Règne du calife Abbasside Al-Mustazhir (1094 -1118) et le déclenchement des croisades Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

Publié le Mis à jour le

La court Abbasside
Scène de court Abbasside.

Règne du calife Abbasside Al-Mustazhir BILLAH (487 / 1094 — 512 / 1118) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  : 

Après Mouqtadi régna son fils Moustazhir billah Aboul-‘Abbâs Ahmad.

Il reçut l’hommage d’investiture au khalifat en l’an 487 (1094).

Moustazhir était généreux et aimait à donner.

Il était d’un bon naturel, avait de nobles idées, était d’un caractère facile et savait être ami sincère.

Il avait l’amour du bien et la haine de l’injustice.

Sous son règne, les affaires des Bathéniens prirent un caractère de grande gravité. Ils s’emparèrent des châteaux et des forteresses dans le Khorasan et le chef de leur propagande dans le Khorasan était Hasan, fils de Sabbâh al-Himyari.[106] C’était un homme originaire de Merw.

Il fit un voyage au Caire, où il reçut des prédicateurs ‘alides les principes de la secte.

C’était un homme doué d’intelligence et rusé.

Plus tard il revint du Caire dans le Khorasan et devint le chef de la propagande qui s’exerçait en faveur des ‘Alides.

Il employa toutes sortes de moyens, si bien qu’il finit par se rendre maître d’une citadelle du pays du Dailam nommée Roûdzbâr.[107]

Lorsqu’il s’en fut emparé, ses affaires se trouvèrent en forte situation, il chercha à gagner des groupes d’hommes, et la secte bathénienne s’étendit et grandit et plusieurs personnages de la plus haute importance s’y affilièrent en secret et sa situation ne cessa de prendre de l’extension, jusqu’au moment où les armées mongoles s’étaient dirigées vers leurs citadelles, où elles firent ce qu’elles firent.

Moustazhir mourut en l’an 512. (= 1118 de J.-C).

dinar abbasside seldjoukide Rukn ad-dîn Barkiyaruq, 487-498 H  1094-1105 AD Dinar 491 H., Madinat as-Salam, en nommant le calife al-Mustazhir

HISTOIRE DU VIZIRAT, SOUS LE REGNE DE MOUSTAZHIR

Sous son règne, pas un vizir ne jeta grand éclat.

On compte parmi ses vizirs Za’îmar-Rou’asâ Abou-l-Qasim ‘Ali,[108] fils de Fakhr ad-Daula, fils de Djahîr.

Son temps fut court et son histoire n’offre rien qui mérite d’être mentionné.

Après quelque temps de vizirat, il fut destitué et mis en état d’arrestation.[109]

Porte al-Wastani, dernière porte de l'ancienne ville Abbasside  de Bagdad
La Porte al-Wastani, dernière porte de l’ancienne ville Abbasside de Bagdad

VIZIRAT D’ABOU-L-MA ALÎ HIBAT ALLAH, FILS DE MUHAMMAD, FILS DE MOUTTALIB, SOUS LE REGNE DE MOUSTAZHIR

Ce fut un homme capable parmi les serviteurs les plus capables de la dynastie abbâside.

Moustazhir le nomma vizir après Za’îmar-Rou’asâ Ibn Djahîr.

Avant son vizirat, il était chargé du ministère des finances.

Un de ses amis a raconté cette anecdote à son sujet :

J’entrai un jour chez lui avant son élévation au vizirat, alors qu’il était chargé de l’administration d’un ministère.

Je le vis soucieux, l’esprit troublé. Je lui demandai la cause de ce trouble.

Il dit :

J’avais rendu compte l’an dernier à Moustazhir de mes efforts pour la culture du pays, la fixation de l’impôt foncier et l’augmentation du revenu.

Et je lui dis : Il est résulté de ces mesures, cette année, un produit de 12.000 kourres,[110] et l’année prochaine, ce seront 20.000 kourres.

« Il me répondit par des remerciements et des éloges, et il m’honora du don d’une partie de ses vêtements. Je ressentis une grande joie et dis : Voilà le fruit du zèle. »

Je redoublai d’application pour l’agriculture, et je mis en œuvre tous mes efforts et tout mon pouvoir pour faire réussir les récoltes prochaines. Mais il advint qu’une digue se rompit, une grande partie du revenu périt et il se produisit encore d’autres événements qui amenèrent une telle diminution du revenu qu’il se trouva inférieur au revenu de l’année précédente.

J’adressai alors un rapport au khalife pour lui apprendre la diminution du revenu.

Je lui dis seulement à combien se montait le revenu et ne lui expliquai pas la cause de sa diminution et je me dis en moi-même : « S’il m’interroge au sujet de la cause, je la lui exposerai. »

Mais la réponse qu’il me fit parvenir était pleine de remerciements et d’éloges pour moi et il m’honora du don de « quelques-uns de ses vêtements ainsi qu’il avait fait l’année précédente, et je me dis : « Hélas ! voilà sur quel pied « je suis avec lui aussi bien quand les affaires vont bien que quand elles vont mal.

Il m’a remercié dans deux cas « opposés, et cela montre bien qu’il ne réfléchit pas à ce qu’il dit ni à ce qu’il fait.

Et qui m’assure que quelqu’un de « mes ennemis qui ait accès auprès de lui ne viendra pas dire à mon sujet des choses qui causeront ma perte.

Et lui n’examinera pas l’affaire mais se hâtera de donner des ordres conformes à ce que se sera proposé mon ennemi. » Celui qui a conté ce fait ajoute : « Alors je lui dis : Allah te protège et te préserve de ce que tu crains ! — et je ne cessai de lui parler ainsi que lorsque je l’eus consolé et eus fait cesser son chagrin. »

Cet Abou-l-Ma’âlî, fils de Mouttalib,[111] fut un des plus savants vizirs, un des plus éminents et un des meilleurs.[112]

C’EST ICI QUE FINIT L’HISTOIRE DE MOUSTAZHIR BILLAH ET DE SES VIZIRS. 

Notes du traducteur :

[106] Sur ce chef des Bathéniens, voyez notamment Ibn al-Athir, Chronicon, X, pp. 213 et suiv., 299 et suiv., et aussi l’Index, p. 238 : Hammer-Purgstall, VI, 56 et, d’une façon générale, les mémoires écrits sur les Ismaélites. Voy. ci-dessus. Cf. aussi le Mémoire sur les Nabatéens de Quatremère (1835, in-8°); Defrémery, Histoire des Ismaéliens et NouvellesRecherches sur les Ismaéliens, 1855, in-8° ; Sacy, Recherches sur l’initiation à la secte des Ismaéliens, 1824, in-8°. S. Guyard, Fragm. relatifs à la doctrine des Ism., 1874, in-40 ; Goldziher, Casanova, etc.

[107] Le canton de ce nom est situé à 6 parasanges au nord de Qazvin. Il tire son nom de la rivière de Chah-Roûdz qui le traverse. Une des forteresses principales de ce canton est la forteresse d’Alah Amoût (qui signifie le nid de l’aigle) devenu par l’usage Alamout et qui fut bâtie en 246. Elle fut détruite en 654, par ordre de Houlagou-Khan. Cf. Hamdallah Moustaufi, Nouzhat al-qouloub, apud Barbier de Meynard, Dictionn. géogr., p. 266, note 1.

[108] C’est le fils du grand vizir d’Al-Qâ’im bi-amr Allah, Muhammad, fils de Muhammad, fils de Djahîr, sur lequel on peut voir l’intéressante notice d’Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, n° 711, et ci-dessus, p. 511.

[109] Ce vizir fut arrêté en l’année 500 (= 1106). Cf. Ibn Al-Arnîn, Chronicon, X, 305). L’intérim fut rempli par le grand qâdî Abou-l-Hasan ibn ad-Dâmaghâni, et c’est seulement un mois plus tard que fut nommé le vizir titulaire Ibn al-Mouttalib, dont il est question ci-dessus

[110] Mesure de capacité pour les grains équivalente à six charges d’âne.

[111] Ce vizir fut destitué en l’année 502 (= 1108 de J.-C.) et remplacé par un de ses prédécesseurs Aboul-nâsim ‘Ali, fils d’Abou Nasr ibn Djahir (voy. ci-dessus, p. 517. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, X, 330. Il revint ensuite au vizirat et en fut de nouveau destitué dans le courant de l’année 503 (1109). C’est encore Ibn Djahir qui le remplaça. Ibn al-Athir, loc. cit., pp. 335-336.

[112] Ibn al-Athir (Chronicon, X, p. 375) cite encore comme ayant occupé le vizirat sous ce prince : 1° Sadîd al-Moulk Abou-l-Ma’âlî al-Moufaddal, fils d’Abd ar-Razzâq Al-Isfahânî; 2° Nizâm ad-Din Abou Mansour Housain, fils de Muhammad, et comme intérimaires; 1° Amin ad-Daula Abou Sa’d b. al-Mausilâyâ ; 2° le grand qâdî Abou-l-Hasan ‘Ali, fils d’ad-Dâmaghânî.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

a
La conquête croisée franque de Jerusalem en 1099

(wikipedia bio) Abû al-`Abbâs « al-Mustazhir bi-llah » ‘Ahmad ben `Abd Allah al-Muqtadî1 surnommé Al-Mustazhir2. Il est né en 1078. Il a succédé comme vingt-huitième calife abbasside de Bagdad à son père Al-Muqtadî en 1094. Il est mort en 1118. Son fils Al-Mustarchid lui a succédé.

Les grands événements de son règne sont l’arrivée sur les terres d’islam des croisés francs de la première croisade en 1097 et la prise de Jérusalem par les croisés en 1099.

On ne sait presque rien de la vie du calife Al-Mustazhir complètement étouffé par la tutelle des sultans Seldjoukides. Pourtant son règne a connu quelques événements de première importance.

L’historien arabe Ibn Khaldun raconte que Youssef Ibn Tachfin, premier émir des berbères Almoravides a envoyé une ambassade auprès du calife pour lui faire part de son serment d’allégeance.

En réponse le calife Abbasside l’aurait autorisé à utiliser les insignes Abbassides et à porter le titre de « commandeur des musulmans3»4

Tutelle de Berk-Yaruq

Seljukides en armure, au musée des arts Turcs et islamique d’Istanbul
Seldjoukides en armure, au musée des arts Turcs et islamique d’Istanbul

Début de la première croisade

Au printemps 1097 les croisés pénètrent en Anatolie et mettent le siège à Nicée devenue la capitale des Seldjoukides de Roum depuis 1081. Le 20 octobre 1097, les croisés arrivent devant Antioche. Berk-Yaruq le tuteur Seldjoukide d’Al-Mustazhir envoie vainement des renforts vers Antioche. La ville est prise après un long siège le 3 juin 1098.

Les armées croisées progressent vers le Sud, malgré les querelles entre les barons, sans susciter de véritables réactions de la part des Seldjoukides en prise avec leurs querelles internes.

Le massacre  de a population musulmane de Jerusalem par les croisés  en 1099 (osprey)
Le massacre de la population musulmane de Jerusalem par les croisés en 1099 (osprey)

La prise de Jérusalem

L’armée croisée prend la route de Jérusalem le 13 janvier 1099, sans être inquiétée par les émirs arabes de la région. Le 7 juin, ils mettent le siège devant Jérusalem. La ville est prise le 15 juillet, elle est pillée, sa population musulmane et juive est massacrée.

Le 9 août, Godefroy de Bouillon quitta Jérusalem en compagnie de Robert de Flandre pour aller à la rencontre de l’armée fatimide. L’armée franque arriva le matin du 12 août devant la plaine d’Ascalon. L’armée fatimide surprise de l’arrivée des Francs fut complètement mis en déroute. Le carnage et le butin pris furent énormes.

Berk-Yaruq lutte constamment pour le pouvoir avec son frère Muhammad Ier (1099-1101). Il fut contraint de partager ses États avec ses deux frères Muhammad et Sandjar. Berk-Yaruq meurt de la tuberculose en janvier 1105 et Muhammad Ier lui succède.

Vue aérienne de la citadelle d'Alep construite sous les Hamdanides vassaux des Abbassides  et reconstruite lors des croisades par Nûr al-Dîn Zangî
Vue aérienne de la citadelle d’Alep  en Syrie (Sham) construite sous les Hamdanides vassaux des Abbassides et reconstruite lors des croisades par Nûr al-Dîn Zangî

Tutelle de Muhammad Ier

Des prédicateurs parcouraient le califat pour proclamer la nouvelle tragique de la prise de Jérusalem et de l’occupation de l’esplanade d’où Mahomet aurait fait son voyage nocturne (Isra). Les Fatimides d’Égypte, qui avaient occupé les terres prises par les croisés, laissaient les gens fuir vers Bagdad. Les Seldjoukides étaient paralysés par leur querelles internes.

Deux vendredis de 1111, la foule haranguée par le cadi d’Alep Ibn al-Khachchab, s’en prit à la mosquée du sultan détruisant le pupitre du minbar. Le sultan proclame le jihad contre les croisés. Il a ordonné au gouverneur de Mossoul de se porter à l’aide d’Alep et Ibn al-Khachchab est retourné chez lui. Le gouverneur de Mossoul ne parvint pas à coopérer avec l’émir d’Alep et revint sur ses pas.

Au printemps 1115, le sultan marche vers la Syrie centrale à la tête d’une puissante armée. Il s’est trouvé devant une la coalition de princes Francs (Antioche, Jérusalem, Tripoli) et de musulmans (Alep, Damas) de Syrie, l’armée Seldjoukide se retire au bout de quelques mois.

Fin du règne

Le calife Al-Mustazhir et le sultan Muhammad Ier sont morts en 1118.

Le nouveau calife abbasside Al-Mustarchid profita des divisions des Seldjoukides pour se révolter contre le nouveau sultan Mahmoud II

Notes

  1. arabe : abū al-ʿabbās « al-mustẓhir bi-llāh » ʾaḥmad ben ʿabd allāh al-muqtadī,
    أبو العباس « المستظهر بالله » أحمد بن عبد الله المقتدي
  2. arabe : al-mustẓhir, المستظهر بالله, ??
  3. arabe : amir al-muslīmin, أمر المسليمن,
  4. Ibn Khaldoun, Le Livre des exemples volume I. Autobiographie, Muqaddima, traduction partielle par Abdesselam Cheddadi, Paris, 2002,(ISBN 978-2-07-011425-2) p 531
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