : « Si vous avez besoin des gardes pour vous-même, payez les vous-même. Quant au calife il n’en a pas besoin. »

Néanmoins la révolte s’est poursuivie, le peuple refusa que l’on prononce le nom du calife lors de la prière. Avant que cette révolte soit réprimée le calife avait fait brûler un des ponts et incendier le souk pour maintenir les rebelles à distance (866).

L’année suivante, les Turcs, les Berbères et les Persans se sont rués sur le palais du gouverneur pour se payer eux-mêmes. Ils n’ont rien trouvé que des caisses vides.

Meurtres de Bogha et Wasif

Wasif avait promis aux insurgés d’intervenir en leur faveur auprès du calife. En chemin, il a été pris par des soldats en révolte. Il a été taillé en pièces et son crâne brûlé dans une cheminée.

Bogha essayait de convaincre Al-Mu`tazz de quitter Samarra et de s’installer à Bagdad. Les courtisans laissaient entendre que c’était un piège. Il a été décapité et son crâne exposé à Samarra puis à Bagdad où les Maghrébins l’ont réduit en cendres(867).

La mosquée Abbasside Tulunides Ibn Tulun au Caire en Egypte
La mosquée Abbasside Tulunides Ibn Tulun au Caire en Egypte

Installation des Tulunides en Égypte

Baykibal  a succédé à Bogha. Il avait la charge de gouverner l’Égypte. Appelé à la cour il désigna Ahmad ibn Tulun un serviteur turc  pour le représenter.

Le père d’Ahmad ibn Tulun avait été pris comme esclave dans la Ferghana et était devenu un militaire professionnel à Samarra.

Ahmed a été éduqué à Samarra et ses qualités le firent remarquer par Al-Musta’in.

Baykibal en le nommant comme son représentant en Égypte lui a donné l’occasion de prendre son indépendance à l’égard de Bagdad et de fonder la dynastie Tulunide (868).

Statue de Ya`qûb ben Layth as-Saffâr le fondateur de la dynastie des Saffarides (867-1003). ( Dezfoul, Iran)

La politique extérieure

La politique extérieure d’Al-Mu`tazz est aussi mauvaise que sa politique intérieure.

Les Tâhirides, censés représenter le calife au Khorasan, étaient sur le déclin. Ya’kub bin Layth as-Saffâr (saffaride) devint un chef de guerre et ayant prit le contrôle du Sistan, une région frontalière entre l’Afghanistan et l’Iran actuels, conquérant ensuite la plus grande partie de l’Iran actuel en utilisant cette région comme base d’une expansion agressive vers l’est et l’ouest aux dépens des Tâhirides.

Fin du règne d’Al- Mu`tazz

Le salaire de l’armée n’était pas versé, les caisses de l’état étaient de nouveau vides. Salih, le fils de Wasif, a saisi les secrétaires personnels d’Al-Mu`tazz et les ministres. Il a exigé l’argent détourné ou caché par eux. Puisqu’il n’y avait pas de réponse et un trésor vide, ils ont été mis aux fers. Le calife a demandé aux insurgés de libérer son secrétaire personnel, mais ils étaient sourds à sa supplication. Les comptes des ministres ont été saisis, mais rien n’a pu en être retiré. Retournant au calife, ils ont déclaré qu’il devait 50 000 piècesd’or. Acculé, Mu`tazz fit appel à sa mère, Qabîha. Ses arts et son influence lui avaient permis d’accumuler de vastes trésors, amassé dans des endroits secrets. Elle refusa de donner son aide.

Salih et Musa fils de Bogha avec l’aide Baykibal sont conduits à organiser la déchéance d’Al-Mu`tazz. Entourés d’une foule tumultueuse, ils se sont assis devant les portes du Palais demandant au calife d’en sortir. Le calife les fit entrer sans se méfier. Ils sont entrés, ils ont battu le calife à coups de bâtons et à coups de pieds, le traînant à l’extérieur. Puis il a été emprisonné trois jours sans boire ni manger de sorte qu’il en est mort à l’âge de trente-quatre ans (869)6.

notes:

  1. arabe : abū ʿabd allāh al-muʿtazz bi-llāh muḥammad ben jaʿfar al-mutawakkil,
    أبو عبد الله “المعتز بالله” محمد بن جعفر المتوكل
  2. arabe : muʿtazz, المعتز,
  3. arabe : qabīḥa, قبيحة, affreuse
  4. Tabari, op. cit., vol. II, « L’âge d’or des Abbassides », p. 200
  5. L’intervention d’Ibn Tulun dans ce meurtre est contestée (c.f. (de) Gustav Weil, Geschichte der Chalifen : Nach handschriftlichen, Grösstentheils noch unbenützten Quellen bearbeitet (5 volumes), vol. 2, F. Bassermann,‎ 1848 (lire en ligne [archive]), « Abu Abd Allah Mohammed Ibn Almutawakkil Almutaz Billahi », p. 398). Cet auteur parle de 50 000 dirhams de récompense promis au meurtrier.
  6. Ce récit de sa mort dans (en) William Muir, « The Caliphate, its rise, decline and fall » [archive], « Al-Muntasir and three following caliphs », ne coïncide pas avec celui du résumé de Tabari
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s