Fin des Almoravides en Andalousie par les troupes Almohades 1157, par ibn al-Athir :

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Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc
Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc

Mohammed ben ‘Abd el-Mou’min est reconnu en qualité d’héritier présomptif.

En 551 (24 fév. 1156) ’Abd el-Mou’min fit reconnaître son fils Mohammed comme son héritier présomptif.

Or il avait été entendu entre lui et ‘Omar [H’intâti] que ce dernier remplacerait ‘Abd el-Mou’min ; mais celui-ci une fois arrivé au pouvoir et devenu père de nombreux enfants, désira les voir lui succéder.

Il convoqua en conséquence les émirs arabes de Hilâl’, de Zighha, d’Adi, etc., leur fit des cadeaux et les poussa par l’intermédiaire de ses émissaires à déclarer qu’ils demandaient comme héritier présomptif l’un des fils du prince régnant.

Mais il feignit de ne pas consentir à leur demande par considération pour Aboû H’afç ‘Omar Inti et à cause du haut rang que celui-ci tenait chez les Almohades, et il répondit que cette qualité appartenait à ‘Omar.

Mais quand ce dernier vit ce qui se passait, il fut pris de peur et alla déclarer à ‘Abd el-Mou’min qu’il renonçait à se prévaloir de son litre.

On prêta alors serment à Mohammed, ce qui fut pour ‘Abd el-Mou’min l’occasion de nombreuses largesses ; la nouvelle fut proclamée par tout l’empire, et le nom de l’héritier présomptif fut (désormais) prononcé au prône.

pèce almoahde Qusantîna (Constantine, Algeria, mint name in style of the Hafsid period)

Abd el-Mou’min confie à ses fils l’administration de diverses provinces[53]

En la même année, ce prince nomma son fils Aboû Mohammed ‘Abd Allah, gouverneur de Bougie et de son territoire,[54] son fils Aboû‘l-H’asan ‘Ali, gouverneur de Fez et de son territoire, son fils Aboû Sa’îd, gouverneur de Ceuta, Algésiras et Malaga, et ainsi de suite pour les autres.

Sa façon de procéder fut d’ailleurs remarquable, car il s’y prit de la manière que voici. Comme il lui était difficile de révoquer les cheikhs almohades, qui étaient connus, qui avaient été des compagnons du Mahdi Mohammed ben Toûmert, et à qui il avait confié le gouvernement de diverses provinces, il garda leurs enfants auprès de lui pour les faire instruire ; puis, quand ceux-ci en surent assez pour servir de modèles, il dit à leurs pères :

« Je désire vous avoir auprès de moi pour appuyer mes plans de vos conseils ; vos enfants, qui sont maintenant savants et bons juristes, pourront gouverner à votre place ». Ils consentirent, fort aises de voir leurs enfants placés. Alors le prince leur fit insinuer par un homme de confiance, stylé à cet effet : « Je crois que, dans une affaire d’importance, vous vous êtes montrés inconséquents et peu convenables.

— Et comment cela ?

— Vos enfants ont des places de gouverneurs, tandis que ceux du Prince des croyants, bien que savants et bons administrateurs, n’en ont aucune. Il y a lieu de craindre que vous ne perdiez l’estime du Prince si son attention se porte sur ce point ».

Frappés de la justesse de cette remarque, ils se rendirent auprès de leur maître pour lui demander de donner des gouvernements à ses fils ; mais il (feignit de) s’y refuser, et ce ne fut que vaincu par leurs insistances qu’il accéda à leur demande.

Guerrier élite berbère Almohade
Guerrier élite berbère Almohade

Conquête d’Almeria par les musulmans ; fin du pouvoir Almoravide en Andalousie [55] par les Almohades : 

En 552 (12 févr. 1157), Almeria fut conquise sur les Francs par les troupes Almohade  d’Abd el-Mou’min, et le pouvoir des Almoravides prit fin en Espagne.

‘Abd el-Mou’min ayant nommé gouverneur de Malaga et d’Algésiras son fils Aboû Sa’îd, celui-ci aborda à Malaga, où il s’installa et où il reçut une lettre de Meymoûn ben Bedr le Lamloûni, qui se disait prêta reconnaître l’Unitéisme et à livrer la ville de Grenade, où il commandait.

Aboû Sa’îd accepta cette offre, et Meymoûn se rendit à Malaga avec ses femmes et ses enfants ; il y fut reçu très honorablement par Aboû Sa’îd, qui l’envoya à Merrâkech, où ‘Abd el-Mou’min lui-même se porta au devant de lui.

Ainsi finit la dynastie Almoravide, à qui il ne resta que l’île de Mayorque avec H’ammoû ben Ghâniya.

Après être devenu maître de Grenade, Aboû Sa’îd marcha avec ses troupes contre Almeria, dont, les Francs étaient restés possesseurs depuis la conquête qu’ils en avaient faite sur les musulmans en 542 (1er juin 1147).

Il en avait commencé le siège quand il fut rejoint par la flotte de Ceuta, que montait un grand nombre d’hommes, et les opérations se poursuivirent tant par mer que par terre.

Les Francs occupaient le fort de la ville ; il les assiégea, tandis que son armée alla camper sur la montagne qui domine Almeria, et où l’on éleva par son ordre des fortifications qui descendaient jusqu’à la mer et qui étaient précédées d’un fossé.

De la sorte le fort et la ville même étaient enserrés dans cette enceinte, et nul secours ne pouvait y parvenir.

Le roi franc d’Espagne Alphonse, connu sous le nom de petit roi, se mit à la tête de 12.000 cavaliers francs et de 6.000 cavaliers musulmans sous les ordres de Mohammed ben Sa’d ben Merdenîch, et tenta de secourir la ville ; mais il ne put rien contre les fidèles, et tous les deux, trompés dans leur espoir, durent battre en retraite. Le petit roi mourut en route, avant même d’être rentré à Tolède.

Trois mois de siège avaient épuisé les vivres de la ville, dont les habitants demandèrent quartier moyennant remise du fort. Ces conditions furent acceptées par Aboû Sa’îd, et les Francs s’éloignèrent par mer, après être restés pendant dix ans maîtres d’Almeria.

Notes du traducteur :

[53] On retrouve ce chapitre ; dans les Histoire. arabe. des croisades., i, 502.

[54] Le texte d’Ibn el Athir (in l. l.) ajoute la nomination d’Aboû Hafç ‘Omar à Tlemcen ; le Kartâs (p. 127 et cf. 129) et Ibn Khaldoun (ii, 190), confirment en effet qu’Aboû Hafç l’ut nommé gouverneur de cette ville. Cette attribution de divers gouvernements aux fils d’’Abd el-Mou’min remonte à 549, d’après le Kartâs, à 547 ou environ, d’après Ibn Khaldoun.

[55] Ce chapitre figure dans les Histoire. arabe. des Croisades., i, 506.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab «Al-Kamil fi al-Tarikh »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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