‘Abd al-Mumin l’Almohade attaque les Arabes des Banu Hilal en Ifriqiya (1159) par ibn Al-Athir :

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Bannière Almohade ( qui fut utilisé lors de la bataille de La bataille de Las Navas de Tolosa, ou Hisn al-Oqab notamment)
Bannières Almohade ( qui fut utilisé lors  de La bataille de Las Navas de Tolosa, ou Hisn al-Oqab notamment)

‘Abd el-Mou’min l’Almohade attaque les Arabes [67] des Banu Hilal en Ifriqiya 1159 : 

 » Après avoir réglé ce qui concerne Mehdiyya, et avant de se remettre en route, ce prince convoqua les émirs arabes des Benou Riyâh’ établis en Ifrîkiyya et leur tint ce discours :

« Notre devoir est de faire triompher l’Islam. Or la puissance des polythéistes en Espagne est grande, et ils sont les maîtres de nombreuses provinces où les musulmans dominaient autrefois. Nul ne peut les combattre mieux que vous arabes, dont les ancêtres ont conquis ce pays dans les premiers temps de l’Islam, et c’est par vous encore que les conquérants en vont être chassés. Nous vous demandons donc 10.000 braves cavaliers pour combattre dans la voie de Dieu. «

Ils les lui promirent et en prêtèrent le serment qu’il leur demanda en invoquant le nom de Dieu et le Saint Livre, puis ils marchèrent de conserve avec lui jusqu’au défilé de la montagne de Zaghwân.[68]

Mais Yoûsof ben Mâlik, qui figurait parmi les émirs et chefs de tribus, se rendit secrètement et de nuit auprès d’Abd el-Mou’rnin pour l’informer de la répugnance qu’avaient les Arabes à se rendre en Espagne, parce qu’ils le soupçonnaient de chercher uniquement à leur faire quitter leur pays (Ifriqiya) ; il ajouta qu’ils ne respecteraient pas le serment prêté :

« Eh bien ! répondit-il, Dieu se chargera de punir le parjure. »

Dans la nuit qui suivit, en effet, ces chefs se jetèrent dans la campagne et rejoignirent leurs tribus.

Seul, Yoûsof ben Mâlik resta auprès du prince, qui l’appela à cause de cela, « Yoûsof le véridique ».

‘Abd el-Mou’min ne parla pas de cette affaire et poursuivit rapidement sa marche dans la direction du Maghreb [P. 163] jusqu’aux environs de Constantine, où il installa son camp dans un endroit riche en pâturages appelé Wàdi’n-Nisâ,[69] et, comme on était au printemps, le fourrage abondait.

Il y séjourna vingt jours en ayant soin d’intercepter les routes et de ne laisser sortir aucun soldat du camp, de sorte que dans le pays nul n’avait connaissance de la présence d’une armée si considérable, et l’on se disait que quelques nouvelles inquiétantes reçues d’Espagne le faisaient s’éloigner au plus vite.

Aussi les Arabes qui l’avaient abandonné, rassurés en ce qui les concernait, revinrent des plaines où ils s’étaient réfugiés se réinstaller dans leurs séjours d’habitude.

Dès qu’il en eut connaissance, ‘Abd el-Mou’min expédia contre eux ses deux fils Aboû Mohammed et Aboû ‘Abd Allah avec trente mille guerriers choisis parmi les principaux et les plus braves des Almohades ; ces deux chefs précipitèrent leur marche par des lieux inhabités et vinrent surprendre, sans qu’ils s’attendissent à rien, les Arabes par derrière, c’est-à-dire du côté du désert, de façon à leur couper la retraite qu’ils auraient pu tenter de ce côté.

Les Arabes étaient installés dans la région de K’ayrawân, au sud d’une montagne dite Djebel el-K’arn[70] ; leurs tentes dépassaient 80.000, et parmi les plus connus de leurs chefs figuraient Aboû Mah’foûz’ Moh’riz ben Ziyâd, Mas’oûd ben Zemmâm el-Ballât’, Djebbâra ben Kâmil, etc.

La subite apparition des Almohades jeta le trouble parmi eux et ils ne s’entendirent pas : Mas’oûd et Djebbâra ben Kâmil s’enfuirent avec leurs tribus, tandis que Moh’riz ben Ziyâd tint ferme et voulut combattre ; mais on ne l’écouta pas, et il ne resta avec lui qu’une troupe d’Arabes pour livrer bataille aux Almohades, dans la seconde décade de rebî’ II 555 (19-29 avril 1160).

La lutte fut chaude, mais Moh’riz ben Ziyâd fut tué et sa tête fut promenée sur une pique, ce qui amena la débandade des Arabes, qui abandonnèrent leurs tentes, leurs femmes, leurs enfants et leurs biens.

Tout cela fut amené à ‘Abd el-Mou’min, qui était encore dans son campement ; il fit garder les femmes de race pure et les emmena avec lui au Maghreb sous bonne garde et avec tous les soins que requérait la pudeur, les traitant comme il avait fait les femmes des arabes Althbedj.

Alors, et comme avaient fait ceux-ci, des députations des Riyâh’ vinrent les unes après les autres lui redemander ces captives ; les envoyés furent bien traités et leur demande fut accueillie, si bien qu’il ne resta bientôt plus personne d’entre eux qui n’en fit autant et ne fit sa soumission : il rabaissait leur orgueil, mais les traitait généreusement.

Alors il les expédia aux frontières d’Espagne, ainsi qu’il avait été entendu tout d’abord.

Les ossements des Arabes lues  à la bataille de Djebel el-Karn furent amoncelés en un las énorme qui se voyait de loin et qui subsista longtemps.

Toute l’Ifrîkiyya resta tranquillement soumise aux lieutenants almohade d’Abd el-Mou’min, et il n’y eut plus parmi les émirs arabes que Mas’oûd ben Zemmâm Ballâf qui conserva son indépendance et resta avec les siens aux extrémités du pays.

La construction du château de Gilbratar (Jabal Tarik) commence vers en 711 lors de la conquète Omeyyade de l'Espagne. Gibraltar est fortifiée pour la première fois par le calife imam almohade Abd al-Mumin en 1160, en réaction à la menace des flottes des rois chrétiens d'Aragon et de Castille. Gibraltar est rebaptisée Djebel al-Fath,  et une ville fortifiée nommée Medinat al-Fath, « cité de la Victoire », est édifiée au sommet du Rocher. Abu al-Hasan sultan mérinide relève les fortifications de Gibraltar en prévision de la guerre suivante, qui éclate en 1339
La construction du château de Gilbratar (Jabal Tarik) commence vers en 711 lors de la conquète Omeyyade de l’Espagne. Gibraltar est fortifiée pour la première fois par le calife imam almohade Abd al-Mumin en 1160, en réaction à la menace des flottes des rois chrétiens d’Aragon et de Castille. Gibraltar est rebaptisée Djebel al-Fath,  et une ville fortifiée nommée Medinat al-Fath, « cité de la Victoire », est édifiée au sommet du Rocher. Abu al-Hasan sultan mérinide relève les fortifications de Gibraltar en prévision de la guerre suivante, qui éclate en 1339

En 556 (30 déc. 1160), ‘Abd el-Mou’min franchit le détroit et se transporta à Djebel Târik’, sur la rive d’Espagne ; il y édifia une ville bien fortifiée et, après y avoir séjourné quelques mois, il regagna Merrâkech.  »

 

Notes Du Traducteur:

[67] Ce chapitre figure dans les Histoire. arabes. des croisades., i, 514.

[68] Il est fait à cela une brève allusion par Zerkechi (p. 15) ; comparez aussi Berbères, ii, 194.

[69] Ni Bekri ni Edrisi ne mentionnent cette localité. Plusieurs endroits d’Algérie portent ce nom de « rivière du bivouac « (de Slane, Historiens, etc., i, 796).

[70] Cet endroit, qui est situé entre Djeloûla et Kayrawân, mais que ni Bekri ni Edrisi ne mentionnent, a vu d’autres rencontres célèbres (voir p. ex. l’Hist. des Berbères, i, 307, 363, etc.).

Traduction française de ibn al-Athir du kitab «Al-Kamil fi al-Tarikh »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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