La conquête Omeyyade sous le calife Muawiya par le général Qutayba de Paykand, Bukhara, Nakhshab, Kish et Kharezm par al-Tabari traduit du persan d’ al-Balami

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Plan de l'ancienne  Samarcande
Plan de l’ancienne ville de  Samarcande

Le califat de Mu‘âwiya (660), la conquête Omeyyade par Qutayba de  Paykand, Bukhara, Nakhshab, Kish et Kharezm par al-Tabari traduit du persan d’ al-Balami  : 

Il envoya ‘Umayr b. ‘Uthmân, avec une forte armée dans le Khurâsân. ‘Umayr fit une expédition sur l’autre rive du Jayhûn, et après avoir pénétré jusqu’à Firghâna, il revint dans le Khurâsân.

Après la mort de Ziyâd, Mu’âwiya donna le gouvernement de Kûfa, Baçra et du Khurâsân à son fils ‘Ubayd-Allah ; celui de Makka à Sa‘ad b. d’Al-’Âç, et celui de Madîna à Marwân b. Al-Hakam. Quant à ‘Ubayd Allah b. Ziyâd, qui était alors âgé de 25 ans […]

Mo’âwiya le fit partir pour le Khurâsân et lui ordonna d’entreprendre une expédition guerrière. ‘Ubaydallah enrôla des troupes en ‘Irâq, vint dans le Khurâsân, franchit le Jayhûn et attaqua Baykand, la résidence du roi des Türük (Turcs).

Il se rendit maître de la ville, et le roi des Türük s’enfuit à Samarqand.

‘Ubayd-Allah fit aussi la conquête de Bukhârâ, laissant l’administration de cette province au chef qu’il y trouva, et retourna ensuite à Baçra, emmenant de nombreux prisonniers et une grande quantité de butin. Le roi des Turcs, au moment de prendre la fuite, avait oublié en mettant ses jambières, la chaussette d’un de ses pieds. ‘Ubayd-Allah emporta cette chaussette, qui était faite de brocart brodé de pierres précieuses, et la vendit aux marchands de Baçra au prix de 200 m dr. […]

ISLAMIC, UMAYYAD CALIPHATE. TEMP. MU'AWIYA I IBN ABI SUFYAN. AH 41-60 AD 661-680. Æ FALS.

En l’an 56/677 après avoir fait proclamer Yazîd son successeur, Mo’âwiya ôta le gouvernement du Khurâsân à ‘Obaïdallah et le donna à Sa‘îd b. ‘Uthmân.   […]

En cette même année 80/700 de Thégire, Muhallab entreprit, en partant de Merw, une expédition au-delà du fleuve de Balkh. Il arriva à Kish, où se trouvait le cousin du roi de Khuttal. Muhallab l’envoya avec son fils Yazîd, pour attaquer le pays de Khottal, dont le roi, en ce temps, s’appelait Shabîl.

Lorsque celui-ci vit son cousin dans les rangs des ennemis, il s’avança et le provoqua à un combat singulier. Son cousin répondit à cet appel. Il fut fait prisonnier par Schebil, qui le conduisit à son château, où il le tua. Yezid, ayant fait le tour du château, acquit la conviction que les fortifications étaient très solides et ne pourraient pas être forcées. Il flt la paix avec le roi, qui lui paya une somme d’argent, et retourna ensuite auprès de Muhallab.

Celui-ci envoya un autre de ses fils, ‘Habib, avec une forte armée dans le Bukhârâ.

Le roi de ce pays l’attendit à la tête d’une armée de quarante mille hommes. Quand les 2 armées furent en présence, un cavalier de Bukhârâ s’avança hors des rangs et défia les soldats musulmans. Habala, Mawlâ’ de Habîb, accepta le combat et tua son adversaire ; puis il chargea les ennemis, et revint après en avoir tué 3 autres. Un corps ennemi, qui était campé dans un certain bourg, fut surpris par ‘Habib à la tête de 4 000 musulmans, et entièrement défait. ‘Habib brûla ce bourg avec tous ceux qui s’y trouvaient.   Muhallab demeura 2 ans à Kish.

On lui dit un jour : « Si tu allais plus en avant, il est à espérer que Dieu te fera réussir.

-Ma seule préoccupation est de ramener ces musulmans sainset saufs à Merw, répondit Muhallab »

Un autre jour, un guerrier turc vint défier l’armée musulmane. Harthama b. ‘Âdi, et frère de Khâlid b. Harthama, le combattit et le tua. Lorsqu’il revint, Muhallab lui fit des reproches, en disant : « S’il t’était arrivé malheur, un millier d’hommes serait allé pour te secourir ! »

On raconte encore que, pendant son séjour à Kish, il eut des soupçons à l’égard d’un parti de guerriers de Mudar.

Il les fit enchaîner et ne les relâcha que lorsqu’il fut de retour à Merw.

Or, après être resté 2 ans à Kish, il fit la paix avec les habitants de cette contrée, en exigeant d’eux une certaine somme d’argent.

En effet, il venait de recevoir une lettre d’Ibn Ash‘at, qui s’était révolté contre Hajjâj et qui demanda à Muhallab de faire cause commune avec lui. Muhallab, après avoir pris connaissance de cette lettre, l’envoya aussitôt à Hajjâj. Puis, ayant reçu des habitants de Kish la somme stipulée, il retourna à Merw.

Des Gouverneurs omeyyade du Khorassan
Des Gouverneurs omeyyade du Khorassan

Qutaibah Ibn Muslim Al-Baheli, WÂLÎ AL-KHURÂSAN

En cette même année 86, Qutayba b.  Muslim, fit son entrée dans Merw. Il convoqua les habitants et les harangua ; il les appela au Jihad et récita dans son discours tous les versets du coran et les paroles du Prophète qui se rapportent à ce sujet. Ensuite il forma une armée, et après avoir distribué aux soldats leur solde, il se mit en marche, en laissant comme lieutenant à Merw, Ilyâs b. ‘Abdallah b. ‘Amr.

Lorsqu’il arriva à Tâleqân, les Dihqâns et les chefs de Balkh vinrent au-devant de lui et raccompagnèrent au-delà du fleuve. Là, le prince de Çaghâniân vint lui présenter des cadeaux et l’invita à se rendre dans sa ville.

Le prince d’Akhrûn et de Shômân, contrées qui font partie du Tukhâristân, avait un traité d’alliance avec le prince de Çaghâniân. Qutayba, en quittant cette ville, qu’il laissa au prince, marcha sur Akhrûn et Shômân, et après avoir reçu du prince une somme d’argent, il retourna à Merw.

Muhammad b. Jarîr rapporte que Qutayba, avant de traverser le fleuve, s’était arrêté à Balkh pour réduire cette contrée qui s’était soustraite à la domination musulmane. Parmi les captifs que l’on fit à Balkh, se trouvait la femme de Bannak, père de Khàlid b. Barmak.

Lors du partage du butin, cette femme échut à ‘Abdallah b. Muslim, frère de Qutayba. ‘Abdallah eut commerce avec elle. Maïs le lendemain de la bataille, les habitants de Balkh ayant fait la paix avec Qutayba, celui-ci fit rendre tous les captifs.

La femme de Barmak déclara à ‘Abdallah qu’elle était enceinte de ses œuvres. ‘Abdallah, avant de mourir, demanda que l’on reclamât comme étant à lui l’enfant que cette femme mettrait au monde. Cependant on avait rendu la femme à Barmak.

Lorsque, plus tard, Mahdi b. Mançûr [Abû] Dawâniq, vint à Ray avec Khâlid, les fils de ‘Abdallah b. Muslim, s’y rendirent et réclamèrent leurs droits de parenté. Muslim b. Qutayba leur dit : Interrogez la femme ; si elle avoue le fait elle-même et se réclame de vous, vous aurez la femme et son fils.

En effet, c’est ainsi que le décide la Loi : Toute revendication de cette nature n’est admise que sur le témoignage et le consentement de la personne qui est l’objet de la revendication.

Cavaliers et Gouverneur Omeyyades (oprey)  1 2 3
Les Cavaliers et Gouverneur Omeyyades (osprey)
1) Gouverneur Omeyyade de Balkh
2) Cavalier élite Omeyyade
3) Cavalier leger Omeyyade d(Egypte (casque en cuire) basé sur la fresque du dessus

Quand cette personne dit aux réclamants : Je vous appartiens, alors elle leur appartient absolument, quels que soient les autres témoignages; elle est donnée à ceux qu’elle choisit. Sur cette réponse de Muslim, les B. ‘Abdallah se désistèrent.

Or ce Barmak était médecin ; c’est lui qui, dans la suite, traita Maslama b. Abd ak-Malik, dans la maladie qu’il avait contractée.

En cette même année, Nizek se rendit auprès de Qutayba, et les habitants de Bâdeghîs consentirent à payer une forte somme d’argent pour obtenir la paix. En effet, Qutayba avait écrit à Nizek, qui retenait un certain nombre de prisonniers musulmans, et l’avait menacé de la guerre, s’il ne leur rendait la liberté. Nizek s’était empressé de les renvoyer. Qutayba lui députa ensuite Sulaym, le conseiller, et l’invita à se rendre auprès de lui.

Dans la lettre qu’il lui écrivit, il lui disait, en afllrmant ses paroles par un serment, que si Nizek ne faisait pas ce qu’il demandait, il marcherait contre lui à la tête d’une armée et qu’il ne s’en retournerait pas avant de l’avoir pris et tué.

Sulaym ayant remis cette lettre et ayant fait ses recomandations à Nizek, celui-ci lui dit : il m’est impossible de me rendre auprès de lui ; car il m’écrit d’une façon qui n’est pas digne de moi. Sulaym répondit : Prince, Qutayba est un homme énergique dans l’exercice de son autorité.

Si tu lui montres de la condescendance, tout se passera bien ; car il est doux et facile; mais si tu lui résistes, il sera dur. Ne te scandalise pas de cette lettre ; il ne fera que ce que tu désireras.

Nizek se rendit alors avec Sulaym auprès de Qutayba, et conclut la paix avec lui aux conditions que nous avons dites.

cavaliers omeyy

 

CONQUÊTE DE PAYKAND PAR Qutaibah Ibn Muslim Al-Baheli.

Après avoir conclu la paix avec Nizek, Qutayba demeura à Merw jusqu’au moment où la saison permettait d’entrer en campagne. Ce fut en l’an 87/706. Alors il quitta Merw, traversa le fleuve et se dirigea vers Paykand, qui est la cité de Bukhârie la plus rapprochée du Jayhûn, à l’entrée du désert.

On l’appelle « la ville des marchands ».

A la nouvelle que Qutayba avait traversé le fleuve, les habitants de Paykand s’adressèrent aux habitants de Sughd et des contrées voisines et leur demandèrent secours. Ils réunirent une armée innombrable et occupèrent toutes les routes.

Cependant Qutayba livra journellement des combats aux ennemis. Pendant deux mois, il lui fut impossible d’envoyer un messager à Al-Hajjâj, qui fut très-inquiet du sort de l’armée et qui ordonna que l’on priât pour elle dans toutes les mosquées.

Qutayba avait à son service un espion persan, nommé Tandar. Les habitants de Boukhâra le gagnèrent par une somme d’argent afin qu’il trompât Qutayba, pour le déterminer à abandonner le pays. Tandar alla trouver Qutayba et lui demanda un entretien particulier.

Qutayba fit sortir tout le monde, excepté Dbirâr ???, b. Husayn. Alors Tandar lui dit : « Hajjâj a été destitué et il arrive un autre général pour te remplacer. Il serait bon de ramener l’armée à Merw. »

Qutayba appela un de ses esclaves nommé Seyâh et lui ordonna de trancher la tête à Tandar. Puis il dit à Dbirâr ??? : « Il ne faut pas qu’un autre que nous deux connaisse cette nouvelle ; et c’est pour la tenir secrète que j’ai fait tuer cet homme, afin que cette guerre soit menée à bonne fin ; car si les soldats apprenaient la nouvelle, ils seraient découragés. »

Lorsque les autres officiers rentrèrent dans l’appartement, ils virent avec effroi la tête de Tandar séparée de son corps. Ils jetèrent la tête devant Qutayba.

Bannière blanche des Omeyyades
Bannière blanche des Omeyyades

Celui-ci leur dit : « Qu’avez-vous? Pourquoi êtes-vous si émus de la mort d’un homme dont le terme était arrivé ?

-Nous l’avions toujours considéré comme un ami des Musulmans, répondirent-ils -Non, répliqua Qutayba; il songeait à nous trahir ; mais il s’est perdu par ses propres paroles.

Quant à vous, préparez-vous à combattre l’ennemi, non comme vous avez fait jusqu’à présent, mais avec plus d’ardeur et de courage. »

Le lendemain, les musulmans, ayant pris leurs positions, engagèrent la bataille. Qutayba encourageait les soldats, parcourut tous les rangs et veilla à ce que chaque corps manœuvrât en ordre. Le combat dura jusqu’au soir.

Enfin les Türük lâchèrent pied et cherchèrent à gagner la cité de Paykand. Les musulmans les poursuivirent l’épée dans les reins, en tuèrent un grand nombre et firent beaucoup de prisonniers.

Ceux d’entre les ennemis qui avaient réussi à se jeter dans la ville, en fermèrent les portes. Qutayba y mit le siège et fit attaquer les murs. Alors les habitants se rendirent.

Qutayba leur accorda une Capitulation et se retira ensuite avec le gros de son armée.

Peu de temps après, il fut informé que les habitants de Paykand ayaient rompu la paix et qu’ils avaient tué, après leur avoir coupé le nez et les oreilles, l’officier et la garnison qu’il y avait laissés. Qutayba revint sur ses pas et assiégea de nouveau la ville.

Il répéta ses attaques sans interruption pendant un mois. Enfin il donna l’ordre d’accumuler autour du rempart du bois sec ; puis il fit attaquer le rempart et mettre le feu au bois. Le mur s’écroula en écrasant dans sa chute 40 hommes.

Les habitants de Paykand demandèrent à capituler, mais Qutayba refusa, et fit tuer tous les hommes en état de porter des armes. Parmi ces derniers il y avait un homme borgne, qui avait poussé les Türük à attaquer les musulmans. Il dit à Qutayba : « Je veux me racheter.

-Combien veux-tu payer ? lui demanda Sulaym.

Ruines de Paykand (Ouzbekistan)
Ruines de Paykand (Ouzbekistan)

-5000 pièces d’étoffe de soie chinoise, soit 1 M de drachmes. Qutayba demanda l’avis de son entourage.

Un officier lui dit : Certes, sa rançon augmenterait le butin des musulmans ; mais qui sait quel mal il pourra encore leur faire ?

Qutayba s’écria : « Par Dieu, les musulmans n’auront plus à te craindre ! » Et il le fit mettre à mort.

On rapporte que la prise de Paykand procura à Qutayba une si grande quantité de bijoux de femmes en or et en argent, qu’il fut impossible d’en évaluer le prix.

Il en confia la garde à ‘Abdallah b. Wâlân al-’Adawi, et lorsqu’on eut fondu tous les bijoux d’or, on en montra à Qutayba le lingot, qui pesait 150 000 L.

La quantité de butin que l’on fit à Paykand fut si considérable, qu’elle dépassait l’ensemble du butin que l’on avait fait dans tout le Khurâsân. Qutayba retourna ensuite à Merw.

Les soldats, étant devenus riches, se mirent à acheter des chevaux et des armes à l’envi l’un de l’autre et en enchérissant l’un sur l’autre, de sorte que le prix d’une lance monta jusqu’à 70  drachmes et que l’on paya une cuirasse 700 dr ; les poignards et les sabres se vendirent aux enchères à des prix bien élevés.

On avait trouvé dans l’arsenal de Paykand une grande quantité d’armes. Qutayba écrivit à Hajjâj et lui demanda s’il pouvait distribuer ces armes à son armée. Hajjâj y consentit.

Au printemps, Qutayba quitta Merw de nouveau, traversa le fleuve et marcha sur Maskan, cité de Boukhârie.

Les habitants demandèrent la paix. Qutayba la leur accorda. Des ouvrages autres que celui de Muhammad b. Jarîr rapportent que parmi le butin de Paykand se trouvait une idole en or qui pesait 50 000 L et dont les yeux étaient représentés par 2 perles d’une grandeur et d’une beauté extraordinaires.

Qutayba, très étonné à la vue de ces perles, fit venir les gardiens du temple, et leur demanda d’où elles provenaient.

Us répondirent : Deux oiseaux apparurent un jour dans l’air, au-dessus du temple, et laissèrent tomber de leur bec ces perles ; puis ils s’envolèrent. On envoya ces perles avec le Quint du butin à Hajjâj.

D’après une tradition également rapportée ailleurs, à savoir dans « Kitâb al-Futûh », la plupart des habitants de Paykand auraient été absents lors de la prise de la ville, voyageant pour leurs affaires.

Lorsqu’ils revinrent, ils trouvèrent la ville en ruines et leurs femmes et enfants captifs.

Ils rachetèrent alors leurs familles, et les musuhnans reçurent ainsi des sommes immenses.

L’un de ces hommes, dont la femme et les 2 enfants étaient échus à un musulman, qui en demandait 10 000 dr., dit : J’épouserai une autre femme, et dans deux ans, j’en aurai eu deux autres enfants.

Je ne vous donne pas 10 000 dr ! Les habitants de Paykand se mirent ensuite à reconstruire leur ville et consentirent à payer un tribut annuel. Qutayba leur garantit la paix par une Convention écrite.

Muhammad b. Jarîr, en parlant de l’honnêteté de ‘Abdallah b. Wâlân al-‘Adawî à qui Qutayba avait confié la garde du butin de Paykand, et de celle de son père, raconte le fait suivant : Un jour Maslama dit à Wâlân : « Je voudrais, si tu y consens, te confier une certaine somme d’argent que je te réclamerai quand je me trouverai plus en sûreté qu’à présent ; mais il faut que cela reste un secret pour tout autre que toi et moi.

-Envoie-le-moi par un de tes hommes de confiance, à tel endroit, et dis-lui de le remettre à l’homme qu’il y verra, sans rien lui dire, et de s’en retourner ensuite » ; répondit Wâlân. Maslama placa l’argent dans un sac de cuir, qu’il fit charger sur un mulet, et dit à un de ses esclaves : Conduis le mulet à tel endroit ; là tu verras un homme à qui tu remettras ce sac, sans rien lui dire, puis tu reviendras.

L’esclave partit. Wâlân s’était rendu à l’endroit désigné et avait attendu le messager de Maslama.

Comme le temps convenu était passé sans qu’il ait vu arriver, il pensa que Maslama avait changé d’avis et s’en alla. A la même heure, un homme de la tribu Taghlib vint à passer, par hasard, près de cet endroit et s’y assit. L’esclave de Maslama, en y arrivant, voyant un homme assis, arrêta le mulet, déchargea le sac, le déposa par terre et s’en retourna.

L’homme de Taghlib, en apercevant le sac que personne ne gardait, se leva, le prit et le porta chez lui. Cependant Maslama croyait qu’il était parvenu entre les mains de Wâlân et n’en parla plus jusqu’au moment où il en eut besoin. Alors il réclama à Wâlân son argent. Wâlân lui répondit qu’il n’avait point reçu de dépôt. Maslama, fort irrité, s’en allait partout se plaindre de Wâlân et l’accusait de fraude.

Un jour, dans une réunion, lorsque Maslama se plaignait de ce que lui avait fait Wâlân, l’homme de Taghlib, qui était présent, le prit à part et lui demanda les détails de ce fait. Maslama les ayant racontés, il le mena ehez lui, apporta le sac et lui dit :

« Le reconnais-tu comme le tien?

-Oui, répondit Maslama.

-Y vois-tu ton cachet intact?

-Il est intact. » Alors l’homme de Taghlib lui rendit cet argent, en lui racontant comment il l’avait reçu.

Maslama en eut une grande joie. Puis il allait partout, où il avait répandu ses accusations contre Wàlàn, pour déclarer son innocence.  

Boukhara Citadelle, , Ouzbékistan (7ème siècle de l'époque des invasion islamique du califat Omeyyade
Bukhara Citadelle, , Ouzbékistan (7ème siècle de l’époque des invasions islamique du califat Omeyyade

CONQUÊTE DE BUKHARA, DE NAKHSHAB ET DE KISH, MORT DE NIZEK.

Quand Qutayba, après avoir fait la paix avec les habitants de Râmthena, retourna par la route de Balkh, il reçut une lettre de Hajjâj, qui lui ordonna de marcher contre Wardân-Khodâ. En conséquence, Qutayba traversa le fleuve, en l’an 89/708, soumit les cités de Sughd, Kish et Nakhshab, à la limite du désert, en y faisant un nombreux butin, et marcha ensuite sur Boukhârâ. Il ne réussit point à s’emparer de cette province et retourna à Merw. A celle nouvelle, Hajjâj lui écrivit une lettre et lui demanda la carte de cette province. Qutayba fit tracer la carte et la lui envoya.

Hajjâj lui adressa alors une lettre ainsi conçue : « Tu dois te repentir d’avoir fait ce que tu as fait, c’est-à-dire d’avoir abandonné ta conquête. Pars, et attaque tel endroit. » Puis il ajouta :

« Écrase Kish, détruis Nasaf (Nakhschab), et repousse Wardân. Prends garde de te laisser encercler, et laisse-moi le soin de t’indiquer les difficultés du chemin ! »

Hajjâj, en effet, était l’un des maîtres dans l’art de manier la langue arabe.   En celte année, Al-Walîd donna à Khâlid b. ‘Abdallah al-Qasrî, le gouvernement de la Mecque.

Maslama b. ‘Abd al-Malik, attaqua les Türük du côté de l’Adhurbayjân ; il s’avança jusqu’à Derbend, et s’empara d’un grand nombre de villes et de forteresses.

Lorsque Qutayba reçut la lettre de Hajjâj, qui lui ordonna de marcher contre Wardân-Khodâ et d’attaquer la province de Boukhâra à un point qu’il lui désignait, il quitta Merw, traversa le fleuve, au commencement de l’an 90/709, et marcha sur Bukhâra. Wardân-Khodâ envoya des messagers à Sughd et dans toutes les contrées voisines habitées par les Turcs, leur demandant secours.

Mais Qutayba, devançant l’arrivée de ces auxiliaires, vint mettre le siège à la cité de Wardân-Khodsâh. Celui-ci, lorsque ses alliés s’approchèrent, sortit de la ville et attaqua les musulmans.

Les gens de la tribu d’Azd demandèrent à Qutayba de leur permettre de combattre séparément.

Ils s’avancèrent et chargèrent les Türük ; mais après avoir lutté quelque temps, ils furent culbutés et rejetés sur le camp, où, dans leur fuite désordonnée, ils passèrent sur les corps des musulmans.

Alors les femmes frappèrent les têtes de leurs montures et les repoussèrent vers le champ de bataille ; ils chargèrent de nouveau l’ennemi et le firent reculer jusque dans ses premières positions, d’où il ne fut pas possible de le déloger.

Qutayba adressa en vain un appel à son armée, afin d’attaquer ces positions ; aucune tribu ne se présenta pour tenter cette entreprise. Il se tourna enfin vers les B. Tamîm. Waq

î‘ b. Abu Sud, leur chef, remit le drapeau à Huraym b. Abû Tâhma al-Mujâsha, qui commandait leur cavalerie, et lui donna l’ordre de faire avancer son corps. Huraym se mit en marche;  mais arrivé à un ruisseau qui se trouvait entre l’armée musulmane et les Türük, il s’arrêta.

Waqî’ lui dit : « Avance, ô Huraym ; excite ton cheval !

-Si je le fais, répliqua Huraym, et l’entreprise manque, ne sera-ce pas la perte de toutes nos troupes, ô imbécile ?

-Est-ce que tu veux résister à mes ordres ? » s’écria en un juron Waqî‘, avant de le frapper de la lance qu’il tenait dans sa main. Huraym excita son cheval et sauta au bord opposé du ruisseau, et il fut suivi par ses cavaliers.

Cependant Waqî’ mit pied à terre, et fit établir un pont ; puis il dit à ses compagnons : « Que ceux d’entre vous qui veulent jouer leur vie, passent ; que les autres restent ! » 800 hommes passèrent le pont.

Waqî‘ dit à Huraym : «  Je veux fondre sur eux avec ces fantassins ; toi, de ton coté, occupe-les avec ta cavalerie ! »

Waqî’ attaqua les Türük, et peu de temps après, Huraym les chargea avec fureur, et les T lâchèrent pied. Qutayba cria aux soldats :

« Vous voyez que les ennemis fuient. »

Les musulmans se précipitèrent vers le pont ; ils ne l’eurent pas encore traversé, que les Turcs  étaient en pleine déroute.

Alors Qutayba fit proclamer que chacun qui lui apporterait une tête d’ennemi recevrait 100 dr.. Tous les soldats s’empressèrent de lui présenter des têtes et de gagner la récompense.

Il arriva, ce jour, que 11 individus, apportant chacun une tête, défilèrent devant Qutayba, et chacun d’eux déclara être de la tribu de Quraysh.

Un homme de la tribu d’Azd, qui vint après eux, et à qui on demandait, comme aux autres, à quelle tribu il appartenait, répondit également : « Je suis de la tribu de Quraysh.

-Non, il est d’Azd ! dit quelqu’un qui assisttait à cette scène.

-J’ai pensé, dit l’Azdî, que chacun qui apportait une tête devait dire : Je suis de la tribu de Quraysh. Cette réponse fit rire Qutayba. Les Turcs  furent complètement battus et un grand nombre d’entre eux furent tués.

La ville de Bukhara
La ville de Bukhara

 

Le Khâqân et son fils furent blessés. Les musulmans firent un butin immense.

Lorsque les habitants de ces contrées virent ce qui était arrivé aux gens de Bukhârâ, ils tremblèrent tous devant Qutayba. Tarkhôn, roi des Turcs qui était venu avec son armée pour prendre part à la guerre, et qui était séparé des musulmans par le fleuve de Bukhârâ, ayant été témoin de l’issue de la bataille, envoya un messager à Qutayba et demanda la paix, en offrant de payer une certaine somme.

Qutayba consentit, et Tarkhôn lui ayant envoyé de l’argent, il retourna ensuite à Merw, emmenant avec lui Nizek.

Quelque temps après, Nizek le quitta et rompit la paix qu’il avait conclue avec lui ; il s’enferma dans sa forteresse et prépara la guerre. Qutayba vint pour le combattre. Voici les circonstances de cette rupture.

Après la guerre de Bukhârâ, Nîzek craignait Qutayba. Il dit à ses familiers :

« Je ne me sens pas en sûreté avec cet homme ; car c’est un Arabe. L’Arabe, d’ailleurs, ressemble au chien qui, quand on le bat, aboie, et qui se tait quand on lui donne quelque chose. De même celui-là : quand on lui fait la guerre, il fait la guerre ; et quand on lui offre la paix et qu’on lui donne quelque chose, il est content et oublie ce que l’on lui a fait. Voilà Tarkhon, qui lui a déclaré la guerre tant de fois ; aussitôt qu’il demande la paix, il y consent et est satisfait.

Je crois que je ferais bien de lui demander l’autorisation de le quitter. »

Ses familiers répondirent : « Fais comme tu l’entends. » Nizek demanda à Qutayba la permission de se rendre dans le Tukhâristan. Qutayba la lui accorda. Nizek partit et se dirigea d’abord vers Balkh.

Quand il arriva à Nûbehâr, il dit à ses compagnons :

« Je suis certain que Qutayba regrette de m’avoir laissé partir et qu’il va envoyer un messager à Mughayra b. ‘Abdallah (c’était le gouverneur de Noubehâr) pour lui ordonner de me retenir. » Et il reprit aussitôt son voyage et gagna le Tukhâristân.

Après son départ, un messager vint en effet de la part de Qutayba, apportant l’ordre que Nizek avait prévu. Mughayra b. ‘Abdallah, se mit en route pour le poursuivre, mais il revint sans avoir pu l’atteindre. Nizek se jeta dans les défilés de Khûm et leva ouvertement l’étendard de la révolte.

Puis il envoya des messagers aux princes de Balkh, de Merw-Rûd, de Tâleqân, de Faryàb et de Gûzegân, et les décida tous à se déclarer contre Qutayba. Il députa également vers le Kâbûl-Shâh et lui fit dire : « Quand nous aurons besoin de toi, ne nous refuse pas ton secours. » Et il lui offra tous ses effets mobiliers. Le Kabul Shah consentit (..).

Puis il chassa Muhammad b. Suhaym, agent de Qutayba dans le Tukharistân.   Lorsque Qutayba reçut la nouvelles de ces évènement, il n’avait auprès de lui d’autre armée que les gens de Merw car ses soldats s’étaient dispersés.

Il fit partir aussitôt son frère ‘Abd-ar-Rahmân arec 12 000 hommes pour Balkh, en lui donnant pour instructions de camper, sans faire aucun mouvement, aussi longtemps que durerait l’hiver et au printemps, de marcher sur le Tokhàristin, où il irait le rejoindre. Vers la fin de l’hiver, Qutayba fît lever des troupes dans les différentes contrées du Khurâsân et marcha sur Tâleqân.

Cavalier arabe Omeyyades voire des débuts abbassides
Cavalier arabe Omeyyades voire des débuts abbassides

Les rois qui avaient fait cause commune avec Nizek, vinrent à sa rencontre avec une armée innombrable.

Une bataille eut lieu, et au premier choc, les Turcs furent mis en déroute par l’avant-garde de Qutayba qui était commandée par ‘Abd-ar-Rahmân.

Celui-ci cria à ses soldats de ne point donner quartier aux ennemis.

Un grand nombre de ceux-ci furent massacrés, d’autres furent pendus, et on dit que 2 rangs de gibets occupaient l’espace de 4 frs, et que les pendus avaient la face tournée les uns vers les autres.

Qutayba alla ensuite à Merw-Rûd. Le roi de cette ville s’était enfui. Qutayba saisit ses deux ??? et les fit mettre à mort.

Les autres rois de la contrée firent leur soumission. Il vint ensuite à Balkh, où il ne resta qu’un jour. Le sipehbed de Balkh se soumit également.

Lorsque Qutayba arriva aux défilés de Khûlm, Nizek se retira à Baghiân, où il établit son camp, en laissant une partie de ses troupes pour défendre les défilés. Qutayba fit halte près du château de Nizek, mais il essaya en vain de le prendre.

Il était dans cet embarras, lorsque Rwîkhân (?), roi de Semengàn et de Rûb, vint lui demander l’aman et ??? à montrer aux musulmans un chemin conduisant au château de Nizek.

Qutayba consentit, et Rwîkhân conduisit les soldats, en contournant les défilés, jusqu’à l’endroit où se trouvaient les troupes qui gardaient rentrée des défilés.

La plupart de ces Turcs furent massacrés, quelques-uns réussirent à s’échapper.

L’armée de Qutayba occupa les défilés, et vint ensuite à Semengàn. Semengàn est séparée de Baghlân, où se trouvait Nîzek, par un désert difficile à traverser.

Après être resté quelque temps à Semengàn, Qutayba, précédé par ‘Abd-ar-Rahmân et l’avant-garde, se mit en marche pour attaquer Ntzek.

Celui-ci, en apprenant l’approche de Qutayba, envoya ses effets mobiliers et ses richesses au roi de Kaboul, quitta Baghlàn et se retira à Kerz, lieu dont la position était remarquablement forte : il n’était abordable que d’un seul côté, et cette seule route n’était même pas accessible aux cavaliers.

Qutayba établit son camp devant cette forteresse et assiégea Nizek rigoureusement, en occupant toutes les routes et tous les passages.

Après deux mois de siège, il ne restait à Nizek qu’une petite quantité de vivres. D’un autre côté, comme l’hiver approchait, Qutayba craignait d’être forcé de rester dans cette contrée tout l’hiver.

Fort citadelle de Balkh
Fort citadelle de Balkh

Il fit donc appeler Sulaym le Conseiller et lui dit : Va trouver Nîzek et cherche à le persuader à venir ici avec toi, sans lui promettre sa grâce. Si tu ne peux pas le déterminer, promets-lui sa grâce; mais si tu reviens sans l’amener, je te ferai pendre.

Sulaym répondit : « Écris à ‘Abd-ar-Rahmân pour qu’il fasse tout ce que je lui demanderai de faire. »

Qutayba adressa à ‘Abd-ar-Rahmân une lettre, comme l’avait désiré Sulaym, et celui-ci partit. Arrivé auprès de ‘Abd ar-Rahmân, il lui dit :

« Fais-moi accompagner par un certain nombre d’hommes, qui devront garder l’entrée des défilés, afin de m ‘assurer les moyens de revenir. »

‘Abd-er-Ra’hmân lui donna un détachement de soldats, auxquels il recommanda d’exéculer tout ce que Sulaym leur ordonnerait de faire.

Sulaym, prenant avec lui quelques charges de vivres, se rendit auprès de Nizek. Celui-ci lui dit : « M’as-tu trahi ?

-Je ne te trahirai pas, répondit Sulaym ; mais tu tes révolté et tu as conspiré !

-Que me conseilles-tu de faire? demanda Nizek.

-Je te conseille de te rendre auprès de Qutayba ; car il a l’intention de rester ici tout l’hiver, au risque d’y périr.

-Comment pourrais-je y aller, sans avoir obtenu l’Amân ?

-Je pense, dit Sulaym, que Qutayba t’accordera l’Amân et qu’il n’a pas de mauvaises intentions à ton égard. Mais je ne vois pas de meilleur moyen pour toi, pour obtenir ta grâce, que de te rendre auprès de lui, seul et en secret ; si tu fais cela, il sera obligé d’être généreux et il sera satisfait de toi.

-Voilà ce que tu crois être le meilleur parti à prendre ?

-Je le crois.

-Moi, je crains que Qutayba ne me fasse mettre à mort, aussitôt qu’il me verra.

-Je suis venu, reprit Sulaym, pour te donner un bon conseil, et en le suivant tu t’en trouveras bien ; mais si tu ne veux pas le suivre, je m’en retourne.

-Partage au moins notre repas, dit Nizek.

-Je n’ai besoin de rien, répliqua Sulaym ; j’ai avec moi des vivres. »

Et il donna l’ordre de les lui apporter. Lorsque les gens de Nizek virent des vivres qu’ils n’avaient pas vus, depuis qu’ils étaient assiégés, ils se précipitèrent sur tous ces objets et les enlevèrent. Nizek fut très-fâché de cette scène.

Sulaym lui dit :

« Je te le dis de bonne foi : tes compagnons sont démoralisés ; et si le siège devait durer plus longtemps, je crains qu’ils ne te trahissent. Viens auprès de Qutayba, et j’espère que tout ira selon tes désirs.

-Je ne peux pas y aller sans avoir obtenu l’Amân. -Mais il te l’a donné; est-ce que tu doutes de moi ?

-Non. -Eh bien, dit Sulaym, viens avec moi. »

Les amis de Nizek l’engagèrent à suivre le conseil de Sulaym qui leur parrait raisonnable. Alors Nizek demanda son cheval et partit, accompagné de plusieurs de ses parents et de ses compagnons.

Scène montrant des Arabes contre des Perses dans une bataille , représantation copte egyptienne. , 7eme siècle
Scène montrant des Arabes contre des Perses dans une bataille , représentation copte egyptienne. , 7eme siècle (Omeyyades)

Lorsqu’ils furent arrivés au bas du château, il dit à Sulaym : « Si personne ne connaît le moment de sa mort, moi je le connais ; je mourrai aussitôt que je verrai Qutayba ; car il ne me laissera pas la vie.

-Ne parle pas ainsi, répliqua Sulaym ; tout ira bien. » Quand ils sortirent de l’enceinte, les hommes que Sulaym avaient laissés à la garde de l’entrée du défilé, accoururent et empêchèrent la suite de Nizek de le franchir.

Nizek dit : « Voilà le premier piège.

-Non, répliqua S. Il vaut mieux pour toi qu’ils restent ici » Lorsque Nîzek arriva dans le camp de Qutayba, celui-ci le fit conduire dans une tente, autour de laquelle on creusa un fossé ; et il y fut gardé.

Qutayba fit ensuite occuper le château de Nizek. On en enleva tous ses biens, et les hommes qui composaient la garnison furent enchaînés et amenés au camp.

Hajjâj, informé par une lettre de Qutayba de ce qui venait de se passer, répondit en ces termes :

« Fais mettre à mort Nîzek, qui est un homme dangereux et un fourbe et ennemi des musulmans ; voilà plusieurs fois qu’il s’est soumis et qu’il a renié. »

La lettre de Hajjâj arriva après 40 jours. Qutayba fil appeler Nîzek, et lui dit :

« Tu n’as pas d’Aman de moi.

-Non ; mais je l’ai de Sulaym, répondit Nizek.

-Tu mens, ennemi de Dieu ! répliqua Qutayba. Personne ne voudrait donner l’amân à un homme comme toi ! »

Puis il sortit et donna l’ordre de ramener Nîzek dans sa prison. Il resta ensuite 3 jours sans recevoir personne. Le quatrième jour, il donna audience à ses officiers et demanda leur avis pour savoir s’il fallait tuer Nîzek, ou non.

Quelques-uns dirent :

« Il faut le tuer ; car il est ennemi de Dieu et de la Loi du Prophète. »

D’autres dirent :

« Tu lui as donné l’amân ; il ne faut pas le tuer. »

D’autres enfin déclarèrent qu’ils ne pouvaient pas répondre de sa vie quant aux soldats, qui

voudraient le massacrer. Qutayba demanda alors l’opinion de Dhirâr b. Husayn, qui venait d’entrer. Dhiràr parla ainsi :

« Je t’ai entendu dire que tu avais fait envers Dieu le vœu de tuer Nizek, quand tu pourrais t’emparer de sa personne. Si tu ne le tues pas, Dieu ne te donnera plus la victoire sur lui. »

Qutayba baissa la tête; et après avoir réfléchi quelque temps, il s’écria :

« Par Dieu, quand même je devrais expirer après avoir prononcé le mot : « Tuez-le ! » je le prononcerais. »

En conséquence, Nizek, ses 2 neveux, Ça’ûl et ‘Uthmân, et les autres prisonniers, au nombre d’environ 700, furent mis à mort, et Qutayba envoya leurs tèles à Hajjâj.

Lorsque Qutayba fut de retour à Merw, le roi de Gurgân, qui avait fait cause commune avec Nîzek et qui s’était enfui, lui fit demander l’Amân. Qutayba le lui accorda, à condition qu’il

vint se présenter lui-même et qu’il donnât des otages. De son côté, il envoya comme otage Habîb b. ‘Abdallah al-Bâhilî.

Le roi de Gurgân lui envoya plusieurs membres de sa famille ; il vint ensuite lui-même et conclut la paix avec Qutayba. En retournant dans sa province, il mourut à Tâleqân. Les habi-

tants de Gurgân prétendirent qu’il avait été empoisonné, et ils massacrèrent Habib. A cette nouvelle. Qutayba fit mettre à mort les otages du roi de Gurgân.

 

En l’an 9? Qutayba marcha contre Shûmân, Kesh et Nakhschab.

‘Alî-shâh, roi de Shûmân, avait chassé l’agent de Qutayba et avait refusé de payer le tribut annuel. Qutayba y envoya ‘Ayyàsh Al-Tamîmî et un homme du Khurâsân, pour exiger le tribut qui avait été stipulé. Lorsque les 2 députés arrivèrent à la porte de la ville de Shûmân, quelques habitants sortirent à leur rencontre et leur refusèrent l’entrée.

L’homme du Khurâsân se retira ; mais ‘Ayyâsh les attaqua et les repoussa ; cependant l’un d’eux, un musulman, nommé Huhailab, se glissa derrière lui et le tua. On dit que ‘Ayyâsh

avait reçu 60 blessures. Les habitants de la cité regrettèrent cette mort, en disant : Il ne fallait pas tuer un tel homme.

Qutayba, à la nouvelle de cet événement, quitta Merw et vint à Shûmàn.

Le roi s’enferma dans la citadelle.

Qutayba fit dresser des machines et poussa l’attaque avec vigueur. Quand le roi de Shûmàn reconnut qu’il allait succomber, il fit enfouir toutes ses richesses en fait d’or, d’argent et de pierres précieuses ; puis il sortit du château, lui et ses compagnons, et ils

combattirent jusqu’à ce qu’ils furent tués.

Qutayba, s’étant emparé d’un nombreux butin et ayant emmené beaucoup de captifs, marcha les villes de Kish et de Nakhschab, qui furent également prises. Il envoya son frère ‘Abd-ar-Rahmân contre Tarkhôn, roi de Sughd. Tarkhôn demanda la paix et paya tribut. ‘Abd-ar-Ra Rahmân quitta ensuite le Bukhârà et revint auprès de Qutayba ; puis ils retournèrent ensemble à Merw.

Cependant les habitants de Soghd s’insurgèrent contre Tarkhôn, parce qu’il avait consenti à une paix humiliante. Ils lui dirent :

« Tu es un vieillard, et tu es incapable de nous gouverner. »

Il répondit : « Choisissez un autre roi. »

Alors les habittants de Sughd choisirent pour roi Ghuzek et mirent Tarkhôn en prison. Tarkhôn dit :

« Après avoir perdu le trône, il ne peut manquer de m’arriver d’être tué. Il vaut mieux mourir de ma propre main que de la main d’un autre. »

Et il appuya la poignée de son sabre contre la terre et se perça le corps.

 

Archer arabe en armure cuirassé
Archers arabes en armure cuirassé

EXPÉDITION Omeyyade  de  QUTAYBA DANS LE KHAREZM.

 

Tshîghân, roi de Khârizm, avait un frère, plus jeune que lui, nommé Khor-Zâd, qui bravait son autorité et qui commettait toutes sortes d’excès. Quand il apprenait que Tshîghân

avait reçu un présent, soit une belle esclave ou une monture ou une étoffe précieuse, il s’en emparait ; de même, quand on lui disait que quelqu’un avait une sœur, ou une fille ou unefemme, dont on vantait la beauté, il la faisait enlever et la gardait.

Il dépouillait, tuait ou emprisonnait les citoyens, et faisait tout ce qu’il voulait ; et personne n’osait lui résister ; et quand on se plaignait à Tshîghân, il répondait qu’il était hors d’état de réprimer son frère.

Enfln, ne pouvant supporter plus longtemps le chagrin que lui causait la conduite de son frère, Tshîghân envoya secrètement un messager à Merw et fît inviter Qutayba à venir dans le Khârizm. Il lui fit présenter 3 des clefs d’or du Trésor de Khârizm et la clef de sa cité, en ajoutant la promesse que, si Qutayba le débarrassait de son frère, il se soumettrait à tout ce qu’il lui plairait d’ordonner

. L’ambassadeur de Tshîghân arriva à Merw à cette époque de l’année où l’on entrait habituellement en campagne, et Qutayba, qui se trouvait prêt, lui donna une réponse favorable. Puis il fit semblant de vouloir marcher sur le Sughd.

 

uines de Toprak Kala dans le  Kharezm
Ruines de Toprak Kala dans le Kharezm

Lorsque Khor-Zâd apprit que Qutayba s était mis en campagne pour envahir le Sughd, il réunit ses gens et leur dit :

« Sachez que Qutayba marche contre la Soghdiane. Vous n’avez rien à craindre de lui.

Voici le printemps, c’est le moment de boire et de nous réjouir. Ils firent ainsi et ne connurent les desseins de Qutayba que lorsqu’il arriva à Hezâresp sur le Jayhûn, l’une des 3 cités principales du Khàrizm dont la plus grande était Madinat-al-Fîl. Alors les Khàrîzmiens allèrent trouver Tshighàn et lui demandèrent quelles mesures il allait prendre pour repousser l’ennemi. Tshîghân répondit :

« C’est à mon frère d’aviser, allez trouver Khor- ! »

Cependant, celui-ci venait d’apprendre que c’était son frère qui avait appelé Qutayba. Il voulut le tuer, mais il craignait l’armée. Il se retira alors avec tous ses hommes à Medînat al-Fîl, tandis que Tshîghân livra les autres villes à Qutayba, et se rendit en personne auprès de lui. Khor-Zàd, se sentant menacé, fit demander à Qutayba l’aman. Qutayba lui répondit :

« C’est à ton frère que tu dois demander l’Amân, et s’il te l’accorde, tu l’auras aussi de moi.

Khor-Zàd dit :

« Je sais qu’il faut mourir; il ne serait pas digne de moi de m’humilier devant mon frère, et je

préfère la mort. Il se mit à la tête de ses compagnons et alla au combat ; mais bientôt il fut fait prisonnier et amené à Qutayba. Celui-ci lui dit :

« Que penses-tu du sort que Dieu t’a fait ?

Khorzàd répliqua :

« Ne me blâme pas, ô Commandeur ! J’ai mis la main à l’épée, afin qu elle décidât entre toi et moi. Mais l’épée m’a trahi. »

Qutayba dit :

« Il en arrive toujours ainsi à celui qui se laisse gagner par la faiblesse. »

Puis il donna l’ordre de le mettre à mort. Tshîghân lui dit alors :

« Tu ne m’as pas encore entièrement satisfait, ô Commandeur !

-Que veux-tu ? demanda Qutayba.

-Je désire que tu fasses tuer tous ses compagnons.

-Eh bien, reprit Qutayba, amène-les ! »

Tshighàn les fit rechercher, et tous eurent la tète tranchée et leurs hiens confisqués.

Qutayba vint ensuite à Madînat-al-Fîl, où il reçut ce que Tshighân s’était engagé à donner, à savoir 100 m esclaves et autant de pièces d’étoffe.

Muhammad b. Jarîr n’a mentionné que brièvement les faits relatifs à Tchlghàn ; nous avons complété son récit.

Tshighân demanda encore à Qutayba de lui prêter son aide contre le roi de Khàmjerd, qui attaquait continuellement son territoire. Qutayba envoya contre ce roi son frère Abd-ar-Rahmàn. Celui-ci tua le roi et fit la conquête de son pays ; il en ramena 4 000 prisonniers, que Qutayba fit mettre à mort. Qutayba retourna ensuite à Merw. (..)

 

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe34 

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