Le général Omeyyade Qutayba ibn Muslim prend Samarcande, Kashgar (en Chine) et la révolte au Khorassan par al-Tabari

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Samarkand peinture russe de 1920
Samarkand , peinture Russe de 1920

Le général Omeyyade Qutayba ibn Muslim prend Samarcande :

 

Après avoir terminé la campagne de Khàrizm, Qutayba désirait attaquer Sughd et Samarqand, car les habitants du Sughd avaient violé le traité de paix et avaient mis sur le trône un nouveau roi, nommé Ghurek.

Un homme de la tribu de Sulaym, Mujashir b. Muzàhim, vint le trouver et lui demanda un entretien secret.

Qutayba ayant fait sortir tout le monde, Mujashir lui dit :

« Si tu veux envahir le Sughd, fais-le maintenant ; ce sera facile, car nous n’en sommes éloignés que de 10 jours.

-As-tu parlé de cela à quelqu’un ? lui demanda Qutayba

-Non, répondit Mujashir

-Quelqu’un t’en a-t-il parlé ?

-Non

-Eh bien, reprit Qutayba, je jure que, si un autre en parle, je te ferai couper le cou !

Qutayba fit ensuite appeler son frère ‘Abd-ar-Rahmân et lui ordonna de faire partir les bagages pour Merw.

Abd-er-Ra’hmân fit annoncer cet ordre dans le camp, et se mit en route.

Le lendemain matin, il reçut une lettre de Qutayba qui lui prescrivit d’envoyer les bagages à Merw et de diriger immédiatement l’armée, cavaliers et fantassins, vers le Sughd, sans faire connaître le but de sa

marche. Qutayba ajouta qu’il allait lui-même le suivre. ‘

Abd-ar-Rahmân exécuta cet ordre. Qutayba, au moment de se mettre en route, harangua ses troupes et leur dit :

« Vous savez que les habitants de Sughd ont violé le traité de paix et refusent d’acquitter le tribut qu’ils s’étaient engagés de payer.

Vous savez aussi ce qui est arrivé à Tarkhôn.

Or Dieu a dit dans son Livre : « Celui qui se parjure, le fait à son propre dommage » (XLVIII, 40)

Donc partez et marchez contre eux.

J’espère qu’il en sera des captifs de Samarqand comme des captifs de Qurayzha et de Nadir. »

Guerrier archers sogdiens sur une fresque  murale
Guerrier archers Sogdiens sur une fresque murale

Qutayba arriva à Sughd 4 jours après ‘Abd-ar-Ra’hmân. Le nombre de leurs soldats était de 20 000.

Le roi de Samarqand était Ghurek, qui avait été mis sur le trône à la place de Tarkhôn, comme nous l’avons raconté. Qutayba mit le siège à la ville de Samarqand et la bloqua tout autour.

Les habitants firent de fréquentes sorties et attaquèrent les musuhnans sans relâche.

Puis, un jour, plusieurs d’entre eux parurent sur le rempart et crièrent aux assiégeants :

« Pourquoi, ô Arabes, nous faites-vous la guerre et pourquoi dépensez-vous vos efforts inutilement ? Sachez que nous avons trouvé dans un livre que notre forteresse ne sera prise que par un homme qui s’appellera « Selle » (Samar en Turc : selle)

Abandonnez votre entreprise, et ne faites pas de vains efforts ! Qutayba, en entendant ces paroles, s’écria :

« Dieu est grand ! C’est mon nom ; je m’appelle Qutayba (pommeau ?) !

En avant, attaquez-les ! Et ce jour-là beaucoup d’habitants de la ville furent tués.

Cette circonstance n’a pas été rapportée par Muhammad ibn. Jarîr ; mais elle se trouve dans d’autres ouvrages.

Le roi de Samarqand adressa alors au roi de Shâsh une lettre, dans laquelle il lui disait :

« Les Arabes sont venus nous attaquer ; et s’il arrive qu’ils triomphent de nous, ils se tourneront ensuite contre vous. Nous sommes votre bouclier. »

En conséquence, les habitants de Shâsh, ayant résolu de marcher au secours de Samarqand, envoyèrent un messager à Ghurek et lui firent dire :

« Engage des combats avec les ennemis et occupe-les, tandis que nous tomberons par derrière et à l’improviste sur leur camp. »

Un corps de 2 000 hommes choisis, tous guerriers de renom, se mirent en route.

Qutayba, averti de leur dessein, choisit dans son armée 700 guerriers et leur dit :

« Sachez que des gens de Shâsh veulent nous surprendre.

Partez et mettez-vous en embuscade à tel endroit de la route par laquelle ils doivent passer. »

Çâlih b. Muslim, qui commandait cette expédition, partagea son détachement en 3 corps ; il posta 2 à D et à G de la route, et se tint à proximité avec le troisième. Les gens de Shâsh arrivèrent vers minuit, sans se douter d’un danger.

« En apercevant le corps de Çâlih, ils s’arrêtèrent et engagèrent le combat. A ce moment, les deux autres corps arabes accoururent et tombèrent sur eux. Un musulman, nommé Sha‘ba, asséna un coup de sabre à l’un des guerriers de Shâsh, un prince, et l’ayant frappé sous l’oreille, il fit voler sa tête en l’air. A ce spectacle, les gens de Shâsh prirent la fuite.

Les Arabes les poursuivirent l’épée dans les reins et les tuèrent tous, de sorte que pas un seul n’échappa. Puis ils leur coupèrent les têtes qu’ils emportèrent avec eux, en même temps qu’un riche butin en fait d’armes, de colliers d’or et de belles montures ; car ce corps de troupes avait été composé exclusivement de princes et de gens nobles.

Les Arabes les poursuivirent l’épée dans les reins et les tuèrent tous, de sorte que pas un seul n’échappa.

Puis ils leur coupèrent les têtes qu’ils emportèrent avec eux, en même temps qu’un riche butin en fait d’armes, de colliers d’or et de belles montures ; car ce corps de troupes avait été composé exclusivement de princes et de gens nobles.

Le lendemain de ce combat, Qutayba donna l’ordre d’attaquer la ville. Ghûrek lui fit dire :

« Si tu peux me faire la guerre, c’est que mes frères persans sont avec toi. Envoie des Arabes, tu verras alors comment l’affaire tournera. »

Qutayba, irrité de cette parole, fit faire l’appel des guerriers arabes et les envoya au combat; puis il fit établir des machines et battre les murs.

Il y eut bientôt une brèche. Un guerrier sughdi vint se placer à l’endroit même où le mur s’était écroulé. Qutayba appela ses archers et leur dit :

« Quiconque d’entre vous veut tirer sur cet homme et le tue, recevra une récompense de 10 000 dr. ; mais s’il le manque, je lui ferai couper la main. L’un des archers s’avança et visa l’ennemi. La fièche atteignit le Sughdî au ventre et il tomba.

L’archer vint auprès de Qutaybaet reçut les 10 000 dr. Alors les Türük crièrent aux musulmans :

« Cessez le combat aujourd’hui ; demain nous ferons la paix ! »

Qutayba dit aux soldats :

« Ces Turcs n’ont plus de force ; cessez le combat ! »

Le lendemain il fit la paix avec les habitants de Samarqand. Ghûrek s’engagea à payer un tribut annuel de 10 M de dr. et à livrer la première année 3000 esclaves, parmi lesquels ne seraient ni enfants, ni vieillards, et de plus tous les ornements qui se trouvaient dans les temples du feu.

Il fut stipulé en outre, que toutes les idoles seraient brûlées, que Qutayba aurait le droit de bâtir une mosquée dans la ville, qu’il y prononcerait le sermon, et qu’il ne quitterait la ville qu’après y avoir pris un repas. Ghûrek, ayant accepté ces conditions, fit préparer un repas opulent.

Ruines de l’ancienne cité de Panjakent haut lieu de la Sogdiane
Ruines de l’ancienne cité de Panjakent haut lieu de la Sogdiane 

Qutayba fit son entrée dans Samarqand avec 400 hommes qu’il avait choisis parmi ses familiers et les officiers de l’armée, Ghûrek vint à sa rencontre, lui rendit hommage et marcha devant lui jusqu’à la porte du temple. Qutayba y entra et prit place, et Ghûrek se tint debout devant lui.

Qutayba se rendit ensuite à la mosquée et fit 2 Inclinaisons. Puis il fit apporter les idoles et après les avoir fait dépouiller de leurs ornements, il donna l’ordre de les brûIer.

Les gens de Samarqand lui dirent :

« Certaines de ces idoles sont particulièrement sacrées ; celui qui les brûlerait, périrait.

-Je les brûlerai moi-même, répliqua Qutayba. »

On lui donna du feu et il brûla toutes ces idoles de sa propre main. On en retira 50 000 L ivres d’or et d’argent.

Qutayba ayant demandé à manger, Ghûrek flt dresser des tables et apporter des mets variés. Lorsqu’il eut mangé avec ses compagnons, Qutayba appela les secrétaires et fit rédiger le traité de paix.

Des ouvrages autres que celui de Muhammad ibn Jarîr rapportent que ce traité était conçu en ces termes :

« Au nom du Dieu Clément et Miséricordieux.

Voici ce qui a été stipulé entre Qutayba, b. Muslim al-Bâhilî et Ghûrek b. A’sld b. Afscbin Al-Sughdî.

Le traité est placé sous la sauvegarde de Dieu et du glorieux Muhammad, sous la sauvegarde de Walîd ibn ‘Abd al-Malik, de Hajjâj ibn Yussuf et de Qutayba ibn Muslim et de tous les musulmans… »

La paix était accordée à Samarqand et son territoire, à Kich et à Nakhshab avec leurs territoires, et Ghûrek s’engagea à payer un tribut annuel de 10 M de + 200 m. dr au ‘Âmil, et à livrer 3000 esclaves, parmi lesquels il n’y aurait ni enfant ni vieillard.

Détail de sogdiens de l'époque Omeyyade  7eme siècle
Détail d’une fresque  de Soghdiens de l’époque Omeyyade 7eme siècle, lorsque le calife Omeyyade Abd al-Malik (685-705) ordonna les conquêtes de ce territoire  

Il s’engagea en outre à reconnaître la suzeraineté de Walîd, de Hajjâj et de Qutayba.

Quant au mode de payement, il était stipulé que chaque tête d’esclave serait évaluée à 200 dr, la L d’or 20 dr, et une grande pièce de brocard 100 dr. Qutayba, de son côté, prit l’engagement devant Dieu de ne faire aucun acte d’hostilité ouvert ou caché contre Ghûrek, après la conclusion de la paix, et à venir à son secours, s’il était attaqué par un ennemi.

Il le confirma dans la possession et le gouvernement de Samarqand, de Kish et de Nakhschab et des terres, villes et forteresses qui en dépendaient, lui reconnaissait le droit de rendre des décisions souveraines, et de laisser la couronne à ses descendants.

Il s’engagea à respecter cette convention aussi longtemps qu’il serait gouverneur du Khurâsân. Au bas du traité se trouvait la date de l’an 93/712.

Qutayba et plusieurs officiers et chefs, tels que Husayn b. Mûndîr, et d’autres, en qualité de témoins, apposèrent leurs cachets et remirent cet acte à Ghûrek.

Qutayba retourna ensuite à Merw et annonça la prise de Sam. à Hajjâj, en lui envoyant le Quint du butin. Hajjâj lui répondit :

« Dieu t’a accordé des victoires et des conquêtes qu’il n’avait données à aucun homme avant toi.

Accepte ce que Dieu te donne et sois reconnaissant, ô Qutayba.

En effet, dans le service de la religion de Dieu, tu dois employer plutôt la force et la vigueur, que la douceur et l’indulgence.

Conduis d’une main ferme les aifaires du Khurâsân que Dieu t’a confiées.

Muhammad. ibn. Jarîr rapporte que Qutayba, en retournant à Merw, laissa à Sam. son frère ‘Abdallah avec un corps d’armée et tous les armements nécessaires.

Il lui recommanda de ne laisser entrer dans la ville aucun infidèle sans lui apposer, sur la main, un cachet d’argile, et de le tuer, s’il n’avait pas quitté la ville avant que l’argile fût sèche. Tout indigène qui aurait des armes, devait être mis à mort sur le champ ; de même quiconque se trouverait dehors pendant la nuit, les portes de la ville devant être fermées.

Qutayba insista pour que ces instructions fussent rigoureusement appliquées.

Garde arabe Omeyyade avec casque
Garde arabe Omeyyade avec casque, du palais Omeyyade d’Hisham à Jéricho  

EXPÉDITION OMEYYADE DE QUTAYBA CONTRE SHÂSH ET FERGHANA.

 Au commencement de l’an 94/713, Qutayba quitta Merw, traversa le fleuve et marcha contre Shâsh et Ferghâna.

Les habitants de Kish, de Nakhshab et du Khârizm lui fournirent une armée de secours de 20 000 hommes, qu’il leur avait demandée.

Lorsqu’il fut arrivé dans le Sughd, il envoya ces 20 000 hommes contre Shâsh. Il marcha lui-même contre Ferghana el s’avança jusqu’à Khojand.

Les habitants de Ferghâna cherchèrent à le repousser et lui livrèrent plusieurs combats ; mais les musulmans furent toujours victorieux. Cependant, un jour, cédant à une panique, ils montèrent précipitamment à cheval.

Un homme [indigène] qui, d’une hauteur, voyait la confusion de l’année arabe, et les soldats dispersés par groupes en diflerents endroits, s’écria :

« Par Dieu, si, aujourd’hui, nous attaquons les musulmans, ils seront battus !

Un autre, qui se trouvait à côté de lui, lui dit :

« Ne parle pas ainsi ; agissons selon la parole de ‘Awf b. Al-Khazraj : Quand il s’agit de combattre, ne regardons pas si l’oiseau vole du côté Gauche ou du côté Droite ! D’après la science de divination, on considère comme un heureux présage pour une armée qui part pour la guerre ou qui se trouve sur le point de combattre, quand elle voit un oiseau venant du côté droit ; c’est un mauvais présage, quand il vient du côté gauche. Il en est de même de la course d’un quadrupède).

Les Türük attaquèrent les musulmans, mais ils furent mis en déroute, et Qutayba assiégea leur cité. Les habitants, voyant que toute résistance était inutile, demandèrent la paix et s’engagèrent à payer un tribut annuel.

Qutayba marcha ensuite sur Kâshân, cité du Ferghàna. Les habitants obtinrent la paix aux mêmes conditions que ceux de Samarqand.

Les 20 000 hommes qui avaient été envoyés à Shâsh, revinrent de leur expédition chargés des dépouilles de l’ennemi. Puis Qutayba retourna à Merw.

En cette même année, Qutayba b. M entreprit une expédition contre Jâj et Ferghàna.

Il apprit la mort de Hajjâj, avant d’avoir atteint ces cités. Très affligé par cette nouvelle, il retourna à Merw. En effet, ‘Hajjâj lui avait toujours témoigné une grande estime. Qutayba fit son éloge en disant :

« Tant que tu restais en vie, je fus tranquille pour ma propre vie. »

De retour à Merw, Qutayba reçut de Walîd une lettre dans laquelle il était dit :

« Le AlM t’apprécie et a eu connaissance des guerres saintes que tu as entreprises et des victoires que tu as remportées sur les ennemis des musulmans.

Il t’en honore et te remercie. Il faut que tu continues tes expéditions et que tu ne cesses point de compter sur la récompense de Dieu.

Il faut aussi que tu restes continuellement en correspondance avec le prince des croyants, afin qu’il soit toujours informé de ta situation et de tes mouvements.

Casque retrouvé en Iraq du 7eme siècle, surement d'origine sassanide mais utilisé par les Omeyyades
Casque retrouvé en Iraq du 7eme siècle, surement d’origine sassanide mais utilisé par les Omeyyades

Conquête de Kashghar, par Qutayba, en CHINE.

 L’avènement de Sulaymân inspira des craintes à Qutayba. Il se mit en marche avec son armée et traversa le Jayhûn, en amenant avec lui sa famille, afin de la mettre en sûreté à Sam. Après avoir traversé le fleuve, il se dirigea vers Kâshghar, qui est la cité la plus rapprochée de la frontière de la Chine.

Le roi de Chine, informé de son arrivée dans cette cité, lui envoya un ambassadeur et lui fit dire : « Il faut que tu m’envoies l’un des officiers de ton armée, afin que nous puissions l’interroger, et qu’il nous renseigne sur votre religion. »

Qutayba choisit parmi les musulmans 12 hommes d’un extérieur distingué et sachant manier la parole, leur fit donner des armes et toutes sortes de vêtements d’apparat, des chevaux magnifiques, des harnachements et autres effets, et les députa vers le roi de Chine.

L’un de ces envoyés était Hubayra b. Musharij Al-Kilâbî, homme d’une grande éloquence.

Qutayba leur recommanda de dire au roi qu’il avait juré de ne point s’en retourner avant d’avoir foulé le sol de son empire, enchaîné ses officiers et reçu un tribut.

Lorsque ces envoyés furent arrivés à la résidence du roi, celui-ci les fit inviter à se présenter devant lui.

Après s’être rendus au bain, ils mirent des vêtements blancs, des ceintures et des sandales et arrivèrent ainsi à l’audience.

épées chinoise du 7eme siècle de l'époque omeyyade et des conquètes en chine occidental par les musulmans
épées chinoise du 7eme siècle de l’époque omeyyade et des conquètes en chine occidental par les musulmans

Le roi les fit asseoir, ainsi que tous les officiers et les grands du royaume.

Personne ne parlait, ni le roi, ni les personnages de sa cour, ni les ambassadeurs. Quand ceux-ci se furent retirés, le roi, s’adressant à ses conseillers, leur demanda ce qu’ils pensaient de ces étrangers. Ils répondirent :

« Ce sont des gens qui ressemblent à des femmes ; aucun d’entre nous ne les a flairés sans sentir s’éveiller en lui des désirs. »

Le lendemain, invités de nouveau à paraître devant le roi, les musulmans se présentèrent en vêtements de couleurs, et portant des turbans de soie. Quand ils se furent retirés, sans que personne eût parlé, le roi demanda à ceux qui avaient assisté à l’audience : Comment les avez-vous trouvés aujourd’hui ?

Ils répondirent :

« Aujourd’hui, ils ressemblent davantage à des hommes. »

Le troisième jour, appelés encore devant le roi, les ambassadeurs, ayant revêtu leurs cuirasses et leurs armures, le heaume sur la tête, le sabre au côté, la lance dans la main et l’arc sur l’épaule, montèrent à cheval, et se rendirent ainsi auprès du roi.

Celui-ci, les voyant venir de loin, fut frappé de terreur par l’aspect formidable de ces hommes et de leur armement.

Avant de leur avoir permis de s’asseoir, il donna l’ordre de les faire retirer.

Il demanda ensuite aux gens de sa cour ce qu’ils en pensaient : Ceux-ci répondirent :

« Par Dieu, nous n’avons jamais vu des hommes aussi formidables et des guerriers si terribles ! ».

Alors le roi fit dire aux ambasssadeurs :

« Députez vers moi un Arabe, le plus intelligent d’entre vous. On envoya Hubayra. Le roi lui dit :

« Vous avez vu mon empire et ma puissance ; vous êtes entièrement en mon pouvoir, et personne ne pourrait vous en tirer. Je veux t’adresser une question ; dis la vérité, sinon je te fais mettre à mort, toi et tes compagnons. —

-Parle, répliqua Hobaïra.

-Pourquoi, reprit le roi, le premier jour où vous vous êtes présentés devant moi, étiez-vous habillés de telle manière, et le second jour, et le troisième, de telle autre façon ?: Le pre-

mier jour nous portions les habits que nous mettons quand nous nous rendons auprès des femmes et des enfants, répondit Hubayra, le second jour nous avions le costume dans lequel nous paraissons devant des grands personnages ; le troisième jour nous étions tels que nous allons combattre des ennemis.

-Tu as bien répondu, dit le roi, étonné de cette réponse, maintenant allez-vous-en auprès de votre chef et dites-lui qu’il s’en retourne, que je connais bien son ambition, et que je n’ignore

pas son fort et son faible. S’il ne se retire pas, j’enverrai des gens pour vous exterminer, vous et lui.

-Que peut faire quelqu’un dont les gens sont éloignés les uns des autres par tant de journées de marche ? répliqua Hobaîra ; Et comment Qutayba n’aurait-il pas d’ambition, lui qui a remporté tant de victoires et qui a conquis tant de royaumes ?

Maintenant il est venu pour t’attaquer. Quant à tes menaces de mort, sache que nous ne les craignons pas ; le terme de la vie est fixé pour chacun, et nous sommes prêts à nous y soumettre à n’importe quel moment.

-Que faut-il donc faire pour le contenter ? demanda le roi

: Il a juré de ne pomt retourner avant d’avoir foulé le sol de votre empire, d’avoir enchaîné vos vassaux et d’avoir reçu un tribut, répondit Hobaîra.

-Eh bien, reprit le roi, nous le dégagerons de son serment en lui envoyant un peu de terre de cette ville, qu’il pourra mettre sous son pied, quelques-uns de nos jeunes princes, auxquels il pourra mettre des chaînes, et de l’argent. »

Il fit remplir de terre une boîte d’or, qu’il remit aux ambassadeurs, ainsi qu’une grande quantité d’étoffes de soie, d’or et d’argent, et après leur avoir donné pour eux-mêmes des beaux vêtements, il les fit partir, et avec eux 4 jeunes princes.

Qutayba accepta ces objets, fit mettre des chaînes aux 4 princes, et les renvoya ensuite auprès du roi de Chine. La terre que Ton avait apportée fut répandue sur le sol et Qutayba la foula de ses pieds.

Puis il leva son camp et revint à Merw.

Carte de Mahmoud al-Kashgari de Diwanu Lughat à-Turk, montrant la répartition du 11e siècle, des tribus turques.
Carte de Mahmoud al-Kashgari tiré du « Diwanu Lughat al-Turk », montrant la répartition au 11e siècle, des tribus turques.

REVOLTE DE QUTAYBA DANS LE KHURÂSÂN.

 

Hajjâj el Qutayba avaient été les seuls gouverneurs qui s’étaient prêtés au projet de Walîd qui avait voulu foire reconnaître comme héritier du trône son fils ‘Abd al-‘Azîz, à la place de Sulaymân.

Celui-ci, après son avènement, était mal disposé envers Qutayba, qui redoutait son ressentiment.

Ce fut là une première cause de sa révolte. Qutayba craignait, en outre, que Sulayman  qui affectionnait beaucoup Yazîd b. Muhallab, ne lui donnât le gouvernement du Khurâsân, province à laquelle Yazîd était attaché de cœur et d’âme ; et il craignait cet événement d’autant plus, qu’il avait lui-même persécuté les membres de la famille de Muhallab, en voulant leur foire restituer (certaines sommes d’argent. Alors il fit venir un de ses amis et lui dit :

« Rends-toi à Nishâbûr et envoie-moi de là tous les renseignements qui te parviendront concernant Yazîd b. M, afin que je puisse aviser. Applique-toi à m’avertir des moindres faits. »

Cet homme vint à N et y prit sa résidence ; il envoya de là de différents côtés des émissaires, et recueillit des informations. Puis il écrivit à Qutayba :

« J’apprends comme un fait certain que Y b. M, va obtenir le gouvernement du ‘Irâq et qu’il a

pour mission de poursuivre Abû ‘Âqil Al-Thaqâfî (de la famille de Hajjâj.) ».

Qutayba, en lisant cette lettre, s’écria :

« S’il lui a donné ‘Iraq, il lui donnera aussi le Khurâsân ! »

Il forma aussitôt le projet de quitter le Khurâsân et de se rendre dans le Khârizm, pour se mettre en sûreté.

Les murs de Constantinople
Les murs de Constantinople, les armées omeyyades en ont fait le siège.

Il rédigea une lettre qui était supposée lui avoir été adressée par Sulaymân et qui était ainsi conçue :

« Je sais qu’un émir de la famille Omeyyade  doit fairela conquête de Constantinople et en enlever les tuniques d’Adam et d’Eve, et se rendre maître de tout le pays [de Roum]. Je veux donc faire une expédition contre Constantinople, espérant que Dieu me favorisera moi-même de cette conquête.

Quand cette lettre te parviendra, il faut que tu te mettes en marche pour te rendre à Ferghâna, et de là en Chine. Applique-toi avec zèle à la cause de Dieu. D’ailleurs je connais ton dévouement, et je t’élèverai et te récompenserai. »

Qutayba réunit ses troupes, leur lut cette lettre et leur donna l’ordre de se préparer au départ. Quand S fut informé de ces faits, il adressa une lettre à Y, à Baçra, l’appela auprès de lui et lui dit :

« Sache que Qutayba craint de te voir investi de la Wilâya du Khurâsân.

Il faut que tu lui écrives une lettre, dans laquelle tu approuves sa résolution de marcher sur Ferghâna et que tu ratifies ce qu’il a fait ; puis il faut lui donner l’ordre de ne point quitter ce pays avant d’avoir pris toutes les forteresses qui s’y trouvent.

Recommande au messager qui lui portera ta lettre, de dire à ses soldats que le AlM a augmenté leur solde de 100% et qu’il autorise tous ceux d’entre eux qui le désirent à rentrer dans leurs foyers. Comme les soldats aiment revenir dans leurs familles, Qutayba sera très mécontent; il voudra les retenir, et alors ils lui résisteront ! »

Y fit ainsi. Lorsque Qutayba reçut la lettre de Yazîd, il fut très heureux ; il réunit ses troupes et leur en donna connaissance.

Quand il en eut fait la lecture, le messager de Y se leva et dit : « Musulmans, le AlM a augmenté votre solde de 100%, et autorise tous ceux qui le désirent à

rentrer dans leurs foyers. »

Qutayba comprit qu’il voulait lui aliéner les soldats, et il s’écria :

« C’est un mensonge ! Ces paroles n’ont pas le sens que vous croyez. S veut vous amener à prêter le serment d’hommage à son fils qui est un jeune homme inepte et stupide. Par Dieu, le jeune homme qui me sert est plus capable qu’Ayûb b. Sulaymân !

Qutayba, étant rentré chez lui, écrivit à S trois lettres. Dans la première, écrite sur une feuille entière, il rappelait son dévouement pour ‘Abd al-Malik et pour Walîd et ajoutait :

« J’aurai le même dévouement pour toi, si tu ne m’ôtes pas le gouvernement du Khurâsân. »

Dans la seconde lettre, écrite sur ½ feuille, il parlait de ses victoires, de ses nombreuses campagnes et de tout ce qu’il avait fait, et de son autorité et de sa réputation parmi les habitants de la Perse ; il parlait avec mépris de la famille de Muhallab, puis il ajouta : Par Dieu, si tu nommes Y b. M, gouverneur du Khurâsân, je me révolterai contre toi, le prince des croyants, je m’opposerai à lui par la force et vous créerai de grands embarras.

Enfin la troisième lettre, écrite sur ¼ de feuille, était ainsi conçue :

« J’ai cessé de reconnaître Sulaymân b. ‘Abd al-Malik, comme mon souverain, et je me suis révolté contre lui. »

Qutayba demanda un homme de bonne volonté pour porter ces lettres à Sulaymân. Un de ses affranchis s’offrit pour remplir cette commission, et Qutayba lui remit les trois lettres, en lui disant :

« Donne d’abord à Sulaymân cette première lettre. Si, après l’avoir lue, il la remet à Yazîd, donne-lui la seconde, et s’il la communique également à Y, donne-lui la troisième. Mais si, après avoir lu la première lettre, il la garde sans la communiquer à Y, garde les deux autres et ne les montre à personne. Le messager se rendit en Syrie et se présenta devant le calife.

Les conquète Omeyyade en Asie  en 720
Les conquêtes Omeyyade en Asie en 720

Muhallab, assista à l’audience. Sulaymân, après avoir lu la première lettre de Qutayba, la tendit à Y.

Alors le messager lui remit la seconde, que S donna aussi à Yezid. Puis il lui remit la troisième. S, après avoir lu cette dernière, la tendit également à Y, en disant :

« Nous avons mal agi envers Qutayba, car c’est un homme capable et il a accompli de grandes choses.

Il se leva, prit la troisième lettre dans sa main, et fit conduire le messager à l’hôtel des étrangers. Le lendemain il le fit appeler, lui donna 100 dn et lui remit pour Qutayba l’acte d’investiture du gouvernement du Khurâsân. Il fit accompagner le messager par un homme de la tribu de ‘Abd al-Qays, nommé Ça‘ça‘a. Quand ces deux hommes arrivèrent à Hulwân, ils apprirent que Qutayba s’était révolté.

L’envoyé de S retourna en Syrie, tandis que l’autre continua sa route vers le Khurâsân.

Lorsque le messager fut de retour auprès de Qutayba, celui-ci lui demanda ce qu’il avait à lui annoncer.

-J’ai à t’annoncer répliqua le messager, qu’un envoyé de S était en route pour t’apporter l’acte de nomination au gouvernement du Khurâsân ; mais arrivé à Hulwân, il a appris que tu avais levé l’étendard de la révolte contre S ; alors il m’a remis cet acte et s’en est retourné.

Qutayba regretta ce qu’il avait fait. Il fit appeler ses frères et les consulta. Ils furent tous d’avis qu’il ne pouvait plus compter sur le pardon de S. Qutayba fit ensuite appeler Buhturi b. ‘Abd-Allah, homme illustre, qui jouissait d’une grande autorité parmi les habitants du Khurâsân, et lui dit :

« Ô Buhturi, je t’ai éprouvé dans beaucoup de circonstances. Voilà ce que je viens de faire, et je ne me sens plus en sûreté vis-à-vis de S. Quel conseil me donnes-tu ?

-Soulaîmân te connaît ; répondit Buhturi ; il sait quel est ton dévouement et quels sont les services que tu as rendus à la cause de l’islâm ; il ne te tuera pas.

-Hélas ! s’écria Qutayba, crois-tu que j’aie peur de la mort ? Ce que je crains, c’est qu’il donne le gouvernement du Khurâsân à Y b. M, qui me fera comparaître devant lui et m’humiliera devant tout le monde ; et à cela je préfère la mort.

-Je pense, reprit Buhturi, que Y n’agira pas ainsi avec toi, s’il devient gouverneur du Khurâsân.

J’espère même que ton envoyé reviendra en t’apportant à toi-même la nomination au gouvernement de la province. Ne précipite rien ; tu ne sais pas comment les choses tourneront.

– Hélas, ô Bo’htori, répliqua Q, mon envoyé m’a apporté l’acte de nomination, mais l’envoyé de S, en apprenant à Hulwân que je me suis révolté contre le Lieutenant, s’en est retourné. »

 

Ruines de Tus en Iran, ancienne capitale régional du Khurasan
Ruines de Tus en Iran, ancienne capitale régional du Khurasan gravure de 1891

Qutayba fit ensuite appeler Hudhayn, ibn Mundir al-Bakrî, et lui dit :

« Abû Muhammad, je veux faire une chose, par laquelle le Khurâsân sera perdu pour les musulmans.

-Quelle est cette chose ? demanda Hudhayn

-Je veux envoyer quelqu’un avec une armée vers Kâshghar, dit Qutayba, et sur certaine route que je sais et par où je crains une attaque, pour les mettre en état de défense. Qu’en penses-tu?

Il y a, ô Commandeur, une seule route qu’il faudrait pouvoir fortifier, répliqua Hudhayn, car alors tu serais à l’abri de toutes les attaques.

-Et quelle est cette route? demanda Qutayba.

-C’est la route du terme fatal. »

Qutayba, furieux de cette réponse, saisit dans sa colère son bonnet sur sa tête et le jeta par terre avec tant de violence qu’il se déchira en deux morceaux.

« Tu te jettes un mauvais sort, dit Hudhayn.

-C’est que tu me mets continuellement en colère, s’écria Qutayba, et tu dis des choses que je ne veux pas entendre! »

Hudhayn se leva et sortit. Qutayba fit appeler ses frères et délibéra avec eux. ‘Abd-ar-Rahmân, ibn Muslim, dit :

« Rends-toi à Samarqand, et dis aux soldats : Ceux qui veulent rester avec moi, je partagerai avec eux tout ce que je possède ; ceux qui désirent rentrer dans leurs foyers et dans leurs provinces savent ce qu’ils ont à faire ; personne ne les retient. En agissant ainsi, tu n’auras plus que des gens fidèles et dévoués avec toi, et akaprèsrs déclare-toi indépendant de Sulaymân.

Carte du Khorasan  Iranien Map of Khorasan souce :  Microsoft Encarta
Carte du Khorasan Iranien  source : Microsoft Encarta

-Voilà ce qu’il faut faire ! » s’écria Qutayba.

Il réunit les troupes et les harangua. Après avoir payé on tribut de louanges à Dieu, il s’exprima en ces termes :

« Vous sayez, ô musulmans, que j’ai été pour tous un chef qui a réuni le frère au frère, et le fils au père. Je vous ai distribué le butin légalement et tous ai payé votre solde fidèlement.

Vous avez connu les Commandeurs qui ont été avant moi.

Umayya b. ‘Abdallah, n’a réduit aucun ennemi et n’a gagné le moindre butin, et il n’a pas su maintenir la discipline.

Il a écrit à ‘Abd al-Malik que l’impôt du Khurâsân ne suffisait pas aux dépenses de sa cuisine.

Muhallab b. Abî Çufra, qui lui succéda, vous a tenus en suspens pendant 3 ans, afin de savoir si vous étiez pénétrés de l’esprit de discipline ou de l’esprit de révolte ; vos armes et vos vêtements se sont usés et votre argent s’est épuisé, tous n’avez gagné aucun butin et n’avez réduit aucun ennemi.

Vous avez vu ensuite à l’œuvre son fils Yazid. Puis vous avez été témoins de ma justice et de mon équité. Qu’avez-vous à répondre à cela ? »

Personne ne répondit.

Irrité de ce silence, Qutayba s’écria :

« Que Dieu n’accorde pas sa grâce à celui qui mettrait sa confiance en vous !

Par Dieu, vous pouvez bien fendre la tête à une femme ; car vous êtes des hommes rapaces et cupides !

Est-ce en temps de guerre ou en temps de paix que tous me servez ?

Vous avez remplacé votre métier de tirer les cordes des bateaux par le métier des armes !

Vous êtes un ramassis de Bédouins !

Qu’ils soient maudits les Bédouins !

Ce sont des infidèles et des hypocrites !

Je vous ai pris derrière vos vaches et vos ânes, et maintenant que vous êtes devenus riches, que vous avez les mains remplies des dépouilles de la Perse, et que vous avez eu pour serviteurs les prises de Sughd ! Par Dieu, si Yaziz ibn. Muhallab était votre Commandeur, il vous briserait ! »

Les troupes gardèrent le silence et s’en allèrent, et Qutayba rentra dans son hôtel.

Ses frères et les gens de sa famille vinrent le trouver et lui dirent :

« Que viens-tu de faire, Commandeur ? Tu as insulté tous les hommes respectables de l’armée ; tu n’as épargné aucun de ceux qui sont tes parents et tes alliés. Tu as même attaqué les Banu Bakr ibn Wa’il, qui sont tes soutiens !

– Je leur avais adressé la parole, et aucun d’eux n’a répondu, répliqua Qutayba, alors je suis entré en colère, et je n’ai pas su ce que je disais… Des hommes respectables ! Ils sont comme des chameaux de la dîme, ramassés de tous côtés !

Les Banu Bakr ibn Wa’il , ce sont des filles publiques qui se donnent à tout le monde ! Les Banu. Tamîm, ce sont des singes !

Les ‘Abd al-Qays, ce sont des démons du désert ! Par Dieu, si jamais je suis leur souverain, je les traiterai ignominieusement ! »

Les soldats allèrent trouver ‘Abd-ar-Rahmân Qaçarî, qui avait été offensé par Qutayba, et lui dirent :

« Tu sais ce que le Commandeur a dit de nous et de nos amis ?

-Je l’ai appris, répondit Qaçarî. Maintenant que voulez-vous?

-Nous voulons aller lui demander notre congé, pour retourner dans nos foyers. Il pourra alors se révolter contre Sulaymân, s’il le veut, ou se soumettre ; et s’il ne nous donne pas notre congé, nous partirons quand même.

-Vous savez, reprit Qaçarî, que je suis son ennemi. Mais j’irai voir son frère ‘Abd-ar-Rahmân, qui est le meilleur d’entre eux.

-C’est bien, répondirent les soldats. »

Qaçarî se rendit auprès de ‘Abd-ar-Rahmân et lui dit :

« Je crois que ton frère Qutayba a perdu la tête. S’il ne m’avait pas offensé, je lui aurais parlé ; car les soldats menacent de se révolter contre lui et d’attenter à sa vie. Il faut que tu lui dises de les renvoyer dans leurs foyers, avant que les affaires ne prennent un tournant grave et que tu ne puisse plus ???? ????.:

« Mon frère Qutayba ne craint pas cela ; répliqua ‘Abd-ar-Rahmân ; Mais je pourrais charger un homme ???? de ??? faire partir dans différentes directions et de leur assigner des garnisons dans les montagnes et les plaines.

-Si tu fais celà, s’écria Qaçari, ils prendront les armes contre vous ! »

Et il le quitta. ‘Abd-ar-Rahmân se rendit auprès de Qutayba et lui communiqua les paroles de Qaçarî.

« Qui est-il ? s’écria Qutayba, pour parler ainsi ! »

Cette parole fut transmise à Qaçarî qui fît dire aux soldats :

« Sachez que je ne me mêle plus de vos affaires ; faites œ que vous voudrez. »

Alors l’armée ???? de se révolter contre Qutayba. Hayyân. de ce qui venait de se passer, vint visiter Qutayba et lui dit :

« Tu t’es aliéné les troupes, Commandeur ; donne-leur leur congé afin qu’ils regagnent leurs foyers, pour épargné le gros de leurs forces et pour te débarrasser des hommes hostiles et dangereux. Tu pourras ensuite prendre les mesures. »

Khorasan
al-Khurasan

Qutrayba refusa.

-Eh bien, reprit Hayyân, fais venirles gens de la Perse et prépare-toi en secret ; et quand tu auras des forces suffisantes, fais appeler ceux qui te sont hostiles et fais leur couper la tête. Les autres deviendront ensuite tes auxiliaires.

-Non, dit Qutayba, je ne ferai pas cela

-Alors convoque les soldats, parle-leur avec douceur et cherche à les contenter par des faveurs.

-Non, dit Qutayba.

-Alors, reprit Hayyân, tu es perdu ! » Et il le quitta.

 

Qutayba fit faire ???? des troupes, et quand elles furent réunies, il se leva et les harangua.

Après avoir payé un tribut de louanges à Dieu, il parla encore en termes violents et injuria les soldats.

Puis il leur dit :

« Vous savez que, lorsque je suis venu ici, vous étiez vêtus de frocs vulgaires et vous aviez une nourriture grossière.

Je vous ai donné des vivres de bonne qualité et choisis, et vous ai fourni des habits élégants. Je vous ai enseigné ce que vous ne saviez pas et vous ai rendus célèbres et puissants.

Quand, après la révolte d’Ibn Ash’at, à laquelle vous aviez pris part, vous êtes venus chercher auprès de moi un refuge contre la vengeance de Hajjâj, je vous ai protégés.

Or maintenant que vous n’avez plus rien à craindre, vous êtes ingrats et vous êtes là à vous plaindre de moi et à demander autre chose.

Par Dieu, si je le voulais, je serais le plus puissant de tous les Arabes, au moyen de tout ce que Dieu m’a accordé ! »

Puis il s’écria :

« Où sont les archers, ceux qui, avec leurs flèches, lancées d’une main sûre, savent atteindre l’œil de l’ennemi et coudre la paupière à l’orbite ? »

Les princes et nobles de la Perse, les nobles Turcs, ceux de Sughd, de Bâdeghîs, du Tukhâristân et du Khurâsân se levèrent.

Ils étaient plus de 10 000 jeunes gens, tous archers habiles qui, lorsqu’ils lançaient une flèche, ne manquaient jamais le but.

Qutayba dit en les montrant :

« Voilà les plus grands personnages de la Perse, en fait de noblesse et en fait de vaillance. Ils vous sont supérieurs en toutes choses, et dans la guerre , ils sont plus braves que les Arabes ! »

Personne ne répondit à ce discours, et Qutayba, plus irrité encore, garda le silence.

Les soldats se séparèrent, résolus de tourner leurs armes contre Qutayba.

Les officiers de Qutayba se rendirent auprès de Hudhayn b. Mundir al-Bakrî, et lui dirent :

« Abû Muhammad, veux-tu que nous te nommions notre chef et que nous te chargions de la direction des affaires, jusqu’à l’arrivée d’un nouveau gouverneur, de la part de Sulaymân ? Tu prendras soin de nos intérêts ; car Qutayba a complètement perdu la tête. »

L'infanterie Omeyyade au 7eme siècle
L’infanterie arabe Omeyyade au 7eme siècle

Hudhayn répliqua :

-Non, je ne me soucie pas de cela car l’armée du Khurâsân est formée de 3 corps, dont le principal, composé de guerriers de renom, est la tribu des banu . Tamîm, qui ne consentîront jamais à laisser le commandement à quelqu’un qui ne serait pas pris parmi eux ; ils défendront Qutayba.

D’ailleurs, entre eux et les autres il y a de l’hostilité à cause du meurtre des banu Hâshim.

-Tu as raison, répliquèrent les officiers ; ils se joindront aux gens de Mudar.

Ils quittèrent Hudayn et se rendirent auprès de ‘Abdallah , al-Juhaynî, et lui parlèrent de cette affaire. ‘Abd Allah refusa également.

Ils retournèrent chez Hudhayn et lui dirent :

« Les Banu. Bakr ibn  Wa’il  n’hésiteront pas à te suivre ! Sois notre chef !

-Non, répondit ‘Hodhaîn; je yeux rester étranger à cette entreprise ; prenez un autre que moi ; car les Banu Mudar ne consentiront pas à laisser enlever le commandement à leur tribu, à laisser tuer leur chef et à reconnaître un autre chef.

Les officiers se retirèrent et allèrent trouver Hayyân b. ???? et lui demandèrent d’intervenir auprès de Hudhayn, pour le déterminer à accepter le commandaient.

*Hayyàn vint chez Hudhayn et lui dit :

« Pourquoi refuses-tu d’abandonner Qutayba et de te laisser proclamer Commandeur ? Hudhaîn répliqua :

-Abû Ma‘mar, je t’adjure, par Dieu, de ne plus revenir sur cette affaire, car je ne peux plus en entendre parler ! Puis il s’assit et il continua : Je ne puis me tenir debout, tant je suis effrayé en songeant que Qutayba pourrait être informé de ces projets. Laissez-moi et cherchez un autre Chef ! Hayyan le quitta.

Les officiers envoyèrent des émissaires à différentes tribus de Modhar et les firent inviter à une conférence. Hayyàn leur dit :

« Il n y a qu’un homme capable de diriger cette entreprise : c’est ce Bédouin Waqi‘ ibn Abû Sund  At-Tamîmî.

C’est un guerrier três brave, qui ne calcule pas les suites d’une affaire et qui ne se soucie pas de l’issue.

De plus il a beaucoup de parents qui suivent sa direction. Il fera certainement ce que nous demandons ; car il est ennemi de Qutayba qui lui a enlevé le commandement des Bani Tamîm et l’a donné à Dhirâr b. Husayn. »

Les conjurés se rendirent donc chez Waqi‘ et lui proposèrent d’être leur chef. Waqi‘ dit aussitôt :

« Tends ta main, Hayyân ! »

Hayyân mit sa main dans celle de Waqî’ et lui prêta la Bay‘a.

Ruines de l'ancienne Cotée de Neyshabour , al-Khorasan, Iran
Ruines de l’ancienne Citée de Neyshabour , al-Khorasan, Iran

Lorsque Qutayba apprit que Hayyân avait reconnu comme chef Waqi‘ et qu’il avait soulevé les troupes contre lui, il s’écria :

« Par Dieu, Hajjâj m’avait bien dit, lorsque je lui donnai le gouvernement de Sughd, de ne point me fier à cet homme qui, un jour, me causerait des embarras ! »

Qutayba fit appeler un de ses familiers et lui donna l’ordre de tuer Hayyân. Celui-ci fut averti à temps, et quand Qutayba envoya quelqu’un pour l’inviter à se rendre chez lui, il se fit excuser, disant qu’il était malade.

Pendant ce temps, les soldats se présentaient, les uns après les autres, chez Wakî’ et lui prêtaient Bay‘a. La garnison du Khurâsân comptait, à cette époque, 40 mille guerriers de Baçra, dont 9 000 montagnards et 7 000 Bani Bakr, qui avaient pour chef  Hudhayn ; 10 000 Banu Tamîm, commandés par Dhirâr ibn Huçayn ; 4 000 de la tribu ‘Abd al-Qays, commandés par ‘Abdallah b. ‘Alwân ; 10 000 de la tribu Azd, commandés par Hayyân ibn Iyâs. Il y avait de plus 47 mille hommes de Kûfa, commandés par Jahm b. Zahr, et 7 000 Mawâlî sous le commandement de Hayyân.

Quelques-uns disent que ‘Hayyân était originaire du Khurâsân, d’autres de Daylam. Toutes ces troupes étaient hostiles à Qutayba, sauf les réserves qu’avait signalées Hudhayn. Ensuite

Hayyân fit dire à Waqî’ : Si je le prête mon concours dans la lutte contre Qutayba, me donneras-tu l’intendance des impôts des provinces Transoxianes ? Waqi’ lui promit ce poste.

Quelques personnes vinrent avertir Qutayba des engagements des troupes envers Waqî’ et de leurs projets de révolte, et l’engagèrent à prendre immédiatement des mesures de précaution.

Qutayba refusa de croire à ces rapports.

Waqî’ était un hôte assidu dans la maison de ‘Abdallah ibn  Muslim, où il passait son temps à boire avec ‘Abdallah.

Celui-ci dit à Qutayba :

« C’est par jalousie qu’on dit ces choses, parce qu’on voit Waqî’ chez moi. Encore hier soir il s’est enivré chez moi ; il a souillé ses vêtements, et on l’a emporté chez lui sans connaissance. Ce que l’on dit est faux et impossible. »

Cependant ceux qui prêtaient serment à Waqî’ lui dirent :

« Abû Mutarraf, en te prêtant Bay‘a, c’est à Sulaymân b. ‘Abd-al-Malik, que nous prêtons serment, et il est entendu que tu te soumettras à l’émir que Sulaymân nommera. Waqi‘ répliqua : Je me soumettrai et obéirai au AlM et à celui qu’il enverra.

 

La Mosquée des Omeyyades à Damas
La Mosquée des Omeyyades à Damas

Qutayba chargea un homme, nommé Dhirâr b. Sinân, al-Dhabbi, de se rendre auprès de Waqî’ et de lui faire Bay‘a, afin de savoir si les rapports qui lui avaient été faits étaient vrais. Dhirâr vint trouver Waqî’.

Celui-ci, se disant malade, s’était frotté les pieds de terre rouge ; il avait les jambes enveloppées de bandages et 2 de ses serviteurs se tenaient auprès de lui et procédaient à des enchantements.

Le messager de Qutayba lui dit :

« Le Commandeur t’appelle.

-Tu vois, répliqua Waqî’, dans quel état je suis.

Le messager retourna auprès de Qutayba et lui rendit compte de sa mission. Qutayba dit :

« Retourne.

-Émir, dit le messager, je l’ai vu dans un état qui ne lui permet pas de venir. Je suis convaincu qu’il n’en échappera pas.

-Retourne, dit Qutayba, et amène-le dans un siège. »

Le messager alla de nouveau chez Waqî’ et lui dit :

« L’émir ordonne que, si tu ne peux pas marcher, tu te fasses porter chez lui dans un siège. Waqi’ répliqua :

« Quand on me lève sur un siège, mes souffrances augmentent. »

Le messager rapporta celte réponse à Qutayba. Celui-ci fit appeler Sharîk b. Çâmit al-Bâhilî, et une autre personne, et leur dit :

« Allez, amenez-moi Waqî‘; s’il refuse de venir, apportez-moi sa tête ! »

Tumâma b.  Nâjiya al-‘Adawî, qui se trouvait présent, dit :

« Je l’amènerai, ô Commandeur ! ».

Thomâma se rendit à la maison de Waqi’ et lui dit :

« Vite, Qutayba veut te prendre ! »

Et il resta auprès de lui. Ensuite Waqi’ dit à Tumâma de faire sonner le rappel.

Le premier qui se présenta fut Huraym b. Abû Tâhma avec 8 000 Tamîm. Waqî’ se fit donner un couteau, coupa les bandages qui enveloppaient ses jambes, revêtit son armure, prit son sabre et sortit.

Tous ses compagnons arrivèrent en peu de temps, armés et équipés, et on se mit en marche vers l’hostel de Qutayba.

Quelques amis de Qutayba allèrent au-devant de Waqi‘ et lui dirent :

« Abû Mutarraf, parce que tu as eu des craintes du côté du Commandeur, tu veux te charger d’une telle responsabilité ? Ne le fais pas ; crains Dieu, et ne joue pas ta vie ! »

Waqi ‘ dit à ses compagnons :

« Ces hommes me disent que si je voulais me rendre auprès de Qutayba, je peux le faire en sûreté.

Mais ils mentent, ces fils de courtisanes ! On portera ma tête à Qutayba, ou on m’apportera la sienne !

On entendait partout les soldats crier et appeler leurs camarades à se rendre auprès de Waqî’ ; les Banu. Tamîm et les autres troupes vinrent de tous côtés le rejoindre.

Waqi‘ fit halte en face de l’hostel de Qutayba. Les Banu ‘Abd al-Qays accoururent pour défendre Qutayba ; mais ils reconnurent bientôt qu’ils ne pourraient pas résister à un si grand nombre d’hommes.

Qutayba, en entendant les clameurs devant son hostel, demanda ce qui se passait. On lui dit que Waqi‘ était là avec toute l’armée.

Il voulut aussitôt monter à cheval. Le cheval qu’on lui amena, tomba.

Qutayba le fit ramener et s’assit sur un siège, vêtu d’une tunique, un manteau sur les épaules, le sabre au côté, et sur la tête un turban qu’il avait reçu de sa mère et qu’il portait toujours, quand il livrait une bataille.

Ses frères et les gens de sa maison se tenaient près de lui sous le pavillon. Un homme de la famille de Qutayba, nommé Yazîd b. Muslim, qu’il avait précédemment outragé (il lui avait fait raser la tête et la barbe, vint maintenant se joindre aux  insurgés, excita les hommes et déclama contre lui.

Qutayba demanda quel était cet homme qui criait ainsi, et apprenant que c’était Yazid ibn. Muallib il dit à l’un de ceux qui se trouvaient près de lui :

« Va, et crie à haute voix : B. ‘Âmir, n’êtes-vous pas nos parents ? »

Un homme nommé Muhçîn répondit à ces paroles :

« C’est toi qui as abandonné les Banu ‘Âmir et qui les as insultés ! »

Qutayba fit crier de nouveau :

« Je vous adjure par Dieu et par les liens de notre parenté !

Muhçîn répliqua :

« Tu as brisé toi-même les liens de la parenté. Que Dieu nous refuse son pardon, si nous te pardonnons jamais ! »

Qutayba fut très-affligé de cette réponse. Un brave guerrier d’entre ses amis, nommé Hubaîra al-Jadlî, lui proposa de lui apporter la tête de Waqî‘.

Qutayba lui imposa le silence et lui ordonna de rester.

Hayyân al-Nabati arriva avec un certain nombre de Persans et se mit auprès de Qutayba. ‘Abdallah b. Muslim, lui dît :

« Attaquons-les de ce côté-là !

-Il n’est pas encore temps d’attaquer, répondit Hayyân.

-Donnez-moi mon arc ! s’écria Qutayba en colère

-Ce n’est pas un jour où on emploie l’arc, lui dit ‘Hayyân. »

Ensuite Waqi‘ envoya un messager à Hayyân pour lui rappeler l’engagement qu’il avait pris de passer de son côté. ‘Hayyân dit à son fils :

« Fais attention à ce que je ferai. Quand je retournerai mon bonnet et que je me dirigerai vers

Waqi‘ tu me suivras avec tes troupes ! »

Un de ses parents, nommé Haytam ibn Mujayyîd, récita ces vers :

-Je lui ai appris chaque jour à tirer de l’arc, et quand il est devenu fort, il tire sur moi ! »

Les Banu Azd et les Banu Bakr furent les premiers à l’assaut.

Après avoir coupé les cordes du pavillon, ils envahirent l’estrade. Sa’d al-Azdi et Jahm ibn  Zâhr, se précipitèrent sur Qutayba.

Juham tira sur lui une flèche et Sa’d l’attaqua avec son sabre, et ils le tuèrent. 11 fils ou petit-fils de Mouslim trouvèrent la mort en ce jour, et Waqî’ fit attacher leurs corps à des poteaux. Les 7 fils de Mouslim étaient Qutayba, ‘Abd-ar-Rahmân, ‘Abd al-Karîm, ‘Abdallah, Çâlih, Yasâr et Muhammad. Les pelits-fils qui furent tués étaient Kathîr ben. Qutayba, Yâlâ b. ‘Abd-ar-Rahmân, et 2 autres.

Après la mort de Qutayba, Hammam ar-Riyâ’hî monta sur la tribune et prononça un long discours. Waqi‘l’interrompit en disant :

« Laisse là ces paroles inutiles ! Puis il ajouta : Qutayba a voulu me tuer, et c’est lui qui a été tué par moi ! »

Il donna ensuite l’ordre de chercher la tête de Qutayba. On lui dit qu’elle était entre les mains des B. Azd. Waqi‘ sortit  dans la rue et s’écria :

« Par Dieu, je ne partirai pas d’ici, à moins que l’on ne m’apporte la tête de Qutayba ou que l’on réunisse ma tête à la sienne! »

Il fit planter un poteau et dit :

« Il faut absolument que je me fasse craindre en faisant pendre quelques-uns. Cela sera une leçon pour les autres ! »

Hudhayn lui dit :

« Abû Mutarraf, calme-toi ; on va t’apporter à l’instant la tête de Qutayba. »

Hudhayn se rendit auprès des B. Azd et leur dit :

« Vous êtes les plus sots des hommes. Vous jurez obéissance à quelqu’un ; et maintenant qu’il a accompli une si grande action, vous lui faites de l’opposition ! Rendez cette maudite tête ! » On la porta à Waqi’, qui donna 3 000 dr. à celui qui l’avait détachée du corps de Qutayba, et la fit porter par Basil b. ‘Abd al-Karîm à Sulaymân.

Les Persans, en apprenant la mort de Qutayba, dirent :

« S’il avait été un des nôtres, nous aurions placé son corps dans un coffre que nous aurions toujours fait porter à la tête de nos armées, afin d’obtenir la victoire ; car jamais homme n’a accompli dans le Khurâsân tant de choses, et jamais personne n’a remporté tant de victoires, que lui. »

Muhammed b. Jarîr rapporte le fait suivant :

Quelques Ghassânides, qui voyageaient en Irâq, rencontrèrent un homme qui portait un bâton et un sac de voyage. Ils lui demandèrent d’où il venait.

« Du Khurâsân, répondit-il.

-Y a-t-il quelque chose de nouveau ? lui demandèrent-ils encore ?

-Oui ; Qutayba a été tué hier. Comme il remarquait leur étonnement, il leur dit : Savez-vous d’où je suis parti hier soir ? De l’Ifriqya ! »

Et, après ces mots, l’étranger s’éloigna rapidement.

Nous le suivîmes, racontent les Ghassânides, de toute la vitesse de nos chevaux ; mais il courut aussi vite qu’une flèche et disparut bientôt à nos regards.

Dessin des Six rois de la fresque du palais omeyyade Fresque située à l'extrémité sud de la salle d'audience en partie basse du mur occidental de Qousayr Amra. Très étudiée et extrêmement endommagée, elle est intitulée “Famille de rois”. Dans son état original, elle représentait six rois placés en deux rangées, les monarques les plus importants occupant le premier rang. Leurs noms sont inscrits en arabe et en grec au-dessus de leur tête : “Caesar”, l'empereur byzantin, “Kisra”, l'empereur sassanide, “Negus”, le roi d'Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d'Espagne. Différents éléments ont permis d'établir l'identité des deux autres figures, l'empereur de Chine et le prince régnant le khaqan des Turcs. Certaines zones, dont l'image du souverain sassanide et des parties de l'empereur de Byzance, ont été préservées. Les personnages tendent leurs mains comme pour rendre hommage. La figure de gauche (l'empereur byzantin), dont la tête est effacée, est revêtue d'une robe impériale décorée d'un motif répété de petits cercles. La figure centrale (le roi sassanide) est un jeune homme barbu portant une longue robe (chiton), un casque doré et un manteau (chlamyde) attaché sur son épaule droite par une fibule. La couronne sassanide atypique présente un support surmonté de deux petites sphères superposées et d'un croissant. Comme Oleg Grabar l'a fait remarquer en 1954, cette fresque ne met pas en scène des vaincus à la manière sassanide ou byzantine habituelle, et peut donc être interprétée comme une représentation de “famille de rois.” L'ensemble fournit également la date de la construction puisque Rodéric ne régna qu'une année et fut tué par les armées omeyyades en 92 H / 711 J.-C. On a donc pensé que le complexe de Qousayr Amra avait été édifié par al-Walid (r. 986-996 H / 705-715 J.-C.). La date de 92 H / 711 J.-C. marque cependant la limite de celle de la construction du monument, et il est plus probable qu'il a été érigé par le neveu d'Al-Walid, Al-Walid II, dont on sait qu'il vécut dans la région d'Azraq. Source: [http://www.discoverislamicart.org/database_item.php?id=object;ISL;jo;Mus01_H;45;fr&cp]
Dessin des Six rois de la fresque du palais omeyyade  « al-Qasr Amra »,  leurs noms sont inscrits en arabe et en grec au-dessus de leur tête : “Caesar”, l’empereur byzantin, “Kisra”, l’empereur sassanide, “Negus”, le roi d’Abyssinie et “Rodéric”, le roi wisigoth d’Espagne. Différents éléments ont permis d’établir l’identité des deux autres figures, l’empereur de Chine et le prince régnant le khaqan des Turcs. (705-715 JC)
Khâlid b. ‘Abdallah, al-Qasri, avait été nommé par Hishâm, gouverneur des deux ‘Iraq. Le Lieutenant lui adressa une lettre, et lui ordonna d’envoyer son frère Asad dans le Khurâsân en lui recommandant de faire la guerre aux Turcs.

Asad b. ‘Abdallah, se mit en route, à la tête d’une nombreuse armée ; il vint dans le Khurâsân, traversa le fleuve de  Balkh et marcha sur Sughd. II fut battu et dut revenir dans le Khurâsân. Il renouvela son entreprise les deux années suivantes sans plus de succès, et ces campagnes coûtèrent la vie à beaucoup de musulmans.

Il appela alors ses principaux officiers, tels que Naçr b. as-Sayyâr, al-Kinânî ; ‘Abd-ar-Rahmân b. Nu’aym, al-Bâriqi ; Sawra b. Hurr, al-Dârimî, et Husayn b. Abû Dirham, al-Qaïsî, et leur dit:

« Serviteurs de Dieu, ces défaites, c’est vous qui en êtes cause ; car c’est vous qui me conseillez. Ensuite il les fit dépouiller de leurs vêtements, les fit battre, leur fit raser la barbe et les envoya chargés de lourdes chaînes vers son frère Khâlid, en Irâq.

Lorsque Hishâm b. ‘Abd al-Malik, eut connaisssance de ces faits, il fut très irrité. Il destitua immédiatemant Asad, et nomma à sa place Walî du Khurâsân, Ashras b. ‘Abdallah al-Sulaymi. Ashras fit une expédition contre Bukhârâ, où se trouvait alors une armée de plus de 100 m Türük. Ashras les attaqua. Plus de 1000 musulmans, la plupart de la tribu de Tamîm, furent tués ; mais, à la fin, les T prirent la fuite et se dirigèrent vers Samarqand, tandis que Ashras retourna à Balkh. A la suite de ces faits, Hishâm destitua Aschras, et nomma à sa place Junayd b. ‘Abd ar-Rahmân.

Junayd, s’étant rendu dans le Khurâsân, traversa le fleuve de Balkh, sur des radeaux, avec toute son armée. En recevant cette nouvelle, le Khâqân des Turcs se mit en marche avec 170 m hommes, se dirigeant vers le fleuve.

Bientôt les 2 armées furent aux prises, et on se battit avec acharnement. Un musulman nommé Wâçil b. ‘Amr, en chargeant l’ennemi, arriva à l’endroit où se tenait le Khâqân, à qui, aussitôt, il asséna un coup de sabre, qui lui enleva le casque. Le Khâqân prit la fuite, et après lui toute son armée.

Les musulmans en tuèrent environ 3 000 hommes.

A la suite de cet exploit, Wâ’il b. ????, rédigea une pièce de vers dans laquelle, en vantant sa vaillance, il disait que sans le

secours de Dieu et sans la charge et l’épée de Wàcil, toutes les femmes des Banu Tamîm auraient été captives. Junayd retourna à Merw, où il passa l’hiver ; il franchit de nouveau le fleuve au printemps. Naçr b. Sayyâr ; ‘Abd-ar-Rahmân n. Nu‘aym ; Sawra b. Al-Hurr, et Husayn b. AD que Khâlid al-Qasrî avait fait mettre en liberté, conformément aux ordres du calife, s’étaient rendus auprès de la personne de Junayd. Celui-ci envoya Sawra b. H à la tète de 10 000 hommes, à Samarqand, en lui remettant le drapeau du commandement, et fit partir un autre corps commandé par ‘Umara b. Huraym, vers le Tukhàristan. ‘Umâra soumit toute la province, et revint auprès de Junayd après avoir reçu des contributions très-considérables.

Lorsque le Khâqân sut que Saura b. H  était arrivé à Samarqand, il dirigea contre lui une armée de 50 m hommes. En recevant cette nouvelle, Junayd délibéra avec ses principaux offciers sur ce qu’il devait faire. Naçr b. Sayyàr, et plusieurs autres furent d’avis qu’il ne fallait pas marcher au secours de Sawra, lequel étant à Samarqand, cité très-forte, était en état de repousser toute attaque. Junayd, contrairement à cet avis, se mit en route avec toute son armée.

Le Khâqân, de son côté, envoya des hommes à Kish et à Nakhshab, et fit combler tous les puits, pour rendre la route de la plaine impraticable. Junayd choisit alors le chemin à travers les montagnes. A peine s’y fut-il engagé, qu’il se trouva entouré, de tous côtés, par les Turcs, qui étaient arrivés par bandes. Bientôt les 2 armées furent aux prises, et on lutta avec un acharnement égal des deux côtés.

Les T furent battus, et les musulmans firent un butin immense. En apprenant que son armée avait été mise en déroute, le Khâqàn fit venir des troupes de tous côtés. Junayd marcha contre lui avec 28 m hommes, et envoya un messager à Samarqand, pour inviter Sawra à lui amener son armée. Sawra se mit en route à la tète d’une armée de 20 m hommes, composée en partie de ses propres soldats, en partie de gens de la cité de Samarqand.

Le Khâqân donna à ses troupes l’ordre de suspendre leur marche contre Junayd et d’attaquer Sawra. Lorsque l’armée de Sawra et celle des T se rencontrèrent, une hataille terrible s’engagea, tandis que Junayd ignorait ce qui se passait. Sawra et ses troupes furent battus. Les T les massacrèrent jusqu’au dernier homme ; il n’en échappa pas un seul. Un habitant de Samarqand vint annoncer cette nouvelle à Junayd, qui s’écria :

« Nous sommes à Dieu et nous retournons à lui ! »

Les musulmans pleurèrent au récit de ce désastre. Junayd envoya ensuite des messagers dans le Tokhâristân et dans toutes les villes du Khurâsân,pour appeler des renforts. 43 m hommes arrivèrent à son appel. Junayd donna le commandement de cette armée à un de ses officiers nommé Hârith b. Surayj, et l’envoya contre le Khâqân, qui se trouvait alors aux portes de  Samarqand, qu’il assiégea.

Les habitants de cette cité, serrés de près, étaient sur le point de capituler, lorsque les musulmans arrivèrent. Le Khâqân forma aussitôt ses lignes de bataille, et dans l’engagement qui eut lieu, les deux armées eurent un grand nombre d’hommes tués.

Le Khâqân fut vaincu, et les musulmans firent un nombreux butin. Junayd, informé de ce succès, vint à Samarqand, distribua le butin aux soldats, et en envoya le Quint à Hishâm.

Il retourna ensuite à Merw, laissant à Samarqand Naçr b. Sayyâr, avec 5 000 hommes. Quand il fut de retour à Merw, il tomba malade de l’hydropisie et mourut. Hârith b. Surayj, l’un des officiers de Junayd, leva l’étendard de la rérolte, et s’empara des villes de Merw-roud, de Bàb al-???, et de la plupart des cités du Khurâsân. Il leva l’impôt, et au moyen de cet argent il recruta un grand nombre d’aventuriers. Hishâm envoya comme gouverneur dans le Khurâsân ‘Âçim b. ‘Abdallah, al-Hilali, qui ne réussit point à réprimer la révolte.

Le Lieutenant le destitua et nomma à sa place Asad,  b. ‘Abdallah, al-Qasri. Asad vint à Merw et fit marcher aussitôt plusieurs corps d’armée contre Hàrith. Celui-ci, se voyant attaqué par des forces considérables, se rendit avec tous ses compagnons dans le Turkestân auprès du Khâqân, qui lui assigna comme séjour la ville de Firâb, en lui abandonnant le revenu de cette ville.

Asad avait quitté Merw pour marcher contre Hârith ; arrivé à Balkh, il mourut. Le Lieutenant nomma à sa place gouverneur du Khurâsân, Naçr b. Sayyâr, en lui donnant pour instructions de faire la conquête des cités de Jâj (Shâsh) et de Ferghàna.

Naçr se mit en campagne et reprit plusieurs cités.

Il n’imposa aux cités conquises qu’un tribut peu élevé, et s’attacha, en général, à gouverner avec justice et équité. Il obtint ainsi les sympathies des habitants et fut très-aimé. (..)

Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes
Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes

 

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe

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