Bataille entre les berbères louwata et les fatimides, siège Hammadite de Mahdia et guerre entre les Francs et les musulmans en Ifriqiya et en Andalousie (1123-1134) par ibn al-Athir

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Panneau gravé en ivoire, avec des chasseurs fatimides 11 ou 12eme siècle
Panneau gravé en ivoire, avec des chasseurs fatimides avec lance sur cheval 11 ou 12eme siècle

 Bataille entre les Maghrébins berbères louwata et l’armée Fatimide égyptienne en Egypte

En 517 (2 mars 1123), une forte armée de Lawâta partit du Maghreb et pénétra en Egypte,  où elle sema la dévastation et commit des actes honteux.

El-Ma’moûn ben El-Bet’â’ih’i, qui était devenu vizir d’Egypte Fatimide  après El-Afd’al, marcha contre eux à la tête des troupes d’Egypte, les battit, leur fit des prisonniers et en tua beaucoup.

Il leur imposa le paiement d’un tribut annuel, après quoi ils rentrèrent sur leur territoire, de même qu’El-Ma’moûn regagna la capitale.

Combat entre un arabo-andalous et un croisé au 11eme siècle lors de la première période de taifa après la fin du califat Omeyyade
Combat entre un arabo-andalous et un croisé au 11eme siècle lors de la première période de taifa après la fin du califat Omeyyade

[P. 444] Combats entre les Francs et les musulmans en Andalousie Espagne

En 520 (26 janv. 1126), les affaires du Franc Rodmîr prirent en Espagne une brillante allure, et il fit sentir aux musulmans tout le poids de sa puissance.

À la tête d’une forte armée, il entreprit des incursions sur leur territoire et pénétra jusque près de Cordoue, en semant sur son passage le pillage et le massacre.

Les fidèles, de leur côté, réunirent des forces si imposantes qu’il ne put leur résister et qu’il dut se retrancher dans une de ses forteresses, du nom [P. 445] d’Arnîsoûl.[1]

Mais une nuit il fondit soudain sur les assiégeants, dont il fit un grand massacre, après quoi il rentra sur son territoire.

Restitution de la ville de Mahdia à l'époque quant elle étais la capitale fatimide 'après les récits des géographes et historiens arabes
Restitution de la ville de Mahdia à l’époque quant elle étais la capitale fatimide ‘après les récits des géographes et historiens arabes (Ifriqiya central Tunisie)

[Tome XI, p. 19] L’armée Hammadite de Yah’ya assiège Mehdiyya [2] en Ifriqiya 

En 529 (21 oct. 1134), Yah’ya ben El-’Azîz ben H’ammâd, prince de Bougie, envoya des troupes assiéger Mehdiyya, où se trouvait alors El-H’asan ben ‘Ali ben Temîm ben El-Mo’izz ben Bâdîs, prince de cette ville.

En effet, El-H’asan s’était pris d’amitié pour Meymoûn ben Ziyâda,[3] chef d’un fort parti d’Arabes, et le comblait de bienfaits, ce qui excita la jalousie d’autres Arabes, qui conduisirent à titre d’otages leurs enfants auprès de Yah’ya ben El-’Azîz, en lui demandant de les faire soutenir par ses troupes pour conquérir Mehdiyya.

Il leur avait d’abord fait une réponse dilatoire ; mais à la suite de lettres que lui écrivit un des cheikhs de Mehdiyya, qui lui faisait la même proposition, il prit confiance et envoya une forte armée, sous le commandement d’un de ses grands officiers, le juriste Mot’arrif ben H’amdoûn.[4]

D’ailleurs, Yah’ya ben El-’Azîz et ses prédécesseurs avaient toujours été en rivalité avec El-Mo’izz ben Bâdîs et ses successeurs.[5]

Ces troupes, composées de cavalerie et d’infanterie, auxquelles s’étaient joints de nombreux Arabes, mirent le siège devant Mehdiyya, tant par terre que par mer.

Or Mot’arrif, dont les dehors sordides annonçaient l’ascétisme, répugnait à verser le sang et disait n’être venu que pour prendre livraison de la ville sans combattre ; mais comme son espoir fut déçu, au bout de quelques jours il dut se décider à attaquer.

L’avantage resta très sensiblement aux assiégés, et il continua d’en être de même dans les combats qui suivirent, où la plupart des assaillants trouvèrent la mort.

Quand Mot’arrif désespéra de la reddition de la ville, il tenta un vigoureux assaut général, tant par mer que par terre, et les galères, qui s’étaient approchées de la côte, [P. 20] touchaient presque les fortifications.

La lutte était vive, et El-H’asan, faisant ouvrir la porte de la ville, chargea en tête de ses hommes en criant : « C’est moi qui suis El-H’asan ! « À ce cri, ses adversaires le saluèrent et s’écartèrent par respect, et au même moment les galères qu’il avait dans le port en sortirent, conformément à son ordre ; mais quatre furent prises et les autres durent fuir.

Bientôt, le roi franc de Sicile, Roger, envoya à son secours une flotte de vingt bâtiments, qui serra de près les galères du prince de Bougie, mais qui, sur la demande d’El-H’asan, les laissa se retirer.

Puis ce fut Meymoûn ben Ziyûda qui amena de nombreux Arabes au secours d’El-H’asan.

L’aide que ce prince recevait par les deux voies fit comprendre à Mot’arrif l’inanité de sa tentative, et il s’éloigna de Mehdiyya sans en être venu à bout.

Le Franc Roger renouvela à El-H’asan ses déclarations de paix et d’alliance, mais continua néanmoins de construire des galères et de les bien approvisionner et armer.

L’île de Djerbah en Tunisie
L’île de Djerbah en Tunisie

Conquête de l’île de Djerba par les Francs[6] en Ifriqiya

Cette île, qui fait partie de l’Ifrîkiyya, était aussi florissante par l’industrie humaine que par ses produits naturels ; mais la turbulence des habitants ne leur laissait reconnaître l’autorité d’aucun prince, et ils étaient réputés pour les ravages et les brigandages qu’ils commettaient.

C’est pourquoi une flotte équipée par les Francs de Sicile et portant de nombreuses troupes, où figuraient quelques-uns des chevaliers les plus réputés, y alla débarquer, et les bâtiments entourèrent l’île de tous côtés.

Les insulaires se réunirent et opposèrent une vive résistance ; ils livrèrent plusieurs combats sanglants où beaucoup d’entre eux se firent tuer, mais ils succombèrent, et leur île tomba au pouvoir des Francs, qui la livrèrent au pillage et réduisirent en esclavage les femmes et les enfants.

La plupart des hommes avaient péri, mais les survivants revinrent demander quartier au roi de Sicile et purent racheter ceux des leurs qui étaient prisonniers. Dieu sait ce qu’il en est.

Rota, la tour minaret de la Merced , al-Andalus, Espagne, Andalousie,  Cadix.
Rota, la tour minaret de la Merced , al-Andalus, Espagne, Andalousie, Cadix.

Prise par les Francs de Rota à al-Andalus Espagne [7]

En 529 (21 oct. 1134), El-Mustansir billâh ben Hoûd[8] le huddide conclut avec le petit roi franc de Tolède[9] une trêve dont la durée fut fixée à dix ans.[10]

En effet, le petit roi ne cessait pas ses expéditions sur le territoire d’El-Mostançer, dont les troupes peu nombreuses étaient hors d’état de tenir tête aux fortes armées franques, et qui, par suite, crut devoir conclure une paix de quelque durée pour se préparer à reprendre la lutte.

Les pourparlers qui s’engagèrent aboutirent à la reddition, par les musulmans, [P. 21] de la forteresse presque inexpugnable de Rota,[11] moyennant quoi la paix fut conclue. Cet acte d’El-Mostançer était sans précédent.

 

Notes du Traducteur:

[1] Aujourd’hui Anzul, près de Lucena. Ce nom ne se retrouve pas dans la géographie d’Edrisi ; mais Dozy en parle, dans sa relation de cette campagne d’Alphonse le Batailleur (Recherches, 3e éd., i, 357 ; Mus. d’Esp., iv, 257 ; cf. Bayân, trad. fr. (i, 465).

[2] Ce chapitre a été traduit dans la Biblioteca, i, 459, et dans les H. ar. des crois., i, 410.

[3] Amari orthographie « Meymoûn ben Ziyâd ».

[4] D’après le Bayân (trad., i, 466), Mot’arrif ben ‘Ali ben Khazroun (lis. Hamdoûn) Zenâti prit Tunis en 522, et en 530 ‘Ali ben Hammoûd, général de [Yah’ya ben] el-’Azîz ben el-Mançoûr, prince de Bougie, assiégea Mehdiyya pendant soixante-dix jours. Cf. Berbères, ix, 27, 30 et 57 : Mot’arrif y est toujours nommé « ben ‘Ali ben H’amdoûn ».

[5] J’ai suivi la leçon du texte Amari, seule admissible.

[6] Ce chapitre figure dans la Biblioteca, i, 461, et dans les Histoire. arabe. des Croisades., i, 412 ; il est résumé dans l’Hist. des Berbères, ii, 578. Le Bayân (trad., i, 469) fixe à 530 la date de la conquête de Djerba par Roger.

[7] Ce chapitre et le suivant figurent dans les H. ar. des Cr., 1, 412 et s.

[8] Le Zafadola des chroniques espagnoles al-Sayf al-Dawla prince arabe issue des Banu Hud  dit des Huddides de Sarragosse.

[9] En arabe, es-solaytin, c.-à-d. Alphonse VIII de Castille, fils de Raymond de Bourgogne et d’Urraque. On lit dans Dozy (Recherches, 3e éd., i, 105, n. 6) : « Alphonse, septième du nom ; » il

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires2, ca. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

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