Khalifah du dernier calife Abbasside de Baghdad al-Mustasim bi-llah Par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »

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Le calife Abbasside al-Musta'sim et son armée ,Rašīd al-Dīn Fazl-ullāh Hamadānī
Le calife Abbasside al-Musta’sim et son armée , miniature de Rašīd al-Dīn Fazl-ullāh Hamadānī

Khalifah du dernier calife Abbasside de Baghdad al-Mustasim bi-llah (Mostasem) Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri ».

MOSTASEM, élevé au khalifat en l’année 640 (=1242) fut le dernier des khalifes.

C’était un prince bon, pieux, d’un commerce facile, d’une humeur commode, retenu dans ses paroles et réglé dans sa conduite.

II savait l’Alcoran par cœur, et avait une très belle écriture.

Ses mœurs étaient douces, et il laissait à peine sentir son autorité ; mais il avait peu de jugement et manquait d’énergie : il ne connaissait point les affaires de l’empire, et se laissait facilement gouverner, n’imprimait aucun respect, et ne voyait point les choses sous leur vrai point de vue.

Il passait la plus grande partie de son temps à entendre de la musique ou à regarder des joueurs de gobelets: quelquefois il s’occupait dans sa bibliothèque, mais d’une manière peu utile.

Ses courtisans, qui étaient tous des gens sans aucun mérite et de la dernière classe du peuple, le dominaient entièrement : il n’en faut excepter que son vizir Mouayyad-eddin Mohammed fils d’Alkami,[213] homme de beaucoup de talents et du premier mérite ; mais il avait en quelque sorte les mains liées, et ses avis étaient mal reçus ; il s’attendait à chaque instant à perdre la liberté avec la place qu’il occupait.

Les khalifes avaient coutume de tenir leurs enfants et tous leurs proches dans une étroite réclusion ; et cet usage s’était constamment observé jusqu’à la fin du règne de Mostanser. Mostasem, monté sur le trône, ne renferma point ses enfants, et leur laissa toute liberté.

Ils étaient au nombre de trois: l’aîné était l’émir Abou’labbas Ahmed, qu’on nommait communément Abou-Bakr, quoique ce ne fût pas vraiment son nom, mais parce qu’on prétendait que le pillage de Carkh avait été fait par son ordre et à son instigation : celui qui tenait le milieu entre les trois princes, était l’émir Abou’lfadhaïl Abd-al-Rahman, homme de beaucoup d’esprit ; ce fut lui qui alla se présenter au sultan Houlagou, et lui parla d’une manière qui plut infiniment au sultan : le plus jeune était l’émir Abou’lménakib.

Voici une aventure que j’ai ouï raconter à Safiyy-eddin Abd-almoumin Ormawi, fils de Fakhir.

Abd-almoumin avait été admis à l’intimité de Mostasem sur la fin de son règne, et avait joui de sa faveur.

Le khalife, vers ce même temps, avait formé une nouvelle bibliothèque ; il y avait fait transporter les livres les plus précieux, et en avait confié les clefs à Abd-almoumin.

Abd-almoumin se tenait ordinairement près de la porte de la bibliothèque, et s’occupait à transcrire ce qui lui plaisait : quand il prenait envie au khalife de venir passer quelque temps dans la bibliothèque, il se rendait à celle-ci, ayant abandonné tout-à-fait l’ancienne bibliothèque, dont la garde était confiée au scheik Sadr-eddin Ali, fils de Nayyar.

J’étais donc un jour, me disait Abd-almoumin, occupé à transcrire quelque chose dans une petite chambre dans laquelle il y avait un coussin destiné au khalife (c’était-là qu’il s’asseyait quand il venait en ce lieu); sur ce coussin était étendue une couverture, pour le garantir de la poussière.

Un jeune eunuque y étant venu, s’assit près du coussin; et s’étant endormi d’un profond sommeil, il s’agita si bien, qu’à la fin il se trouva enveloppé dans la couverture qui était étendue sur le coussin : il n’en resta pas là, et, continuant à se remuer, ses deux pieds se trouvèrent placés sur le traversin.

Tandis que j’étais occupé de mon travail, ayant entendu marcher dans le vestibule, je regardai : je vis que c’était le khalife, et qu’il me faisait signe de venir lui parler, et évitait de faire du bruit en marchant.

Je me levai précipitamment, et je baisai la terre devant lui.

Vois-tu, me dit-il, ce jeune eunuque qui s’est endormi! le voilà enveloppé dans cette couverture et ses deux pieds sont sur le traversin ; si je m’approche de lui sans qu’il s’y attende, quand il viendra à se réveiller et à s’apercevoir que je l’aurai vu dans cette situation, il sera glacé d’effroi ; réveille-le donc tout doucement; je vais, pendant ce temps, passer dans le jardin, et je reviendrai ensuite.

En même temps il sortit: pour moi, j’entrai dans ta chambre, je réveillai l’eunuque, et nous raccommodâmes le coussin ; après quoi le khalife rentra.

Un habitant de Bagdad m’a raconté le trait suivant : celui duquel il l’avait appris, disait le tenir du scheik Sadr eddin Ali, fils de Nayyar, qui avait la confiance du khalife. J’entrai un jour, disait Sadr-eddin, suivant mon usage, dans la bibliothèque ; j’avais dans ma manche une serviette où étaient renfermées un grand nombre de requêtes qui m’avoient été remises par différents particuliers, pour les présenter au khalife ; je jetai la serviette avec les requêtes à ma place, et je sortis pour quelque affaire.

Rentré dans la bibliothèque au bout d’un certain temps, je dénouai la serviette où étaient les requêtes,[214] pour les examiner et présenter d’abord de préférence celles qui me paraîtraient les plus importantes: je m’aperçus qu’elles étaient toutes répondues de la main du khalife, conformément aux désirs de ceux qui les avaient présentées.

Je reconnus que le khalife était entré pendant mon absence dans la bibliothèque, et qu’ayant vu cette serviette où étaient les requêtes, il les avait toutes ouvertes et répondues.[215]

Mostasem fut le dernier des khalifes de la maison d’Abbas qui régnèrent à Bagdad.

Il ne se passa sous son règne aucun événement digne de souvenir, si ce n’est le pillage de Carkh[216] ; et c’est une aventure qui lui fait peu d’honneur.

Sur la fin de son règne, l’approche de l’armée des Mogols,[217] commandée par Houlagou, augmenta beaucoup les désordres qui troublaient l’empire ; mais tout cela ne put ni le tirer de son engourdissement, ni réveiller en lui la moindre étincelle de courage, et le déterminer à faire quelque effort.

Plus on parlait des préparatifs et des sages dispositions du sultan, plus le khalife montrait d’insouciance et de négligence : il ne se représentait pas la position des affaires telle qu’elle était réellement, et il ne connaissait pas bien la puissance contre laquelle il avait à se défendre. (Que Dieu donne au gouvernement sous lequel nous vivons, la facilité de faire le bien, et qu’il l’élève au plus haut degré de gloire !)

Son vizir Mouayyad eddin fils d’Alkami savait bien ce qui en était ; il lui écrivait sans cesse pour l’engager à se mettre en état de défense, et pour le tirer de son assoupissement ; il n’épargnait pas les avis, afin de le réveiller, et de le déterminer à faire des préparatifs : mais le khalife ne s’en abandonnait que plus complètement à l’apathie.

Les confidents de ce prince lui persuadaient que le danger n’était pas si grand, et qu’il n’y avait pas de raison de s’alarmer ; que le vizir grossissait les sujets d’inquiétude afin de se faire valoir,[218] et de tirer de l’argent sous prétexte de mettre des troupes sur pied, et qu’il en détournait une partie à son profit.

Ainsi le khalife s’endormant toujours d’un sommeil plus profond, tandis que l’activité allait constamment en augmentant du côté de l’ennemi, l’armée du sultan s’avança jusqu’à Hamadan, où elle demeura quelque temps.

De là le sultan envoya députés sur députés au diwan de Mostasem.

Le diwan fit enfin choix de Schéref-eddin Abd-Allah, fils de Djouzi,[219] et dont le père était grand-maître dupalais impérial, pour l’envoyer en ambassade à Hamadan vers le sultan.

Quand il y fut arrivé, et qu’on eut entendu les paroles dont il était porteur, on reconnut que le but de cette réponse n’était que de tromper l’ennemi et de gagner du temps. On commença donc tout de bon à marcher vers Bagdad et à y envoyer des détachements.

Une armée nombreuse de Mogols, sous la conduite de Badjou, s’avança vers Técrit pour y traverser le fleuve, et se porter sur la rive occidentale.

Ainsi ce corps marchait vers la capitale pour l’attaquer du côté du couchant, tandis que le corps d’armée commandé par le sultan, venait l’investir du côté du levant.

Quand l’armée de Badjou eut passé le Tigre à Técrit et fut redescendue dans le territoire de Bagdad, une foule de gens accoururent du Dodjaïl ou petit Tigre, [220] et des cantons nommés Ishaki,[221] Nahralmélic[222] et Nahr-Isa,[223] et entrèrent dans la ville avec leurs femmes et leurs enfants.

Les hommes et les femmes se précipitaient dans les eaux du Tigre : quand un batelier avait passé quelqu’un dans sa barque d’une rive à l’autre, il recevait pour salaire un bracelet d’or, une garniture d’habit en or trait, ou plusieurs pièces d’or.

Enfin l’armée du Sultan, qui montait à plus de 30.000 cavaliers, étant arrivée au canton nommé Dodjaïl, les troupes du khalife sortirent à sa rencontre sous la conduite du général Moudjahid-eddin Ibek le Dévitdar.[224]

Cette armée formait un très-petit corps de troupes.

On en vint aux mains au couchant de Bagdad, près de la ville : les troupes du khalife eurent d’abord quelque avantage ; mais l’armée du sultan ayant repris le dessus, fit un grand carnage et beaucoup de prisonniers.

Ce qui contribua surtout à augmenter la perte de l’armée du khalife, ce fut un canal que les assiégeants avoient ouvert durant la nuit ; le chemin par lequel les vaincus fuyaient étant rempli de boue, il ne se sauva que ceux qui prirent le parti de se jeter dans les eaux, ou qui gagnèrent le désert et se retirèrent droit en Syrie.

Le Dévitdar, avec un petit nombre des siens, échappa au carnage et rentra dans Bagdad. Badjou, de son côté, continuant sa marche, entra dans la ville par la partie du couchant : il s’arrêta avec ses troupes vis-à-vis de Tadj, et ses soldats se répandirent dans les maisons pour piller.[225]

Badjou demeura plusieurs fours en face de Tadj.

Le jeudi, 4 de moharram 656,[226] l’armée du sultan s’avançant vers Bagdad, une nuée de poussière parut à l’orient de cette ville, sur le chemin nommé Derb Yacoub,[227] et couvrit toute la ville.

Aussitôt la rumeur fut grande dans Bagdad : on montait sur les toits et au haut des minarets, pourvoir ce qui produisait cette poussière.

Enfin on découvrit l’armée du sultan, sa cavalerie, ses équipages, et tout le train qui sui voit l’armée: la face de la terre en était entièrement couverte.

Il environna Bagdad de toutes parts, et commença à faire jouer toutes les machines employées pour les sièges.

La chute de Baghdad l'Abbasside en 1258 par Hulague le mongole, tiré d'un manuscrit de Rashid al-Din  (histoire universelle)
La chute de Baghdad l’Abbasside en 1258 par Hulague le mongole, tiré d’un manuscrit de Rashid al-Din (histoire universelle)

 

Les troupes du khalife se défendirent, et travaillèrent à repousser les assiégeants jusqu’au 29e jour de moharram; ce jour-là, à l’instant où l’on s’y attendait le moins, on vit les drapeaux du sultan des Mogols paraître sur les murs de Bagdad, du côté d’une tour nommée la tour d’Adjémi,[228] qui était près d’une des portes de la ville qu’on appelle la porte de Calwadha.[229]

Cette tour était la plus basse de toutes celles dont le mur était flanqué.

Les troupes du sultan se précipitèrent en foule dans la ville : le meurtre, le pillage, le viol, remplirent Bagdad.

Les malheurs de cette ville, rapportés en gros, seraient longs à raconter; que serait-ce si on en faisait un récit détaillé ici.

Je ne rapporterai pas les suites de ce tragique événement ; on peut s’en faire une idée, sans en exiger de moi le récit.

Le sultan donna ordre que le khalife se rendît auprès de lui avec ses femmes et ses enfants, ce qui fut exécuté.

Le khalife parut donc a l’audience du sultan : on lui fit, dit-on, des reproches et de vives réprimandes sur sa nonchalance, sa faiblesse et son insouciance ; après quoi on le livra lui et deux de ses fils, l’aîné et le second, a la rigueur des fois pénales du yasa.[230]

Pour ses filles, elles demeurèrent captives.

Mostasem mourut le 4 de safar 656.[231]

La dévastation de Baghdad capital du califat Abbasside  et du monde musulman
La dévastation de Baghdad capital du califat Abbasside et du monde musulman par les mongoles, image faite ver 1430 tiré d’une illustration du  » Jami al-tawarikh » de Rashid al-Din.

FIN DE L’HISTOIRE DU RÈGNE DE MOSTASEM-BILLAH.

DE L’ETAT DU VIZIRAT SOUS LE REGNE DE MOUSTASIM

Lorsque Mousta’sim reçut le serment d’investiture du khalifat, il maintint dans sa dignité le vizir de son père, qui était Nasir ad-Dîn Ahmad, fils d’An-Xàqid’, jusqu’à sa mort.

Puis, lorsque celui-ci mourut, il prit, comme vizir, Mouayyad ad-Dîn Muhammad, fils d’Al-‘Alqami.

Le calife de l'Islam, le dernier Abbasside de Baghdad, Al-Musta`sim est emprisonné par Hulagu le mongol ;  tiré du livre "Le Livre des Merveilles", 15eme siècle
Le calife de l’Islam, le dernier Abbasside de Baghdad, Al-Musta`sim est emprisonné par Hulagu le mongol ; tiré du livre « Le Livre des Merveilles », 15eme siècle

VIZIRAT DE MOUAYYAD AD-DÎN MOUHAMMAD, FILS D’AL-‘ALQAMÎ

Ce vizir était asadite, sa famille originaire de Nail.[232]

Son aïeul fut appelé Al-‘Alqami, parce que c’est lui qui avait creusé le canal nommé Al-‘Alqami.

C’est le canal que l’ordre auguste du Sultan ordonna de creuser et qu’on appelle [aujourd’hui] Al-Qâzânî.[233]

Pendant sa jeunesse, ce vizir s’occupa de belles-lettres et y excella. Il avait une belle calligraphie, un style épistolaire éloquent, et écrivait selon la bonne orthographe.

C’était un homme supérieur, parfait, plein de tact, noble, digne, aimant l’autorité, très courtois, apte au commandement, attaché aux règles du pouvoir, bien au courant des procédés de la politique, très habile dans les choses du vizirat.

Il aimait les gens de lettres et honorait les savants. Il acquit des livres précieux en grande quantité.

Son fils, Charaf ad-Din Abou-l-Qasim ‘Ali (Allah lui fasse miséricorde !) m’a raconté : « La bibliothèque de mon père, dit-il, renferma 10.000 livres reliés, parmi les livres précieux. »

Des auteurs composèrent leurs livres en son honneur.

Du nombre de ceux qui firent des ouvrages à son intention est le lexicographe As-Sâghânî,[234] qui composa pour lui al-‘Oubâb (l’Océan) ; c’est un ouvrage important, considérable sur la langue des Arabes.

De même, ‘Izz ad-Dîn Abd al-Hamîd,[235] fils d’Abou-l-Hadîd, composa à son intention l’ouvrage intitulé Charh nahdj al-balâgha (Commentaire sur le Chemin de l’éloquence), comprenant 20 volumes.

Le vizir récompensa ces deux auteurs, et leur donna une belle gratification.

Il était comblé d’éloges. Les poètes firent son panégyrique et les hommes éminents accoururent auprès de lui [pour obtenir ses faveurs]. Parmi ceux qui chantèrent ses louanges est Kamal ad-Din, fils d’Al-Boûqî, qui le fit dans une qasîda, dont le vers suivant :

Mouayyad ad-Dîn Abou Thâlib Muhammad fils d’Al-‘Alqamî, le vizir.

Et c’est un beau vers, dans lequel l’auteur a réuni le surnom honorifique (laqab) du vizir, son surnom patronymique (kounya), le nom[236] de son père et sa profession.

Le vizir Mouayyad ad-Din s’interdisait scrupuleusement les biens du trésor public et ceux des sujets ; il était exempt de toute action déshonorante, au-dessus de toute vilenie.

Badr ad-Dîn, le seigneur de Mossoul, lui envoya, dit-on, un cadeau, comprenant des livres, des vêtements et de jolis objets d’une valeur de 10.000 dinars.

Lorsque ce cadeau arriva au vizir, celui-ci le fit porter en présence du khalife, et dit : « Le seigneur de Mossoul m’a envoyé cela en cadeau et je n’ai pas osé le lui retourner. Aussi l’ai-je fait porter [devant vous] en sollicitant son acceptation. »

Le présent fut accepté. Puis, le vizir envoya à Badr ad-Dîn, en échange de son présent, une quantité de jolis objets de Bagdad d’une valeur de 12.000 dinars, en le priant de ne plus lui rien envoyer, à l’avenir, comme cadeau.

Tous les intimes du khalife détestaient le vizir et lui portaient envie, tandis que le khalife avait confiance en lui et l’aimait. Ils le desservirent tellement auprès du khalife, que celui-ci l’éloigna de la plupart des affaires.

On l’accusa d’avoir trahi, mais cela n’est pas vrai. Une des plus fortes preuves de sa non trahison, c’est la sécurité dont il a joui sous cette dynastie. En effet, le sultan Houlagou, lorsqu’il conquit Bagdad et tua le khalife, confia la ville au vizir, se montra bienveillant à son égard et fit de lui son fondé de pouvoirs. Or, s’il avait trahi le khalife, on n’aurait pas eu confiance en lui.

Kamal ad-Dîn Ahmad, fils d’Ad-Dahhâk,[237] qui était le neveu (fils de la sœur) du vizir Mouayyad ad-Dîn, fils d’Al-Alqamî,[238] m’a raconté :

« Lorsque le sultan Houlagou campa devant Bagdad, il envoya un messager demander que le vizir sortît vers lui. Le khalife envoya alors chercher le vizir, qui se présenta chez lui avec moi. Le khalife lui dit :

« Le Sultan a envoyé te demander, « et il convient que tu ailles le trouver. »

Le vizir en fut ému et dit : « Seigneur^ lorsque je serai sorti, qui est-ce qui dirigera la ville et qui s’occupera des affaires « importantes ?

— Il est indispensable que tu sortes, lui « dit alors le khalife.

— Volontiers », dit le vizir. Puis il se rendit à sa maison, fit ses préparatifs et sortit.

Lorsqu’il fut en présence du Sultan et que celui-ci entendit son discours, il eut le bonheur de lui plaire, étant donné que celui qui s’était occupé de soigner sa réputation auprès de Sa Majesté le Sultan, c’était le vizir bienheureux (al-wazir as-sa’îd).

Nasir ad-Dîn Muhammad at-Toûsi[239]  Aussi, lorsque Bagdad fut conquise, fut-elle confiée à lui et Ali Behadour,[240]le préfet.

Le vizir resta quelques mois, puis tomba malade et mourut (Allah l’ait en miséricorde !) en Djoumada première, de l’année 656 (5 juin-4 juillet 1258).

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Ici finit l’histoire de la dynastie des Abbâsides et celle de leurs vizirs, et c’est par là que finit le livre. Et louange à Allah seul! Que les bénédictions et le salut d’Allah soient sur notre seigneur Muhammad le Prophète, sur sa bonne et pure famille!

L’auteur de ce livre en a terminé la composition et la copie dans une période dont le commencement est le mois de Djoumada II de l’année 701 (1er février-2 mars 1301) et dont la fin est le 5 Chawwâl (3 juin) de l’année susdite, à Mossoul la Bossue. Ceci est l’écriture de sa main; qu’Allah lui pardonne !

L'armée Abbasside et du Khawarezm shah lors des invasions mongoles (osprey, angus mcbride) 1 2 3 4 4 4
L’armée Abbasside et du Khawarezm shah lors des invasions mongoles (13eme siècle) (osprey, angus mcbride)
1) Guerriers Bédouin 
2) Fantassin irakien 
3) Cavalier Khorezmien 

Notes traducteur: 

[213] Sur ce vizir, voyez plus loin.

[214] Sur la manière dont étaient rédigées ces requêtes, ou plutôt les réponses que l’on y faisait, voyez les extraits d’auteurs arabes donnés par Sacy, Chrestomathie arabe, I, pp. 71-72.

[215] Tout ce règne a été traduit par Sacy (Chrestomathie, I, p. tiit). Je ne crois pas pouvoir mieux faire que de conserver la traduction de cet orientaliste de génie. Je me suis permis toutefois de me séparer de lui sur quelques points, mais en rappelant dans une note la traduction que j’ai rejetée, pour que le lecteur soit à même de juger.

[216] Nous avons déjà donné des renseignements sur ce quartier de Bagdad, dont la majorité des habitants était chi’ite. A l’époque du géographe Yakout, il n’y avait pas un seul sunnite demeurant dans ce quartier. Cf. Mou’djam. IV, p. 255. Quant à la raison pour laquelle le fils aine du khalife fut nommé Abou Bakr, c’est par allusion au premier khalife, Abou Bakr, qui se montra si injuste envers ‘Ali, pour le forcer à le reconnaître comme successeur légitime de Mahomet. Voyez aussi sur Karkh l’importante note de Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 66, note 7.

[217] Sacy (loc. cit., p. 60) traduit: « … l’approche de l’armée des Mogols, commandée par Houlagou, augmenta beaucoup les désordres qui troublaient l’empire. » Mais je ne crois pas que le mot ait ici le sens que lui donne l’éminent orientaliste. Cf. Mouhit, I, p. 757 b, l. 6; Tadj al’arous, VI, p. 113, in fine.

[218] On l’avait même accusé d’avoir entretenir des intelligences avec l’ennemi. Cf. Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 66.

[219] Sur les circonstances dans lesquelles Ibn al-Djauzi fut envoyé en ambassade auprès d’Houlagou, voy. notamment Abou-l-Faradj, Tarikh, éd. et trad. Pocock, I. p. 516 et II, p. 337. Cet Ibn al-Djauzî était un des trois fils de Mouhyi-d-Din ibn al-Djauzi, qui remplit lui-même diverses ambassades auprès des petits princes qui étaient en relations avec le khalife de Bagadad. Voy. de nombreux détails dans le manuscrit arabe de Paris, n° 1703, f° 126 verso et 127 recto (Ibn Wasil).

[220] Sur le Petit-Tigre, voyez la note de Sacy, Chrestomathie arabe, I, pp. 70-71, note 12.

[221] « Ishâqi, dit Yakout (Mou’djam, IV, p. 844), est à l’est de Nahr al-Mardj, tout près de Takrît », sans autre renseignement. Je pense qu’il s’agit d’un de ces petits canaux qui sillonnaient toute la région.

[222] Le canal qui relie l’Euphrate au Tigre est situé entre le canal dit Nahr ‘Isa et celui qui porte le nom de Nahr Qoûtâ. Le canton du même nom contenait, dit-on, trois cent soixante villages. La tradition arabe rapporte que c’est Alexandre qui fit creuser ce canal. (Voy. l’extrait du Marâsid al-ittila donné par Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 74, note 14. Mais une autre tradition, rapportée par le Prédicateur de Bagdad, attribue au dernier roi nabatéen, du nom d’Afqoûrchâh, le creusement de ce canal. Ce roi légendaire aurait régné 200 ans. Cf. G. Salmon, Introduction topographique à l’histoire de Bagdad, p. 23.

[223] Le canton de Nahr ‘Isa, qui emprunte son nom au canal qui le traverse et qui relie l’Euphrate au Tigre, était situé à l’occident de Bagdad et contenait un grand nombre de villages. Le canal lui-même prenait sa source dans l’Euphrate, à Dimmâ, et se jetait dans le Tigre au-dessus de Bagdad. Ce canal portait autrefois le nom de Nahr ar-Roufail et se jetait dans le canal dit Sarûl. Il emprunta son nom à un cultivateur d’origine persane, appelé Roufail, qui fut converti à l’Islamisme par Sa’d, fils d’Abou Waqqâs. Plus tard un descendant de la famille de Hâchim, nommé ‘Isa, fils d’Ali, fils d »Abd Allah, fils d’Abbâs, prolongea ce canal jusqu’au Tigre, en le faisant passer auprès du château qu’il habitait. Depuis, le canal porta le nom de Nahr ‘Isa. De là l’origine des confusions entre ces deux noms. Cf. Sacy, Chrestom. ar., I, p. 74, note 15 ; G. Salmon, Introduction topographique à l’histoire de Bagdad, pp. 36 et 152. D’une façon générale, on peut consulter sur ce système de canaux, en dehors du chapitre ci-dessus indiqué de l’introd. topogr., l’ouvrage de M. Guy Le Strange, Description ofMesopotamia and Baghdâd, pp. 68 et 285; Yakout, Mou’djam, IV, 842.

[224] Le dawadâr ou dawidâr, dont le nom signifie le porte-écritoire, devint à la fin un des plus importants, sinon le plus important, personnages de la cour des khalifes, de même qu’il devint plus tard, en Egypte, sous les Mamlouks, un des plus grands officiers du sultan. Voyez Sacy, Chrestomathie arabe, I, p. 136 et sq. ; Quatremère, Mamlouks, I, I, p. 118; dans un autre passage de son livre (voyez ci-dessus, p. 130), Ibn at-Tiqtaqâ dit que Moudjahid ad-Din était le petit Dawadâr, autrement dit le Dawadâr adjoint, ou vice-chancelier. Plus tard, après le sac de Bagdad par les Mogols, le catholicos Makikha éleva une église sur l’emplacement même de l’hôtel du vice-chancelier Moudjahid ad-Din, et cela par ordre du sultan Houlagou et de la reine Dogouz-Khatoun. Cf. J.-B. Chabot, Vie de Mar Jabalaha, p. 117.

[225] Comme l’a déjà fait remarquer Sacy (op. cit., p. 75, note 18), ces mots sont une allusion au Coran (chapitre XVII, 5) : « Lorsque l’accomplissement de la première menace arriva, nous envoyâmes contre vous nos serviteurs, hommes d’une terrible violence, ils pénétrèrent jusque dans l intérieur de vos maisons, et la menace fut accomplie. »

[226] D’après les Vergleichungs Tabellen, de Wüstenfeld, le 4 Mouharram 656 tombe le vendredi 11 janvier 1238. De sorte que, si l’on veut conserver à tout prix le jeudi, il faudrait adopter la date du 3 Mouharram.

[227] Cette route n’est pas mentionnée par Yakout. Je pense que c’est la route qui menait à la ville de Ba’qoûbâ, située sur le canal de Diyâlâ, à 10 parasanges de Bagdad. Cf. Yakout, Mou’djam, I, s. v. ; Soyoûti, Loubb al-loubâb, p. 40, s. v.

[228] Ce fortin s’élevait au milieu de l’enceinte fortifiée de Bagdad, à l’endroit où se trouvait autrefois la porte dite Bâb al-khâssa, qui était vis-à-vis de la porte dite Bâb Kalwâdzâ, dont il sera question plus loin. Cette porte avait entièrement disparu au temps du géographe Yakout. Cf. Mou’djam, I, 444, et Quatremère, Histoire des Mongols, I, 283-284 ; G. Salmon,L’Introduction topographique à l’histoire de Bagdad, pp. 58 et 141.

[229] Comme nous l’avons dit ci-dessus, cette porte était vis-à-vis de Bâb al-lih(Usa, et par conséquent du fortin Bourdj al-‘Adjami, qui l’a remplacée plus tard. Voyez les auteurs cités à la note précédente.

[230] Le Yâsâ est, comme on le sait, le nom du code pénal des Mongols, auquel Djenguiz-khân avait ajouté un grand nombre d’ordonnances. On sait aussi que beaucoup d’historiens arabes écrivent Yâsâq, et que Makrizi avait cherché dans ce mot l’origine du mot siyâsa, politique. Le passage en question a été donné, avec d’autres extraits, par Sacy dans sa Chrestomathie arabe, II, pp. 158 et suiv., et 180, 184. Voy. aussi les détails sur ce code et les extraits qui en ont été donnés par Langlès dans Notices et extraits des manuscrits de laBibliothèque du roi, V, pp. 205 et suiv. ; 592 et suiv.; Muradgea d’Ohsson, Histoire des Mongols, I, p. 315.

[231] 3 février 1258.

[232] Ainsi dans le manuscrit ; mais il semble qu’on doive lire Nil. Cette localité était située sur le canal du même nom, dérivé de l’Euphrate et creusé par ordre du fameux général Hadjdjâdj ibn Yousouf, qui lui donna le même nom que le fleuve d’Egypte. Cf. Yakout, Mou’djam, IV, p. 861 : Baladzourî, Fotoûh al-bouldân, éd. de Goeje, p. 290 ; Ibn Khallikan, Wafayât, éd. Wüstenfeld, notice 191 in fine ; Soyoûti, Loubb al-loubâb, éd. Weijers, p. 270, s. v.

[233] Du nom du sultan Qâzân.

[234] Hasan, fils de Muhammad, fils de Hasan as-Saghâni, est un célèbre lexicographe, qui compléta les travaux de Djauhari, l’autour du Sahâh. Né en 577 à Lahore, il mourut à Bagdad en 650 (= 1252). On trouve sur lui une intéressante notice dans le manuscrit arabe de Paris, n° 2070, 27 r°-28 r° (Al-Manhal as-sâfi, par Abou-l-Mahâsin ibn Taghri Bardï). Cf. aussi Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 129 ; de Hammer-Purgstall, Litteraturgesch. der Araber, VII, 626.

[235] Poète et philologue chi’ite, né à Madâ’in (Ctésiphon) en 586 (= 1190), mort à Bagdad en 655 (1257). Nous n’avons pas son commentaire sur le Nahdj al-balâgha. Sa biographie est donnée par Ibn Châkir al-Koutouri, Fawâl, I, 248 ; Khalil ibn Aibak as-Safadî, Al-Wâfi bil-Wafayât, manuscrit de Paris, n’ 2066, 132 r° ; Aboul-Mahâsin ibn Taghrî Bardî, Al-Manhal as-safî, manuscrit arabe de Paris, n° 2071, f° 35 r°; voy. aussi Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 249 et 282 ; Cl. Huart, Hist. de la Litt. arabe, p. 105.

[236] Un lecteur anonyme a écrit en marge du manuscrit de Paris (folio 306 recto) « Ce que dit l’auteur au sujet du nom du père est sujet à examen. » Cette remarque est judicieuse, car le poète n’a pas mentionné le nom du père, mais seulement son ethnique (nisba), qui est aussi l’ethnique du fils : Al-Alqami.

[237] Je n’ai trouvé aucun renseignement sur ce personnage.

[238] Voy. Hartwig Derenbourg, Introd. à l’édition arabe, p. 10, n° 2.

[239] C’est le fameux astronome, pour lequel Houlagou fit élever à Marâgha un observatoire. C’est lui qui fit mettre de côté les livres provenant des bibliothèques de Bagdad, de la Syrie et de la Mésopotamie, à la suite du pillage de ces contrées. Né en 607 (= 1210) à Tous, il mourut en 672 (= 1273) à Bagdad. Cf. Brockelmann, Gesch. der arab. Litt., I, 508-512 ; Cl. Huart, Histoire de la Litt. arabe, pp. 318-319 ; de Hammer-Purgstall, Litteraturgeschichte der Araber, V, 211-261.

[240] Cet ‘Ali Behadour était gouverneur de Malatia, au moment de l’arrivée des troupes mogoles commandées par Bàdjoù, en l’année 1568 de l’ère d’Alexandre = 1245 de J.-C. = 643 de l’Hégire). Il entra ensuite au service des Mogols. Cf. Grégoire Aboulfaradj, Tarikh, éd. Pococke, partie arabe, p. 510 ; trad. latine, p. 333.

Par Jalāl-ad-Dīn Abu Ja’far Muhammad dit ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri »  

La logistique guerrière des Mongoles   par Osprey
La logistique guerrière des Mongoles par Osprey

(Wikipedia bio) Abû Ahmad al-Musta`sim bi-llah `Abd Allah ben Mansûr al-Mustansir1 surnommé al-Musta`sim2 est né en 1213. Il a succédé à son père Al-Mustansir comme trente septième et dernier calife abbasside de Bagdad en 1242. Il est mort le 20 février 1258.

Al-Musta`sim est devenu Calife en décembre 1242.

On ne sait pas grand-chose sur Al-Musta`sim mais une anecdote donne une idée. Il s‘était emparé des bijoux de l’émir de Kerak. Ce dernier est parvenu à ce qu’on lui restitue, au moins partiellement en dénonçant la malhonnêteté du Calife devant les pèlerins à La Mecque.

 

Situation extérieure

Al-Mustansir avait assisté à la sixième croisade. Elle s’était terminée par un traité entre les Ayyoubides et l’empereur romain germanique Frédéric II. Frédéric qui avait à s’occuper d’autres affaires dans son pays, quitta Jérusalem en mai 1229. Ce traité de dix ans avait expiré en 1239 et Jérusalem fut reprise par les Mamelouks en 1244.

En 1247, Malik al-Salih Ayyoub a repris aux croisés Ascalon et la Galilée orientale et Damas. Il rétablit sa suzeraineté sur Homs, luttant pour le contrôle de la Syrie avec son cousin Al-Nasir Yusuf resté maître d’Alep.

Le fléau des croisades additionné au mongoles
Le fléau des croisades additionné au mongoles

Septième croisade

Les croisés français de Louis IX ont débarqué à Damiette le 6 juin 1249. Le sultan ayyoubide Malik al-Salih Ayyoub, immobilisé par la tuberculose, a proposé à Louis d’échanger Damiette contre Jérusalem. Il est mort peu de temps après. Son épouse favorite, Chajar ad-Durr3, une esclave arménienne, a rassemblé les familiers du sultan et leur a ordonné de garder le silence sur sa mort avant le retour de l’héritier du trône, Al-Mu’adham, alors en Irak. Louis IX est repoussé par Al-Mu’adham.

Le 2 mai 1250 les mamelouks turcs ont massacré le sultan Al-Mu’adham et s’emparent du pouvoir en Égypte. Les mamelouks nomment sultane Chajar ad-Durr qui épousera leur général `Izz al-Din Aybak, créant ainsi la dynastie Bahrite. Le Calife envoya au Sultan d’Egypte un poignard orné d’un décor de jasmins en signe de bonne volonté. Mais il refusa d’envoyer les robes de cérémonie. Al-Musta`sim refusait l’idée qu’une femme puisse être souveraine. Quand on lui a demandé de la reconnaître il aurait dit que si les émirs ne sont pas capables de trouver un homme à la hauteur de la tâche, il se ferait un devoir de leur en envoyer un.

En 1255, Hulagu s’est dirigé vers l’Ouest. Il a invité le Calife à se joindre à lui pour se débarrasser des Ismaéliens qu’ils haïssaient tous les deux. Le Calife n’a pas répondu, laissant Hulagu libre d’annexer toutes les régions au Nord de l’Irak. Hulagu réunit probablement la plus grande armée mongole jamais assemblée. Alamut fut assiegé pendant plusieurs jours et soumise aux bombardement à cause de la neige ce qui poussa les Ismaéliens Nizârites à la reddition, ces derniers partirent se réfugier dans leur bastion de Masyaf.

Le Calife se sentait menacé. Il envoya, en désespoir de cause, une lettre dans laquelle il rappelait à Hulagu le sort des Saffarides lorsqu’ils avaient osé attaquer la « cité de la paix ». Cette menace de la colère divine n’eut aucun effet sur Hulagu, bien au contraire cela l’a convaincu que la prise de Bagdad était à sa portée.

hulagu abbassides

Prise de Bagdad par Hulagu

En janvier 12584, une colonne Mongole atteignit les quartiers Ouest de Bagdad tandis qu’Hulagu arrivait sur la rive Est. Le Calife envoya son fils pour demander une trêve, en vain. Hulagu avait déjà dévasté une partie de la ville lorsqu’on se mit d’accord sur la cessation des hostilités.

Le 10 février 12585 Al-Musta`sim suivi de ses enfants et d’un certain nombre de citoyens éminents s’est rendu devant Hulagu qui le reçut avec une apparente courtoisie. Le Calife et ses fils furent mis à part dans une tente. Les autres durent quitter la ville. Le Calife suivit la suite d’Hulagu pour assister à la mise à sac de son palais et pour révéler les cachettes contenant des trésors. Après plusieurs jours de pillage, Hulagu y mit fin pour prendre possession de la ville.

L’armée mongole, menée par Houlagou Khan et le commandant chinois Guo Kan, s’installa à Bagdad en novembre 1257. Houlagou a marché au pas avec ce qui était probablement la plus grande armée jamais réunie par les Mongols. Sur l’ordre de Möngke Khan, deux combattants sur dix dans l’empire entier devait rejoindre l’armée d’Houlagou1. L’armée avait aussi un grand contingent de combattants chrétiens. Celui-ci étant composé majoritairement de Géorgiens qui eurent un rôle actif dans la destruction de la ville. Selon Alain Demurger des troupes franques venant de la principauté d’Antioche auraient également participé à la bataille.[réf. nécessaire] De plus Ata al-Mulk Juvayni écrit que plus de 1 000 artilleurs chinois, ainsi que des Arméniens, des Géorgiens, des Turcs et des Perses prirent part au siège.

Détail (tiré d'une illustration du " Jami al-tawarikh" de Rashid al-Din.)
Détail (tiré d’une illustration du  » Jami al-tawarikh » de Rashid al-Din.)

Le siège

Houlagou proposa d’abord la reddition ce que le calife refusa. Beaucoup de récits s’accordent à dire que le calife n’était pas du tout préparé à une telle bataille, son armée n’ayant pas été parfaitement réunie et les murs de Bagdad n’ayant pas été renforcés. Le pire est que, selon David Nicolle, le Calife a énormément offensé Houlagou Khan en lui faisant des menaces, ce qui pourrait expliquer le châtiment particulièrement terrible que subira sa ville par la suite.

Avant d’assiéger Bagdad, Houlagou avait déjà frappé les esprits en détruisant les Lors qui s’étaient opposés à son autorité. De plus, la reddition sans combat de la secte des Assassins (Hashshashin) depuis leur forteresse d’Alamut (réputée imprenable) en 1256 le revêtait d’une réputation d’impitoyable guerrier invincible.

Une fois arrivés près de la ville les mongols se divisèrent en deux groupes de telle sorte que les deux voies de sortie possibles soient condamnées. La première pince s’établit sur la rive droite du Tigre, l’autre sur la rive gauche. Une première sortie du Calife fut couronnée de succès, ses troupes ayant réussi à repousser en partie les troupes occupant la rive droite, mais la seconde attaque fut un échec, les Mongols avaient en effet détruit les canaux en amont du fleuve et avaient ainsi piégé le gros des forces de la ville. La cavalerie fondit alors sur le reste des troupes isolées avant d’encercler le gros des troupes plus à l’Ouest. Ainsi, en l’espace d’un jour, l’armée abbasside avait été en grande partie soit massacrée soit noyée. Au même moment, Guo Khan fit construire des fossés ainsi que des catapultes.

Le siège proprement dit commença le 29 janvier 1258, la bataille fut assez rapide compte tenu de la durée moyenne des sièges de l’époque qui se comptaient en dizaines de mois, parfois même de plusieurs années. Dès le 5 février les mongols réussirent à ouvrir une brèche dans une partie du mur. Des pourparlers initiés par Al-Musta’sim furent rejetés par les Mongols. Le 10 février, la ville capitule. Les Mongols pénétrèrent alors partiellement dans la ville, puis, dès le 13 commença une semaine de massacres, de pillages, de viols et de destruction.

détaile du sac de baghdad capital abbasside par les mongoles
Détail du sac de baghdad capital abbasside par les mongoles tiré d’une illustration du  » Jami al-tawarikh » de Rashid al-Din.

La destruction de Bagdad

De nombreux récits historiques détaillent l’ensemble des horreurs perpétrées par les troupes mongoles.

La grande bibliothèque de Bagdad contenant d’innombrables ouvrages historiques traitant de médecine et d’astronomie fut entièrement détruite. Des survivants dirent même que les eaux du Tigre devinrent sombres en raison des quantités d’encres émanant des livres de la bibliothèque. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que des édifices d’une grande richesse culturelle.

La population tenta d’échapper à l’armée mongole qui les intercepta et les massacra. Environ 90 000 civils auraient été tués2,3. D’autres estimations fixent à des centaines de milliers les victimes civiles. Ian Frazier du New Yorker considère que près de 200 000 à un million de bagdadis n’auraient pas survécu au siège4.

Le massacre de Baghdad
Le massacre de Baghdad, les chrétiens assistent avec les chiites les mongoles contre les musulmans sunnites.  tiré d’une illustration du  » Jami al-tawarikh » de Rashid al-Din.

 

Le calife fut capturé et forcé d’assister aux scènes de massacres et de tortures subies par son peuple. Le calife mourut piétiné par les chevaux de la cavalerie mongole après avoir été enroulé dans un tapis3, cette thèse confirmant une croyance mongole ancestrale selon laquelle la terre maudirait quiconque ferait couler sur elle du sang royal. Ses fils ont été tués, un seul survécut pour être envoyé en Mongolie.

Par ailleurs plusieurs récits démontrent qu’Houlagou déplaça le camp du côté où soufflait le vent car l’odeur des cadavres émanant de la ville devenait insupportable.

Le comportement des troupes mongoles durant la destruction de la ville est souvent considéré à tort comme étant purement barbare. En réalité, la tactique d’Houlagou était directement héritée de son prédécesseur Gengis Khan qui voyait dans la violence des destructions un moyen efficace de dissuader tous les ennemis potentiels de résister aux troupes mongoles.

L'entrée des armées Mongole dans la capitale du califat Abbasside Baghdad en 1258
L’entrée des armées Mongole dans la capitale du califat Abbasside Baghdad en 1258

Mort d’Al-Musta`sim

Al-Musta`sim et tous les membres de sa famille qui furent fait prisonniers, ont été exécuté le 20 février 12586

« Après l’avoir forcé à livrer ses trésors et ses dernières cachettes, il semble que, par égard pour sa dignité, les Mongols, évitant de verser son sang, l’aient cousu dans un sac où on le fit fouler aux pieds des chevaux.
On livra aux flammes la plus grande partie de la ville, notamment la mosquée djâmi et on détruisit les tombeaux des Abbâssides7. »

Notes

  1. arabe : abū ʾaḥmad al-mustaʿṣim bi-llāh ʿabd allāh ben manṣūr al-mustanṣir,
    أبو أحمد المستعصم بالله عبد الله بن منصور المستنصر
  2. arabe : al-mustaʿṣim bi-llāh, المستعصم بالله , Celui qui a son refuge en Dieu
  3. arabe : šajara ad-durr, شجرة الدرّ, L’arbre de perles
  4. Muharram 656 A.H.
  5. 4 Safar 656 A.H.
  6. 14 Safar 656 A.H.
  7. L’empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, René Grousset, p. 442
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Une réflexion au sujet de « Khalifah du dernier calife Abbasside de Baghdad al-Mustasim bi-llah Par ibn al-Tiqtaqa de son kitab « al-Fakhri » »

    History counts victories a dit:
    23 février 2015 à 18 h 40 min

    […] image, image next, next to next, image Goldar Meir, following […]

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