Guerre entre les Francs et les musulmans en ifriqiya en 1222 par ibn al-Athir de son » Al-Kamil fi al-Tarikh «

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Les croisades
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Guerre entre les Francs et les musulmans en Ifrîkiyya [113] par ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Nous avons dit que l’émir d’Ifrîkiyya, ‘Ali ben Yah’ya, par suite de sa brouille avec Roger, prince de Sicile, avait renouvelé, accru et bien approvisionné sa flotte, en même temps qu’il faisait demander à ‘Ali ben Yoûsof ben Tâchefîn, de Merrâkech, de s’allier à lui pour attaquer la Sicile.[114]

Ces nouvelles firent suspendre à Roger la réalisation d’une partie de ses plans ; mais ‘Ali vint à mourir en 515 (21 mars 1121) et eut comme successeur, nous l’avons dit, son fils El-H’asan.

En 516 (11 mars 1122), une flotte envoyée par ‘Ali ben Yoûsof conquit Nicotera, sur le littoral de K’illawriya (Calabre).

Roger, persuadé qu’il devait ce déboire à ‘Ali [ben Yah’ya], se mit avec ardeur à équiper quantité de galères et de bâtiments et à réunir des troupes ; il empêcha tous les départs pour l’Ifrîkiyya et les pays du Maghreb, et réunit ainsi, dit-on, une flotte qui, chose inouïe, comptait trois cents bâtiments.

L’interruption des communications fit que l’émir El-H’asan ben ‘Ali s’attendant à une attaque contre Mehdiyya, la fit approvisionner et en fit réparer les murailles, en même temps qu’il réunit un grand nombre de guerriers, [P. 432] tant du pays que des Arabes.

En djomâda II 517 (25 juin. 1123), la flotte franque, composée de trois cents bâtiments et portant mille et un chevaux, mit à la voile ; mais au sortir de Mersa’Ali (Marsala), la tempête les dispersa et beaucoup firent naufrage ; le reste se porta sur K’ouçira (Pantellâria), qui fut prise et pillée et dont les habitants furent ou massacrés ou réduits en esclavage.

Roger II de Sicile dépeint dans le style arabe . Cappella Palatina
Roger II de Sicile dépeint dans le style arabe . Cappella Palatina

De là on cingla vers l’Ifrîkiyya, et, à la fin de djomâda I,[115] on mit le siège devant le château-fort d’Ed-Dîmâs,[116] qui est presque inexpugnable, qui domine la mer et en dedans de l’enceinte duquel il y a un autre fort.

Il était défendu par un parti d’Arabes, et El-H’asan envoya contre les Francs des troupes provenant de l’armée avec laquelle il occupait lui-même Mehdiyya.

Ed-Dîmâs fut emporté, mais les vainqueurs restèrent cernés par les musulmans.

Quelques jours plus tard, une vive attaque fut tentée contre le fort intérieur ; mais quand la nuit fut venue, les fidèles se mirent à pousser des cris à faire croire que la terre tremblait et à proclamer bruyamment la grandeur de Dieu.

La terreur envahit le cœur des chrétiens, qui, convaincus que les musulmans [du dehors] les attaquaient, se rembarquèrent au plus tôt dans leurs galères, après avoir tué de leurs propres mains quantité de leurs chevaux ; ils n’en purent sauver qu’un seul, et en laissèrent quatre cents autres au pouvoir des fidèles, qui s’emparèrent de toutes leurs dépouilles et massacrèrent ceux qui ne purent s’embarquer.[117]

Pendant huit jours les Francs croisèrent sans pouvoir débarquer de nouveau, et à la fin, désespérant de délivrer ceux des leurs qui étaient restés à Ed-Dîmâs, ils se retirèrent poursuivis par les cris et les acclamations des fidèles.

Ceux-ci, qui étaient excessivement nombreux et de toute provenance, assiégèrent Ed-Dîmâs, que sa forte position rendait imprenable.

Mais les Francs assiégés étant venus à manquer d’eau, en outre de l’épuisement où les jetaient des combats ininterrompus de jour et de nuit, ouvrirent alors la porte du fort pour tenter une sortie, et il n’y en eut pas un qui échappa au massacre, le mercredi 15 djomâda II de cette année (9 août 1123) ; le siège avait duré seize jours.

L’émir El-H’asan fit publier par tout le pays l’heureuse nouvelle de l’écrasement des Francs, ce qui excita beaucoup la verve des poètes.

La crainte d’être long nous empêche d’en dire davantage. (fin)

notes du traducteur:

[113] La traduction de ce chapitre figure dans la Biblioteca, i, 455.

[114] Cf. Berb., ii, 26 ; Bayân, trad. i, 461.

[115] Quelques lignes plus haut, le départ de la flotte est placé au mois de djomâda II ; il y faut donc probablement lire « djomâda I «, ainsi que l’a fait Amari ; voir d’ailleurs le Bayân, i, 317, trad. 462.

[116] Ed-Dîmâs est placé par Edrisi (p. 126) à huit milles de Mehdiyya.

[117] Comparez le récit de Tidjâni (Journ. as., 1853, i, 381).

traduction française de ibn al-Athir de son  » Al-Kamil fi al-Tarikh « 

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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