DESCRIPTION DE LA GRANDE MOSQUÉE OMEYYADE DE KAIROUAN PAR L’HISTORIEN ARABE AL-BAKRI (1014- 1094)

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Sous le califat de Muawiya la ville de Kairouan fut fondée
Sous le califat de Muawiya la ville de Kairouan fut fondée

DESCRIPTION DE LA GRANDE MOSQUÉE OMEYYADE DE KAIROUAN PAR  L’HISTORIEN ARABE AL-BAKRI (1014- 1094)

 » Nous avons mentionné ailleurs1 que le mihrab de cette mosquée fut posé et construit pour la pre mière fois par Ocba ibn Nafê2. Tout l’édifice, à l’exception du mihrab, fut abattu et reconstruit parv Hassan. Ce fut lui qui y transporta, d’une ancienne église , les deux colonnes rouges , tachetées de jaune, dont la beauté est incomparable.

Il les prit à l’en droit nommé aujourd’hui El-Caiceriya, et faisant partie du souc ed-darb « marché de l’hôtel de la mon naie » .

L’on raconte qu’avant le déplacement de ces colonnes, le souverain de Constantinople avait voulu les acheter au poids de l’or; aussi les musulmans s’empressèrent-ils de les transporter à la mos quée. Toutes les personnes qui les ont vues décla rent que rien de pareil n’existe dans aucun pays du monde.

Hicham ibn Abd-el-Mélik1, étant monté sur le trône du khalifat, reçut du gouverneur de Cairouan une dépêche dans laquelle cet officier lui représenta que la mosquée n’était plus assez grande pour con tenir l’assemblée des f1dèles, et qu’immédiatement au nord de l’édifice se trouvait un vaste jardin appartenant aux Beni-Fihr [descendants de Coreich].

La court de la grande Mosquée Omeyyade Okba ibn Nafi al-Fihri  de Kairouan (Actuel Tunisie)
La court de la grande Mosquée Omeyyade Okba ibn Nafi al-Fihri de Kairouan (Actuel Tunisie)

Dans sa réponse, le khalife donna l’ordre d’acheter ce terrain et de l’enclaver dans l’enceinte de la mosquée.

Le gouverneur obéit; puis il construisit, dans la cour de la mosquée , un bassin que l’on désigne aujourd’hui par le nom d’El-Madjel el-Cadîm « le vieux réservoir » , et qui est situé à l’ouest des nefs s. Au- dessus du puits qui se trouvait dans ce jardin , il bâtit un minaret dont il établit les fondations dans l’eau, et, par un hasard singulier, il reconnut que cet édi fice occupait justement le milieu du mur septentrional

Les dévots évitent scrupuleusement de prier dans le corps de bâtiment ajouté à la mosquée, et, [pour justifier leur conduite] , ils disent que le gou verneur avait usé de contrainte envers les proprié taires du jardin pour les décider à en faire la vente.

Encore aujourd’hui ce minaret est tel que Hassan l’avait construit; il a soixante coudées de haut et vingt-cinq de large. On y entre par deux portes, dont l’une regarde l’orient et l’autre l’occident. Les montants et les linteaux de ces portes sont en mar bre orné de sculptures.

Mihrab de la mosquée Omeyyade Okba ibn nafi al-Fihri de Kairouan
Mihrab de la mosquée Omeyyade Okba ibn nafi al-Fihri de Kairouan

 

Yezîd ibn Hatem , nommé gouverneur abbasside de l’Ifrîkiya en l’an 155 (772 de J. C), fit abattre toute la mosquée, à l’exception du mihrab, et la construisit de nouveau.

Il acheta pour une forte somme et plaça dans la mosquée la belle colonne verte au pied de laquelle le cadi Abou’1-Ab- bas Abdoun avait dans la suite l’habitude de faire la prière. Zîada-t-Allah , fils d’Ibrahîm ibn el-Aghleb, étant monté sur le trône, fit démolir toute la mosquée , et ordonna même de renverser le mihrab.

On eut beau lui représenter que ses prédécesseurs s’étaient tous abstenus de toucher à cette partie de l’édifice , parce qu’Ocba ibn Nafê l’avait construite il persista dans sa résolution, ne voulant pas que le nouveau bâtiment offrît la moindre trace d’une construction qui ne serait pas de lui.

Pour le détourner de son projet, un des architectes lui proposa d’enfermer l’ancien mihrab entre deux murs, de manière à ne rien en laisser paraître dans l’intérieur de la mosquée.

Ce plan fut adopté, et, jusqu’à nos jours, la mosquée de Cairouan est restée telle que Zîada-t-Allah l’avait laissée. Le mihrab actuel, ainsi que tout ce qui l’entoure, depuis le haut jusqu’en bas, est construit en marbre blanc percé à jour et couvert de sculptures. Une partie de ces ornements se composent d’inscriptions ; le reste forme des ara besques à dessins variés. Autour du mihrab règne une colonnade de marbre extrêmement belle.

Les deux colonnes rouges dont nous avons parlé sont pla cées au-devant du mihrab, et servent à soutenir la coupole qui en fait partie1. La mosquée renferme quatre cent quatorze colonnes, formant dix-sept nefs. Sa longueur est de deux cent vingt coudées, et sa largeur de cent cinquante.

Vue aérienne de Kairouan.
Vue aérienne de la mosquée de Kairouan.

 

La macsoura « banc réservé au souverain » était autrefois dans l’intérieur de la mosquée; mais, par suite des changements que Zîada-t-Allah ne cessa de faire à cet édif1ce, elle se trouve maintenant dans la maison qui est au sud de la mosquée, et qui a son entrée sur la place des Fruits.

Elle a une seconde porte qui s’ouvre à côté de la chaire, et c’est par là que l’imam entre dans la mosquée, après s’être arrêté dans la maison pour attendre l’heure de la prière. Zîada-t-Allah dépensa qua Ire-vingt-six mille mithcal 1 pour la construction de cette mosquée.

Ibrahim , fils d’Ahmed ibn el-Aghleb, étant parvenu à la souveraineté , fit prolonger les nefs de la mosquée et construire, à l’extrémité de la nef qui aboutit au mihrab, la coupole appelée Cobba- Bab el-Behou « la coupole de la porte du pavillon ».

Reconstitution
Reconstitution

 

Elle est environnée de trente-deux colonnes de beau marbre; à l’intérieur, elle est couverte de sculptures magnifiques et d’arabesques travaillées avec une net teté admirable : toutes les personnes qui la voient n’hésitent pas à déclarer qu’il serait impossible de trouver ailleurs un plus beau monument.

La cour de la mosquée , du côté des nefs , est couverte de tapis sur une largeur de quinze coudées. La mosquée a dix portes, et, dans sa partie orientale, une macsoura « tribune » destinée aux femmes. Cette tribune est séparée du corps de la mosquée par un mur percé à jour, de manière à former un chef-d’œuvre d’art.

source ;

Le géographe  arabe al-Bakri (1014- 1094) dans sa Description de l’Afrique septentrionale; traduite par Mac Guckin de Slane pages 59, 60, 61. 

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