Règne du calife Abbasside al-MUQTADIR (908-932) et apparition des fatimides par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri » :

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Pièce-médaillon à l’effigie du calife Abbasside Al-Muqtadir le deuxième fils d'Al-Mu`tadid. Il est né en 895. Il a succédé à son frère aîné Al-Muktafi comme calife abbasside le 14 août 908. Il est mort le 31 octobre 932
Pièce-médaillon à l’effigie du calife Abbasside Al-Muqtadir le deuxième fils d’Al-Mu`tadid. Il est né en 895. Il a succédé à son frère aîné Al-Muktafi comme calife abbasside le 14 août 908. Il est mort le 31 octobre 932

Règne du calife Abbasside al-MOUQTADIR (908-932) et apparition des fatimides par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri » :

Après Mouktafî régna Mouqtadir billah, qui se nommait Abou-l-Fadl Djafar, fils de Mou’tadid.

Il reçut le serment d’investiture du khalifat en l’année 295 (908 de J.-C.),[179] à l’âge de treize ans.[180] Mouqtadir était bienfaisant, généreux, très dépensier.

Il rétablit la pompe, les traitements et les payes élevées, l’abondance des cadeaux et des présents, qui caractérisaient le khalifat.

Il y avait dans sa maison 11.000 esclaves eunuques, grecs et noirs.

Le garde-meuble des joyaux était, sous son règne, rempli de pierres précieuses.

Il y avait, entre autres, le chaton en hyacinthe, que Harun al-Rachid acheta pour 300.000 dinars, et « la perle orpheline » (unique) qui pesait 3 mithqâls,[181] ainsi que d’autres pierres précieuses.

Il distribua tout cela et le dilapida en un très court délai.

Sous son règne, fut tué Al-Halladj.[182]

L’exécution du soufi Mansur al-Hallaj par décapitation par le calife Abbasside al-Muqtadir à Baghdad le 26 mars 922
L’exécution du soufi al-Mansur al-Hallaj par décapitation par le calife Abbasside al-Muqtadir à Baghdad le 26 mars 922

RÉCIT DE CET ÉVÉNEMENT.

— Al-Halladj, dont le nom est Housain, fils de Mansour, et la kounya Abou-l-Ghaith, était mage d’origine, de la population du Fars.

Il grandit à Wâsit, ou selon d’autres à Toustar.

Il fréquenta les soufis et se fit le disciple de Sahl[183] at-Toustari. Il vint ensuite à Bagdad et rencontra Abou-l-Qasim Djounaid[184] Al-Halladj variait constamment : tantôt, il portait la laine[185] et les cilices, tantôt les vêtements teints, tantôt le grand turban et la dourrâ’a,[186] tantôt la qabâ'[187] et le costume des soldats.

Il parcourut les pays, puis arriva, en fin de compte, à Bagdad et y bâtit une maison. Les gens eurent, à son sujet, des opinions et des convictions différentes. Il montra un mélange de bons et de mauvais principes. Il passa d’un rite à un autre et chercha à égarer le peuple par des impostures (ou des jongleries) auxquelles il recourait délibérément.

Ainsi, il creusait un trou dans le haut d’un chemin et y plaçait une outre contenant de l’eau ; puis il faisait un trou dans un autre endroit et y plaçait de la nourriture. Ensuite, il passe par cet endroit, ayant avec lui ses adeptes ; alors, quand ils ont besoin d’eau là-bas, pour boire et faire leurs ablutions, il s’avance, lui, vers l’endroit qu’il a précédemment creusé et y fouille avec un bâton muni d’un fer pointu.

Alors l’eau sort, et lui et ses amis boivent et font leurs ablutions. Il agit ensuite de même à l’autre endroit, quand ils ont faim, et fait sortir la nourriture du sein de la terre, leur faisant accroire qu’il s’agit là de miracles qu’accomplissent les hommes saints.

Il faisait la même chose au moyen des fruits, qu’il cachait et conservait pour les sortir hors de leur saison.

Les gens eurent alors pour lui une véritable passion.

Il parla le langage des soufis, mais il mêlait des choses purement profanes qu’il n’est pas licite de mentionner.

Il est l’auteur de poésies. En voici un spécimen[188] :

Mon ami est étranger à toute injustice :

Il m’a fait boire de sa boisson, comme l’hôte agit envers son hôte.

Mais, lorsque la coupe eut circulé, il fit apporter le tapis de cuir[189] et le sabre.[190]

Tel est le sort de celui qui, en été, boit le vin avec le Dragon.

On eut une telle passion et un tel engouement pour lui, que le vulgaire cherchai la guérison dans son urine.

Il disait à ses adeptes :

« Vous êtes Moïse, Jésus, Muhammad et Adam ; leurs âmes ont passé en vous. »

L’exécution du soufi Mansur al-Hallaj par le calife Abbasside al-Muqtadir ce fit en plusieurs fois  (Baghdad le 26 mars 922 )
L’exécution du soufi Mansur al-Hallaj par le calife Abbasside al-Muqtadir ce fit en plusieurs fois
(Baghdad le 26 mars 922 )

 

Les ravages qu’il commettait ayant pris une grande extension, Mouqtadir ordonna à son vizir Hamid, fils d’Abbâs,[191] de le faire comparaître et de le soumettre à une controverse. En conséquence, le vizir le fit comparaître, réunit à son intention les qâdîs et les imâms, et la controverse eut lieu.

Il reconnut alors certaines choses, qui rendirent sa mise à mort obligatoire.

Il reçut 1.000 coups de fouets, dans l’intention qu’il en mourrait.

Mais il ne mourut point.

On lui coupa alors les mains et les pieds, on lui trancha la tête et on brûla son tronc.

Au moment de sa mise à mort, il dit à ses adeptes :

« Que cela ne vous effraie point, car je reviendrai vers vous dans un mois. »

Avant sa mise à mort, il récita, dit-on, les vers suivants[192] :

J’ai cherché le paradis dans tout pays, mais je n’ai vu pour moi, dans aucun pays, un lieu de repos.

J’ai obéi à mes désirs, ils m’ont alors asservi ; si j’avais été sobre, j’aurais conservé ma liberté.

Cet événement se passa en l’année 309 (921).[193] Le tombeau d’Al-Halladj est à Bagdad, sur la rive occidentale, près de la chapelle élevée sur le tombeau de Ma’roûf al-Karkhî[194] (qu’Allah soit satisfait de lui !).[195]

A cette époque, les Qarmates arrachèrent la pierre noire, qui resta entre leurs mains pendant plus de vingt ans, jusqu’au jour où elle fut restituée par l’entremise du chérif de la Mecque Yahya,[196] fils de Housain, fils d’Ahmad, fils d’Omar, fils de Yahya, fils de Housain, fils de Zaid, fils d’Ali, fils de Housain, fils d’Ali, fils d’Abou Thâlib (sur eux soit le salut !).

Sache que le règne de Mouqtadir fut un règne plein de désordre, à cause du jeune âge du souverain et de l’empire que sa mère, ses femmes et ses serviteurs avaient sur lui, pendant que lui-même était absorbé dans la volupté.

Aussi, sous son règne, l’empire fut-il en ruines, le trésor vide, le désaccord général.

Mouqtadir fut destitué,[197] puis restauré, puis tué.

A cette époque, apparut la dynastie Fâtimide[198] au Maghreb.

Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et son armée en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)
Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et son armée en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)

HISTOIRE ABREGEE DE LA DYNASTIE ALIDE DE SES DÉBUTS ET DE SA FIN

Cette dynastie eut un vaste empire et une longue durée. Ses débuts coïncidèrent avec l’apparition du Mahdî au Maghreb, en l’année 296 (908) ; elle prit fin en l’année 567 (1171).

Peu s’en est fallu que cette dynastie n’ait exercé un empire universel et que les peuples ne se soient trouvés sous sa domination.

C’est à elle que le chérif Rida al-Moûsâwî[199] (qu’Allah sanctifie son âme !) fait allusion dans les vers suivants :

Pourquoi resterai-je dans l’humiliation quand je possède une langue acérée et un nez fier;

Quand mon orgueil me fait planer bien loin de l’oppression, comme un oiseau sauvage plane dans les airs?

Pourquoi supporterai-je l’injustice dans le pays des ennemis, alors qu’à Misr règne le khalife ‘Alide (Fatimide).

Celui dont le père est mon père, dont le défenseur est mon défenseur, lorsque je suis opprimé par un ennemi, même le plus éloigné.

Notre origine à tous les deux se confond dans les deux seigneurs[200] de tout le genre humain, Muhammad et ‘Ali.

Vivre abaissé dans ce pays-là est pour moi encore un honneur, et y souffrir de la soif m’est aussi doux que l’eau en abondance.

Fatimide, Omeyyades et Abbassides
Fatimide, Omeyyades et Abbassides

DÉBUTS DE LA DYNASTIE FATIMIDE.

— Le premier khalife de cette dynastie est Mahdî billah, qui se nommait Abou Muhammad ‘Oubeïd Allah, fils d’Ahmad, fils d’Ismâ’îl, le troisième du nom, fils d’Ahmad, fils d’Ismâ’îl, le deuxième du nom, fils de Muhammad, fils de Ismâ’îl al-A’radj le boiteux), fils de Djafar as-Sâdiq (sur eux soit le salut !).

Leur généalogie a été quelquefois rapportée d’une autre manière. Elle est l’objet d’un grand désaccord, mais ce qui est certain, c’est qu’ils sont ‘Alides, descendants d’Ismâ’îl, d’une origine incontestable.[201] Cette généalogie, que j’ai citée ici, est celle qui a le plus de crédit; elle porte les signatures des maîtres des généalogistes.

Mahdî était un des hommes marquants des Benou Hâchim, à son époque. Il naquit, dit-on, à Bagdad en l’année 260 (873).

Selon d’autres, il naquit à Salamya,[202] puis arriva à Misr, déguisé en marchand. Il agit ouvertement au Maghreb et appela les gens à lui. On inclina vers lui et beaucoup de monde le suivirent.

On le salua du titre de khalife. Sa puissance s’accrut et sa situation devint considérable.

Il se retira ensuite vers la région de Qairouwân, et bâtit une ville qu’il nomma Mahdiyya.[203] Il s’y fixa et se rendit maître d’Ifriqiya, du pays du Maghreb et de toutes ces régions.

Il s’empara ensuite d’Alexandrie, en perçut le kharâdj, de même que celui d’une partie du Sa’id (Haute-Egypte), et mourut en l’année 322 (= 933).[204] Ensuite ses successeurs se transmirent le khalifat, l’un après l’autre, jusqu’à ce que le tour arrivât à ‘Adid,[205] le dernier khalife fatimide, et qui s’appelait Abou Muhammad ‘Abd Allah, fils de l’Emir Yousouf, fils d’Hâfidh lidin Allah.

Les soldats ayyoubides  de Salahudin dans une statue en Egypte
Les soldats ayyoubides de Salahudin dans une statue en Egypte

FIN DE LA DYNASTIE FATIMIDE

‘Adid reçut le serment d’investiture en l’année 555 (1160), étant encore enfant.

Les émirs et les vizirs s’occupèrent alors de l’administration de son empire, jusqu’à ce que Asad ad-Dîn Chîrkoûh,[206] oncle de Salah ad-Din (Saladin, Yousouf, fils d’Ayyoub, se dirigea vers l’Egypte, à cause du désordre qui s’est révélé dans l’état de l’empire, par suite du jeune âge du khalife et de la divergence d’opinions de ses vizirs et de ses émirs.

Salah ad-Dîn se mit en marche à contrecœur avec son oncle Asad ad-Dîn Chîrkoûh. Mais celui-ci ne dura pas longtemps et mourut.[207] Salah ad-Dîn s’empara alors du royaume.

‘Adid le prit comme vizir et le revêtit des insignes du vizirat en l’année 564 (1168 de J.-C). Salah ad-Dîn,[208] se rendit maître du pouvoir, et sa famille l’ayant rejoint, il leur donna les plus beaux fiefs.

Il écarta les partisans d’Adid et garda seul le pouvoir ‘Adid tomba malade, et ses maladies furent bien longues; puis il mourut en 567 (1171 de J.-C). Les gens s’abstinrent de désigner celui qu’on proclamerait khalife sur les minbars (chairs).

Lorsqu’arriva le vendredi, un homme persan gravit le minbar, fit la khotba (prône) et mentionna le khalife abbasside Moustadî. Personne ne protesta contre lui, et l’on continua, à Misr, à faire la khotba (prône) au nom des ‘Abbâsides.

La dynastie des Fâtimides s’éteignit dans ce pays, et Salah ad-Dîn Yousouf, fils d’’Ayyoub, devint le souverain indépendant de l’Egypte, sans compétiteur. Il mit en prison ceux des proches d’’Adid qui s’étaient tenus à l’écart et fit main basse sur les trésors et les richesses, au nombre desquelles se trouvait « la montagne de jacinthe », dont le poids était de 16 mithkals. « Je l’ai vue, dit l’historien Ibn al-Athir, et je l’ai pesée. »

De ce nombre était encore un manche de couteau en émeraude, d’une longueur de quatre doigts sur une largeur d’une phalange.[209]

On trouva aussi un tambour près de l’endroit où restait ‘Adid, et l’on crut qu’il a été fabriqué comme objet d’amusement. On railla alors ‘Adid ; mais un individu ayant joué de l’instrument, se mit à péter. Puis un autre individu joua de l’instrument, et il lui arriva la même chose qu’au premier. En sorte que quiconque battait du tambour se mettait à péter.

L’un d’eux le jeta alors de sa main et le brisa. Et l’on trouva que le tambour avait été fait pour « soulager » de la colique. On se repentit alors de l’avoir brisé.

Ces événements se passèrent sous le règne du khalife ‘abbâside Moustadî.

Les bonnes nouvelles annonçant la conquête de l’Egypte et la célébration de la khotba en son nom dans ce pays parvinrent au khalife.

Il manifesta publiquement sa joie, à Bagdad, et les poètes le complimentèrent. Moustadî adressa à Salah ad-Dîn le diplôme d’investiture du sultanat avec pleins pouvoirs et délégation générale.[210]

Gloire à celui qui donne le pouvoir à. qui il veut, et qui l’enlève à qui il lui plaît[211] !

Revenons à la fin du khalifat Abbasside de Mouqtadir.

Mouqtadir fut destitué et ‘Abd Allah, fils de Mou’tazz,[212] reçut le serment d’investiture. Celui-ci demeura un seul jour khalife ; Mouqtadir l’emporta sur lui et, l’ayant pris, le tua. ‘Abd Allah, fils de Mou’tazz, ne fut pas compté au nombre des khalifes, à raison du peu de temps pendant lequel il fut investi du pouvoir.

Il y eut entre Mouqtadir et Mounis al-Mouzaffar,[213] l’émir des troupes, une dispute, qui amena une guerre, dans laquelle Mouqtadir fut tué.

Sa tête fut tranchée et portée devant Mou’nis al-Mouzaffar, et son cadavre demeura gisant sur le haut de la route.

On raconte qu’un homme, marchand de fagots d’épines, passant auprès de lui, vit sa nudité à découvert et jeta alors sur lui un fagot d’épines dont il le couvrit.

Cet événement eut lieu en l’année 320[214] (932 de J.-C).

Reproduction du Médaillon représentant le calife abbasside al-Muqtadir
Reproduction du Médaillon représentant le calife abbasside al-Muqtadir

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOUQTADIR

Lorsque Mouqtadir s’assit sur le trône du khalifat, il maintint ‘Abbas, fils de Hasan, le vizir de son frère Mouktafî, dans son vizirat.

Lorsqu’Abbâs, fils de Hasan, fut tué et que la guerre eut lieu entre Mouqtadir et ‘Abd Allah, fils de Mou’tazz, Mouqtadir triomphant fit venir Ibn al-Fourât et l’investit du vizirat.

VIZIRAT D’IBN AL-FOURAT.[215]

La famille de ce vizir, dit Souli, est originaire de Sarifîn,[216] dans la province de Doudjail.

Les Benou-l-Fourât étaient du nombre des hommes les plus distingués, par le mérite, la générosité, la capacité, le respect de la parole donnée, la grandeur d’âme. »

Abou-l-Hasan Ali, fils d’al-Fourât, dont il est ici question, était un homme des plus distingués, des plus éminents par la noblesse du caractère et la générosité. Son époque fut une série de fêtes pour le peuple.

Lorsque Mouqtadir fut victime de la révolution et destitué, tandis qu’Ibn al-Mou’tazz recevait le serment d’investiture, dès qu’il triompha de son adversaire et qu’il se fut affermi dans son khalifat, il envoya un message à Abou-l-Hasan ‘Ali, fils d’al-Fourât, le fit venir, l’investit du vizirat et lui en remit les insignes.

Ce vizir s’occupa alors d’apaiser la guerre civile, de la meilleure façon, mit l’ordre dans le gouvernement en un seul jour, posa les principes fondamentaux, se concilia la population et ne passa point cette nuit que tout était rentré dans l’ordre en faveur de Mouqtadir, dont l’empire se trouvait en parfait état.

C’est à ce sujet qu’un poète du règne de Mouqtadir dit :

Tu as mis, en une heure, l’ordre dans un empire, qui aurait périclité, entre les mains d’un autre que toi, pendant des mois.

Ibn al-Fourât fut investi du vizirat à trois reprises, et au service de Mouqtadir.

Quand Ibn al-Fourât, dit-on, prenait possession du vizirat, la chandelle, la neige et le papier augmentaient de prix, à cause du grand usage qui en était fait à cette occasion.

En effet, aucune personne, quelle qu’elle fût, ne buvait chez le vizir, pendant les trois saisons,[217] si ce n’est de l’eau glacée.[218]

De même personne ne sortait de chez le vizir, après le coucher du soleil, sans être précédé d’une grande chandelle fine, qu’il s’agît d’un jeune ou d’une grande personne.

Enfin, il y avait dans la maison du vizir un cabinet, connu sous le nom de « cabinet du papier », où toute personne qui entrait chez le vizir et avait besoin de papier prenait ce qui lui était nécessaire.

On a raconté, au sujet de ce vizir, qu’il aurait dit :

« Je n’ai jamais vu, à ma porte, une personne ayant besoin de quelque chose, sans que ma préoccupation de lui faire du bien fût plus forte que la sienne. »

Avant d’être investi du vizirat, il avait coutume de mettre à la disposition de ses compagnons et de ses commensaux, des coussins sur lesquels ils s’appuyaient. Lorsqu’il fut investi du vizirat, les valets de chambre n’apportèrent pas ces coussins aux commensaux et aux compagnons.

Le vizir désapprouva leur conduite et ordonna d’apporter les coussins. Il ajouta :

« Allah ne me verra pas m’élever en dignité par rabaissement du rang de mes amis. »

Lorsqu’eut lieu la révolte d’Ibn al-Mou’tazz et que, ayant triomphé, Mouqtadir eut investi du vizirat Abou-l-Hasan, fils d’al-Fourât, on présenta au vizir des placets émanant de quelques-uns des grands de l’Empire, indiquant leur sympathie pour Ibn al-Mou’tazz et leur éloignement d’al-Mouqtadir.

Un des assistants conseilla au vizir d’ouvrir ces placets et d’en prendre connaissance afin de savoir distinguer, par ce moyen, l’ennemi de l’ami. Mais Ibn al-Fourât ordonna d’apporter un brasero contenant du feu, et quand on l’apporta, il y mit ces placets en présence des assistants, sans en lire quoi que ce soit.

Il dit ensuite aux assistants :

« Ces papiers émanent des grands de l’Empire; si nous en avions pris connaissance, nos dispositions à l’égard de ceux qui les ont écrits se seraient altérées, de même que leurs intentions à notre égard. Et alors, si nous les punissons, nous ferons périr des hommes utiles au gouvernement, et il en résultera une très grande faiblesse pour le royaume. Si, au contraire, nous les laissons tranquilles, nous les aurons laissés, alors que, de chaque côté, les intentions se sont altérées, de sorte que nous ne pourrons plus nous servir d’eux. »

Ibn al-Fourât ne cessa pas de revenir au vizirat jusqu’à la troisième fois, où il fut pris et mis à mort, et cela en l’année 312 (924 de J.-C).

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VIZIRAT D’AL-KHAQANI

Il s’appelait Abou ‘Ali Muhammad, fils d’Oubeïd Allah, fils de Yahya fils de Khâkân.[219]

Lorsque Mouqtadir arrêta Ibn al-Fourât, lors de son premier vizirat,[220] il fit venir Al-Khaqani, qui craignait Ibn al-Fourât, le rassura, le prit comme vizir et lui remit les insignes du vizirat.

Al-Khaqani était d’une conduite et d’une administration déplorables. Il abusait des nominations et des destitutions.

Il nomma, dit-on, en un seul jour, dix-neuf gouverneurs pour la ville de Koûfa, et reçut de chacun d’eux un cadeau.

Ils se mirent en route l’un après l’autre, jusqu’à ce que, s’étant réunis à un point de la route, ils se dirent :

« Comment allons-nous faire ? »

L’un d’eux dit :

« Si vous voulez agir selon l’équité, il convient que seul se rende à Koûfa le dernier d’entre nous qui a vu le vizir. C’est lui dont l’investiture est valable, car personne n’est venu après lui. »

Ils se mirent alors d’accord là-dessus, et l’homme qui était arrivé le dernier se dirigea vers Koûfa, tandis que les autres revinrent trouver le vizir, qui les répartit dans un certain nombre de fonctions.

Les poètes composèrent contre lui des épigrammes. Voici ce qu’on a dit contre lui, entre autres choses :

Depuis que tu es arrivé au pouvoir, les bureaux se lamentent et les recettes du kharâdj sont atteintes d’une longue maladie.[221]

Lorsque les graves affaires te visitent, elles sont reçues par ton sot[222] jugement et ta pauvre intelligence.

Si vous[223] avez pu engraisser par la perfidie et l’injustice, rappelez-vous que la hauteur[224] s’accompagne d’un corps maigre.

Voici ce qu’on a dit encore contre lui :

C’est un vizir qui ne se lasse pas d’être impudent : il nomme à une fonction, puis en destitue une heure après.

Il rapproche celui dont il a reçu de l’argent et éloigne celui qui l’implore au nom de l’intercession du Prophète.[225]

Lorsque les porteurs de cadeaux corrupteurs arrivent auprès de lui, le plus considéré parmi eux est celui dont le cadeau est le plus riche.

Mouqtadir le fit arrêter et mettre en prison,[226] et investit du vizirat ‘Ali, fils d’Isa, fils de Djarrâh.[227]

Fragment d'une plaque de marbre portant une rare 1200 ans d'âge inscription arabe Inscription des pièces portant calife abbasside Al-Muqtadir d'une inscription arabe depuis le début de la dixième siècle de notre ère a été découvert à Jérusalem le 17 février 2010.  Photo de Clara Amit, avec la permission de l'Autorité des Antiquités d'Israël
Fragment d’une plaque de l’an 910 de marbre portant une inscription très rare au nom du calife Abbasside al-Muqtadir (908-938),  découverte à Jérusalem (al-Quds)  le 17 février 2010.
sources : google

VIZIRAT D’ALI, FILS D’ISA, AU SERVICE DE MOUQTADIR

‘Ali, fils d’Isa, était un maître comme homme d’État. C’était un homme supérieur, religieux, scrupuleux, menant une vie d’austérité et d’abstinence.

Je ne sache pas, a dit Souli, que les Abbâsides aient eu un vizir qui ressemblât à Ali, fils d’Isa, quant à son abstinence, sa chasteté, sa connaissance par cœur du Coran, sa science du sens intime de ce livre, son habileté comme écrivain et comme calculateur, ni qui ait fait autant d’aumônes et d’œuvres charitables que lui. »

Le revenu qu’’Ali, fils d’Isa retirait, chaque année, de ses domaines ruraux était, dit-on, de plus de 80.000 dinars, dont il dépensait la moitié au profit des pauvres et des indigents, et l’autre moitié pour lui, sa famille et ceux qui lui étaient attachés.

Il s’occupa activement des affaires du vizirat, mit de l’ordre dans les bureaux et la comptabilité, et en établit les règles fondamentales. Son époque fut la meilleure époque d’un vizir.

Le plus grave défaut, dit-on, qu’on ait eu à reprocher, à ‘Ali fils d’Isa, c’est qu’on disait de lui qu’il considérait trop les détails des affaires, en sorte que, souvent, ils lui firent perdre la vue de l’ensemble.

Lorsqu’il fut investi du vizirat, ses aumônes et ses œuvres charitables se répandirent partout.

Il constitua en waqf (fondations pieuses) plusieurs immeubles, faisant partie des domaines du Sultan, et créa spécialement pour eux un bureau, qu’il appela « Bureau des œuvres pies », dont il destina les revenus à l’entretien des places frontières et aux deux villes saintes et nobles.[228]

Il tenait audience pour redresser les griefs depuis l’aube jusqu’à l’heure du ‘asr.[229]

Il se borna à la nourriture la plus frugale et au vêtement le plus grossier.

Il fut investi du vizirat, au service de Mouqtadir, à diverses reprises. Lui et Abou-l-Hasan ‘Ali, fils d’al-Fourât, se succédaient à tour de rôle au vizirat, tantôt celui-ci, tantôt celui-là.[230]

Dinar o al-Muqtadir with Abu'l-Abbas et du vizir Amid al-Dawla

VIZIRAT DE HAMID, FILS D’ABBAS

Hamid s’était toujours occupé de l’administration financière du Sawâd ; il n’avait aucune expérience de la comptabilité financière de la capitale. Il était généreux, très charitable, magnifique, d’un commerce agréable, maître de lui, très galant homme.

Il était, par contre, d’un cœur dur pour extorquer l’argent, peu persévérant, prompt à perdre patience et à s’emporter, mais sa générosité faisait passer tout cela inaperçu.

On a raconté à son sujet qu’il entra une fois au palais de Mouqtadir, et l’un des courtisans du khalife lui ayant demandé de l’orge pour ses montures, le vizir prit l’encrier et lui signa un bon pour 100 kourr.[231]

Alors, un autre courtisan lui dit :

« Moi aussi, j’ai besoin d’orge pour mes montures. »

Et le vizir de lui signer un bon de 100 kourr. Les courtisans du khalife ne cessèrent pas de lui demander l’un après l’autre, et lui de signer, jusqu’à ce qu’il eut distribué 1.000 kourr en une heure. Aussi, lorsque Mouqtadir connut le peu d’intelligence de Hamid et son manque d’expérience des affaires du vizirat, il fit sortir, pour lui, de la prison Ali, fils d’Isa, fils d’al-Djarrâh et le lui adjoignit, en faisant de lui une espèce d’assesseur du vizir.[232]

En sorte qu’Ali fils d’Isa, par suite de son expérience, était le principal; tout ce qu’il concluait se réalisait, et tout ce qu’il dénouait cessait d’avoir aucune force.

Nominalement, le vizirat appartenait à Hamid et, effectivement, à Ali, fils d’’Isa, au point qu’un poète a dit :

Dis au fils d’Isa une parole qu’accepterait Ibn Moudjahid[233] lui-même :

« C’est toi qui es le vizir; et l’on s’est simplement moqué de la barbe de Hamid.

« On l’a placé auprès de lui pour cacher [son incapacité] et pour remédier à une chose en mauvais état.

« Si tu en doutes, demande-lui combien un et un font-ils. »

Hamid portait le vêtement noir[234] et s’asseyait sur le coussin du vizirat, tandis qu’Ali, fils d’Isa, s’asseyait devant lui comme un assesseur, sans porter de vêtement noir ni rien du costume des vizirs ; mais, en réalité, c’était lui le vizir. C’est ce qui a fait dire à un poète[235] :

Plus étonnant que tout ce que nous avons vu est la présence de deux vizirs dans une même ville.

Celui-ci est un costume noir sans vizir, et celui-là est un vizir sans costume noir.[236]

Hamid fut ensuite destitué, et Mouqtadir prit comme vizir, après lui, Ali, fils d’al-Fourât, auquel il remit l’ancien vizir. ‘Ali, fils d’al-Fourât, le tua secrètement.[237]

VIZIRAT D’ABOU-L-QASIM OUBEÏD ALLAH, FILS DE MUHAMMAD, FILS D’OUBEÏD ALLAH, FILS DE YAHYA, FILS DE KHÂKÂN

Son vizirat ne fut pas long, et il n’eut pas une histoire méritant d’être relatée, ni mise par écrit. Les événements ayant été plus forts que lui, il fut contraint de payer une certaine somme, puis destitué. Il mourut en l’année 312 (924).[238]

1 2 3 4
1) Cavalier Samanide au 10eme siècle 
2) Cavalier Buyyid au 10eme siècle 
3) Fatassain Dalaymi au 10eme siècle 
4)Garde Ghaznévide au 11eme siècle  (osprey)

VIZIRAT D’ABOU-L-‘ABBAS AHMAD, FILS D’OUBEÏD ALLAH, FILS D’AHMAD, FILS D’AL-KHASIB, AU SERVICE DE MOUQTADIR

Ce vizir[239] avait une bonne culture intellectuelle ; il était d’une intelligence supérieure, bon calligraphe, éloquent, et citait de jolies anecdotes et de jolis vers.

La cause de son arrivée au pouvoir fut une circonstance tout extraordinaire, dont voici le récit.

Abou-l-‘Abbas susnommé faisait la cour aux amis de Mouqtadir, leur témoignait de l’affection et leur faisait des cadeaux. De leur côté, ils l’aimaient, le protégeaient toujours et faisaient son éloge auprès de Mouqtadir. Or, il arriva qu’une calamité s’étant produite dans une certaine région, Mouqtadir équipa une armée et l’envoya, sous les ordres d’un de ses émirs, vers cette région.

Depuis, Mouqtadir attendait impatiemment les nouvelles de cette armée. Ibn al-Khasib envoya alors des pigeons voyageurs avec un de ses hommes de confiance, accompagnant l’armée.

Il dit à son homme :

« Lâche, chaque jour, des pigeons portant les nouvelles, heure par heure. »

Aussi, les nouvelles arrivaient-elles, par les pigeons, vers Ahmad, fils d’Oubeïd Allah, fils d’al-Khasib, qui les présentait à Mouqtadir, une heure après l’autre, au point que rien de ce qui touchait l’armée ne passait ignoré de Mouqtadir.

Celui-ci en fut émerveillé et dit :

« D’où Ahmad, fils d’al-Khasib, sait-il les nouvelles de cette armée ? »

On le mit alors au courant de la manière dont la chose s’était passée, et on lui dit :

« Celui dont le souci va jusqu’à faire une pareille chose, alors qu’il n’a aucun intérêt engagé dans cette affaire, quelle activité et quels efforts ne déploierait-il pas, s’il était vizir? »

C’est alors que Mouqtadir l’investit du vizirat.

Abou-l-Abbâs Ahmad, fils d’Oubeïd Allah, fils d’al-Khasib, était chaste, s’abstenait scrupuleusement des deniers du Sultan et des sujets, évitait la déloyauté et observait rigoureusement la bonne foi. Son autorité s’affaiblit par la suite, et il perdit les bonnes grâces de la douairière, la mère de Mouqtadir, dont il était le secrétaire avant d’être vizir. Il fut alors destitué, et ses biens confisqués, et cela en l’année 314[240] (926 de J.-C).

Califes de la dynastie des Abbassides. Enluminure extraite d'un manuscrit du XVIe siècle. (Musée de Topkapi, Istanbul.)
Califes de la dynastie des Abbassides. Enluminure extraite d’un manuscrit du XVIe siècle. (Musée de Topkapi, Istanbul.)

 

 

VIZIRAT D’ABOU ALI MUHAMMAD IBN MOUQLA, AU SERVICE DE MOUQTADIR[241]

Ce vizir est l’auteur de la belle écriture bien connue, et dont la beauté est devenue proverbiale. C’est lui qui, le premier, inventa cette écriture et l’emprunta au système koûfique pour en faire le système actuel.[242] Il fut ensuite suivi par Ibn al-Bawwâb.[243]

Au début, il travaillait dans un des bureaux administratifs, moyennant six dinars par mois. Ensuite, il s’attacha à Abou-l-Hasan ‘Ali, fils d’al-Fourât, le vizir, et devint son intime. Or Ibn al-Fourât était comparable à la mer en bienfaisance, et en générosité. Il éleva donc son rang et améliora sa position.

Ibn Mouqla demeura alors à son service, lui présentant des placets ayant trait à des affaires importantes intéressant la population, et tirant lui-même profit de ce chef. Ibn al-Fourât lui ordonnait de percevoir des taxes de ce côté, dans le désir de le faire gagner.

Il ne cessa pas d’être ainsi jusqu’à ce que sa situation s’élevât et que sa fortune augmentât. Lorsqu’Ibn al-Fourât fut investi du vizirat la seconde fois, Ibn Mouqla prit pied solidement dans son administration, sa position s’éleva et son influence grandit. Satan jeta ensuite la discorde entre lui et Abou-l-Hasan Ali, fils d’al-Fourât, et chacun d’eux devint méfiant à l’égard de l’autre.

Ibn Mouqla renia le bien que lui avait fait Ibn al-Fourât, et entra dans l’ensemble de ses ennemis et de ceux qui intriguaient contre lui, jusqu’à ce que la disgrâce eût atteint Ibn al-Fourât. Aussi, lorsqu’Ibn al-Fourât revint au vizirat, il fit arrêter Ibn Mouqla et le contraignit au paiement de 100.000 dinars, que sa femme, qui était très riche, paya pour lui. Ibn Mouqla était un écrivain très habile, versé dans le style protocolaire.

Ses réponses aux placets n’étaient pas mauvaises dans leur genre. Il est aussi l’auteur de poésies, dont voici un distique :

Le sort m’a mis à l’épreuve de ses revirements : mais je n’ai point faibli devant ces changements.

Je me suis habitué à ses deux jours;[244] que de fois l’on se fait à une chose à laquelle on n’était pas habitué !

Abou[245] ‘Abd Allah Ahmad, fils d’Ismâ’îl, qui est connu sous le nom de Zandji, secrétaire d’Ibn al-Fourât, a raconté :

« Lorsqu’Ibn Mouqla fut disgracié et mis en prison, je n’entrai point auprès de lui dans sa prison; je ne lui écrivis point, et ne lui témoignai aucune compassion pour sa douleur malgré l’affection et l’amitié sincère qui existaient entre nous deux, par crainte d’Ibn al-Fourât. Puis, son épreuve s’étant prolongée, il m’écrivit un billet contenant les vers suivants :

Est-ce que les lettres ont été défendues entre les amis ? Explique-moi. Ou bien est-ce le papier qui est devenu trop cher ?

Quel mal y aurait-il eu, si tu nous avais demandé comment nous nous portions, alors que nous avons été surpris par un malheur, et quel malheur !

Ton vrai ami est celui qui a des égards pour toi dans toute adversité, car, quand tu es dans l’abondance, tu vois tout le monde t’entourer d’égards.

Suppose même que tu sois mon ennemi et non mon ami, eh bien, j’ai vu les ennemis compatir à leurs ennemis.

De sa poésie, sont encore les deux vers suivants, qu’il a adressés à son fils, qui était tombé malade :

Que ton Seigneur t’accorde bonne santé et salut, et qu’il te préserve, en m’exposant à ta place, des coups du sort?

On m’a annoncé ta maladie, tandis que j’avais mon verre en main, je le mélangeai[246] alors de mes larmes, à la place de l’eau.

Les deux vers suivants sont également de lui[247]:

Je ne suis point humilié lorsque le sort me frappe, ni fier lorsqu’il m’est favorable.

Je suis un feu qui prend l’envieux à l’endroit où monte sa respiration, une eau coulante avec les amis.

Mouqtadir prit Ibn Mouqla comme vizir et le revêtit des insignes du vizirat, en l’année 316 (928).[248] Il se chargea seul du fardeau du vizirat, tant pour les ordres que pour les défenses, et il donna, pour en être investi, une somme de 500.000 dinars. Il fut ensuite destitué et arrêté, puis rappelé au pouvoir.

Et il ne cessa pas d’être ballotté par le sort jusqu’au moment où Radi l’investit du vizirat. Puis, de graves événements[249] se produisirent, qui amenèrent Radi à l’emprisonner dans sa maison et à le mettre à l’étroit. Ses ennemis le calomnièrent auprès de Radi, auquel ils firent appréhender la méchanceté d’Ibn Mouqla.

Alors, Radi l’amputa de la main droite. Ibn Mouqla demeura dans la prison pendant un certain temps, ayant la main amputée.

Il se lamentait sur le sort de sa main et disait :

« Une main avec laquelle j’ai écrit tant d’exemplaires du Coran et tant de hadiths (traditions) parmi les hadiths du Prophète (puisse Allah répandre ses faveurs sur lui et sa famille, et leur accorder le salut!), avec laquelle j’ai répondu aux requêtes de l’orient et de l’occident de la terre, serait donc coupée comme sont coupées les mains des voleurs[250] ! »

Voici quelques-uns de ses vers, dans lesquels il fait allusion à l’amputation de sa main :

Je ne suis pas lassé de la vie, mais j’ai eu confiance dans leurs[251] serments, et ma main droite[252] s’est alors séparée de moi.

Je fis ensuite de mon mieux, dans la mesure de mes forces, pour préserver leurs vies ; mais eux ne m’ont pas préservé.

Il n’y a aucun plaisir à vivre après la disparition de sa main droite : ô ma vie ! ma main droite m’a quitté, quitte-moi[253] !

C’est à ce sujet qu’un poète a dit :

Si on l’a amputé d’une de ses deux mains, parce qu’on redoute ses qalams (plumes) et non ses épées tranchantes.

On ne l’a pas privé[254] de son intelligence, qui, lorsqu’il lui fait décrire des moulinets, te fait voir la mort entre les luettes et les larynx.

Lorsque Radi coupa la main d’Ibn Mouqla, celui-ci écrivit avec la main gauche comme il écrivait avec la droite. Il attacha ensuite un qalam sur son bras[255] dont la poignée a été coupée et écrivit avec ; on ne put pas distinguer entre son écriture faite avant l’amputation de sa main et celle faite après.

Parmi les coïncidences extraordinaires, on a remarqué qu’Ibn Mouqla fut investi du vizirat à trois reprises, fit trois voyages,[256] et fut enterré trois fois.

Il fut enterré au palais du khalife, quand il fut mis à mort, et cela peu de temps après l’amputation de sa main.

Puis, les siens ayant demandé qu’il leur fût remis, on l’exhuma et on le leur remit ; ils l’enterrèrent à leur tour. Puis, sa femme l’ayant recherché, l’exhuma, puis l’enterra dans sa maison.[257]

Fragment d'un couvre chef connu comme Qalansuva Syrie, 11ème-12ème siècle ayyoubide/abbasside
Fragment d’un couvre chef connu sous le nom de : »Qalansuva » de  Syrie, 11ème-12ème siècle ayyoubide/abbasside

VIZIRAT D’ABOU-L-QASIM SOULAIMÂN, FILS DE HASAN, FILS DE MAKHLAD, AU SERVICE DE MOUQTADIR

Ce vizir[258] n’eut pas une histoire méritant d’être rappelée, ni d’être racontée. Il ne fut pas du nombre des hommes intelligents, et il n’a atteint ce qu’il a atteint que par l’effort et la chance.

Il entra, dit-on, une fois, auprès de Qasim, fils d’Oubeïd Allah, le vizir de Mou’tadid et de Mouktafî.

Le vizir lui fit bon accueil, se tourna vers lui et l’honora d’une manière qui dépasse ce qu’on fait d’ordinaire pour ses pareils. On en demanda la raison au vizir, qui répondit : « J’ai vu en songe comme si j’avais sur la tête une qalansuwa,[259] puis cet individu, l’ayant prise, la mit sur sa tête. Il n’y a pas de doute que ce jeune homme sera un jour investi du vizirat. »

Les événements confirmèrent ses paroles.

La conduite d’Ibn Makhlad, durant son vizirat, ne fut pas digne d’éloges.

Lorsque Mouqtadir destitua Ibn Mouqla, il demanda conseil à ‘Ali, fils d’Isa, fils de Djarrâh, au sujet de celui qu’il prendrait comme vizir.

Ibn Djarrâh lui conseilla[260] alors Ibn Makhlad, et Mouqtadir l’investit du vizirat en l’année 318 (930). Il le fit ensuite arrêter,[261] et confia le vizirat à Al-Kalwadzâni.[262]

Fragment d'un bol Abbasside en verre, décorée d'or et d'émail bleu entre deux couches de verre Syrie ou l'Iran; 10ème siècle
Fragment d’un bol Abbasside en verre, décorée d’or et d’émail bleu entre deux couches de verre
Syrie ou l’Iran; 10ème siècle

VIZIRAT D’ABOU-L-QASIM OUBEÏD ALLAH, FILS DE MUHAMMAD AL-KALWADZANI, AU SERVICE DE MOUQTADIR

Son vizirat ne fut pas long[263] et il ne put arriver à ses désirs.

Les confiscations se multiplièrent sous son administration. L’armée se révolta contre lui et les soldats l’insultèrent et lui lancèrent des pierres, alors qu’il était dans une barque. Il jura alors qu’il n’entrerait plus désormais dans la charge de vizir.

Il se retira dans sa maison et ferma sa porte. Son vizirat eut une durée de deux mois.

Bouteille Abbasside d'iraq ou Khorassan 9 ou 10 eme siècle
Bouteille Abbasside d’iraq ou Khorassan 9 ou 10 eme siècle

VIZIRAT DE HOUSAIN,[264] FILS DE QASIM, FILS DE OUBEÏD ALLAH, FILS DE SOULAIMÂN, FILS DE WAHB, AU SERVICE DE MOUQTADIR

On appelait ce vizir Abou-l-Djamal (le Père de la Beauté).

Il est, dit-on, celui des hommes dont les racines plongent le plus profondément dans le vizirat.

Lui-même était vizir de Mouqtadir; son père, Qasim vizir de Mou’tadid et de Mouktafi ; son aïeul, ‘Oubeïd Allah, vizir de Mou’tadid, et son bisaïeul, Soulaimân, fils de Wahb, vizir de Mouhtadî. C’est à ce sujet que le poète lui dit :

O vizir, fils de vizir, fils de vizir, fils de vizir!

Toute une série, comme des perles, lorsqu’elles sont enfilées dans un collier ornant les cous des belles.

Housain, fils de Qasim, n’était pas remarquable dans sa profession, et sa conduite, dans son vizirat, ne fut pas louée. Il ne se passa pas longtemps pour lui qu’il se montrât au-dessous de la tâche et que les événements furent plus forts que lui.

‘Oubeïd Allah, fils d’Abd Allah, fils de Tahir, le loua en ces termes :

Si je t’offre des vers, c’est que je suis moi-même fils d’une famille[265] à qui on offre des vers.

Mais je le vois d’une famille [plus noble que la mienne]. Or, il n’y a aucune honte pour l’homme à avoir des seigneurs.

Par contre, Djahza[266] lança contre lui l’épigramme suivante:

Lorsque dans une ville le vizir se nomme Abou-l-Djamal, et le mohtasib[267] Ad-Dâniyâlî,[268]

Laisse derrière toi cette ville, car, sous peu, tu y verras les jours transformés en nuits.

La gaîté est finie, disparue, et tout le reste annonce son prochain départ.

Lorsqu’apparurent clairement à Mouqtadir l’insuffisance et l’incapacité[269] du vizir, il le fit arrêter et le contraignit[270] par la torture à payer des sommes d’argent.

Il demeura ainsi jusqu’au règne de Radi et fut ensuite éloigné de l’Iraq. Puis, lorsqu’Ibn Mouqla fut investi du vizirat, il ordonna sa mise à mort, et dépêcha vers lui quelqu’un qui lui trancha la tête. Sa tête fut portée au palais du khalifat dans un panier en feuilles de palmier.

On plaça le panier dans le trésor, car c’était leur habitude en pareil cas.

On a raconté que lorsqu’eut lieu la guerre civile, à Bagdad, sous le règne de Mouttaqî, on sortit du trésor un panier contenant une main coupée et une tête coupée.

Sur la main était une étiquette collée, portant écrit :

« Cette main est la main d’Abou ‘Ali ibn Mouqla, et cette tête est la tête de Housain, fils de Qasim. Cette main est celle-là même qui a écrit l’ordre de trancher cette tête. »

Les gens en furent alors saisis d’étonnement.

VIZIRAT D’ABOU-L-FADL DJAFAR, FILS D’AL-FOURAT

Son vizirat ne fut pas long, et il n’eut pas une conduite que la tradition ait transmise. Mouqtadir fut tué, alors qu’il était encore son vizir. Il se tint alors caché.

FIN DU RÈGNE DE MOUQTADIR ET DE L’ADMINISTRATION DE SES VIZIRS.

notes du traducteur:

[179] Cf. les Prairies d’or. VIII, 248.

[180] Ibid.

[181] Cf. Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. de Paris, n° 1581, f. 38 v° l. 15).

[182] Sur cet hérétique, voy. Ibn Khallikan. Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 186 ; Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. de Paris, n° 1.581, f° 1 v°, 4 v°, 8 v°, et 37 r° ; L. Massignon, La Passion d’Al-Halladj et l’ordre des Hellâdjiyya (dans Mélanges Derenbourg, Paris, 1909, p. 811 et suiv.). M. Massignon travaille à une monographie sur Al-Halladj, où l’on trouvera réunis tous les passages des auteurs arabes qui ont trait à la question.

[183] Ce mystique était un des principaux élèves de Dzoû-n-Noun al-Misri, le fameux soufi  de l’Egypte, né en 200 ou 201 (= 815 ou 816 de J.-C.); il mourut en 273 ou 283 (= 886 ou 896), à Basra. Sa biographie est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât, notice 280 ; Khalil ibn Aibak as-Safadî, ms. de Paris, n° 2065, f° 113 r.

[184] Sur ce mystique, né dans l’Iraq, et mort en 297 (= 910), voy. C. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 199 ; Cl. Huart, Hist. de la Litt. Arabe, 269; Hammer, Litt. Gesch. der Araber, VII, 1243; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 143; enfin on trouve une intéressante biographie de ce mystique dans le manuscrit arabe de Paris, n° 2133, f° 149, v°. (Supplément à l’histoire de Bagdad, par Ibn ad-Doubaithi al-Wâsiti.)

[185] Comme les Soufis.

[186] Sur la description de ce vêtement, d’origine arabe, voy. Dozy, Dictionnaire détaillé des noms des vêtements arabes, pp. 177-181.

[187] Contrairement à la dourrâ’a, la qabâ’ est un vêtement persan. Voy sa description dans Dozy, op. cit., p. 352 et suiv.

[188] Ces vers sont donnés par Dzahabî, dans le Tarikh al-Islâm, ms. de Paris, n° 1581, f° 6 r°.

[189] Sur ce tapis circulaire destiné à recueillir le sang du supplicié, voy. Ibn Khallikan, trad. de Slane, IV, 203, note 4; Dozy, Supplément, II, 883, s. v.

[190] Pour le supplice.

[191] Sur ce vizir, voy. plus loin. Il fut nommé vizir en 306 (= 918). Cf. Les Prairies d’or, VIII, 273 et Tarikh al-islâm de Dzahabî, ms. de Paris, n° 1.581, f° 4 r° qui donne d’intéressants détails.

[192] Ces vers sont donnés par Dzahabî, manuscrit cité, f° 8 r°.

[193] Cette date est confirmée par Dzahabî, ms. cité, loc. laud.

[194] Il s’agit ici non pas du participe passif mais d’un nom propre, suivi d’un ethnique et qui n’a du participe passif que la forme. Ma’roûf était un dévot de Bagdad, où il accomplit, dit-on, de nombreux « miracles ». Son tombeau y est très vénéré (shirk) . Il est enterré au cimetière dit de Bâb ad-Dair (Porte du Couvent). Cf. Salmon, Introduction topographique à l’histoire de Bagdad, p. 168 et passim. Ma’roûf était d’origine chrétienne…. Mais il refusa d’accepter le dogme de la Trinité et même de prononcer seulement le chiffre trois. Finalement, il se convertit à l’islam et finit par y convertir ses parents. Cf. Ibn Khallikan, Wafayât, notice 789 ; Hammer-Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, III, 234.

[195] Cf. le récit d’Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 92-94.

[196] Cf. Massoudi, Prairies d’or, VII, 75 ; Ibn al-Athir, op. cit., VI, 310 ; il s’agit ici de son bisaïeul.

[197] En l’année 317. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon. VIII, 147.

[198] En dehors des Histoires générales, on peut consulter sur cette dynastie: John Nicholson, An Account of the establishment of the Fatimite dynastie in Afric, Tübingen and Bristol, 1840, in-8° ; F. Wüstenfeld, Geschichte der Fatimiden Chalifen ; de Goeje, Mémoire sur les Carmates du Bahreïn et sur les Fatimides, Leide, 2e édition, 1890; Paul Casanova, Les Derniers Fatimides, dans les mémoires publiés par les membres de la Mission archéologique française au Caire, t. VI, pp. 415-445); Makrizi, Kitab illi’âz al-hunafâ bi-akhbâr al-a imma al-Khulafâ, Fatimidengeschichte, édition Hugo Bunz, 1909.

[199] Sur ce poète, voy. ci-dessus. Sur la formule qui accompagne son nom, Ch. Clermont-Ganneau, Recueil d’archéologie orientale, VII, pp 200-201.

[200] Lisez le duel. Cette correction est d’ordre tout à fait paléographique. L’alif du duel disparaissant très souvent devant celui de l’article. D’ailleurs le ms. porte cette correction de la main de l’auteur.

[201] L’auteur, fervent ‘Alide, comme on le sait, ne veut pas discuter cette question, parce qu’il est très heureux de pouvoir citer une dynastie d’Alides, Cependant leur généalogie est très contestable, et la plupart des historiens arabes leur dénient toute parenté avec ‘Ali. Il en est même qui les déclarent d’origine juive ou mage. Voy. Soyoûti (Tarikh al-khoulâfa, éd. du Caire, p. 56), qui cite le qâdî Al-Bâqhâni. Voy. aussi Dzahabî, ms. cité, f° 105 r°.

[202] Salamias, ville située dans le territoire d’Emèse: Cf. les Prairies d’or, VI, 194 ; Ibn Khallikan, Wafayât, notice 365; Yakout, Mou’djâm, s. v. ; Ibn al-Athir, op. cit., VIII, p. 22.

[203] Ville bien connue de la Tunisie.

[204] Le 15 Rabi’ I. Cf. Dzahabî, Tarikh al-islâm, ms. cité, f° 104 r°, qui résume les opinions exprimées par la plupart des historiens ; voy. aussi la biographie spéciale qu’il lui consacre, op. cit., f° 118.

[205] Il régna de 555 (= 1160 à 567 = 1171). Cf. Stanley Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 71, et les historiens arabes cités aux notes précédentes.

[206] Les sources de renseignements sur Chîrkoûh sont nombreuses. Tous les historiens des croisades parlent de lui avec beaucoup de détails. En dehors de ces ouvrages auxquels nous renvoyons, on trouve sa biographie dans Ibn Khallikan, Wafayât, notice 297; dans Khallikan, Aibak as-Safadî (Al-Wâfi bil-Wafayât, ms. de Paris n° 2065, f° 182 v°.

[207] Au Caire en .564 (= 1168 de J.-C). Cf. notamment Ibn Khallikan, loc. cit.

[208] Voy., pour toute cette partie, la longue notice qu’Ibn Khallikan (Wafayât, n° 856 a consacrée à Salah ad-Din; Anou Châma. Kitab ar-Raudatain, édition du Caire : Bahâ Ad-Din ibn Chaddâd, Vie de Saladin ; Stanley Lane-Poole, The Life of Saladin : la collection des Historiens orientaux et occidentaux des Croisades, publiée par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, où une grande partie des documents arabes a été publiée et traduite. Cette note, d’ailleurs, n’a nullement la prétention d’être complète. Ce ne .sont que quelques indications ; la bibliographie est une filière, et il suffit d’entrouvrir la porte pour que tout de suite on puisse suivre les autres anneaux de la chaîne. Il est à peine besoin de dire que les histoires générales qui ont été composées à l’époque de Saladin ou après contiennent toutes des chapitres plus ou moins longs sur le règne de ce prince et les circonstances qui l’ont élevé jusqu’au trône.

[209] Cf. Ibn Khallikan, op. cit., notice 856, p. 48. Cet auteur dit que l’émeraude mesurait, en longueur, environ une poignée et demie, ce qui fait plus de quatre doigts. La citation d’Ibn al-Athir se trouve dans Chronicon, t. XI, p. 242.

[210] Termes empruntés à la langue juridique, au fiqh.

[211] Coran, III, 25.

[212] En dehors des traités d’histoire, voy. d’autres références sur ce khalife d’un jour dans Brockelmann, Geschichte der arabischen Litteratur, I, 81, et notamment la monographie de M. O. Loth, Ueber Leben und Werke des Abdallah ibn al Mu’tazz, Leipzig, 1882.

[213] Sur ce fameux eunuque, voy. Massoudi, Prairies d’or, VIII. 274 et suiv. et Index, p. 210; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 123 et suiv.

[214] Au mois de Chawwâl, le mercredi 27 (= 81 octobre 932). Cf. les Prairies d’or, VIII, pp. 248 et 274. Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. de Paris, n° 1581, f° 93, r° v° et surtout les folios 58 et 59, où cet événement est raconté avec de nombreux détails. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 178 et suiv.

[215] Sur ce vizir, voy. une intéressante notice dans Ibn Khallikan, Wafayât, n° 498. Sur ces disgrâces successives et finalement sa mort : Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 51 v° 52 r°. Les Prairies d’or ne donnent aucun détail sur ce grand vizir et se bornent à rappeler qu’il occupa trois fois le pouvoir. Cf. t. VIII, p. 273. Mais voyez, par contre, de nombreux détails dans Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, pp. 8, 47, 51, 72, 81, 101, 109.

[216] Deux bourgs portent ce nom, l’un dont il est question ci-dessus, situé près de Bagdad, l’autre près de Wasil. Cf. Soyoûti, Loubb al-Loubâb, p. 161; Yakout, Mou’djam, s. v.

[217] Printemps, été, automne.

[218] Cf. Ibn Khallikan, op. cit., notice 498, p. 95.

[219] La biographie de ce vizir est donnée, d’après Souli, par Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 66 v° et incidemment f° 52 r°. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 47 et suiv.

[220] Cette première disgrâce eut lieu en 299 (= 911 de .J.-C.). Cf. les Prairies d’or, VIII. 272 et Dzahabî, op. laud., f° 66 v° ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 47.

[221] Ibn al-Athir (Chronicon, VIII, p. 48) raconte, en effet, que ce vizir ne lisait jamais la correspondance qui arrivait au diwan et s’occupait médiocrement de la rentrée des impôts.

[222] Littéralement : maigre, chétif. Mais voyez, avec le sens que nous avons adopté, le mot chez Dozy, Supplément aux Dictionnaires arabes.

[223] L’auteur emploie indifféremment tantôt le singulier, tantôt le pluriel de la 2e personne : c’est un détail auquel on ne regarde pas trop en arabe.

[224] Il faut entendre ce mot au propre et au figuré.

[225] Ce vers manque dans Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 49.

[226] Le 10 mouharram 301 =17 août 913 de J.-C). Cf. Massoudi, les Prairies d’or, Vil, 272; Dzahabî, manuscrit cité, f° 66 v°, lignes 16-18. Il mourut en Rabi’ I 312 (= juin 924). Cf. Dzahabî, loc. cit. La biographie d’’Ali fils d’Isa est donnée par Dzahabî, à la date de sa mort (334 = 915 de J.-C.) ms. cité f° 173 r-v.

[227] Ce premier vizirat d’Ibn al-Djarrâh eut lieu le mardi 11 moharram 301 (= 18 août 913), le lendemain de la destitution d’Al-Khaqani. Cf. les Prairies d’or, VIII, 272, in fine. Mais selon Dzahabî, Tarikh al-Islâm, manuscrit cité, f° 66 v°, sa nomination eut lieu le jour même de la destitution de son successeur, c’est-à-dire le 10 moharram = 17 août 913. Il avait été mandé expressément de la Mecque où il se trouvait. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 51. D’après cet auteur, c’est l’eunuque Mounis qui décida de sa nomination. Quant au khalife, son intention était alors de rappeler Ibn al-Fourât.

[228] La Mecque et Médine.

[229] Entre 3 à 4 heures de l’après-midi, selon la saison. C’est à ce moment que s’accomplit la 3e prière de la journée, en quatre rak’a.

[230] C’est ici que se place le second vizirat d’Ibn al-Fourât, qui occupa cette deuxième fois le pouvoir le 8 Dzoû-l-hiddja 304 (= 1er juin 917), le jour même de la destitution de son prédécesseur. Il fut destitué lui-même environ deux ans après, en Djoumada I, 306 (= octobre 916). C’est alors que Hamid arriva au pouvoir. Cf. les Prairies d’or, VII, 273. Dzahabî, ms. cité, f° 3 v° et 4 r°; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII. 72-73 et 81-83.

[231] Mesure de capacité pour les matières sèches, en usage dans l’Iraq équivalente à six charges d’âne.

[232] Cf. les Prairies d’or, VIII, 273. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 83.

[233] Traditionniste célèbre par son exactitude scrupuleuse, mort vers 117 (= 735) Cf. Louis Cheikho S. I., Mâdjânî; VII, p. 659.

[234] Adopté par les ‘Abbasides. Voyez l’article du Dozy, Suppl. aux Dict. arabes, I, 699.

[235] Ces deux vers sont donnés par Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 61 v°, avec une variante. Le deuxième vers se trouve dans Ibn al-Athir, op. cit., VIII, p. 82.

[236] Ce vers est traduit d’une manière plus libre, dans Dozy, op. cit., I, 699.

[237] C’est le troisième vizirat d’Ibn al-Fourât, qui commença en Rabi’ Il 311 (= juillet 923). Cf. Ibn Khallikan, Wafayât, notice 498, p. 95. C’est le fils d’Ibn al-Fourât qui tua Hamid, ainsi que cela est raconté en détail par Dzahabî, Tarikh al-Islâm, manuscrit cité, f° 51 r° et surtout fos 61 r°-62 r°, où l’on trouve une intéressante notice sur Hamid, Voy. aussi Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, pp. 81 et 101 et suiv.

[238] D’après Dzahabî, ms. cité, f° 53 v° l. 16. Ibn Khâkân ne mourut pas à cette date, mais en Radjab 314 (= septembre 926). Depuis 313 (925) il était en prison, dans son domicile par ordre d’Ibn al-Khasib, son successeur. Sa biographie est donnée par Dzahabî, f° 72 v°. Il y est nommé ‘Abdallah. De même dans les Prairies d’or, VIII, 27, et Ibn al-Athir,Chronicon. VIII, 110 et suiv. et 116.

[239] Il fut appelé au vizirat en 313, après la destitution d’Al-Khaqani. qui fut remis entre ses mains et eut à souffrir de ses mauvais traitements. Cf. Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 52 v°, l. 2 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 116. Son grand-père a été également vizir de Mountasir. Cf. Massoudi, Prairies d’or, VII. 296-299, 302.

[240] Cf. Dzahabî, Tarikh al-Islâm, manuscrit cité, f° 52 v°, l. 14 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 119.

[241] Ce vizir ne succéda pas immédiatement à Ibn al-Khasib, mais après ‘Ali ibn ‘Isa, qui occupa une deuxième fois le vizirat, ainsi que cela est signalé d’un mot par Massoudi,Prairies d’or, VIII, 273 in fine, et par Dzahabî, op. laud., f° 52 v, l. 16. Ali ibn ‘Isa demanda lui-même à être relevé de ses fonctions en 316 (= 928 de J.-C). Dzahabî, op. cit., f° 54 v°, 1. 20-21. C’est alors qu’Ibn Mouqla arriva au pouvoir. Voy. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 119 et 133.

[242] Voy. sur cette question Philippe Berger, Histoire de l’écriture dans l’antiquité, p. 291.

[243] Ce célèbre calligraphe, mort en 413 de l’Hégire, est trop connu pour qu’il soit besoin de donner ici sa biographie. Voy. Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 468 ; Hammer Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, III, 470; V, 496.

[244] Celui du bonheur et celui du malheur.

[245] Cette anecdote est également racontée par Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 141 v, 1. 20 et suiv., d’après le même narrateur.

[246] Métonymie, où le contenant est pris pour le contenu.

[247] Ces deux vers sont données par Dzahabî, loc. cit.

[248] Cette date est confirmée par Ibn Khallikan, Wafayât, notice 708) et par Dzahabî (Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 141 v°-143 v). Cette dernière notice est tort intéressante. On trouve aussi une bonne notice sur ce malheureux vizir chez Ibn Al-Doubaithi († 637-1239 de J.-C.). Cf. Brockelmann, Gesch. der Arab. Litt., I, 330), Tarikh Bagdad, Supplément auTarikh d’Al-Khatib), manuscrit de Paris, n° 2133, f° 49 v°. Voy. aussi Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 234 et 208.

[249] Il avait intrigué contre Ibn Râ’iq, favori du khalife. Celui-ci feignit de se prêter aux agissements d’Ibn Mouqla, jusqu’au jour où il put l’arrêter au palais. C’est alors qu’Ibn Râ’iq demanda l’amputation de la main qui avait écrit sur lui tous les mauvais rapports dont il eut à souffrir. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 258.

[250] L’amputation de la main droite est la peine prononcée contre le vol, en droit musulman. Si cette main est paralysée ou privée de plusieurs doigts, on coupe le pied gauche ; à défaut de celui-ci, la main gauche et à défaut de celle-ci, le pied droit. Voy. notre traduction de Wunscharisi, dans Archives marocaines, XII, p. 292.

[251] Il fait probablement allusion aux faux amis qui l’ont trahi.

[252] Il est impossible de rendre en français le calembour entre les mots arabes.

[253] Entre le premier et le deuxième vers, Ibn Khallikan (loc. cit.) et Dzahabî (ibidem) intercalent le vers suivant : « J’ai sacrifié pour eux ma religion afin de jouir des plaisirs de ce monde, mais ils m’en ont privé après m’avoir fait perdre ma religion. »

[254] Littéralement : amputé.

[255] Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 258-259; Dzahabî, manuscrit cité, ibidem ; Ibn Khallikan, loc. cit.

[256] Deux fois à Chiraz, où il aurait été exilé par ordre du khalife et une troisième fois à Mossoul, durant son vizirat. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, 260.

[257] Ibn al-Athir (loc. cit.) ajoute une troisième particularité: Ibn Mouqla aurait eu trois serviteurs spécialement attachés à sa personne.

[258] Ce vizir arriva au pouvoir après la première disgrâce d’Ibn Mouqla, c’est-à-dire en 318, comme il est dit plus bas. Cf. Ibn Khallikan, op. cit., notice 708, p. 43 et Dzahabî, ms. cité, f° .57 r°, l. 19 et suiv. La biographie de cet auteur est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 2064, f° 167, r°. Ibn al-Athir,Chronicon, VIII, 159 ; Massoudi, Prairies d’or, VII, 245 ; VIII, 274, 309, 345.

[259] Bonnet haut en forme de pain de sucre que portaient les khalifes ‘Abbâsides, leurs vizirs et les qâdîs. Cf. Dozy, op. cit., II, p. 401.

[260] Ce détail est confirmé par Dzahabî (ms. cité, f. 57 r°), qui ajoute : « Ibn Makhlad ne tranchait aucune question sans en référer à ‘Ali, fils d’Isa ». Cf. aussi Ibn al-Athir,Chronicon, VIII, p. 161.

[261] En 319 (= 931 de J.-C.) Dzahabî, loc. cit.; Ibn al-Athir, op. cit., p. 166.

[262] C’est ainsi qu’il faut lire cet ethnique. Le texte arabe porte à tort un dhamma sur le lâm. Cf. Soyoûti, Loubb al-loubâb, éd. Weth, p. 224. Kalvâdzâ est en effet un petit village situé sur le Tigre, tout près de Bagdad. Cf. Yakout, Mou’djam, s. v. : Ibn Haukal, éd. de Goeje. p. 165.

[263] Il dura deux mois. Ce vizir avait été imposé à Mouqtadir par le fameux eunuque Mounis. Dès que les rapports de celui-ci avec le khalife s’altérèrent, Mouqtadir en profita pour se débarrasser du vizir. Cf. Dzahabî, manuscrit cité, f° 57 v°. Ce vizir fut destitué en 319 (= 931), loc. cit. ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, pp. 166 et 169.

[264] Déjà, au moment de la disgrâce d’Ibn Mouqla, le khalife Mouqtadir songea à confier le vizirat à Housain, fils de Qasim, mais l’eunuque Mounis, partisan d’Ibn Mouqla, chercha à faire rentrer celui-ci en grâce. Le khalife tint bon, mais on s’arrêta à une solution transactionnelle, chacun abandonna son candidat et l’on appela au vizirat Soulaimân, fils de Hasan, fils de Makhlad, dont la biographie a été donnée ci-dessus. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon. VIII, 161.

[265] C’est en effet un descendant de Tahir, le fameux général de Mamoun, qui fonda la dynastie des Tâhirides.

[266] Chanteur et poète, de la lignée des Barmékides. Voy. sur lui Hammer, Litt. gesch. der Arab., IV, 690 ; Kitab al-aghâni, V, 32, 161 ; IX, 66 ; Massoudi, Prairies d’or, VIII, 262-263. Djahza mourut en 324 ou 326 de l’Hégire (= 935 ou 937) à Wâsit. Cf. Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 54 ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 245.

[267] Le mohtasib est, comme on le sait, une espèce de préfet, chargé de la police des marchés et des rues. Voy. les renseignements que donnent sur ce fonctionnaire, A. von Kremer, Cultur Geschichte des Orients, et surtout Behnnauer, Journal asiatique de Paris, 1860, II, pp. 119-190, 347-392 et 1861, I, p. 176). On peut, je crois, rapprocher ce fonctionnaire de l’édile curule à Rome. Leurs fonctions paraissent identiques. Cf. Paul-Frédéric Girard, Manuel de droit romain, l’édition, p. 562 et suiv.

[268] Ce Dâniyâlî est un personnage tout à fait curieux, sur lequel je ne trouve de renseignements que dans Ibn al-Athir (Chronicon, VIII, p. 169 et suiv.). C’était un habile faussaire, qui parvint à une grande richesse en fabricant des documents soi-disant très anciens, où les faits les plus importants du khalifat étaient prévus. Il attribuait ces documents au prophète Daniel, d’où son nom de Dâniyâh. C’est par un faux de ce genre qu’il parvint à convaincre le khalife de la nécessité de confier le vizirat à Housain, fils de Qasim, l’homme prédestiné d’après un livre de prédictions de Daniel. Housain, une fois nommé vizir, n’oublia pas ses services et le nomma mohtasib.

[269] Mouqtadir avait pris ce vizir parce qu’il lui avait promis de verser annuellement une somme d’un million de dinars. Cf. Dzahabî, Tarikh al-Islâm, ms. cité, f° 57 v°.

[270] Cet événement eut lieu en 320 (— 931). Cf. Dzahabî, loc. cit., f° 58 r° ; Ibn al-Athir, Chronicon, VIII, p. 176.

Par al-Tiqtaqa du « Kitab al-Fakhri »  

(wikipedia) Abû al-Fadhl « al-Muqtadir bi-llah » Ja`far ben Ahmad al-Mu`tamid1, surnommé Al-Muqtadir2, est le deuxième fils d’Al-Mu`tadid. Il est né en 895. Il a succédé à son frère aîné Al-Muktafi comme calife abbasside le 14 août 908. Il est mort le 31 octobre 9323

À la fin de sa vie son frère et prédécesseur, Al-Muktafi, hésitait entre deux successeurs possibles : `Abd Allâh4 fils unique du calife Al-Mu`tazz ou son jeune frère Ja`far. Une discussion entre les oulémas a porté sur l’âge de la majorité pour devenir calife ; à quel âge est-on capable d’assumer cette charge ? Il fut décidé que l’âge requis était de treize ans ce qui rendait possible le choix de Ja`far comme successeur. Le vizir a appuyé le choix de Ja`far dans l’espoir d’accroitre son pouvoir. Ja`far a pris le surnom bien mal adapté d’Al-Muqtadir bi-llah (Puisant par la grâce de Dieu) car il s’est révélé plutôt faible.

Son règne de vingt-cinq ans va compter le nombre record de treize vizirs successifs. L’un suivant la chute ou le meurtre du précédent, interdisant toute continuité politique.

Selon l’auteur musulman ar-Rashid, celui-ci possédait plus quatre mille eunuques slaves et trois mille eunuques noirs

Quelques semaines après son accession au pouvoir, le premier vizir était assassiné par une conspiration qui plaça son cousin et concurrent `Abd Allâh ben al-Mu`tazz sur le trône (908). Un émir turc, Mu’nis5, a soutenu le jeune souverain. Le prétendant et les conspirateurs ont été évincés. Il est devenu un des personnages les plus puissants de l’empire.

Ahmad ibn-al-'Abbas ibn Rashid ibn-Hammad ibn-Fadlan (Aḥmad ʿibn alʿAbbās ʿibn Rāsẖid ʿibn ḥammād ʿibn Fadlān أحمد ابن العباس ابن راشد ابن حماد ابن فضلان) fut un lettré d’origine arabe1 du Xe siècle qui a laissé un récit de ses voyages comme membre de l’ambassade du Calife de Bagdad au roi des Bulgares de la Volga.
Ahmad ibn-al-‘Abbas ibn Rashid ibn-Hammad ibn-Fadlan fut un lettré d’origine arabe du Xe siècle qui a laissé un récit de ses voyages comme membre de l’ambassade du Calife de Bagdad au roi des Bulgares de la Volga.

Armistice avec les Byzantins

La guerre avec les Byzantins durait depuis plusieurs années en Anatolie. Cette guerre provoquait de lourdes pertes, plus encore du côté des musulmans dont un grand nombre étaient faits prisonniers. L’empire byzantin était soumis aux attaques des Bulgares sur sa frontière Nord. Zoé Carbopsina veuve de Léon VI le Sage, régente et mère de l’empereur Constantin VII Porphyrogénète alors âgé de douze ans, envoie deux ambassadeurs à Bagdad. Ces ambassadeurs sont reçus avec munificence (917). Mu’nis est chargé par Al-Muqtadir d’offrir 120 000 pièces d’or pour le rachat des prisonniers.

Une ambassade fut envoyée chez les Bulgares installés au confluent de la Volga et de la Kama (921). Ibn Fadlân a fait partie de cette ambassade, comme secrétaire. Le but de l’ambassade était d’obtenir du roi des Bulgares un hommage au Calife, en échange de quoi il recevrait de l’argent pour la construction d’une forteresse.

Cette abdication devant les infidèles et des pertes similaires en Perse a provoqué la colère du peuple. Les désordres dans la capitale ont augmenté d’autant qu’on disait que le calife n’en avait cure et préférait passer son temps au milieu des musiciens et des danseuses. On a même lancé des pierres pendant la prière du vendredi sur l’imam lorsqu’il prononçait le nom du calife.

Map de la Jazira, base de la puissance de la dynastie arabe des Hamdanides (issue des bani taghlib)
Map de la Jazira, base de la puissance de la dynastie arabe des Hamdanides (issue des Banu Taghlib)

Désordres intérieurs

En 929, Al-Muqtadir a été de nouveau la victime d’un coup d’État. Les courtisans les plus influents l’ont forcé à abdiquer en faveur de son frère cadet Al-Qahir. Après des émeutes est la perte de centaines de vies. L’Hamdanide Abu al-Hayja a participé à cette tentative de coup d’État. Il est mort en défendant Al-Qahir. Mu’nis a remis Al-Muqtadir sur le trône pour la seconde fois.

En dépit de la rigueur des impôts, les caisses de l’empire étaient vides : on ne pouvait même pas payer la garde de la ville. Une bataille entre la cavalerie et l’infanterie se conclut par la destruction de l’infanterie. La majorité des fantassins ont été tués et les autres expulsés hors de la ville. La situation est devenue très mauvaise.

Mu’nis, en lutte contre les Vizirs, s’est retiré à Mossoul. Al-Muqtadir lui a demandé de revenir, ce qu’il a fait.

Mort d’Al-Muqtadir

Le calife, manipulé par les courtisans, a été convaincu que son fidèle soutien ne revenait que pour le destituer6, mais peut-être Mu’nis avait-il réellement changé de camp venant à Bagdad avec l’appui des Hamdanides qui avaient déjà soutenu Al-Qahir.

Al-Muqtadir a été sorti de son palais revêtu du manteau de Muhammad (ppaix et bénédiction d’ALLAH sur lui)  et portant l’épée Dhû’l-fiqâr et son sceptre, pour arrêter Mu’nis. Le calife a été tué hors des murs de la ville (932).

Hofuf, dans l'est de l'Arabie, (al-hassa,), Al-Hasa est sous le contrôle du chef Qarmatian, al-Jannabi, et est déclaré indépendant des Abbassides de Bagdad. La capitale est al-Mu'miniya (près de Hofuf moderne), ou la capitale de l'état Qarmate étais établis   Abu Tahir prise de possession personnelle de la Pierre Noire et de le ramener à Al-Hasa.
Hofuf, dans l’est de l’Arabie Saoudite, à al-Hassa, la région d’ Al-Hasa est sous le contrôle du chef Qarmate, Abu Tahir al-Jannabi dès 899 et ce déclare indépendant des Abbassides de Baghdad. Sa capitale est al-Mu’miniya (près de Hofuf), le chef Qarmate Abu Tahir al-Janabi  après la profanation de la Mecque et le vol  de la Pierre Noire, il  la ramena à Al-Hassa.  

Un empire diminué

Le long règne de ce médiocre calife a amené l’empire dans un état très délabré.

Abū Bakr Muḥammad Ibn Al-ḥasan Al-azdī Ibn Durayd (Bassora, 837/838-Bagdad, 933) après avoir fui la région d’Oman en 871 pour se mettre à l’abri des Zanj, s’est installé à Bagdad en 920. Le calife Al-Muqtadir lui a versé une pension. Il est l’auteur d’un dictionnaire et d’un recueil des racines étymologiques arabes et de poèmes.

Ibn Fadlân, au retour de l’ambassade auprès du roi des Bulgares de la Volga, consacre une partie non négligeable de son récit à la description d’un peuple qu’il nomme les Rūs (روس) identifiés par la majorité des érudits comme étant les Rus′ ou varègues, ce qui ferait de son récit un des premiers portraits des Vikings.

L’Afrique avait été perdue, l’Égypte presque. L’émirat Hamdanide de Mossoul a pris son indépendance. Les Byzantins pouvaient faire des incursions, sur une frontière délaissée. Dans l’Est de l’empire on continuait à reconnaître le califat au moins formellement. Les Qarmates se sont emparés de La Mecque, où ils ont massacré et pillé pendant 17 jours (929). La source Zamzam est comblée de cadavres, la pierre noire volée et emportée.

Notes

  1. arabe : abū al-Faḏl al-muqtadir bi-llāh jaʿfar ben ʾaḥmad al-muʿtamid,
    أبو الفضل « المقتدر بالله » جعفر بن أحمد المعتضد
  2. arabe : al-Muqtadir, المقتدر, puissant (par la grâce de Dieu)
  3. Ilya Gershevitch, William Bayne Fisher, Iḥsān Yāršātir, Richard Nelson Frye The Cambridge history of Iran : The Saljuq and Mongol periods, Volume 5 Cambridge University Press, 1968 (ISBN 978-0-521-20093-6)
  4. Abû al-`Abbâs « al-Murtadhâ » `Abd Allâh ben al-Mu`tazz,
    arabe : abū al-ʿabbās al-murtaḍā ʿabd allāh ben al-muʿtazz,
    أبو العباس « المرتضى » عبد الله بن المعتز
  5. Il y a deux homonymes commandants des armées Mu’nis al-Fahl (al-faḥl, الفحل, le viril) et Mu’nis al-Khasîy (arabe : al-ḫaṣīy, الخصي, l’émasculé ; l’eunuque), appelé aussi al-Khâdim (arabe : al-ḫādim, الخادم, le valet) ce dernier grâce à ses succès prendra le surnom d' »Al-Muzafar » (arabe : al-muẓafar, المظفر, le victorieux) . Peut-être n’était-il pas un eunuque, son surnom viendrait de ce qu’il ne portait pas la barbe, signe de la petite virilité « Islamic History: A new interpretation« .
  6. C’est la thèse développée dans  » The Caliphate, its rise, decline and fall », par William Muir [] Chapter LXXIII, Al-Muktadir Al-Kahir, and Ar-Radi
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