Les croisades en Occident Islamique : siège de Cordoue, Grenade et Almeria sous les Almohades et guerre entre les Rum et les normands de Sicile (1148-1151) par ibn al-Athir

Publié le Mis à jour le

 les musulmans, sous le commandement du calife cordouan Abd al-Rahman III, qui ont donné forme à cette fabuleuse construction, et à ses environs.
Les musulmans, sous le commandement du calife Omeyyade Abd al-Rahman III an-Nassir  qui a façonné  cette magnifique construction, et ses environs.  

Conquête par les Francs de plusieurs villes d’al-Andalus

En 543 (21 mai 1148), les Francs conquirent Tortose et tous les forts qui en dépendent, ainsi que les places fortes de Lérida et de Fraga.

Il ne resta dans ces régions aucune place qui ne tombât entre leurs mains, grâce aux discordes qui divisaient les musulmans, et aujourd’hui encore ils en sont les maîtres.[26]

[P. 93, an. 544 (10 mai 1149)] … ‘Abbâs ben Aboû’l-Fotoûh ben Yahya ben Temîm ben el-Mo’izz ben Bâdîs Çanhâdji était venu en Egypte parce que son grand-père Yah’ya avait chassé Aboû’l-Fotoûh de Mehdiyya.[27]

Yah’ya étant mort et ayant eu pour successeur en Ifrîkiyya son fils ‘Ali ben Yah’ya ben Temîm, celui-ci en 509 (26 mai 1115) bannit d’Ifrîkiyya son frère Aboû ‘l-Fotoûh’, père d’Abbâs, lequel se rendit en Egypte avec sa femme Bellâra, fille d’El-K’âsim ben Temîm ben el-Mo’izz ben Bâdîs, et son fils ‘Abbâs, qui alors était encore à la mamelle.

Aboû’l-Fotoûh’ débarqua à Alexandrie, où il fut honorablement accueilli et où il mourut au bout de peu de temps.

Sa veuve épousa El-’Adil ben es-Salâr, et ‘Abbâs devenu grand reçut de l’avancement auprès du khalife Ez-Z’àfer, si bien qu’il succéda comme vizir à son beau-père El-’Adil, qui fut tué en moharrem 548 (28 mars 1153).

Guerriers Grecs Romains Byzantins dans l'église de St Andrée à Patras.
Guerriers Grecs Romains Byzantins dans l’église de St Andrée à Patras.

 Guerre entre le prince Roger II de Sicile  et le roi  des Roûm [28] Byzance 

En cette année 544 (10 mai 1149), la discorde se mit entre Roger, prince franc de Sicile, et le roi de Constantinople.

Ils se livrèrent maints et maints combats, et ces hostilités, qui durèrent plusieurs années, les occupèrent assez pour qu’ils ne fissent rien contre les musulmans, car sans cela Roger eût certainement conquis toute l’Ifrîkiyya.

Dans les rencontres qui eurent lieu tant sur terre que sur mer, l’avantage resta toujours au prince de Sicile, si bien que, dans une de ces années, sa flotte arriva à Constantinople et pénétra jusqu’à l’entrée du port : les Francs s’y emparèrent de plusieurs galères, firent un grand nombre de prisonniers et lancèrent même des flèches jusque dans les fenêtres du palais impérial.

Celui qui infligea ces échecs aux Roûm et aux musulmans était Georges, ministre du prince de Sicile ; mais ensuite il eut à souffrir de diverses maladies, parmi lesquelles les hémorroïdes et la pierre.

Sa mort, survenue en 546 (19 avril 1151), mit fin à la guerre entre chrétiens, et les populations n’eurent plus à redouter les effets de sa méchanceté ni les ravages qu’il commettait, car son maître ne trouva personne pour le remplacer dignement.

Illustration de Qurtuba (Cordoue) capital Omeyyade d'al-andalus en l'an 1000 , source : Arthur Redondo.
Illustration de Qurtuba (Cordoue) capital Omeyyade d’al-andalus en l’an 1000 avec la  grande mosquée Omeyyade sur la droite, source : Arthur Redondo.

Les croisés Francs assiègent Cordoue sans succès[29]

En 545 (29 avril 1150), le petit roi, c’est-à-dire Alphonse, roi de Tolède et des environs [Alphonse VIII de Castille], qui régnait sur le peuple franc des Djelâlik’a (Galiciens), mit le siège devant Cordoue à la tête d’une armée de 40.000 cavaliers.

Quand ‘Abd el-Mou’min, alors à Merrâkech, apprit que cette ville se défendait péniblement et souffrait de la famine,  il envoya à son secours une forte armée qu’il fit bien équiper et à qui il donna pour chef Aboû Zakariyyâ Yah’ya ben Yermoûz.[30]

Ces troupes ne pouvant se mesurer en plaine avec les assiégeants, à cause des conséquences possibles, et voulant d’autre part venir en aide aux Cordouans, s’engagèrent dans des montagnes abruptes et des défilés sinueux, où elles parcoururent en vingt-cinq jours environ une distance qui en demande quatre sur un sol uni, et débouchèrent sur la montagne qui domine Cordoue.

Le petit roi, se rendant alors compte de la situation, s’éloigna de la ville.

Le kâ’id Aboû’l-Ghomr[31] es-Sâ’ib, l’un des enfants du kâ’id Ibn Ghalboûn[32] et comptant parmi les héros et les chefs de la Péninsule, se précipita hors de la ville sitôt qu’il vit le départ des Francs et monta auprès d’Ibn Yermoûz pour lui dire de descendre au plus tôt et de s’installer dans la ville.

Ce mouvement fut exécuté, et le lendemain matin on aperçut l’armée du petit roi sur la montagne même occupée la veille par les fidèles.

C’était là en effet ce que craignait Ibn Ghomr, ainsi qu’il le dit, car les assiégeants guettaient l’armée de secours et pouvaient disposer d’un chemin commode pour atteindre le sommet de la montagne ; une plus longue station sur celle-ci leur aurait donc permis de rester vainqueurs et des troupes d’Abd el-Mou’min et de Cordoue.

Le petit roi, voyant son coup manqué, comprit qu’il ne pouvait plus songer à prendre cette ville, qu’il venait d’assiéger pendant trois mois, et rentra dans ses états.

En l’année 545 (29 avril 1150), ‘Abd el-Mou’min choisit comme ministre Aboû Dja’far ben Aboû Ahmed al-Andalosi,[33] qu’il détenait prisonnier et dont on lui vanta l’intelligence et le talent de rédaction.

Il fut le premier vizir que prirent les Almohades.

reproduction d’équipement militaire des arabo-andalous ver 1200 sous la dynastie berbère des Almohades
Reproduction d’équipement militaire des arabo-andalous ver 1200 sous la dynastie berbère des Almohades

 Sièges de Grenade et d’Almeria

En 546 (19 avril 1151), ‘Abd el-Mou’min fit passer en Espagne une armée d’une vingtaine de mille cavaliers commandés par Aboû H’afç ‘Omar ben Yah’ya Hintati.

Il y expédia aussi leurs femmes, qui, couvertes de burnous noirs, voyageaient seules et n’ayant pour les accompagner que leurs serviteurs ; l’homme qui osait s’approcher d’elles était puni de la peine du fouet.

Après avoir franchi le détroit, ‘Omar alla mettre le siège devant Grenade, où se trouvait un corps d’Almoravides ; pendant qu’il la serrait de près, il fut rejoint par Ahmed ben Molh’ân, prince de Wâdi-âch et dépendances, qui vint, avec un certain nombre des siens, se déclarer Almohade, puis par Ibrahim ben Ahmed ben Mofridj ben Hemochk,[34] beau-père de [Mohammed ben Sa’d ben Mohammed ben Ahmed] Ibn Merdenîch, prince de Jaén, qui vint également avec les siens faire profession d’Unitéisme (Muwahidun).

L’armée d’Omar ‘se grossit par le concours de ces deux chefs, qui le poussèrent à précipiter les hostilités contre Ibn Merdenîch, roi de l’Espagne orientale, et à le surprendre avant que ses préparatifs fussent terminés.

Mais ce dernier, inquiet de ce qu’il apprenait, réclama des secours au roi franc de Barcelone, qui accueillit sa demande et lui amena une armée de dix mille cavaliers.

Les troupes almohades s’avancèrent jusqu’aux bains chauds de Balkawâra, à une étape de Murcie[35] qui était la capitale d’Ibn Merdenîch, mais battirent en retraite en apprenant que l’armée franque aussi s’avançait.

Elles allèrent assiéger Almeria, qui appartenait aussi aux Francs ; mais au bout de quelques mois, la famine dont elles souffraient leur fit lever le siège et regagner Cordoue, où elles s’installèrent.[36]

Notes du Traducteur :

[26] Cet alinéa figure dans les H. ar. des Cr., i, 472.

[27] Sur Aboû ‘l-Fotoûh, cf. supra, p. 352, an. 1900. D’après Wüstenfeld, Gesch. der Fat. Chai. 314), ce personnage était le frère et non le fils de Yahya, et plusieurs passages de notre auteur devraient, en conséquence, être corrigés. — Le chapitre auquel appartient ce fragment figure tout entier dans les H. ar. des Cr., i, 474.

[28] On retrouve ce chapitre dans la Biblioteca, i, 476, l’H. des Berb., n, 584, et les H. ar. des Cr., i, 477. 88

[29] Ce chapitre figure dans les H. ar. des Cr., i, 479 : cf. la trad. latine du Kartâs, p. 405.

[30] Ce nom est écrit Yahya ben Yaghmor, et aussi Yermor dans Ibn Khaldoun (Berbères, u, -174, 176, 188 et 192) ; je crois que la lecture correcte est Yaghmor. Le Karlàs et ‘Abd el-Wâh’id Merrâkechi ne disent presque rien de ces événements d’Espagne, sur lesquels Ibn Khaldoun et Makkari sont plus explicites.

[31] On lit « Mo’ammer « dans les H. ar. des Cr., mais Makkari lit aussi Aboû’l-Ghomr (ii, 692).

[32] Il s’agit probablement de descendants d’Aboû‘l-Hasan ben Ghalboûn, savant du Ve siècle dont on retrouve le nom dans Makkari, II, 550 et 603.

[33] C’est-à-dire Ahmed ben ‘At’iyya, dont Merrâkechi (trad. fr., p. 173) et Ibn Khaldoun (Berbères, ii, 182) parlent plus longuement ; cf. aussi Kartâs, texte, p. 125, 126, etc.

[34] Le manuscrit d’Abd el-Wâh’id Merrâkechi indique les voyelles de ce nom, qui, dans l’Histoire des Berbères, est toujours lu Homochk. C’est la transcription du castillan hemocho ou hemochico, « voici le petit essoreillé « (Dozy, Recherches, etc., 3e éd., I, 368).

[35] Nos cartes indiquent un Los Banos sur la route de Murcie à Carthagène, ainsi qu’un « Banos « à proximité de Murcie, non loin de la route qui va de cette ville à Totana. On trouve dans Edrisi (p. 239) la mention d’un Alhama près de Lorca, sur la route qui va de cette dernière ville à Murcie.

[36] L’armée musulmane avait aussi à sa tête le fils d’Abd el-Mou’min, nommé Aboû Sa’îd, lequel s’empara d’Ubeda, de Baëza et d’Almeria (Kartâs, p. ‘126 du texte). Mais pour ce qui concerne cette dernière ville, cf. infra, année 552.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s