Règne du calife Abbasside al-MOUQTADÎ BI-AMR ALLAH (1075-1094) par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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Départ d'une caravane à Baghdad  sous les Abbassides
Départ d’une caravane à Baghdad sous les Abbassides

 

Règne du calife Abbasside al-MOUQTADÎ BI-AMR ALLAH (467 / 1075 — 487 / 1094) par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » 

Après Qâ’im bi-amr Allah régna son petit-fils Mouqtadî bi-amr Allah et dont le nom est Abou-l-Qasim ‘Abd Allah, fils de Dzakhira, fils de Qâ’im.

Il reçut les hommages d’investiture en l’an 467 (= 1075 de J.-C.).

Mouqtadî avait l’esprit élevé et connaissait bien les affaires.

Il fut un des meilleurs khalifes ‘abbâssides.

Il lui arriva avec le sultan Malik-Chah[97] une aventure étrange.

Le sultan Malik-Chah avait marché sur Bagdad.

Il y parvint en l’an 485 (1092), mais ses intentions au sujet de Mouqtadî n’étaient déjà plus les mêmes.

Il lui envoya dire de sortir de Bagdad et d’aller habiter quelque pays qu’il voudrait.

Cette injonction troubla Mouqtadi, qui demanda un délai d’un mois.

« Pas même une heure », répondit Malik Chah.

Et ils échangèrent des messages.

Puis la situation s’arrangea par l’entremise de Tadj al-Moulk Abou-l-Ghanâ’im, vizir de Malik-Chah, qui pria son maître d’accorder au khalife un délai de dix jours, qui dit  « Soit », dit Malik-Chah.

Puis, le jour de la rupture du jeûne, le sultan, après avoir l’ait ses prières, partit pour la chasse.

La fièvre l’y saisit, on lui fit une saignée et il mourut vers la moitié du mois de Chawwâl.

Lui mort, sa femme Zoubeïda Khatoun[98] se mit résolument à la tête de l’armée et un arrangement lut conclu avec Mouqtadî, aux termes duquel le fils de la reine, Mahmoud, lut élevé au sultanat.

Son âge était alors de six ans.

La prière fut donc dite en son nom, Mouqtadî lui donna les insignes d’investiture, et l’armée, la reine et le fils de Malik-Chah, Mahmoud[99] fils de Malik-Chah, sortirent de Bagdad se rendant à Ispahan.

Ainsi Allah garda Mouqtadî du mal que lui avait voulu faire Malâk-Chah. Mouqtadî mourut subitement en 487 (=1094 de J.-C).

dinar Abbasside du calife Al-Mouqtadi

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOUQTADÎ

Lorsque Mouqtadî fut proclamé khalife, il confirma dans son vizirat Fakhr ad-Daula Ibn Djahîr, vizir de son père, et nous en avons déjà parlé précédemment d’une manière qui nous dispense d’y revenir.

VIZIRAT DE SON FILS ‘AMID AD-DAULA MUHAMMAD, FILS DE MUHAMMAD FILS DE DJAHÎR, AU SERVICE DE MOUQTADÎ

Qâ’im et Mouqtadî remployaient dans les ambassades qu’ils envoyaient aux sultans et elles réussissaient bien entre ses mains.

C’était un homme de grands talents, doué d’un jugement solide.

Nizâm al-Moulk, vizir du sultan, avait beaucoup de goût pour lui et, admirant ses qualités, il disait : « J’aurais aimé avoir un fils tel que lui. » Il lui fit épouser sa fille, et Mouqtadî l’éleva au vizirat et lui confia les affaires.

Ensuite il le destitua. Mais Nizâm al-Moulk intercéda pour lui et il fut rétabli dans sa charge de vizir. Ce fut alors qu’Ibn al-Habbâriya[100] le poète lança contre Amid ad-Daula ce vers satirique :

Sans Safiyya[101] tu n’aurais pas été élevé une seconde fois au vizirat. Remercie donc une femme[102] grâce à laquelle tu es devenu notre seigneur le vizir.

Cette Safiyya, c’était la fille de Nizâm al-Moulk le vizir, qu’avait épousée Amid ad-Daula.

Dans la suite il survint entre ‘Amid ad-Daula et entre les sultans de Perse une affaire.

Ils demandèrent au khalife sa destitution, que les amis du khalife lui conseillèrent aussi.

Il le destitua donc. ‘Amid ad-Daula, tenu captif dans l’intérieur du palais du khalifat n’en sortit que mort pour être enterré.

Il aimait à réciter des vers et, parmi ces vers, ceux-ci :

 » Jusques à quand dans les haltes et les voyages convoiteras-tu la grandeur quand les honneurs coûtent si cher?

O toi qui poursuis la gloire, avant d’arriver à la gloire il y a un combat à subir, dont les péripéties mettent en danger la fortune et la vie.

Les nuits ont des revirements qui ne se plient que bien rarement à la volonté d’un homme dont les efforts ne sont pas secondés par l’argent ».

Extrait des Maqamat d'al-Hariri, "Abu Zayd devant le gouverneur"
Extrait des séances « al-Maqamaté d’al-Hariri, « Abu Zayd devant le gouverneur »  

VIZIRAT D’ABOU CHOUDJÂ ZAHIR AD-DIN MUHAMMAD FILS DE HOUSAIN AL-HAMADHANI,[103] AU SERVICE DE MOUQTADÎ

C’était un homme excellent, parfait, très bienfaisant, qui répandait beaucoup d’aumônes. On trouva un jour, dans ses papiers, un compte de dépenses faites exclusivement pour des motifs de bienfaisance et de charité qui se montait à 120.000 dinars, et l’homme qui fournit ce compte était un des dix secrétaires qu’il employait spécialement à tenir registre de ses aumônes.

Lorsque Zahîr ad-Dîn dont nous parlons arriva au vizirat, Ibn Al-Hariri, l’auteur des Séances al-Maqqamat, lui adressa ces vers :

Grand bien te fassent les honneurs ! Use des honneurs en homme de bien, toi que voilà gratifié de fonctions élevées.

Comme tes nobles parents tu t’es montré digne de cette haute charge du vizirat.

Tout jeune encore tu as assumé la charge du vizirat. Ainsi Jean-Baptiste tout jeune reçut la sagesse.[104]

Son habitude était, la prière de midi une fois faite, de tenir, jusqu’aux approches du coucher du soleil, une audience consacrée aux affaires pénales.

Les huissiers appelaient les gens en criant :

« Que quiconque a quelque affaire la présente. »

Parmi les traits de sa vie on raconte que lors qu’éclatèrent les troubles entre chiites et sunnites à Bagdad dans les faubourgs de Karkh et de la porte de Basra, il évita l’effusion du sang à tel point que Mouqtadî lui dit :

« Les affaires ne vont pas du tout avec cette douceur dont tu uses, et tu as excité les passions des gens par ta longanimité et ton indulgence. Il faut absolument que soient détruites les maisons de dix des principaux habitants des faubourgs, pour que le gouvernement se maintienne et que ces dissensions s’apaisent. »

Le vizir alors envoya chercher le mouhtasib et lui dit :

« Le khalife a ordonné la destruction des maisons de dix des principaux habitants des faubourgs et je ne puis le faire revenir sur cette décision. Je ne suis pas sûr qu’il ne se trouve parmi eux quelqu’un qui ne mérite pas le châtiment ou qui ne soit pas le propriétaire. Je veux donc que tu envoies tes hommes de confiance à ces faubourgs et que tu fasses acheter ce que possèdent ces gens soupçonnés. Puis, lorsque leurs propriétés seront ainsi devenues les miennes, je les détruirai, évitant ainsi de commettre un péché et d’encourir la colère du khalife. »

Et, sur-le-champ, le vizir donna au mouhtasib l’argent nécessaire à ces achats; le mouthasib exécuta les ordres du vizir, qui envoya alors des gens détruire ces maisons.

Zahîr ad-Dîn lit le pèlerinage de la Ka’ba et on ne rapporte pas qu’aucun autre vizir que lui ait fait ce pèlerinage étant vizir.

En effet, avant lui, les vizirs faisaient le pèlerinage après avoir quitté le vizirat.

Il faut excepter pourtant les Barmékides, qui firent le pèlerinage étant vizirs.

Le sultan Malik-Chah, surnommé Djalal ad-Daula, demanda à Mouqtadî la destitution de ce vizir.

Mouqtadî fit donc paraître un décret de destitution, mais conçu en termes très aimables et tels qu’on n’en employa jamais pour destituer un vizir. Zahîr ed-Din se retira dans sa maison en récitant ces vers :

Il est parvenu au vizirat et alors il n’avait pas un ennemi; il a quitté le vizirat et il ne lui restait plus un ami.[105]

Il prit donc le parti de la retraite et, embrassant la vie contemplative, s’habilla de vêtements de coton et partit pour le pèlerinage.

Il fixa son séjour à Médine.

Il s’occupait à balayer la mosquée du Prophète, étendait les nattes, allumait les lampes, toujours vêtu de l’étoffe de coton la plus grossière.

Il se mit à apprendre par cœur le Coran et, lorsqu’il eut achevé de l’apprendre, il célébra cela par une fête.

Ancienne photo de Médina
Ancienne photo de Médina

 

Il est l’auteur de poésies qui ne sont pas mal.

En voici quelques vers :

 » Certes, Celui qui a dispersé tout ce qui était réuni peut bien rassembler une famille.

Je ne suis pas porté à désespérer quand même la séparation se prolongerait : combien de séparations se sont terminées par des réunions.

Et si la réunion succède à la séparation, elle n’en est que plus douce au cœur. »

Il mourut en 513 (1119).

Dieu l’ait en sa miséricorde!

Ici finit le règne de Mouqtadi et l’administration de ses vizirs.

fin 

Notes du traducteur:

 

[97] Sur ce grand sultan seldjouqide, le troisième de cette dynastie, et qui régna de 465 (= 1072) à 485 (= 1092), cf. Stanley Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 153. Contrairement au Fakhrî, Lane-Poole donne à ce souverain le surnom honorifique de Djalal ad-Din, au lieu de Djalal ad-Daula. La leçon du Fakhrî est confirmée par Ibn Khallikan,Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 750, où l’on trouve une intéressante biographie de ce prince. Ibn al-Athir, t. X, passim.

[98] Sur cette princesse et les événements auxquels elle a été mêlée, voyez notamment Ibn al-Athir, Chronicon, X, pp. 145 et suiv. ; 152, etc. C’est la même qui est appelée dans d’autres passages Tourkân Khatoun.

[99] Il succéda à son père comme grand sultan Seldjouqide, et régna de 485 (= 1092) à 487 (1094). Cf. Stanley Lane Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 153. Ne pas confondre ce sultan avec celui du même nom, qui était son neveu (Mahmoud fils de Muhammad, fils de Malak-Chah et qui occupa aussi le sultanat à Bagdad, de l’année 512 (= 1118) à l’année 525 (= 1131), sous le règne de Moustazhir billah. Ibn at-Tiqtaqâ ne parle pas de ce sultan, mais voy. Stanley Lane-Poole, op. cit., p. 151, et Ibn Khallikan, op. cit., notice 724.

[100] Le chérif Abou Ya’ là Muhammad, connu sous le nom d’Ibn al-Habbâriyya, était un hachémite, descendant d’Ibn ‘Abbas. Il vivait avec d’autres poètes à la cour du grand vizir des Seldjouqides, le très célèbre Nizam al-Moulk, qui avait pour lui une estime toute particulière. Il excellait dans la poésie légère, humoristique et dans la satire. Il mourut vers 504 (=1100) à Kirmân. Voy. la bibliographie dans Brockelmann, Geschder arabLitt., I, 252-253 ; Cl. Huart, Histde la Littarabe, 107-109 ; de Hammer-Purgstall, LitteraturgeschderAraber, VI, 832. Voy. aussi une intéressante notice sur ce poète dans le manuscrit arabe de Paris, n° 5860, n° 42 r° 43 r° (Al-Wâfi bil-Wafayât, par Khalil ibn Aibak as-Safadî.

[101] Safiyya est le nom de sa femme, la fille de Nizâm al-Moulk. Toutefois, Ibn Khallikan (Wafayât. éd. Wüstenfeld, notice 711, p. 56), qui rapporte ce vers avec un autre, dit que la fille de Nizâm al-Moulk se nommait Zoubeïda. Voyez encore sur ce vizir les nombreux passages d’Ibn al-Athir, Chronicon, index, p. 462, et le manuscrit arabe de Paris, n° 586, folio 39 verso (Al-Wâfi bil-Wafayât, par Khallil ibn Aibak as-Safadî).

[102] Le terme arabe est beaucoup moins discret.

[103] La biographie de ce vizir est donnée par Ibn Khallikan, Wafayât al-a’yân, éd. Wüstenfeld, notice 712. D’après cet auteur, le vizir Zahir ad-Dîn était originaire de Roûdzawar (canton voisin de Nehawend, dans la province du Djabal. Cf. Barbier de Meynard, Dictiongéogr. etc., de la Perse, 267. Voyez aussi une intéressante notice sur ce vizir dans Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit arabe de Paris, n° 5860, f° 245 v. Ibn al-Athir, Chronicon, V, 74, 75 et passim.

[104] Voy. Coran XIX, 13. « Nous avons donné la sagesse à Jean quand il n’était qu’un enfant. »

[105] Ce vers est donné dans la biographie de ce vizir par Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 715.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

Büyük_Selçuklu_Sultanı_Melikşah Sultan Malik Shah

(wikipedia bio) Abû al-Qâsim « Al-Muqtadî bi-ʾAmr Allah » ʿAbd Allah ben Muhammad ad-Dakhîra ben ʿAbd Allah al-Qâ’im 1 surnommé Al-Muqtadî2. Il est né en 1056. Il a succédé comme calife abbasside de Bagdad à son grand-père Al-Qâ’im en 1075. Il est mort en 1094. Son filsAl-Mustazhir lui a succédé.

Son règne s’est presque entièrement déroulé sous la tutelle du sultan Seljoukide Malik Chah Ier et de son vizir Nizâm al-Mulk qui sont morts tous les deux en 1092.

Les cités saintes d’Arabie ne sont plus aux mains des Fatimides. Le sunnisme est restauré comme doctrine officielle.

Le Sultan Malik Chah a donné en mariage sa fille au Calife. Il espérait unir les deux lignées abbassides et seldjoukides. Le mariage fut stérile. L’épouse insatisfaite s’est retirée à Ispahan. Le Sultan envisagea d’éloigner le calife du centre du pouvoir en l’exilant à Bassora. Malik Chah va mourir peu après cette décision.

L'assassinat du Vizir Nizam al-Mulk par la vile secte hérétique ismaélienne des Assassins  en 1092  commandité par le vieux de la montagne  Hasan al-Sabbah al-Himyari
L’assassinat du Vizir Nizam al-Mulk par la vile secte hérétique ismaélienne des Assassins en 1092 commandité par le vieux de la montagne Hasan al-Sabbah al-Himyari

Fin du règne

Nizam al-Mulk fut tué sur la route d’Ispahan à Bagdad, le 14 octobre 10923. On raconte que ce meurtre serait l’œuvre d’un membre de la secte des assassins. Le commanditaire de ce meurtre serait Malik Chah à cause d’une querelle de pouvoir entre eux. Malik Chah aurait été empoisonné quelque temps plus tard par de loyaux serviteurs du vizir issus de la Nizamiyya.

Al-Muqtadî est mort en 1094, son fils Al-Mustazhir lui a succédé. L’emprise des Seldjoukides est affaiblie par la querelle de succession qui a suivi la mort de Malik Chah.

Notes

  1. arabe : abū al-qāsim « al-muqtadī bi-ʾamr allāh » ʿabd allāh ben muḥammad ad-daḫīra ben ʿabd allāh al-qāʾim,
    أبو القاسم « المقتدي بأمر الله » عبد الله بن محمد الذخيرة بن عبد الله القائم
  2. arabe : al-muqtadī bi-ʾamr allāh, المقتدي بأمر الله, Celui qui sert de modèle par la volonté de Dieu
  3. 10 ramadan 485 A.H.

 

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