Règne du calife Abbasside al-MUSTANJID BILLAH (1160-1170) Par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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L'armée Fatimide  au début de la dynastie Ayoubide en Egypte , Angus McBride, Osprey 1 2 3
L’armée Fatimide au début de la dynastie Ayyoubide en Egypte,  12eme siècle, source :Angus McBride, Osprey
1) Fantassin Jarwajaraya 
2) Cavalier arabe 
3) Bibyan al-Rikab 

Règne du calife Abbasside al-MOUSTANDJID BILLAH (555 / 1160 – 566 / 1170) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

Après Mouqlafi régna son fils Moustandjid billah Aboul-Mouzaffar Yousouf, qui reçut le serment de fidélité, après la mort de son père, en 555 (1160 de J.-C).

C’était un prince énergique, parfaitement au courant du maniement des affaires publiques.

Dès qu’il fut proclamé khalife, il abolit les péages et les taxes arbitraires.

Toutefois, il commit une grande faute, en décrétant l’abolition des tenures, qu’il a réintégrées dans la catégorie des terres de kharâdj[151] ; cette mesure fut très onéreuse aux ‘Alides qui habitaient Koûfa et les chapelles des imams ‘alides.

Ils attribuèrent l’initiative de cette mesure à Ibn Houbaira, qu’ils maudirent dans les dites chapelles.

Sous le règne de Moustandjid, commença la conquête de l’Egypte et la décadence de la dynastie fatimide qui y régnait.

Cette conquête fut achevée sous le règne de son fils Moustadi, par Salah ad-Din Yousouf, fils d’Ayyoub.

Moustandjid mourut étranglé au bain, au moment où il venait à peine de se relever d’une grave maladie dont il souffrait.

Il fut étranglé par les grands dignitaires de sa cour, à qui il inspirait de vives alarmes.[152]

Cet événement eut lieu en l’année 566 (1170 de J.-C).

ARTUQIDS) Fakhr al-Din Qara Arslan 539-570. Dirhem. Californie Al-Mustanjid drapée buste face; Date d'accompagnement Nom et pedi

HISTOIRE DU VIZIRAT SOUS LE REGNE D’AL-MOUSTANDJID

En montant sur le trône du khalifat, il maintint dans sa charge Ibn Houbaira, le vizir de son père, et même il l’éleva encore dans les dignités.

Nous avons suffisamment parlé ci-dessus de la biographie d’Ibn Houbaira, pour n’avoir plus à y revenir.

ISLAMIC COINS. ABBASID CALIPHATE. al-Mustanjid (555-566h), Gold Dinar, al-Hilla 557h, 1.92g (A 266). Faint...

VIZIRAT DE MUHAMMAD, FILS DE YAHYA, FILS DE HOUBAIRA, FILS DU PRÉCÉDENT

Le surnom honorifique de ce vizir était Izz ad-Din (majesté de la religion).

Il fut chargé de l’intérim du vizirat après la mort de son père.

C’était un homme supérieur, ayant toutes les qualités d’un bon chef et qui respirait la noblesse.

Poète aux pensées élégantes, il était également versé dans la littérature et les traditions du Prophète.

Il fut jeté en prison après la mort de son père, et depuis on ne sut plus ce qu’il advint de lui.

On cite les deux vers suivants comme étant de sa composition :

Que de fois j’ai fait preuve devant l’adversité d’une noble patience ! Que de fois je me suis plu à me figurer que son amertume[153] était un doux nectar !

Que de fois, enfin, j’ai dit à celui qui me reprochait mes tourments et mon désespoir : « Passe ton chemin[154] ».

Ruines de la ville Omeyyade d'al-Wasit fondé par le général al-hajjaj ibn Yusuf al-Taqafy en 702
Ruines de la ville Omeyyade d’al-Wasit fondé par le général al-Hajjaj ibn Yusuf al-Taqhafy en 702

VIZIRAT DE CHARAF AD-DÎN ABOU DJAFAR MUHAMMAD, FILS D’ABOU-L-FATH, FILS D’AL-BALADÎ,[155] SOUS LE REGNE DE MOUSTANDJID BILLAH.

Avant d’être vizir, Ibn al-Baladî était gouverneur de Wâsit. Il fit preuve, pendant son administration de cette ville, d’une grande capacité et d’une grande fermeté de caractère. Il versait constamment au trésor royal des sommes considérables[156] provenant des revenus de Wâsit.

Moustandjid le prit en grande estime, et il lui fit écrire à Wâsit en des termes qui impliquaient, de la part du khalife, l’intention de le prendre pour vizir.[157]

Les choses se précisèrent d’avantage, et Ibn al-Baladî exerçait toutes les prérogatives d’un vizir, tout en étant à Wâsit.

Il répondait aux placets qu’on adresse habituellement aux vizirs, correspondait avec les princes des pays limitrophes, toujours sans quitter Wâsit.

Il se rendit ensuite à Bagdad, d’où le cortège officiel contenant tous les grands dignitaires sortit à sa rencontre. Or, l’ostodâr, ‘Adoud ad-Din[158] Abou-l-Faradj Muhammad, fils de Raïs ar-Rou’asâ, était en mauvais termes avec Ibn al-Baladî.

En conséquence, il lui répugna de sortir à la rencontre du vizir, et il offrit au khalife 5.000 dinars pour être dispensé de prendre part au cortège.

Le khalife lui fit répondre que s’il payait cette somme comptant, il le dispenserait de sortir.

La somme fut donc pesée et versée au trésor; mais, une fois qu’elle fut en caisse, le khalife ordonna à ‘Adoud ad-Dîn de sortir à la rencontre du vizir, en lui faisant dire :

« L’argent que tu as versé est une amende que tu as encourue pour avoir contrevenu à notre désir et cherché à nous faire revenir sur nos ordres royaux. »

‘Adoud ad-Din perdit donc son argent et dut traverser le fleuve pour se rendre sur la rive occidentale avec tout le cortège.

Tout le monde se rendit à Sarsar,[159] où eut lieu la rencontre avec le vizir.

Dès que le regard d’’Adoud ad-Dîn tomba sur le vizir, il voulut mettre pied à terre, mais le vizir lui cria aussitôt :

« Je jure par Allah que si tu mets pied à terre, je le ferai aussi. »

Alors ‘Adoud ad-Dîn vint lui présenter ses hommages, et tous deux se donnèrent l’accolade à cheval sur leurs montures.

Ensuite ‘Adoud ad-Dîn se mit en marche devant le vizir, qui arriva près du palais du Tadj.

Il traversa le fleuve sur une embarcation et vint se présenter devant le khalife. Celui-ci lui donna de vive voix le titre de vizir, lui fit revêtir les pelisses d’honneur qui constituent les insignes du vizirat.

Il lui recommanda de nouveau de s’occuper des intérêts du diwan. Ibn al-Baladî se chargea en conséquence du fardeau du vizirat. Il ne cessa pas de suivre une sage politique, jusqu’au jour où Moustandjid périt victime de la coalition d’’Adoud ad-Din et des grands émirs, qui le firent entrer malade au bain, où il mourut de l’excès de chaleur.[160]

‘Adoud ad-Dîn fit paraître ensuite Moustadî, le fils du khalife défunt, et lui prêta le serment de fidélité.

Il lui fit prendre des engagements corroborés par de graves serments, entre autres l’engagement de le prendre comme vizir, et son fils comme ostodâr. Il lui fit promettre également de nommer un tel chef de l’armée, un tel à telle fonction, etc.

Moustadî prit tous ces engagements envers eux et s’y lia par de graves serments. Il reçut ensuite le serment de fidélité des membres de la cour, à l’intérieur même du palais royal. On y invita aussi le vizir, mais quand il fut au palais, on le conduisit dans un endroit retiré, où on lui trancha le cou.

Son cadavre fut ensuite enlevé et jeté sur un tas de fumier à Bâb al-Marâtib[161] (Porte des degrés); de là il fut traîné par terre et jeté dans le Tigre.

C’était un homme d’une conduite irréprochable et d’un caractère auquel on rendait hommage.[162]

 

FIN DU RÈGNE DE MOUSTANDJID ET DE L’HISTOIRE DE SES VIZIR 

Notes du traducteur:

[151] Voy. sur la question du kharadj le travail de M. Max van Berchem, La propriété territoriale et l’impôt foncier sous les premiers califes : étude sur l’impôt du Kharadj, in-8°, 1886, (75 pp.).

[152] Voy. sur les intrigues à la suite desquelles le khalife fut tué, Ibn al-Athir, Chronicon, VI, p. 236 et suiv.

[153] Littéralement : sa coloquinte.

[154] Il y a, en arabe, à la fin de ce vers, un joli jeu de mots, intraduisible en français.

[155] Une biographie spéciale de ce vizir est donnée par le manuscrit arabe n° 2133 de Paris, f° 49 v° (Supplément à l’histoire de Bagdad, par Mouhibb ad-Dîn ibn an-Nadjdjar). Toutefois, cet auteur, de même qu’Ibn Khallikan (Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 691, p. 117) et Ibn al-Athir (Chronicon, XI. p. 219 et passim) nomment le vizir en question Ahmad, fils de Sa’id. L’erreur paraît être du côté d’Ibn at-Tiqtaqâ.

[156] « Revenus fonciers abondants ». C’est ainsi du moins que je comprends ces mots. Dozy, qui a relevé ce passage du Fakhrî, le traduit par : « Des talents supérieurs ». Cf.Supplément aux diction. arabes, I, 542 b. Fleischer n’a pas relevé, dans ses Studien über Dozy’s Supplément, cette acception évidemment erronée…. D’ailleurs, en citant ce passage, il y a donné un autre mot erroné.

[157] Cf. Ibn al-Athir. Chronicon. XI. p. 219.

[158] ‘Adoud ad-Din appartenait à une grande famille de fonctionnaires. Son père. Abou-l-Foutoûh ‘Abdallah, fils d’Hibat-Allah, fils d’Al-Mouzaffar, fils de Raïs ar-Rou’asâ, avait occupé les hautes fonctions d’ostodâr sous le khalife Mouqtafi. A sa mort, en 549 (= 1154), son fils aîné ‘Adoud ad-Din lui succéda dans ces hautes fonctions. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, XI, p. 132.

[159] Il s’agit ici de Nahr Sarsar, canal qui relie l’Euphrate au Tigre, et qui est, situé entre le Nahr ‘Isa et le Nahr al-Malik. G. G. Salmon, Introduction topographique à l’histoire deBagdad, pp. 36-37.

[160] Ci-dessus, l’auteur avait dit que Moustandjid était mort étranglé. L’opinion rapportée ici est confirmée par Ibn al-Athir, Chronicon, XI, p. 236, qui dit tenir la chose de personnes bien renseignées.

[161] Cette porte était une des nombreuses portes qui donnaient accès au Harim, enceinte fortifiée qui occupait un tiers environ de la rive gauche de Bagdad, et où se trouvaient, en même temps que les palais du khalife, quelques demeures de particuliers, ainsi que des marchés destinés à pourvoir à la subsistance de ce quartier aristocratique. Le Bâh al-Marâtib était considéré comme une des principales portes d’honneur, et le chambellan qui y était préposé comptait parmi les plus hauts fonctionnaires. A l’époque de Yakout, cette porte ouvrait dans un quartier abandonné, où se dressaient encore de vieux hôtels particuliers ayant appartenu autrefois à l’aristocratie de Bagdad. Cf. Yakout, Mou’djam, I, p. 451; Aboulféda, Géographie(trad. Stanislas Guyard, II, 67-68 ; G. Salmon, Introd. topogr., p. 59.

[162] Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, XI, 237.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

L'armée Ayyoubide mené par Salahudin al-Ayyoubi lors de la bataille d'Hatin
L’armée Ayyoubide mené par Salahudin al-Ayyoubi lors de la bataille d’Hatin

(Wikipedia bio) Abû al-Muzaffar al-Mustanjid bi-llah Yûsuf ben Muhammad al-Muqtafî1, surnommé Al-Mustanjid2, est né en 1124. Il a succédé à son père Al-Muqtafî comme trente-deuxième calife abbasside de Bagdad en 1160. Il est démis de ses fonctions en 1170, son fils Al-Mustadhi, lui a succédé. Il est mort en 1171.

Une des veuves d’Al-Muqtafî aurait voulait que son fils soit le prétendant au califat. Elle eut le soutien de quelques émirs et elle arma ses esclaves femmes de poignards pour tuer le nouveau Calife lorsqu’il irait voir le cadavre de son père. Al-Muqtafî eut vent de ce complot, il attaqua les femmes et mit le fils rebelle et sa mère en prison.

Il n’y a pas grand-chose à dire sur le règne d’Al-Mustanjid. Il a continué à occuper une position plus ou moins indépendante de son vizir et de sa cour.

Pendant ce temps Nûr ad-Dîn (Noradin) et Sâlah ad-Dîn (Saladin) menaient des campagnes victorieuses non seulement contre les croisés mais aussi contre les Fatimides d’Égypte.

Notes

  1. arabe : abū al-muẓaffar « al-mustanjid bi-llah » yūsuf ben muḥammad al-muqtafī,
    أبو المظفر « المستنجد بالله » يوسف بن محمد المقتفى
  2. arabe : al-mustanjid bi-llah, المستنج بالله, Qui a l’aide de Dieu
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