Règne du calife abbasside al-MOUSTADI (1170-1180) Par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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Règne du calife abbasside al-MOUSTADI (566 / 1170 — 575 / 1180) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

Après Moustandjid, régna son fils Moustadi Abou Muhammad Hasan. Il fut proclamé khalife en l’année 566 (1170 de J.-C).

Sa conduite ne fut pas mauvaise.

C’est sous son règne qu’arriva à Bagdad la bonne nouvelle de la conquête de l’Egypte et de la chute de la dynastie fatimide.[163]

En montant sur le trône du khalifat, il ordonna la mise à mort d’Ibn al-Baladi, le vizir de son père.

Il mourut lui-même en l’année 575 (1179 de J.-C).

Carte de la "conquête " de Salahudin al Ayyoubi de l'Egypte Fatimide
Carte de la « conquête  » de Salahudin al Ayyoubi de l’Egypte Fatimide

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOUSTADI

Le premier de ses vizirs fut ‘Adoud ad-Din Abou-l-Faradj Muhammad, fils d’Abou-l-Foutouh ‘Abd Allah, fils de Raïs ar-Rou’asâ, qui était auparavant ostodâr.

‘Adoud ad-Dîn était du nombre des hommes les plus distingués et les plus notables. Il occupait les fonctions d’ostodâr, sous le règne de Moustandjid.

Lorsque celui-ci fut assassiné dans les conditions que l’on sait, Adoud ad-Dîn s’empara du pouvoir et s’appliqua à faire sortir Moustadi de sa prison et à le faire proclamer khalife.

Il se chargea ensuite du fardeau du vizirat, dans des conditions satisfaisantes.

Le jour où il s’assit sur le coussin du vizirat, il distribua beaucoup d’or et de froment à ceux qui habitaient les chapelles des imâms ‘alides, les grandes mosquées, les universités et les casernes fortifiées des frontières. Il dirigea les affaires de l’empire avec une douceur qu’on n’attendait guère de sa part.

Sa famille était d’ailleurs célèbre pour avoir fourni de nombreux hommes d’Etat. Ils étaient connus jadis sous le nom de famille de Roufail.

Le poète Ibn at-Ta’âwidzî,[164] de Bagdad, était leur poète familial et leur était entièrement dévoué. Il passa la majeure partie de sa vie avec eux, et c’est précisément à eux qu’il s’adresse dans les vers suivants :

 » J’ai usé la moitié de ma vie à faire votre éloge, croyant que vous en étiez dignes.

Maintenant j’achève le reste de ma vie à vous accabler de satires, de sorte que j’ai perdu pour vous toute ma vie. »

Ce poète est l’auteur de nombreuses pièces de vers, où fait il fait l’éloge de la famille de Roufail. En voici une entre autres :

 » Je ne cessais pas d’être sous l’égide de la famille de Roufail, à l’abri de l’injustice, et bénéficiant largement de la sécurité et de l’abondance.

Si parfois je commets le crime de louer d’autres qu’eux, les oiseaux aussi, quand ils n’ont rien dans l’estomac, se laissent attirer par le grain.

Si la bienveillance du vizir Muhammad[165] m’était rendue, mes rêves les plus éloignés seraient ainsi réalisés et les difficultés s’aplaniraient pour moi.

C’est un vizir dont les avis, quand le temps est malade, sont comme une poix dont on l’enduit pour le guérir de sa gale.[166] »

Adoud ad-Dîn ne cessa pas de suivre une sage politique jusqu’au jour où il fut arrêté par ordre de Moustadi. Sa destitution eut lieu de la façon suivante.

Un jour qu’il était assis dans le cabinet du vizirat, un des esclaves du khalife entra brusquement, et lui dit :

« On n’a plus besoin de toi ! »

En même temps il lui ferma son encrier.

Pendant ce temps, les soldats de la milice turque et de l’armée régulière pénétrèrent dans les appartements du vizir, qu’ils saccagèrent.

La populace y entra aussi et l’on réduisit en miettes, à coups de matraques, les coffrets d’ébènes et d’ivoires. On emporta tout ce qu’ils renfermaient.

Alors ‘Adoud ad-Dîn sortit en criant : « J’atteste qu’il n’y a pas de Dieu en dehors d’Allah et que Muhammad est son prophète.[167] »

Il disait aux miliciens turcs : « Vous ne me respectez donc pas ? N’avez-vous pas été reçus par moi dans ma maison ? N’avez-vous pas mangé de ma nourriture[168] ? »

Cela ne lui servit à rien, car il ne se passa pas plus d’une heure que sa maison était devenue un lieu désert.

Il fut ensuite transporté lui-même au Harîm,[169] et mis en surveillance pendant un certain temps.

Moustadî le rappela[170] ensuite au vizirat, lui donna toute latitude de faire ce qu’il lui plaisait, et dissipa son chagrin.

Le bonheur lui revint et sa situation devint considérable. Il fit beaucoup de bien et de libéralités, et fut aimé de tous.

C’était d’ailleurs un homme généreux, très libéral et doué d’une grande noblesse de caractère.

Il n’acheta jamais, dit-on, pour l’usage de sa maison pour moins de 1.000 dinars de sucre.

Un de ses esclaves a raconté l’anecdote suivante :

« Une fois, le vizir ayant eu besoin de 1.000 dinars, il lui répugna de les emprunter à ses enfants ou à d’autres personnes. Comme il avait l’habitude de me traiter avec familiarité, il me dit : « Mon enfant, j’ai besoin que tu me prêtes 1.000 dinars. Je te les rendrai dans quelques jours.

— Volontiers, Monseigneur », répondis-je.

Puis je partis et je lui rapportai 5.000 dinars, en lui disant :

« Monseigneur, tout cet argent, j’en jure par Allah, je l’ai gagné à ton service; prends-en donc tout ce qu’il te plaira. »

Il réfléchit un instant en baissant la tête, puis me dit: « Par Allah ! je n’en prendrai pas un liard; ramasse ton argent et va t’en ? »

Puis il débita ce vers :

 » C’est très laid de voir le maître qui a des suivants poursuivre ce qu’ils ont entre les mains. »

Pendant son second vizirat, il ne cessa pas de suivre une sage politique, jusqu’au jour où il mourut.

Ayant demandé au khalife l’autorisation d’aller en pèlerinage à La Mecque, il la lui accorda. Le vizir prit alors avec lui des bagages et des provisions tels qu’on n’en avait jamais vu de pareils. Il traversa ensuite le Tigre, se rendant à la partie occidentale de Madinat as-Salâm (Bagdad), pour aller ensuite à Hilla, puis à Koûfa et de là à La Mecque.

Pendant que devant lui marchaient tous les grands de l’empire, un homme vint à sa rencontre à un endroit connu là-bas sous le nom de Qatouffâ[171] en criant :

« Monseigneur, je suis victime d’une injustice, je suis victime d’une injustice ! »

Et en même temps il lui tendit un placet. Le vizir le prenait de sa main, quand l’homme bondit furieusement sur lui et lui porta un coup de couteau à la clavicule.

En même temps, un autre homme bondit sur lui de l’autre côté et lui porta un coup à la hanche.

Enfin, un troisième assassin s’élançait sur lui, brandissant un couteau à la main, mais il ne put se faire jour jusqu’à lui.

On se jeta alors de toutes parts sur les trois assassins, qui furent mis à mort.

Bientôt après, le vizir mourait lui-même. On dit sur lui les prières funèbres, et il fut enterré dans le caveau de sa famille.

Ses trois assassins étaient, dit-on, de la secte des Bathéniens, de la montagne de Soummâq.

Voici ce qu’a raconté un homme de Qatouffâ.

« J’étais entré, deux heures avant l’assassinat du vizir, dans une mosquée de Qatouffâ, et j’y vis alors trois hommes ; ayant placé l’un d’eux devant le mihrâb et l’ayant couché, les deux autres dirent sur lui la prière des morts. Puis cet homme se leva, et un autre s’étant couché, les deux restants dirent sur lui la prière des morts. Ils continuèrent ainsi jusqu’à ce que chacun d’eux eût prié sur les autres. Pendant ce temps-là, je les voyais sans être aperçu d’eux et je fus très étonné de cette scène. Quand le vizir fut tué et qu’on eut mis à mort les trois assassins, j’examinai attentivement le visage de ceux-ci, et je trouvai que c’étaient ceux-là même que j’avais vus clans la mosquée.[172] »

saasin chez les seldjoukides

VIZIRAT DE ZAHIR AD-DIN ABOU BAKR MANSOUR, FILS D’ABOU-LOÂSIM NASR IBN AL-‘ATTÂR

Ibn al-‘Attar[173] était, au début, commerçant. Il fréquenta ensuite les percepteurs des finances et fut en grand honneur auprès de Moustadî, qui le prit pour vizir.

Il était dur pour les sujets et le peuple le détestait.

Il demeura au pouvoir jusqu’à la mort de Moustadî et à l’avènement de Nasir au trône du khalifat.

C’est le dernier des vizirs de Moustadî.

FIN DU RÈGNE DE MOUSTADÎ ET DE L’HISTOIRE DE SES VIZIRS.

Turquoise_glass_stamp_of_calife abbasside al Mustadi_1170_1180

Notes du traducteur:

[163] Voy. sur ces importants événements : Ibn al-Athir, Chronicon. XI, p. 241 et suiv. ; Paul Casanova, Les Derniers Fatimides, dans les Mémoires publics par les membres de lamission archéologique française du Caire, t. XVI, pp. 415-445, et d’une façon générale les ouvrages qui traitent de la conquête de l’Egypte par Saladin.

[164] Abou-l-Fath Muhammad, fils d’Oubeïd Allah, dit Ibn at-Ta’âwidzî (le marchand d’amulette), né en 1125 à Bagdad, il devint plus tard aveugle (en 1183) et mourut en 1188. Le recueil de ses poésies qui ne manquent pas de grâce, a été édité par M. S. D. Margoliouth. Voy. sur ce poète Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., 248; Ibn Khallikan, Wafayât, notice 562 ; C. Huart, Hist. de la Litt. arabe, p. 101-102. Voy. une appréciation du diwan d’Ibn at-Ta’âwidzî par M. Hartwig Derenbourg, Journal des savants, 1905.

[165] C’est le nom du vizir ‘Adoud ad-Dîn.

[166] Nous avons conservé, dans ce vers, l’image telle quelle, pour donner une idée des comparaisons que font les poètes arabes, et qui sont parfois absolument intraduisibles en français. Sur l’emploi de la poix, pour guérir les chameaux de la gale, voy. l’ouvrage du colonel Villot, Mœurs et coutumes des Arabes de l’Algérie, p. 128. Ce traitement est tellement répandu que, dans les formules d’actes de société, pour l’exploitation du transport à dos de chameaux, on prévoit toujours l’achat de la poix. Cf. Muhammad al-Bachir at-Touati, Kitabmadjmou al-ifâda fî-ilm ach-chahâda, éd. Tunis, 1293, p. 86, l. 5 d’en bas.

[167] On prononce souvent cette formule devant un événement inouï, une calamité, etc.

[168] On ne doit point trahir celui dont on a partagé la nourriture.

[169] Je pense qu’il s’agit du quartier Al-Harim al-Tahiri, sur lequel on peut consulter G. Salmon, Introduction topographique à l’histoire de Bagdad, pp. 114, 165 et passim, et voyez ci-dessus la note sur Bâb al-Marâtib, p. 545, note 1.

[170] Le khalife voulut le rappeler au vizirat dès l’année 566 mais il dut y renoncer devant l’opposition intransigeante du chef de la milice turque Qoutb ad-Din Qâ’imâz. Voy. les détails dans Ibn al-Athir, Chronicon, XI, 270 et 282.

[171] Ce village est situé tout près de Bagdad. Cf. Yakout, Mou’djam, s. v. ; Soyoûti (Loubb al-Loubâb, éd. Weijers. s. v., semble dire qu’on doit prononcer Qoutouffâ. C’est du moins ce que l’on peut déduire de l’ethnique dont il a précisé la vocalisation.

[172] L’assassinat du vizir ‘Adoud ad-Din eut lieu en l’année 573 (1177) ainsi que le dit, dans deux passages différents, Ibn al-Athir, Chronicon, XI, pp. 296 et 303.

[173] Voy. plus loin, sous le règne suivant, une biographie plus complète de ce vizir.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

(Wikipedia bio)BBASID CALIPHATE. Abu-Muhammad al-Hasan al-Mustadi bi-amr Allah (566-575h), Gold Dinar, Madinat al-Salam 567h

Abû Muhammad al-Mustadhî bi-‘Amr Allah al-Hasan ben al-Mustanjid1 surnommé Al-Mustadhî2 est le fils d’Al-Mustanjid. Il est né en 1142. Il a succédé à son père comme trente-troisième Calife abbasside de Bagdad en 1170. Il est mort en 1180. Son fils An-Nasirlui a succédé.

En 1171, Salâh ad-Dîn (Saladin) a aboli le califat chiite Fatimide à la suite du décès du jeune calife Al-Adid. Il fait serment d’allégeance envers Al-Mustadhî. Désormais l’Égypte, la Syrie et l’Irak sont de nouveau sous l’autorité du Calife Abbasside et reviennent au sunnisme.

Notes

  1. arabe : abū muḥammad al-mustaḍʾi bi-ʾamr allāh al-ḥasan ben al-mustanjid,
    أبو محمد « المستضئ بأمر الله » الحسن بن يوسف المستنجد,
  2. arabe : al-mustaḍʾi bi-ʾamr allāh,
    المستضئ بأمر الله, Celui qui est éclairé par la volonté de Dieu
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