Gouvernement Fihride en Ifrîkiyya 745-755 et en Andalousie 747-756 et fin du pouvoir Omeyyade

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Vue sur la médina de Tunis, ville fondé par le général Ghassanide  Omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani (puisse Allah lui faire miséricorde) lors de la chute de Carthage en 698
Vue sur la médina de Tunis, ville fondé par le général Ghassanide Omeyyade Hassan ibn Numan al-Ghassani (puisse Allah lui faire miséricorde) lors de la chute de Carthage en 698

Gouvernement d’’Abd er-Rah’mân ben H’abîb le Fihride en Ifrîkiyya 745-755.

‘Abd er-Rah’mân ben H’âbîb ben Abou ‘Obeyda ben ‘Ok’ba ben Nâfi’le fihride s’était enfui en Espagne quand son père et Kolthoûm ben ‘Iyâd’ furent tués, comme on l’a vu, en 122 (6 déc. 739) ; il voulait, mais il n’y réussit pas, se rendre maître de ce pays.

En effet, H’anz’ala ben Çafwàn étant devenu gouverneur d’Ifrîkiyya, ce que nous avons dit plus haut, envoya  Abou’l-Khat’t’âr gouverner l’Espagne, et ‘Abd er-Rah’mân, qui le redoutait ; dut renoncer à ses espérances et regagner l’Ifrîkiyya.

101Ifriqiya dinar omeyyade 100

Arrivé à Tunis en djomâda I 126 (19 fév. 744), alors qu’El-Welîd ben Yezîd ben ‘Abd el-Melik était déjà khalife en Syrie, il adressa à la population un appel qui fut entendu, et marcha avec ses partisans sur Kayrawân.[82]

Les habitants de cette ville voulaient l’attaquer, mais Hanz’ala, qui croyait qu’il ne fallait combattre que les infidèles ou les hérétiques, s’y opposa, et lui envoya une députation composée des principaux de la ville et des chefs de tribus pour l’exhorter à rentrer dans l’obéissance.

Guerriers Arabes Omeyyades  1 2 3 4 5 6

« L’armée arabe d’Ifrîqiya était à l’origine composée de soldats d’Egypte, puis elle s’ouvrit, sous Hassan  ibn Numan al-Ghassani et Mûsâ ibn Nusayr a-Lakhmi aux Berbères parmi lesquels elle recruta des contingents d’auxiliaires (Hakam, p. 271 ; Bayân, p. 38 ; Ibn al-Raqîq, p. 64 ; Ma’âlim al-Imân, I, p. 61.) Avec l’avènement des Abbassides, la structure ethnique de l’armée changea notablement. En 144, 40 000 hommes accompagnèrent Ibn al-Ash’ath et en 155, de 50 à 60 000 nommes vinrent avec Yazîd ibn Hâtim (Ibn al-Athîr, Kâmil, V, p. 33). Ces nouveaux apports contenaient une proportion notable d’Arabes, mais la grosse majorité était composée de Khurâsâniens (et arabe-khorassani). L’ancienne armée omayyade fut probablement démobilisée et fixée à la terre dans le nord et le nord-est du pays (Ifriqiya) pendant que la nouvelle armée se professionnalisait, ce qui se soldera à la fin de notre période par des séditions militaires de plus en plus fréquentes. » source : Djait Hichem. L’Afrique arabe au VIIIe siècle (86-184 H./705-800). In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28e année, N. 3, 1973. pp. 601-621.

Mais ‘Abd er-Rah’mân le fihride se saisissant de leurs personnes entra avec eux à Kayrawân, en menaçant les habitants, si une pierre seulement lui était lancée, de massacrer tous ceux qu’il détenait comme otages. Aussi ne lui fit-on aucune résistance.

Hanz’ala se retira alors en Syrie, et ‘Abd er-Rah’mân devint ainsi, en 127 (12 oct. 744), maître de Kayrawân et de toute l’Ifrîkiyya.

Mais, en se retirant, Hanz’ala invoqua le ciel contre celui qui le supplantait et contre les habitants du pays : sa prière fut exaucée, et pendant sept ans la peste et des épidémies sévirent presque sans interruption, tandis que d’autre part des Arabes et des Berbères s’insurgeaient contre ‘Abd er-Rah’mân, qui fut ensuite tué.

Poids étalon omeyyade fihride de Mila en Algérie
Source : al-Qantara

Parmi ces insurgés on compte ‘Orwa ben el-Welîd[83] Çadefi, qui s’empara de Tunis, et Abou Attâf ‘Imrân ben ‘Attâf Azdi, qui s’installa à Teyfâch ; [84] les Berbères se soulevèrent dans les montagnes, et Thâbit[85] le Çanhâdjien se révolta à Bâdja et s’en rendit maître.

‘Abd er-Rah’mân le fihride fit alors venir son frère Elyâs, à qui il confia six cents cavaliers avec les instructions suivantes : « Avance-toi jusqu’à proximité de l’armée d’’Aboû ‘At’t’âf Azdi, et quand elle t’aura vu, éloigne-toi dans la direction de Tunis comme si tu y allais combattre ‘Orwa ben el-Welîd ; puis quand tu auras atteint tel endroit, tu y resteras à attendre mes ordres écrits sur ce que tu auras à faire. »

La citadelle Omeyyade de Mila jouxtant la mosquée au nord de Constantine en Algérie.  Dans les villes de garnison arabe (Omeyyade et Abbasside) comme à Mila, Tobna, Tehuda, ou Bâghây (dans l'actuelle Algerie), des contingents arabe (jund) étais établi pour la sécurisation et s'établir dans les villes. Le contrôle dans les premier temps de l'Islam du pouvoir Islamique en Algérie par exemple, après les mosquées de Mila ou de Sidi Okba , apparaît par exemple dans une trouvaille faite dans ver 1930, près de Ouenza (wilaya de Tebessa, Algerie), d’un poids de pièce en verre omeyyade  portant une inscription arabe précisant qu’il a été fait en l'an 127 de l'Hégire (745 Jc)  par l'émir omeyyade Ma'sal ibn Ḥammâd, wâlî de Mîla, sur ordre du gouverneur semi-indépendant de Kairouan ‘Abd al-Raḥmân ibn Ḥabîb al-Fihri (le Fihride) (Marçais et Lévi-Provençal, 1937).
La citadelle Omeyyade (dar al imara) de Mila jouxtant la mosquée au nord de Constantine en Algérie. Dans les villes de garnison arabe (Omeyyade et Abbasside) comme à Mila, (ou d’autres place fortes), des contingents arabe (jund) étais établi pour la sécurisation  des villes dans les nouvelles bases ou dans les anciens forts byzantins devenue ribat musulman. Le contrôle dans les premier temps de l’Islam du pouvoir Islamique en Algérie par exemple, après les mosquées de Mila ou de Sidi Okba ou dans les sites romains comme à Tebessa , apparaît par exemple dans une trouvaille faite ver 1930, près de Ouenza (wilaya de Tebessa), d’un poids de pièce en verre omeyyade portant une inscription arabe précisant qu’il a été fait en l’an 127 de l’Hégire (745 Jc) par l’émir omeyyade Ma’sal ibn Ḥammâd, wâlî de Mîla, sur ordre du gouverneur semi-indépendant de Kairouan   ‘Abd al-Raḥmân ibn Ḥabîb al-Fihri (Marçais et Lévi-Provençal, 1937).

Après le départ d’’Elyâs, ‘Abd er-Rah’mân le fihride fit venir le messager dont il avait parlé à son frère et lui remit une lettre en lui disant :

« Rends-toi à l’armée d’’Aboû ‘At’t’âf, qui se préparera au combat à l’approche d’Elyâs ; mais le départ de celui-ci tranquillisera nos ennemis et leur fera déposer les armes ; c’est à ce moment que tu te rendras auprès de lui pour lui remettre ma lettre. »

Le messager obéit, et les choses se passèrent selon les prévisions : quand Elyâs s’éloigna  dans la direction de Tunis, les rebelles se tranquillisèrent :

« Le voilà, se dirent-ils, entre les deux mâchoires du lion, nous de ce côté et les Tunisiens de l’autre » ; et ils formèrent le projet de le poursuivre.

Comme notre homme les vit bien confiants, il alla remettre à Elyâs la lettre dont il était porteur et qui contenait ces mots :

« Les rebelles se croient en sûreté ; tombe sur eux pendant qu’ils ne sont pas sur leurs gardes ! »

Elyâs le fihride, revenant sur ses pas, tomba sur ces gens sans méfiance avant, même qu’ils pussent s’armer et les massacra, eux et leur chef Aboû ‘At’t’âf, en l’an 130 (10 sept. 747). Il informa de cet heureux événement son frère ‘Abd er-Rah’mân, qui lui écrivit de marcher sur Tunis, dont les habitants le prendraient pour Aboû ‘At’t’âf, ce qui lui faciliterait la victoire.

fihrides

L’événement justifia cette prévision : ‘Orwa ben el-Welîd, surpris au bain par l’arrivée d’Elyâs, n’eut pas le temps de se vêtir et se jeta sur son cheval sans autre vêtement que la serviette avec laquelle il s’essuyait.

Comme il prenait la fuite, Elyâs lui cria : « O champion des Arabes ! » ce qui lui fit faire demi-tour, et Elyâs le blessa, mais ‘Orwa étreignit son ennemi, et tous deux tombèrent. ‘Orwa allait avoir le dessus quand il fut tué par un client de son adversaire ; sa tête fut coupée et envoyée à ‘Abd er-Rah’mân.

Elyâs s’étant fixé à Tunis, deux hommes se révoltèrent à Tripoli, ‘Abd el-Djebbâr et El-Hârith, qui commirent de nombreux massacres dans cette ville.

Les murs de la Medina Qadima de Tripoli en Libye reconstruit sous les Omeyyade par Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, 745-755. de la dynastie locale des Fihrides
Les murs de la Medina Qadima  (la vieille ville) de Tripoli en Libye furent reconstruit à la fin de la dynastie des Omeyyades en 747 -748  plus exactement par  l’émir Abd al-Rahman ibn Habib al-Fihri, 745-755, de la dynastie locale des Fihrides d’ifriqiya, Tunisie, Tripolitaine et Constantinois. 

‘Abd er-Rah’mân le Fihride marcha en 131 (30 août 748) contre ces deux hérétiques ibâdites et les tua.[86]

Dans sa lutte contre les Berbères, il employa les troupes du djond.[87]

En 132 (19 août 749) il reconstruisit les remparts de Tripoli, puis retourna à Kayrawân.

Tilimsan fals omeyyade

En 135 (17 juill. 752) il fit une expédition contre Tlemcen, où il y avait beaucoup de Berbères, et les vainquit.

Il envoya en Sicile une flotte qui y fit beaucoup de butin ; il en dirigea une autre sur la Sardaigne, d’où l’on ramena aussi du butin après avoir massacré les Roûm qui y habitaient.[88]

Il conquit tout le Maghreb sans que ses troupes subissent d’échec.

An Umayyad glass vessel Stamp, dated AH 129AD 746, in the names of Caliph Marwan II (AH 127-132 AD 744-750) and Zamil b. 'Amr (Finance Director of the Oasis of Damascus) Syria

Fin des Omeyyades et début des Abbassides

Merwân II ben Mohammed, en qui finit la dynastie Omeyyade, fut mis à mort pendant le gouvernement d’’Abd er-Rah’mân al-Fihri  en Ifrîkiyya, et ce chef reconnut Es-Seffâh'[89] et proclama le nom des Abbassides dans la khotba (prône).

Plus tard, [P. 238] des Omeyyades se rendirent auprès de lui, et il épousa, de même que ses frères, des femmes de cette famille.

Parmi ces réfugiés figuraient El-‘Aci[90] et ‘Abd el-Mou’min, fils l’un et l’autre d’El-Welid ben Yezîd ben ‘Abd el-Melik, et qui furent livrés à la mort par ‘Abd er-Rah’mân al-Fihri, contre qui, d’après ce qu’on rapporta à celui-ci, ils nourrissaient de mauvais desseins.

Alors leur cousine paternelle, qui était devenue la femme d’Elyâs, frère d’’Abd er-Rah’mân, tint à son mari les propos que voici :

« Ton frère a tué mes parents tes alliés, sans avoir égard au lien qui nous unissait et montrant ainsi le mépris qu’il a pour toi, la vaillante épée dont il se sert ; quand tu remportes une victoire, il l’annonce aux khalifes en l’attribuant à son fils H’abîb, qu’il a désigné., au lieu de toi, pour son héritier.»

Ces excitations incessantes agirent sur lui, et il organisa un complot contre son frère.

Vêtement noir abbasside Titre / dénomination : Tunique abbasside Lieu de production : Egypte Lieu de découverte : Acquise en Égypte par H.H. Abdul–Wahab qui en fit don au musée du Bardo en 1952 Date / période : IXe- début Xe siècle (Abbasside) Matériaux et techniques : Lin, laine, tissés et brodés Dimensions : Largueur à la taille : 50 cm; Hauteur : 65 cm; Manches : 17 cm×41 cm Ville de conservation : Tunis Lieu de conservation : Musée National du Bardo Numéro d'inventaire : A 6 Bis Inscription : Inscription, langue d'origine : inscription pieuse en kufique angulaire, très altérée et peu lisible, brodée en soie : "barakatun da'imatun …al mulk lillah"  بركة دائمة ...الملك لله: “Bénédiction durable (…) la souveraineté est à Dieu”.
Vêtement noir abbasside produit en Egypte au 9eme siècle, 
offert  par H.H. Abdul–Wahab  au musée du Bardo de Tunis  en Tunisie en 1952
Inscription :
 inscription pieuse en kufique angulaire, très altérée et peu lisible, brodée en soie : « barakatun da’imatun …al mulk lillah » بركة دائمة …الملك لله: “Bénédiction durable (…) la souveraineté est à Dieu”. source al-Qantara

Es-Seffâh’ étant alors venu à mourir fut remplacé, sur le trône des khalifes par El-Mançoûr, qui confirma ‘Abd er-Rah’mân dans son gouvernement et lui envoya, dès le début de son règne, une robe d’honneur de couleur noire, la première que l’on vit en Ifrîkiyya.

‘Abd er-Rah’mân la revêtit et lui envoya des présents avec une lettre disant :

« L’Ifrîkiyya est maintenant entièrement musulmane, et l’on a cessé d’y faire des esclaves et de prélever (des contributions supplémentaires) ; il ne faut donc pas me demander de ces dernières. »

Ce message irrita El-Mançoûr, qui y répondit par une lettre de menaces. ‘Abd er-Rah’mân proclama alors la déchéance en Ifrîkiyya du khalife, et montant en chaire il mit en pièces la robe d’honneur qui lui avait été envoyée.[91]

dirham abbasside al mansur

Cette affaire entre autres servit la cause d’Elyâs, qui se mit d’accord avec plusieurs des chefs de Kayrawân pour tuer son frère, se faire proclamer gouverneur et reconnaître de nouveau l’autorité d’El-Mançoûr.

‘Abd er-Rah’mân le fihride, quand il apprit ce qui se tramait, ordonna à Elyâs de se rendre à Tunis ; celui-ci commença ses préparatifs, puis, sous prétexte de lui faire ses adieux, il pénétra avec son autre frère’ Abd el-Wârith chez ‘Abd er-Rah’mân le fihride, qu’ils massacrèrent en doû’l-hiddja 137 (mai-juin 755).

Son gouvernement en Ifrîkiyya avait duré dix ans et sept mois.

Cela fait, le meurtrier fit fermer les portes du palais pour s’emparer de H’abîb ben ‘Abd er-Rah’mân  le fihride; mais celui-ci put s’enfuir à Tunis auprès de son oncle paternel ‘Imrân ben H’abîb, à qui il apprit ce qui venait de se passer.

Elyâs le fihride marcha contre eux et engagea les hostilités, qui ne durèrent pas : un accord fut conclu en 138 (15 juin 755), aux termes duquel H’abîb garderait Gafça, Kastîliya et Nefzâwa, ‘Imrân régnerait à Tunis, à Çatfoûra et dans la péninsule (de Bâchoû), tandis qu’Elyâs garderait le reste de l’Ifrîkiyya.

[P. 239] A la suite de cet arrangement, H’abîb regagna son gouvernement, pendant qu’Elyâs se rendait à Tunis avec ‘Imrân ; mais celui-ci tomba victime des embûches de son frère, qui se rendit maître de Tunis et qui, après y avoir fait mettre à mort plusieurs nobles arabes, retourna à Kayrawân.

Tunis Bab Souika, 1899
Tunis Bab Souika, 1899

Après s’y être installé, il fit porter à El-Mançoûr ses promesses de soumission par une ambassade où figurait entre autres ‘Abd er-Rah’mân ben Ziyâd ben An’am, kâdi d’Ifrîkiyya.

H’abîb le fihride  s’étant ensuite rendu à Tunis et s’en étant emparé, Elyâs marcha contre lui ; mais, après un combat sans importance, H’abîb abandonna ses tentes quand la nuit fut entièrement tombée, et se rendit avec une petite troupe de cavaliers à Kayrawân, où il fit ouvrir les portes des prisons et augmenta ainsi beaucoup ses forces.

Elyâs  le fihride se mit à sa poursuite, mais fut abandonné par la plupart des siens, qui allèrent grossir l’armée de son neveu.

Les deux armées en vinrent aux mains, mais la trahison se mit dans les compagnons d’’Elyâs.

Alors H’abîb le fihride, s’avançant, cria à son oncle :

« Pourquoi faire tuer nos partisans et nos amis dévoués ? Engageons un combat singulier dont le résultat laissera : dorénavant tranquille le vainqueur quel qu’il soit !»

Après quelque hésitation, Elyâs s’avança contre lui, et un duel acharné s’ensuivit : les deux adversaires brisèrent d’abord leurs lances, puis leurs sabres, mais H’abîb, se précipitant alors sur Elyâs, le tua. Il entra ensuite à Kayrawân, en 138.

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La grande mosquée  du compagnon Okba ibn Nafi  al-Fohri radi Allah anhu de Kairouan vue de nuit, Tunisie.

Les frères d’Elyâs le fihride se réfugièrent alors auprès de la tribu berbère des Ourfeddjoûma, qui leur accorda sa protection.

H’abîb le fihride  qui alla, les combattre, fut mis en fuite et regagna Gabès.

Cette affaire augmenta le prestige des Ourfeddjoûma, à qui se rallièrent les autres Berbères, ainsi que les hérétiques (khawâridj).

Le chef de cette tribu, ‘Açim ben Djemîl, se prétendait prophète et devin ; il introduisit des changements dans la religion, fit des additions dans la prière, et fit disparaître le nom du Prophète dans la formule d’appel à la prière.

Il organisa les Arabes qui se trouvaient auprès de lui à l’effet de marcher sur Kayrawân, et des députés envoyés par un groupe d’habitants de cette ville l’invitèrent à y venir, après avoir exigé de lui des actes par lesquels il s’engageait à les protéger et respecter, et à reconnaître l’autorité d’El-Mançoûr.

Bannière du Califat Abbasside de Baghdad
Bannière du Califat Abbasside de Baghdad

‘Açim s’avança alors à la tête des Berbères et des Arabes, mais quand il fut près de la ville les habitants en sortirent et l’attaquèrent.

Ils furent battus, et ce chef pénétra avec ses troupes à Kayrawân, où les Ourfeddjoûma commirent toutes les horreurs : ils réduisirent en captivité  les femmes et les enfants, attachèrent leurs montures dans la grande mosquée et y commirent des dégâts.

‘Açim se mit ensuite à la poursuite de H’abîb, qui était alors à Gabès ; il l’atteignit et le battit, de sorte que ce prince se réfugia dans le mont Aurès, où il trouva un refuge et où les habitants lui accordèrent leur protection.

‘Açim voulut l’y poursuivre, mais il fut battu et tué, lui et la plupart des siens.

H’abîb, qui marcha ensuite sur Kayrawân, trouva sur sa route ‘Abd el-Melik ben Abou’l-Dja’d, [92] qui avait remplacé ‘Açim comme chef des Ourfeddjoûma.

La rencontre fut fatale à H’abîb, qui fut battu et qui y trouva la mort avec plusieurs des siens en moharrem 140 (mai-juin 757). Son gouvernement en Ifrîkiyya avait duré trois ans, [93] celui de son père ‘Abd er-Rah’mân ben H’abîb dix ans et quelques mois, celui de son oncle Elyâs un an et six mois.[94]

Vue Aérienne de Kairouan . "Les rues convergeaient vers des places appelées Rahba, telles celles de Qurayshites et des Ansâr. Un peu partout, disséminés à l'intérieur de la ville, se trouvaient des marchés et des mosquées de quartier. Les sources nous citent le souk des Banû Hâshim, celui d'al-Ahad, le souk des Juifs, de Dâral- Imâra et le souk al-dharb. Les mosquées de quartier sont soit des mosquées de clan, soit des mosquées privées prolongeant la demeure (dâr) de tel ou tel personnage. Les chroniqueurs en comptent sept de ce dernier type, datant du Ier siècle : mosquée des Ansâr, mosquée de la Zitûna fondée par Ismâ'il ibn {Obayd al-Ansârî surnommé le « commerçant de Dieu » pour ses actions pieuses (93 H.), mosquée de Abu Maysara, mosquée de Abu cAbd-ar-Rahmân al-Hablî dans le quartier de Azhar (100 H.), la mosquée de Hanash as-Saneânî (à Bâb al-Rîh ou porte du Vent) , celle de ' АИ ibn Riyâh al-Lakhmî, mosquée du Samedi." source:Djait Hichem. L'Afrique arabe au VIIIe siècle (86-184 H./705-800). In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28e année, N. 3, 1973. pp. 601-621.
Vue Aérienne de Kairouan en Tunisie . « Les rues convergeaient vers des places appelées Rahba, telles celles des Qurayshites et des Ansâr. Un peu partout, disséminés à l’intérieur de la ville, se trouvaient des marchés et des mosquées de quartier. Les sources nous citent le souk des Banû Hâshim, celui d’al-Ahad, le souk des Juifs, de Dâral- Imâra et le souk al-dharb. Les mosquées de quartier sont soit des mosquées de clan, soit des mosquées privées prolongeant la demeure (dâr) de tel ou tel personnage. Les chroniqueurs en comptent sept de ce dernier type, datant du Ier siècle : mosquée des Ansâr, mosquée de la Zitûna fondée par Ismâ’il ibn {Obayd al-Ansârî surnommé le « commerçant de Dieu » pour ses actions pieuses (93 H.), mosquée de Abu Maysara, mosquée de Abu cAbd-ar-Rahmân al-Hablî dans le quartier de Azhar (100 H.), la mosquée de Hanash as-Saneânî (à Bâb al-Rîh ou porte du Vent) , celle de ‘ АИ ibn Riyâh al-Lakhmî, mosquée du Samedi. » source: Djait Hichem. L’Afrique arabe au VIIIe siècle (86-184 H./705-800). In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 28e année, N. 3, 1973. pp. 601-621.

Expulsion des berbères Ourfeddjoûma de Kayrawân

Après avoir tué H’abîb ben ‘Abd er-Rah’mân le fihride, ‘Abd el-Melik ben Abou’l-Dja’d (Khawâridj) rentra à Kayrawân et y pratiqua le même système qu’Açim en fait de désordres, d’injustice, d’irréligion, etc., si bien que les habitants désertèrent cette ville.

Or, il arriva qu’un Ibâdite, appelé à Kayrawân par ses affaires, vit des Ourfeddjoûmites prendre de force, sous les yeux du peuple, une femme qu’ils emmenèrent dans la grande mosquée. Sans plus songera ses affaires, il alla trouver Abou’l-Khat’t’âb ‘Abd el-A’labenes-Samh’ Ma’âferi, qui, au récit de ce fait, sortit de chez lui en s’écriant :

« Me voici, Seigneur Dieu ! me voici ! »

De toutes parts ses compagnons affluèrent, et il marcha sur Tripoli, soutenu par les Ibâdites, les hérétiques (Khawâridj) et autres.

Il battit une armée envoyée contre lui par ‘Abd el-Melik et s’avança sur Kayrawân, d’où (les berbères) Ourfeddjoûma sortirent pour lui livrer bataille. Après un combat acharné, les habitants de Kayrawân, qui combattaient avec les Berbères, furent mis en déroute, et les Ourfeddjoûma les suivirent dans leur fuite.

La mosquée al-Naqah, de la vielle ville de Tripoli en Libye (643 JC) fut construite  par le compagnon et général du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu), lors de la conquête de l'Egypte, Cyrénaïque et Tripolitaine sous le califat rashidun d'Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu), elle est certainement la première mosquée construite en Ifriqiya et dans tout al-Maghreb al-Arabi
La mosquée al-Naqah, de la vielle ville de Tripoli en Libye (643 JC) fut construite par le compagnon et général du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu), lors de la conquête de l’Egypte, Cyrénaïque et Tripolitaine sous le califat rashidun d’Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu)

‘Abd el-Melik fut tué avec nombre des siens, et Abou’l-Khat’t’âb, après avoir massacré une foule de fuyards, en çafar 141 (12 juin 758), retourna à Tripoli, laissant en qualité de lieutenant à Kayrawân ‘Abd er-Rah’mân ben Rostem Fârisi.[95]

[P. 241] En 142 (3 mai 159), Mohammed ben el-Ach’ath Khozâ’i, qui gouvernait l’Egypte au nom d’El-Mançoûr, expédia Abou’l-Ah’waç ‘Omar[96] ben el-Ah’waç ‘Idjli à la tête d’une forte armée Abbasside contre Abou’l-Khat’t’âb installé à Tripoli ; mais ce dernier la battit, [97] et il étendit son pouvoir sur toute l’Ifrîkiyya, tandis que les fuyards rentrèrent en Egypte.

El-Mançoûr l’Abbasside nomma alors émir d’Ifrîkiyya Mohammed ben el-Ach’ath Khozâ’i, qui partit d’Egypte en 143 (21 avril 760) avec 50.000 hommes.[98]

Avec lui le khalife envoya El-Aghlab ben Sâlim Temîmi.

La révolution Abbasside  1 2 3
La révolution Abbasside, (Angus McBride Osprey)
1) Garde arabe Khorassanien
2) Cavalier arabe Khorassanien
3) Cavalier du Ferghana

A la nouvelle de l’approche d’Ibn el-Ach’ath, Abou’l-Khat’t’âb réunit des forces si considérables que son adversaire prit peur.

Mais la discorde se mit entre les Hawwâra et les Zenâta à cause du meurtre commis sur un homme appartenant à cette dernière tribu, laquelle suspecta Abou’l-Khat’t’âb de partialité pour les Hawwâra et par suite l’abandonna en partie.

Ibn el-Ach’ath reprit alors courage, et ce chef s’avança avec lenteur ; puis, feignant qu’un ordre d’El-Mançoûr l’Abbasside lui prescrivait de battre en retraite, il fit demi-tour, et pendant trois jours revint sur ses pas, mais en faisant peu de chemin.

Les espions d’Aboû’l-Khat’t’âb vinrent alors annoncer à celui-ci la retraite de l’ennemi, et cela fut cause que nombre des siens se retirèrent, tandis que ceux qui restaient croyaient n’avoir rien à redouter.

La statue du calife Abbasside Abu Jafar al-Mansur (en Iraq) , fondateur de la ville de Baghdad
La statue du calife Abbasside Abu Jafar al-Mansur (en Iraq) , fondateur de la ville de Baghdad

Alors Ibn el-Ach’ath, se mettant à la tête de ses plus braves soldats, revint à marches forcées sur ses pas et tomba au matin sur Abou’l-Khat’t’âb, qui n’avait pris aucune disposition de combat. Malgré la chaude résistance que présentèrent les hérétiques, Abou’l-Khat’t’âb et presque tous les siens mordirent la poussière en çafar 144.[99]

Ibn el-Açh’ath croyait avoir anéanti tous les hérétiques, mais le Zenâtien Abou Horeyra était encore à la tête de 16.000 hommes, qu’il dut combattre et qu’il tua jusqu’au dernier en 144 (10 avril 761).

Il annonça alors ses succès à El-Mançoûr et procéda à la nomination des gouverneurs des diverses provinces ; il commença la même année à relever les murs de Kayrawân et termina ce travail en 146 (20 mars 763).

Devenu maître de l’Ifrîkiyya, il s’attacha à poursuivre tous les Berbères et autres insoumis ; il fit marcher une armée contre Zawîla et Waddân, [100] qui furent conquises l’une et l’autre ; les Ibâd’ites de Waddân furent égorgés, de même que le chef de cette secte à Zawîla, ‘Abd Allah ben Sinan Ibâdi, et les familles des survivants.

Bourg à l'entrée de la ville de Zawliah en Libye
Bourg à l’entrée de la ville de Zawliah en Libye

Ces procédés inspirèrent une vraie terreur aux malfaiteurs et aux opposants, Berbères ou autres, [P. 242] et tous se soumirent.

Un guerrier appartenant à son djond, Hâchim ben ech-Châh’idj s’étant révolté à Kamoûniya et ayant trouvé de l’appui chez beaucoup de soldats du djond, Ibn el-Ach’ath le fit combattre par un de ses officiers, qui fut tué et dont les troupes prirent la fuite ; alors les officiers mod’arites d’Ibn el-Ach’ath, qui en voulaient à celui-ci de l’hostilité qu’il leur témoignait, ordonnèrent à leurs hommes de se joindre à Hâchim.[101]

Néanmoins celui-ci fut mis en déroute par une seconde armée qu’Ibn el-Ach’ath envoya contre lui, et il se réfugia à Tâhert, où il parvint à réunir une troupe de 20.000 Berbères de basse classe ; il marcha ensuite sur Tehoûda, mais il fut de nouveau battu par les troupes d’Ibn el-Ach’ath et subit des pertes considérables ; il se dirigea alors vers la région de Tripoli.

La région de Biskra près de l'ancienne Tehuda (Algérie)
La banlieue de Biskra près de l’ancienne Tehuda (Algérie)

Un messager d’El-Mançoûr (le khalife) lui porta un blâme attiré par sa désobéissance ; mais Hâchim se défendit, déclarant qu’il n’avait pas voulu se révolter, mais qu’Ibn el-Ach’ath, trouvant mauvais que lui Hâchim prononçât dans la prière le nom d’El-Mahdi à la suite de celui du khalife, avait cherché à le faire mourir :

« Eh bien ! dit le messager, si tu es réellement obéissant, allonge donc le cou ! »

Il le fit, et cet homme lui trancha la tête en çafar 147 (avril-mai 764).

Tous les partisans du rebelle obtinrent leur grâce et purent se retirer ; mais Ibn el-Ach’ath se mit ensuite à leur poursuite et les massacra.

Les Mod’arites indignés et mus par un même sentiment d’hostilité, s’entendirent pour le chasser du pays

. Dans cette situation, le gouverneur crut devoir se retirer ; il rencontra des messagers d’El-Mançoûr qui le reçurent avec de grands témoignages de considération, et il se rendit auprès de ce prince.

Les Mod’arites choisirent pour gouverner l’Ifrîkiyya ‘Isa ben Moûsa Khorâsâni.[102]

Ces derniers incidents se déroulèrent dans une période de trois mois, et El-Mançoûr nomma alors, en rebî’ I 148 (26 avril 765), El-Aghlab Temîmi en qualité de gouverneur.

Nous avons raconté tous ces faits d’affilée à raison de leur caractère connexe et selon la règle que nous nous sommes imposée.

Comme chacun d’eux figure à sa date, les deux ordres logique et chronologique sont respectés.

Vue aérienne du centre historique de Cordoue
Vue aérienne du centre historique de Cordoue (al-Qurtuba, al-Andalus) Espagne. 

Déposition d’’Aboû’l-Khat’t’âr, gouverneur d’Espagne. — Thawâba le remplace

En 127 (12 octobre 744) les Andalous déposèrent leur gouverneur, Abou’l-Khat’t’âr H’osâm ben D’irâr.

Il avait en effet, dès son arrivée dans le pays, manifestement favorisé les Yéménites au détriment des arabes Mod’arites.

Or un jour un Kenânien (Banu Kinana) , à la suite d’une querelle qu’il avait eue avec un Ghassânide, eut recours à Es-Someyl ben H’âtim ben Dhoû’l-Djawchen D’abâbi.

Celui-ci intervint auprès d’’Aboû’l-Khat’t’âr, qui le reçut grossièrement.

Es-Someyl, qui lui répondit, fut alors, par l’ordre du gouverneur, chassé et frappé, si bien que son turban en fut dérangé.

dirham omeyyyade de l'an 129 de l'hégire damas al andalus gouverneur

Aussi le lui fit-on remarquer, quand il sortit :

« Eh bien ! répondit-il, si j’ai des contribules, ils sauront le remettre droit [103] ».

Es-Soméyl était un noble Mod’arite et s’était, dès son arrivée en Espagne avec Baldj, trouvé dans les premiers rangs de la noblesse, tant par sa valeur propre que par (le nombre de) ses partisans.

Il réunit alors ses contribules pour les informer de l’outrage qu’il venait de subir ; et comme ceux-ci lui déclarèrent qu’ils étaient à ses ordres, il leur dit que son but était de chasser Abou’l-Khat’t’âr de l’Espagne ; sur quoi, l’un d’eux lui donna cet avis :

« Agis comme tu l’entends et demande du secours à qui tu voudras., sauf à Abou ‘At’â’ le K’aysite,» autre noble K’aysite qui disputait le premier rang à Es-Someyl et le jalousait.

L'antique ville de Shibam dans la région de Hadramawt , dont la toute première occupation humaine remonte à l'époque préislamique, étais peuplé de sédentaires qahtanites souvent en lutte avec les arabes adnanites qaysites nomades et ils furent intégrées dans les armées Rashidun sous le calife Abu Bakr as-Sidiq radi Allah anhu, cela a eu pour conséquance une prépodérence des yéménites dans les armées arabes rashidun et omeyyade ,
L’antique ville de Shibam dans la région de Hadramawt au Yémén , dont la toute première occupation humaine remonte à l’époque préislamique il y a 1700 ans, cette ville étais peuplé de sédentaires Qahtanites souvent en lutte avec les arabes Adnanites Qaysites nomades, les tribus de la région du Yémén furent intégrées dans les armées Rashidun sous le calife Abu Bakr as-Sidiq radi Allah anhu,  d’ou le nombre élevés des yéménites lors des Futuhates Islamiya,  ils eurent des conflits  régulièrement avec les qaysites  en orient et bien évidement , ils (les qaysites et qahtanites) ont ramené avec eux en Andalousie cette « guerre » arabes du nord VS arabes du sud  .

Mais une opinion contraire s’éleva :

« Je suis d’avis, dit un autre, que tu ailles trouver Abou ‘At’â’ pour avoir son appui, car alors l’amour qu’il a pour sa race le portera à te seconder ; autrement, il se tournera vers Abou’l-Khatt’âr et il tâchera, grâce à l’aide qu’il fournira à celui-ci, d’obtenir à ton détriment ce qu’il convoite. Je pense, en outre, qu’il faut demander l’aide des Yéménites aussi bien que celle des Ma’addites ».

Es-Someyl adopta cet avis et partit la nuit même pour se-rendre auprès d’Aboû ‘At’à’, qui résidait à Ecija.

Celui-ci lui fit un accueil magnifique et s’informa du but de sa visite.

Aux ouvertures que lui fit Es-Someyl, il ne répondit qu’en se levant et en montant à cheval tout armé :

« Va maintenant, lui dit-il, où tu veux, je ne te quitte plus » ; et, en même temps, il ordonna à ses parents et à ses compagnons de le suivre.

De là ils allèrent à Moron, où résidait Thawâba ben Selâma Djodhâmi, [104] qui avait une grande influence sur sa tribu.

Abou’l-Khat’t’âr l’avait d’abord nommé gouverneur de Séville et d’autres lieux, puis l’avait destitué, ce qui avait excité le ressentiment de Thawâba. Es-Someyl lui demanda son concours, avec promesse de le prendre pour émir après l’expulsion d’Aboû’l-Khat’t’âr.

Morron de la Frontera , al-Andalus, Espagne.
Morron de la Frontera , al-Andalus, Espagne.

Thawâba consentit, et sa tribu répondit à son appel.

De là, on se rendit à Madinat Sidonia.

Abou’l-Khat’t’âr s’avança de Cordoue, où il laissa un corps de troupes, pour les attaquer.

La bataille eut lieu[105] en redjeb de cette année (avril-mai 745) ; on se battit bravement de part et d’autre, mais Abou’l-Khat’t’âr finit par être battu et fait prisonnier, tandis qu’on faisait un affreux carnage de ses troupes.

Omeyya ben ‘Abd el-Melik ben K’at’an, qu’Aboû’l-Khat’t’âr avait laissé à Cordoue, fut chassé de cette ville, où l’on mit au pillage tout ce qui leur appartenait, à lui et à son chef.

A la suite de leur victoire, Thawâba ben Selâma et Es-Someyl pénétrèrent à Cordoue ; ils y exercèrent d’abord conjointement le pouvoir, qu’ensuite Thawâba garda seul.

Mais alors ‘Abd er-Rah’mân ben H’assân[106] Kelbi se révolta et tira de prison Abou’l-Khat’t’âr, qui rassembla une nombreuse armée yéménite et marcha contre Cordoue.

Abd al-Rahman ibn Qatir al-Lakhmi frappé en 125 dirham omeyyade de damas d'al andalus

Thawâba, accompagné d’Es-Someyl et à la tête des troupes yéménites et mod’arites qu’il avait sous la main, se mit en marche pour lui livrer bataille.

Au milieu de la lutte, un Mod’arite s’avança et s’écria :

« 0 Yéménites, pourquoi combattre pour AboulKhat’t’âr ? C’est un des vôtres »

— il voulait dire Thawâba

— «que nous avons pris comme chef ; on ne comprendrait votre résistance que si nous avions choisi quelqu’un de notre race. Si nous parlons de la sorte, c’est uniquement pour éviter l’effusion du sang et dans l’espoir de procurer la tranquillité au peuple. »

Ceux à qui ces paroles s’adressaient se dirent alors :

« Par Dieu ! il dit vrai ; pourquoi combattre nos contribules ? »

La lutte cessa aussitôt, et les troupes se dispersèrent.[107]

Abou’l-Khat’t’âr s’enfuit à Béja, et Thawâba rentra à Cordoue.

Ces troupes furent dès lors dénommées armée de la paix.[108]

135_1_ omeyyade al andalus

 Administration de Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân Fihri en Espagne (Fihride)

Thawâba ben Selâma, gouverneur d’Espagne, mourut en 129 (21 septembre 746), après avoir exercé le pouvoir pendant deux ans et quelques mois.

Sa mort donna le signal des dissensions, car Mod’arites aussi bien que Yéménites voulaient que son successeur fût un des leurs, si bien que le pouvoir resta vacant.

Es-Someyl, qui redoutait de voir éclater la guerre civile, suggéra de prendre pour gouverneur un K’oreychite.

Tout le monde s’étant rallié à cet avis, il choisit Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân Fihri, qui était alors [P. 287] à Elvira et qu’on informa par lettre de l’unanimité qui le portait au pouvoir.

Ce chef refusa d’abord, et n’accepta que par la considération qu’on fit valoir à ses yeux, que la guerre civile, dont il serait responsable, serait la suite de son refus.

Il se rendit alors à Cordoue et l’on reconnut son autorité.

Mais, à la nouvelle de la mort de Thawâba et de son remplacement par Yoûsof, Abou’l-Khat’t’âr parvint à susciter la guerre entre les Yéménites et les Mod’arites, en représentant aux premiers qu’Es-Someyl ne voulait’ autre chose qu’un gouverneur appartenant à cette dernière race.

Alors Yoûsof, quittant le palais gouvernemental de Cordoue, rentra chez lui. Abou’lKhat’t’âr se rendit à Secunda,[109] où les Yéménites se groupèrent autour de lui, tandis que les Mod’arites se serraient auprès d’Es-Someyl.

Alors eut lieu une bataille qui dura plusieurs jours et telle qu’on n’avait jamais rien vu de pareil en Espagne ; elle finit par la défaite des Yéménites.

Abou’l-Khat’t’âr se réfugia dans un moulin appartenant à Es-Someyl ; mais il fut dénoncé, et celui-ci le fit mettre à mort.[110]

Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân se réinstalla dans le palais et n’eut que l’apparence du pouvoir, tandis qu’Es-Someyl, dont l’influence croissait toujours, était le chef réel.

La Septimanie islamique  (France) entre 752 et 759, il y avais une garnison omeyyade mais qui après la chute des Omeyyades elle sera de facto Abbasside
La Septimanie islamique (France) entre 752 et 759, il y avais une garnison  millitaire Omeyyade mais qui après la chute des Omeyyades  à Damas sera de facto Abbasside. 

Ensuite Ibn ‘Alk’ama se révolta contre Yoûsof, dans la ville de Narbonne, mais ce mouvement ne dura guère ; l’insurgé fut bientôt tué et sa tête fut envoyée à Yoûsof.[111]

Un autre soulèvement eut lieu sous la direction d »Odhra dit Ed-Dhimmi, surnom provenant de ce qu’il demanda du secours aux tributaires, ahl ed-dhimma.[112] Yoûsof envoya pour le réprimer ‘Amir ben ‘Amr, qui a donné son nom au cimetière d »Amir (situé près d’une) des portes de Cordoue[113] ; mais ce général ayant été mis en déroute, Yoûsof en personne se mit à la tête d’une armée et tua le rebelle, dont les troupes furent livrées à la fureur des vainqueurs.

Oh raconte aussi d’une autre manière cet événement, sur lequel on n’est pas d’accord.[114]

Nous en reparlerons sous l’année 139, à propos de l’arrivée d’Abd er-Rah’mân l’Omeyyade en Espagne.

[P. 344] En 133 (8 août 750), Mohammed ben el-Ach’ath pénétra en Ifrîkiyya et la soumit, malgré la vive résistance que les habitants lui opposèrent.[115]

Batiment (Temple) byzantin en Sicile ver Taormina Castiglione di Sicilia
Bâtiment (Temple) byzantin en Sicile ver Taormina Castiglione di Sicilia

Expédition en Sicile

En 135 (17 juillet 752), ‘Abd Allah ben H’abîb fit contre la Sicile une expédition d’où il ramena des prisonniers et du butin et où il obtint plus de succès que personne avant lui.

Il avait auparavant fait une expédition contre Tlemcen, et d’autre part les divers chefs d’Ifrîkiyya étant occupés à combattre les Berbères, cette île se croyait en sécurité.

Les Roûm l’avaient partout mise en état et y avaient bâti des places fortes et des lieux de refuge ; chaque année, leurs vaisseaux croisaient autour des côtes pour veiller à leur sécurité et plus d’une fois avaient capturé les bateaux des marchands musulmans qui se trouvèrent sur leur route.[116]

Vue satellitaire sur al-Andalus, al-Maghreb al-Aqsa et al-Ifriqiya
Vue satellitaire sur al-Andalus, al-Maghreb al-Aqsa et al-Ifriqiya

 Troubles en Espagne

En 136 (6 juillet 753) El-H’obâb ben Rawâh’a ben ‘Abd Allah Zohri se révolta en Espagne.

Pour soutenir ses prétentions au pouvoir, il réunit autour de lui nombre de Yéménites et marcha contre Es-Someyl, émir de Cordoue.

Celui-ci, serré de près dans cette ville, adressa une demande de secours à Yoûsof le Fihrite, gouverneur d’Espagne, qui n’accorda rien, à cause autant de la période de disette et de famine par où l’Espagne passait alors que du peu de sympathie qu’il avait pour Es-Someyl.

Yoûsof préférait plutôt la mort de ce chef, qui était pour lui une source d’embarras.

Mais, la même année, eut lieu aussi le soulèvement d »Amir ‘Abderi, [118] qui, à la tête de ses troupes, fit cause commune avec El-H’obâb contre Es-Someyl, l’un et l’autre soutenant la causé des ‘Abbassides.

Réduit à la dernière extrémité, Es-Someyl s’adressa à sa tribu, qui s’empressa de lui fournir des secours.

L’annonce de l’arrivée de ces troupes permit à Es-Someyl de sortir de Saragosse, puis El-H’obâb, revenant sur ses pas, put s’emparer de cette ville.

Yoûsof  al-Fihri donna à Es-Someyl le gouvernement de Tolède.

 

Tulaytulah (Tolède)  Espagne
Tulaytulah (Tolède) Espagne

Notes:

[82] Noweyri et le Bayân (I, 48 et 50) font débarquer ce chef à Tunis juste un an plus tard, en djomâda I 127. On trouve aussi ailleurs la date de 126 (Berbères, I, 218; Fournel, I, 309), qui doit être la vraie. Le Nodjoûm ne précise pas.

[83] Ou « ben ez-Zobeyr » selon Noweyri (Berbères, I, 366).

[84] On trouve aussi Tabînas (ibid.) qui paraît être une corruption de Teyfach (cf. Fournel, 1, 324).

[85] Thâbit ben Ouzîdoûn (ou Ouizîdan), d’après Ibn Khaldoun, Berbères, I, 218; II, 4).

[86] Ces deux chefs Hawwarides mirent à mort le gouverneur de Tripoli, Bekr ben ‘Abs K’aysi (Berbères, I, 219).

[87] Le manuscrit de Paris n° 1495 paraît être la vraie leçon et signifie « il déploya beaucoup d’ardeur à combattre les Berbères ». Cf. Bayân, I, 49, l. 5.

[88] Ces cinq lignes ont été omises par Amari qui n’a traduit que la rédaction légèrement différente qu’on trouvera un peu plus loin. L’expédition contre la Sardaigne a été mentionnée déjà (supra, p. 22). Le Bayân parle aussi de ces campagnes (I, 49 et 53)

[89] C’est-à-dire le fondateur de la dynastie Abbasside. — Tout ce récit est plus détaillé que les relations de Noweyri et du Bayân. D’après le Nodjoûm (I, 366), une expédition préparée contre le Maghreb par Sâlih’ ben ‘Ali, gouverneur d’Egypte, fut suspendue par l’ordre d’al-Mançoûr, qui venait de monter sur le trône.

[90] Ce nom est écrit de même dans Ibn Khaldoun (Desvergers, p. 45) ; on lit El-K’âd’i dans Noweyri (Berbères, I, 368).

[91] Voir le Bayân (I, 55) et l’Hist. des Berb. (I, 367).

[92] Noweyri écrit « … ben Aboû Dja’da » (Berbères, I, 372 et 373) ; le Bayân, I, 59, « Abou’l-Dja’di ».

[93] Dix-huit mois d’après Noweyri (Berbères, I, 372).

[94] Dix mois, d’après le même, ibid. ; cf. Fournel, I, 347 ; Bayân, I, 58.

[95] Voyez le Bayân, I, 58; Berbères, I, 373.

[96] Ou Amr, d’après Noweyri (Berbères, I, 374).

[97] A Mighdâch (Bayân, I, 60). Sur ce nom, cf. Fournel, I, 147, Bekri, p. 20 ; Edrisi, 143 et 159.

[98] D’après le Nodjoûm (I, 383 et 386), des troupes envoyées dans le Maghreb en 141 par Mohammed ben el-Ach’ath furent battues, et ce gouverneur s’était alors mis lui-même en route quand il apprit sa destitution en 141. Son successeur en Egypte fut H’omeyd ben K’abt’aba, qui arriva dans ce pays en ramadan 143 et qui, le mois suivant, envoya en Ifrîkiyya des troupes commandées par Abou’ l-Ah’waç ‘Abdi. Celui-ci ayant été défait, H’omeyd en personne se mit à la tête de l’armée et battit Abou’ l-Khat’tâb.

[99] Correspondant au 10 mai-7 juin 761. On lit ailleurs en rebî’ I, ou 8 juin-7 juillet de la même année (Noweyri, ap. Berbères, I, 375). Bekri donne aussi la date de çafar (p. 160). Noweyri fait d’Ourdâsa le théâtre de cette bataille (ibid.).

[100] Je corrige le texte ; voir d’ailleurs le Bayân (I, 62), qui orthographie « ‘Abd Allah ben H’ayyân » le nom du chef ibâd’ite de Zawîla. Comparez aussi Fournel (I, 363).

[101] Il n’est parlé de l’intervention de ce Hâchim ni par Noweyri ni par le Bayân. Comparez Fournel (I, 363 et 364, n. 1) ; ci-dessous t. v, p. 465 du texte.

[102] D’après Noweyri et le Bayân, les troupes se révoltèrent contre Ibn el-Ach’ath, le forcèrent à se retirer et mirent ‘Isa ben Moûsa à leur tête. Ni l’un ni l’autre ne parlent de messagers envoyés par le khalife. Cf. Belâdhori, p. 232.

[103] Sur les événements qui vont suivre et sur lesquels notre chroniqueur revient lui-même un peu plus loin (p. 217), consulter Dozy, Mus. d’Espagne, I, 274. C’est à tort qu’Ibn el-Koûtiyya attribue à ‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya le procédé dont il vient d’être question à l’égard d’Eç-Çomeyl; cf. infra, p. 217.

[104] Je corrige le texte imprimé, qui lit « H’addâni ». On retrouve plus loin (p. 217) la leçon Djodhâmi.

[105] Sur les bords du Guadalete.

[106] Ou (d’après le Bayân, II, 36, suivi par Dozy, I, 281) ‘Abd er-Rah’mân ben No’aym.

[107] D’après Ibn el-Athîr, il y aurait eu trois rencontres entre Abou’l-Khat’t’âr et ses adversaires ; c’est à la seconde que serait intervenu le Mod’arite pour s’élever contre une lutte fratricide. Il n’est ordinairement parlé que des batailles du Guadalete et de Secunda, et c’est dans la seconde qu’on place l’intervention du Mod’arite. Ibn el-Koûtiyya ne mentionne même que la rencontre de Secunda.

[108] Le mot ‘asker du texte semble plutôt signifier « camp de la paix ».

[109] Ancienne ville romaine sur la rive gauche du Guadalquivir, vis-à-vis Cordoue. On trouve la description de cette bataille dans les Mus. d’Espagne (i, 286).

[110] Il fut, en outre, procédé à de nombreuses exécutions dans la cathédrale de Cordoue (Dozy, I, 288

[111] Ce mouvement insurrectionnel, passé sous silence par Dozy, est également mentionné par le Bayân (II, 39), qui en nomme le chef ‘Abd er-Rah’mân ben Alk’ama.

[112] Il s’agit probablement de l’insurrection que le Bayân (l. l) dit avoir été fomentée à Béja par un chef dont le nom est écrit ‘Orwa, ou, selon Makkari (II, 17), ‘Orwa ben el-Welîd.

[113] Ce détail est rapporté par Ibn el-Koûtiyya (texte, p. 270, l. 9), qui fait remonter à ce personnage l’origine du nom de la porte d’Amir, à Cordoue. Mais les deux traducteurs successifs de ce texte, méconnaissant la valeur du mot (capitale) de l’original, placent à Saragosse le Bâb ‘Amir (Journal as., 1856, ii, 453; Recueil de textes, p. 238). Au surplus, le Bâb ‘Amir K’orachi et le cimetière du même nom figurent dans l’énumération des portes de Cordoue (Makkari, éd. de Leyde, I, 304).

[114] On trouve, en effet, d’autres versions de ces événements ; on établit aussi un rapprochement entre ce soulèvement et celui d’El-Hobâb, dont il va être question (voir Bayân, ii, pp. 38, 39 et 43 ; Ibn el-Koutiyya, p. 270, 1. 8 ; Makkari, ii, 17 et 21 ; infra, p. 212). L’exposé de Dozy (l. l., i, 291) ne fait pas allusion à ces récits différents, où l’on trouve le nom d’Amir sous les diverses formes : ‘Amir ‘Abderi, ‘Amir ben ‘Amr, ‘Amir ben ‘Amr ben Wahb, ‘Amir K’orachi ‘Amiri.

[115] Cette assertion contredit ce que nous savons par ailleurs : Mohammed ben el-Ach’ath entra en Ifrîkiyya en 144. C’est ‘Abd er-Rahmân ben H’abîb qui gouvernait ce pays en 133.

[116] Il a été fait plus haut allusion à ces événements, qui sont racontés d’une manière un peu différente. Le présent chapitre seul a été traduit par Amari (I, 363), mais le savant italien n’a pas remarqué que le nom d’’Abd Allâh ben H’abîb, qui figure ici, doit être corrigé en ‘Abd er-Rah’mân ben Habib, ce qui résulte et de la date et de la première rédaction de notre chroniqueur.

[117] Ce n’est pas à Cordoue qu’Es-Someyl eut à combattre contre les révoltés, qui se disaient partisans des Abbassides, mais à Saragosse, où Yoûsof Fihri avait envoyé son impérieux protecteur (Makkari, I, 148 ; ii, 17, 20 et 21 ; Bayân, ii, 38).

[118] Le texte porte ‘Abdrebbiy, que je corrige d’après d’autres sources (p. 211, n. 3).

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

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