Gouvernement Omeyyade de Zuhayr ibn K’ays al-Balawi en Ifrîkiyya 683-689; sa mort et celle de Koseyla, nomination de Hassan ibn Numan la chute de Carthage (698) et la mort de la Kahina par ibn Al-Athir :

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L'infanterie Omeyyade dans un ribat par Opsrey (Angus McBride) 1 2 3
L’infanterie Omeyyade dans un ribat par Opsrey (Angus McBride)
1) Garde Omeyyade 
2) Fantassin Omeyyade 
3) Femme musulmane

Gouvernement Omeyyade du compagnon Zuhayr ibn  K’ays al-Balawi  en Ifrîkiyya  683-689 ; sa mort et celle de Koseyla

A l’avènement d’Abd el-Melik ben Merwân, on parla à ce prince des musulmans de K’ayrawân et, sur le conseil de son entourage d’y envoyer des troupes pour les délivrer, il expédia à Zoheyr ben K’ays al-Balawi sa nomination de gouverneur d’Ifrîkiyya en même temps qu’il équipa une armée nombreuse.

Ce chef entra dans ce pays en l’an 69 (5 juillet 688).

A cette nouvelle, Koseyla  rassembla autant qu’il put les Berbères et les Roûm et tint à ses principaux compagnons ce langage :

« Je pense que je dois aller camper à Mems,[34] car il y a à K’ayrawân de nombreux musulmans vis-à-vis de qui nous sommes engagés par un traité que. nous ne devons pas violer. Or, il y a à craindre qu’en nous portant au-devant de Zoheyr pour lé combattre, nous ne laissions sur nos derrières ces musulmans solidement installés, tandis. qu’à Mems nous n’aurons rien à redouter d’eux et nous pourrons livrer bataille à Zoheyr : vainqueurs, nous poursuivrons nos ennemis jusqu’à Tripoli et ne laisserons rien subsister d’eux en Ifrîkiyya; vaincus, nous nous jetterons dans les montagnes et nous leur échapperons ».

Kusaylah  chef des  berbères Awraba 660 – 686 à Kairouan contre les Omeyyades.
Kusaylah chef des berbères Awraba
660 – 686 à Kairouan (Tunisie) contre les Omeyyades.

On adopta son plan, et il marcha vers Mems. Zoheyr le Balawite, qui en fut informé, n’entra pas à K’ayrawân et se reposa sous les murs de cette ville pendant trois jours, puis se mit à la recherche de Koseyla, et quand il fut proche de lui, il établit son camp et prit ses dispositions de combat.

La bataille fut acharnée et les deux armées subirent de telles pertes que personne, semblait-il, n’en devait réchapper ; cela dura ainsi la plus grande partie du jour, puis grâce à la protection divine, la victoire se décida en faveur des musulmans.

Koseyla et plusieurs de ses principaux compagnons furent tués à Mems près de Kairouan, et les musulmans, se mettant à la poursuite des Roûm et des Berbères, tuèrent tout ce qu’ils purent et firent un grand carnage ; les plus vaillants guerriers des alliés, leurs princes et leurs nobles furent anéantis.

Vue aérienne de la ville et mosquée omeyyade  de Kairouan fondé par  le compagnon Okba ibn Nafi al-Fihri
Vue aérienne de la ville et mosquée omeyyade de Kairouan fondé par le compagnon Okba ibn Nafi al-Fihri, Tunisie.

 

Quant à Zoheyr, il regagna K’ayrawân.

Ce chef, se rendant compte que l’Ifrîkiyya constituait un royaume important, redouta, à cause de ses sentiments de piété et de mortification, d’y rester [sans combattre] :

« Je ne suis, dit-il, venu ici que pour faire la guerre sainte, et je crains de succomber à la tentation des plaisirs mondains ».

Il laissa donc à K’ayrawân un corps de troupes qui y était en sûreté, puisque le pays ne renfermait plus d’ennemis ni de chef puissant, et il rentra en Egypte avec une nombreuse armée,

[35]Or les Roûm de Constantinople, qui avaient appris que Zoheyr avait laissé Barka sans défense pour aller combattre Koseyla en Ifrîkiyya, voulurent profiter de l’occasion, et, partant de l’île, de Sicile avec une nombreuse flotte et une forte armée, ils attaquèrent cette ville et y firent quantité de prisonniers, en outre des massacres et du pillage auxquels ils se livrèrent.

L'antique  Cyrène qui sous les  arabes  du califat Rashidun est devenue  al-Barqah , situé dans la région côtière de l'est de Libye
L’antique Cyrène qui sous les arabes du califat Rashidun deviendra al-Barqah , situé dans la région côtière de l’est de Libye

Cela se passait au moment où Zoheyr, qui venait de quitter l’Ifrîkiyya, arrivait près de Bark’a; faisant alors avancer ses troupes à marches forcées, il fut accueilli par les demandes de secours des musulmans.

Il ne pouvait reculer, et se jeta sur les Roûm malgré leur nombre ; une terrible bataille s’engagea et, la lutte fut chaude, mais la supériorité numérique des Roûm était trop grande, et Zoheyr et tous les siens succombèrent sans qu’il en échappât un seul.

Les Roûm retournèrent à Constantinople avec leur butin.

La nouvelle de l’écrasement de Zoheyr fut très sensible à ‘Abd el-Melik ben Merwân, qui, comme nous le dirons à l’année 74, envoya en Ifrîkiyya H’assân ben en-No’mân Ghassâni.[36]

La Tombe après destruction du général omeyyade et compagnon   Zuhayr Ibn Qais Al-Balawi radi Allah anhu,, a Derna près de Barqah Cyrénaïque Libye .
La Tombe après destruction du général omeyyade et compagnon Zuhayr Ibn Qais Al-Balawi radi Allah anhu,, a Derna près de Barqah Cyrénaïque Libye . 

— Le gouvernement et la mort de Zoheyr auraient dû figurer sous l’année 69 ; si nous les avons narrés ici, c’est pour faire sentir la connexion existant entre ces faits et la révolte suivie de la mort de Koseyla, car il s’agit là d’un fait unique dont il faut grouper les épisodes.

[P. 251] En 69 (5 juillet 688), Zoheyr ben K’ays al-Balawi, gouverneur d’Ifrîkiyya, fut tué, ainsi qu’il a été dit sous l’année 62.

Reconstitution de la Carthage romaine impériale  Tunisie.
Reconstitution de la Carthage romaine impériale,  Tunisie.

 Gouvernement de H’assân ben en-No’mân al-Ghassani en Ifrîkiyya et conquête de Carthage

Nous avons, à l’année 62, parlé du gouvernement de Zoheyr ben K’ays al-Balawi et dit qu’il avait été tué en 69 (5 juillet 688).

La nouvelle de sa mort fut un coup sensible pour ‘Abd el-Melik et pour les musulmans ; mais le prince, malgré le souci que cela lui donna, ne pouvait s’occuper de l’Ifrîkiyya au moment où il avait affaire à Ibn ez-Zobeyr.[37]

Quand, par suite de la mort de ce dernier, l’ensemble des musulmans reconnut son autorité, il équipa des troupes dont il confia le commandement, ainsi que l’administration de l’Ifrîkiyya, à H’assân ben en-No’mân el-Ghassâni, qui entra en 74 (12 mai 693) dans ce pays à la tête d’une armée dont ce pays n’avait pas encore vu la pareille.[38]

La Bannière blanche des Omeyyades
La Bannière blanche des Omeyyades de Damas. 

Arrivé d’abord à K’ayrawân, il en repartit pour marcher contre Carthage, dont le prince (Byzantin), le plus puissant d’Ifrîkiyya, n’avait pas encore été attaqué par les musulmans.

Cette ville renfermait une population innombrable de Roûm et de Berbères ; il l’attaqua et la serra de près, si bien que les assiégés, voyant le grand nombre des leurs qui étaient tués., s’embarquèrent et gagnèrent les uns la Sicile, les autres l’Espagne.

H’assân entra dans la place l’épée à la main et la livra au meurtre et au pillage[39] ; puis il fit parcourir les environs par ses troupes, et les habitants effrayés s’étant empressés de venir le trouver, il leur fit autant que possible démanteler Carthage.

Ruines de l'antique ville phéniciene d'Utique à l'st situé au nord de l'actuelle Tunisie, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Carthage, dans le gouvernorat de Bizerte. Tunisie
Ruines de l’antique ville phénicienne d’Utique à l’est situé au nord de l’actuelle Tunisie, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Carthage, dans le gouvernorat de Bizerte, Tunisie, détruite par les armées arabes omeyyades.

Comme ensuite il apprit que les Roûm et les Berbères se concentraient pour lui résister dans les deux villes de Çat’ibûra[40] et de Benzert (Bizerte), il marcha contre eux, et la ténacité des musulmans vint à bout de la résistance qu’ils opposèrent ; les ennemis durent fuir en laissant un grand nombre de morts.

Cette région fut conquise, et H’assân le Ghassanide , ne laissant aucune portion insoumise, inspira la crainte la plus vive aux habitants.

Les ruines d'Hippo Regius (Hipone) Bone Annaba, en Algérie Ifriqiya.  Elle fut conquise par l'Empire romain d'Orient en 534 après JC et a été maintenu sous la domination byzantine jusqu'en 698 après JC, quand elle tomba aux mains des  musulmans ; les Arabes  Omeyyades ont reconstruit la ville au VIIIe siècle.
Les ruines  phénicienne d’Hippo Regius (Hippone) Bone Annaba, en Algérie Ifriqiya. Elle fut conquise par l’Empire romain d’Orient en 534 après JC et a été maintenu sous la domination byzantine jusqu’en 698 après JC, et détruite quand elle tomba aux mains des Arabes Omeyyades, et  dans le courant du 7eme siècle elle fut reconstruit par  ceux-ci.

Les Roûm qui purent s’enfuir se retranchèrent dans la ville de Bâdja (Beja), et les Berbères en firent autant à Bône (Annaba).

H’assân regagna alors K’ayrawân pour donner à ses nombreux blessés le temps de guérir.

Les Aurès en Algérien Oriental.  Le refuge d'al-Kahina.
Les Aurès en Algérie Oriental. Le refuge d’al-Kahina.

Mise à sac de l’Ifrîkiyya par al-Kahina

Quand leur santé fut rétablie, Hassan demanda quel était le prince le plus puissant restant encore  en Ifrîkiyya :

« C’est, lui dit-on, une femme berbère régnant dans l’Aurès, et connue sous le nom de Kâhina[41] parce qu’elle dévoile l’avenir aux Berbères qui se sont ralliés à elle après la mort de Koseyla ».

Ruines romaine de l'antique  de Tebessa dans le Constantinois  Algerie,   al-Mâlikî, rapporte-t-il que Ḥassân b. al-Nu‘mân, en partance pour combattre la Kâhina, passe par Majjâna, localité située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Tébessa, sur laquelle on aura à revenir amplement. Il campe devant ce qui était, selon l’auteur, une qal‘a encore non conquise par les musulmans. À l’arrivée du chef arabe, les Rûm se hâtèrent de s’y réfugier, incitant de la sorte Ḥassân à continuer son avancée sans s’en emparer (al-Mâlikî : t. 1, 50 et Ibn Nâjî : t. 1, 61). Ce texte, malgré son caractère tardif, est l’un des rares témoignages qui permettraient de suggérer l’origine préislamique de Majjâna, ville qui en plus aurait été habitée par des Rûm, terme désignant normalement dans les textes arabes les populations ou les troupes byzantines. 22Un autre toponyme de la région apparaît lors de ces récits. Toujours chez al-Mâlikî, quand Ḥassân est à la poursuite de la Kâhina, celle-ci fuyant vers les Aurès fait escale à Qal‘at Busr pour s’y retrancher, mais trouve la fortification en état de ruine (al-Mâlikî : t. 1, 54). Le texte n’en dit pas davantage sur ce toponyme, mais on le voit par la suite souvent associé à celui de Majjâna. Le nom du personnage auquel il fait référence, Busr, a été le plus souvent mal orthographié par les auteurs arabes ou leurs copistes. Il s’agit pourtant d’un acteur identifié de la conquête arabe de l’Ifrîqiya, quoique sa contribution y ait vraisemblablement été mineure. Il s’agit d’Abû ‘Abd al-Raḥmân Busr b. Abî Arṭa’a, compagnon du prophète et l’un des transmetteurs de sa tradition. Partisan du clan omeyyade dans la fitna, il combattit avec Mu‘âwiya à Ṣiffîn et participa ensuite à la conquête de l’Égypte et de l’Ifrîqiya. Il mourut en Syrie, sous le règne de Mu‘âwiya, ou bien du vivant de ‘Abd al-Malik b. Marwân selon une autre version (al-Mâlikî : t. 1, 85 et Ibn Nâjî : t. 1, 157-159). Selon al-Bakrî, Busr aurait conquis la qal‘a qui porte son nom, sous le commandement et sur l’ordre de Mûsâ b. Nuṣayr (al-Bakrî : 145). 23L’association de ce personnage, qui aurait participé à la conquête arabe, au terme qal‘a, pour former ce toponyme, pourrait suggérer déjà l’existence d’une première installation islamique immédiatement consécutive à la conquête. Ce lieu fortifié aurait ainsi servi de base à une garnison chargée de veiller au contrôle d’une importante zone de passage, située sur l’antique route reliant Carthage à Théveste. Ce cas est à rapprocher de la situation d’al-Andalus au lendemain de la conquête musulmane : on y a constaté l’abondance des toponymes en qal‘a, associés systématiquement à des noms de personnes, probablement des chefs militaires arabes. Ces toponymes se rencontrent principalement sur les principales voies de communication, d’où on peut engager un déploiement rapide en cas de besoin (Manzano Moreno, 2006 : 66). Cette qal‘a Busr constitue en fait l’un des deux noyaux de la ville de Majjâna, sur laquelle on va revenir.
Ruines romaine de l’antique de Tebessa dans le Constantinois en Algerie, al-Mâlikî, nous dit que  le général Omeyyade Ḥassân ibn al-Nu‘mân al-Ghassani en partance pour combattre la berbère Kâhina, passe par Madjjâna, à  50 km au nord de Tébessa, il campe devant un fort encore non conquis par les arabes , à l’arrivée du chef Omeyyade, les Byzantins se réfugie , poussant Ḥassân ibn Numan al-Ghassani à continuer son avancée sans la prendre (al-Mâlikî : t. 1, 50 et Ibn Nâjî : t. 1, 61), quand Ḥassân ibn Numan al-Ghassani est à la poursuite de la Kâhina, fuyant vers les Aurès il fait escale à Qal‘at Busr pour s’y retrancher, mais trouve le fort en état de ruine (al-Mâlikî : t. 1, 54).  Le nom de, Busr, a été souvent mal orthographié  dans les ouvrages relatifs a ces événements il s’agit d’un protagoniste de la conquête arabe omeyyade de l’ifriqiya,  c’est un sahabi du nom  Abû ‘Abd al-Raḥmân Busr ibn  Abî Arṭa’a, radi Allah anhu infatigable partisan du clan omeyyade, il combattit avec Mu‘âwi’ya radi Allah anhu à Ṣiffîn et participa ensuite à la conquête de l’Égypte et de l’Ifrîqiya. Il mourut au Bilad al-Sham , sous le règne de Mu‘âwiya radi Allah anhu a, ou bien du vivant de ‘Abd al-Malik ibn  Marwân (puisse  Allah lui faire miséricorde) selon une autre version (al-Mâlikî : t. 1, 85 et Ibn Nâjî : t. 1, 157-159). Selon al-Bakrî, Busr aurait conquis la qal‘a qui porte son nom, sous le commandement et sur l’ordre de Mûsâ ibn  Nuṣayr al-Lakhmi (al-Bakrî : 145).
L’association de ce personnage, qui aurait participé à la conquête arabe, au terme qal‘a, pour former ce toponyme, pourrait suggérer déjà l’existence d’une première installation islamique immédiatement consécutive à la conquête Omeyyade et la construction d ‘une mosquée. Ce lieu fortifié aurait ainsi servi de base à une garnison  arabe chargée de veiller au contrôle d’une importante zone de passage, située sur l’antique route reliant Carthage à Théveste (Tebessa). Ce cas est à rapprocher de la situation d’al-Andalus au lendemain de la conquête musulmane : on y a constaté l’abondance des toponymes en qal‘a, associés systématiquement à des noms de personnes, probablement des chefs militaires arabes.

Les indigènes ajoutèrent qu’elle était hautement considérée et que, elle morte, les Berbères n’offriraient plus aucune résistance.

H’assân marcha donc contre la Kâhina qui, le voyant s’approcher et croyant qu’il en voulait aux places fortes, démantela Bâghâya;[42] mais cela ne suffisait pas au général musulman, qui poursuivit sa marche en avant et lui livra bataille près de la rivière Nîni.[43]

A la suite d’une lutte plus acharnée qu’on n’eût jamais vu, les musulmans battus perdirent un grand nombre des leurs et H’assân dut s’enfuir.

Quantité d’entre eux furent faits prisonniers, mais la Kâhina les rendit à la liberté, en gardant cependant près d’elle et adoptant Khâlid ben Yezîd al-K’aysi, homme distingué par sa naissance et sa bravoure.

Le calife omeyyade  Abd al-Malik ibn Marwan dépeint sur une dinar avant la réforme monétaire qu'il  réalisera
Le calife omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan -685-705) dépeint sur un dinar avant la réforme monétaire qu’il réalisera.

H’assân évacua l’Ifrîkiyya, puis écrivit ce qui lui était arrivé à ‘Abd el-Melik le calife Omeyyade, qui lui enjoignit de rester, jusqu’à nouvel ordre, où il était. C’est ainsi que ce chef demeura pendant cinq ans dans la province de Bark’a, à un endroit qui reçut le nom, encore existant, de K’oçoûr H’assân

De son côté, la Kâhina, devenue maîtresse de toute l’Ifrîkiyya, y commit des actes de mauvaise administration, de tyrannie et d’injustice.

Jalula fut la première étape sur la route qui partait de Kairouan vers le Nord-ouest pour atteindre Buna en Algérie

Alors ‘Abd el-Melik  ibn Marwan envoya à son lieutenant des troupes et de l’argent pour rentrer en Ifrîkiyya et y combattre la Kâhina.

H’assân envoya secrètement à Khâlid ben Yezîd, qui était auprès de cette princesse, un messager porteur d’une lettre où il lui demandait des renseignements, et Khâlid répondit par un billet exposant la désunion des Berbères et indiquant à H’assân la nécessité d’une action prompte; puis il le cacha dans un pain cuit sous la cendre et qu’il remit à l’émissaire.

Celui-ci s’éloignait quand la Kâhina sortit, les cheveux épars, en s’écriant :

« Votre puissance s’en va dans ce qu’on mange ! »

Le messager fut vainement fouillé et put rejoindre H’assân, mais le feu [qui avait cuit la galette encore chaude] avait détruit le billet.

Il retourna de nouveau auprès de Khâlid, qui récrivit les mêmes renseignements que la première fois, qu’on dissimula dans le pommeau de la selle.

En apprenant que H’assân se mettait en marche, la Kâhina dit :

« Les Arabes recherchent dans un pays l’or et l’argent, tandis que nous ne demandons que des champs et des pâturages ; notre seule ressource est de ravager l’Ifrîkiyya pour les en dégoûter ».

Elle envoya donc ses partisans partout pour ravager le pays, ruiner les places fortes et enlever les biens des habitants.

Telle fut la première mise à sac de l’Ifrîkiyya.[44]

Byzantin, AD 610-13, de Carthage omeyyade

A l’approche de H’assân, de nombreux Roûm habitant cette région se portèrent à sa rencontre pour demander son aide contre la Kâhina et se plaindre de ses procédés, et il se réjouit de cette démarche.

Il se dirigea sur Gabès, dont les habitants lui apportèrent des présents et des offres de soumission, alors qu’auparavant ils avaient toujours résisté aux officiers musulmans ; il leur donna un gouverneur de son choix et s’avança, pour se rapprocher de ses adversaires, vers Gafça, qui se soumit à lui; il étendit également son autorité sur Kastîliya et Nefzâwa.

Oqba Ibn Nafi Al Fihri prend la ville  de Gafsa en 688 mais rencontre une résistance farouche car les Berbères, afariq,  et rum refusent longtemps de se convertir à l'islam. Au xiie siècle, on parle encore latin à Gafsa.
Oqba Ibn Nafi Al Fihri prend la ville de Gafsa (Tunisie) en 688 mais rencontre une résistance farouche car les Berbères, afariq, et rum refusent longtemps de se convertir à l’islam. Au 12eme  siècle, on parle encore latin à Gafsa. 

Quand la Kâhina sut qu’il arrivait, elle appela ses deux fils ainsi que Khâlid ben Yezîd, et leur dit que, elle-même se regardant déjà comme morte, ils n’avaient qu’à aller trouver H’assân pour lui demander de leur laisser la vie sauve.

Ils suivirent ce conseil et restèrent avec lui.

 l’amphithéâtre de Tébessa a fait l’objet, dans les années soixante, de fouilles qui ont mis au jour de nombreux vestiges d’une occupation continue durant la fin de l’Antiquité et au Moyen Âge. Dans les couches postérieures à l’abandon du bâtiment, on a distingué plusieurs niveaux (Lequément, sans date : 199-241) : 251- un habitat installé sur le sol de l’amphithéâtre, à l’intérieur d’un espace fortifié tardoantique. Cet espace fortifié serait lié à une enceinte byzantine plus tardive que la citadelle de 539, et qui comporterait des tours irrégulières. La céramique confirme également une datation de l’époque vandalo-byzantine. 262- un niveau sur la destruction des murs tardifs est constitué d’une couche noire contenant des foyers. La céramique est islamique; l’auteur conclut à un habitat de tentes. 273- un habitat islamique, avec une céramique vernissée bleue-verte à reflets métallisés, ou a vernis blanc ou vert. Une monnaie aghlabide est trouvée également; il en conclut naturellement que le niveau est aghlabide ou plus tardif. 284- un dernier niveau d´habitat qui n’a pas été fouillé car la stratigraphie était bouleversée; d’importants vestiges d’habitat, avec une céramique vernissée; une monnaie fatimide et surtout des inscriptions funéraires en coufique du xiie-xiiie siècle.
L’amphithéâtre de Tébessa a fait l’objet, dans les années soixante, de fouilles qui ont mis au jour de nombreux vestiges d’une occupation continue durant la fin de l’Antiquité et au Moyen Âge. Dans les couches postérieures à l’abandon du bâtiment, on a distingué plusieurs niveaux (Lequément, sans date : 199-241) :
1 -La céramique confirme également une datation de l’époque vandalo-byzantine.
2- un niveau sur la destruction des murs tardifs est constitué d’une couche noire contenant des foyers. La céramique est islamique; l’auteur conclut à un habitat de tentes.(Omeyyade)
3- un habitat islamique, avec une céramique vernissée bleue-verte à reflets métallisés, ou a vernis blanc ou vert. Une monnaie aghlabide est trouvée également; il en conclut naturellement que le niveau est aghlabide ou plus tardif. (abbasside)
4- un dernier niveau d´habitat qui n’a pas été fouillé car la stratigraphie était bouleversée; d’importants vestiges d’habitat, avec une céramique vernissée; une monnaie fatimide et surtout des inscriptions funéraires en coufique du xiie-xiiie siècle.(fatmides,zirides etc.) (sources)

H’assân livra alors à cette princesse une bataille si acharnée qu’elle semblait être la fin de tout ; les morts jonchèrent le terrain, mais Dieu donna la victoire aux siens, et les Berbères durent prendre la fuite, de même que la Kâhina, qui fut poursuivie et massacrée.

Les vaincus sollicitèrent leur grâce de H’assân, qui la leur accorda, à condition qu’ils fourniraient aux musulmans, pour faire avec eux la guerre sainte, un corps de 12.000 hommes, auquel il donna pour commandants les deux fils de la Kâhina.

Bir al-Ater en Algérie (Ifriqiya), lieu présumé de l’exécution d'al-Kahina
Bir al-Ater en Algérie (Ifriqiya), lieu présumé de l’exécution d’al-Kahina 

L’Islam se propagea chez les Berbères, et en ramadan de cette année H’assân retourna à K’ayrawân, où il resta sans plus avoir de luttes à soutenir jusqu’à la mort d’’Abd el-Malik ibn Marwan.

El-Welîd ben ‘Abd el-Melik, étant monté sur le trône des Omeyyades, nomma son oncle, ‘Abd Allah ben Merwân, gouverneur d’Ifrîkiyya, en remplacement de H’assân, puis en 89 (30 novembre 707), comme nous le dirons, Moûsa ben Noçayr.

) La Mosquée Al Zaytuna de Tunis en Tunisie (709) fut construite par le célèbre général omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani qui vainquis les Rums et l’armée de la  » al-Kahina  »fondé par le général arabe Rattachée au malékisme2, elle est le sanctuaire le plus ancien et le plus vaste de la capitale de la Tunisie. Érigée sur une superficie de quelque 5 000 m2, la mosquée est dotée de neuf entrées2 et possède 184 colonnes antiques provenant essentiellement du site de Carthage. La mosquée a longtemps constitué un poste défensif tourné vers la mer, deux tours de contrôle subsistant dans les angles nord-est et sud-est du bâtiment
La Mosquée Al Zaytuna de Tunis en Tunisie (700) fut construite par le célèbre général omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani qui vainquis les Rums et l’armée de la » al-Kahina »
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D’après Wâk’idi, la Kâhina se révolta par suite de l’indignation qu’elle ressentit de la mort de Koseyla, puis devenue maîtresse de l’Ifrîkiyya entière, elle y commit des actes infâmes et des injustices sans nom ; les musulmans de K’ayrawân eurent, après la mort de Zoheyr ben K’ays al-Balawi en 67 (27 juillet 686), à subir les pires traitements.

Ruines de Kasr El Kahina KHENCHELA , Algérie .
Ruines de Kasr al Kahina KHENCHELA , Algérie .

Alors ‘Abd el-Melik nomma gouverneur d’Ifrîkiyya H’assân ben en-No’mân al-Ghassani, qui, à la tête de forces considérables, livra à la Kâhina une bataille où les musulmans, vaincus, subirent de grandes pertes.

Les toits de la médina de Tunis au début du XXe siècle  fondé par le général arabe du califat omeyyade hasan ibn Numan al Ghassani en 698
Les toits de la médina de Tunis au début du 20eme  siècle fondé par le général arabe du califat omeyyade Hassan ibn Numan al Ghassani en 698, lors de la chute de Carthage.

H’assân alors se retira dans la province de Bark’a et y resta jusqu’en 74 (12 mai 693), où, d’après les ordres d’Abd. el-Melik le calife Omeyyade et avec les troupes que lui envoya le khalife, il marcha de nouveau contre la Kâhina, qu’il vainquit et tua, elle et ses enfants ; après quoi, il retourna à K’ayrawân.

On dit aussi que, sitôt après avoir tué la Kâhina, il se rendit auprès d’ ‘Abd el-Melik, en laissant pour lieutenant en Ifrîkiyya Aboû Çâlih’, celui qui a donné son nom au Fahç (Aboû) Sâlih’.[45]

Inscriptions retrouvé à El Djem (Tunisie) de l'époque d'Al-Kahina et de Hassan ibn Numan al-Ghassani puisse Allah lui faire miséricorde, mêlant de l'arabe et d'autres  alphabet....
Inscriptions retrouvé à El Djem (Tunisie) de l’époque d’Al-Kahina et de Hassan ibn Numan al-Ghassani puisse Allah lui faire miséricorde, mêlant de l’arabe et d’autres alphabet….DEUXIÈME INSCRIPTION. Celle-ci est évidemment arabe et l’incertitude de sa lecture ne tient qu’à la grossièreté des caractères et aux impressions des balles arabes qui se confondent avec les points diacritiques. Cependant il est possible d’y lire une formule arabe assez commune : fait par… Quant au nom propre, ce parait être Ben Abd Allah Djenin, ou Djebir ou Djenber, etc.
El-Djem, Tunisie
El-Djem ou al-Qasr al-Kahina selon certain, Tunisie

notes :

[34] Le texte orthographie Memch ; le Merâcid épelle ce nom, que l’on retrouve ailleurs sous sa forme correcte (Berbères, I, 337 ; Bekri, 325).

[35] L’alinéa qui suit se trouve dans la Biblioteca arabo-sicula d’Amari (trad. I, 355). (Bibliothèque arabo-sicilienne)

[36] Ces événements sont racontés de la même manière dans le Bayân (I, 17) et dans les Berbères (I, 338).

[37] Il s’agit de l’homme énergique et remarquable qui se fit proclamer khalife Omeyyade à la Mekke et périt en 73 de l’hégire; voir le mémoire d’E. Quatremère, Journ. as., 1832, I, 289. Abd al-Malik ibn Marwan 685-705 Damas, Syrie.

[38] D’autres disent en 69 ou en 78 {Berbères, I, 339).

[39] Ce commencement de chapitre figure dans la Biblioteca (I, 355).

[40] Çat’foûra ou Sat’foûra est la région maritime au nord de Tunis (Edrisi, p. 133 ; Fournel, I, p. 212).

[41] Sur la Kâhina, voir notamment le Bayân, I, 20 ; Fournel, I, 215 ; Hist. des Berbères, I, 213 et 340 ; m, 192 ; Tidjâni, ap. Joum. as., 1852, II, 118 ; Bekri, etc.

[42] Forteresse située à l’extrémité N.-E. de l’Aurès en Algérieet dont le nom-revient fréquemment dans le récit des combats qui se sont livrés dans cette région (Bekri, 121 et 322 ; Edrisi, 121, etc.).

[43] A quatre lieues N.-E. de Bâghâya Algerie, (H. des Berb., table géogr.).

[44] Sur la conquête de Tunis, que fit H’assân vers cette époque, voir Bekri, p. 91.

[45] On retrouvera plus loin (t. VIII, p. 317 du texte) ce nom sous la forme correcte Fah’ç Aboû Sâlih, de meme que dans le Bayân (I, 88 et 238). Cette localité est « encore connue de nos jours et proche de Zaghwân  en Tunisie», à ce que nous apprend Ibn Aboû Dinar Kayrawâni (texte p. 55 ; les traducteurs ont, selon leur habitude, défiguré ce nom en Fahs Aboû Tâlib).

Traduction française de ibn al-Athir du kitab «Al-Kamil fi al-Tarikh »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade

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