Règne du calife Abbasside al-Nasir li-Dîn Allah (1180-1225) Par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

Publié le

Le palais du calife Abbasside Al Nasir li-Din Allah  1180- 1225
Le palais du calife Abbasside Al Nasir li-Din Allah 1180- 1225

Règne du calife Abbasside al-Nasir  li-Dîn Allah [174]  (575 / 1180 — 622 / 1225) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

Après Moustadi, régna son fils, l’imam Nasir lidîn Allah Abou-l-‘Abbâs Ahmad, fils de Moustadî.

Il fut proclamé khalife en l’année 575 (1179).

Ce prince était des plus grands et des plus distingués parmi les khalifes.

Parfaitement au courant du maniement des affaires publiques, il avait de l’expérience et de la politique.

Il était imposant, audacieux, bien informé et courageux.

Il avait, en outre, le jugement droit, l’esprit pénétrant, la riposte vive, l’intelligence et la perspicacité toujours en éveil. Enfin il était éloquent, et on ne pouvait lui contester le mérite que donne la connaissance des sciences ou la vivacité remarquable de l’intelligence.

Il discutait en connaisseur avec les savants, et maniait les affaires publiques en homme clairvoyant.

Il partageait d’ailleurs les vues des imâmites.[175]

Il eut un règne long et heureux. Il aimait s’occuper en personne des affaires de ses sujets, au point qu’il avait l’habitude de se promener la nuit dans les rues de Bagdad, pour se mettre au courant des affaires du peuple et de ce qui se dit dans ce milieu.

Fonctionnaires et sujets, tous le craignaient et se tenaient sur leurs gardes, comme si le khalife les observait tous dans leurs propres maisons. Ses 3iù espions et ses informateurs auprès des souverains et à l’étranger étaient en très grand nombre.

Il existe, sur lui, à ce point de vue, d’extraordinaires anecdotes. Il composa des livres, entendit réciter les hadiths (traditions) du Prophète (sur lui soit le salut !) i et les récita lui-même à d’autres. Il revêtit les insignes de l’ordre de la Foutouwa[176] (virilité), et les conféra lui-même à d’autres.

Un nombre considérable d’hommes, depuis l’orient jusqu’à l’occident de la terre reçurent de ses mains les insignes de cet ordre.

Il tirait de l’arbalète, et apprit à beaucoup d’autres l’art de s’en servir.[177]

En un mot, c’était l’homme le plus éminent de son temps, le héros de son siècle.[178]

Sous son règne s’éteignit entièrement la dynastie des Seldjouqides. Ce prince fit des œuvres de bienfaisance et des fondations en nombre incalculable.

Il bâtit des caravansérails pour héberger gratuitement les voyageurs de passage, des mosquées, des casernes-frontières, en quantité considérable.

Avec cela, il faisait de ridicules économies.

Il passait tout son temps à administrer les affaires de l’empire, à nommer et à destituer les fonctionnaires, à leur faire rendre gorge et à amasser des richesses.

On raconte qu’ayant rempli d’or un bassin, il continua à y mettre encore de l’or pour le remplir entièrement et même le faire déborder un peu.

Un jour, en voyant ce bassin, il s’écria : « Ah! vivrai-je encore assez pour le remplir ! »

Mais il mourut avant d’avoir réalisé son vœu.

Et l’on raconte que son fils Moustansir, en voyant ce bassin, s’était écrié : « Vivrai-je encore assez pour l’épuiser? » Et il tint parole.

Nasir mourut en l’année 622 (1225).

En montant sur le trône, Nasir maintint Ibn al-Attar,[179] le vizir de son père, dans sa charge, pendant peu de temps.

Ensuite, il le disgracia, le fit arrêter et emprisonner à l’intérieur même du palais du khalifat.[180]

On le sortit mort quelques jours après et on le remit à sa sœur pour l’ensevelir et l’enterrer.

Sa sœur l’ayant lavé, le fit ensuite porter dans un cercueil placé sur la tête d’un portefaix, pour aller l’enterrer.

Mais celui-ci fit un signe d’intelligence à quelques personnes, qui lui lancèrent des pierres.

Aussitôt le portefaix jeta par terre le cercueil et prit la fuite.

Alors la populace s’empara du cercueil, sortit le cadavre de l’ex-vizir et le mutila. On lui attacha ensuite une corde au pied et au membre viril et on se mit à le traîner, après lui avoir mis dans la main un gros bâton[181] enduit d’excréments humains.

Et la populace criait autour de lui : « Eh ! seigneur Zahîr ad-Dîn, appose ton sceau sur nos placets ! »

Parmi les coïncidences curieuses qui se produisirent lors de cet événement, on rapporte l’anecdote suivante.

Un Turc construisit un bain, et fit passer la rigole de décharge devant la maison d’un de ses voisins.

Celui-ci, incommodé par la rigole, porta plainte devant le vizir, qui le renvoya sans aucun ménagement et sans lui prêter main-forte; même il lui dit : « Si tu ne gardes pas le silence, je te mettrai la tête dans cette rigole. »

Or, on raconte que, lorsqu’Ibn al-‘Attar fut mutilé et traîné par terre par la populace, on vint à passer devant la porte du bain en question et, par une curieuse coïncidence, le cadavre de l’ex-vizir tomba dans la rigole et y fut traîné quelques pas.

Tous ceux qui étaient là en furent saisis.

ABBASID CALIPHATE. al-Nasir, Gold Dinar, Daquqa, date unclear

VIZIRAT DE DJALAL AD-DIN ABOU-L-MOUZAFFAR OUBEÏD ALLAH

Au début de sa carrière, ‘Oubeïd Allah[182] était un des notaires assesseurs du qâdî.[183]

Puis il monta de degré en degré jusqu’à ce qu’il parvînt au vizirat.

Nasir l’envoya à la tête d’une nombreuse armée pour faire la guerre au sultan Toghroul,[184] fils d’Arslan, fils de Toghroul le Seldjouqide.

Les deux partis en vinrent aux mains, et la victoire resta à l’armée du Sultan.

Les troupes du khalife furent mises en déroute, mais le vizir demeura à son poste.

On le fit prisonnier et il resta quelque temps en captivité.

Ayant été ensuite relâché, il arriva à Bagdad incognito.

Il ne survécut pas longtemps à cet événement.

Le Sultan Tughril III tiré du manuscrit de Hafiz-i Abru s-majma, al-Tawarikh Tughrul III ibn Arslan (également orthographié Tuğrul, Toghroul ou Toghrul) est le dernier sultan seldjoukide de Perse, fils de Mu'izz ad-Din Arslan auquel il succède en 1175 ou 1176. En 1190, comme il avait essayé de s'affranchir de la tutelle de l'atabeg d'Azerbaïdjan Qizil Arslan, il est renversé et emprisonné par celui-ci qui se proclame sultan. L'usurpateur est assassiné l'année suivante et Tughrul regagne son trône. Le 25 mars 1194, il est vaincu et tué près de Rey dans la guerre qu'il a imprudemment déclenchée face au shah du Khârezm Ala ad-Din Tekish. Sa tête est envoyée au calife abbasside An-Nasir qui l'expose en face de son palais à Bagdad. Le sultanat saljûqide de Perse disparaît.
Le Sultan Tughril III tiré du manuscrit de Hafiz-i Abru s-majma, al-Tawarikh,  il est le dernier sultan seldjoukide de Perse, fils de Mu’izz ad-Din Arslan auquel il succède en 1175 ou 1176. En 1190, comme il avait essayé de s’affranchir de la tutelle de l’atabeg d’Azerbaïdjan Qizil Arslan, il est renversé et emprisonné par celui-ci qui se proclame sultan. L’usurpateur est assassiné l’année suivante et Tughrul regagne son trône. Le 25 mars 1194, il est vaincu et tué près de Rey dans la guerre qu’il a imprudemment déclenchée face au shah du Khârezm Ala ad-Din Tekish. Sa tête est envoyée au calife abbasside Al-Nasir qui l’expose en face de son palais à Bagdad. Le sultanat saljûqide de Perse disparaît.

VIZIRAT DE MOUIZZ AD-DÎN SAID, FILS D’ALI IBN HADÎDA AL-ANSÂRÎ[185]

C’était un homme distingué, honnête, aisé, même très riche.

On raconte que le syndic (naqîb) des ‘Alides de Basra, le poète Abou Djafar Muhammad, fils d’Abou Thâlib, fit le voyage à Bagdad pour porter plainte devant ce vizir contre le gouverneur de Basra; il lui récita une pièce de vers (qasîda), dont voici un passage :

Les tribus des Ansârs, auxiliaires de Muhammad , sont nombreuses, mais les Benou Ghounm[186] sont les meilleurs.

C’est à eux qu’appartient Abou Ayyoub,[187] dont Mahomet habita la maison, et qui fut choisi ‘d’entre tous par l’Élu.

Or je descends, par une filiation évidente, de Muhammad et loi, tu es issu de cette tribu [les Benou Ghounni]; je suis donc par cela même ton voisin.

Je suis descendu chez toi comme Muhammad est descendu dans la maison de ton ancêtre. Or, l’hôte doit être protégé.

Pourquoi donc serais-je victime de l’injustice, alors que ma parenté me rattache à Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui , et que ta tribu ce sont les Ansârs.

Lorsque le vizir eut entendu cette poésie, il fut, dit-on, pris de compassion pour le poète Abou Djafar et versa des larmes.

Il le revêtit ensuite d’une pelisse d’honneur, lui fit des cadeaux et lui donna satisfaction pour tout ce dont il avait besoin.

Il lui rendit aussi justice contre le gouverneur de Basra, qu’il destitua.

Ce vizir mourut lui-même destitué en 616 (1219 de J.-C.).[188]

Al Başrat al Qadīmah
Al Başrat al Qadīmah

VIZIRAT DE MOUAYYAD AD-DÎN ABOU-L-MOUZAFFAR MOUHAMMAD, FILS D’AHMAD, FILS D’AL-OASSAB

Ce vizir était d’origine persane. Son père vendait de la viande en haut de la rue dite Darb al-Basriyyîn,[189] à Bagdad.

Le fils, au contraire, passa sa jeunesse à étudier les sciences et les lettres.

Il acquit une très grande habileté dans les sciences des fonctionnaires des finances, comme le calcul, les kouroûth[190] l’arpentage et les perceptions de l’impôt en nature.

Il étudia ensuite les moyens d’arriver au vizirat.

C’était un homme d’une forte volonté et d’une grande ambition.

Il dirigea des armées et fit des conquêtes.

En un mot, il réunissait en lui les talents d’un homme d’épée et de plume. Il dirigea une expédition dans le pays du Khouzistan,[191] qu’il conquit et organisa.

Il se rendit ensuite avec l’armée en Perse, dont il conquit la majeure partie.

Mais sa dernière heure sonna, et il mourut dans ce pays.[192]

Autre vue sur le palais du calife Abbasside Al Nasir li-Din Allah  1180- 1225
Autre vue sur le palais du calife Abbasside Al Nasir li-Din Allah 1180- 1225

VIZIRAT DU SAYYID NASIR AD-DIN FILS DE MARDI AL-‘ALAWÎ AR-RÂZÎ, SOUS LE REGNE DE NASIR

Originaire du Mazandéran, où il était né, ce vizir fut élevé à Rey et habita Bagdad, où il mourut.

Il était du nombre des hommes capables, distingués, notables et remarquables par leurs talents.

Il étudia, dans sa jeunesse, les belles-lettres et en acquit une bonne connaissance.

Il s’occupa ensuite des questions administratives, où il acquit une maîtrise toute particulière.

Il avait été, au début, suppléant du naqib ‘Izz ad-Dîn Mourtadâ al-Qoummi, syndic des ‘Alides de toute la Perse.

C’est sous la direction de ce personnage qu’il apprit les principes qu’un chef doit connaître. Or le naqîb ‘Izz Ad-Dîn était un des hommes les plus illustres de la terre et des plus considérables.

‘Izz ad-Dîn ayant été mis à mort par l’ordre de ‘Alâ ad-Din Kharezmchah,[193] son fils, le naqib Charaf ad-Dîn Muhammad prit la fuite et se dirigea vers Madinat as-Salâm Bagdad, pour se mettre sous la protection du khalife Nasir.

Il était accompagné de son suppléant Nasir ad-Din, fils de Mahdî, qui était un homme d’une grande intelligence.

Le khalife ayant examiné les capacités de Nasir ad-Din, s’aperçut qu’il était intelligent, judicieux, et qu’il avait le jugement droit.

Il prit alors l’habitude de le consulter, en secret, dans les questions de politique extérieure.[194]

Il le trouva parfaitement au courant de la politique des sultans de la Perse, connaissant leurs affaires, leurs institutions et le caractère de chacun d’eux.

Et chaque fois qu’il le consultait sur une question de ce genre, il constatait qu’il trouvait la vraie solution. Alors, il se l’attacha, le nomma d’abord syndic des Thâlibites, puis lui confia la charge du vizirat.[195]

Nasir ad-Din demeura dans ces fonctions pendant un certain temps, pratiquant une très sage politique. Il était généreux, libéral, et joignait une grande élévation de caractère à la noblesse de l’âme.

On raconte à son sujet l’anecdote suivante:

Un jour qu’il était assis dans le salon du vizirat, ayant à la main un gros morceau de bois odorant, il remarqua qu’un des grands dignitaires, qui étaient là présents, ne quittait pas des yeux le morceau de bois.

Alors le vizir, s’adressant à cet homme, lui dit :

« Ça te plaît? »

L’autre répondit en adressant des vœux à Dieu pour le bonheur du vizir.

Celui-ci lui ayant fait cadeau du bois odorant, l’homme se leva pour sortir ; mais, dès qu’il se fut éloigné de la salle d’audience, le vizir le fit rappeler rapidement et lui dit :

« Tu veux donc nous couvrir de ridicule et rendre vrai à nos dépens ce proverbe : « Il l’a parfumé en le laissant tout nu ? » Puis il donna l’ordre de le revêtir d’une pelisse d’honneur, et lui fit remettre un ballot de vêtements, en lui disant : « Parfume-toi vêtu de ces habits. »

Le poète persan Abharî[196] composa à la louange du vizir Nasir ad-Dîn un poème, très connu parmi les Persans et dans lequel il disait, au milieu d’autres vers élogieux :

« C’est le vizir de l’Orient et de l’Occident, qui fait triompher la nation et la religion, qui par sa haute intelligence sera à jamais triomphant.

Le bruit de ta plume, qui, lorsque tu travailles à résoudre les difficultés des affaires publiques, est semblable à la mélodie de David récitant les psaumes[197] » 

Al-Abharî envoya cette poésie avec un commerçant qui partait avec une caravane, en lui disant : « Fais parvenir cette poésie au vizir et, si tu peux, tu tâcheras de ne pas lui dire quel en est l’auteur. »

La poésie ayant été présentée au vizir, il en fut satisfait. Il fit alors mander le commerçant et lui remit 1.000 dinars d’or, en lui disant : « Tu remettras ces 1.000 dinars à Al-Abharî et tu ne lui diras pas de qui ils proviennent. »

Nasir fit arrêter ce vizir, à la suite de certaines questions[198] qu’il désapprouvait, et qui exigeaient l’arrestation du vizir.

Cet événement eut lieu en l’année 604 (1207 de J.-C).

Le vizir fut ensuite transporté dans un appartement faisant partie de la maison du khalife, il y demeura surveillé[199] avec beaucoup d’égards et de ménagements, jusqu’à ce qu’il mourût, toujours surveillé, en l’année 617 (1220 de J.-C.).[200]

A coin minted in the name of Muhammad II (1200-1220) of Khwarezm, citing caliph abbasside an-Nasir as nominal suzerain.

VIZIRAT DE MOUAYYAD-AD-DIN MUHAMMAD, FILS DE MUHAMMAD, FILS D’ABD AL-KARÎM BARZ AL-QOUMMÎ,[201] SOUS LE RÈGNE DE NASIR.

Ce vizir[202] était originaire et natif de Qoumm ; mais il fît son éducation et mourut à Bagdad. Sa généalogie remontait à Miqdâd, fils d’al-Aswad Al-Kindi.[203]

Il était — qu’Allah lui fasse miséricorde ! — parfaitement au courant des affaires publiques, et, à la connaissance des principes du gouvernement, il joignait celle des règlements et de la pratique administrative des bureaux.

Il était, en outre, versé dans le calcul, avait de profondes connaissances dans tous les genres littéraires, savait par cœur les plus belles poésies et pouvait raconter de jolies anecdotes.

Il s’occupait avec une patience assidue des affaires du diwan, qu’il ne quittait pas depuis le matin jusqu’au soir.

Au début de sa carrière, il entra au service des sultans de Perse. Pendant sa jeunesse, alors qu’il n’avait pas encore atteint vingt ans, il s’était attaché à Ispahan à un vizir persan, qui était lassé des secrétaires qu’il avait à son service, et auxquels il reprochait de contrevenir à ses ordres.

En conséquence, il les renvoya et prit pour secrétaire le Qoummi, pensant que, ne fût-ce qu’en raison de son jeune âge, il n’oserait pas contrevenir à ses ordres.

Le Qoummi lui servait de secrétaire depuis déjà quelque temps, lorsqu’un jour on apporta devant le vizir une quantité de pièces de brocart, les unes entières, les autres entamées.

Alors le vizir fit venir le Qoummi auprès de lui pour vérifier le nombre des vêtements et les porter ensuite au magasin.

Il lui annonçait : tant de pièces entières, mais le Qoummi écrivait : tant de pièces sans ajouter le mot : entières. « Pourquoi n° écris-tu pas comme je te le dis ? lui demanda le vizir.

— Monseigneur, répondit le secrétaire, il n’est pas besoin de mentionner expressément les pièces qui sont entières, car lorsque j’arriverai à une pièce qui ne l’est pas, je mentionnerai au-dessous du chiffre que la pièce est entamée; ainsi, en mentionnant exclusivement les pièces entamées, cela indique que celles pour lesquelles cette mention manque sont entières.

— Non, dit le vizir, écris exactement comme je te le dis. »

Le Qoummî lui ayant de nouveau répliqué, le vizir se mit en colère, éleva la voix, puis, se tournant vers les assistants, il s’écria : « J’ai révoqué les vieux secrétaires que j’avais à mon service, précisément à cause de leur entêtement et de ce qu’ils ne font pas toujours ce que je dis.

Et j’ai pris ce jeune homme comme secrétaire, pensant qu’à raison de son âge il n’aurait pas l’audace et l’esprit de contradiction qu’avaient les autres. Or, je trouve qu’il est encore plus entêté qu’eux. »

Pendant ce temps, un des serviteurs du Sultan, qui était assis tout près de la salle où se tenait le vizir, sortit et demanda quelle était la cause de tant de cris et de la colère du vizir.

On informa le serviteur de la scène qui venait de se passer entre le vizir et le Qoummî.

Le serviteur revint raconter ce qui lui a été dit au Sultan, qui lui répondit : « Va dire au vizir : Ce qu’a fait le jeune secrétaire, c’est juste ce qu’il y avait à faire. »

Le Qoummî prit alors de l’importance aux yeux des autres et sa situation en devint plus élevée.

Il devint familier avec le serviteur, qui lui demandait souvent conseil, lui confiait ses secrets et recherchait son intimité.

Or, il arriva que le Sultan chargea ce serviteur ainsi qu’un autre homme de porter un message à la cour du khalife.

Le serviteur sollicita alors d’être accompagné du Qoummî ; ce qui lui fut accordé. Ils se rendirent à Bagdad et, le serviteur et son compagnon s’étant présentés chez le vizir Ibn al-Qassâb, lui dirent de vive voix l’objet du message et écoutèrent la réponse.

Or, c’était une réponse qui n’avait aucun rapport avec le message; c’était plutôt une espèce de sophisme. Mais le serviteur et son compagnon s’en contentèrent, ne s’aperçurent guère qu’elle n’avait aucune valeur et quittèrent le vizir.

Le Qoummî revint alors devant le vizir et l’entretint secrètement : « Monseigneur, lui dit-il, la réponse n’a aucun rapport avec le message transmis par les serviteurs.

— Tu dis vrai, lui répondit le vizir, mais laisse-les dans leur bêtise, et n’éveille pas leur attention là-dessus.

— Volontiers, dit le Qoummî. » Puis, le vizir Ibn al-Qassâb écrivit au khalife une lettre dans laquelle il lui disait : « Il est arrivé, en compagnie du serviteur du Sultan, un jeune homme de Qoumm, nommé Un tel, qui a fait preuve d’un esprit éveillé dans telle et telle circonstances.

Un homme pareil mérite qu’on se l’attache par des libéralités et des bienfaits et qu’on s’assure ses services.»

Le khalife écrivit au vizir, en lui ordonnant de ne pas laisser ce jeune homme partir avec les deux autres serviteurs. On lui trouva alors un prétexte, et il fut séparé de ses compagnons. Ceux-ci partirent, tandis que le Qoummî, resté à Bagdad, fut désigné comme rédacteur à la Chancellerie, où il exerça pendant quelque temps ces fonctions.

Ensuite, il fut nommé vizir et il acquit à la cour une influence que n’eut aucun de ses pareils. Il était l’homme unique de son temps en toute chose estimable ; il fit de nombreuses œuvres pies, beaucoup de bienfaisances et de larges aumônes.

Badr ad-Dîn Ayâz, l’esclave de ce vizir, a raconté à son sujet l’anecdote suivante : « Une nuit, le vizir demanda des sucreries préparées avec du sucre candi. On en prépara sur-le-champ de nombreux plats, qu’on lui présenta cette nuit même. Alors il me dit: « Ayâz, tu peux me garder ces sucreries, en les mettant de côté jusqu’au jour du Jugement dernier.

— Seigneur, lui répondis-je, comment faire pour cela ? Est-ce possible ?

— Parfaitement, me dit-il; tu iras tout de suite au mausolée de Moussa et d’Al-Djavâd (sur eux soit le salut !) et tu mettras ces plats devant les orphelins des ‘Alides.

De cette façon, ils seront réservés pour moi jusqu’au jour de la Résurrection. »

Alors, reprit Ayâz, je répondis : « Vous serez obéi. » Et je me mis en route — il était minuit en ce moment-là, — vers le mausolée. [Une fois arrivé], j’ouvris les portes, et, réveillant les petits orphelins, je mis les plats devant eux, et m’en retournai. »

Le Qoummî ne cessa pas de pratiquer une sage politique, occupant le vizirat sous Nasir, Zâhir et Moustansir, jusqu’au jour où il fut arrêté par ce dernier khalife, qui l’emprisonna pendant un certain temps à l’intérieur du palais du Khalifat.

Etant tombé malade, on le sortit de sa prison dans cet état, et il mourut (qu’Allah lui fasse miséricorde !) en l’année 629 (1231 de J.-C).

FIN DU RÈGNE DE NASIR LIDIN ALLAH ET DE L’HISTOIRE DE SES VIZIRS.

Notes du traducteur:

[174] Voy. une notice spéciale sur ce prince dans le Supplément à l’Histoire de Bagdad (Dzail Tarikh Bagdad par Mounin ad-Dîn ibn An-Nadjdjâr, manuscrit de Paris n° 2133, f° 7 v°. Ce ms. a été attribué à tort au Prédicateur de Bagdad (al-Khâtib al-Baghdadi, voy. notre mémoire dans le Journal Asiatique de Paris, mars-avril 1908. pp. 237 à 242 (et tirage à part). — On peut voir encore sur ce khalife, dont le règne ne manque pas d’éclat, surtout quand on le compare au néant politique où vivaient ses prédécesseurs, G. Weil, Geschichte der Chalifen, III, 364-454 ; Noël Desvergers. l’Arabie, p. 465. Ibn Khaldoun, ‘Ibar, III, p. 528; Ibn Taghri Bardî, An-Noudjoûm az-Zâhira (on peut consulter les mss. de Paris. n° 1779 à 1781, le continuateur de Juynboll pour l’édition d’An-Noudjoûm, M. W. Popper, n’étant pas encore arrivé à cette partie de l’ouvrage d’Abou-l-Mahâsin. On trouvera aussi de nombreux renseignements sur ce règne dans la Collection des Historiens orientaux des croisades, dans Abou Châma, Kitab ar raudatain, Ibn al-Athir, Chronicon, t. VI et XII, passim.

[175] C’est une raison suffisante pour que notre auteur fasse de ce khalife, d’ailleurs remarquable, un éloge pompeux.

[176] On sait que ce mot désigne, en arabe, l’ensemble des qualités qui caractérisent l’homme, dans la plus noble acception du mot, le vir des Latins. L’ordre de la foutouwa comprenait des descendants de la famille du Prophète Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui, auxquels venaient s’affilier des amis ou des clients. Les insignes consistaient en un pantalon, une tunique, et d’autres vêtements que l’on se transmettait de père en fils. Le chevalier de cet ordre recevait ensuite une coupe, dont il ajoutait ordinairement la figure à ses armes, soit seule, soit en même temps que la figure représentant le pantalon. Pour plus de détails et pour les références, voy. l’art, de Dozy, dans le Suppl., II, 241.

[177] Cf. Dozy, Supp. aux diction. arabes, I, 5.59.

[178] Ibn al-Athir, qui n’avait pas les mêmes raisons que notre auteur pour porter aux nues le khalife « qui partageait l’opinion des imâmites », le juge, au contraire, très sévèrement. C’est pour lui le pire des khalifes. Sa foutouwa, ses fondations pieuses, ce n’était que de l’ostentation. D’ailleurs, il passait son temps à défaire ce qu’il venait à peine de faire. Sous son règne « les spoliations étaient incalculables et l’Iraq fut littéralement dévasté ». Tout ce passage (Chronicon, (XII, p. 286) est très intéressant.

[179] Ce vizir était fils d’un riche habitant de Bagdad, originaire de Harrân, où il naquit en 484 (= 1091). Son père se nommait Abou-l-Qasim Nasr, fils de Mansour, fils de Housain, fils d’al-‘Attar, mort en 553 (= 1160) à Bagdad, où il se distingua par sa charité et son assiduité à lire le Coran. Quant au fils, il occupa d’abord les fonctions de sahib al-makhzin à Bagdad en l’année 566 (= 1170). Il y demeura jusqu’à l’année 570 (= 1174) époque à laquelle il fut maltraité par le Turc Qoutb ad-Din Qâ’imâz, qui fit brûler sa maison et l’obligea à fuir. D’ailleurs Qoutb ad-Dîn lui-même, par un juste retour des choses, eut bientôt à souffrir des mêmes procédés. Sur l’ordre du khalife, la populace envahit l’hôtel de Qoutb ad-Din, qui fut mis à sac. Lui-même dut prendre la fuite et mourut de soif et de privations, sur la route de Bagdad à Mossoul, dans cette même année 570 (= 1174). Trois ans après, Zahir ad-Din devint vizir de Moustadi en l’année 572 (= 1177). Il fut maintenu à son poste par le khalife suivant Nasir, qui le disgracia ensuite de la manière racontée au texte. Cf. Ibn al-Athir,Chronicon. XI, 158, 241, 281, 303-304.

[180] Au palais du Tadj. Cf. Ibn al-Athir, op. cit., XI, 304.

[181] Une louche en bois, dit Ibn al-Athir, loc. cit.

[182] Il se nommait ‘Oubeïd Allah, fils de Younous. Ibn al-Athir, Chronicon, XI, 372.

[183] Ce qâdî était beaucoup plus âgé que le vizir, et comme il était obligé de marcher à pied au milieu du cortège de dignitaires qui accompagnait le vizir, il ne cessait pas, dit-on, de maudire, tout le long du chemin, le sort qui l’avait fait vivre si vieux, pour l’obliger à une pareille humiliation. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, 372.

[184] Ce prince appartient à la branche des Seldjouqides qui domina en ‘Iraq et dans le Kurdistan. Il est le neuvième et dernier prince de cette branche, qui, depuis, fut remplacée par les chahs du Khwarezm. Il régna de 573 (= 1177) à 590 (= 1194). Cf. Stanley Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 154, et Ibn al-Athir, Chronicon, XII. 15.

[185] La biographie de ce vizir est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 126. Cet auteur le nomme Sa’d et lui donne comme laqab ou surnom honorifique « Mou ‘in ad-Din ». Voy. aussi le folio 141 v° de ce même manuscrit. Voy. aussi Ibn al-Athir (Chronicon, XII, 198), qui le nomme Sa’d, mais en confirmant le laqab Mouizz ad-Din que lui donne Ibn at Tiqtaqâ.

[186] Les Benou Ghounm sont une tribu Bakrite, descendant de Chaibân. Cf. Caussin de Perceval, Essai, II, 449; Kitab al-aghâni. XVI, p. 131. l. 13; Ibn al-Athir, Chronicon, III, 196, l. 4 d’en bas.

[187] Abou Ayyoub al-Ansari était un habitant de Médine, un des premiers qui embrassèrent l’Islam. C’est dans sa maison que Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui, lors de son émigration à Médine, vint s’installer, ce qui devint pour lui et ses descendants un titre à la vénération des Musulmans. Cf. Caussin de Perceval, Essai sur l’hist. des Ar., III, 20; Prince de Teano, Annali del Islâm, I, introd. § 334 et année I, §35. Il mourut sous les murs de Constantinople, pendant le siège de cette ville par les armées omeyyades de Mouâwiya. C’est là qu’est son mausolée, objet de la plus grande vénération; voy. notre traduction du Mi’yâr, tome XII des Archives marocaines, p. 232.

[188] D’après Ibn al-Athir, (Chronicon, XII, p. 198), ce vizir mourut au mois de Djoumada I de l’année 620 (= juin 1223). Il était déjà en ce moment dans la retraite. Peut-être pourrait-on concilier ces données contradictoires des deux historiens, en admettant que la date de 616, donnée par Ibn al-Tiqtaqâ, est celle de la destitution du vizir, tandis que la date de 620, donnée par Ibn al-Athir, est celle de sa mort. Ce dernier auteur ajoute que le cercueil du vizir fut transporté à Koûfa et enterré près du mausolée d’Ali. Cela laisserait à supposer que la sépulture d’Ali était encore connue à cette époque, mais l’on sait que les historiens arabes ne sont guère d’accord sur l’emplacement où fut enferré le khalife ‘Ali.

[189] Dans sa Topographie de Bagdad, Al-Khatib al-Baghdadi (éd. et trad. Salmon, Paris, 1904) ne donne pas le nom de cette rue.

[190] Ce mot est ainsi écrit dans le manuscrit et les deux éditions. Il ne semble pas avoir de sens connu ; aucun dictionnaire ne le mentionne, sauf Dozy (Suppl., II, 453), qui ajoute d’ailleurs : « J’ignore ce que ce mot signifie dans Fakhrî. » Fleischer, dans ses Studien über Dozy’s Supplément, ne l’a pas non plus expliqué. On pourrait peut-être hasarder la conjecture suivante : il signifie « se casser » en parlant d’une corde. Ce serait dans ce cas synonyme d’arpentage, mesurage des terrains, les Arabes ayant l’habitude de mesurer les terres avec des cordes. Ce n’est là naturellement qu’une conjecture que nous proposons sous toutes réserves.

[191] Sur cette importante expédition, que le vizir entreprit surtout dans l’intention secrète de se rendre plus tard indépendant, voy. Ibn al-Athir, Chronicon, XII, p. 71 et suivantes. Cette expédition eut lieu l’année même de l’arrivée d’Ibn al-Qassâb au vizirat, c’est-à-dire en 590 (= 1193), Ibidem.

[192] Hamadhan, en 592 (= 1195). Ibn al Athir, Chronicon. XII. p. 81.

[193] ‘Alâ’ ad-Din Muhammad Kharezmchah régna de 596 (= 1199) à 617 (=1220). Cf. Stanley Lane-Poole, The Mohammadan Dynasties, p. 177. Une intéressante biographie de ce prince est donnée par Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n° 2064, f° 36 r° et n° 5860, f° 209 r° ; Ibn al-Athir, Chronicon, XII, 30 et sq.

[194] Littéralement : dans ce qui se rattache aux souverains des pays voisins.

[195] En l’année 592 (1195), c’est-à-dire l’année même où périt Ibn al-Qassâb à Hamadhan. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon, XII, p. 81.

[196] Nous avons peu de renseignements sur ce poète. Originaire d’Abhar, en Perse, entre Qazvin et Zandjân, Rafi’ ad-Din Abharî Qazwini est un poète qui a laissé un diwan de 3.000 vers. Il était l’ami d’Athir ad-Dîn Ammânî et de Kamal Ismâ’îl, le premier ayant été l’élève de l’astronome Nasir ad-Din Toûsî sur lequel voyez plus loin, et le second étant mort en 635 (= 1237 de J.-C). Ces synchronismes montrent que Rafi’ ad-Dîn Abharî est bien le poète dont parle ici Ibn at-Tiqtaqâ. C.f. Riza-Qouly-Khan, Madjmâ’ al-fusahâ, l. l, p. 234. Je dois les éléments de cette note à l’extrême obligeance de M. Clément Huart, professeur de langue persane à l’Ecole des Langues O. V., qui a bien voulu me signaler aussi que l’indication du mètre, telle qu’elle est donnée par l’édition du texte arabe, est inexacte. En effet, les deux vers d’Abharî sont, non pas du mètre basit, mais du moudjlathth, tel qu’il est usité en persan. — Cf. aussi Barbier de Meynard, Dictionnaire géogr. de la Perse, p. 12, note 1.

[197] Le sens ne s’arrête pas ici: il devait y avoir un troisième vers achevant le sens de la phrase (Observation de M. Cl. Huart).

[198] Ce vizir était très dur à l’égard des émirs turcs qui entouraient le khalife. Il se montra peu accommodant avec l’émir du pèlerinage (émir al-hâdjdj, Sounqour, dit Wadjh as-Sabou’ (visage du lion), qui fut réduit à fuir vers la Syrie pour échapper aux persécutions dont il était l’objet de la part du vizir. On en arriva même à faire contre lui des poésies, où l’on exposait les doléances de ses victimes, et qu’on faisait parvenir au khalife. Voyez-en un spécimen dans Ibn al-Athir, Chronicon, XII, p. 183.

[199] Voy. Dozy, Suppl. II, 87 a. et Ibn al-Athir, Chronicon, XII, 183.

[200] D’après Ibn al-Athir (op. cit., VII, p. 261), l’ex-vizir mourut à Bagdad. La prière des morts fut dite dans la chapelle du Palais khalifien, en présence de tous les grands dignitaires de l’Empire.

[201] Une intéressante notice sur ce vizir est donnée par le manuscrit arabe de la Bibliothèque nationale, n° 5860, f° 48 r° et v° (Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât).

[202] Ce vizir ne succéda pas immédiatement au précédent : il y eut un intervalle d’un an et huit mois (depuis le 22 Djoumada II Gu4 jusqu’au mois de Rabi’ I 606 (= 13 janvier 1208 à septembre 1209), pendant lequel l’intérim du vizirat fut assuré par Fakhr ad-Din Abou-l-Badr Muhammad, fils d’Ahmad, fils d’Amsainâ, de Wâsit. Cf. Ibn al-Athir, Chronicon XII, 183 et 189.

[203] Sur ce compagnon du Prophète, voy. Kitab al-aghâni, XIV, 15, 16; Ibn Khallikan, Wafayât, éd., Wüstenfeld, notice 501. Ne pas le confondre avec Miqdâd fils d’Amr, autre compagnon du Prophète, sur lequel, voy. aussi le Kitab al-aghâni, IV, 20 ; Massoudi, Prairies d’or. IV, 255, 275-276; Caussin de Perceval, Essai, III, 29, 38, 45, 97, 155 ; Prince de Teano, Annali del Islam, index, 1383.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

Carte de Baghdad entre 400 et 700 de l'hégire période sous les Buyyid Seldjouk et mongoles source  Collected Works of Guy Le Strange The Medieval Islamic World, Volume 1
Carte de Baghdad entre 400 et 700 de l’hégire période sous les Buyyides, Seldjoukides et Mongoles source : Collected Works of Guy Le Strange The Medieval Islamic World, Volume 1

(Wikipedia bio) Abû al-`Abbâs « an-Nasir li-Dîn Allah » Ahmad ben al-Hasan al-Mustadhi1 surnommé An-Nasir2. Il est né en 1158. Il a succédé à son père Al-Mustadhi comme trente-quatrième Calife abbasside de Bagdad en 1180. Il est mort en 1225, son fils Az-Zâhir lui a succédé.

Le principal événement des premières années de son règne est l’effondrement des Seldjoukides qu’il a en partie organisé. À son instigation le Chah du Khârezm, `Alâ’ ad-Dîn Tekish (Takash), a attaqué les Seldjoukides. Les armées seldjoukides ont été battues et le dernier sultan Tuğrul III est mort sur le champ de bataille (1194). La tête du malheureux a été envoyée au Calife qui l’a exposée en face de son palais à Bagdad. Takash, est devenu le principal souverain de l’Orient. Il donna au Calife quelques-unes des provinces de Perse tenues auparavant par les Seldjoukides.

La maladresse d’un vizir chargé de remettre des cadeaux de la part du Calife à Takash l’a tellement irrité qu’il attaque les troupes du Calife. Ensuite les relations entre le Calife et Takash ont été sinon hostiles pour le moins méfiantes pendant plusieurs années. Pour se débarrasser d’un gouverneur du Chah qui le gênait, An-Nasir osa engager une guerre ouverte. Il le fit tuer par un ismaélien. Takash répondit en saisissant le cadavre du malheureux vizir à l’origine de ces querelles. Celui-ci était mort pendant une campagne contre le Chah. Son cadavre a été exhumé et son crâne exposé dans le Khârezm.

De son côté le Calife eut une piètre vengeance en traitant de manière indigne les pèlerins venant de l’est et portant les insignes du Khârezm.

Salahudin al-Ayyoubbi et Guy de Lusignan après la bataille de Hattin, peint par Jan Lievens en 1625.
Salahudin al-Ayyoubbi et Guy de Lusignan après la bataille de Hattin, peint par Jan Lievens en 1625.

Saladin

Saladin était toujours sur le front contre les croisés.

An-Nasir le reconnut comme sultan d’Égypte.

Saladin a fait appel à l’aide du Calife qui envoya  du naphte avec une troupe d’hommes pour l’employer contre les envahisseurs.

Scène d’un manuscrit de Jâme’ al-Tavârikh (L’histoire complète) de 1596 montrant les archers mongols et khawarezms tirant les uns sur les autre
Scène d’un manuscrit de Jâme’ al-Tavârikh (L’histoire complète) de 1596 montrant les archers mongols et khawarezms tirant les uns sur les autre

Muhammad Khawarezm Chah

Le fils de Takash, Ala ad-Din Muhammad lui a succédé en 1200.

En 1216, l’intention de Muhammad n’était pas seulement de réduire le pouvoir temporel du Calife mais aussi de s’emparer de son pouvoir religieux. Il créa un anti-calife issu de la lignée d’`Alî. Une assemblée de savants du Khârezm proclama la déchéance d’An-Nasir comme assassin et ennemi de la foi. Une monnaie au nom de cet anti-calife fut frappée et circula dans toute l’Asie centrale.

Muhammad tourna ses armes contre Bagdad. An-Nasir essaya de plaider sa cause mais en vain.

Pseudo-portrait de Gengis Khan, peinture chinoise du 16ème siècle
Pseudo-portrait de Gengis Khan, peinture chinoise du 16ème siècle

Gengis Khan

An-Nasir « Le défenseur de la foi » a alors appelé à son aide le chef des hordes païennes. C’était presque trop tard puisque Muhammad avait déjà conquis l’essentiel de l’Irak et se trouvait aux portes de Bagdad, mais l’hiver rigoureux l’amena à se replier dans le Khârezm. Les hordes de Gengis Khan avaient été mises en mouvement d’abord vers le Khârezm. Muhammad, incapable de réunir ses forces divisées entre les féodaux, s’enfuit à Ray, puis à Hamadan. Les généraux mongols le poursuivent avec 25 000 hommes, mais perdent sa trace en Iran. Muhammad meurt peu après d’une pneumonie dans une île de la Caspienne (décembre 1220). Son fils Djala ad-Din Mengü Berti regroupe ses forces à Ghaznî ou Gengis Khan le poursuit (1221).

Cette miniature d’un artiste inconnu montre un costume mongol typique ainsi qu’un arc composite
Cette miniature d’un artiste inconnu montre un mongol typique avec son arc.

Bilan d’un long califat

Le règne d’An-Nasir a duré quarante-sept ans.

Son territoire en sort renforcé : il s’étend en Irak de Tikrit jusqu’au Golfe.

Il établit à Bagdad une excellente police, la ville a connu une période de paix qui permit la construction d’écoles, de bibliothèques, de refuges pour les pauvres et tous les travaux d’intérêt public.

L’imprudent appel aux Mongols n’eut pas de conséquences pendant son règne mais leur arrivée à Bagdad en 1258 va sonner la fin de la dynastie.

An-Nasir est mort en 1225. Son fils Az-Zâhir lui a succédé.

Notes

  1. arabe: abū al-ʿabbās « an-nāṣir li-dīn allāh » ʾaḥmad ben al-ḥasan al-mustaḍi,
    أبو العباس « الناصر لدين الله » أحمد بن الحسن المستضئ
  2. arabe : an-nāṣir li-dīn allāh, الناصر لدين الله : défenseur de la religion de Dieu
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s