Le calife Ali ibn Abi Talib (ra) nomme ces gouverneurs et début de la première Fitna, la bataille du Chameau, de Siffin révolte des Khawarij par al-Tabari :

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Le califat Rashidun dès Omar ibn al-Khatab et Uthman ibn Affan qu'Allah sois satisfait d'eux
Le califat Rashidun sous Uthman ibn Affan radi Allah anhu

CHAPITRE XCIII ALÎ NOMME DE NOUVEAUX Gouverneures

Le premier agent qu »Alî fit partir fut ‘Obaïdallah, fils d’Abbàs, qui devait remplacer, dans le Yemen, Yal’a, fils d’Omayya [Ibn-Mounya].

Après avoir destitué ‘Abdallah, fils d »Amir, fils de Kouraïz, ‘Alî donna le gouvernement de Baçra à ‘Othmân, fils de ‘Honaïf.

Il envoya ‘Omâra, fils de Srhihàb, à Koufa, pour remplacer Abou-Mousa al-Asch’ari , ft Qaïîi, fils de Sa’d, en Egypte, pour prendre la place

d »Abdallah-ibn-Abou-Sar’h. Quant à Ya’la, fils d’Qmayya, il laissa la place libre à ‘Obaïdallah, en emportant l’argent du trésor.

‘Abdallah, fils d »Àmir, céda le gouvernement de Baçra à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf; mais il y eut dans la ville deux factions : une partie des habitants reconnut le nouveau calife; les autres voulaient attendre pour voir quel parti prendraient les gens [de Médine].

‘Omàra, qui était parti pour Koufa, arriva à Zobàla, où il vit s’avancer au- devant de lui Tola’fha, fils de Khowaïlid, l’Asadite (al-Asadi), et Qa’qà’, fils d »Amrou, qui lui dirent : « Retourne, car les habitants de Koufa désirent garder Abou-Mousa et veulent venger la mort d »Othmàn sur toi et sur celui qui t’envoie. Si tu ne retournes pas, nous te trancherons la tête.  »

En conséquence, ‘Omàra revint sur ses pas.

Quant aux habitants de l’Egypte, ils étaient partagés en trois factions. Après la fuite d »Abil- allah-ibn-Abou-Sar’h, Mo’hammed, fils d’Abou-‘Hodsaïfa, avait pris le gouvernement de cette province.

Lorsque Qaïs. fils de Sa’d , arriva en Egypte, une partie des habitants vint se rallier autour de lui. D’autres déclarèrent vouloir attendre le retour de ceux qui avaient tué ‘Othmàn.

Un autre parti enfin prit une attitude hostile, et déclara qu’il ne reconnaîtrait point ‘Alî, à moins que celui-ci ne vengeât la mort d »Othmàn.

Sa’hl , fils de ‘Honaïf, était parti pour prendre le gouvernement de Syrie. Mo’àwiya envoya au-devant de lui un détachement qui l’arrêta à la première station de la province, et on lui demanda le but de son voyage.

Sa’hl ayant déclaré qu’il venait en Syrie pour prendre le gouvernement de cette province, ces soldats lui dirent :

« Si tu n’es pas l’un des meurtriers d »Othmàn, viens; mais si tu en es, retourne-t’en; car nous ne reconnaissons pas comme calife ‘Alî, qui doit rendre compte de la mort d »Othmàn. » 

— Est-ce vous seuls, demanda Sa’hl, qui tenez un tel langage? ou est-ce l’opinion de toute la Syrie?

Ils répondirent : « Toute la Syrie est d’accord en cela, et tout le monde veut venger la mort d »Othmàn. »

Lorsque Sa’hl revint de Syrie, et ‘Omàra, de Koufa; que Qaïs annonça l’opposition qu’il trouvait en Egypte, et ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, celle qu’il trouvait à Bacra, ‘Alî fut consterné.

Ruines du Dar al-Imarat (maison de commandement) de Kufa iraq
Ruines du palais « Dar al-Imarat » (maison de commandement) de Kufa iraq‘

Les habitants de Médine dirent avec satisfaction :  » Nous lui avions bien dit de faire mettre à mort les meurtriers d »Othmàn; mais il n’a pas voulu suivre notre conseil ! »

‘Alî fit appeler Tal’ha et Zobaïr et leur exposa la situation. Ils lui dirent : « Nous t’avions demandé de nous envoyer à Baçra et à Koufa, pour en amener des troupes. Comme tu n’as pas voulu le faire et que, à présent, le peuple s’attend à nous voir prendre une attitude hostile envers toi, autorise- nous à aller à la Mecque; nous nous y livrerons à la dévotion, et le peuple saura ainsi qu’il n’y a aucun désaccord entre nous, et il se soumettra. Mais ne recule pas devant des mesures coercitives, sans lesquelles cette affaire ne s’arrangera pas. »

‘Alî répliqua : « J’y réfléchirai; mais je ferai mon possible pour ramener ces hommes par la douceur; si je ne réussis pas, c’est alors que j’emploierai la force. »

‘Aïscha avait été l’ennemie d »Othmàn ; elle avait constamment déclaré qu’il devait s’amender ou abdiquer.

Au moment où il fut assiégé dans son hôtel (dar al imara), elle était partie pour le pèlerinage.

Mais lorsque ‘Alî eut été proclamé calife, elle en fut très-fâchée, car elle gardait rancune à ‘Ali du langage qu’il avait tenu au Prophète, du temps qu’elle avait été calomniée et accusée d’adultère.

Le Prophète ayant demandé l’avis d »‘Alî, celui-ci lui avait dit : « Il y a beaucoup de femmes dans le monde; si tu es mécontent de l’une, renvoie-la et prends-en une autre meilleure que celle-là. »

Comme ‘Aïscha etait mécontente de la nomination d »Alî, elle disait qu »Othmàn avait été tué injustement et qu’il fallait venger sa mort.

C’est au moment où elle venait de quitter la Mecque, qu’elle apprit ces derniers événements.

Elle revint immédiatement sur ses pas, en disant :  » Ma place n’est plus maintenant à Médine. »

Gravure de Médine ver 1850  al-Masjid al-Nawawi
Gravure de Médine ver 1850 al-Masjid al-Nawawi

Tous ceux qui s’étaient enfuis de Médine se réunirent autour d’elle et s’engagèrent envers elle. Ils lui racontèrent en détai! de quelle manière cruelle on avait tué’Othmàn, et elle pleura et s’écria :  » Que Dieu ait pitié d »Othmàn ! C’est un devoir pour tous les musulmans de venger sa mort! »

‘Abdallah-ben-al- ‘Hadhramî, gouverneur de la Mecque, s’écria :  » Mère des croyants, le premier qui le vengera, ce sera moi !  »

Tous les habitants de la Mecque engagèrent leur foi à ‘Aïscha.

Or, ce fut à la nouvelle de cet état des choses, que Tal’ha et Zobaïr demandèrent l’autorisation de se rendre à la Mecque.

‘Alî, de son côté, ignorait ce qui s’était passé. ‘Hafça, qui avait également fait le pèlerinage, était partie avec ‘Aïscha pour Médine, et lorsque celle-ci reprit la route de la Mecque, elle rentra avec elle.

L’une et l’autre excitèrent le peuple à prendre les armes et à venger la mort d »Othmàn.

‘Alî fit porter par un messager une lettre à Koufa et demanda à Abou-Mousa al-Asch’arî quelles étaient les dispositions des habitants de cette ville.

Abou-Mousa répondit :  » Les habitants de Koufa t’ont prêté le serment de fidélité, et ils sont les plus soumis des hommes. »

‘Alî, très-content de celte assurance, laissa Abou-Mousa à son poste. Abou-Mousa soupçonnait ‘Alî d’être l’auteur de la mort d »Othman; mais il gardait secrète cette pensée et manifestait en public sa soumission.

‘Alî fit partir ensuite Sabra le Djohaïnite, avec une lettre adressée à Mo’àwiya, dans laquelle il lui demandait de lui faire connaître les dispositions des habitants de la Syrie.

La suscription de la lettre était ainsi conçue :  «De la part du serviteur de Dieu, ‘Alî, prince des croyants, à Mo’âwiya, fils d’Abou-Sofyàn.»

Mo’àwiya retint ce messager pendant un mois, différant toujours de lui remettre la réponse.

Au bout d’un mois, il fit partir vers ‘Alî un homme nommé Qabiça (Qabissa), de la tribu d »Abs (al-Absi) , lui donna un message verbal et une lettre cachetée qui portait cette adresse : « De la part de Mo’âwiya à ‘Alî. »

‘Alî, en recevant cette lettre des mains de Qabîça, et en voyant l’adresse, dit :  » Il n’y a rien de bon là-dedans. »

Puis, après l’avoir ouverte, il n’y trouva que ces mots :  » «Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! » »

Il dit au messager: « La lettre ne contient rien; si tu as un message verbal, dis-le. »

Le messager demanda s’il pouvait parler sans crainte pour sa vie.

‘Alî répliqua :  » Tu es en sûreté; un messager n’a rien à craindre. »

Alors le messager dit :  » Tous les habitants de Syrie sont résolus à venger sur toi la mort d »Othmàn. Plus de cent mille hommes se réunissent chaque jour dans la mosquée principale, pleurent devant la chemise ensanglantée d »Othmàn et maudissent ses meurtriers. Ils déclarent qu’ils ne boiront point d’eau fraîche avant d’avoir vengé sa mort. »

‘Alî’s’écria :  » Seigneur, tu connais l’auteur de la mort d »Othmàn ; son sang n’est pas sur moi. »

Puis il congédia le messager. Tal’ha et Zobaïr, ayant obtenu l’autorisation de partir, se rendirent à la Mecque. Les habitants de Médine se réjouirent de ce qui arrivait à ‘Alî.

‘Ali appela le peuple aux armes, pour aller attaquer Mo’àwiya en Syrie.

Il réunit une armée, confia le drapeau à son fils Mo’hammed, fils de la ‘Hanafite, donna le commandement de l’aile droite à ‘Abdallah , fils d »Abbàs, le commandement de l’aile gauche à ‘Omar, fils d’Abou-Salima, et celui de l’avant-garde à Abon-Laïla-ibn-al-Djerrà’h.

Il n’enrôla aucun de ceux qui s’étaient insurgés contre ‘Othmàn.

Il écrivit une lettre à Qaïs, fils de Sa’d, pour qu’il lui envoyât une armée de l’Egypte. Il adressa la même demande à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, et à Abou-Mousa al-Asch’arî, et il exhortait chaque jour le peuple à faire ses préparatifs de campagne.

Sur ces entrefaites, il apprit que la population de la Mecque refusait de le reconnaître comme calife; que, excitée par ‘Aïscha et ‘Hafça, elle voulait venger la mort d »Othmàn, et que Tal’ha et Zobaïr s’étaient joints à ses ennemis.

‘Alî fut stupéfait. Il fit réunir le peuple et le harangua. Il dit :  » Une affaire plus grave que celle de Syrie nous attend. »

Après avoir annoncé les événements de la Mecque, il ajouta : Tal’ha et Zobaïr ont rompu leur foi, et ils n’auront pas l’assistance de Dieu. Préparez-vous maintenant pour marcher sur la Mecque, car cette affaire est plus pressante que celle de Syrie.

Le peuple, apprenant la défection de Tal’ha et de Zobaïr, ne montra plus aucune ardeur pour marcher, et personne ne se présenta. ‘ Ali répéta son appel pendant trois jours. Il disait aux hommes :  » Vous m’avez prêté serment; exécutez votre serment. La fidélité au serment aura l’assistance de Dieu. Préparez-vous maintenant pour marcher sur la Mecque, car cette affaire est plus pressante que celle de Syrie.  » 

Enfin un homme, nommé Ziyàd, fils de Tal’ha, se présenta et dit :  » N’importe où tu iras, nous irons avec toi !  »

Tous les Ançàr présents dans l’assemblée suivirent cet exemple. Parmi eux se trouvaient sept combattants de Bedr, en dehors d »Alî.

‘Ali dit à ‘Abdallah, fils d »Omar :  » Est-ce que tu te sépares des hommes de Dieu ?

‘Abdallah répondit : »Quand, les habitants de Médine marcheront, je marcherai avec eux. »

‘Ali dit : « Donne-m’en un gage. »

— Ma parole, répliqua ‘Abdallah, vaut mieux qu’un gage.

‘Abdallah consulta ensuite les habitants de Médine. Ils lui répondirent :  » Tu es mieux en état de prendre un parti; nous sommes très-embarrassés. »

‘Abdallah se rendit auprès d’Oumm-Kolthoum, fille d »Alî et veuve d »Omar, et lui dit : « J’obéirai à ‘Ali en toutes choses, excepté s’il m’ordonne de combattre des musulmans. Il faut qu’il me dispense de cela, et qu’il me permette de me rendre à la Mecque pour me livrer à la dévotion. »

Oumm-Kolthoum répondit :  « Je demanderai pour toi cette permission. »

Dans la nuit du même jour, ‘Abdallah monta sur un chameau et prit la route de la Mecque.

Le lendemain, ‘Alî, l’ayant fait cher cher, apprit, à son grand chagrin, qu’il était parti pour la Mecque. Il envoya plusieurs cavaliers à sa poursuite. Oumm- Kolthoum lui dit:  » ‘Abdallah est venu chez moi hier et m’a dit telle et telle chose. Je réponds de lui ; il ne sera ni contre toi, ni avec toi.  »

‘Abdallah, fils d »Abbàs, dit : « C’est un homme pieux et véridique. Laissez-le aller. »

— Tu as raison, répliqua ‘Ali. Et il fit ses préparatifs de départ.

Tal’ha et Zobaïr réunirent un grand nombre d’adhérents.Ya’la, fils d’Omayya, le gouverneur du Yemen, qu »Alî avait destitué, vint à la Mecque, apportant six cent mille dirhems et amenant six cents chameaux.

Il fit cause commune avec Tal’ha et Zobaïr, et leur offrit les biens qu’il apportait, et qu’ils distribuèrent à leurs troupes. ‘Abdallah, fils d »Àmir, qui, lui aussi, avait beaucoup d’argent, se joignit également à eux, de même que tous les Benî-Omayya, tels que Sa’îd, fils d’Al-‘Aç, et Walîd, fils d »Oqba, et un grand nombre de Bédouins et de gens sans aveu.

On voulut marcher sur Médine. Mais Tal’ha et Zobaïr dirent :  » Les habitants de Médine ont été témoins de notre serment; ils nous combattront. »

‘Aïscha leur dit :  » Si vous avez prêté le serment, ne le rompez pas. »

Ils répliquèrent :  » Nous avions cédé à la menace du sabre.  »

Zobaïr conseilla d’aller en Syrie, auprès de Mo’àwiya. ‘Abdallah, fils d »Àmir. fils de Kouraïz , dit :  » J’ai beaucoup d’amis à Barça. J’en ferai sortir ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, et je vous livrerai la ville.  »

En conséquence, on résolut de se rendre à Baçra. Tal’ha et Zobaïr dirent à ‘Aïscha : « La guerre n’est pas l’affaire des femmes; mais comme tu jouis de la considération générale, il faut que tu viennes avec nous à Baçra, afin d’exciter les hommes à venger la mort d »Othmàn, comme tu l’as fait à la Mecque. Quand on nous aura reconnus, alors tu pourras rester à la maison. »

‘Aïscha consentit. Ils vinrent ensuite trouver ‘Hafça et lui dirent : Mère des croyants, sois \ avec nous dans cette affaire , comme cÂïscha. ‘Hafça répon dit : Je ne ferai pas autrement qu »Aïscha. Mais ‘Abdallah, fils d »Omar, la fit revenir sur sa résolution et ne la laissa point partir avec eux,

Typique ancienne maison de basra en iraq.
Typique ancienne maison de basra en Iraq. Ville fondé par Ordre du calife Omar radi Allah anhu

CHAPITRE XClV TALHA ZOBAÏR ET ÀÏSCHA SE RENDENT À BACRA 

‘Abdallah, fils d’Amir, et Yal’a, fils d’Omayya, avaient remis tout l’argent qu’ils avaient à Tal’ha et à Zobaïr, afin que ceux-ci le distribuassent aux troupes. Ya’la avait un cha meau, aommé’Askar, qu’il avait acheté dans le Yemen pour quatre-vingts dinàrs.

Il le donna à ‘Aïscha pour porter sa litière.

Ensuite on fit proclamer qu’on fournirait l’équipe ment à tous ceux qui n’en auraient pas. En conséquence, mille hommes, dont six cents montés sur des chameaux, et quatre cents sur des chevaux, se mirent en route. Moghîra, fils de Scho’ba, se trouvait à la Mecque. Tal’ha l’emmena avec lui.

Lorsqu’ils furent à la première étape, Moghîra, causant en particulier avec Tal’ha, lui demanda à qui, en cas de succès, ils destinaient le califat.

Tal’ha répondit : « A moi ou à Zobaïr, à celui de nous deux que les musulmans choisiront. »

— Cela n’est pas bien, répliqua Moghîra; et, désignant les deux fils d »Othmàn qui étaient avec eux, savoir Abàn et Walîd, il ajouta : « Donnez-le à l’un de ces deux jeunes gens. »

— Cela ne se peut pas, dit Tal’ha.

— Alors, reprit Moghîra , cette affaire ne réussira point.

Il s’en retourna avec Sa’îd, fils d’Al-‘Ac, et ils demeurèrent tous les deux à la Mecque.

Pendant ce temps, ‘Alî se préparait à marcher sur la Mecque. Il fut informé du départ de Tal’ha , de Zobaïr et d »Aïscha, par une lettre que lui envoya de la Mecque Oumm-al-Fadhl, fille de ‘Hàrith, fils d »Abdou’l- Mottalib, par l’entremise d’un homme de Djohaïna, nommé Zhafar. Il quitta aussitôt Médine, avec neuf cents hommes, pour leur couper le chemin. Il laissa Sa’hl, fils de ‘Honaïf, comme gouverneur de Médine, et envoya Qotham, fils d »Ahbàs, comme gouverneur à la Mecque.

Lorsqu’il arriva à Rabadsa , il apprit que ses adversaires étaient déjà passés. Il s’arrêta à Dsou-Qàr, entre Baçra et Koufa , et adressa une lettre à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, à Baçra. Il lui annonçait qu »Aïscha, Tal’ha et Zobaïr étaient en route pour Baçra, et l’engageait à se tenir sur ses gardes.

‘Aïscha était partie de la Mecque avec mille hommes. Lorsqu’elle arriva à Baçra, trois mille Arabes, Bédouins et gens de toute espèce, étaient réunis autour d’elle. Ces hommes demandèrent quel était leur chef.

Mo’hammed, fils de Tal’ha, dit : « C’est mon père. »  ‘Abdallah, fils de Zobaïr, de son côté, aflirma que c’était son père ; et il s’éleva une dispute entre eux.

‘Âïscha reconnut qu’il fallait absolument que quelqu’un présidât à la prière, et elle chargea de cette fonction ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d »Attàb, fils d’Asîd. D’après une autre tradition, ce fut ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui fut chargé par elle de présider.

Lorsqu’ils surent qu »Alî était sur leur chemin, ils prirent un guide, quittèrent le chemin à Arbiya (territoire d’une tribu dans le désert, dans la direction de Barra), et ce guide les conduisit par des routes non tracées, de station en station, jusqu’à un lieu nommé ‘Hauab (le, crime).

‘Àïsha faisait marcher son chameau en avant, et elle était précédée par le guide. Quand ils entrèrent dans le village, les chiens aboyèrent contre le chameau d »Aïscha, qui demanda au guide le nom du village.

Ayant appris qu’il se nommait ‘Hauab, elle appela Tal’ha et Zobaïr et leur dit : « Je me souviens que le Prophète a dit : Une de mes femmes passera un jour à ‘Hauab, et les chiens aboieront contre elle; elle se trouvera impliquée dans une affaire criminelle et sera rebelle contre- Dieu. C’est à moi que s’appliquent à présent ces paroles.  »

Tal’ha et Zobaïr dirent :  » Ce village n’est pas ‘Hauab; le guide se trompe. »

Ils allèrent chercher les habitants et les déterminèrent à confirmer leur mensonge.

‘Aïscha dit ensuite :  » Je veux retourner.  Les femmes sont mieux dans leurs maisons, et ne doivent pas s’occuper de la guerre.  »

‘Abdallah, fils de Zobaïr, était chargé de partir en éclaireur, quand l’armée se mettait en marche. Tal’ha et Zobaïr convinrent avec lui d’une ruse. Au moment où l’on battrait le tambour, il devait accourir vers l’armée et annoncer l’arrivée d »Ali.

‘Abdallah fit ainsi, et ‘Aïscha, par peur, n’osa plus reculer.

En effet, au moment où ‘Aïscha avait quitté la Mecque pour accompagner Tal’ha et Zobaïr, Oumm-Salima, autre femme du Prophète, avait fait proposer à ‘Alî de l’accompagner, et ‘Alî lui avait répondu : « Que Dieu te récompense! Reste à la maison et prie Dieu pour qu’il livre ‘Aïscha entre mes mains. »

‘Aïscha avait eu connaissance de ce propos, et c’est pour cette raison qu’elle avait peur d »Alî.

Elle fit hâter le départ de l’armée et n’osa plus dire qu’elle voulait s’en retourner.

Elle demanda le guide, mais Tal’ha lui dit:  » Il est parti, parce qu’il était honteux de s’être trompé sur le nom de ce village. » 

Le guide les quitta et vint sur la route dans laquelle s’était engagé ‘Alî. 

Celui-ci cherchait à connaitre dans quelle direction se trouvaient ses adversaires. Apercevant le guide, il l’appela et lui demanda d’où il venait.

— Du côté de Baçra, répondit le guide.

— As-tu rencontré le lézard (schoqaïr) avec sa séquelle ? ‘Alî désignait par cette expression ‘Âïscha ; car le Prophète l’avait souvent appelée ainsi, en disant :  » Malheur à toi, lézard! »

Le guide lui donna des renseignements sur ‘Aïscha, sur Tal’ha et Zobaïr, lui raconta ce qui s’était passé à ‘Hauab (Hawab), et leur départ pour Baçra. ‘Alî, qui avait craint qu’ils n’allassent à Koufa et qu’ils n’entrainassent les habitants de cette ville, fut très-content d’apprendre qu’ils s’étaient dirigés vers Baçra.

‘Hosaïn, fils d »Alî, vint trouver son père et lui dit en pleurant :  » Tu ne suis jamais les conseils que je te donne. A présent, on pourra te faire périr dans ce désert, et tu n’as aucun secours à attendre. »

‘Alî répondit : « Père de Mo’hammed (Abou Muhammad), ne t’ai-je pas dit de parler un langage tel que le parlent les hommes, et non un langage de femme?  »

‘Hosaïn reprit :  » Lorsque ‘Othmàn fut assiégé, je t’avais conseillé de quitter Médine, afin que, si on le tuait, tu ne fusses pas présent. Tu ne l’as pas fait. Après la mort d »Othmàn , je t’avais conseillé de rester à la maison et d’attendre que toutes les villes vinssent te prêter le serment de fidélité, et qu’il n’y eût plus d’opposition. Tu ne m’as pas écouté. Maintenant, lorsque Tal’ha et Zobaïr ont rompu leur serment, je t’ai dit de les laisser en toute liberté rechercher les meurtriers d »Othmàn, afin que, s’il y a du sang versé, tu en sois innocent. Mais tu ne m’as pas écouté davantage. »

‘Alî répliqua :  » Mon fils, le conseil de partir que tu me donnais lorsque ‘Othmàn était assiégé, je ne pouvais pas le suivre; car, si je m’étais éloigné, on m’aurait ramené et j’aurais été enfermé comme ‘Othmàn. Quant au serment, il n’était pas nécessaire que les autres contrées accomplissent cette formalité; il suffisait de Médine, asile du Prophète et résidence des Mohâdjir et des Ançâr. Tu me disais de rester à la maison et de laisser Tal’ha et Zobaïr venger la mort d »Othmàn. Mais ils m’accusent moi-même de ce meurtre, et quand ils s’attaquent à présent à d’autres, leur intention est de se tourner contre moi plus tard. Il ne faut pas que je sois comme une hyène captive, qui n’est pas considérée comme une hyène. Depuis que j’ai la charge des musulmans, il ne convient pas que je reste à la maison. Je me suis tenu tran quille aussi longtemps que j’ai pu. A la mort du Prophète, je ne voyais personne qui eût plus de droits au pouvoir que moi. Cependant, lorsque tout le monde prêta serment [à Abou-Bekr], j’en fis autant. A la mort d »Omar, l’élection d’un calife fut dévolue à un conseil désigné par lui et dont je faisais partie: lorsque tous prêtèrent serment à ‘Othmân, j’en fis autant. Après la mort d »Othmàn, je suis resté chez moi toute une semaine, résistant à toutes les instances jus qu’à ce qu’il y eût un parfait accord, et que tout le monde me prêtât serment volontairement. Je ne pouvais pas me soustraire à la volonté du peuple, et après avoir accepté le pouvoir, il n’est pas convenable que je reste en repos. Je suis absolument obligé de prendre en main les intérêts musulmans. »

Lorsque ‘Aïscha fut près de Baçra , ‘Omaïr, fils d » Abdallah , de la tribu de Temîm (al-Tamimi), lui dit :  » Mère des croyants, tu ne connais pas les dispositions des habitants de cette ville. Envoies-y quelqu’un.  »

— Tu as raison, répondit ‘Aïscha.

Elle fit appeler ‘Abdallah, fils d »Amir, et lui dit :  » C’est toi qui m’as amenée à Baçra; j’y suis venue sur ton conseil; et tu m’as dit que tu pouvais compter sur les habitants. Entre dans la ville et dispose les habitants, afin que j’y puisse aller.  »

‘Abdallah se rendit à Baçra. ‘Alî avait placé à la tête du gouvernement de Baçra ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, qui, apprenant l’approche d’une armée, envoya Abou’l-Aswad et Mmràn, fils de ‘Hoçaïn, tous les deux compagnons du Prophète et docteurs de la loi, pour s’enquérir des intentions d »Aïscha.

Celle-ci était campée à une journée de marche de Baçra, à un endroit nommé Djonîn.

C’est là que la rencontrèrent les deux messagers d »Othmàn, qui lui dirent :  » Notre émir nous envoie pour savoir le motif de ton expédition. « 

‘Aïscha répondit : « Ce n’est point un secret. Des hommes venus de différentes villes de l’empire musulman ont tenu assiégé le prince des croyants ‘Othmàn et ont versé son sang. Je viens pour demander aux habitants de cette ville de s’unir à moi et de me fournir des troupes, afin que je puisse aller à Médinc et venger la mort d »Othman. »

Les messagers allèrent ensuite trouver Tal’ha et lui demandèrent également le motif de son voyage. Tal’ha répondit : « C’est pour venger la mort d »Othmàn. —

— Mais, dirent les autres, tu as prêté serment à ‘Ali !

— Oui, j’ai prêté serment, cédant à la menace du sabre de Màlik al-Aschtar, et à la condition qu »Alî vengerait la mort d »Othmàn. Il ne l’a pas fait, et je suis dégagé de mon serment. Les meurtriers d »Othmàn se trouvent auprès de lui.

Zobaïr ayant donné la même réponse, les deux messagers retournèrent et rendirent compte de leur mission à ‘Othmân, fils de ‘Honaïf. Imràn, fils de ‘Hoçaïn, lui dit : « Il me semble que tu ne devrais pas combattre la femme du Prophète et la mère des croyants; que tu ne de vrais pas t’opposer à son entrée dans la ville, et que tu devrais demander les instructions d »Alî. » 

‘Othmàn, au contraire, voulut résister et demanda à ‘Imrân son concours. ‘Imrân refusa, rentra chez lui et ne sortit plus de sa maison. ‘Aïscha quitta son campement et vint jusqu’à la porte de la ville, où elle fit halte. ‘Othmàn réunit l’armée de Baçra et se prépara à la résistance.

 

Minaret de l'ancienne mosquée de Basra  en Iraq, qui fut fondé en 637 JC par le général Utba bin Ghazwan  radi Allah anhu sur ordre du calife rashidun Omar ibn Al-Khattab (634-644 ) radi Allah anhu
Minaret Anah de Basra en Iraq,

CHAPITRE XCV. TAL’HA ET ZOBAÏR S’EMPARENT DE BAÇRA.

‘Othmân, fils de ‘Honaïf, qui voulait savoir si ‘Aïscha trouverait de l’appui à Baçra, fit appeler un homme de Koufa, nommé Qaïs, fils d’Al-‘Aqadiyya, et lui dit: « Va dans la mos quée du vendredi, et annonce que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha arrivent ici avec l’intention de venger la mort d »Othmàn. Invite le peuple à les repousser, et vois ce que l’on dira. »  

Qaïs ayant fait cette communication dans la mosquée, un homme, nommé Aswad, fils de Sarî’ al-Sa’dî, se leva et dit : « Ces gens ne vous accusent pas d’être les meurtriers d »Othmàn ou d’avoir parmi vous les meurtriers. Ils vous demandent de les aider à venger la mort d »Othmân. Nous les aiderons à tuer ces meurtriers, n’importe en quel lieu nous les trouverons! »

Puis on lança des pierres contre Qaïs et on le chassa.

Il vint rendre compte de sa mission à ‘Othmân, qui fut convaincu alors qu »Aïscha trouverait de l’appui dans la ville de Baçra.

Le lendemain, ‘Aïscha fit son entrée dans la ville avec ses troupes, et s’arrêta sur une vaste place qui se trouvait au milieu de la ville, et qui était appelée Mirbari.

Sa litière, attachée sur le chameau, était entourée de soldats.

Tal’ha se tenait à sa droite, et Zobaïr à sa gauche. ‘Othman, fils de ‘Honaïf, arriva avec ses troupes et se posta sur un des côtés de la place.

Les habitants de Baçra vinrent pour regarder.

Tal’ha les harangua, leur parla d »Othmàn et de ses vertus et de ce qu’on lui avait fait souffrir; puis il ajouta : « Nous voulons poursuivre ses meurtriers et les tuer! »

Zobaïr parla en suite dans le même sens, et ‘Aïscha après lui. Les habitants de Baçra se divisèrent alors en deux partis.

Les uns dirent : « Ils ont raison ; il faut tuer les meurtriers d »Othmàn. »

Les autres dirent : « Non, ils mentent; les meurtriers d »Othmàn ne sont pas à Baçra. Il n’y a que l’armée d »Alî, et c’est ce dernier qu’ils désignent. Mais si c’est ‘Alî qui est l’auteur de la mort d »Othmàn, eux-mêmes étaient avec lui à Médine. Pour quoi donc lui ont-ils prêté serment, et pourquoi, aujourd’hui, rompent-ils leur engagement, et, sous prétexte de venger ‘Othmàn, prennent-ils les armes?  »

L’un des deux partis se rallia autour d »Othmàn, fils de ‘Honaïf, et l’autre se déclara pour la cause d »Aïscha.

Un homme, nommé Djàriya, fils de Qodàma, le Sa’dite (al-Sa’di) , apostropha ‘Aïscha en ces termes: « Par Dieu, le meurtre d »Othmàn est une action moins coupable que celle que tu commets toi-même en déchirant ton voile et en te produisant en public sur ce chameau maudit! Tu oublies le respect que tu dois à la mémoire du Prophète, et tu rejettes le voile de la décence ! Si tu viens ici de ton propre mouvement, c’est contre toi que nous devons prendre les armes, pour remettre sur toi le voile que tu as rejeté. Mais si l’on t’a amenée ici de force, nous devons combattre ceux qui t’ont amenée. Car ils ont commis un attentat à la religion de Dieu et à l’honneur du Prophète, et produit un grand scandale au sein de l’islam, en déchirant le voile de la mère des .croyants. »

Un jeune homme de la tribu des Benî-Sa’d s’avança ensuite et dit: « Ô vous, Tal’ha et Zobaïr, vous qui étiez les disciples et les compagnons du Prophète, vous oubliez, après sa mort, ce que vous lui devez, et vous manquez au respect dû à sa mémoire. Vous cachez vos propres femmes, et la femme du Prophète vous la découvrez et l’exhibez en public devant plusieurs milliers d’hommes.  »

Tal’ha et Zobaïr gardèrent le silence.

Alors ‘Hokaïm, fils de Djabala, de la troupe d »Olhmàn, s’avança et chargea l’armée d »Aïscha, et une lutte s’engagea. Les hommes des deux partis lancèrent , du haut des toits, des pierres les uns contre les autres, la poussière remplit l’air, et le combat devint très-sérieux.

Il dura jusqu’au soir, et il y eut un grand nombre de morts des deux côtés.

A la tombée de la nuit, ‘Aïscha abandonna la place et établit son camp sur le cimetière des Benî-Màzin.

‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, rentra dans son hôtel.

Le lendemain on reprit la lutte, qui dura jusqu’à l’heure de la prière du soir.

Il y eut encore un grand nombre de morts des deux côtés.

Puis ‘Aïscha dit :  » Cessez de combattre; je ne suis pas venue pour verser du sang, mais pour apporter la paix et la concorde.  »

‘Othmàn répliqua : « Il n’y aura pas de paix entre toi et nous, à moins que tu ne te sépares de Tal’ha el de Zobaïr, qui ont rompu le serment qu’ils ont prêté à ‘Ali, et qui ont profané aux yeux de tout le monde la pudeur du Prophète. »

‘Àïscha dit :  » Ils déclarent n’avoir prêté le serment que contraints par la force. »

Ils mentent, répliqua ‘Othmàn. Tu n’y étais pas, mais moi j’y étais!

Puisqu’il en est ainsi, dit ‘Aïscha, envoyons quelqu’un à Médine pour invoquer le témoignage des habitants de cette ville. Si ces hommes n’ont prêté le serment que par crainte, ils seront justifiés; tu quitteras Baçra, et tu leur abandonneras la ville. Mais s’il est constaté qu’ils ont prêté le serment de leur plein gré, et qu’ils ont fait défection et rompu leur serment, alors le droit sera de votre côté, et je les ferai sortir de Baçra. En attendant le retour du messager, ne quitte pas la ville, ne la leur livre pas non plus. Qu’une moitié soit administrée par toi, et l’autre moitié, par Tal’ha et Zobaïr. Tu présideras la prière pour la moitié de la population, et pour l’autre moitié ce sera ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui présidera d’après mes ordres. Quant aux deux armées, elles seront tenues de vivre en paix l’une à côté de l’autre. On rédigea par écrit cette convention et l’on envoya à Médine Ka’b, fils de Sowar, homme versé dans la loi et très-pieux, qui avait été nommé par ‘Omar juge de Baçra. »

‘Aïscha adressa une lettre collective aux compagnons du Prophète et aux habitants de Médine, et leur demanda leur témoignage. Ka’b partit. Les deux armées campaient en face l’une de l’autre.

Dans la grande mosquée, un côté était réservé à ‘Othmàn, qui présidait la prière de son parti, et l’autre côté à ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et à son parti. Cet état de choses dura vingt-six jours.

Lorsque ‘Ali en eut connaissance, il écrivit à’Othmàn, fils de ‘Honaïf, en ces termes : « Pourquoi permets-tu de révoquer en doute ce dont tu es certain? N’étais-tu pas à Médine lorsque Tal’ha et Zobaïr m’ont prêté serment, et n’as-tu pas vu qu’ils n’étaient nullement menacés ? Maintenant garde ton poste jusqu’à ce que j’arrive avec l’armée.  »

Ali avait donné le gouvernement de Médine à Temmàm, fils d »Abbàs, et le commandement de la garnison à Sahl, fils de ‘Honaïf.

Ka’b, en arrivant à Médine, convoqua le peuple dans la mosquée, lui donna connaissance de la lettre d »Àïscha et dit : « Parlez. Tal’ha et Zobaïr ont-ils prêté serment de leur plein gré ou ont-ils cédé à la menace?  »

Personne ne répondit.

Enfin Osàma, fils de Zaïd, se leva et dit :  » Tal’ha et Zobaïr ont prêté serment sous la menace du sabre de Màlik al- Aschtar.

Temmàm, fils d »Abbàs, dit à Sahl, fils de ‘Honaïf:  » Tombe sur ce menteur! »

Sahl le serra, la multitude se précipita sur lui, le maltraita et le foula aux pieds; il aurait été tué, si Çohaïb, fils de Senàn, Abou-Ayyoub et Mo’hammed, fils de Maslama, ne l’avaient pas soustrait aux mains de la foule.

Ils dirent à Osàma :  » Pourquoi dis-tu de telles paroles? » et, s’adressant au peuple, ils s’écrièrent :  » Pourquoi maltraiter ce pauvre homme? Nous savons que Tal’ha et Zobaïr ont été contraints de prêter le serment!  »

Après avoir fait sortir Osàma de la mosquée, ils lui dirent : « Avais-tu besoin de parler ainsi, et de nous obliger, pour te sauver la vie, à donner un faux témoignage? »

Ka’b, le messager d »Aïscha . retourna àBaçra,et lui rendit compte de ce qu’il avait vu. ‘Aïscha l’envoya vers ‘Othmàn. fils de Honaïf, pour lui faire part de ce qui s’était passé et pour l’engager à livrer la ville.

‘Othmàn répondit : « J’ai reçu une lettre d »Alî, qui ne ratifie pas l’arrangement conclu par moi et qui me prescrit de rester jusqu’à ce qu’il arrive. »

Ka’b rapporta cette réponse à ‘Aïscha. Tal’ha et Zobaïr dirent : « Voilà qui change la situation. »

Ils invitèrent ‘Othmàn à leur abandonner le palais du gouvernement; mais ‘Othmàn refusa.

Au moment de la prière du coucher, lorsque ‘Abd-er-Ra’hmàn . fils d »Attàb, avait, selon sa coutume, présidé la prière de ses partisans.

Tal’ha et Zobaïr dirent aux partisans d »Othmàn. fils de ‘Honaïf :  « Pourquoi n’avez-vous pas prié avec ‘Abd-er- Ra’hmàn? » 

Ils répondirent :  » ‘Othmàn est encore à la maison, et nous voulons prier avec notre propre imàm. »

Tal’ha dit : « Votre imàm est destitué; car une lettre arrivée de Médine a confirmé ce que nous avions dit. »

— Notre imàm, répliquèrent les autres, est ‘Alî, et nous savons qu »Othmàn reconnaît son autorité.

On discuta, puis on en vint aux armes dans la mosquée, et il y eut plusieurs morts. Tal’ha et Zobaïr envoyèrent cent hommes pour s’emparer de la personne d »Othmàn.

Ceux-ci se rendirent à l’hôtel  (dar al imara) d »Othmàn, et tuèrent les quarante hommes qui le gardaient. Tal’ha et Zobaïr occupèrent l’hôtel du gouvernement et retinrent ‘Othmàn prison- nier. Ils voulaient le tuer, mais ‘Aïscha s’y opposa. Elle dit : C’est un vieillard et il a été dans l’intimité du Prophète. Alors ils le firent amener pendant la nuit, lui firent raser la barbe, les moustaches et les sourcils, et le firent relàcher. ‘Othmàn alla rejoindre ‘Alî, qui, en le voyant, ne le reconnut pas, jusqu’à ce qu’il lui dît son nom. ‘Alî s’écria : O ‘Othmàn, tu m’as quitté vieillard, et tu reviens imberbe!

Tal’ha et Zobaïr s’emparèrent du gouvernement de Baçra, et mirent la main sur le trésor public.

Le lendemain ils vinrent à la mosquée, montèrent en chaire et haranguèrent le peuple.

Ils dirent:  » Vous savez, ô musulmans, quelles étaient les vertus d’Othmàn, fils d »Affàn. Le peuple ne se plaignait de lui qu’à cause de ses agents, qui pratiquaient l’injustice. Nous voulions, par les reproches que nous lui faisions, l’amenerà changer de conduite, mais nous ne voulions pas qu’il fût tué. Cependant des émeutiers vinrent à Médine et le tuèrent. Maintenant nous voulons venger sa mort et faire périr ses meurtriers. »

Zobaïr, qui se tenait sur la chaire à côté de Tal’ha, approuvait tout ce que celui-ci disait.

Un des assistants se leva et dit : « O Abou-Mo’hammed Tal’ha, les lettres que tu nous as envoyées de Médine contenaient sur ‘Othmàn un tout autre langage que celui que tu tiens aujourd’hui !  »

Tal’ha rougit, et Zobaïr s’écria : »  Vous n’avez reçu aucune lettre de moi !  »

Le même homme répliqua :  » Si nous n’en avons pas reçu nous-mêmes, les gens de Koufa en ont reçu! »  

En effet, Tal’ha avait la confiance des gens de Baçra, et Zobaïr, celle des gens de Koufa.

Une autre fois, Tal’ha, étant monté en chaire, fit l’éloge d »Othmàn et parla contre ‘Alî.

Un homme de la famille des ‘Abdou’l-Qaïs se leva et dit : « Vous avez prêté à ‘Alî le serment de fidélité, que vous avez rompu. Maintenant vous dites du mal de lui, quoique vous ne puissiez produire contre lui aucune accusation; car, depuis qu’il exerce le pouvoir, il n’a encore pris aucune mesure contre laquelle on ait pu s’élever.  »

Les gens de Tal’ha et de Zobaïr tirèrent leurs sabres.

Ils furent assaillis par un grand nombre de Benî-‘Abdou’l-Qaïs. et il s’éleva du tumulte.

Alors Tal’ha, qui avait voulu, dans la suite de son allocution, prononcer la déchéance d »Ali et se proclamer calife, descendit de la chaire, de même que Zobaïr; ils se rendirent ensemble dans le palais du gouvernement et donnèrent l’ordre de rechercher tous ceux qui étaient allés à Médine pour tuer ‘Othman.

Ils firent distri buer à la foule tout l’argent qui se trouvait dans le trésor public, et il s’ensuivit des dénonciations de tous côtés. Les personn.es dénoncées furent massacrées.

‘Horqouç, fils de Zohaïr, seul , réussit à s’échapper. Tal’ha et Zobaïr adressèrent à Mo’àwiya une lettre, par laquelle ils lui annonçaient qu’ils venaient d’exterminer dans Baçra tous ceux qui avaient pris part au meurtre d »Othmàn, et qu’ils se disposaient à marcher contre ‘Alî.

Ils invitaient Mo’àwiya à en faire autant. Ils envoyèrent des lettres pareille à Koufa et à Médine, et à chacune de ces lettres était jointe une lettre d »Aïscha.

Les lettres de Tal’ha et de Zobaïr portaient une suscription ainsi conçue : «De la part des serviteurs de Dieu, Tal’ha el Zobaïr, vengeurs de la mort du prince des croyants, ‘Othmàn.»

Les lettres d »Aïscha portaient : «De la part d »Aïscha, mère des croyants, vengeresse de la mort d’Othmàn.»

Tal’ha et Zobaïr déclaraient publiquement qu »Alî était l’auteur de la mort d »Othmàn, et ils demandaient au peuple l’engagement de prendre les armes contre lui.*

Représentation certainement chiite du 4eme calife rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu
Représentation païenne (obsession du soleil) chiite du 4eme calife rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu

L’homme qui, dans la mosquée, avait défendu la cause d »Ali s’appelait ‘Hokaïm, fils de Djabala. Tal’ha et Zobaïr le firent rechercher, mais on ne le trouva point.

Lorsqu’il apprit les propos tenus par eux, il sortit de sa retraite.

Lui, son fils Aschraf et son frère ‘Alî. qui étaient les plus fameux guerriers de Baçra , vinrent à la porte de la mosquée, où Tal’ha, ha ranguant la foule, prononça la déchéance d »Alî et demanda que le peuple s’engageât envers lui et envers Zobaïr à faire la guerre à ‘Alî.

‘Hokaïm, son frère et son fils entrèrent dans la mosquée, et ‘Hokaïm dit : « Ö Tal’ha et  ô Zobaïr! craignez Dieu, et ne manquez pas au serment que vous avez prêté à ‘Alî; ne vous insurgez pas contre Dieu. »

Tal’ha lui dit :  » Je te fais rechercher partout, et tu es à Baçra? »

Puis il donna l’ordre de l’arrêter. Mais il fut impossible d’exécuter cet ordre, car il y avait dans la mosquée un grand nombre de gens de la tribu d »Abdou’l-Qaïs, qui protégèrent et qui firent sortir ‘Hokaïm de la mosquée.

Tal’ha interrompit son sermon, se précipita sur leurs traces, avec ses propres gens; les Benî- ‘Abdou’l-Qaïs voulurent résister; mais, après que ‘Hokaïm, puis son fils, et ensuite son frère, eurent été tués, ils se mirent à fuir.

Soixante et dix hommes de la tribu d »Abdou’l- Qaïs trouvèrent la mort dans cette affaire, et les autres quit- Icrent la ville, tandis que Tal’ha et Zobaïr achevaient de faire prêter le serment d’obéissance aux autres habitants.

Tout cela se passa au mois de rabî’a second de l’an 36 de l’hégire. Ensuite, Tal’ha et Zobaïr envoyèrent des messagers dans toutes les provinces pour demander des troupes.

Mais lors qu’ils furent informés qu »Alî était campé à Dsou-Qàr, qu’il y rassemblait des forces, et qu’il avait un grand nombre d’adhérents à Baçra, ils furent très-inquiets; car ils s’aper çurent alors de la gravi té de leur entreprise.

Ils ne pouvaient ni avancer ni reculer, et ils ne recevaient des troupes d’au cun côté, ni de l »lràq, ni de la Syrie.

Ils convoquèrent le.» habitants de Baçra, et Tal’ha les harangua.

Il leur dit:’Alî est campé à Dsou-Qàr et se croit en sûreté.

Il nous faudrait mille cavaliers pour aller le surprendre; peut-être Dieu délivrera-t-il les hommes de lui.

Personne ne répondit à cet appel: Zobaïr s’écria : « Pourquoi donc nous avez-vous prêté serment, puisque, au moment où nous vous demandons assistance, vous ne voulez pas agir? »

Personne ne répondit.

Zobaïr dit: « Il n’y a ni force ni pouvoir qu’en Dieu ! C’est là une rébellion de nature à étonner les hommes. »

Représantation du 19 eme siècle de la mère des croyants aisha (radi Allaj anha) face à  al-Amir al-Muminin Ali ibn Abu Talib (radi Allah anhu) lors de la journée du Chameau.
Représentation du 19 eme siècle de la mère des croyants Aisha (radi Allah anha) face à al-Amir al-Muminin Ali ibn Abu Talib (radi Allah anhu) lors de la journée du Chameau.

CHAPITRE XCVI. •LA JOURNÉE DU CHAMEAU 

 ‘Alî, ayant eu connaissance de ces faits, envoya également des lettres dans les différentes provinces, et principalement à Koufa, pour demander des troupes; car il croyait que les habitants de cette dernière ville lui étaient dévoués, parce qu’Abou -] llousa al-Asch’arî l’avait constamment rassuré à cet égard.

Mais les habitants de Koufa n’étaient pas pour la cause d »Ali, non plus qu’Abou Mousa, qui le trompait ainsi dans ces lettres, pour conserver son gouvernement.

Or ‘Alî écrivit aux habitants de Koufa :  » C’est vous que j’ai choisis d’entre tous les hommes. Quand j’en aurai fini avec cette guerre, j’ai l’intention d’aller m’établir au milieu de vous. Réunissez autant de troupes que vous pourrez en réunir et envoyez-les-moi. »

Il fit porter cette lettre par Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr, et Mo’hammed, fils de Dja’far, fils d’Abou- Tàlib.

Il en adressa une autre à Abou-Mousa en ces termes :  » Il faut que tu excites le peuple à la guerre, et que tu m’en voies autant de troupes que tu pourras. »

Il pensait, en effet, qu’Abou-Mousa lui était dévoué.

Lorsque les messagers d »Alî arrivèrent à Koufa, la lettre de Tal’ha et de Zobaïr y était déjà parvenue, et Abou-Mousa avait dit au peuple qu’il fallait partir et aller tuer les meurtriers d »Othmàn.

Les habitants vinrent alors lui demander son avis au sujet du message d »Alî.

al-Amir al-Muminin Ali  radi Allah anhu et al-Oum al-Muminin  Aïcha radi Allah anha à la bataille du Chameau
al-Amir al-Muminin Ali radi Allah anhu et al-Oum al-Muminin Aïcha radi Allah anha à la bataille du Chameau

Abou-Mousa dit:  » Il fallait marcher lorsque ‘Othmàn vivait encore, pour aller à son secours et empêcher sa mort. Mais pourquoi partir à présent? S’il faut prendre les armes contre quelqu’un, c’est contre celui qui l’a tué. »

Les envoyés d »Ali dirent : « N’as-tu pas honte, ô Abou-Mousa, et n’es-tu pas lié par ton serment envers ‘Alî?  »

— N’étiez-vous pas liés, répliqua Abou-Mousa, par votre serment envers ‘Othmàn?

— Certainement, répondirent les autres.

— Pourquoi donc, reprit Abou-Mousa, l’avez-vous tué?

— Qui l’a tué?

— D’abord toi, qui es Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr!

Les messagers d »Ali s’en retournèrent et rapportèrent les paroles d’Abou-Mousa à ‘Alî. Celui-ci fut très-affligé.

Puis il envoya Màlik al-Aschtar et ‘Abdallah, fils d »Abbàs, avec un nouveau message pour les habitants de Koufa, et adressa une nouvelle lettre à Abou- Mousa. Arrivés à Koufa, les deux ambassadeurs se rendirent à la grande mosquée et donnèrent au public connaissance de la lettre d »Alî.

Abou-Mousa monta en chaire, harangua le peuple et dit :  » Nous sommes, ô musulmans, dans un temps de trouble. Deux hommes d’entre les Qoraïsch se présentent avec des prétentions au pouvoir: l’un est ‘Alî; l’autre, Tal’ha. Que ceux qui sont attachés à ce monde partent; mais que ceux qui désirent l’autre monde restent. Il aurait fallu marcher lorsque ‘Othmàn était encore vivant. »

Quand Abou-Mousa fut descendu de la chaire, ‘Abdallah, fils d »Abbàs, lui dit : « Crains Dieu, Abou-Mousa! Tu détournes le peuple du Jihad ! »

Abou-Mousa répliqua : « Fils d »Abbàs, il faut d’abord rester fidèle au serment prêté à ‘Othmàn, avant de le prêter à un autre. Venge d’abord la mort d »Othmàn, avant de venir réclamer notre concours. »

Màlik et ‘Abdallah s’en retournèrent auprès d »Alî, qui, en apprenant ces faits, se laissa aller au désespoir. Enfin il fit partir pour Koufa son fils ‘Hasan et ‘Ammàr, fils de Yàsir.

Le lendemain de leur départ, Màlik al-AschIar dit à ‘Ali :« Prince des croyants, à moins de faire disparaître Abou-Mousa, tu ne seras pas maître du peuple. Envoie-moi pour le mettre à la raison. « 

Va, lui dit ‘Alî.

Et Màlik partit. En arrivant à Koufa, ‘Ammàr et ‘Hasan se rendirent à la grande mosquée, où tous les habitants distingués de la ville vinrent rendre hommage à ‘Hasan. Abou-Mousa vint égale ment.

Le premier qui prit la parole fut Masrouq, fils d’Al- Adjda’, disciple d »Abdallah, fils de Mas’oud.

S’adressant à ‘Ammàr, il lui dit:  » Père de Yaqlàn, pourquoi avez-vous cru légitime de tuer ‘Othmàn?  »

‘Ammàr répondit :  » Parce qu’il avait insulté le peuple en paroles, qu’il avait mis la main sur le trésor public, et qu’il se croyait permis d’appauvrir les musulmans; parce qu’il donnait tout le pouvoir à ses proches et la domination du monde entier aux Benî-Omayya.  »

Abou- Mousa dit : « C’est toi qui as tué ‘Othmàn! »

— Je ne l’ai pas tué, répliqua ‘Annnàr, mais je n’ai pas été fâché de sa mort.

‘Husan, fils d »Alî, dit ensuite :  » Pourquoi, ô Abou-Mousa, empêches-tu les hommes de venir à notre aide?  »

Abou-Mousa répondit :  » Je ne les retiens pas; mais comme ils me demandent mon avis , je ne puis faire autrement que de leur exprimer sincèrement mon sentiment; car le Prophète a dit : « Donnez aux croyants des conseils sincères, et lorsqu’ils demandent un avis, dites la vérité. » Or il s’agit ici d’une guerre civile, dont Dieu a affligé l’humanité. Il vaut mieux s’en tenir éloigné.  »

‘Ammàr, lui coupant la parole, dit: « Ce n’est pas à toi que le Prophète a dit une telle parole; car tu ne sais pas distinguer le vrai du faux!  »

Un homme de la tribu de Temîm (al-Tamimi) dit à ‘Ammàr : « Tu n’es pas un assez grand personnage pour insulter notre gouverneur! »

‘Hasan apostropha vivement cet homme.

Les assistants exprimèrent ensuite leurs opinions : les uns furent pour ‘Alî, les autres parlèrent dans le sens d’Abou- Mousa, voulantque la mort d »Othmàn fût vengée.

Abou-Mousa les engagea à reprendre leurs places, monta en chaire et ha rangua le peuple. Il dit : « Dans les temps de guerre civile, le vrai et le faux sont entremêlés, et tous ceux qui prennent part à ces guerres sont appelés auteurs de discordes civiles. Restez chez vous. Lorsqu’un suppliant vient à votre porte et demande protection, assistez-le; mais ne sortez pas de vos maisons pour porter du secours. »

‘Hasan dit :  » De quel droit occupes-tu la chaire, qui, aujourd’hui, appartient légalement au prince des croyants, ‘Alî? Si tu ne lui es pas attaché par le serment de fidélité, comment peux-tu y monter? Descends!  »

Zaïd, fils de Çou’hàn, dit ensuite : « O Abou-Mousa, tous ces hommes sont disposés à marcher au secours d »Alî. Tu ne peux pas les en dissuader. »

Puis, Qa’qà’, fils d »Amr, se leva et dit : « Musulmans, vous connaissez la sincérité de mes conseils et ma prudence. Eh bien, écoutez-moi; partez. et tous tant que vous cles, grands et petits, allez rejoindre ‘Alî pour lui porter aide. Ne prêtez pas l’oreille à de mauvaises suggestions et ne suivez pas l’avis d’Abou-Mousa. C’est moi et mon frère Ça’ça’a (Sa’saa) qui marcherons les premiers. »

Saï’hàn, fils de Çou’hân, harangua ensuite l’assemblée en ces termes : « Les hommes ne peuvent pas demeurer sans un imàm qui veille au maintien de la religion parmi eux, qui règle les affaires temporelles, qui rende la justice, qui réprime les oppresseurs et qui assiste les opprimés. Et le droit d’exercer ces fonctions appartiendra surtout à celui qui sera le plus savant en tout ce qui concerne la religion , qui sera le plus proche parent du Prophète et qui sera le plus pieux. Or toutes ces qualités se trouvent réunies dans ‘Alî. Il a le droit pour lui. En vous appelant, il veut arriver à une décision entre lui et ses adver saires, afin que la discorde cesse et que la vérité soit séparée du mensonge. Répondez à son appel et donnez-lui votre assistance. »

Ensuite Hasan monta en chaire et parla en ces termes: « Musulmans, ‘Alî est votre imàm. Quelques hommes, qui veulent allumer la guerre civile parmi les musulmans, ont manqué à leur serment et se sont révoltés contre Dieu et contre l’imàm. ‘Alî, le prince des croyants, vous appelle, afin que, appuyé sur vous, il puisse rappeler ces hommes à leur devoir, leur adresser des paroles de conciliation, et s’ils ne les acceptent pas, agir envers eux conformément à ce que Dieu décidera. Musulmans, marchez à son secours. N’hésitez point, et ne vous regardez pas les uns les autres; car chacun est puni pour ses propres fautes et récompensé pour ses propres actions méritoires. »

Tous les assistants acclamèrent ‘Hasan et s’écrièrent : « Nous sommes prêts ! Nous marcherons et offrirons nos vies pour toi et pour ‘Ali, le prince des croyants! »

Hind, fils d » Amr, prit ensuite la parole et dit : « Musulmans, voilà le fils du prince des croyants, ‘Alî, et le rejeton du Prophète, chair de sa chair, que le prince des croyants envoie ici comme messager. Voyez combien il vous honore, en vous envoyant son propre fils, le petit-fils du Prophète! Partez tous, tant que vous êtes, jeunes et vieux, et allez offrir vos corps et vos Ames à ‘Alî. « 

— Nous sommes prêts, répliquèrent les assistants.

Abou-Mousa, réduit au silence et à la honte, assistait à cette scène du haut de la chaire, et il redoutait le ressentiment d »AIî.

Sur ces entrefaites, Màlik al-Aschtar arriva à Koufa et se rendit au palais du gouvernement. Il dit aux serviteurs d’Abou- Mousa : « Que faites-vous ici ? Sortez ! »

Ils répliquèrent : « Nous ne quitterons la place que quand notre maître arrivera. Màlik les assaillit avec un bâton de fer et les chassa du palais avec leurs têtes injuriées.

Ils vinrent dans cet état à la mosquée et crièrent : « Au secours ! Màlik al-Aschtar est venu et nous a chassés du palais. « 

Abou-Mousa , qui avait de grandes richesses chez lui, descendit de la chaire et sortit, accompagné de la foule. Màlik al-Aschtar se tenait à la porte du palais, et lors que Abou-Mousa voulut entrer, il lui dit : « Hypocrite, le palais du gouvernement appartient à ‘Alî, le prince des croyants; qu’as-tu à y faire , toi qui empêches ces hommes de marcher à son secours? »

Abou-Mousa répliqua : « Accorde-moi un délai d’un jour, afin que je puisse chercher une autre résidence. »

— Je ne t’accorderai pas une heure, dit Màlik, et il fit jeter dans la rue tout ce qui se trouvait dans la maison, en fait de vêtements et de tapis, et tout fut pillé par la foule.

Abou- Mousa demanda gràce à Màlik. Celui-ci lui dit : « Voilà tous ces hommes, contre lesquels tu as indisposé Dieu, le Prophète et ‘Ali!  »

Il lui accorda ensuite un délai jusqu’au soir du même jour, pour qu’il put se rendre dans un autre lieu et emporter son mobilier. ‘Hasan, ‘Amuiàr et Màlik passèrent la nuit au palais du gouvernement.

Le surlendemain, ‘Hasan se mit en route, suivi de sept mille  hommes. Trois jours après, Màlik partit avec douze mille hommes complétement armés et équipés, et accompagné de tous les hommes de marque qui se trouvaient à Koufa.

‘Alî, informé de l’arrivée de ces guerriers , alla à leur rencontre à la distance d’une journée de marche, leur fit un accueil gracieux et leur dit : « Je veux faire, ô gens de Koufa , que vous deveniez la qibla de l’islam et le centre de la foi. Du temps d »Omar, vous avez lutté pour porter la religion musulmane dans l’Orient. A présent je vous-ai appelés pour que vous me prêtiez aide contre nos frères opposants , que je désire ramener à leur devoir. S’ils écoutent ma voix, je les recevrai en gràce et je pardonnerai le passé. S’ils refusent, nous attendrons; et s’ils commencent à nous attaquer, nous prierons Dieu pour qu’il nous en délivre. Nous tenterons tous les moyens pacifiques. »

‘Alî fit camper ces troupes à Dsou-Qàr. Le lendemain, ‘Alî envoya Qa’qà’ à Baçra, pour inviter ses adversaires à reconnaître son autorité et pour leur parler un langage conciliant. Arrivé à Baçra, ‘Qa’qà eut une entrevue avec ‘Aïscha , Tal’ha et Zobaïr, qui lui demandèrent quel était le but de sa mission.

Qa’qà’ répondit : « Je viens pour arranger la paix parmi les musulmans. Quels sont vos propres desseins? »

Ils répliquèrent : « Nous voulons venger la mort d »Othmàn, et nous voulons la paix. »

Qa’qà’ dit :  » Votre première proposition ne s’accorde pas avec la seconde; car vouloir venger la mort d »Othmàn, c’est la discorde et non la paix. Vous avez tué: à Baçra trois cents hommes, et parla vous avez excité contre vous le désir de la vengeance dans trois cent mille. Plus vous avancerez dans cette voie, plus vous ferez croitre ce sentiment. Ce serait d’une discorde et non la paix. »

— Tu as raison, répliqua ‘Aïscha, mais quelle est ta proposition?

— Il faut, dit Qa’qà’, faire cesser la guerre civile, effacer les dissensions et chercher l’amnistie. La clef de l’amnistie est entre vos mains: si vous en ouvrez la porte, vous serez sau vés, sinon la calamité tombera d’abord sur vous, puis sur d’autres.

— C’est très-vrai, dit ‘Aïscha; si ‘Alî est dans les mêmes sentiments, l’affaire pourra s’arranger.

Qa’qà’ revint auprès d »Alî et lui dit : Ils inclinent vers la conciliation. Le bruit se répandit dans Baçra qu’on allait faire la paix. ‘Alî leva son camp et vint sous les murs de Bacra.

S’adressant aux troupes de Koufa, il dit: « Soldats, que tous ceux parmi vous qui étaient venus à Médine pour tuer ‘Othmàn nous quittent. »

Or il y avait dans leurs rangs un grand nombre de ceux qui avaient pris part à l’expédition contre ‘Othmàn , principalement Màlik al-Aschtar, ‘Adi, fils de ‘Hàtim le Tayyite, et plusieurs autres parmi les plus marquants.

Ceux- ci se réunirent et dirent : « On s’occupe de faire la paix. Or la conclusion de cette paix est une menace contre notre vie. Si la paix est réellement conclue, il nous faudra quitter ce pays et aller nous cacher en Occident (al-Ifriqiya) ou dans le Yemen, ou dans une contrée plus éloignée.

‘Adî, fils de ‘Hatim, prit la parole et dit : « Les hommes tiennent à ce monde à cause de leurs amis, de leurs familles et de leur patrie. Si nous de vions quitter notre patrie pour l’étranger, que nous importe la vie? »

Màlik al-Aschtar dit : « Nous devrions tomber sur ‘Ali et le tuer. Alors nous n’aurions rien à craindre de Tal’ha ni de Zobaïr. »

« Ce plan, dirent les autres, ne vaut rien; car si nous tuons ‘Ali, Tal’ha et Zobaïr ne nous en sauront pas gré, et eux-mêmes seront nos principaux ennemis. Si, au contraire, nous tuons Tal’ha et Zobaïr, ce sera d »Alî que viendra le danger. Je voudrais que nous n’eussions jamais fait l’expédition contre ‘Othmân. »

Ces hommes résolurent en suite d’attendre le résultat des négociations; dans le cas d’un arrangement pacifique, de quitter le pays, ou, si l’on en venait aux armes, de porter leur concours à celui des deux partis qui aurait les meilleures chances de victoire.

A la tombée de la nuit, un homme de Baçra, nommé Abou-‘Harb, vint trouver Tal’ha et Zobaïr et leur dit : « Donnez-moi mille hommes. Je veux tomber sur ‘Alî, qui, croyant que vous voulez faire la paix, n’est pas sur ses gardes.  »

Tal’ha et Zobaïr répondirent: « Nos adversaires sont des musulmans, et ‘Ali est le fils de l’oncle du Prophète; ce n’est pas un Chosroès, ni un César de Roum. Jamais il n’est arrivé que les membres d’une même nation aient combattu les uns contre les autres. Nous appartenons, eux aussi bien que nous, au même peuple, et nous avons la même religion. »

Dans cette même nuit, une proposition pareille avait été faite à ‘Ali par un de ses partisans, et il l’avait également déclinée.

Le lendemain, ‘Ali reçut la visite d’Ahnaf, fils de Qaïs, chef des Beni-Temim, qui habitaient Baçra, au nombre de douze mille hommes.

A’hnaf avait prêté le serment de fidélité à ‘Alî, et lorsque Tal’ha et Zobaïr étaient arrivés à Baçra, il s’était éloigné, et était allé demeurer dans un de ses villages.

Au moment où ‘Alî avait paru devant la ville, les Benî-Temîm s’étaient rendus auprès de leur chef et lui avaient dit : « C’est à ‘Ali que tu as juré obéissance , et non à Tal’ha et Zobaïr. Si tu ne vas pas te mettre à ses ordres, il fera, quand il sera victorieux, exterminer tous les Beni-Temîm. »

Ahnaf vint donc trouver ‘Ali, à qui il voulait persuader de reconnaitre sa neu tralité dans la lutte. H lui dit : Prince des croyants, les Benî- Temîm pensent que, si tu es victorieux, tu les feras tous mourir cl que tu emmèneras leurs enfants comme esclaves.

— « Que Dieu m’en garde ! s’écria ‘Alî. Jamais je ne ferai une pareille chose. Je làcherai , autant que je le pourrai, de n’employer que des moyens pacifiques, et d’éviter l’effusion du sang. »

A’hnaf dit: « Je suis lié envers toi par mon serment; mais si je me joins à toi, Tal’ha et Zohaïr ne permettront pas aux Benî-Temîm de quitter Baçra. Si, au contraire, je reste avec eux , je ne permettrai pas même à un enfant des Benî-Sa’d et des Benî-Temîm d’aller combattre contre toi. Aimes-tu mieux que je vienne me placer sous tes drapeaux, seul, ou que je reste chez moi et que j’empêche dix mille hommes d’augmenter le nombre de tes adversaires? »

‘Ali répliqua : « Je préfère que tu restes chez toi et que tu tiennes en bride ces deux tribus. »

A’hnaf le quitta et alla s’établir à Wàdî’s-Seba, à proximité de Baçra, et aucun guerrier des Benî-Sa’d ni des Benî-Temîm ne prit part à la lutte.

‘Alî fit engager les gens de Baçra à sortir de la ville en vue d’un arrangement pacifique; mais personne ne vint. Trois jours s’étant passés ainsi, ‘Alî quitta son camp à cheval , s’avança au milieu entre les deux armées, et appela Tal’ha et Zobaïr, en disant: « Je vous adjure, au nom de Dieu et du Prophète, de venir ici, afin que je vous parle. »

Scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
Scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory »

 

Tal’ha et Zobaïr se présentèrent, et s’étant approchés d »Alî si près que les têtes de leurs chevaux touchaient la tête du cheval du calife, celui-ci leur parla ainsi : « Mes frères, vous avez préparé une armée et des armes. Si Dieu vous demandait pourquoi vous me faites la guerre, quelle raison pourriez-vous alléguer? N’êtes-vous pas liés envers moi par votre serment ? Ne sommes-nous pas frères et musulmans? Nous avons prié en semble avec le Prophète et nous avons vécu ensemble dans son intimité. Qu’ai-je donc fait pour mériter à vos yeux la mort? »

Tal’ha répliqua : « C’est toi qui as fait naître la conspiration qui avait pour but de tuer ‘Othmàn. »

‘Alî dit : « Dieu seul est notre juge. Allons, étendons nos mains vers lui et disons : Seigneur, frappe de ta malédiction celui qui a été le plus content de la mort d »Othmàn ! Nous verrons alors quel sera celui qui sera frappé de la malédiction divine. »

Tal’ha garda le silence. ‘Alî, s’adressant ensuite à Zobaïr, lui dit : « Te rappelles-tu qu’un jour, à Médine, j’étais assis dans le quartier des Benî-Hàschim , lorsque tu passas près de moi avec le Prophète? Celui-ci m’ayant regardé en souriant, tu lui dis: « Tu ne regardes jamais le fils d’Abou-Tàlib sans lui sourire ». Le Prophète te répondit : « O Zobaïr, il viendra un jour où lu dirigeras une armée contre lui et où tu lui feras la guerre, et tu commettras une action injuste. Alors, ô Zobaïr, crains Dieu! »

Zobaïr pencha la tête, et, après un certain temps, il dit: « Si la parole que tu viens de me rappeler, ô ‘Alî, avait été dans ma mémoire, je ne serais jamais venu ici, et, par Dieu ! je ne ferai jamais la guerre contre toi ! »

Ses yeux se remplirent de larmes, et il se retira. ‘Alî retourna à son camp. Zobaïr alla trouver ‘Aïscha et lui déclara qu’il était dans l’intention de s’en retourner, et qu’il ne voulait pas faire la guerre à ‘Alî.

‘Aïscha fit appeler Tal’ha et ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et se plaignit de l’attitude de Zobaïr.

Tal’ha et ‘Abd allah se rendirent auprès de Zobaïr et lui dirent : « Nous n’aurions point dû venir ici. Mais à présent que nous voici à la tête d’une année, maintenant que nous avons fait l’appel des guerriers, que nous avons déclaré vouloir venger la mort d »Othmàn, que nous avons tué tant de gens de Baçra, et que les deux armées sont en présence, si nous reculons, on dira que ce qui nous fait agir ainsi n’est pas la crainte de Dieu, mais la crainte d’AIî. »

Ils parlèrent tant. que Zobaïr sc rendit enfin à leurs raisons. Il dit: « Mais que ferai-je de mon serment? »

— Affranchis un esclave, répondirent-ils.

Zobaïr avait un esclave, nommé Mak’houl, auquel il donna la liberté le jour du combat.

‘Imràn, fils de ‘Houçaïn, compagnon du Prophète, fit un appel aux Benî-‘Adî et les empêcha de prendre aucune part à la lutte.

Il suivait ainsi l’exemple d’Ahnaf, fils de Qaïs.

Les habitants de Baçra étaient donc divisés en trois factions : l’une avait embrassé la cause de Tal’ha et de Zobaïr; l’autre, relle d »Alî , et la troisième se tenait à l’écart.

Il y avait dans la ville un grand nombre de guerriers de la tribu de Qaïs, qui se rendirent tous auprès d »Aiî.

Celui-ci passa la revue de son armée, qui se trouvait être forte de vingt mille hommes, tandis que celle de Tal’ha et de Zobaïr se composait de trente mille. Les deux armées campèrent en face l’une de l’autre.

Cependant ‘Abdallah, fils d »Abbàs, et le fils de Tal’ha étaient chargés de s’entendre sur la paix, qui devait être conclue définitivement à une nouvelle entrevue, le len demain matin.

Dans les deux camps, tout le monde dormait en toute sécurité, excepté ces hommes qui avaient tué ‘Othmàn et qui étaient fort inquiets. Ils se réunirent et dirent entre eux : « On va faire la paix, et notre sang en sera le prix. Faisons éclater la lutte entre les deux armées avant que le jour arrive, et personne ne saura que nous sommes les auteurs de cet acte. »

A la pointe du jour, ces hommes, divisés en trois groupes, se jetèrent sur l’armée de Tal’ha et de Zobaïr, sur trois points différents.

Les soldats de cette armée, ainsi attaqués, s’étant d’abord retirés, revinrent bientôt et tombèrent sur les tronpes d »Alî.qui prirent leurs armes en criant : « Nous sommes trahis! » 

La lutte s’engagea, sans que personne sût comment elle était née.

Tal’ha et Zobaïr s’écrièrent : « En avant ! Nous savions bien que le fils d’Abou-Tàlib ne ferait pas la paix ! »

Quand le jour fut levé, la bataille avait commencé. Les hommes qui en étaient les auteurs, tels que Màlik al-Aschlar et ‘Adî, fils de ‘Hàtim, et qui s’étaient retirés de l’armée, vinrent trouver ‘Alî et lui dirent : « Tu nous as fait quitter l’armée par amour de Tal’ha et de Zobaïr. Nous savions bien qu’il n’y avait à attendre d’eux que la trahison. Mais à présent nous voulons jouer notre vie pour toi. »

Ils se jetèrent sur l’ennemi, et la lutte devint sérieuse.

‘Àïscha monta dans sa litière, qui était protégée par l’armure même qui couvrait son chameau, et se fit conduire au champ de bataille.

Tal’ha et Zobaïr combattaient aux premiers rangs.

Quand le soleil fut levé, ‘Alî prit un Coran et dit à ses campagnons : « Qui d’entre vous veut aller les trouver et les rappeler au respect de ce livre et des paroles de Dieu, qu’il contient? »

Un homme, nommé Mouslim, fils d » Abd allah, prit le manuscrit, se présenta devant le front des lignes ennemies et dit : « Je vous rappelle au respect de ce livre! »

Tàl’ha répondit : « Tu mens! C’est là une ruse du fils d’Abou-Tàlib. »

Et d’un coup de sabre il fit tomber sa main. Mouslim saisit le Coran de l’autre main, et dit: « J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah, et que Mo’hammed est son servi teur et son apôtre! »

Tal’ha le frappa de nouveau et le tua.

La bataille était en plein progrès, lorsque ‘Aïscha , dans sa litière, demanda: « Qui est-ce qui tient la bride de mon chameau? »

— C’est moi, répondit Ka’b, fils de Sour. ‘Aïscha lui tendit un Coran et lui dit d’aller auprès d »Alî el de le rappeler, lui et son armée, au respect de ce livre.

Ka’b se mit en route, malgré l’avis de Tal’ha, qui dit qu’il n’était plus temps pour cette démarche. Ka’b, s’étant adressé d’abord aux gens de Koufa, fut tué par Malik al-Ashtar, qui craignait qu »Alî ne donnât une réponse favorable.

La journée était très-chaude, et la lu ttc devint acharnée. ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui combattait à pied et qui avait déjà reçu plusieurs blessures, fut attaqué par Màlik al- Aschtar, qui était également à pied.

Màlik, lui ayant asséné un coup de sabre sur la lête, le fit tomber et voulut le frapper de nouveau.

Lorsque ‘Abdallah le reconnut, il se releva et saisit sa main en disant : « Veux-tu, ô Màlik, tuer un homme qui est à terre? »

Puis, s’adressant à ses soldats, il leur cria : « Frappez Màlik! »

Celui-ci était plus connu sous le nom d’Aschtar. Les soldats, ne sachant pas qu’il s’agissait de lui, hésitèrent, et Màlik eut le temps de se retirer.

Cependant ‘Abdallah, devenant de plus en plus faible, tomba par terre et fut ramené dans la ville, couvert de trente blessures, tant à la tête que sur le reste du corps

. Tal’ha et Zobaïr se tenaient au centre de l’armée. ‘Alî adressa à ses soldats la proclamation suivante : « Vous êtes incertains sur la façon dont vous devez vous conduire dans cette lutte. Eh bien! ne faites usage de vos armes que si vous êtes attaqués. Si vos adversaires se mettent à fuir, ne les poursuivez pas. Ne frappez pas ceux qui sont déjà blessés et ne cherchez pas à les tuer, car la religion ne vous permet pas de verser leur sang ni de prendre leurs dépouilles. En luttant avec eux, cherchez seulement à vous défendre, afin que, s’ils sont tués, vous ne soyez pas responsables de leur mort. »

La chaleur était devenue intense, et un grand nombre de soldats étaient tombés des deux côtés.

Jamais on n’avait vu une lutte aussi sanglante. Vers l’heure de la prière de midi, Tal’ha fut atteint par une flèche, qui le blessa à la jambe et en tra dans le côté du cheval. Tal’ha la retira, et, quoique son sang coulàt, il demeura au front de la bataille.

Lorsqu’il eut perdu beaucoup de sang et qu’il devint faible, il dit à son es clave de monter en croupe sur son cheval et de le soutenir par la poitrine.

L’esclave fit ainsi. Puis Tal’ha lui dit de le ramener. Arrivé à l’entrée de la ville, il avait perdu tout le sang qui était dans son corps. L’esclave le conduisit à une ruine qui se trouvait près de la porte , et le descendit du cheval.

Ce fut en cet endroit que Tal’ha expira , et c’est là que se trouve encore son tombeau. Zobaïr, qui, sur le champ de bataille, s’était tenu à côté de Tal’ha, voyant que ce dernier se reti rait, s’en alla également, et se dirigea vers un endroit nommé Wàdî’s-Sebà’.

‘Amr, fils de ‘Harmouz, en compagnie de deux autres cavaliers, le suivit et lui perça le corps de sa lance.

Zobaïr, malgré sa blessure, se retourna et asséna à ‘Amr un coup de sabre qui fendit en deux le bouclier dont ‘Amr se protégeait. Alors les deux autres cavaliers s’approchèrent et jetèrent Zobaïr en bas de son cheval.

‘Amr lui coupa la tête, qu’il vint présenter à ‘Ali. Celui-ci lui dit : « Sois damné! J’ai entendu le Prophète dire que celui qui tuera le fils de Safiyya ira en enfer. »

Or ‘Alî avait défendu de poursuivre ceux qui s’enfuiraient. ‘Amr répliqua : « Je ne sais comment faire! Si je suis contre toi, je suis voué à l’enfer, et de même quand je suis pour toi. Tu es le fléau de ce peuple! »

‘Aïscha, informée de la retraite de Tal’ha et de Zobaïr, donna l’ordre de faire avancer son chameau au front de la ba taille.

Douze mille guerriers des Benî-Dhahba se portèrent en avant, escortant le chameau d » Aïscha, qui les encouragea à reprendre avec vigueur la lutte, devenue très-faible par suite de la retraite de Tal’ha et de Zobaïr.

‘Ali remarqua avec inquiétude que les ennemis reformaient leurs lignes de bataille, Cependant ses compagnons lancèrent une grêle de traits sur la litière d »Aïscha, laquelle litière, hérissée d’un grand nombre de traits, dont aucun ne pénétra à l’intérieur, ressemblait à une cannaie.

Le frère de Ka’b, fils de Sour, tenait la bride du chameau.

‘Alî, ayant fait mander Màlik, lui dit : Aussi longtemps que ces hommes verront ce chameau debout, ils ne reculeront pas.

Cherche à saisir la bride et à l’entraîner de ce côté du champ de bataille.

Màlik, à la tête d’une nom breuse troupe, livra un assaut et, d’un coup de sabre, coupa la main du frère de Ka’b.

Un autre frère de celui-ci s’approcha et saisit la bride, en disant à ‘Âïscha : « C’est moi, le frère de Ka’b! »

‘Aïscha répliqua :  » Que Dieu te récompense! »

Quand lui aussi eut la main coupée, de même que tous ceux qui, au nombre de soixante et dix, avaient, après lui, successivement saisi la bride, et que le chameau eut résisté à tous les efforts que l’on fit pour l’emmener, ‘Alî donna l’ordre de lui couper les jarrets.

Lorsque l’armée de Baçra vit le chameau tomber, elle se mit à fuir, et ‘Aïscha, dans la litière renversée à terre, s’écria : « Père de ‘Hasan (Abu al-Hassan), tu es le maitre; sois clément! »

‘Alî ne répondit pas. Il fit appeler Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et lui ordonna de ramener sa sœur à la ville.

Mo’hammed s’étant approché, sa main, qu’il mit sous les rideaux de la litière, vint à toucher la poitrine nue d »Aïscha, qui s’écria : « Qui est-ce qui ose toucher mon corps, qui n’a jamais senti le contact d’aucune main autre que celle du Prophète de Dieu? »

— C’est moi, ton frère, répondit Mo’hammed; ne crains rien.

‘Aïscha se rassura et rendit gràces à Dieu. Mo’hammed la ramena à Baçra et la fit recevoir dans la maison d »Abdallah, fils de Khalaf, le Khozà’ite, l’un des notables de la ville.

‘Ali demeura sur le champ de bataille jusqu’à la nuit.

Un grand nombre de ses compagnons avaient trouvé la mort.

Le lendemain, ‘Alî fit son entrée à Barra et prit sa rési dence au palais du gouvernement.

‘Abdallah, fils d »Amir, fils de Kouraïz, qui avait été blessé, s’enfuit et se rendit en Syrie, auprès de Mo’àwiya, de même qu’un grand nombre de ceux qui s’étaient échappés du champ de bataille.

Le jour suivant. ‘Alî fit réunir les corps des soldats tués, tant d’un côté que de l’autre; on pria sur eux et on les enterra.

Il ordonna aussi que tout ce qui aurait été trouvé [ sur le champ de bataille] fût déposé à la mosquée principale, où les propriétaires pourraient venir reprendre leur bien.

Les habitants de la ville vinrent tous au palais du gouvernement et prêtèrent le serment de fidélité à ‘Alî.

Les jeunes gens de Baçra venaient tous les soirs à la porte de la maison qu’habitait ‘Aïscha, y faisaient des démonstrations bruyantes et tenaient des propos injurieux contre elle.

C’était une grande douleur pour ‘Aïscha. Lorsque ‘Alî eu fut informé, il chargea Qa’qà’, fils d »Amrou, d’infliger une correction à quiconque se rendrait coupable de ce procédé.

Qa’qà’, s’étant transporté à la maison qu’habitait ‘Aïscha. trouva devant la porte un grand rassemblement. Après qu’il eut fait saisir deux individus et punir chacun d’eux de cent coups de fouet, les autres cessèrent ces démonstrations.

La bataille du chameau
La bataille du chameau

‘Alî distribua tout l’argent qui se trouvait dans le trésor de Baçra entre ses soldats, en leur disant : « Quand je m’emparerai de la Syrie, je vous donnerai dix fois autant. » 

Il voulut ensuite faire retourner ‘Aïscha à Médine et lui envoya par ‘Abdallah, fils d »Abbàs, le message suivant : « Le Prophète m’avait prédit qu’il y aurait un jour lutte entre moi et une de ses femmes, et m’avait recommandé, lorsque je m’en serais rendu maître, de la renvoyer chez elle. Or ta résidence est Médine. »

Il lui fit remettre par ‘Abdallah, fils de Dja’far, fils d’Abou-Tàlib, douze mille dirhems du trésor public, et ‘Abdallah y ajouta de ses propres deniers la somme de cinq mille dirhems.

‘Alî la fit accompagner par quarante femmes, épouses des principaux habitants de Baçra, et l’escorta lui-même l’espace de trois milles.

Elle quitta Baçra le samedi.

Au moment de la séparation, ‘Àïscha fit arrêter son chameau et adressa à ceux qui étaient présents, et qui formaient un groupe considérable, les paroles suivantes : « Ce qui est arrivé avait été décrété par le destin. Maintenant, ne gardez pas rancune les uns contre les autres. Vous êtes tous mes fils; soyez des frères les uns envers les autres. »

Elle parla ensuite d »Alî et dit : « Entre lui et moi il n’y avait, dans le principe, d’autres dissentiments que ceux qui naissent entre une femme et les parents de son mari. Mais, à présent, il est bon et généreux à mon égard, plus qu’autrefois. »

‘Alî dit : « Elle a raison; il n’y avait aucun motif d’hostilité entre nous. Elle est la mère des croyants et l’épouse du Prophète; elle a droit aux plus grands égards. »

Le calife chargea ‘Hasan, ‘Hosain et Mo’hammed, fils de la ‘Hanîfite, d’accompagner ‘Àïscha jusqu’à la troisième étape, et il retourna ensuite à Baçra.

Ziyàd, fils d’Abou-Sofyàn, qui avait été secrétaire d’Abou- Mousa et, plus tard, d »Amir, fils d »Abdallah, avait résigné ses fonctions, lorsque ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, était venu prendre possession de Baçra au nom d »Alî, et il n’avait point quitté sa retraite lors de l’arrivée de Tal’ha et de Zobaïr.

C’était un homme très-capable et ayant une grande expé rience des affaires.

Quand ‘AIÎ fit son entrée à Baçra, il demanda en vain à le voir pour le consulter sur les affaires de la ville.

Enfin ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils de la sœur de Zijàd. vint l’excuser auprès du calife, disant qu’il était malade dans sa maison.

‘Ali, accompagné de ‘Hasan, de’Hosaïn et d’Abdallah, fils d »Abbàs, alla le voir et lui offrit le gouvernement de Baçra.

Ziyàd lui dit : « Prince des croyants, il vaut mieux confier le gouvernement à un membre des Benî-Hàschim; je l’assisterai de mes conseils. » 

En conséquence , ‘Alî nomma à ce poste ‘Abdallah, fils d »Abbàs, à qui il recommanda de prendre toujours l’avis de Ziyàd.

Ensuite, il parti! avec son armée pour Koufa, où il prit sa résidence, et il ne revint plus à Médine. En apprenant la nomination d »Abdallah, fils d »Abbàs. au poste de gouverneur de Baçra, Màlik al-Aschtar dit : « ll a donné Médine, la Mecque et Baçra aux fils d »Abbàs, et il prendra certainement Koufa pour lui-même. Pourquoi donc avons-nous fait la guerre depuis un an? et pourquoi avons- nous assassiné ‘Othmân , combattu ‘Àïscha , la mère des croyants, et tué Tal’ha et Zobaïr, les disciples du Prophète? »

Ces paroles furent rapportées à ‘Alî.

Lorsque celui-ci quitta Baçra pour se rendre à Koufa, Màlik prit les devants pour exciter la population de cette ville contre le calife.

‘Alî courut après lui, le ramena et fit son entrée à Koufa, l’ayant à ses côtés.

 

Panorama dans la mosquée du compagnon et général Rashidun Amr ibn al-As à Fustat (Le Caire) en Egypte
Panorama dans la mosquée du compagnon et général Rashidun Amr ibn al-As radi allah anhu à Fustat  en Egypte

 CHAPITRE XCVII. ÉVÉNEMENTS D’EGYPTE SOUS LE RÈGNE D »ALÎ.

Du temps d »Othmàn, l’Egypte était gouvernée par ‘Abd allah, fils de Sa’d, fils d’Abou-Sar’h, dans l’armée duquel se trouvaient Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et Mo’hammed. fils de ‘Hodsaïfa.

Ces deux hommes avaient constamment excité le peuple d’Egypte contre ‘Othmàn , et lorsque les conjurés égyptiens se rendirent à Médine, Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, alla avec eux, tandis que Mo’hammed, fils de ‘Hodsaïfa, resta en Egypte, dirigeant de là des hommes vers Médine.

Quand on reçut la nouvelle que »Othmàn était as siégé à Médine, Mo’hammed, fils de ‘Hodsaïfa , expulsa ‘Abd allah, fils de Sa’d, du pays, et fit de la propagande en fa veur d »Alî, croyant que celui-ci, en arrivant au pouvoir, lui confierait le gouvernement de cette province. Cependant ‘Ali y envoya Qaïs, fils de Sa’d, fils d »Obàda.

En arrivant en Egypte, Qaïs communiqua l’acte de sa nomination aux ha bitants, qui se soumirent et prêtèrent entre ses mains le ser ment de fidélité à ‘Alî. Mais un certain nombre d’hommes, de la tribu de Kinàna, demeurant dans un bourg appelé Kharbetà, étaient attachés à ‘Othmàn.

Ils envoyèrent à Qaïs un message, se déclarant prêts à se soumettre à son auto rité et à payer l’impôt en argent et en nature; mais, voulant attendre l’issue de la lutte engagée, ils lui demandèrent de leur accorder un délai pour la prestation du serment.

Qaïs le leur accorda, disant qu’il importait peu que, dans toute la province d’Égypte, il y eût un seul bourg qui n’eût pas prêté serment.

Or, un cousin de Qaïs, nommé Maslama, fils de Mokhallad, excitait en secret les hommes à venger la mort d »Othman.

Qaïs, en ayant été instruit, lui fit dire : « Toi, le fils de mon oncle, tu me trahis, en excitant les gens à faire une campagne pour venger la mort d »Othmàn ! »

Maslama répon dit : « Aussi longtemps que tu resteras gouverneur de cette province, je ne prêterai serment à aucun autre »*.

Puis, traitant avec douceur ces adversaires, Qaïs continua à demeurer en Egypte et à lever l’impôt.

Lorsque ‘Alî vint à Koufa, Mo’àwiya craignit de voir la Syrie attaquée d’un côté par ‘Alî, et du côté de l’Egypte par Qaïs.

Exposé ainsi à se trouver pris entre deux armées enne mies, Mo’àwiya adressa à Qaïs une lettre par laquelle il l’en gageait à passer de son côté et lui faisait de nombreuses promesses.

Qaïs répondit qu’il voulait, pour se décider, voir la tournure que prendraient les affaires.

Mo’àwiya, sachant que cette réponse n’était qu’un faux-fuyant, lui écrivit de nouveau en ces termes : « La ruse et la dissimulation n’ont pas de prise sur moi. Il faut être ou mon ami, ou mon ennemi. »

Qaïs répondit par un refus définitif, et lui dit [entre autres choses] : « Il n’est pas nécessaire qu »Alî vienne te faire la guerre; j’y suffis. »

Mo’àwiya chercha alors à le rendre suspect aux yeux d »Ali, afin que celui-ci l’éloignât d’Egypte. Soit publiquement, soit en conversation privée, en parlant de lui il disait: « Qaïs, le gouverneur d’Égypte , est mon meilleur ami , car il n’inquiète pas mes gens; il leur est favorable et n’exige pas d’eux le serment, et il m’écrit souvent qu’il m’amènera une armée. »

Mo’àwiya voulait que ces propos arrivassent, par des rapports d’espions, aux oreilles d »Alî, qui rappellerait alors Qaïs d’Égypte. En effet, les espions ayant fait leur rapport à ‘Alï celui-ci, qui était un homme loyal et sincère, conçut aussitôt des soupçons à l’égard de Qaïs, et consulta sur cette affaire Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et ‘Abdallah fils de Dja’far fils d’Abou-Tàlib, Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, lui dit : « Prince des croyants, éloigne ceux qui t’inspirent des doutes, et prends ceux dont tu es sûr.  »

‘Alî craignit que Qaïs, étant révoqué, n’allât se joindre à Mo’àwiya; il lui adressa donc une lettre ainsi conçue : « J’ai appris qu’il y a en Egypte un bourg, appelé Kharbetà, dont les habitants n’ont pas prêté le serment de fidélité, et que Maslama. fils de Mokhallad; Moawiya, fils de ‘Hodaïdj, et Bosr, fils d'[Abou-] Artà, sont avec eux. Pourquoi les as-tu dispensés de cet acte? Rends-toi auprès d’eux et exige le serment de fidélité. S’ils le refusent , tu les y forceras par les armes. »

Qaïs répondit : « Ces gens ont en Egypte un grand nombre de parents et d’amis. Nous ne devrions pas employer la force envers eux en ce moment. Ne les inquiétons pas, pour n’être pas distraits par eux des soins de la guerre. »

Le calife, en lisant cette lettre, trouva ses soupçons confirmés. ‘Abdallah, fils de Dja’far, fut d’avis que Qaïs était le complice de ces gens, et que le calife devait le révoquer et le remplacer par Mo’hammed, fils d’Abou- Bekr, sur lequel il pourrait entièrement se reposer au sujet de l’Egypte.

‘Alî suivit ce conseil, et Mo’àwiya atteignit ainsi son but.

Quand Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr, arriva en Egypte, il somma les gens de Kharbetà de prêter le serment; ils de mandèrent un délai pour voir l’issue de la lutte engagée. Mo- ‘hammed exigea qu’ils prêtassent le serment [immédiatement] ou qu’ils quittassent le pays.

Il envoya contre eux un corps d’armée, commandé par un homme nommé Yezîd, fils de ‘Hàrith.

Ces troupes furent mises en fuite, et le général fut tué. Un autre détachement, envoyé par Mo’hammed, fut éga lement repoussé, et Ibn-Modhàhem, qui le commandait, trouva la mort.

Mo’hammed écrivit alors à ‘Alî : « Ces hommes ont repoussé deux de nos corps d’armée; ils ont beaucoup d’adhérents en Egypte, et je crains une révolte des Egyptiens. »

‘Alî lui répondit : « Ne les inquiète pas, jusqu’à ce que nous ayons le loisir de nous occuper d’eux. Qaïs avait complètement raison. » 

En conséquence, Mo’hammed s’abstint d’agir, tout en prenant des précautions contre eux. 

 

Vue aérienne sur l'antique ville de Damas, l'une des plus vielle au monde.
Vue aérienne sur l’antique ville de Damas, l’une des plus vieille au monde. 

CHAPITRE XCVIII. ‘AMROU, FILS D’AL-‘ÀÇ, SE REND AUPRÈS DE MO’ÀWIYA.

Du temps qu’Othmàn était assiégé dans son hôtel (dar al-Imara), ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, se trouvait avec ses deux fils, Mo’hammed et ‘Abdallah, à sa maison de campagne.

‘Abdallah était un homme très-savant en jurisprudence, éloquent et l’un des plus anciens compagnons du Prophète, qu’il avait suivi dès les commencements de sa mission prophétique, et même avant son père.

Mo’hammed était un guerrier distingué. Après la mort d »Othmàn, ‘Amrou délibéra avec ses fils sur le parti qu’ils auraient à prendre, et il fut résolu qu’ils ne se prononceraient que plus tard.

En apprenant que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha étaient partis pour la Mecque dans des intentions hostiles contre ‘Alî, ‘Amrou dit à ses fils :  » De toute manière, ‘Alî vaut mieux que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha, car il est le cousin du Prophète. »

Il voulut, en conséquence, embrasser la cause d »Alî; mais il résolut d’attendre l’issue de la lutte.

Il fut informé ensuite que Mo’âwiya s’était proclamé, en Syrie, le vengeur de la mort d’Othmàn, qu’il accusait ‘Alî d’en être l’auteur et prétendait à la souveraineté.

‘Amrou et ses fils délibérèrent alors s’ils devaient suivre ‘Ali ou Mo’âwiya.

‘Abdallah dit :  »  ‘Alî est un homme sage, noble et détaché du monde; il n’a besoin de personne; tandis que Mo’âwiya doit rechercher les services de tous, surtout des gens capables. Embrasser la cause d »Alî vaut mieux en vue de la vie future; soutenir Mo’âwiya est plus profitable pour la vie actuelle. »

Mo’hammed dit :  » Mon père, tu es l’un des principaux parmi les Arabes. Le pouvoir va échoir à quelqu’un et il serait peu convenable qu’un tel événement se passât sans ta participation; ton nom en serait amoindri. »

‘Amrou inclina du côté de Mo’àwiya et se rendit en Syrie, où il trouva toute la population, comme un seul homme, déterminée à venger la mort d »Othmàn.

Un homme, nommé No’màn, fils de Beschîr l’Ançàr, avait retiré du corps d »Othmàn, le jour même où celui-ci avait été assassiné, la chemise ensanglantée du calife, et l’avait portée en Syrie, en même temps que la main mutilée de sa femme Nàïla, cette main avait été coupée en deux et n’avait plus que quatre doigts).

Chaque vendredi, quand Mo’àwiya se trouvait en chaire pour le sermon et la prière, No’màn se plaçait à côté de lui, tirait de sa manche cette chemise et cette main et les montrait à l’assemblée, et tous les assistants fondaient en larmes.

Enfin, trente mille des plus braves guerriers de la Syrie s’engagèrent par serment à ne point boire d’eau fraîche, à ne pas dormir sur des matelas, à ne point se laver le corps, avant d’avoir vengé la mort d »Othmàn.

C’est ‘Alî qu’ils accusaient de ce crime, disant qu’il gardait les assassins dans les rangs de son armée, qu’il leur faisait des présents et qu’il leur payait une solde.

‘Amrou, fils d’Al-Aç, disait :  » Voilà une affaire qui, de toute manière, se terminera bien. »

Et il se mit à la disposition de Mo’àwiya, qui en fit son conseiller.

Il se passa ainsi un an, jusqu’au moment où ‘Alî, après la bataille du Chameau, vint à Koufa.

‘Amrou dit alors à Mo’àwiya :  » Fais cesser ce spectacle de la chemise d »Othmàn, car, par une trop longue durée, l’effet en serait diminué, et les sentiments du peuple n’en se raient plus affectés. Il faut le réserver pour le jour de la bataille, où cette chemise, portée devant les rangs, excitera le courage des soldats. »

Mo’àwiya suiviI ce conseil.

La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l'Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî.
La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l’Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî. radi Allah anhum

CHAPITRE XCIX. BATAILLE DE CIFFIN (SIFFIN)

Quand ‘Alî fut établi à Koufa, il envoya Kholaïd, fils de Qorra, dans le Khorâsân, pour gouverner cette province.

On dit que Màhouï, qui y avait été merzebàn au temps où Yezdegerd le sassanide fut tué, vint en cette année à Koufa, qu »Alî lui fit délivrer une charte et qu’il le renvoya, avec les gens de Merw et avec Kholaïd, dans le Khoràsàn.

Djerîr, fils d »Abdallah, qui était gouverneur de Hamadàn, reçut l’ordre de faire prêter le serment de fidélité aux habitants et de revenir immédiatement après à Koufa.

Lorsque ‘Alî apprit que Mo’àwiya se faisait reconnaître comme souverain par l’armée de Syrie et qu’il armait contre lui, il envoya Djerir, fils d »Abdallah, avec une lettre , auprès de Mo’àwiya et fit sommer ce gouverneur de lui prêter le serment de fidélité.

Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali  en 657 ) la batailel de Siffin , illustration persane  safavide 1516
Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali en 657 ) la batailel de Siffin , radi Allah anhum illustration persane safavide 1516

 

Mo’àwiya garda Djerîr quelque temps, et délibéra avec ‘Amrou sur la réponse qu’il de vait faire. ‘Amrou lui dit : « Prends des mesures pour que Djerîr soit mis en contact avec l’amée de Syrie, afin qu’il sache que les soldats t’ont reconnu comme souverain; fais exposer de nouveau la chemise ensanglantée d »Othmàn, pour exciter les sentiments du peuple; accuse ‘Alî de sa mort, et renvoie Djerîr ensuite. »

Mo’àwiya fit ainsi.

Lorsque Djerîr vint rendre compte de sa mission à ‘Alî, Màlik al-Aschtar s’écria : « Je vous avais bien dit de ne pas envoyer Djerîr! Si tu m’avais envoyé, j’aurais amené Mo’àwiya à la soumission. »

Djerîr répliqua : « Si tu y étais allé, tu aurais été coupé en morceaux, car c’est toi qu’ils accusent d’avoir assassiné ‘Othmân. »

— « Si j’y étais allé, reprit Màlik, je lui aurais donné tant d’ouvrage, qu’il n’aurait pas songé à lutter. »

Djerir, mécontent de Màlik et d »Alî, si! retira à Circesium; puis, ayant reçu une  lettre de Mo’àwiya, il alla le rejoindre.

‘Alî adressa une lettre à ‘Abdallah, fils d »Abbàs, et lui ordonna de lui envoyer l’armée de Baçra.

Il fit venir également des troupes de la Mecque et de Médine, et, à la tête d’une nombreuse armée, il quitta Koufa, après y avoir établi, comme son lieutenant, Abou-Mas’oud, l’Ançàr.

Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d'n manuscrit de Hamla-i Haydari
Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d’n manuscrit de Hamla-i Haydari

 

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, ayant pris le commandement en chef des troupes de Mo’àwiya, fit partir Werdàn, son affranchi, avec l’avant-garde, composée de cinq mille hommes, et le suivit avec le gros de l’armée.

Il fut suivi lui-même par Mo’àvyiya.

Arrivé à Madàïn, ‘Alî donna le commandement de son avant-garde, formant un corps de huit mille hommes, à Ziyàd, fils de Nadhr al-‘Hàrithî.

Avant de partir lui-même pour Raqqa, où il voulait passer le Tigre, il nomma Sa’d, fils de Mas’oud le Thaqîfite, gouverneur de Madàïn, et en voya Ma’qil, fils de Qaïs, avec trois mille hommes, sur la route de Mossoul, lui recommandant de le rejoindre à Raqqa; car il désirait faire traverser par ces troupes toutes les provinces de Plràq.

Lorsque tous les corps d’armée furent réunis à Raqqa, ‘Ali demanda aux habitants de construire un pont sur le fleuve; mais ils s’y refusèrent et s’en fermèrent dans leur forteresse.

Màlik al-Aschtar les ayant menacés solennellement de ne point quitter la place avant d’avoir tué tous leurs hommes et réduit en esclavage leurs femmes et leurs enfants, ils sortirent de derrière leurs murs et jetèrent le pont.

Les troupes passèrent ainsi le fleuve, mais en si grande confusion, que beaucoup d’entre les soldats perdirent leurs bonnets; et tous ceux-là furent tués dans la guerre. ‘Ali donna le commandement de l’avant-garde , composée de dix mille hommes, à Schourai’h, fils de Hànî, et à Ziyàd, fils de Nadhr.

Ceux-ci, ne voulant pas combattre sans y être expressément autorisés par ‘Alî, revinrent sur leurs pas et suivirent ‘Alî, au lieu de le précéder.

En arrivant à Circesinm, à la frontière de Syrie, il espérait y trouver son avant-garde, et fut très-mécontent de la voir venir après lui; car il considérait cette circonstance comme d’un mauvais augure.

Les deux chefs s’excusèrent. Le lendemain , on passa l’Euphrate, et ‘Ali confia l’avant-garde aux mêmes officiers.

Les dix mille hommes de l’avant-garde de Mo’àwiya étaient commandés par Abou’I-A’war le Solaïmite (al-Sulaymi des Beni Sulaym), général très-habile et l’un des guerriers célèbres de la Syrie.

Quand les deux avant-gardes se trouvèrent en présence l’une de l’autre, Ziyàd et Schourafh, ne voulant pas commencer les hostilités sans l’autorisation d »Alî, le firent prévenir par un messager.

Le calife envoya Màlik al-Aschtar avec trois mille hommes, et lui donna le commandement de toutes les forces. Après l’arrivée de Màlik, il s’engagea une bataille qui dura toute la journée.

Le soir les deux armées regagnèrent leurs camps.

Bannières  musulmanes et des tribus arabes  lors de la bataille de Siffin
Bannières musulmanes et des tribus arabes lors de la bataille de Siffin

Le lendemain, Màlik fit dire à Abou’l-A’war le Solaïmite: « Combattons à nous deux. Pourquoi tuer les hommes? »

Abou’l- A’war n’osa pas accepter ce défi.

Mais lorsqu’il apprit qu »Ali s’approchait, il leva son camp et vint prendre position sur les bords de l’Euphrate, dans une vaste plaine, convenable pour une bataille, et qui dominait les abords du fleuve.

Ce lieu était appelé Ciflïn. Abou’l-A’war fit ensuite prévenir Mo’àwiya.

Lorsque ‘Alî arriva, il trouva les approches du fleuve occupées, et son armée était obligée d’attaquer les troupes d’Abou’I-A’war pour avoir accès à l’eau.

Mo’àwiya envoya à son général des renforts, et Màlik al-Aschtar, de son côté, fit avancer des troupes, de sorte que le combat devint sérieux.

‘Alî fit alors porter, par Ça’ça’a, fils de Çou’hàn, le message suivant à Mo’àwiya :  » Nous ne sommes pas venus combattre avec vous pour l’eau, que nous aurions pu occuper avant vous, si nous avions su que vous nous empêcheriez d’en puiser. Il s’agit, dans cette lutte, de la religion et de son chef, et c’est ce sujet qu’il faut élucider, afin de séparer la vérité de l’erreur. »

Mo’âwiya, lorsqu’il reçut ce message, se trouvait au milieu de ses troupes, qui étaient à cheval, et il leur demanda leur avis.

Walid, fils d »Oqba, dit : « Refuse-leur l’eau, afin qu’ils meurent de soif, comme ils ont fait mourir ‘Othmàn. »

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, prit ensuite la parole et dit : « Cet avis ne vaut rien. Il faut faire comme le veut ‘Alî : laisser l’eau libre, pour que les deux armées puissent en puiser, et combattre ensuite pour une meilleure cause. »

En conséquence , Mo’âwiya donna l’ordre de ne plus défendre l’accès du fleuve. On suspendit les hostilités ce même jour, qui fut le premier du mois de dsou’l-‘hiddja de l’an 36 de l’hégire, et les deux armées purent se désaltérer.

Les deux jours suivants, les troupes se reposèrent.

Le troisième jour, ‘Alî envoya Beschîr, fils d »Amr, fils de Mi’hçan l’Ancàr; Qaïs, fils de Sa’d, fils d »Obada, et Schabath, fils de Rib’î, auprès de Mo’âwiya, en leur recommandant d’user avec lui de la menace et de la persuasion.

En présence de Mo’àwiya, Beschîr, qui était le plus âgé et le plus distingué des trois et l’un des principaux Ançàr et compagnons du Prophète, prit la parole, exhorta Mo’âwiya et dit :  » Crains Dieu; car ce monde ne demeure à personne. Il y a pour nous, après la vie présente, une autre vie, dans laquelle Dieu demandera compte aux hommes de leurs actions, et où chacun sera rétribué selon ses mérites. Ne fais pas verser tant de sang et ne détruis pas la communauté musulmane. »

Mo’àwiya répliqua : « Pourquoi ‘Alî n’agit-il pas ainsi ? »

Beschîr dit : ‘Alî est dans son droit. C’est lui qui, par sa noblesse, sa science, son zèle pour l’islam et sa parenté avec le Prophète, est le souverain légitime; et c’est lui qui a été proclamé par le peuple.  »

— « Et que dois-je faire maintenant? « demanda Mo’àwiya.

Beschîr répondit : » Maintenant tu dois faire cesser la guerre civile et prêter serment au cousin du Prophète. Après cela , il t’accordera tout ce que tu désireras. »

Mo’âwiya s’écria :  » Et je devrai renoncer à venger la mort d »Othmàn , dont le sang aura été versé impunément? Par Dieu, je ne ferai jamais cela! »

Qaïs, fils de Sa’d, lui dit : « Tout le monde sait, ô Mo’àwiya, que tu ne tiens pas à venger la mort d »Othmàn, et que ce n’est qu’un prétexte pour t’emparer du pouvoir. Tu n’as pas trouvé d’autre moyen pour gagner le bas peuple. Si ‘Othmàn était vivant, lui le premier lutterait à présent contre toi pour l’empire. Cesse donc d’alléguer ‘Othmàn, et laisse cette affaire au maître de l’univers, et soumets-toi à lui; car on n’obtient pas toujours ce que l’on désire. Si tu ne réussis pas dans ton entreprise , tu seras honni parmi les Arabes; et tu ne peux réussir qu’en versant le sang de tous ceux qui sont avec ‘Alî, et alors tu iras en Enfer  » 

Mo’àwiya s’écria : « Tais-toi, canaille! Sortez; ce n’est que le sabre qui doit décider entre moi et vous!  »

Schabath, fils de Rib’î, répliqua :  » Tu veux nous effrayer par le sabre. Mais, par Dieu! tu le sentiras le premier. »

Les trois députés se levèrent ensuite et retournèrent auprès d »Alî.

‘Alî fit enfin prendre les armes à ses troupes.

Pensant que, s’il engageait toute son armée de l’lràq le même jour, l’ennemi lui opposerait également l’armée de Syrie tout entière, il résolut de ne faire combattre qu’un corps chaque jour, et il distribua ses forces en sept divisions, commandées chacune par un général. –

 

Les généraux auxquels il confia les sept divisions étaient : Màlik al-Aschtar: ‘Hodjr, fils d »Adî; Schabath, fils de Rib’î; Khàlid, fils de Mo’ammar; Ziyàd, fils de Nadhr; Ma’qil, fils de Qaïs er-Riyà’î, et Qaïs, fils de Sa’d.

Mo’àwiya, imitant l’exemple d »Alî, partagea également ses forces entre sept généraux, savoir : ‘Abd-er-Ra’hmàn , fils de Khàlid, fils de Walîd le Makhzoumite; Abou’I-A’war le Solaïmite; ‘Ha bîb, fils de Maslama; Dsou’l-Kalà’ ; ‘Obaïdallah, fils d »Omar; Schoura’hbîl , fils de Simt, et ‘Houmra, fils de Màlik de Hamadàn.

Chaque jour, l’un des généraux qui viennent d’être nommés, livrait un combat à l’ennemi, et, le soir, chacun des deux adversaires regagnait son camp.

Ces engagements remplirent tout le mois de dsou’l -‘hiddja.

Il y eut chaque jour un certain nombre de tués.

Au commencement du mois de mo’harrem de l’an 87, ‘Alî déclara que, pendant le mois sacré, il voulait suspendre la lutte.

Mo’àwiya cessa également les hostilités. ‘Alî, qui désirait arriver à la paix, envoya, vers le milieu du mois, pour traiter avec Mo’àwiya, quatre députés, savoir : ‘Adî, fils de ‘Hàtim le Tayyite; Yezîd, fils de Qaïs; Schabath, fils de Rib’î, et Ziyàd, fils de Khaçafa.

‘Adi, prenant le premier la parole devant Mo’àwiya, lui dit : « Nous sommes venus pour t’exhorter à faire cesser le carnage. Tu sais quel est le caractère d »Alî, le cousin du Prophète, le plus noble et le plus pieux de tous les musulmans, lui qui a été proclamé par le peuple. Crains Dieu, et ne t’expose pas à un chàtiment semblable à celui qui a atteint Tal’ha et Zobaïr, à la journée du Chameau. »

Mo’àwiya répliqua : « Allons, ‘Adî! tu n’es pas venu pour traiter de la paix , mais pour apporter la menace. Tu veux me terrifier par la guerre, moi qui suis fils de la guerre (al-Harb). J’espère que, dans cette lutte, tu mourras de ma main.  »

Schabath, fils de Rib’î, dit :  » Ne te mets pas en colère, ô Mo’àwiya. Nous sommes venus pour la paix, et nous voulons ton bien dans ce monde comme dans l’autre. Le peuple tout entier te connaît, et personne ne te préférera à ‘Alî. »

Mo’àwiya répliqua : « Tant que je n’aurai pas vengé la mort d »Othmàn , je ne déposerai pas les armes. Si ‘Alî est innocent de ce meurtre, pourquoi garde-t-il avec lui les assassins? »

Après le départ de ces députés, Mo’âwiya envoya, à son tour, deux négociateurs auprès d »Alî et lui fit dire : « Si tu désires arriver à une entente pacifique, livre-moi les hommes qui ont tué ‘Othmân, afin que je les fasse mourir. Ensuite nous soumettrons à un arbitrage la question de la souveraineté, et nous reconnaîtrons comme calife celui que les musulmans choisiront. »

‘Alî, fort irrité de cette proposition , proféra des injures contre Mo’âwiya et s’écria : « Qui est Mo’âwiya pour oser contester la décision des musulmans et pour me proposer un arbitrage entre lui et moi?  »

Les envoyés se retirèrent, et ‘Alî ne compta plus sur un arrangement pacifique.

A la fin du mois de mo’harrem, ‘Alî fit adresser aux hommes de Syrie la proclamation suivante : « Nous avons campé ici un mois, espérant en vain que l’affaire s’arrangerait à l’amiable. Préparez-vous donc à combattre demain. »

Après avoir placé séparément les cavaliers et les fantassins , il donna le commandement des cavaliers de Koufa à Mâlik al-Aschtar; le commandement de ceux de Baçra à Sahl , fils de ‘Honaïf , et le commandement des fantassins de Koufa à ‘Ammâr, fils de Yâsir.

Pendant la nuit, il harangua ses troupes et leur fit les mêmes recommandations qu’à la journée du Chameau.

L’aile droite de l’armée de Mo’âwiya était commandée par Dsou’l-Kalà’; l’aile gauche, par ‘Habîb, fils de Maslama; l’avant-garde, qui comprenait les cavaliers de Damas, par Aswad, fils d’Al-A’war.

Le reste de la cavalerie était commandé par ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç.

Ce fut le mercredi, premier jour du mois de çafar de l’an 37, que les deux armées d »Alî et de Mo’àwiya, disposées chacune en onze rangs, se rencontrèrent dans un engagement général qui dura jusqu’au soir.

Le lendemain, les troupes ayant repris leurs positions respectives, ‘Ali envoya en avant Hàschim, fils d »Otba, fils d’Abou-Waqqàç, avec une troupe choisie.

Le corps commandé par Abou’l- A’war le Solaïmite lui offrit le combat, qui dura jusqu’au soir.

Le troisième jour, les armées étant rassemblées, Ziyàd, fils de Nadhr, et ‘Ammàr, fils de Yàsir, à la tête des fantassins de Koufa, allèrent combattre ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, qui leur opposa une force imposante de l’armée de Syrie.

La lutte fut plus ardente que celles des jours précédents.

Vers l’heure de la prière de midi , ‘Ammàr, fils de Yàsir, chargea avec les fantassins de Koufa, et ‘Amrou fit mettre pied à terre.

On combattit avec acharnement, et il y eut un grand nombre de tués. Des combats partiels eurent encore lieu les jours suivants.

Le septième jour, Màlik al-Aschtar et ‘Habîb, fils de Maslama, livrèrent un combat, qui fut plus sanglant que tous ceux qui avaient eu lieu auparavant.

‘Ali dit : » Continuerons-nous à livrer des combats partiels?  »

Le lendemain, il disposa toute l’armée en ordre de bataille, s’avança devant les rangs, harangua les soldats et pria à haute voix, de façon que les deux armées l’entendirent. ‘Abdallah, fils de Bodaïl, l’un des prédicateurs de Koufa, prononça une courte allocution et exhorta les soldats, en citant plusieurs versets du Coran.

L’engagement dura jusqu’au soir.

Le jour suivant, le combat recommença avant l’aurore. ‘Alî prit position au centre, et Màlik al-Aschtar dirigea l’attaque.

Mo’àwiya s’était fait dresser une tente de cuir au centre de son armée, et il s’y tenait, assis sur un siège, ayant à côté de lui ‘Amrou, tandis que ‘Abd-er-Ra’hmân, fils de Khàlid. fils de W’alîd ( fils de Khalid ibn al-Walid), le sabre à la main, et entouré de quatre mille hommes, gardait l’entrée.

Vers midi, l’armée de Syrie commençait à fléchir. ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, sortit de la tente, rallia les troupes, et fit une charge sur l’aile droite d »Ali.

Cette aile recula, et ‘Alî ne réussit point à ramener les troupes. Alors il s’écria :  » Soldats, faites comme si l’aile droite n’avait pas existé! »

Il mit pied à terre et poussa en avant. Voyant ce mouvement, les Syriens, qui serraient de près l’aile droite, cessèrent la poursuite et revinrent.

‘Alî, en rencontrant Màlik al-Aschtar, lui dit : « O Màlik, ces hommes de Koufa nous ont trahis et nous ont abandonnés. Tâche de les ramener. »

Mâlik courut après eux et cria :  » Mes braves! »

Ils répondirent : « Nous voilà! » et ils s’arrêtèrent immédiatement.

Màlik dit : « Hommes de l »îràq, vous qui êtes des guerriers fameux, chevaliers et vrais soldats, le prince des croyants vous rappelle! »

En entendant ces mots, tous revinrent sur leurs pas, reprirent leurs positions, et en proférant le cri de guerre, chargèrent l’ennemi.

Màlik et ‘Alî attaquèrent également; les deux armées de Syrie furent culbutées , et les fuyards se sauvèrent dans la direction de la tente de Mo’àwiya.

Ce lui-ci sortit de la tente et monta à cheval pour se retirer.

‘Amrou, fils d’AI-‘Aç, l’engagea à attendre encore un peu.

‘Abdallah, fils de Bodaïl, à la tête de trois cents hommes, s’était jeté sur l’armée de Syrie et en faisait un grand carnage.

Mo’àwiya dit :  » Voyez qui est cet homme! »  et, pensant que c’était ‘Alî, il donna l’ordre d’entourer cette petite troupe et d’en tuer le chef.

On reconnut bientôt que c’était ‘Abdallah, fils de Bodaïl.

Lorsque Mâlik al-Aschtar vit ces trois cents hommes entourés, il exécuta une charge avec les troupes de l’Iràq, fit reculer les Syriens et délivra ces hommes.

Mo’àwiya, sachant que tous ces exploits étaient l’œuvre de Màlik, dit :  » N’y a-t-il personne qui veuille s’opposer à Màlik, pour nous en délivrer?  »

‘Obaïdallah, fils d »Omar, qui marchait sous l’étendard de Dsou’l-Kalà’, s’étant offert, Mo’àwiya ordonna à Dsou’l-Kalà’ de se mettre à la disposition d »Obaïdallah.

Celui-ci s’avança et dit :  » Syriens, vous voulez venger la mort d »Othmàn? Eh bien, c’est ce Màlik qui l’a tué! »

Dsou’l-Kalà’ et ses hommes chargèrent. Ils furent reçus par Ziyàd, fils de Nadhr, qui tua Dsou’l-Kalà’, ainsi qu »Obaïdallah.

‘Alî parcourait tous les rangs, encourageant les soldats à combattre.

L’Euphrate (al-Furat)  dans la région d'al-Anbar en Iraq non loin de site de la bataille de Siffin
L’Euphrate (al-Furat) dans la région d’al-Anbar en Iraq non loin de site de la bataille de Siffin

Son sabre , par suite du grand nombre de coups qu’il avait distribués, était courbé, et la poignée adhérait à sa main.

‘Ammàr, fils de Yàsir, arrivant, à l’heure de la prière de midi, au front de la bataille, dit : « Seigneur, tu sais que, si je connaissais aujourd’hui un lieu meilleur que ce champ de bataille, je m’y rendrais! Mais je sais que ce côté-ci seulement a ton approbation, et que la mort que l’on y trouve est la mort du martyre.  »

Après avoir prononcé ces mots, il se jeta dans la mêlée, accompagné de Hàschim, fils d »Otba, qui avait remis à un autre l’étendard d »Ali qu’il avait porté.

‘Ammàr fut tué.

Avant de tomber, il demanda de l’eau,  Hàschim n’avait que du lait, qu’il lui donna.

Après avoir bu, ‘Ammàr dit : « Gràces soient rendues à Dieu! l’apôtre de Dieu est véridique. »

Interrogé par Hàschim sur le sens de cette exclamation, ‘Ammàr dit : « Le Prophète m’a dit : O ‘Ammàr, tu seras tué par des rebelles, et ta dernière nourriture sera une gorgée de lait. »

Lorsque Mo’àwiya apprit la mort d »Ammàr, il dit :  » C’est ‘Alî qui l’a tué, en l’amenant dans le combat! »

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, lui dit :  » Voilà une explication bien étrange et contraire à la vérité. Dieu connaît aussi bien les intentions d »Ali que les nôtres. Hàschim, fils d »Otba , fut tué par le même homme qui avait frappé ‘Ammàr. C’était un Arabe de la tribu de Yarbou’, nommé ‘Hàrith , fils de Moundsir. »

En apprenant la mort d »Ammàr, ‘Ali fit avancer les Benî-Rabî’a et les Benî-Hamdàn, en tout douze mille hommes, et commanda une charge sur l’année de Syrie. Mo’àwiya et ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç, montèrent à cheval. Lorsque ‘Alî fut près d’eux, il s’arrêta et dit : Pour quoi, ô Mo’àwiya, faire tuer tant d’hommes? Viens, com battons à nous deux; nous verrons pour qui Dieu décidera.

Mo’àwiya ne répondit pas.

‘Amrou lui dit : « Va; sa proposition est juste. »

Mo’âwiya répliqua : « Tu as sans doute envie du pouvoir, toi qui m’engages à accepter le défi d »Alî. Je n’ai encore vu personne qui soit revenu vivant d’un combat singulier avec lui.  »

‘Alî retourna auprès des siens. La nuit approchait, et les soldats accomplirent la prière du soir et celle du coucher en même temps.

La bataille continua toute la nuit.

On se servait du sabre, de la lance et du poignard.

On combattait corps à corps, on se saisissait par la barbe, et le sang coulait comme un ruisseau.

Cette nuit est appelée la nuit du grondement. Jamais on n’en a vu de plus terrible.

L’épée d »Alî fauchait les Syriens sans interruption, et, le matin, il fut impossible de marcher sur le sol couvert de cadavres.

Quand le jour fut levé, ‘Alî rétablit ses lignes de bataille et recommença l’attaque.

Les Syriens ‘(ahl al-Sham) qui restaient se mirent à fuir, en s’écriant :  » Maintenant nous sommes tous voués à la mort! »

Mo’àwiya était terrifié. ‘Amrou lui dit : « Ordonne aux soldats de fixer au bout de leurs lances des copies du Coran et d’engager nos adversaires à ne point lutter contre le livre divin. »

Mo’àwiya suivit ce conseil, et fit adresser à l’armée d »Ali l’appel suivant : « Hommes de l »lràq, si les habitants de la Syrie et de l’Iràq sont exterminés, qui restera pour professer l’islam? Je vous invite à obéir à ce livre de Dieu, auquel nous croyons, vous aussi bien que nous ! « 

Les troupes de l’lràq répondirent :  » Nous sommes d’accord. »

‘Alî se plaça entre les deux armées, et, s’adressant aux ennemis , il dit : « Ce n’est point la religion qui vous inspire cet acte; vous sentez que vous êtes perdus. »

Puis Ali dit à ses soldats : « Attendez encore un instant, car ils vont prendre la fuite. C’est ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, qui leur a conseillé d’agir comme ils viennent de le faire, et c’est une ruse pour arrêter le combat. »

Les troupes d »Alî furent divisées. Il fut assailli par la foule, qui s’écriait : « Nous ne voulons pas manquer de respect au livre de Dieu. Si tu refuses de lui obéir, nous te ferons mourir; car nous avons tué ‘Othmàn, parce qu’il ne s’est pas conformé à ce livre. »

Puis ils forcèrent le calife de rappeler Màlik al-Aschtar, qui continuait à combattre, en le menaçant de le tuer, aussi bien que Màlik.

Ils avaient déjà tiré leurs sabres avec l’intention de le frapper.

Màlik, étant revenu, dit : « N’avez-vous pas honte, ô soldats, de vous laisser tromper par ces coquins et de vous révolter contre le prince des croyants? »

Ils répliquèrent : « Nous ne pouvons pas combattre contre ceux qui nous demandent de nous rallier au livre de Dieu. Si vous continuez la lutte, nous vous abandonnons. »

Et ils cessèrent, en effet, de combattre. ‘Alî chargea Asch’ath, fils de Qaïs, d’aller demander à Mo’àwiya quel était le passage du Coran qu’il invoquait. Mo’àwiya répondit : Désignons deux hommes, l’un de Syrie, l’autre de l »Iràq, qui choisiront le passage du Coran auquel nous vou lons nous conformer.

Et Mo’àwiya choisit ‘Amrou, fils d’AI-Aç.

‘Alî nomma ‘Abdallah, fils d »Abbàs; mais ‘Amrou dit : « Nous n’acceptons pas ‘Abdallah, fils d »Abbâs, qui est cousin d »Alî, de la même famille que lui. »

Les gens de l’lràq de mandèrent alors à ‘Alî qu’il nommât Abou-Mousa al-Asch’ari. — Abou-Mousa, dit :  » ‘Alî, n’est pas homme à se montrer impartial à mon égard.

— Nous n’en voulons pas d’autre que lui ! s’écrièrent-ils.

Tous tombèrent d’accord sur ce point, et ils envoyèrent chercher Abou-Mousa. On rédigea une convention , par laquelle ‘Alî et Mo’âwiya s’obligeaient à se soumettre à la décision d’Abou-Mousa et d »Amrou, fils d’Al-‘Aç.

La durée de ce traité devait être de huit mois. Màlik al-Aschtar, invité à signer cet acte, s’y refusa, disant qu’il le désapprouvait.

On alla trouver ‘Alî, et on lui dit que Màlik n’ac ceptait pas le traité.

— Je ne l’accepte pas non plus, répliqua ‘Alî.

‘Alî, aussi bien que Màlik, furent alors menaces et forcés de signer.

Puis on décida que les troupes retourne raient dans leurs foyers, et qu »Alî et Mo’âwiya ne garderaient avec eux que quatre cents hommes chacun.

Après avoir fait enterrer tous les morts, ‘Alî partit pour Koufa. En entrant dans la ville, il entendit les cris et les lamentations des femmes.

Il en demanda la cause, et on lui dit que c’étaient les femmes de ceux qui avaient été tués dans la bataille.

— Faites-les taire, dit ‘Alî.

— Cela n’est pas possible, lui fut-il répondu; car il n’y a pas de maison qui n’ait à pleurer un ou deux morts.

‘Alî s’écria : « Nous sommes à Dieu et nous retournons à lui. J’atteste qu’ils sont tous au paradis. »

On dit qu »Alî avait à Ciflïn cinquante mille hommes, et Mo’âwiya, quatre-vingt mille, et que les pertes des deux armées ensemble furent de quarante mille tués, en dehors dès blessés qui moururent plus tard.

En cette année, ‘Alî rappela Kholaïd du Khoràsàn, et chargea du gouvernement de cette province Dja’da, fils de Hobaïra.

La Maison du calife rahidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu a Kufa en Irak
La Maison du calife rahidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu a Kufa en Irak

CHAPITRE C. RÉVOLTE DES KHARIJITES CONTRE LE CALIFE ALI.

Après le retour d »Alî à Koufa, un homme, nommé ‘Orwa, fils d’Odsayya le Temîmite (al-Tamimi), lui dit : « Sache que le jugement appartient à Dieu seul. Or tu le lui as arraché et tu en as chargé Abou-Mousa et ‘Amrou, qui ne sont pas compétents. Nous ne nous soumettrons pas à leur décision. Si tu ne veux pas annuler cet arbitrage, par l’institution duquel tu es devenu hérétique, nous nous déclarerons contre toi. »

‘Ali répondit : « C’est vous qui avez établi ces arbitres, et non moi: c’est donc vous qui êtes hérétiques.  »

Alors les mécontents se concertèrent, se répandirent en plaintes contre ‘Ali et déclarèrent qu’ils ne voulaient ni d »Alî ni de Mo’àwiya, et qu’il était légalement permis de tuer l’un et l’autre, parce qu’ils s’étaient rendus coupables d’hérésie en constituant l’arbitrage.

L’un des adhérents d »Alî, nommé Ziyàd, fils de Nadhr, leur dit :  » ‘Alî n’est pas hérétique; il est dans le droit, et s’il avait cru mal faire, il n’aurait pas agi ainsi. »

Ils résistèrent à cet appel , allèrent s’établir aux portes de Koufa , près d’un village nommé ‘Harourà , et déclarèrent qu’ils voulaient nommer un autre souverain et combattre ‘Alî.

Ils choisirent pour chef Schabath, fils de Rib’î.

Le calife, instruit de ces faits, envoya ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d »Abbàs, pour qu’il ramenât ces hommes par la persuasion; mais ils ne l’écoutèrent pas.

Alors ‘Alî en personne se rendit auprès d’eux et leur demanda la cause de cette révolte. Ils répondirent : « Tu as chargé Abou- Mousa et ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç, de prononcer au nom de Dieu. Par ce fait tu es hérétique, de même que tous ceux qui admettront leur décision comme valable. »

‘Alî répliqua : « Cela n’est pas de l’hérésie. D’ailleurs, c’est vous-mêmes qui êtes les auteurs de cet état de choses. Je vous avais bien dit, le jour où ils présentèrent les copies du Coran au bout de leurs lances, que c’était par crainte de vos sabres qu’ils agis saient ainsi. Mais vous ne m’avez pas cru , et vous vouliez me tuer. »

C’est vrai , répliquèrent les révoltés , mais nous t’avons engagé à te soumettre à la décision de Dieu et non à la décision d’Abou-Mousa et d »Amrou, qui sont de malhonnêtes gens et qui ne sont pas compétents.

‘Alî dit : « Mais ils sont obligés de fonder leur décision sur le livre de Dieu. Attendez qu’ils aient fait connaître le passage du Coran qu’ils voudront appliquer. »

‘Alî parvint ainsi , en les traitant avec douceur, à les faire rentrer à Koufa.

25) La mosquée Omar de Dumat al-Jandal en Arabie (717-720) situé dans la province de Al Jawf, à 37 km de Sakaka en Arabie saoudite, fut construite par le calife Omar ibn Abd al-Aziz mais une mosquée fut construite sous Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu entre 634-644. Le nom de Dumat al-Djandal signifie littéralement Duma de la pierre, désignant ainsi le territoire de Duma, l'un des douze fils d'Ismaël (aleyhi salam). Son nom ancien akkadien est "Adummatu". Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a ordonné l'invasion de Dumat al-Jandal en Juillet 626. Le but était d'envahir la Douma, car Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui) savait que certaines tribus là-bas été impliqués dans le brigandage et se préparait à attaquer Médine. Aucune victime n'a été signalée comme la tribu des Ghatafan ont fuit. (Muir, William (1861) pp. 225-226 et Mubarakpuri, pp. 193-194.). Il (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a également ordonné l'expédition de Khalid ibn al-Walid radi allah Anhu qui a eu lieu en Octobre 630 pour attaquer le prince Chrétien de Douma. (Abu Khalil, Chawki p. 239) Ainsi que l' expédition de Khalid ibn al-Walid (2eme expédition sur place) en Avril 631 pour démolir une idole appelée Wadd, vénéré par la tribu des Banu Kilab .(William Pickthall, Marmaduke p. 191.; ibn al Kalbi, Hisham (1952) p. 48.; William Pickthall, Marmaduke (1967). p. 191.; Sale, George (12 janvier 2010). p. 40.)
La mosquée Omar de Dumat al-Jandal en Arabie (717-720) situé dans la province de Al Jawf, à 37 km de Sakaka en Arabie saoudite, fut construite par le calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz mais une mosquée fut construite avant sous Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu entre 634-644. Le nom de Dumat al-Jandal désigne le territoire de Duma, l’un des douze fils d’Ismail (aleyhi salam). Son nom ancien akkadien est « Adummatu ». Le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a ordonné l’invasion de Dumat al-Jandal en Juillet 626. Le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a également ordonné l’expédition de Khalid ibn al-Walid radi allah Anhu qui eu lieu en Octobre 630 pour attaquer le prince Chrétien de Douma. (Abu Khalil, Chawki p. 239) Ainsi que l’expédition de Khalid ibn al-Walid (2eme expédition sur place de Khalid) en Avril 631 pour démolir une idole appelée Wadd, vénéré par la tribu des Banu Kilab .; ibn al Kalbi, Hisham (1952) p. 48.;

CHAPITRE CI. L’ARBITRAGE.

Le traité conclu à Ciffïn (Siffin) portait que les deux arbitres, Abou-Mousa et ‘Amrou ibn al-As (al-Aç), devaient examiner, chacun pour soi, le Coran, du commencement jusqu’à la fin, et au bout de huit mois, le premier jour du mois de ramadhân, se réunir à Doumat-al-Djandal, lieu situé à égale distance de l »Irâq et de la Syrie.

Il était stipulé qu »Alî et Mo’àwiya y enverraient chacun quatre cents hommes, s’ils ne préféraient les y con duire eux-mêmes. Ces hommes devaient être choisis parmi ceux qui étaient aptes à être investis du califat, et seraient les témoins de la décision des arbitres si leur choix tombait sur ‘Alî ou sur Mo’àwiya.

Si, au contraire, Abou-Mousa et’Amrou décidaient l’exclusion de l’un et de l’autre, ils auraient le droit de choisir l’un de ces huit cents hommes.

A l’époque convenue, Abou-Mousa se rendit à Doumat-al-Djandal.

Lorsque ‘Amrou y arriva, accompagné de quatre cents Qoraïschites , il fut étonné de trouver Abou-Mousa seul, et lui fit remarquer que Mo’àwiya avait exécuté les stipulations du traité, tandis qu »Alî ne l’avait pas fait.

Abou-Mousa écrivit à ‘Alî, et celui- ci fit rechercher quatre cents hommes dans l »lràq, le ‘Hedjàz, à Médine et à la Mecque, et les fit conduire à Doumat-al- Djandal par ‘Abdallah, fils d »Abbàs.

Il n’y manquait aucun des compagnons du Prophète , excepté Sa’d , fils d’Abou-Waqqàc, qui s’était retiré du monde et vivait dans le désert, où il possédait quelques moutons.

Les traditions different en ce qui concerne Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr.

Certains auteurs prétendent qu’il était présent à Doumat-al-Djandal; d’autres disent qu’il n’y était pas.

Parmi ceux qui s’y trouvaient dans l’espoir d’obtenir le califat, on remarquait ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et Mo’hammed , fils de Tal’ha; et parmi ceux qui ne désiraient pas cette dignité, ‘Abdallah, fils d »Omar.

‘Amrou et Abou-Mousa s’étant réunis dans la tente que l’on avait dressée pour eux, Abou-Mousa dit à ‘Amrou : « Dis ce qui est sorti pour toi de l’étude du livre de Dieu. »

‘Amrou répliqua : « Que Dieu me garde de parler avant toi, qui es mon supérieur par ta dignité et par ta science!  »

Abou-Mousa dit : « Je pense que nous devons exclure de la souveraineté ‘Alî et Mo’àwiya et nommer un autre, afin de faire cesser la guerre civile. »

‘Amrou répliqua : « Quel mal verrais-tu à l’exercice du pouvoir par Mo’àwiya? Tusais qu’il y a tout droit, conformément à la parole de Dieu, qui dit : « Si quelqu’un est tué injustement, nous donnons à son plus proche parent l’autorité sur le meurtrier », : (Coran, sur. xvn, vers. 35.) Et tu sais qu »Otmbàn a été tue injustement. Si tu consens à l’élection de Mo’âwiya, il t’accordera tout ce que tu désireras. »

Abou-Mousa dit : « Crains Dieu, ô ‘Amrou! Tu dis que Mo’àwiya est le plus proche parent d »Othmân. Le plus proche parent d’un homme est son fils, et il existe encore deux fils d »Othmàn. Quant aux faveurs que tu me promets de la part deMo’àwiya, sache que ce jugement est un jugement de Dieu, et que je ne me laisserai pas corrompre par des dons. »

Vue intérieure du château antique kédarite de Mard de Doumat al Jandal
Vue intérieure du château antique kédarite de Mard de Doumat al Jandal, Arabie saoudite

— Qui proposes-tu alors? demanda ‘Amrou.

— ‘Abdallah, fils d »Omar.

‘Amrou proposa son propre fils.

Enfin Abou-Mousa dit : « Je pense que nous devrions faire revivre l’usage établi par ‘Omar, c’est-à-dire soumettre le califat à l’élection. »

Ils tombèrent d’accord sur ce point et sortirent de la tente.

‘Amrou dit à Abou-Mousa : « Communique à ces hommes le résultat de notre conférence. »

Abou-Mousa se leva, ôta son anneau de son doigt et dit : « Nous sommes convenus de soumettre le califat à l’élection et d’exclure Mo’âwiya et ‘Ali. Vous êtes témoins que je retire la souveraineté à ‘Alî, comme je retire cet anneau de mon doigt. »

‘Amrou se leva ensuite, retira son anneau, et, en le mettant à un autre doigt, il dit : « Soyez témoins que, de même que je mets cet anneau à ce doigt, j’investis Mo’âwiya du califat; car Mo’àwiya est le plus proche parent d »Othmàn . et il est dit dans le Coran : -Si quelqu’un est tué injustement , je donne à son plus proche parent l’autorité.-  »

Abou-Mousa réclama, et il y eut un échange d’invectives entre lui et ‘Amrou.

Puis tout le monde s’en retourna. A partir de ce moment, les Syriens donnèrent à Mo’âwiya le titre de prince des croyants.

‘Abdallah, fils d »Abbàs, vint rendre compte à ‘Ali de ce qui venait de se passer.

Le calife Ali résolut de reprendre la guerre contre Mo’àwiya, et dans chacune des cinq prières journalières, il mentionna avec une malédiction les noms de Mo’àwiya; d »Amrou, fils d’Al-‘Aç; d’Abou’l-A’war le Solaïmite (al-Sulaymi); de ‘Habîb, fils de Maslama; d »Abd-er-Ra’hmàn, fils de Khàlid; de Dha’hhàk, fils de Qaïs, et de Walîd, fils d »Oqba.

Mo’àwiya, informé de ce fait, donna également l’ordre de maudire dans la prière les noms d »Alî, de ‘Hasan, de ‘Hosaïn, d »Abdallah, fils d »Abbàs, et de Màlik al- Aschtar.

Ruines du Dar al Imara de Kufa (Rashidun et Omeyyade)
Ruines du Dar al Imara de Kufa (Rashidun et Omeyyade) 

CHAPITRE CII. GUERRE DES KHARIJITES (Khawarij).

Le jour où ‘Alî donna à Abou-Mousa ses dernières instructions pour la conférence, deux Khàridjites, Zor’a , fils de Yarbou’, et ‘Horqouç, fils de Zohaïr, lui dirent : « Ne charge pas ces deux hommes de l’arbitrage. En l’acceptant, tu as commis un grand péché, dont tu dois faire pénitence. Reprends les armes, nous te suivrons. »

‘Alî répliqua : « Je n’ai pas voulu cet arbitrage; c’est vous qui l’avez voulu, et je vous ai cédé. Maintenant je ne peux pas reculer et rompre mon engagement. »

On lui dit ensuite : « Prince des croyants, un certain nombre de ces hommes se sont concertés et te déclarent hérétique; ils ont l’intention de te combattre. »

‘Alî répondit : « Aussi longtemps qu’ils ne m’attaqueront point, je ne les inquiéterai pas. »

Les Khàridjites gardèrent une attitude expectante jusqu’au moment où l’on apprit le résultat de la conférence et la discussion entre Mousa et ‘Amrou.

Ce fut une grande satisfaction pour eux; ils vinrent trouver ‘Alî et lui dirent : « Tu n’a pas voulu nous écouter lorsque nous t’avons recommandé de ne point charger ces deux hommes incompétents de juger une chose divine. Maintenant tu es hérétique, et il nous est permis de te tuer. »

Le lendemain, qui fut un vendredi, quand ‘Alî fut en chaire et prononça le sermon , un homme se leva et dit : « Le jugement n’appartient qu’à Dieu! (C’était le mot de ralliement des Khàridjites.) »

 » Tu as raison », répliqua’Alî, « le jugement n’appartient qu’à Dieu; il faut cependant que l’un des serviteurs de Dieu sur la terre exécute le jugement de Dieu. Vous prétendez qu’il ne faut, parmi les hommes, ni juge ni souverain qui ait la direction des affaires. S’il en était ainsi, la société serait en péril et les hommes se feraient du tort les uns aux autres. »

Un autre se leva ensuite et dit : »Ô ‘Alî (il ne lui donnait pas le titre de * prince des croyants»), le jugement n’appartient qu’à Dieu ! »

Un autre répéta ces paroles; puis un autre, et ainsi plus de cent personnes. ‘Alî, reprenant son discours, dit : « J’ai beau vous prodiguer des conseils, vous ne les acceptez pas; et j’ai beau vous déclarer et répéter que c’est-vous qui êtes cause de cet arbitrage, vous ne m’écoutez pas. J’ai trois choses à arranger avec vous. Sachez d’abord que je ne vous empêcherai pas d’assister aux réunions dans la mosquée; puis, que, si vous me forcez à vous combattre au nom de la religion , je proclamerai le droit de faire du butin sur vous; et enfin que je vous combattrai seulement si vous avez recours aux armes.  »

Voyant qu »Alî ne voulait pas employer les armes contre eux, ils allèrent trouver leur chef et lui dirent : « Il faut renoncer à ce monde et obtenir l’autre. Les hommes qui ont institué cet arbitrage sont des infidèles. Il est temps de le proclamer.  »

En conséquence, ils envoyèrent dans toutes les provinces des messagers pour faire connaître aux habitants la nouvelle doctrine et pour les engager à se réunir avec eux, à un jour donné, à Nehrewàn.

Un certain nombre de personnes vinrent, en effet, se joindre aux Khàridjites dans cette ville.

‘Alî fit faire un appel public, engageant tons ceux qui désiraient prendre part à l’expédition qu’il projetait contre Mo’àwiya à se présenter.

Les guerriers vinrent s’enrôler, et ‘Alî partit pour la Syrie.

En passant la revue de ses troupes à un endroit près de la frontière, nommé Nokhaïla, il trouva que leur nombre était de vingt mille hommes.

Il envoya en suite un messager aux Khàridjites pour les inviter à rallier ses drapeaux, et un autre à Baçra pour demander un corps d’armée à ‘Abdallah, fils d »Abbàs.

Il y avait dans cette dernière ville soixante mille guerriers inscrits au rôle et payés par le trésor.

Tous ces hommes se dérobèrent à l’appel du calife, sauf quinze cents soldats, qui partirent sous le commandement d’A’hnaf, fils de  Qaïs le Tamimite.

‘Abdallah fit convoquer les autres et les harangua en ces termes : « Soldats, n’avez- vous pas honte devant Dieu et devant le prince des croyants, de recevoir, vous tous, la solde, et lorsqu’on a besoin de vous, de ne répondre à l’appel qu’en si petit nombre ? Si vous ne partez pas, je ferai rayer vos noms des rôles. »

Vu aérienne sur Kufa ville fondé par Sa'd ibn Waqqas radi Allah anhu
Vu aérienne sur Kufa ville fondé par Sa’d ibn Waqqas radi Allah anhu

En les menaçant ainsi, il ajouta qu’il avait chargé ‘Hàritha [fils de Qodàma], de la tribu Sa’d, de former un nouveau camp, où pourraient se rendre ceux qui n’étaient pas allés rejoindre A’hnaf.

Dix-sept cents hommes seulement se présentèrent. ‘Abdallah écrivit à ‘Alî : « Ces hommes de Baçra ne marcheront pas, si tu n’emploies pas la force avec eux. De soixante mille soldats, il n’y en a qu’un peu plus de trois mille qui se soient mis en route. »

‘Alî harangua les gens de Koufa et leur dit : « Voilà comme les gens de Baçra agissent envers moi! De soixante mille hommes, trois mille seulement sont venus, Que je puisse au moins compter sur vous ! Je n’oublierai certainement pas la reconnaissance que je vous devrai. »

Les gens de Koufa, en réunissant tous les valets et les pages, fournirent à ‘Alî une armée de soixante mille hommes. Le calife les remercia pour leur zèle. S’étant mis en marche pour envahir la Syrie, ‘Alî fut in formé que les Khâridjites commettaient toutes sortes de violences, qu’ils massacraient des musulmans, eu les déclarant infidèles, et qu’ils projetaient de saccager Koufa, quand il serait en Syrie.

Cédant aux représentations de ses troupes, qui. voyant leurs foyers en danger, lui demandaient d’en finir d’abord avec les Khâridjites, il se dirigea sur Nehrewàn et établit son camp en face de celui des Khàridjites.

 

Expansion du califat Rashidun
Expansion du califat Rashidun

Dans une conférence qu’il eut avec les chefs khâridjites, il leur demanda la cause de leur révolte. Ils dirent : « Tu as chargé deux personnes incompétentes de prononcer le jugement de Dieu, et par là tu t’es rendu coupable d’hérésie. Si tu reconnais ton erreur, tu rentreras dans l’islam; sinon tu demeures dans l’incrédulité. »

‘Alî répliqua : « C’est vous qui m’avez imposé cet arbitrage!  »

— Oui, dirent les Khâridjites, nous avons été infidèles; mais à présent nous sommes rentrés dans l’islam. Si tu veux faire cet aveu, nous reconnaîtrons ton autorité.

‘Alî répondit : « Dieu m’en garde! Je n’ai jamais abandonné l’islam depuis le jour où je l’ai embrassé, étant enfant. »

‘Alî ayant vainement insisté, on en vint aux armes. Il y eut un grand nombre de tués.

Mais les Khàridjites ne résistèrent  pas; le gros de leur armée prit la fuite, et il ne resta au champ de bataille que deux de leurs chefs, avec quatre mille hommes.

Parmi ces derniers se trouvait Farwa, fils de Naufal al-Aschdja’î, qui, avec cinq cents hommes, se sépara des Khàridjites. en disant : « Je ne sais pas pour quelle cause nous combattrions ‘Alî.  »

Et il se retira à Deskcrè. Cent autres vinrent se rendre à ‘Alî. D’autres, au nombre de treize cents, retour nèrent à Koufa, soit séparément, soit par groupes de deux.

Enfin, les Khàridjites, reduits à seize cents hommes, sous les ordres d » Abdallah, fils de Wahb, furent entoures par l’armée d »Alî et tués jusqu’au dernier.

Il y eut parmi ces victimes un homme, nommé Dsou’l-Yad, qui avait une main formée exclusivement de chair molle comme le sein d’une femme.

‘Ali, instruit de cette circonstance, s’écria : « L’apôtre de Dieu est véridique! Il m’avait prédit qu’un jour certains hommes se révolteraient contre moi, qu’ils seraient en dehors du droit, que je les tuerais très-légitimement, qu’ils iraient en enfer, et que leur mort me serait comptée comme un mérite. Il m’avait prédit aussi que parmi eux se trouverait un homme qui aurait une main comme le sein d’une femme. »

‘Alî défendit d’enterrer les rebelles. Sa propre armée ne comptait que sept morts.

Ensuite ‘Alî dit à ses soldats : « Dieu nous a donné la victoire. Maintenant prenons la route de Syrie pour attaquer Mo’àwiya. »

Ils répliquèrent : « Nous venons de finir une guerre; autorise-nous à retourner pour cinq jours dans nos foyers, à Koufa, afin de réparer nos armements. »

‘Alî consentit.

Mais lorsque les cinq jours furent écoulés, ils ne répondirent pas à son appel répété.

Il fut très-affligé et obligé de suspendre son expédition de Syrie.

Dès ce moment, son cœur se détacha des habitants de Koufa.

Ce fut vers la fin de l’an 37 de l’hégire qu’il rentra dans la ville.

Au commencement de l’an 38, il prononça un sermon, dans lequel il leur fit des reproches et dit : « Vous m’avez mis dans l’impossibilité de combattre de nouveau Mo’àwiya. »

Ce fut en cette même année que Mo’ham- ined. fils d’Abou-Bekr, fut tué en Egypte.

Domaine du califat Rashidun sous les 4 califes.
 

La phase de division lors du califat d’Ali  les forces d’Ali ont perdu le contrôle sur la plupart du territoire du califat pour Mu’awiya tandis que les grandes sections de l’empire tels que la Sicile , l’Afrique du Nord , les régions côtières de l’Espagne et quelques forts en Anatolie sont également sortie de l’empires du califat rashidun
La phase de division lors du califat d’Ali  les forces d’Ali ont perdu le contrôle sur la plupart du territoire du califat pour Mu’awiya tandis que les grandes sections de l’empire tels que la Sicile , l’Afrique du Nord , les régions côtières de l’Espagne et quelques forts en Anatolie sont également sortie de l’empires du califat rashidun

 CHAPITRE CIII. MORT DE MO’HAMMED, FILS D’ABOU-BEKR.

‘Alî, ayant faussement soupçonne Qaïs, fils de Satd, d’être dans les intérêts de Mo’àwiya, parce qu’il n’avait pas exigé le serment de fidélité des gens rassemblés dans le village de Kharbetà, l’avait remplacé, dans le gouvernement d’Egypte, par Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr.

En lui remettant l’administration de cette province, Qaïs avait conseillé; à ‘Mo’hammed de ne point employer la force envers les gens de Kharbetà, parce qu’ils étaient nombreux.

Qaïs s’était ensuite rendu auprès d »Alî, qui se trouvait alors à Siffin.

Mo’hammed, ne tenant pas compte de l’avis de Qaïs, avait envoyé une armée contre les dissidents, qui, ayant demandé du secours à Mo’àwiya, avaient livré bataille à l’armée de Mo’hammed, l’avaient défaite et lui avaient tué seize cents hommes.

Mo’àwiya fut très-satisfait en apprenant que ses manœuvres pour éloigner Qaïs avaient réussi, et qu »Alî l’avait remplacé par Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, qu’il ne considérait pas comme dangereux.

Il y avait en Egypte un homme nommé Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, qui était à la tête de la populace et qui cherchait à se rendre favorable Mo’àwiya.

Il rassembla la populace, s’empara de la ville de Fustat-Miçr et en chassa Mo’hammed, flls d’Abou-Bekr.

Celui-ci rendit compte de ces faits à ‘Alî, qui reconnut qu’il avait fait une faute en révoquant Qaïs du gouvernement de l’Egypte.

Il y envoya deux mille hommes, avec lesquels Mo’hammed attaqua de nouveau les gens de Kharbetà.

Mais il fut encore défait. En recevant cette nouvelle, ‘Alî dit: « Il n’y a que Màlik al-Aschtar pour gouverner l’Egypte, ou Qaïs, fils de Sa’d. »

Ce dernier était, depuis la bataille de Siffin (çiffin), chef de la garde du palais à Koufa (dar al Imara), tandis que Màlik était gouverneur de la Djezîra et de Mossoul.

‘Alî adressa à Màlik une lettre dans laquelle il lui disait : « Nomme un lieutenant à ta place et viens ici. Je veux te consulter sur l’état de l’Egypte, où mon autorité, représentée par Mo’hammed, fils d’Ahou-Bekr, qui est encore jeune et inexpérimenté, est méconnue. »

Màlik vint à Koufa et conseilla au calife de donner le gouvernement de l’Egypte à Qaïs. Mais celui-ci refusa de l’accepter.

En conséquence, ‘Alî nomma Qaïs gouverneur de l’Aderbîdjàn, et Màlik gouverneur de l’Egypte, en lui adressant ces paroles : « Lorsque l’on envoie quelqu’un pour occuper un poste, on lui donne des instruc tions. Mais toi, tu n’en as pas besoin. »

Mo’àwiya, informé de celte nomination, fut très-désappointé, et s’écria : « Màlik est le pire de tous! »

Et il chercha aussitôt à le faire mourir avant qu’il arrivât dans la province.

Il y avait sur la route d’Egypte un bourg appelé Qolzoum, situé au bord de la mer, où se trouvait un chef nommé Al’habasàt (nom incertain?), qui avait des relations d’amitié avec Mo’àwiya.

Celui-ci lui dépêcha un messager porteur de nombreux présents et d’un poison violent, et lui fit recommander d’inviter Màlik à un repas et de l’empoisonner.

Ce plan fut exécuté, et Màlik mourut sur-le-champ.

Cette nouvelle, apportée à Koufa par les troupes de Màlik qui s’en étaient retournées, causa à ‘Alî le plus grand chagrin, taudis que Mo’àwiya s’en réjouit, et reçut, à cette occasion, les félicitations de toute la Syrie.

Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, d’après les ordres d »Alî, retourna en Egypte; mais Mo’àwiya le redoutait si peu qu’il disposa immédiatement du gouvernement de cette province en faveur d »Amrou, fils d’Al-‘Aç. ‘Amrou quitta la Syrie avec cinq mille hommes, et près de la frontière d’Egypte, Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj , lui en amena six mille autres, recrutés parmi la populace. ‘Amrou adressa ensuite une lettre à Mo’hammed, et l’invita à quitter la province. Mo’hammed répondit qu’il voulait combattre, et informa en même temps ‘Alî de sa situation.

‘Alî lui répondit : « Je suis las de cette affaire. Si tu peux résister, résiste; sinon, reviens. »

Mo’hammed, qui n’avait que cinq mille hommes à opposer aux onze mille d »Amrou, fut battu. Ses troupes pri rent la fuite, et lui-même se sauva et se cacha dans une ruine.

Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, avait un fils nommé Kinàna, le même qui avait frappé ‘Othmàn avec le poignard.

Mo’à wiya le fit chercher et lui dit : « Mon fils, c’est toi qui as tué ‘Othinàn, et comme on va te faire mourir maintenant, c’est moi-même qui veux te tuer. »

Et Mo’àwiya tua son propre fils. ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d’Abou-Bekr, qui était dans les rangs d »Amrou, demanda et obtint de lui la vie de son frère Mo’hammed.

Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, instruit de cette circonstance, alla en toute hâte s’emparer de la personne de Mo’hammed; il le tua, fit placer son corps dans la carcasse de son cheval et le fit brûler.

‘Amrou lui ayant demandé la cause de cette action, il lui dit : « J’ai mis à mort mon propre fils pour le crime commis sur ‘Othmàn, et j’aurais laisse vivre celui-là même qui en était le véritable auteur?  »

À partir du jour où elle apprit la mort de son frère, ‘Aïscha prononça, après chaque prière, le nom de Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, en l’accompagnant d’une malédiction.

Mo’hammed avait laissé un fils, qui fut adopté et élevé par elle.

‘Ali’, après que Mo’hammed l’eut informé de l’état -critique dans lequel il se trouvait, montait chaque jour en chaire et appelait le peuple à s’enrôler pour la guerre d’Egypte.

Deux mille hommes seulement avaient répondu à son appel et étaient partis, sous le commandement de Ka’b, fils de Màlik.

‘Alî dit alors : « Ces hommes sont trop peu nombreux pour être utiles, et ils n’arriveront pas à temps. »

Et il en fut ainsi qu’il l’avait dit. Ils étaient partis depuis cinq jours, lorsque le calife fut informé par ses espions de la mort de Mo’hammed et de Kinàna.

Il lut, du haut de la chaire, la lettre au peuple et fit partir ‘Abdallah, fils de Schorai’h, sur une chamelle de course, pour rappeler les soldats qui s’étaient mis en route.

‘Ali prononça ensuite un sermon, dans lequel il reprocha aux gens de Koufa leur attitude, et dit : « Vous ne répondez jamais aux appels que je vous adresse. Je prie Dieu qu’il me donne de meilleurs sujets que vous ou qu’il me rappelle à lui, et qu’il vous donne un maître dur et impitoyable. »

Une certaine tradition rapporte que, dans la même nuit où ‘Alî faisait cette prière, naquit ‘Haddjàdj, fils de Yousef (al-Hajjaj ibn Yusuf le Thaqifite à Ta’if). D’après une autre tradition, ‘Haddjàdj serait né dans la nuit où mourut le calife ‘Omar.

‘Hasan de Baçra aurait dit à ce sujet : « Quelle nuit néfaste que celle où tant de justice disparut du monde et où tant de crime y fit son apparition ! »

Par suite de ces événements, ‘Alî pensa devenir fou de douleur, et il s’enferma dans son appartement. Instruit de cette circonstance, ‘Abdallah, fils d »Abbàs, craignant que le calife, dans son découragement, n’abandonnât le pouvoir, partit pour Koufa, pour le consoler et pour l’encourager; et il laissa comme son lieutenant à Baçra, Ziyàd, fils d’Abou- Sofyàn.

Lorsque Mo’àwiya apprit qu »Abdallah avait quitté la ville de Baçra, il y envoya ‘Abdallah, fils d »Amr-ben-al-Hadhramî, avec deux mille hommes, afin de sommer les habitants de reconnaître son autorité. ‘Abdallah établit son camp aux portes de la ville et envoya la sommation par un mes sager.

Ziyàd répondit par un refus, mais il ne trouva point d’appui dans Baçra. Comme il n’avait avec lui que cinquante hommes, il fit demander aux chefs de la ville de le protéger jusqu’à ce que le calife envoyât les troupes qu’il lui demanderait, à moins qu’il ne le relevât de son poste.

Les chefs ne voulurent pas. Ziyàd leur dit : « Protégez-moi , au moins, à cause de l’argent du trésor public que j’ai sous ma garde. »

Sabra [fils de Schaïmàn] consentit à le recevoir dans sa maison. ‘Abdallah prit possession de la ville.

A cette nouvelle, ‘Alî fit partir cinq cents hommes commandés par A’yan, fils de Dhobafa al-Moudjàschi’, qui était de Baçra et qui y avait de nombreuses relations de famille, et auquel il donna les instructions suivantes : « Réunis tes gens et tes parents et prends les armes, s’il le faut. »

Arrivé à Baçra, A’yan se rendit à la maison où était caché Ziyàd, et convoqua les Benî-Moudjàschi’, qui, un jour, formèrent des lignes de bataille; mais ils discutèrent entre eux et se séparèrent ensuite.

Ziyàd fut obligé de se cacher de nouveau, et en informa ‘Alî.

Celui-ci lui envoya Djàriya, fils de Qodàma, qui était également de Baçra, et lui donna les mêmes instructions qu’il avait données à A’yan.

Djàriya rassembla une armée, et, de concert avec Ziyàd, qui sortit de sa retraite, il attaqua ‘Abdallah.

Voyant son armée culbutée après avoir subi beaucoup de pertes, ‘Abdallah s’en fuit et chercha asile dans un château, auquel Djàriya fit mettre le feu. ‘Abdallah périt dans les flammes avec soixante et dix autres personnes.

Ziyàd réoccupa la ville et annonça la victoire à ‘Alî, qui renvoya ‘Abdallah, fils d »Abbàs, à son poste.

Noble et saint Coran qui aurai été écris par le calife Rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu, il est en koufique.
Noble et saint Coran qui aurai été écris par le calife Rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu, il est en koufique. 

CHAPITRE CIV. LES BENÎ-NÀDJIYA.

Il y avait à Koufa une famille noble, appelée les Benî- Nàdjiya, comptant environ trois cents têtes, dont le chef, Khirrit, fils de Ràschid, faisait partie, mais en secret, de la secte des Khâridjites, et détestait ‘Alî.

C’est dans sa maison qu’étaient cachés ceux qui avaient survécu aux blessures qu’ils avaient reçues à la bataille de Nehrewàn, tandis que ceux qui avaient demandé et obtenu le pardon d »Alî s’étaient répandus dans le Sawâd et dans les montagnes d’Ispàhàn , du Kirmàn et du Seïstàn, où ils cherchaient à faire de la propagande.

Khirrît, ayant trouvé l’adhésion de sa tribu, vint auprès d »Alî et lui déclara qu’il ne voulait plus accomplir la prière sous sa direction, à cause de l’arbitrage qu’il avait accepté.

Le calife lui proposa de discuter avec lui le texte du livre de Dieu.

Khirrît, ayant consenti à une conférence pour le lendemain, mais sachant qu’il ne pourrait pas argumenter avec ‘Ali, s’enfuit, pendant la nuit, avec ses adhérents, dans la direction du Sawàd. Ziyàd, fils de Khacafa, chargé par ‘Ali de le poursuivre, partit le lendemain avec cent vingt hommes de sa tribu.

Le surlendemain , le calife fut informé par un de ses percepteurs d’impôt, que des cavaliers de la tribu de Nàdji avaient passé par son bourg, qu’ils avaient tué, sous prétexte d’apostasie, un dihqàn musulman qui, répondant à leurs questions, avait affirmé la légitimité de la cause d »Ali, et qu’ils avaient laissé partir en paix son compagnon, qui s’était déclaré chrétien.

Le calife, apprenant ensuite qu’ils étaient entrés dans le Sawàd. écrivit à Ziyàd. qui attendait à une étape de Koufa, et lui ordonna de mar cher sur leurs traces et d’employer contre eux la force, s’il ne réussissait pas à les ramener par la persuasion. Ziyàd fit ainsi.

Les ayant rencontrés à Madsàr, il leur livra un combat dans lequel il perdit deux hommes.

Il y eut un grand nombre de blessés des deux côtés. Le soir, chacune des deux troupes regagna son camp; mais, pendant la nuit, les Khâridjites s’enfuirent, et se rendirent, par des chemins détournés, dans les montagnes de l’Ahwàz et d’Ispàhàn, entrèrent dans Ràm- Hormouz et restèrent dans les montagnes.

Khirrît réunit au tour de lui un corps de dix mille hommes. Il gagnait les habitants en leur disant qu’il était de Syrie et qu’il voulait venger la mort d »Othmàn, et il attirait les Arabes par la promesse d’abolir l’impôt.

Ziyàd [fils de Khaçafa], qui était allé à Baçra, avertit le calife de ces circonstances.

‘Alî, après avoir fait partir pour l’Ahwàz deux mille hommes de Koufa, sous les ordres de Ma’qal, fils de Qaïs, chargea ‘Abdallah, fils d »Abbàs, d’envoyer à ce général des renforts, de Baçra, au nombre de deux mille hommes.

Ces renforts étaient commandés par Khàlid, fils de Ma’dàn. ‘Abdallah envoya aussi, conformément aux ordres d »Alî, une armée sous les ordres de Ziyàd, fils d’Abou-Sofyàn, dans la province de Fàris, qui était en révolte et qui avait chassé son gouverneur, Sahl, fils de ‘Honaïf.

Ayant rencontré Khirrît, Ma’qal lui livra bataille. Il y avait dans son armée un homme, nommé Acîb (?), fils d »Abdou’l- Schams er-Ràsibî, qui, après avoir été avec les Khâridjites, avait abjuré son erreur, et qui connaissait Khirrît de personne.

Il l’assaillit, lui traversa le corps avec sa lance et lui coupa la tête, qu’il fixa au bout de sa lance.

A cette vue, les Khàridjites prirent la fuite. Ma’qal les poursuivit, en tua un grand nombre et fit beaucoup de prisonniers.

Ziyàd [qui avait pris part à la lutte] se plaça au centre, planta son drapeau à côté de lui et fit proclamer que tous ceux qui se rallieraient au tour de ce drapeau auraient la vie sauve.

Les chrétiens et les autres insurgés répondirent à cet appel, tandis que les Benî- Nàdjiya et ceux du parti d »Othmàn continuèrent leur fuite.

Ils furent tous pris ou tués. Ma’qal rentra à Koufa , et Ziyàd se dirigea vers la province de Perse.

Le calife apprit bientôt avec joie que cette province était rentrée dans l’ordre et que les habitants payaient l’impôt.

Par la grande discrétion qu’il montrait dans la perception de l’impôt, et par la politique de conciliation qu’il suivait, Ziyàd faisait dire de lui que son administration ressemblait à celle d »Omar et de Nouschirwàn.

Il se rendit aussi dans le Kirmàn et pacifia le pays.

Après son retour, il fixa sa résidence à Içtakhr, où il fit construire, entre la ville et le village de Baïdhà, un chàteau fort qui porte aujourd’hui le nom de Mançour.

Scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
Scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory »

CHAPITRE CV. MO’ÀWIYA ENVOIE DES GOUVERNEURS DANS LE  HEDJAZ DANS L’IRÀQ.

Mo’àwiya, étant en possession de l’Egypte, et voyant qu »Ali restait tranquille à Koufa, fit, au commencement de l’an 39, son premier mouvement offensif.

Il fit partir un corps de deux mille hommes, sous les ordres de No’màn, fils de Beschîr, pour ‘Aïn-Tamr, ville située à l’extrême frontière de la Mésopotamie, du côté de la Syrie.

Il y avait là un gouverneur d’Alî, nommé Màlik. fils de Ka’b, et une garnison de mille hommes.

Ceux-ci, voyant venir de loin les troupes de No’màn, prirent la fuite.

Cependant Màlik, avec cent hommes, s’enferma dans la forteresse, avertit ‘Ali de sa si tuation et lui demanda du secours.

Le calife engagea les gens de Koufa à marcher au secours de Màlik, mais personne ne répondit à son appel.

Ce fut en vain aussi qu’il prononça un sermon, dans lequel il parla au peuple en termes sévères.

Après avoir été assiégé par No’màn pendant un mois, Màlik, lie comptant plus sur un secours venant de Koufa, fit une sortie avec ses cent compagnons et livra à No’màn un combat qui dura du matin au soir.

Dans le voisinage demeurait un chef nommé Mikhnaf, fils de Solaïm, qui envoya une troupe de cinquante cavaliers arabes de la Mésopotamie pour assis ter Màlik.

Ces hommes arrivèrent à l’heure de la prière du soir, et No’màn, les voyant approcher de loin, crut que leur nombre était plus grand, et que c’étaient des renforts venant de Koufa.

Dans la même nuit, il leva son camp et retourna en Syrie.

Mo’âwiya envoya une armée de six mille hommes, sous le commandement de Sofyàn, fils d »Auf, contre la ville de Hît, située entre la Syrie et Mossoul.

Après en avoir pris possession , ce corps vint attaquer Anbâr, dans le Sawàd.

Là se trouvait un gouverneur d »Alî, nommé Aschras, fils de ‘Hassàn le Bekrite (al-Bakri), qui n’avait avec lui que cinq cents combattants, dont la plus grande partie, voyant approcher un corps ennemi de six mille hommes, prirent la fuite.

Les deux cents qui restèrent acceptèrent le combat. Aschras et trente soldats furent tués, et tous les autres, blessés.

Les Syriens occupèrent Anbâr et pillèrent la ville.

A cette nouvelle , ‘Alî, transporté de colère, n’adressa point d’appel au peuple, mais il partit seul.

Le lendemain de son arrivée au camp de Nokhaïla, les gens de Koufa vinrent le rejoindre, le prièrent de retourner, en lui représentant que cette affaire n’était pas assez importante pour qu’il entreprit une expédition en personne.

‘Alî envoya alors Sa’d, fils de Qaïs, avec mille hommes à la recherche des envahisseurs. Ce détachement, s’étant avancé jusqu’à la frontière de Syrie sans les rencontrer, revint sur ses pas.

‘Abdallah, fils de Mas’ada le Fezârite, fut envoyé par Mo’àwiya, avec dix-sept cents hommes, contre Taïmà, qui est la première ville du côté de la Syrie, dans le désert.

Il eut pour instructions d’exiger l’impôt de tous les Arabes du désert, et d’avancer ensuite pour s’emparer de la Mecque, de Médine et de tout le Hedjàz.

Il avait déjà recueilli une certaine partie de l’impôt lorsqu’il fut attaqué, près de Taïmà, par Mousayyab, fils de Nadjaba le Fezàrite (al-Fazzari), qu »Alî avait expédié contre lui, à la tête de deux mille hommes. Un grand nombre des hommes d » Abdallah furent tués, les autres prirent la fuite dans la direction de la Syrie, et ‘Abdallah lui-même, avec un petit nombre des siens, s’enferma dans le château fort de Taïmà.

Mousayyab , après s’être emparé de tous les chameaux, produit de l’impôt que les Syriens avaient recueilli, mit le feu au château.

‘Abdallah et ses gens de mandèrent grâce, et comme ils étaient tous Fezârites et cousins de Mousayyab, celui-ci leur permit de sortir et de regagner la Syrie.

Aux approches du temps du pèlerinage, Mo’àwiya fit partir trois mille hommes, sous les ordres de Dha’hhàk, fils de Qaïs, qui reçut l’ordre de détruire les stations dans le désert, de combler les puits, de tuer les Bédouins qui s’y trouvaient et d’arrêter les pèlerins sur la route de la Mecque, sous prétexte qu’ils ne trouveraient point d’imâm à la Mecque.

Dha’hhàk vint d’abord à la station appelée Wàqiça , la détruisit et tua les Bédouins.

De là il se rendit à la station de Thalabiyva et la traita de même.

Il tua tous les cavaliers qui avaient été placés par ‘AIî dans les différentes stations pour escorter les pèlerins d’une étape à l’autre.

L’un des notables de Koufa, nommé ‘Omaïr, fils de Mas’oud, qui avait été autorisé par le calife à faire le pèlerinage avec sa propre escorte, fut arrêté en route par Dha’hhàk, complétement dépouillé et obligé de s’en retourner.

A cette nouvelle, ‘Ali dirigea ‘Hodjr, fils d »Adî, à la tête de quatre mille bommes, contre Dha’hhâk, dont l’armée fut mise en fuite après avoir perdu beaucoup de morts.

Mais l’époque du pèlerinage était passée, et les habitants de l’Iràq et du Khoràsàn avaient été empêchés de l’accomplir. Mo’àwiya avait envoyé à la Mecque, pour présider en cette année au pèlerinage des musulmans d’Egypte, du Yemen et de l’Occident (Barqa, Ifriqiya), un homme nommé Yezîd, fils de Schadjara.

Qotham, fils d »Abbàs, gouverneur d »Alî, qui présidait chaque année au pèlerinage, soit en personne, soit par un délégué, s’opposa à la prétention de Yezîd.

On allait en venir aux armes, lorsque les habitants de la Mecque in tervinrent, déclarant qu’ils ne permettraient pas qu’il y eût du sang versé pendant le mois sacré et sur leur territoire, et que les pèlerins fussent empêchés d’accomplir la cérémonie.

Il fut convenu que les deux prétendants devaient renoncer, et l’on chargea Schaïba, fils d »Olhmàn, de présider aux cérémonies du pèlerinage.

En cette même année , Mo’âwiya, disant qu’il voulait voir le Tigre, qu’il n’avait jamais vu, se rendit en personne, et accompagné d’une suite peu nombreuse, dans l’Iràq, et vint jusqu’à Mossoul.

Après être resté quelques jours aux bords du fleuve, il s’en retourna. Il désirait ‘qu »Alî lût informé de ce voyage et de son séjour dans l’Iràq.

Au commencement de l’an 4o (c’est en cette année qu »Ali fut assassiné), Mo’àwiya chargea Bosr, fils d’Abou-Artà, de se rendre, à la tête de trois mille hommes, en Arabie, de s’emparer de la Mecque, de Médine et du Yemen, et de soumettre les habitants à son autorité.

Bosr, qui était de la tribu qoraïschite des Bem-‘Amir-ben-Lowayy, vint d’abord à Médine, d’où Abou-Ayyoub l’Ançàr, le gouverneur établi par ‘Ali, s’enfuit aussitôt, se rendant à Koufa.

Bosr, ayant pris possession de la ville sans coup férir, monta en chaire et harangua le peuple.

Il parla, en versant des larmes, du meurtre d »Othmàn, et s’écria : « Naddjàr ! Mokhariq ! Zoraïq ! (c’étaient des serviteurs d »Othmàn) où est votre maitre? « 

Toute l’assemblée fut touchée aux larmes, et Bosr continua ainsi :  » Pourquoi pleurez-vous? C’est vous qui avez tué ‘Othmàn ! Certes, si je voulais agir sans l’autorisation du prince des croyants, Mo’àwiya, je ne laisserais pas un seul homme d’entre vous vivant! Maintenant, quiconque ne prêtera pas le serment de fidélité à Mo’àwiya aura la téte coupée. « 

Il descendit ensuite de chaire, et tous les habitants de Médine prêtèrent serment à Mo’àwiya. Djàbir, fils d » Abdallah l’Ançàr. s’était caché.

Il fut cherché, et comme on ne le trouvait pas, sa maison fut détruite. Djàbir se rendit auprès d’Oumm- Salama, l’une des femmes du Prophète, pour lui demander conseil.

Oumm-Salama, qui elle-même était du parti d »Ali, lui dit :  » Prête le serment, et ne cours pas à ta perte; car c’est Mo’àwiya qui réussira. »

Djâbir prêta le serment. Après avoir nommé Abou-Horaïra lieutenant de Mo’àwiya à Médinc, Bosr, fils d’Abou-Artà, se rendit à la Mecque.

Qotham. fils d »Abbàs, s’enfuit, et les habitants de la ville prêtèrent serment à Mo’àwiya. Abou-Mousa al-Asch’arî voulut quitter la ville en secret, mais Bosr, l’avant fait arrêter, lui demanda pourquoi il voulait fuir.

— « Je craignais que tu ne me fisses tuer », répondit Abou-Mousa.

Bosr répliqua : « Mo’àwiya m’a défendu de tuer aucun des compagnons du Prophète. »

Après avoir reçu son serment, Bosr lui rendit la liberté et partit pour le Yemen. Instruit de tous ces faits, ‘Alî fit partir pour Médine Djàriya, fils de Qodàma, et Wahb, fils de Mas’oud, avec quatre mille hommes.

Abou-Horaïra prit la fuite.

Le calife Ali envoya ensuite à Mo’àwiya le message suivant : « Ce massacre des musulmans et ces attaques de la Syrie contre l »lràq, et de l »lràq contre la Syrie, ont déjà duré trop longtemps. Stipulons que tu resteras en possession de la Syrie, et moi, de î »lràq. »

Mo’àwiya refusa ce traité.

D’après une autre tradition, c’aurait été Mo’àwiya qui aurait proposé ces conditions, et ‘Alî les aurait rejetées.

Djàriya , fils de Qodàma , demeura à Médine jusqu’à la mort d »Ali.

Lorsque Bosr, fils d’Abou-Ârtà, vint dans le Yemen, ‘Obaïdallah, fils d »Abbàs, gouverneur de cette province, prit la fuite; mais ses bagages furent arrêtés en route et pris.

Bosr mit aussi la main sur les deux jeunes fils d »Obaïdallah . qui avaient été confiés à un chamelier.

Celui-ci, voyant qu’on allait les tuer, dit à Bosr : « Quel est le crime de ces enfants? Si tu veux les faire mourir, fais-moi mourir d’abord.’

Soit, répliqua Bosr; et il fit égorger l’homme et les enfants.

Bosr ne quitta le Yemen, pour retourner auprès de Mo’àwiya, qu’après la mort d »Alî.

Dans cette même année, ‘Abdallah , fils d »Abbàs, se sépara d »Alî. Abou’l-Aswad al-Doïlî, lieutenant d »Ali à Baçra, avait accusé ‘Abdallah auprès du calife de s’être approprié l’argent du trésor public. En effet, après que Ziyàd fut parti pour prendre le gouvernement de la province de Perse, le tresor public était resté sous la garde d »Abdallah. ‘Ali lui écrivit une lettre sévère, dans laquelle il lui disait : « Si tu prends l’argent du trésor, je te punirai. Envoie-moi tes comptes de recettes et de dépenses.  »

‘Abdallah, blessé de cette demande, fit savoir au calife qu’il ne tenait pas à conserver le gouvernement de Baçra et qu’il résignait son poste.

Il partit pour la -Mecque en emportant ses richesses, qui provenaient, disait-il, de ses appointements accumulés dans le trésor, et en se faisant escorter par vingt cavaliers de sa propre tribu.

‘Alî fut très- affligé de cette rupture. Mo’bammed-ben-Djarîr n’a pas rapporté une tradition qui se trouve dans d’autres ouvrages, à savoir qu’en cette même année le frère du calife, ‘Aqîl, fils d’Abou-Tàlib, se rendit en Syrie et prêta serment à Mo’àwiya.

En recevant cette nouvelle douloureuse, ‘Ali versa des larmes et composa le distique suivant :

« Celui qui t’abandonne au jour de l’adversité n’est pas ion frère. C’est celui qui reste avec toi dans les bons comme dans les mauvais jours ; cetui qui se réjouit de Ion bonheur et qui s’afllige de ton malheur. »

Dans le courant de cette année, ‘Alî fut accablé de tous côtés par le malheur, et son sort semblait décliner vers la perte.

Enfin  le vendredi dix-septième jour du mois de ramadhàn il trouva la mort du martyre.

Une autre tradition rapporte que cet événement eut lieu au mois de rabi’a second.

Mais la vérité est qu »AIî fut tué dans le mois de ramadhàn. (fin)

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes arabo-perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe.

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