Guerre entre les Almohades et les Hammadites de Bejaîa, la bataille de Sétif contre les Arabes Hilaliens en 1153 par ibn al-Athir

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Vue satellitaire de la ville de Bejaia, Algérie .
Vue satellitaire de la ville de Bejaia, Algérie .

Conquête par ‘Abd el-Mou’min l’Almohade de Bejaia (Bougie) et du royaume des Benoû H’ammâd.[37]

En 547 (7 avril 1142), ce prince conquit Bougie et tout le royaume des Benoû H’ammâd.

Il commença, en 546 (19 avril 1151), par se rendre de Merrâkech à Ceuta, où il séjourna le temps nécessaire pour équiper la flotte et réunir les troupes du voisinage ; il envoya à celles-ci l’ordre de se tenir prêtes à partir à la première réquisition.

Mais comme il n’était pas sur la route de Bougie, on croyait qu’il projetait de passer en Andalousie.

Il commença par faire intercepter toutes communications, tant par terre que par mer, avec le Maghreb central, puis partit de Ceuta en çafar 547 (7 mai 1152) et s’avança à marches forcées en ralliant toutes les troupes qui se trouvaient sur son passage, si bien qu’il était sur le territoire de Bougie quand les habitants l’apprirent.

Le prince qui y régnait et qui fut le dernier des H’ammâdites était Yah’ya ben el-’Azîz, qui délaissait les soucis du gouvernement pour ne s’occuper que de chasse et de plaisirs, et laissait la charge des affaires aux Benoû H’amdoûn.

L’un de ceux-ci, Meymoûn ben H’amdoûn, sortit de Bougie avec l’armée aussitôt qu’il fut renseigné, mais la seule vue de l’avant-garde des troupes d’Abd el-Mou’min, composée de plus de 20.000 cavaliers, suffit à la débander, et cette avantgarde, qu’Abd el-Mou’min suivait à deux journées de marche, pénétra dans Bougie sans coup férir.

Yah’ya ben el-’Azîz, abandonné par ses troupes qui s’étaient enfuies par terre aussi bien que par mer, s’enferma dans la place forte de Constantine, tandis que ses deux frères El-H’ârith et ‘Abd Allah se réfugiaient en Sicile.

L’envahisseur resta maître de tout le royaume sans avoir à combattre.

ERRATUM. — Le divan d’Ibn Hâni, publié à Beyrouth en 1886, permet de rétablir le vers cité p. 245, en. 1899, et d’en fixer le mètre.

Lisez donc : [Kâmil] Ce que tu veux (voilà ce qui fait loi), et non ce que veulent les destins ; c’est à toi, etc.

Plus tard, Yah’ya vint trouver ‘Abd el-Mou’min pour demander quartier, ce qu’il obtint.

Il avait manifesté une joie exubérante quand il avait vu El-H’asan ben ‘Ali dépouillé de l’Ifrîkiyya et ne lui avait ménagé ni le blâme ni les reproches ; bien peu après cependant il se voyait dans la même situation.

Son vainqueur l’envoya au. Maghreb, qu’il lui assigna comme résidence et où il lui servit une forte pension.

El-H’asan ben ‘Ali sortit des îles (al-jazair) des Benoû-Mezghannân, — nous avons dit qu’il y avait été interné en 543 (21 mai 1148), — et se rendit auprès d’‘Abd el-Mou’min, où il se rencontra avec son ancien rival.

Il reçut bon accueil du vainqueur, qui l’attacha à sa personne et lui assigna un haut rang, et qui, après la prise de Mehdiyya, le laissa dans cette ville pour servir de conseiller et de directeur au chef qu’il y nomma.

Lors de la conquête de Bougie, tous les biens des habitants furent respectés, car le souverain almohade fut fidèle à la parole donnée aux Benoû H’amdoûn, qui avaient demandé grâce.

Le Palais du lac (dar el Bahr)  le palais des émirs Hammadites  construit en 1007
Le palais des émirs Hammadites construit en 1007 à la Qala des Banu Hammad, wilaya Msila, Algérie

Victoire d’Abd el-Mou’min l’Almohade sur les berbères Çanhâdja[38]

Après la prise de Bougie, les Çanhâdja, commandés par un certain Aboû K’açba, se réunirent en quantités innombrables, et de très nombreux Kotâma, Lawâta, etc., vinrent se joindre à eux pour combattre ‘Abd elMou’min l’Almohade

Le choc entre les fédérés et l’armée Almohade commandée par l’un des Cinquante, Aboû Sa’îd Yakhlef, eut lieu au pied de la montagne située à l’est de Bougie : Aboû K’açba fut battu, et la plupart de ses soldats furent tués ; les biens des vaincus devinrent la proie des vainqueurs, et leurs femmes et enfants furent réduits en esclavage.[39]

Cette affaire terminée, on marcha contre la K’al’a des Benoû H’ammâd, qui est une place des plus fortes et que rend inexpugnable sa hauteur, car elle est située au sommet d’un mont si élevé que le regard peut mal s’en rendre compte ; mais il n’est de troupes ni de forteresses qui puissent empêcher le destin de se réaliser au moment fixé.

En effet, la vue des troupes Almohades  suffit à faire fuir les habitants dans les montagnes environnantes ; le fort fut pris, on pilla tout ce qu’il contenait, et ‘Abd el-Mou’min en opéra le partage entre ses compagnons.[40]

Vue sur la plaine fumante au petit matin  ou eu lieu la célèbre bataille entre les Hilaliens et Sulaymites faces au armées Muwahidun Almohades
Vue sur la plaine fumante au petit matin ou eu lieu la célèbre bataille entre les Hilaliens et Sulaymites faces au armées Muwahidun Almohades le 27 avril 1153, Wilaya de Setif, Algérie. 

 Guerre entre ‘Abd el-Mou’min l’Almohade et les Arabes Hilaliens et Sulaymites [41]  La bataille de Setif 

En ça far 548 (27 avril 1153), eut lieu près de Sétif une bataille entre l’armée d’Abd el-Mou’min et les Arabes.

En effet, les Arabes des Benoû Hilal, les Athbedj, les ‘Adi, les Riyâh’, les Zighba,[42] etc.,. depuis Tripoli jusqu’à l’extrémité du Maghreb, se dirent entre eux, à la suite de la conquête du territoire des Benoû H’ammâd par les Almohades :

« ‘Abd el-Mou’min, s’il devient notre voisin, nous expulsera du Maghreb; le seul parti à prendre est de faire tous nos efforts pour le chasser avant qu’il se soit emparé du tout.»

Ils se jurèrent donc aide et secours mutuels et s’engagèrent à rester toujours unis ; leur projet était de s’avancer en masse avec leurs femmes et leurs richesses, pour livrer le combat [dit] des femmes.[43]

Quand le roi franc Roger de Sicile apprit l’intention des Arabes, il députa  aux chefs de ceux-ci, Moh’riz ben Ziyâd, Djebbôra ben Kâmil, H’asan ben Tha’leb, ‘Isa ben H’asan, etc., pour les encourager dans leurs projets belliqueux et leur offrir le concours, moyennant livraison d’otages, de 5.000 cavaliers francs.

Mais ces chefs le remercièrent, disant qu’ils n’avaient pas besoin d’aide et ne voulaient recevoir de secours que des musulmans.

Quand ’Abd el-Mou’min, qui venait de quitter Bougie pour se rendre au Maghreb, sut qu’une masse innombrable d’Arabes s’avançait, il équipa plus de 30.000 cavaliers almohades, dont il confia le commandement à ‘Abd Allah ben ’Omar Hinlâfi et à Sa’d Allah ben Yah’ya.[44]

Cette armée entraîna à sa suite les Arabes, deux fois plus nombreux, jusque dans des montagnes du côté de Sétif, puis (fit volte-face et) les chargea ; une affreuse mêlée s’engagea, mais les Arabes mal équipés finirent par être mis en déroute et abandonnèrent leurs familles, leurs troupeaux, leurs mobiliers et leurs richesses.

dinar abdelmoumen almohades

 

Tout cela fut amené à ‘Abd el-Mou’min, qui en opéra le partage entre ses compagnons ; mais il réserva les femmes et les enfants, qu’il mit sous bonne garde et dont il confia le soin à des eunuques chargés de les surveiller et de pourvoir à leurs besoins.

À son arrivée à Merrâ.kech, il les installa dans de vastes demeures et leur attribua de larges pensions ; puis il fit écrire par son fils Mohammed aux émirs arabes que leurs femmes et leurs enfants étaient sous bonne garde, qu’il leur avait pardonné et les traitait généreusement.

Alors ces émirs s’empressèrent de venir à Merrâkech, où ‘Abd el-Mou’min leur rendit leurs familles, les traita bien et leur distribua de fortes sommes.

Ces procédés lui concilièrent leurs cœurs, et ils s’installèrent auprès de lui.

Il ne changea pas de manière de faire à leur égard, et ce fut avec leur concours qu’il fit ce que nous dirons sous l’an 551 relativement à la désignation de Mohammed comme héritier présomptif.

 

Notes du Traducteur:

[37] Ce chapitre figure dans l’Hist. des Berb., II, 585, dans les Histoire. arabes. des Croisades., I, 482, et, en partie, dans la Biblioteca, I, 487. Cf. Merrâkecbi, trad., p. 177 et 192.

[38] Ce chapitre figure dans les Histoire. arabes des Croisades., i, 484.

[39] Ni le Kartâs ni Ibn Khaldoun ne parlent de cette affaire ; voir cependant ce dernier, ii, 189.

[40] Comparez Ibn Khaldoun, ii, 58 et 190 ; Kartâs, texte, p. 126.

[41] Le commencement de ce chapitre figure dans la Biblioteca, I, 478, et le tout dans les Histoire. arabe. des Croisades., i, 487.

[42] Cette orthographe est celle du Lobb el-lobâb et de Merrâkchi.

[43] C’est-à-dire un combat désespéré, Comparez le récit d’Ibn Khaldoun, qui paraît assigner à cette affaire la date de 546 ou du commencement de 547 (ii, 190). Le Kartâs la passe sous silence.

[44] ) D’après Ibn Khaldoun (ib.), le chef de l’armée almohade était ‘Abd Allah, fils d’’Abd el-Mou’min.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

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