Siège de Tripoli en Ifriqiya par les Francs (1143), Conquête de Santarem, Beja, Merida et Lisbonne par les Franc en Andalousie (1145) et chute de Tripoli d’Ifriqiya en 1146) par ibn al-Athir :

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Le  palais rouge de  Tripoli (Ifriqiya, Libye)
Le palais rouge de Tripoli (Ifriqiya, Libye)

Siège de Tripoli en Ifriqiya par les Francs[14]

En 537, le 9 dhoû’l-hiddja (24 juin 1143), la flotte des Francs de Sicile’vint mettre le siège devant Tripoli de Barbarie.

En effet, du vivant d’El-H’asan, prince d’Ifrîkiyya, les habitants, sans vouloir jamais reconnaître son autorité, ne cessaient de lui faire de l’opposition et de le combattre, sous la direction de cheykhs des Benoû Mat’roûh’ qu’ils avaient mis à leur tête. [P. 61]

Les assaillants débarquèrent, lancèrent des grappins sur les murailles et commencèrent à les miner.

Mais le lendemain, une troupe d’Arabes vint renforcer les habitants de la ville ; les chrétiens, alors, se retirèrent du côté de leurs vaisseaux[15] et eurent à supporter une furieuse attaque qui les mit complètement en déroute ; beaucoup furent tués, et les survivants ne bougèrent pas de leurs bâtiments, abandonnant leurs armes, leurs instruments, leurs tours, leurs ustensiles, qui devinrent la proie des Arabes et des Tripolitains.

Les Francs retournèrent en Sicile pour réorganiser leurs forces, puis ils revinrent au Maghreb attaquer Djidjelli, dont les habitants s’enfuirent dans la campagne et dans les montagnes.

Les chrétiens y débarquèrent, firent prisonniers ceux qu’ils y trouvèrent, ruinèrent et incendièrent la ville ; ils détruisirent également le château de plaisance qu’y avait bâti Yah’ya ben El-’Azîz ben H’ammâd ; puis ils reprirent la mer.

[P. 66] Voici un récit qui est rapporté d’après un savant versé dans la connaissance des généalogies et des chroniques.

Le prince de Sicile avait envoyé contre Tripoli de Barbarie et les cantons avoisinants, une expédition maritime qui se livra au pillage et au massacre.

Or, il y avait en Sicile un savant et vertueux musulman pour qui ce prince avait de l’estime et de la considération ; il tenait compte de ses avis et le faisait passer avant les prêtres et les moines, si bien que cela faisait dire à ses sujets que leur roi était musulman.

Ce prince était un jour assis dans un belvédère dominant la mer, quand un petit navire arriva, lui apportant la nouvelle que ses troupes, débarquées en pays musulman, s’y étaient livrées au pillage et au meurtre et étaient restées victorieuses.

Alors le prince, interpellant le musulman qui était à ses côtés et qui sommeillait, lui demanda s’il entendait ; et sur sa réponse négative : « Eh bien ! on m’annonce telle et telle chose ; où donc était Muhammad ? avait-il abandonné ce pays et ses habitants ?

— Oui, répondit l’autre, il les avait quittés, car il assistait à la prise d’Edesse, que les musulmans viennent de conquérir. «

Les chrétiens présents se mirent à rire :

« Ne riez pas, dit le roi, car, j’en prends Dieu à témoin, cet homme ne dit jamais que la vérité «.

Quelques jours après, on connut en effet, par les Francs de Syrie, que cette conquête avait eu lieu.[16]

[P. 68] En 539 (3 juill. 1144), une flotte franque partie de Sicile se dirigea vers l’Ifrîkiyya et le Maghreb : elle conquit la ville de Brechk, en tua les habitants et y fit prisonniers les femmes et les enfants, qu’elle alla vendre aux musulmans de Sicile.[17]

Soldats berbères Almoravides.  SOURCE Ressources académique
Soldats berbères Almoravides.
source: « Ressources académique »

Mort de Tachefin ibn Ali ibn Yussf souverain Almoravide du Maghreb : 

 

En la même année mourut Tâchefîn ben ‘Ali ben Yoûsof, souverain du Maghreb, après un règne de plus de quatre ans.

Il eut pour successeur son frère, et les affaires des Almoravides périclitèrent, tandis que le pouvoir d’ ‘Abd el-Mou’min l’Almohade croissait.

Nous avons parlé de cela sous l’année 514 de l’Hègire.

Construite par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.
La forteresse de Merida, fut construite par le calife Omeyyade d’al-Andalus  Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.

Conquête de Santarem, Beja, Merida et Lisbonne par les Franc en Andalousie : 

[P. 70] En 540 (23 juin 1145), les Francs conquirent les villes de Santarem, de Béja, de Mérida, de Lisbonne, ainsi que toutes les places fortes voisines, grâce à la discorde qui régnait parmi les musulmans et qui excita les convoitises de l’ennemi.

L’accroissement de puissance que celui-ci en tira lui fit regarder comme assurée la conquête de toute l’Espagne musulmane, mais Dieu trompa son espoir, ainsi qu’on le verra.

En cette même année, une flotte franque partie de Sicile conquit l’île de Kerkenna, sur la côte d’Ifrîkiyya : les hommes furent massacrés, les femmes et les enfants réduits en esclavage. El-H’asan, prince d’Ifrîkiyya, fit rappeler la teneur des traités à Roger, roi de Sicile, qui invoqua pour s’excuser le défaut d’obéissance de ces insulaires (vis-à-vis d’El-H’asan).

Carte de Tripoli en Libye , par Nicolas de fer en 1705 JC
Carte de Tripoli en Libye , par Nicolas de fer en 1705 JC

Conquête par les Francs de Tripoli en Ifriqiya [18]

Voici dans quelles circonstances eut lieu cette conquête, en 541 (12 juin 1146). [P. 71] Roger, roi de Sicile, expédia une flotte considérable, qui investit Tripoli par terre et par mer, le 3 moharrem (14 juin).

Les habitants firent une sortie et engagèrent un combat sérieux qui dura trois jours ; mais, le troisième jour, les Francs entendirent de grandes clameurs provenant de la ville et virent les murailles se dégarnir de leurs défenseurs.

En effet, peu de jours avant l’arrivée des Francs, la discorde avait éclaté chez les Tripolitains, et l’un des partis, après avoir expulsé les Benoît Mat’roûh’, avait choisi pour chef un Almoravide qui, avec quelques-uns de ses compagnons, s’était trouvé passer par leur ville pour aller en pèlerinage à la Mekke ; mais après le débarquement des Francs, l’autre fraction avait rappelé les Benoû Mat’roûh’, et les deux partis en étant venus aux mains, les murailles avaient été abandonnées à elles-mêmes.

Les Francs profitèrent de l’occasion pour dresser leurs échelles et escalader les murailles ; malgré une vive résistance, ils conquirent la ville de vive force, tuèrent les hommes, firent les femmes prisonnières et livrèrent tout au pillage ; ceux qui purent s’échapper se réfugièrent chez les Berbères et les Arabes.

Une amnistie générale fut ensuite proclamée, qui permit aux fuyards de rentrer.

Pendant six mois, les Francs s’installèrent pour consolider les fortifications et en approfondir les fossés.

Ensuite ils s’éloignèrent, après s’être fait livrer par les habitants des otages, parmi lesquels figuraient les Benoû Mat’roûh’ et l’Almoravide.

Mais ensuite, ils restituèrent ces otages et se contentèrent d’en demander au chef qu’ils donnèrent à la ville et qu’ils choisirent parmi les Benoû Mat’roûh’.

Tout alors marcha bien ; les bateaux siciliens et chrétiens recommencèrent à fréquenter Tripoli, qui redevint promptement florissante.

 

Notes du Traducteur :

[14] Ce chapitre est également traduit dans ibn Khladun,  l’Histoire des Berbères., ii, 579.

[15] Les deux traductions citées expliquent ce passage, par suite d’une ambiguïté dans l’emploi du pronom, dans ce sens que « les Tripolitains ainsi renforcés firent une sortie contre les assaillants. »

[16] Ce paragraphe se retrouve dans les Histoire. arabe. des Croisades., i, 445 ; il figure également, de même que le suivant, dans la Biblioteca, i, 463.

[17] Le Bayân (trad., i, p. 471) passe sous silence les attaques des Francs dirigées contre l’Afrique septentrionale, de 539 à 542 inclus. Brechk était sur la côte, à 20 milles O. de Cherche] (al-Idrissi, p. 403 et 118). — Cet alinéa, ainsi que les trois suivants, figurent dans la Biblioteca, i, 463 et s., et dans les H. ar. des Cr., i, 448 et s.

[18] Ce chapitre figure dans VII. des Berb., ii, 579, la Biblioteca, i, 465, et les H. ar. des Cr., i, 450.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

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