‘Abd al-Rah’mân ibn Mo’âwiya ad-Dakhil l’Omeyyade pénètre en Espagne sa vie sa mort par ibn al-Athir :

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Les terres Omeyyade  Occidentale sous Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi
Les terres Omeyyade Occidentale sous Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi

‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya l’Omeyyade pénètre en Espagne par ibn al-Athir :

Nous avons, sous l’année 92, raconté la conquête de l’Espagne et la révocation dont Moûsa ben Noçayr fut l’objet.

Après sa révocation, il partit pour la Syrie en laissant pour commander en Espagne son fils ‘Abd el-‘Azîz, qui prit possession du pays, en défendit les frontières et conquit en outre quantité de villes.

Le pouvoir de ce chef honnête et capable dura jusqu’en 97 (4 septembre 715), ou, selon d’autres, jusqu’en 98 (24 août 716), où il fut mis à mort, nous avons dit pourquoi.

Lui mort, sa place resta vacante pendant six mois ; puis les Espagnols (al-Andalussiyin) s’accordèrent à choisir Ayyoûb ben H’abîb al Lakhmi, fils de la sœur de Moûsa ben Noçayr, qui leur servit d’imâm pour la prière, à cause de sa vertu et de ce qu’il se transporta[119] à Cordoue, dont il fit la capitale au commencement de 99 (13 août 717), ou, selon d’autres, en 98 (24 août 716).

Le calife Omeyyade Soleymân ben ‘Abd el-Melik nomma après lui El-Horr ben ‘Abd er-Rahman al-Thak’afi, qui rejoignit son poste en 98 et y resta deux ans et neuf mois.

A son avènement au khalifat, ‘Omar ben ‘Abd el-‘Azîz nomma comme gouverneur Es-Samh’ ben Mâlik Khawlâni avec mission de recenser le territoire, de prélever le quint sur la partie conquise par la force et de lui envoyer une description écrite de l’Espagne.

L’intention du khalife était de ramener de ce pays les habitants (musulmans) à raison de leur séparation d’avec les (autres) musulmans.

Es-Samh’ arriva en ramad’ân de l’an 100 (26 mars 718) et exécuta les ordres qu’il avait reçus ; il fut tué en 102 (11 juillet 720), en sortant du territoire ennemi.[120] ‘Omar avait formé le projet de retirer de l’Espagne les habitants (musulmans), mais Es-Samh’ n’exécuta pas cette mesure et implora ‘Omar en leur faveur.[121]

Es-Samh’ eut pour successeur ‘Anbasa ben Soh’aym al-Kelbi, qui, nommé en 103 (30 juin 721), mourut en cha’ban 107 (11 décembre 725), en revenant d’une expédition contre les Francs.

[P. 374] Il fut remplacé par Yah’ya ben Selâma al-Kelbi en dhoû’l-ka’da 107 (mars 726), qui resta dans ce poste pendant deux ans et demi.

Vint ensuite H’odheyfa ben el-Abraç[122] al-Achdja’i, en 110 (15 avril 728), qui fut destitué au bout de six mois et remplacé par ‘Othmân ben Abou Nis’a al-Khath’ami.

Le pont de Cordoue fut construit sur des ruines romaines sur ordre du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz (717-720) , par le gouverneur d'Al Andalus Al-Samh ibn Malik al-Khawlani 719-720
Le pont de Cordoue fut construit sur des ruines romaines sur ordre du calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz (717-720) , par le gouverneur d’Al Andalus Al-Samh ibn Malik al-Khawlani 719-720

Celui-ci fut destitué au bout de cinq mois, à la fin de cette même année 110.

El-Haythem ben ‘Obeyd Kenâni, [123] arrivé en moharrem 111 (avril 729), mourut dix mois et quelques jours plus tard, au mois de dhoû’l-hiddja (février-mars 730).

Les Espagnols choisirent alors pour leur chef Mohammed ben ‘Abd Allâh[124] al-Achdja’i, qui gouverna pendant deux mois et qui eut pour successeur ‘Abd er-Rah’mân ben ‘Abd Allâh al-Ghâfik’i, en çafar 112 (24 avril 730), lequel mourut en martyr chez les infidèles francs en ramad’ân 114 (24 octobre 732).

‘Abd el-Melik ben K’at’an al-Fihri, qui vint après lui, fut destitué au bout de deux ans et remplacé par ‘Ok’ba ben el-H’addjâdj al-Seloûli, qui gouverna cinq.ans, à partir de 116 (9 février 734). Alors les habitants se soulevèrent contre lui et mirent à sa place ‘Abd el-Melik ben K’at’an, qui se trouva ainsi gouverneur pour la seconde fois. Selon certains chroniqueurs espagnols, ce fut à sa mort que les habitants le remplacèrent par ‘Abd el-Melik.

Le gouverneur qui vint ensuite fut Baldj ben Bichr al-K’ocheyri, à qui ses compagnons prêtèrent hommage. ‘Abd el-Melik s’enfuit et se confina chez lui ; ses deux fils K’at’an et Omeyya s’enfuirent aussi, l’un à Mérida, l’autre à Saragosse.

Ensuite les Yéménites se soulevèrent contre Baldj et réclamèrent la mort d’’Abd el-Melik ben K’at’an ; Baldj, qui redoutait leurs violences, fit alors tuer, puis crucifier le vieillard, âgé de quatre vingt-dix ans. A cette nouvelle, ses deux fils se rendirent de Mérida à Narbonne, d’où, après avoir rassemblé une armée de cent mille hommes, ils marchèrent contre Baldj et ses partisans, à Cordoue.

Vue aérienne du centre historique de Cordoue
Vue aérienne du centre historique Omeyyade de Cordoue

Celui-ci sortit de la ville avec ses Syriens et remporta la victoire dans la bataille qui eut lieu dans le voisinage de Cordoue.

Il rentra dans la capitale, mais mourut quelques jours plus tard.

Baldj était arrivé [P. 375] en Espagne à la suite de la mort de son oncle Kolthoûm ben ‘Iyâd’, auprès de qui il servait et qui fut tué en 123 (25 novembre 740) dans une bataille contre les Berbères, ainsi que nous l’avons dit. ‘Abd el-Melik ben K’at’an, en lui permettant d’entrer dans le pays, prépara ainsi sa propre mort.

Les Syriens nommèrent pour lui succéder Tha’leba ben Selâma al- ‘Amili, qui garda cette situation jusqu’à l’arrivée d’Aboû’l-Khat’t’âr en 125 (3 novembre 742).

Les Espagnols reconnurent le nouveau gouverneur, à qui Tha’leba, (‘Othmân) Ibn Abou Nis’a et les deux fils d’Abd el-Melik vinrent faire leur soumission et qui furent traités par lui avec bienveillance.

L’autorité d’’Aboû’l-Khat’t’âr, qui était un homme brave, prudent et généreux, s’établit solidement.

Il répartit entre les diverses parties du territoire les nombreux Syriens qui l’entouraient et que Cordoue ne pouvait supporter : il établit les habitants de Damas à Elvira, à cause de là ressemblance de cette ville avec leur lieu d’origine, et lui donna le nom de Damas ; ceux de H’imç à Séville, qu’il nomma H’imç ; ceux de K’innesrîn à Jaén, qu’il nomma K’innesrîn ; ceux du Jourdain à Rayya (Mâlaga), qu’il nomma Jourdain ; ceux de Palestine à Sidona, qu’il nomma Palestine, et ceux de Miçr al-Fustat à Todmîr, qu’il nomma Miçr à cause de la ressemblance qu’il y avait entre cette dernière et Todmîr.

En 127 (12 octobre 744), l’esprit départi des Yéménites fut cause qu’Es-Someyl ben H’âtim réunit des troupes Mod’arites, marcha contre lui et lui enleva le pouvoir.

L'armée arabe Omeyyade dans une scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
L’armée arabe dans une scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory », avec des cavaliers du type omeyyade inspiré d’Angus Mcbride Opsrey

Es-Someyl ben H’âtim ben Chamir ben Dhoû’l-Djawchen était arrivé de Syrie avec des troupes qu’il continua de commander après son arrivée en Espagne. Abou’lKhat’t’âr, qui voulait l’humilier, le fit un jour injurier et traiter d’une manière méprisante, alors que lui-même était entouré du djond.

Es-Someyl en sortant de là avait son turban dérangé, ce dont un chambellan lui fit la remarque : « Si j’ai des contribules, s’écria Es-Somey], ils sauront le remettre droit ! » Il envoya à ses contribules ses plaintes contre ce traitement ignominieux, et ceux-ci se déclarèrent prêts à le suivre.

Ils écrivirent à Thawâba ben Selâma al-Djodhâmi, l’un des Palestiniens, qui vint leur apporter son concours ; les Lakhm et les Djodhâm en firent autant. Informé de ce qui se passait, ‘Abou’l-Khat’t’âr marcha contre eux, mais il fut battu et fait prisonnier.

Thawâba s’installa dans le palais de Cordoue et ne relâcha pas son captif ; il mourut après avoir exercé le pouvoir pendant deux ans.

Les Yéménites voulaient réinstaller ‘Abou’l-Khat’t’âr, mais les Mod’ârites, ayant Es-Someyl à leur tête, s’y opposèrent ; on ne put tomber d’accord, [P. 376] et pendant quatre mois l’Espagne resta sans chef ; nous en avons dit plus long sous l’année 127.

Pendant cet interrègne, on chargea ‘Abd er-Rah’mân ben Kethîr al-Lakhmi de ce qui avait trait à la justice.[125]

La situation devenant plus difficile, on tomba d’accord pour choisir Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân ben H’abîb ben Abou ‘Obeyda Fihri, qui exerça le pouvoir pendant l’année 129 (21 septembre 746) : il était entendu qu’au bout d’une année de gouvernement, il remettrait ses pouvoirs aux Yéménites, qui éliraient alors l’un d’entre eux.

Scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
Scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory »

Quand l’année fut écoulée, tous les Yéménites voulurent faire exécuter la convention ; mais Es-Someyl les attaqua pendant la nuit et en fit un grand carnage à la célèbre bataille de Secunda, en 130 (10 septembre 747), où ‘Abou’l-Khat’t’âr perdit la vie et où l’on finit, lances et épées étant brisées, par se prendre aux cheveux. Toute la population se soumit à l’autorité de Yoûsof, qui ne rencontra plus d’opposition.

On raconte aussi les faits, d’une manière différente, que nous avons exposée sous l’année 127.

Ensuite une sécheresse prolongée força (une grande partie de) la population à émigrer, ce qui appauvrit considérablement le pays.

Cela dura jusqu’en 136 (6 juillet 753), où Temîm ben Ma’bed Fihri et ‘Amir ‘Abderi réunirent leurs forces à Saragosse.

Es-Someyl leur tint d’abord tête, puis Yoûsof al-Fihri conduisit une armée contre eux et les tua l’un et l’autre ; il resta de la sorte maître de l’Espagne jusqu’à la conquête qui en fut faite par ‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya ben Hichâm.

Telle est l’histoire abrégée des gouverneurs d’Espagne, sur qui nous en avons déjà dit plus long çà et là, et que nous n’avons reprise ici que pour en présenter un tableau suivi et moins décousu.

Nous allons maintenant raconter l’arrivée dans ce pays d’’Abd er-Rah’man ben Mo’âwiya ben Hichâm l’Omeyyade.[126]

AH 153. Emirato Independiente. Abderrahman I. Al Andalus. Dirhem.

Voici à la suite de quels événements ce prince Omeyyade passa en Occident.

L’avènement de la dynastie ‘Abbaside fut suivie du massacre de nombre d’Omeyyades et de leurs adhérents ; ceux d’entre eux qui le purent se sauvèrent en se dispersant de toutes parts.

‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya, qui était à Dhât ez-Zeytoûn, [127] se réfugia en Palestine, où il resta, tandis que son affranchi Bedr s’enquérait de ce qui se passait.

Guerriers abbasside tué son frère cadet Abdarrahman omeyyade  (ci-dessous), qui a réussi à traverser la rivière.
Les soldas abbassides tue le frère cadet d’Abd al-Rahman l’Omeyyade (ci-dessous), qui lui a réussi à traverser la rivière. 

Voici, ‘dit-on, ce que le prince a lui-même raconté :

« Lorsque la promesse d’amnistie qui nous avait été faite fut violée  auprès de la rivière d’’Aboû Fotros[128] et qu’il fut permis de nous tuer, nous reçûmes cette nouvelle alors que j’étais à quelque distance de ma demeure.

Désespéré, je rentrai chez moi et m’occupai de réunir ce qui nous était nécessaire à moi et à ma famille.

Je m’en allai tout tremblant et atteignis sur l’Euphrate une bourgade boisée et marécageuse. Pendant que nous demeurions là, il arriva un jour que mon fils Soleymân, alors âgé de quatre ans, et qui jouait sous mes yeux, sortit de la maison.

Quand il rentra, il pleurait, et tout apeuré, se cramponna à moi ; comme je ne pouvais parvenir à me débarrasser de son étreinte, je sortis pour me rendre compte de ce qui se passait.

Tout le village était en émoi à cause des drapeaux noirs (des Abbâssides) qui y flottaient, et un de mes jeunes frères me cria : « Sauvons-nous ! Sauvons-nous ! ce sont les drapeaux des troupes Abbâssides. »

Je me précipitai aussitôt sur quelque argent et m’enfuis avec mon frère, en indiquant à mes sœurs l’endroit où je me réfugiais et les priant de m’envoyer mon affranchi Bedr.

Les cavaliers cernèrent alors le village, mais sans trouver ma trace. Je me rendis chez un homme que je connaissais et par qui je me fis acheter des montures et les approvisionnements nécessaires ; mais un esclave de cet homme alla nous dénoncer au chef du détachement, qui arriva avec ses hommes à ma recherche.

Nous nous enfuîmes à pied, mais les cavaliers nous aperçurent, et nous nous jetâmes dans des jardins qui bordent l’Euphrate ; arrivés les premiers au bord du fleuve, nous nous y précipitâmes, mais je pus seul échapper.

Abd al-Rahman qui réussi à traverser la rivière
Abd al-Rahman qui réussi à traverser la rivière

En effet, malgré les cris des cavaliers qui promettaient de nous épargner, je continuai de nager ; tandis que mon frère, quand il fut au milieu du fleuve, ne put lutter contre le courant et regagna le bord où, malgré la promesse faite, il fut massacré sous mes yeux ; il avait treize ans quand j’eus la douleur de le perdre. Je continuai de fuir et me tins caché dans un fourré marécageux jusqu’à ce qu’on eût cessé de me poursuivre ; puis j’en sortis pour me rendre dans le Maghreb et gagner l’Ifrîkiyya. »

Sa sœur Omm el-Açbagh lui envoya son affranchi Bedr avec de l’argent et des pierreries.

Arrivé en Ifrîkiyya, le fugitif fut rigoureusement recherché par ‘Abd er-Rah’mân ben H’abîb ben Abou ‘Obeyda al-Fihri le fihride, qui était, dit-on, le père de Yoûsof al-Fihri, gouverneur de l’Espagne, tandis que lui-même était gouverneur d’Ifrîkiyya.

A la suite des mesures prises contre lui, il s’enfuit à Miknâsa (Méquinez), dans une tribu berbère ; mais là aussi il essuya de mauvais traitements trop longs à raconter, et il se rendit, accompagné de Bedr, chez les Nefzâwa,[129] tribu à laquelle appartenait sa mère.

La mosquée al-jama de Jazira al-Khadra (Algéciras, Espagne) fut contruite par Abd ar-Rahman I étant l'architecte Abd-Allah Ben Khalid en 756 lors de sont arrivée en andalousie, dans la jazira al khadra ce trouve la première moquée construite en Espagne construite par Musa ibn Nusayr mais elle est pas encore localisé.
La mosquée al-jama de Jazira al-Khadra (Algéciras, Espagne) fut construite par Abd ar-Rahman I ad-Dakhil  et l’architecte étais Abd-Allah ibn al-Khalid en 755 JC lors de son arrivée en Andalousie, non loin de là dans la jazira al khadra ce trouve la première moquée construite en Espagne , faite par Musa ibn Nusayr al-Lakhmi en 712 mais elle est pas encore localisé.

On dit aussi que ce fut dans une tribu Zenâta qu’il reçut le meilleur accueil ; grâce à la sécurité dont il y jouissait, il entra en correspondance avec les Omeyyades d’Espagne (Banu Umayyah), à qui il fît savoir son arrivée en les invitant à se rallier à sa cause.

A cet effet, il dépêcha son affranchi Bedr dans ce pays, alors gouverné [P. 378] par Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân al-Fihri.

Les propositions dont Bedr était porteur trouvèrent un accueil favorable, et les Espagnols envoyèrent un navire à bord duquel se trouvaient Thomâma[130] ben ‘Alk’ama, Wahb ben al-Açfar et Châkir ben Abou’l-Achmat’, chargés de porter à ‘Abd er-Rah’mân leur promesse de lui obéir.

La statue d'Abd al-Rahman Ier ad-Dakhil  as-Saqr al-Quraysh al-Umawi à Almunecar, Malaga, Costa del Sol, Espagne
La statue d’Abd al-Rahman Ier ad-Dakhil as-Saqr al-Quraysh al-Umawi à Almunecar, Malaga, Costa del Sol, Espagne

Les envoyés ramenèrent le prince avec eux et débarquèrent en rebî’ I 138 (13 août 755) à El-Monakkeb (Almunecar), où plusieurs chefs de Séville vinrent les trouver, de même que des Yéménites, qui étaient également irrités contre Es-Someyl et Yoûsof al-Fihri.

Le prince s’avança ensuite dans le canton de Rayya (Malaga), dont le gouverneur ‘Isa ben Mosâwir le reconnut, puis à Ghidoûna (Sidona), dont le gouverneur Ghiyâth ben ‘Alk’ama al-Lakhmi fit de même, puis à Mouroûr (Moron), gouverné par Ibrâhîm ben Chedjera, qui le reconnut également, enfin à Séville, où Abou’ ç-Çabbâh’ Yah’ya ben Yah’ya en fit autant.[131] De là il marcha sur Cordoue.

Yoûsof était alors absent de cette ville, et ce fut en revenant des environs de Tolède, où il se trouvait, qu’il apprit qu’Abd er-Rah’mân marchait sur Cordoue. Dans (les environs de) cette dernière ville, ‘Abd er-Rah’mân engagea avec Yoûsof de feintes négociations pendant deux jours, dont le premier était celui de la fête d’Arafa.[132]

La Alcazaba de Málaga, peut-être que la première  mosquée à être érigé à cet endroit le fut par Muawiya ibn Salih al-Himsi , ver 754 soi au debut de l'ère Abbasside (756 Abd al-Rahman Ier arrive en Andalousie) .
La Alcazaba de Málaga, la première mosquée à être érigé à cet endroit le fut par Muawiya ibn Salih al-Himsi , ver 754 soi au debut de l’ère Abbasside sous l’émir de facto Abbasside en 750 Yussuf ibn Abd al-Rahman al-Fihri  747-756 ( en 756 Abd al-Rahman Ier L’omeyyade prend l’Andalousie) . 

Du côté de Yoûsof, on regardait la paix comme déjà conclue, et l’on se mit à préparer le repas qu’on devait faire sur des nattes le jour de la Fête des sacrifices. Mais ‘Abd er-Rah’mân disposa ses troupes, cavalerie et infanterie, et leur fit traverser le fleuve[133] pendant la nuit.

La bataille s’engagea dans la nuit qui précède la Fête des sacrifices et fut soutenue des deux parts avec acharnement jusqu’à ce qu’il fît plein jour. ‘Abd er-Rah’mân était monté sur un mulet pour qu’on ne le crût pas disposé à fuir, et cela rassura entièrement ses troupes.

La mort fit de prompts ravages dans l’armée de Yoûsof, et celui-ci s’enfuit ; Es-Someyl résista encore avec une troupe de ses contribules, mais finit aussi par s’enfuir, et la victoire resta à ‘Abd er-Rah’mân.

Yoûsof se réfugia à Mérida, tandis que son rival entrait dans Cordoue, mais il ne pénétra dans le palais qu’après en avoir, dès son arrivée, fait sortir la famille de Yoûsof.

Il se mit ensuite à poursuivre ce dernier, qui put lui échapper et rentrer à Cordoue par une autre route,[134] retira sa famille et ses trésors de son palais, puis s’en alla à Elvira, tandis qu’Eç-Çomeyl résidait à Chawdher (Jodar).

A la première nouvelle qu’il en eut, [P. 379] ‘Abd er-Rah’mân revint sur Cordoue pour l’y attaquer, mais ne l’ayant plus trouvé, il forma le plan d’aller l’attaquera Elvira.

L'Oued al-Kabir (Guadalquivir ) là exactement ou Abd al-Rahman Ier ad-Dakhil ce déclara indépendant du califat Abbasside de Baghdad
L’Oued al-Kabir (Guadalquivir ) là exactement ou Abd al-Rahman Ier ad-Dakhil ce déclara indépendant du califat Abbasside de Baghdad

Es-Someyl avait rejoint Yoûsof dans cette ville, et une armée se reformait autour d’eux.

Des négociations s’engagèrent, et là paix fut conclue moyennant l’engagement que prit Yoûsof de résider à Cordoue auprès d’Abd er-Rah’mân et de donner comme otages ses deux fils Abou ‘1-Aswad Mohammed et ‘Abd er-Rah’mân.[135] En rentrant à Cordoue, Yoûsof prononça ce vers proverbial :

[Tawîl] Nous avons été à la tête des hommes et des affaires, et nous voilà maintenant devenus des sujets forcés d’obéir[136] !

Cordoue devint la résidence d’ ‘Abd er-Rah’mân, qui y bâtit le palais et la grande mosquée, pour laquelle il dépensa 80.000 dinars, sans que la mort lui permît de l’achever ; il fit aussi élever des mosquées ordinaires.

Plusieurs membres de. sa famille vinrent habiter auprès de lui.[137] Il faisait faire (à l’origine) la prière pour l’Abbasside El-Mançoûr.

Selon Abou Dja’far [Tabari], c’est en 139 (4 juin 756) qu’ ‘Abd er-Rah’mân pénétra en Espagne ; une autre. opinion, que nous avons suivie, place cet événement en 138 (15 juin 755). Nous n’entrerons pas à ce sujet dans des détails plus circonstanciés, afin de ne pas sortir du cadre restreint que nous nous sommes tracé.

Abd al Rahman ibn LMuwaiya l'omeyyade sceau
Sceau de l’émir Abd al-Rahman ibn Muawiya Saqr al-Quraysh al-Umawi ad-Dakhil

 Mort de Yoûsof Fihri

En 140 (24 mai 757), Yoûsof Fihri viola le pacte qu’il avait conclu avec ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade. Celui-ci lui suscitait par dessous main des humiliations et faisait élever des chicanes relativement à ses propriétés ; lorsqu’il feignait d’invoquer la loi, il n’en faisait rien dans la réalité. Yoûsof, comprenant le but que l’on poursuivait, gagna Mérida, où il réunit une armée vingt mille hommes avec laquelle il marcha contre ‘Abd er-Rah’mân. Celui-ci, de son côté, sortit de Cordoue pour le combattre et marcha vers le H’içn el-Modawwar (Almodovar).

Alors Yoûsof se décida à attaquer ‘Abd el-Melik ben ‘Omar ben Merwân, gouverneur de Séville, et ‘Omar ben ‘Abd el-Melik, ce dernier préposé à Moron[138] ; tous les deux sortirent de Séville pour l’arrêter dans sa marche.

Un combat sanglant et acharné s’engagea, mais qui finit par la défaite de Yoûsof, dont beaucoup de soldats furent tués ; lui-même parcourut pendant quelque temps le pays en fugitif et fut tué par l’un de ses compagnons en redjeb 142 (27 octobre 759), dans les environs de Tolède.

Abd al-Rahman I

Sa tête fut envoyée à ‘Abd er-Rah’mân et exposée à Cordoue ; son fils, ‘Abd er-Rah’mân ben Yoûsof, qui était retenu à la cour comme otage, fut également mis à mort, et sa tête fut exposée à côté de celle de son père. Abou’l-Aswad ben Yoûsof, dont nous reparlerons, continua d’être gardé comme otage.

Quant à Es-Someyl, qui n’avait pas accompagné Yoûsof lorsque celui-ci s’était enfui de Cordoue, il fut appelé par l’émir ‘Abd er-Rah’mân, qui l’interrogea : « Yoûsof, répondit-il, ne m’a pas fait part de ses affaires et je n’ai pas de nouvelles de lui.

—C’est impossible, reprit le prince.

— [P. 382] Quand mes pieds le recouvriraient, repartit Es-Someyl, je ne les lèverais pas de dessus lui ».

Il fut emprisonné ainsi que les deux fils de Yoûsof, et dédaigna de [tenter de] fuir en même temps que ceux-ci.[139]

Quelque temps après, on introduisit dans sa prison des cheikhs des Mod’ar, qui le trouvèrent mort ayant à côté de lui une coupe et des confitures : « Abou Djawchen ! s’écrièrent-ils, nous savons que tu es mort par le poison et non par le vin ! »

Le cadavre fut remis à la famille, qui procéda à l’enterrement.

En cette même année 140 (24 mai 757) mourut, après un règne de dix-huit ans, Alfonse, roi de Galice ; il eut pour successeur son fils Firowilia,[140] qui l’emportait sur son père en bravoure, en habileté administrative et en fermeté.

Il exerçait un pouvoir incontesté et eut un règne glorieux : il chassa les musulmans des places frontières et s’empara de la ville de Loukk (Lugo de Galice), du Portugal, de Salamanque, de Chamoûra (Zamora), d’Avila, de Ségovie, de la Castille, tout cela faisant partie de l’Espagne.[141]

Reconstitution d'al-Jazira al-Khadra au 12eme siècle. Elle a été fondée par les Omeyyades en 711 sur les ruines de l'ancienne ville romaine de Iulia Traducta . Les Omeyyades après avoir atterri à Gibraltar et fini sur une petite île à l'ouest de la baie d'Algésiras, ils  ont  établi une base provisoire. Ils ont du la quitté pour faire face aux troupes wisigothiques de roi Roderik, sur l'île il ne restais  donc qu' un petit détachement avec la femme de Tarik ibn Ziyad, Umm Hakim, Tarik nomma  l'endroit Jazirat Umm Hakim, ou l'île de Umm Hakim. Après la bataille de Guadalete les  troupes arabes ont  poursuivi la conquête de la péninsule et la petite base temporaire sur l'île a déménagé ver la côte, là une vraie ville appelée Al-Jazira Al-Khadra (الجزيرة الخضراء) fut créé. La médina est construite rapidement une mosquée et un palais; et un port qui a servi de tête de pont dans l'arrivée des nouvelles  troupes omeyyades stationné en Ifriqiya et à Ceuta, il y avais un mur avec des tours qui encerclais  le vieux bourg, qui a du être reconstruit entre 852 et 886 JC  pour éviter les attaques des Vikings comme celle de 859  ou 62 navires au large de la ville, ont attaqué et détruit la mosquée fondé en 711 (donc aucun vestige). Comme on le sait dans le Vieux Village, il y avait au moins deux mosquées, la Grande Mosquée et  la Mosquée à la bannière, une citadelle fortifiée et un chantier naval ou arsenal.  Selon des sources médiévales la mosquée  Al-Jama d'Algésiras à été construit par Abd ar-Rahman I  l'Omeyyade lors de son arrivée en Andalousie après la révolution Abbasside (756) et l'architecte étais Abd-Allah ibn Khalid.
Reconstitution d’al-Jazira al-Khadra au 12eme siècle. Elle a été fondée par les Omeyyades en 711 sur les ruines de l’ancienne ville romaine de Iulia Traducta . Selon l’historien Ibn Abd al-Hakam  les Omeyyades après avoir abordé  à Gibraltar et fini sur une petite île à l’ouest de la baie d’Algésiras, ont établi une base provisoire. Ils ont du la quitté pour faire face aux troupes wisigothiques du roi Roderik, sur l’île il ne restais donc, qu’ un petit détachement avec la femme de Tarik ibn Ziyad : Umm Hakim, Tarik nomma l’endroit « Jazirat Umm Hakim », ou « l’île d’Umm Hakim ». Après la bataille de Guadalete les troupes Omeyyades  ont poursuivi la conquête de la péninsule et la petite base temporaire sur l’île a déménagé ver la côte, là une vraie ville appelée Al-Jazira Al-Khadra (الجزيرة الخضراء) fut créé. La médina est construite rapidement une mosquée et un palais; et un port qui a servi de tête de pont dans l’arrivée des nouvelles troupes omeyyades stationné en Ifriqiya et à Ceuta, il y avais un mur avec des tours qui encerclais le vieux bourg, qui a du être reconstruit entre 852 et 886 JC pour éviter des attaques des Vikings comme celle de 859 ou 62 navires au large de la ville, ont attaqué et détruit la mosquée fondé en 711 (donc plus aucun vestige). Comme on le sait dans le Vieux Village, il y avait au moins deux mosquées, la Grande Mosquée et la Mosquée à la bannière (ou au drapeau), une citadelle fortifiée et un chantier naval ou arsenal. Selon les premières sources comme ibn Abd al-Hakam  ou al-Baladhuri la mosquée Al-Jama d’Algésiras à été construit par Abd ar-Rahman I l’Omeyyade lors de son arrivée en Andalousie après la révolution Abbasside (756) et l’architecte étais Abd-Allah ibn Khalid.

En 143 (21 avril 760), Rizk’ ben No’mân al-Ghassâni gouverneur d’Algésiras, se révolta en Espagne contre ‘Abd er-Rah’mân.

De nombreux partisans se’ joignirent à lui ; il marcha contre Sidona, dont il s’empara, et pénétra dans Séville, où ‘Abd er-Rah’mân s’empressa de l’assiéger. Ceux qui étaient renfermés dans cette ville, se voyant serrés de près, se concilièrent le prince en lui livrant Rizk’, qui fut mis à mort.

Eux-mêmes obtinrent quartier, et le vainqueur s’éloigna.[142]

[P. 401] En 144 (10 avril 761), Hichâm ben ‘Odhra[143] al-Fihri, * des Benoû ‘Amr, et Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân Fihri[144] * se révoltèrent à Tolède contre l’émir omeyyade ‘Abd er-Rah’mân et furent suivis par les habitants de cette ville.

Le siège de Tolède, entrepris et poussé avec vigueur par ce prince, amena le révolté à demander la paix, et ‘Abd er-Rah’mân, après avoir pris son fils Aflah’ comme otage, retourna à Cordoue.

Mais alors Hichâm [P. 402] se ressaisit du pouvoir au détriment d’’Abd er-Rah’mân, qui revint l’assiéger avec des machines de guerre auxquelles la ville était assez forte pour résister.

L’émir fit alors mettre à mort Aflah’, dont la tête fut jetée sur les remparts,[145] et il regagna Cordoue sans être venu à bout de Hichâm.

[P. 432] J’ai (dit le khalife El-Mançoûr l’Abbasside) donné….. quarante mille hommes de mon djond à Mohammed ben al-Ach’ath, en Ifrîkiyya…….

LES UMAYYADES CONTRE LES ABBASSIDES; la route d'Abd al-Rahman ad-Dakhil depuis Dama dans ce qui est dorénavant le califat Abbasside
LES UMAYYADES CONTRE LES ABBASSIDES; la route d’Abd al-Rahman ad-Dakhil depuis Damas dans ce qui est dorénavant le califat Abbasside depuis 750 jc. 

[P. 440] Révolte d’’El-‘Alâ en Espagne

En 147 (20 mars 763), El-‘Alâ ben Moghîth Yah’çobi passa d’Ifrîkiyya dans la ville [de Béja[146]] en Espagne, où il arbora la couleur noire des Abbâssides et fit faire la khotba au nom d’El-Mançoûr (l’Abbaside).

De nombreux adhérents se joignirent bientôt à lui. L’émir Omeyyade ‘Abd er-Rah’mân lui livra, dans les environs de Séville, une bataille qui dura plusieurs jours et se termina par la déroute d’’El-‘Alâ et des siens, dont sept mille avaient péri dans la lutte.

El-‘Alâ aussi fut tué ; sa tête et celles de plusieurs de ses principaux compagnons furent, sur l’ordre du vainqueur, portées par un marchand à Kayrawân et jetées furtivement au milieu du marché ; il y en eut même qui furent ensuite portées à la Mekke, où se trouvait El-Mançoûr.

Ces têtes étaient accompagnées d’un drapeau noir et d’un diplôme d’investiture délivré par le calife Abbasside El-Mançoûr à El-‘Alâ.[147]

Bannière abbasside
Bannière abbasside

[P. 446] En 147 (9 mars 764), l’Omeyyade d’Espagne ‘Abd er-Rah’mân fit marcher son affranchi Bedr et Temmâm ben ‘Alk’ama contre Tolède, où se trouvait Hichâm[148] ben ‘Odhra.

Ils le serrèrent de près et finirent par s’emparer de lui, de H’ayât ben El-Welîd al-Yah’çobi et d’Othmân[149] ben H’amza ben ‘Obeyd Allah-ben ‘Omar ben al-Khat’t’âb.

Ces prisonniers, vêtus de djobba de laine, têtes et moustaches rasées, montés sur des ânes et couverts de chaînes, furent amenés au prince ; ils furent ensuite crucifiés à Cordoue.

En la même année 147, revint de Syrie un envoyé d’’Abd er-Rah’mân, qui avait reçu mission d’amener en Espagne. Soleymân, fils aîné de ce prince.[150]

Ce dernier avait eu, en Espagne même, un autre fils, Hichâm, qu’il favorisa au détriment de Soleymân ; de là, entre les deux frères, des rivalités et une haine cachée dont nous aurons à raconter les effets.

 

Troubles d’Espagne

En 148 (26 février 765), eut lieu une révolte de Sa’îd Yah’çobi, connu sous le nom d’’El-Mat’ari,[153] dans la ville de Niébla, en Espagne.

[P. 450] Un jour qu’il était ivre, le souvenir de ses contribules yéménites massacrés avec El-‘Alâ se présenta à son esprit, et il se mit à nouer un étendard ; revenu de son ivresse et ne se souvenant plus de rien, il voulut d’abord, quand on lui eut expliqué ce qu’était cet étendard, le faire enlever ; puis il s’écria : « Est-ce donc moi qui irais nouer un drapeau pour ensuite le dénouer sans rien faire ? »

Et il se révolta. Entouré des Yéménites qui se rallièrent à lui, il s’empara de Séville, et la force de son armée devint considérable.

A l’approche d’’Abd er-Rah’mân et de ses troupes, El-Mat’ari se retrancha dans le fort de Za’wâk’,[154] le 11 rebî’ I (6 mai 765). ‘Abd er-Rah’mân l’y assiégea et le serra de près, mais les révoltés ne le laissèrent pas pénétrer.

Ghiyâth[155] ben ‘Alk’ama al-Lakhmi, qui était à Sidona, avait fait cause commune avec les révoltés, et nombre de chefs berbères s’étaient joints à lui pour renforcer El-Mat’ari.

A cette nouvelle, ‘Abd er-Rah’mân envoya contre eux une armée commandée par son affranchi Bedr, qui les empêcha d’opérer leur jonction avec El-Mat’ari.

Celui-ci, qui continuait d’être assiégé, voyait diminuer son armée par la mort et la défection ; il fut un jour tué en faisant une sortie, et sa tête fut portée à ‘Abd er-Rah’mân.

Le siège n’en continua pas moins, car les assiégés choisirent pour chef Khalîfa ben Merwân ; mais bientôt ils firent demander grâce à ‘Abd er-Rah’mân en s’offrant à lui livrer Khalîfa.

L’émir ayant accepté, on lui livra le fort et Khalîfa : le fort fut détruit, Khalîfa et ses compagnons mis à mort.[156]

De là, il marcha contre Ghiyâth, complice de la révolte d’El-Mat’ari. Assiégés et serrés de près, les rebelles demandèrent grâce.

Leurs propositions furent accueil lies, sauf en ce qui concerne les individus signalés par leur haine contre le gouvernement omeyyade et sur lesquels on fit main basse.

‘Abd er-Rah’mân était rentré à Cordoue quand éclata la révolte d’Abd Allah ben Kherâcha Asadi, dans le canton de Jaén.[157]

Avec les troupes qu’il avait réunies, ce chef tenta une expédition contre Cordoue ; mais à l’approche du corps d’armée envoyé par ‘Abd er-Rah’mân, ces troupes se dispersèrent, et leur chef dut faire sa soumission à l’émir, qui d’ailleurs tint sa parole.

[P. 451] En 149 (15 février 766), ‘Abd er-Rah’mân envoya son affranchi Bedr en expédition en pays ennemi [chrétien]. Bedr y pénétra et y préleva la capitation.

Aboû’ ç-Çabbâh’ H’ayy ben Yah’ya, ayant été destitué de son poste de gouverneur de Séville, se révolta ; mais ‘Abd er-Rah’mân entama avec lui des négociations insidieuses et sut l’amener à sa cour, puis il le fit mettre à mort.[158]

[P. 454] En 150 (15 février 767), se révolta en Espagne, dans un lieu éloigné, Ghiyâth ben el-Mosîr,[159] contre qui marchèrent de nombreuses troupes levées par les gouverneurs (des diverses provinces), à l’effet de défendre l’autorité d’Abd er-Rah’mân. Les rebelles furent battus et forcés de s’enfuir ; Ghiyâth fut tué, et sa tête envoyée au prince, à Cordoue.

[P. 455] En 151 (25 janvier 768), El-Mançoûr enleva le gouvernement du Sindh à ‘Omar ben H’afç ben ‘Othmân ben K’abîça ben Abou Çofra, surnommé Hezârmerd, nom qui (en persan) signifie « mille hommes », pour lui confier celui de l’Ifrîkiyya……

Ruines de Sontebria (aujourd'hui Castro de Santaver, sur les bords du Guadiela) était une ville importante à l'époque de la domination arabe
Ruines de Sontebria (aujourd’hui Castro de Santaver, sur les bords du Guadiela) était une ville importante à l’époque de la domination arabe

Révolte du sectaire berbère Chak’yâ [173] en Espagne

En 151 (25 janvier 768) se révolta dans l’Espagne orientale un Berbère de Miknâsa, nommé Chak’yâ ben ‘Abd el-Wâh’id, qui était maître d’école.

Sa mère s’appelant Fât’ima, il prétendit descendre de Fât’ima par H’oseyn, et il prit le nom d’’Abd Allah ben Mohammed.

De nombreux Berbères vinrent le rejoindre à Sontebria,[174] où il s’était fixé, et il acquit une grande puissance.

Sans tenir tête à ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade quand celui-ci marcha contre lui, il se déroba dans les montagnes, d’où il descendait quand il croyait n’avoir rien à craindre et où, au moindre danger, il remontait dans des endroits presque inaccessibles.

H’abîb ben ‘Abd el-Melik, nommé par ‘Abd er-Rah’mân au gouvernement de Tolède, chargea de l’administration de Sontebria Soleymân ben ‘Othmân ben Merwân[175] ben Abân ben ‘Othmân ben ‘Affân, avec mission de réduire Chak’yâ.

Alors celui-ci descendit à Sontebria, se saisit de Soleymân et le tua, ce qui eut pour effet d’augmenter sa puissance et sa renommée ; il s’empara de la région de Coria[176] et ravagea le pays.

En 152 (13 janvier 769), ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade se mit lui-même à la tête de l’armée, mais Chak’yâ se déroba et ne put être réduit, de sorte qu’’Abd er-Rah’mân dut se retirer. En 153 (3 janvier 770), Chak’yâ s’enfuit devant l’armée commandée par Bedr l’affranchi, et abandonna sa forteresse de Chebat’rân.[177] En 154 (23 décembre 770), il ne tint pas tête à l’armée que conduisit contre lui ‘Abd er-Rah’mân en personne.

En 155 (12 décembre 771), Chakyâ employa la ruse contré les troupes qui marchèrent contre lui, et que commandait Abou ‘Othmân ‘Obeyd Allah ben ‘Othmân, [P. 464] et sut les détacher de leur chef. ‘Obeyd Allah dut fuir, son camp fut pillé et plusieurs Omeyyades qui faisaient partie de l’expédition furent tués. Dans le cours de la même année, après avoir pillé le camp d’ ‘Obeyd Allah, Chak’yâ marcha contre le fort des Hawwâri, appelé Medâ’in,[178] où se trouvait un gouverneur nommé par ‘Abd er-Rah’mân ; il sut l’attirer dehors par la ruse, le tua et lui enleva ses chevaux, ses armes et tout ce qu’il avait.

[P. 465] En 152 (13 janvier 769), El-Mançoûr fit exécuter Hâchim ben el-Asâdjidj, qui s’était révolté en Ifrîkiyya et qui lui fut envoyé.[179]

En la même année, le gouvernement de l’Egypte fut enlevé à Yezîd ben H’âtim et donné à Mohammed ben Sa’id.

[P. 467] En 154 (23 décembre 770), El-Mançoûr…. envoya en Ifrîkiyya Yezîd ben H’âtim ben K’abîça ben el-Mohalleb ben Abou Çofra avec 50.000 hommes pour combattre les hérétiques qui venaient de tuer ‘Omar ben H’afç.

[P. 468] Yezîd ben H’âtim était, en 154, gouverneur d’Ifrîkiyya.

[Tome VI, p. 4] En 155 (12 décembre 771), Yezîd ben H’âtim entra en Ifrîkiyya, tua Abou H’âtim et se rendit maître de Kayrawân et tout le Maghreb. Le récit détaillé de sa campagne et de ses combats a été donné plus haut.

[P. 4] En 155, les hérétiques Çofrites, réunis à Sidjilmâsa et mécontents de plusieurs actes de leur émir ‘Isa ben Djerîz, l’enchaînèrent et l’exposèrent au sommet de la montagne, où ils le laissèrent mourir. Ils mirent à leur tête Abou’l-K’âsim Semkoû ben Wâsoûl de Miknâsa, aïeul de Midrâr.[180]

En la même année naquit à Kayrawân le juriste mâleki Abou Sinân.

Maquette de la  Seville islamique (en pleine bataille de la Reconquista.)
Maquette de la Seville islamique (en pleine bataille de la Reconquista.)

Révolte des Sévillans contre ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade

En 156 (1er décembre 772), ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade, souverain d’Espagne, partit en guerre contre Chak’yâ et alla attaquer le fort de Chebat’rân., où il le tint d’abord étroitement assiégé ; mais Chak’yâ parvint, comme toujours, à gagner son refuge habituel.

‘Abd er-Rah’mân reçut alors de son fils Soleymân, qui le remplaçait pendant son absence à Cordoue, des lettres lui annonçant la révolte des Sévillans, commandés par ‘Abd el-Ghaffâr et H’ayât ben Molâmis,[181] chefs qui marchaient d’accord avec les Yéménites établis dans la ville. [P. 5]

‘Abd er-Rah’mân revint sur ses pas, mais n’entra pas à Cordoue, effrayé qu’il était par ce qu’on disait de l’union et du nombre des rebelles.

Il mit en avant son cousin paternel ‘Abd el-Melik ben ‘Omar, le plus intrépide guerrier de la famille de Merwân, et lui-même resta en arrière, prêt à lui porter secours au besoin.

En approchant des Sévillans, ‘Abd el-Melik envoya son fils Omeyya en reconnaissance ; celui-ci, qui les trouva éveillés (et sur leurs gardes), retourna auprès de son père, qui, le blâmant de sa faiblesse, lui fit trancher la tête.

Alors, réunissant les gens de sa famille et ses intimes, il leur tint ce langage : « A nous, proscrits de l’Orient arrivés dans ce lointain pays, on nous dispute encore la bouchée nécessaire pour nous conserver le souffle ; brisons plutôt le fourreau de nos épées, car il faut vaincre ou mourir ! »

Ainsi firent-ils, et chargeant à leur tête il infligea aux Yéménites et aux Sévillans une défaite complète, si bien que désormais il ne resta plus aux Yéménites aucun pouvoir.

A la nouvelle qu’ ‘Abd el-Melik était blessé, ‘Abd er-Rah’mân vint trouver son parent, dont la blessure saignait, tandis que sa main restait fixée à la poignée de son épée, toute, dégoutante de sang ; il l’embrassa sur les yeux et le récompensa magnifiquement : « Cousin, lui dit-il, je prends ta fille une telle pour épouse de Hichâm, mon fils et héritier, je lui donne telle chose, à toi telle autre, à tes enfants telle autre ; toi et eux vous aurez tels fiefs, et je vous prends pour mes vizirs ».

C’est cet ‘Abd el-Melik qui força ‘Abd er-Rah’mân à cesser la récitation du prône au nom d’El-Mançoûr, le menaçant, autrement, de se tuer. Le prône au nom d’El-Mançoûr fut ainsi interrompu au bout de dix mois.[182]

Quant aux deux chefs de la révolte, ‘Abd el-Ghaffâr et H’ayât ben Molâmis, ils purent s’échapper sains et saufs.[183] Mais en.157 (20 novembre 773), ‘Abd er-Rah’mân entra à Séville et fit un grand massacre des partisans de ces deux chefs. C’est par suite de cette affaire et de la haine qu’elle suscita chez les Arabes, qu’’Abd er-Rah’mân se mit à faire des achats d’esclaves ou mamlouks.[184]

Bannière du Califat Abbasside de Baghdad
Bannière du Califat Abbasside de Baghdad

[P. 36] Le Slave As-Saqalabi le Fihride passe en Espagne. — Sa mort

En 161 (8 octobre 777), selon d’autres en 160 (18 octobre 776,), ‘Abd er-Rah’mân ben H’abîb Fihri, surnommé le Slave à cause de sa haute taille, de ses yeux bleus et de ses cheveux rouges, passa d’Ifrîkiyya en Espagne pour reconquérir ce pays à la dynastie des Abbasides ; il débarqua sur le littoral de Todmîr et écrivit à Soleymân ben Yak’z’ân pour le gagner à sa cause, c’est-à-dire pour l’amener à combattre ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade et à reconnaître l’autorité d’El-Mehdi (le khalife Abbaside).

Soleymân, qui était à Barcelone, refusa, et le Slave, irrité, alla attaquer ce pays avec son armée berbère ; mais il fut battu par Soleymân et dut regagner Todmîr.

‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade marcha contre lui avec une armée nombreuse et bien équipée, et incendia les vaisseaux du Slave pour lui rendre toute retraite difficile. Celui-ci gagna une montagne inaccessible dans la province de Valence, et le prince promit mille dinars à qui lui apporterait sa tête. Un Berbère qui le tua par trahison apporta sa tête à ‘Abd er-Rah’mân et reçut la récompense promise.[193]

La mort du Slave arriva en 162 (27 septembre 778).

[P. 39] ‘Abd er-Rah’mân, souverain d’Espagne, envoya en la même année 162 Choheyd ben ‘Isa[194] contre Dih’ya Ghassâni, qui s’était révolté (et occupait) l’un des forts de (la province d’) Elvira, et qui fut mis à mort.[195]

Il fit marcher son affranchi Bedr[196] contre Ibrahim ben Chedjera Bernesi,[197] qui s’était révolté et qui fut mis à mort. Temmâm[198] ben ‘Alk’ama fut, en outre, envoyé contre ‘Abbâs le Berbère, qui, soutenu par un corps de troupes berbères, avait également voulu se soustraire à l’obéissance ; ‘Abbâs aussi périt, [P. 40] et son armée se dispersa.[199]

C’est la même année qu’il envoya H’abîb ben ‘Abd el-Melik al-K’oraychi à la tête d’une armée contre le kâ’id al-Solami.

Ce personnage, qui avait de l’influence auprès de l’émir ‘Abd er-Rah’mân, voulut, une nuit qu’il avait trop bu, aller ouvrir la porte du pont, ce dont il fut empêché par les gardes. Il s’en alla, (sans résistance) ; mais quand il eut cuvé son vin, il prit peur et s’enfuit à Tolède, où se réunirent autour de lui quantité de mécontents et de vauriens. Le prince se hâta donc d’envoyer des troupes contre lui, et H’abîb l’assiégea en le serrant de près dans un endroit où il s’était fortifié. Solami réclama alors un duel, et ce fut un esclave noir qui alla se battre avec lui.

Les deux adversaires tombèrent transpercés du premier coup et moururent ensemble.[200]

[P. 40] En 162 (27 septembre 778) mourut ‘Abd er-Rah’mân ben Ziyâd ben An’am, kâdi d’Ifrîkiyya, à l’âge de plus de quatre-vingt-dix ans.

Il s’était trouvé chez Yezîd ben Hâtim où il mangea du poisson puis but du lait aigre ; ce que voyant, le médecin Yah’ya ben Mâsaweyh[201] fit cette remarque : « Si la médecine dit vrai, le cheikh mourra cette nuit » ; et c’est en effet ce qui eut lieu. Dieu sait la vérité !

[P. 41] En 163 (16 septembre 779), El-Mehdi donna à son fils Hâroûn le gouvernement de tout le Maghreb, de l’Aderbeydjân et de l’Arménie.

[P. 42] En 163 (16 septembre 779) le souverain d’Espagne ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade fit ouvertement des préparatifs pour passer en Syrie, dans l’intention d’en chasser les Abbassides et de se venger d’eux. Mais alors eut lieu à Saragosse la dangereuse révolte de Soleymân ben Yak’z’ân et d’El-H’oseyn ben Yah’ya ben Sa’îd ben Sa’d ben ‘Othmân Ançâri, et il renonça à son projet.[202]

[P. 43] En 164 (5 septembre 780), l’Omeyyade ‘Abd er-Rah’mân marcha contre Saragosse.[203]

Il avait commencé par y envoyer une forte armée commandée par Tha’leba ben ‘Obeyd,[204] car, nous l’avons dit, Soleymân ben Yak’z’ân et El-H’oseyn ben Yah’ya s’étaient ligués dans cette ville pour se soustraire à son autorité.

Tha’leba les combattit vigoureusement ; mais il se trouva qu’un jour, pendant qu’il était dans sa tente, Soleymân, profitant de sa négligence, dirigea contre lui une attaque qui le fit tomber entre ses mains, et son armée se dispersa.

Soleymân s’adressa alors à Charles, roi des Francs, en lui promettant de lui livrer ce territoire ainsi que Tha’leba.

Mais, quand ce prince arriva, il ne put tenir que la seconde partie de sa promesse, et alors Charles retourna dans ses états avec Tha’leba, dont il s’imaginait tirer une rançon considérable.

Pendant quelque temps, ‘Abd er-Rah’mân ne s’occupa pas de son général, mais il fit ensuite demander et obtint sa liberté, grâce aux émissaires qu’il employa à cet effet.[205]

Donc, en cette année, ‘Abd er-Rah’mân marcha contre Saragosse après avoir réparti ses enfants dans les diverses parties du royaume, avec mission d’écraser les insoumis, puis d’opérer leur jonction à Saragosse, où ‘Abd er-Rah’mân les précéda. El-H’oseyn ben Yah’ya, qui avait déjà tué Soleymân ben Yak’z’ân, occupait seul cette ville quand ‘Abd er-Rah’mân arriva. Celui-ci pressa vigoureusement le siège, et fut bientôt rejoint par ses fils, qui lui amenèrent tous les rebelles qu’ils avaient eu à combattre et lui annoncèrent la soumission d’autres encore.

Alors El-H’oseyn fit des ouvertures de paix et se montra disposé à rentrer dans l’obéissance. ‘Abd er-Rah’mân y consentit, prit son fils Sa’îd à titre d’otage et s’éloigna. Il alla porter la guerre chez les Francs, où il fit des conquêtes et d’où il ramena du butin et des captifs.

Il alla à K’alahra,[206] prit la ville de Fekîra et démantela les forts de cette région ; il pénétra dans, 1e pays basque, assiégea et prit la forteresse de Mothmîn el-Ak’ra’ ; il marcha ensuite contre Maldoûthoûn ben At’lâl, dont il assiégea le château-fort ; il en poursuivit les habitants qui s’étaient réfugiés dans les montagnes, les dompta de vive force, et rentra à Cordoue après avoir ruiné cette forteresse.

La même année aussi, la guerre éclata entre les Berbères de Valence et ceux de Sontebria [P. 44] en Espagne ; ils se livrèrent de nombreux combats restés célèbres et où il périt de nombreux guerriers de part et d’autre.

[P. 45] En 165 (25 août 781), El-H’oseyn ben Yah’ya, à Saragosse, rompit traîtreusement le traité qui le liait à ‘Abd er-Rah’mân, lequel fit marcher contre lui un fort corps de troupes commandé par Ghâleb ben Temmâm ben ‘Alk’ama.

Dans les combats qui suivirent, plusieurs compagnons d’’El-H’oseyn, entre autres son fils,[207] furent faits prisonniers et envoyés à l’émir ‘Abd er-Rah’mân, qui les fit exécuter.

Temmâm ben ‘Alk’ama resta à assiéger El-H’oseyn. En 166 (14 août 782), l’émir ‘Abd er-Rah’mân alla en personne continuer le siège de Saragosse. Il réduisit cette ville à la dernière extrémité à l’aide de trente-six mangonneaux, puis l’emporta de vive force. Il fit subir à El-H’oseyn la mort la plus atroce[208] et chassa les habitants de cette ville, pour tenir le serment qu’il avait prêté, mais il leur permit ensuite d’y rentrer.

[P. 50] … En 166 (14 août 782), Yezîd ben H’âtim était gouverneur d’Ifrîkiyya…

En 166, l’Omeyyade d’Espagne ‘Abd er-Rah’mân fît mettre à mort le fils de son frère, El-Moghîra ben El-Welid ben Mo’âwiya ben Hichâm, Hodheyl ben Eç-Çomeyl et Samora ben Djebala, qui s’étaient, pour lui arracher le trône, alliés avec El-‘Alâ ben H’omeyd R’ocheyri.[209] Mais celui-ci se fit un mérite de les dénoncer.[210]

Vue sur al-Ouad al-kabir al-Qurtuba (Cordoue)
Vue sur al-Ouad al-kabir al-Qurtuba (Cordoue)

[P. 52] Révolte d’Aboû’l-Aswad en Espagne

En 168 (23 juillet 784), eut lieu en Espagne la révolte d’Aboû’l-Aswad Mohammed ben Yoûsof ben ‘Abd er-Rah’mân al-Fihri.[211]

On raconte qu »Abd er-Rah’mân le tenait emprisonné à Cordoue depuis la fuite de son père et la mort violente de son trère ‘Abd er-Rah’mân, faits que nous avons racontés.

Dans sa prison, Abou’lAswad, feignant d’être aveugle, laissait errer ses yeux dans le vague, et prolongea ce manège assez longtemps pour que l’émir A’bd er-Rah’mân crût cette cécité réelle. Dans l’endroit le plus reculé de la prison était un souterrain qui aboutissait au grand fleuve (Guadalquivir) et par où les prisonniers passaient pour aller se laver et satisfaire à d’autres besoins.

Les gardiens ne surveillaient pas, à cause de sa cécité, Abou’l-Aswad, qui disait en revenant du fleuve : « Qui est-ce qui mène l’aveugle à sa place ? »

Il entra en rapport avec un de ses clients qui était sur la rive (opposée) du fleuve, et qui, prêtant l’oreille à ses propositions, promit de lui procurer un cheval de selle. Un jour donc, il sortit pendant que son client l’attendait, traversa le fleuve à la nage, se précipita sur le cheval et parvint à gagner [P. 53] Tolède.

Là, de nombreux partisans vinrent se joindre à lui, et il retourna avec eux pour livrer bataille à l’Omeyyade A’bd er-Rah’mân. Sur le Wâdi el-Ah’mar (Guadalimar), à K’ast’aloûna,[212] eut lieu une sanglante rencontre où Abou’l-Aswad défait laissa quatre mille des siens sur le terrain, non compris ceux qui se noyèrent dans la rivière.

L’Omeyyade le poursuivit, en tuant tous ceux qu’il pouvait atteindre, jusqu’au-delà de la forteresse d’Er-Rebâh’ (Calatrava). Abou’l-Aswad réunit plus tard de nouvelles troupes et voulut recommencer la lutte en 169 (13 juillet 785) ; mais ses soldats se débandèrent dès leur contact avec l’avant-garde des troupes Omeyyades, et il dut s’enfuir ; ses femmes furent faites prisonnières et la plupart de ses compagnons tués. Il vécut jusqu’en 170 (2 juillet 786), où il mourut dans une bourgade du territoire de Tolède.

Son frère K’âsim se révolta ensuite et réunit un corps de troupes contre qui l’émir marcha ; K’âsim eut l’imprudence d’aller le trouver sans avoir obtenu sa grâce, et il fut mis à mort.[213]

En cette année 168 mourut Chîloûn (Silon), roi de Galice, que l’on remplaça par Alphonse.

Mais Mauregat l’attaqua et le tua.[214] Dans cette situation troublée, le lieutenant à Tolède d »Abd er-Rah’mân fit une incursion dans le pays ; il y massacra du monde et rentra sain et sauf, traînant derrière lui du butin et des captifs.

En 168 (23 juillet 784), Abou’l-Kâsim ben Wâsoûl, chef des hérétiques çofrites à Sidjilmâsa, mourut subitement pendant la dernière prière du soir. Il avait exercé l’autorité pendant douze ans et un mois, et fut remplacé par son fils Elyâs.[215]

En 789, Idrîs Ier, un descendant de Hasan surnommé Az-Zakî (vertueux) fils aîné d'`Alî et de Fâtima fille de Mahomet, s'enfuit pour échapper aux persécutions abbassides. Il s'installa à Volubilis, peut-être alors dominée par les Awraba, et la ville lui sert de base pour ses expéditions militaires dans le processus de création du royaume idrisside28. Des monnaies d'argent et de bronze sont frappées là de 789 à 825
En 789, Idrîs Ier, un descendant de Hasan surnommé Az-Zakî (vertueux) fils aîné d’`Alî radi Allah anhu, s’enfuit pour échapper aux persécutions Abbassides. Il s’installa ici à Volubilis dans l’actuel Maroc, alors peuplé par les berbères  Awraba, et la ville lui sert de base pour ses expéditions militaires dans le processus de création du royaume Idrisside. Des monnaies d’argent et de bronze sont frappées là de 789 à 825.

Fakh et avènement des Idrissides: 

[P. 63] (Le soulèvement des Alides, sous le khalife abbasside ElHâdi en 169 (13 juillet 785), se termina par le massacre qui eut lieu à Fakhkh, près la Mekke,[216] où périt notamment El-H’oseyn ben ‘Ali).

Parmi ceux qui parvinrent à s’échapper figurait Idrîs ben ‘Abd Allah ben el-H’asen ben el-H’asen ben ‘Ali, qui put gagner l’Egypte.

Le directeur des postes de cette province, Wâd’ih’, client de Câlin ben el-Mançoûr, qui était chi’ite ou partisan d’Ali, le fit fuir en poste jusqu’au Maghreb.

Le fuyard s’installa à Walîla (Oulîli) dans le territoire de Tanger,[217] et les Berbères du pays se rallièrent à lui.

El-Hâdi fit d’abord décapiter, puis crucifier Wâdih’.

Selon une autre version, c’est Er-Rechîd qui le fit mettre à mort.

Ce prince, ajoute-t-on, envoya auprès d’Idris un émissaire, Ech-Chemmâkh al-Yemâmi, client d’El-Mehdi, qui se donna pour un chi’ite et qui, par les marques de respect qu’il lui prodigua, se concilia sa faveur.

Idrîs, qui l’avait fait demeurer avec lui, se plaignant un jour de souffrir des dents, reçut de son confident un remède empoisonné à employer au lever du jour. Ech-Chemmâkh s’enfuit aussitôt, et reçut d’Er-Rechîd la direction des postes d’Egypte.

Quant à Idrîs l’Alide, il mourut empoisonné, laissant pour successeur son fils Idrîs ben Idrîs, qui régna après lui.

Cette famille garda le pouvoir dans ce pays et disputa le gouvernement de l’Espagne aux Omeyyades, ainsi que nous le dirons.

[P. 75] En 170 (2 juillet 786) mourut Yezîd ben Hâtim al-Mohallebi, gouverneur d’Ifrîkiyya, qui laissa ses fonctions à son fils Dâwoûd.

Les Ibâdites s’étant soulevés dans les montagnes de Bâdja, Dâwoûd envoya contre eux une armée, qui fut battue ; il en équipa une seconde qui obtint cette fois le dessus et qui massacra de nombreux Ibâdites.

Après neuf mois de gouvernement, Dâwoûd céda la place à son oncle Rawlr ben H’âtim Mohallebi, nommé gouverneur d’Ifrîkiyya par Haro un Er-Rechîd.[218]

En 170 (2 juillet 786) l’Omeyyade ‘Abd er-Rah’mân, prince d’Espagne, tomba sur les Berbères Nefza, dont il humilia la puissance et à qui il tua du monde.

[P. 76] La même année, ‘Abd er-Rah’mân fit construire la grande mosquée de Cordoue sur l’emplacement d’une église.

Il dépensa pour cela cent mille dinars.[219]

La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel
La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel , fut principalement l’oeuvre d’Abd al-Rahman Ad-Dakhil en 786

Mort d’’Abd er-Rah’mân l’Omeyyade

En 171, en rebî’ II (18 septembre 787) mourut ‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya ben Hichâm ben ‘Abd el-Melik, roi d’Espagne. D’autres le font mourir en 172 (10 juin 788), ce qui est plus exact. Il naquit dans la région de Damas[220] ou à El-‘Olya, près de Tadmor, en 113 (14 mars 731) et mourut à Cordoue.

Les dernières prières furent dites par son fils ‘Abd Allah ; un autre de ses fils, Hichâm, qui avait été désigné comme héritier présomptif, était à Mérida comme gouverneur, et son fils aîné Soleymân ben ‘Abd er-Rah’mân était à Tolède, dont il était également gouverneur, de sorte que ni l’un ni l’autre n’assistèrent à la mort de leur père. ‘Abd Allah surnommé Balensi, alors présent, reçut le serment de fidélité au nom de son frère Hichâm, à qui il annonça la mort de leur père et son avènement, et Hichâm se rendit alors à Cordoue.

‘Abd er-Rah’mân avait régné trente-trois ans et quelques mois ; son prénom (konya) était Abou’l Mot’arref, d’autres disent Abou Soleymân ou Abou Zeyd ; il laissa onze fils et neuf filles ; sa mère était une captive berbère amenée d’Ifrîkiyya.

Il était roux et borgne, avait les joues maigres ; d’une taille haute et élancée, il portait deux boucles.[221]

Il avait la parole facile et élégante et savait faire des vers ; doux, instruit, résolu, prompt à poursuivre les rebelles, il ne restait jamais longtemps en repos ou livré à l’oisiveté ; il ne se reposait sur personne du soin de ses affaires et ne se confiait qu’à son propre jugement.

Doué d’une profonde intelligence, il alliait une bravoure poussée jusqu’à la témérité à une très grande prudence et se montrait large et généreux. Il portait le plus souvent des vêtements blancs.

On le comparait à El-Mançoûr (l’Abbasside) pour la fermeté de sa volonté, pour son énergie et sa ferme administration.[222]

Il construisit la Roçâfa à Cordoue, par imitation de son grand-père Hichâm, qui avait élevé la Roçâfa de Syrie.

Il y habitait quand il fit les vers suivants à propos d’un palmier isolé qu’il y vit :

[P. 77 : T’awîl] « Dans Roçâfa vient de nous apparaître un palmier égaré sur la terre d’Occident loin du pays qu’habitent ses pareils. Voilà, me suis-je dit, mon image ; moi aussi je vis dans un lointain exil, séparé depuis longtemps de mes enfants et de ma famille. Tu as grandi sur une terre étrangère, et comme toi je suis éloigné et séparé (des miens). Puisse le contenu des nuées matinales l’abreuver d’autant d’eau qu’en font déverser Arcture et l’Epi ![223] »

Il fut rejoint en Espagne par des Omeyyades d’Orient,[224] dont on cite parmi les noms connus ‘Abd el-Melik ben ‘Omar ben Merwân, le descendant le plus direct de l’ancêtre des Benoû Omeyya.

C’est lui, ainsi que nous l’avons dit, qui fut cause que l’on cessa en Espagne de prononcer la prière au nom des Abbassides.[225] Il (Abd el-Melik ?) avait onze enfants (mâles).

Cordoue et sa région a son apogée sous les Omeyyades ver l'An 1000 source : Arthure  Redondo
Cordoue et sa région a son apogée sous les Omeyyades ver l’An 1000 source : Arthure Redondo

Avènement de son fils Hichâm

‘Abd er-Rah’mân avait désigné comme héritier présomptif Hichâm et non son fils aîné Soleymân, à cause de l’intelligence et de la capacité qu’il lui avait reconnues.[226] Hichâm, lors de la mort de son père, se trouvait à Mérida, dont il était gouverneur et administrateur, et son frère aîné Soleymân était à Tolède. Ce dernier désirait obtenir le pouvoir pour lui-même et était jaloux de son frère Hichâm, à cause de la préférence dont celui-ci avait été l’objet de la part de leur père ; aussi le haïssait-il secrètement, et il songeait à se révolter.

Un autre frère, ‘Abd Allah surnommé Balensi, se trouvait à Cordoue au moment de la mort d’’Abd er-Rah’mân et fit prêter de nouveau le serment d’obéissance à Hichâm, après avoir récité les dernières prières sur le corps de leur père. Hichâm, averti par lui de la mort de ce dernier et de cette prestation de serment, partit aussitôt pour Cordoue, où il arriva en six jours et où il prit en mains le pouvoir.[227] ‘Abd Allah rentra chez lui en donnant des témoignages d’une obéissance qui n’était pas dans son cœur. Nous raconterons, si Dieu le permet, ce qu’il fit plus tard.

Notes du Traducteur : 

[119] C’est-à-dire, quitta Séville pour faire de Cordoue le siège du gouvernement (voir Bayân, II, 24 ; al-Makkari al-Tlemceni al-Qurayshi, n. 8).

[120] Le Nodjoûm (i, 279) place la mort d’Es-Samh’ au 8 doûl-hidja 103, ou 28 mai 722; mais il la retarde erronément d’un an, puisque ce chef tomba dans la bataille de Toulouse.

[121] Le projet que l’on prête à ‘Omar ben ‘Abil el-‘Azîz lui était inspiré par le souci de ses sujets, et il y est fait allusion par maints auteurs (Madjmoua, p. 23 ; Fath’ o-l-Andaluçi, texte p. 24 ;Bayân, II, 25 ; Ibn Hayyân, ap. Makkari, n, 8 ; Ibn el-Koûtiyya, 265, l. 5). Ibn el-Athir emploie le mot ahl « habitants », qui pourrait s’entendre des indigènes ; mais le rapprochement avec les autres textes justifie, je crois, les additions que j’ai faites entre parenthèses (comparez aussi Dozy, Recherches, t. I, 2e éd., p. 81, ou 3e éd., p. 76 ; Codera, Boletin de la Real Academia de la Historia, t,xxvi, p. 115). Ibn el-Koûtiyya s’est exprimé dans des termes que je traduis le plus littéralement possible : « ‘Omar ben ‘Abd el-‘Azîz avait recommandé à Es-Samh’ de faire émigrer ceux des adeptes de l’Islâm qui étaient entrés en Espagne, a raison des bons sentiments qu’il avait pour eux, vu qu’il craignait que l’ennemi ne l’emportât sur eux. On lit dans la traduction du Recueil de textes, p. 229 : « ‘Omar avait promis à Es-Samh’ d’exonérer d’impôts tous les musulmans qui s’étaient établis en Andalousie ; il avait décidé de prendre à leur égard cette mesure gracieuse parce qu’il craignait qu’ils ne pussent tenir tête à l’ennemi. Es-Samh’ lui ayant fait savoir par écrit, etc. ». Le mot exonérer est l’objet d’une note. La traduction de Cherbonneau (Journal as., 1856, II, 440) s’était moins éloignée du texte.

[122] Plus haut, on lit « el-Ah’waç », comme dans Makkari, le Bayân et Ibn el-Koûtiyya.

[123] On lit aussi Kenâni dans le Bayân ; Makkari lit, Kilàbi. Ibn el-Koutiyya appelle ce chef « El-Haythem ben ‘Abd el-Kâfi », et le Nodjoûm «El-Haythem ben ‘Abd Allâh al-Kelbi ».

[124] Ci-dessus,  il est appelé « ben ‘Abd-el-Melik ».

[125] Voir le Bayân, ii, 36.

[126] Makrizi a consacré à ce prince un assez long article dans son dictionnaire biographique intitulé Mokaffa, dont un volume est conservé à Paris (voir le ms. n° 2144, f° 53-56). Le récit de la fuite d’’Abd er-Rahmân y est, entre autres choses, reproduit textuellement. Comparez la narration que fait Dozy de cet événement (Mus. d’Espagne, I, 297.)

[127] Le Meraçid ne mentionne pas cette localité, que je n’ai pas non plus retrouvée citée ailleurs.

[128] A douze milles au nord de Ramla en Palestine ; la rivière de ce nom a sa source dans la montagne de Naplouse, et se jette dans la mer entre Arsouf et Jaffa (Meraçid, II, 357 ; III, 243 ;Géographie d’Aboulféda, trad., ii, 60).

[129] Ou chez les Nefza, comme dit le Bayân (II, 42) qui donne la même origine berbère à la mère du prince fugitif. Cette femme s’appelait Râh’ ou Redâh’ (Bayân, p. 49 ; Mokaffa ; voir aussi Fournel, I, 338).

[130] Il faut probablement lire « Temmâm », forme sous laquelle ce nom est presque toujours écrit.

[131] Comparez Musulmans d’Espagne, I, 324.

[132] C’est-à-dire le 13 mai 756. Il s’était écoulé plus de six mois depuis le débarquement de l’envahisseur, qui eut lieu en septembre 755 (voir Dozy, l. l. I, 324-350).

[133] Le Guadalquivir.

[134] Selon Ibn el-Koutiyya et ainsi que le raconte Dozy (I, 355), ce fut Abou Zeyd, fils de Yoûsof, qui exécuta, d’après l’ordre de son père, ce retour offensif. La version du Mokaffa est la même que celle d’Ibn el-Athîr.

[135] Le fils de Yoûsof qui fut livré comme second otage était, d’après Dozy (t. I, 357 et 362), Abou Zeyd, ce qui est le Konya ou prénom d’Abd er-Rah’mân, ainsi qu’on le voit par le Madjmoua ; c’est ce dernier nom aussi qu’on retrouve dans le Mokaffa.

[136] Ce vers figure dans la Hamâsa.

[137] ‘Abd er-Rah’mân, sitôt installé, fit aussi, pour amener auprès de lui ses deux sœurs germaines restées en Syrie, une tentative dont fut’ chargé le kâdi Mo’âwiya ben Gâlih’, mais qui resta infructueuse, les deux princesses ayant objecté les périls du voyage et fait valoir le calme et l’abondance où elles vivaient. C’est ce que nous apprend Ibn el-Koûtiyya (p. 275 du texte partiel publié dans le Recueil de textes et de traductions), ce qui est rendu ainsi dans la traduction (p. 249 ibid.) : « Lorsqu’’Abd errahmân était venu pour la première fois en Andalousie, il y avait rencontré Mo’awïa ben Salih Elhadrami, un jurisconsulte syrien ; il l’avait envoyé en Syrie accompagner ses de deux sœurs germaines et porter en même temps une certaine somme d’argent. Quand Mo’awïa se présenta aux deux sœurs, celles-ci lui dirent : « Les dangers du voyage sont toujours à redouter ; mais, grâce à Dieu, nous sommes arrivées saines et sauves ; on a été largement généreux pour nous, et il nous eût suffi d’être en bonne santé ». Cf. la trad. Cherbonneau, Journ. as., 1856, II, p. 465. — Ce voyage du Mdi eut lieu à une date où les deux fils du souverain Soleymân et Hichâm étaient d’âge à recommander à leur père un candidat à la place de kâdi à Cordoue, ainsi qu’on le voit par le récit de l’auteur cité (texte, p. 28u). Yahya ben Yezîd Todjîbi (ou Yah’çobi), dont la nomination remontait à Hichâm ben ‘Abd el-Melik, étant venu à mourir, le refus de Moç’ab ben ‘Imrân d’accepter cette situation fut cause que le choix du souverain se porta sur Mo’âwiya ben Çâlih’ Had’rami (ou H’imçi). Celui-ci resta en place jusqu’à la fin du règne d’ ‘Abd er-Rah’mân et pendant la première année du règne de Hichâm ben ‘Abd er-Rah’mân ; alors il mourut et fut remplacé par Moç’ab, que Hichâm avait autrefois recommandé à son père (voir Dozy, Mus. d’Esp., I, 383 ; Makkari, II, 31, l. 20 ; et Ibn el-Koûtiyya, texte p. 275 et 280) ; la traduction, p. 249 et 257, présente autrement les faits et confond les deux Hichâm : l’un, fils d’’Abd el-Melik, et l’autre, fils d’’Abd er-Rah’mân.

[138] Le texte imprimé porte « Almodovar ». Je corrige en « Moron » d’après le Bayân (ii, 51), Ibn Khaldoun (éd. Boulak, iv, 121), et Dozy (l. l., p. 360).

[139] D’après le Bayân (II, 50), les deux fils de Yoûsof Fihri avaient été remis en liberté par le vainqueur dès que celui-ci eut regardé comme sincère la soumission de leur père. Ce passage fait probablement allusion à la fuite d’’Aboû’-l-Aswad (Dozy, l. l., 375 ; Bayân, ii, 52).

[140] C’est ainsi que je corrige le texte, qui porte « Tidowilia » ; il s’agit de Fruela I.

[141] « Lugo de Galice, Zamora, Salamanque, Avila, etc., qui furent, d’après Ibn el-Athîr et Ibn Khaldoun (éd. Boulak, iv, 122), conquises par Fruela Ier, le furent, disent les auteurs chrétiens, par son prédécesseur, Alphonse Ier le Catholique ». (Communication de M. Fr. Codera). — J’ai corrigé Fachtiyâla du texte en K’achtâla (orthographe d’Ibn Khaldoun et d’Edrisi) ou K’achtîla (orthographe du Bayân, ii, 130), nom arabe de la Castille.

[142] Je crois que l’Akhbâr Madjmoû’a (p. 101 texte, 95 trad.) est seul à mentionner aussi cette révolte. Les mouvements insurrectionnels furent d’ailleurs nombreux sous le règne de l’énergique fondateur de la dynastie omeyyade d’Espagne.

[143] Ce nom est écrit « Orwa » dans le Madjmoûa (texte, p. 101) et le Fatho-l-Andaluçi, texte, p. 61. Dozy lit aussi Ozra (i, 366). Ibn Khaldoun écrit « Hichâm ben ‘Abd Rabbihi » (éd. Boulak, iv, 122).

[144] Les mots entre astérisques ne figurent pas dans le ms. de Paris, ainsi d’ailleurs que l’a signalé Tornberg. Au surplus, Yoûsof Fihri fut mis à mort en 142, ainsi qu’il est dit plus haut, de sorte qu’il ne peut être question d’une révolte à laquelle il aurait participé en 144. Ajoutez que notre chroniqueur, dans la suite du récit, parle toujours d’un révolté, au singulier. En rapprochant ce passage du Fatho-l-Andaluçi (l. l.) je suis amené à lire : « Hichâm, … l’un des cousins de Yousôf Fihri. »

[145] Je ne trouve que le mot signifiant : « a crown, globe or any ornament on the top of a flower, » (Richardson, Persian English dictionary). Peut-être faut-il traduire : « dont la tête placée sur un mangonneau fut (placée) dans la ville. »

[146] J’ajoute le nom de Béja, qui paraît avoir été omis ou défiguré, d’après le Bayân, le Mokaffa (qui donnent la date de 146), le Madjmoûa, Ibn Khaldoun (qui donne la date de 149), etc.

[147] Même récit dans le Mokaffa ; comparez Dozy, i, 365 ; Fournel, i, 422. C’est en 147 qu’El-Mançoûr fit le pèlerinage (Ibn el-Athîr, v, 446).

[148] Le texte lit « Hâchem », ce qui est certainement une faute d’impression ; d’ailleurs le ms. de Paris lit « Hichâm » (cf. supra, p. 227). La prise de Tolède, en 147 ou, d’après Ibn Khaldoun, en 149, marque la fin de la révolte dont il a été parlé sous l’année 144.

[149] On lit « Hichâm » dans le récit que fait le Bayân (n, 55). Le Madjmoû’a (p. 101) l’appelle simplement « El-‘Omari », descendant d’ ‘Omar ben el-Khattâb ; dans Ibn Khaldoun, « Hamza ben ‘Abd Allah ben ‘Omar ».

[150] Ce fait est également mentionné dans le Fatho-l-Andaluçi (texte, p. 63), qui parle des affranchissements et des aumônes par lesquels le souverain manifesta sa satisfaction d’avoir son fils auprès de lui.

[153] Sur ces événements, voir Dozy, i, 368 ; Bayân, ii, 55 ; Madjmoû’a, p. 105 ; Ibn Khaldoun, iv, 122 ; notre récit est plus complet et plus détaillé.

[154] Ce nom est écrit Ra’wâk, résultant de l’omission d’un point diacritique, par le Bayân (II, 55), et le Madjmoû’a (p. 102 et 105) ; on trouve aussi Raghwân (Zaghwân ?) ailleurs. D’après l’éditeur et traducteur de ce dernier ouvrage, il y faut voir Alcala de Guadaira (l. l., p. 256). Je ne crois pas qu’il en soit parlé dans les géographies arabes, sous l’une ou l’autre orthographe. C’était le premier château qu’on trouvait, en remontant le fleuve, à huit milles de Séville (Dozy, Recherches, 3e éd., t. II, p. 261).

[155] Dans Ibn Khaldoun, on trouve les deux orthographes ‘Atâb et Ghiyâth ; mais on sait combien l’édition de Boulak est fautive.

[156] D’après le Madjmoûa, au contraire, le vainqueur les épargna.

[157] Nos autres sources, — à l’exception d’Ibn Khaldoun et aussi du Mokaffa, qui semble suivre presque exclusivement le récit d’Ibn el-Athîr, — ; ne mentionnent pas cette révolte. Dans le ms. de Paris, le nom écrit d’abord « Kherâcha » a ensuite été transformé en Khorâsa, mais à tort probablement, car Dhehebi ne mentionne que la première de ces formes.

[158] On trouve plus de détails sur la révolte de ce puissant chef yéménide dans Dozy (i, 369 ; voir aussi le Bayân, ii, 56 ; le Madjmoû’a, p. 105 ; Fatho-l-Andaluci, p. 63). Ce nom est ordinairement écrit Abou’ç-Çabbâh’ ben Yah’ya, mais aussi (Madjmoû’a, 84) Abou’ç-Çabbâh’ Yah’ya ben Folân (un tel).

[159] Je ne retrouve ce nom que dans Ibn Khaldoun, qui écrit « Ghiyâth ben el-Mostabidd ».

[173] L’orthographe de ce nom varie ; j’ai suivi celle de Dozy (Mus. d’Espagne, I, 372) et de de Slane (Berbères, i, 259). Tornberg a imprimé Chak’nâ, et il en est de même dans le Fatho-l-Andaluci, p. 64, et dans Ibn Khaldoun (Boulak, iv, 123) ; le Madjmoû’a lit Sofyân ; le Mokaffa, Chak’nâs ‘Abdel-Wâbid. Cf. Fournel, i, 423.

[174] Aujourd’hui Castro de Santaver, sur le Guadelia (Lexique géographique de l’Akhbar Madjmoû’a, p. 261 ; Dozy, i, 372 ; Fournel, i, 424).

[175] Ibn Khaldoun insère ici « ben ‘Othmân ».

[176] Coria, dans le N.-O. de l’Estrémadure, est souvent citée par les auteurs arabes ; il en est dit un mot par Edrisi (trad. p. 222).

[177] Chebat’rân est le nom d’un château fort situé dans le territoire de Tolède, à ce que nous apprend le Meraçid, qui fixe l’orthographe de ce mot et permet de corriger le texte de Tornberg (t.vi, p. 4 et 33, infra, p. 242 et 247). Cette localité, qui ne figure pas dans Edrisi, est aussi citée par le Bayân (u, 56) ; elle est située entre Tolède et Santaver, d’après le Fatho-l-Andaluçi (p. 65).

[178] Medellin (?).

[179] Je n’ai pas retrouvé ce nom ailleurs ; comparez cependant ci-dessus, p. 205, où il est question de Hâchim ben ech-Châh’idj, qui doit être le même individu.

[180] Le Bayân (i, 155) dit aussi quelque chose de ces événements ; on y lit ‘Isa ben Yezîd (comme dans les Berbères, i, 261 ; dans Bekri, p. 330, ‘Isa ben Mezyed), et ensuite Samghoûn au lieu de Semkoû.

[181] Ailleurs le premier de ces noms est écrit ‘Abd el-Ghâûr (Madjmoû’a, 107 ; Bayân, ii, 57) ; on retrouve la lecture « ‘Abd el-Ghaffâr » dans le Fatho-l-Andaluçi (p. 65) ; chez Ibn Khaldoun ; chez Ibn el-Koûtiyya (p. 274) et chez Makkari (éd. de Leyde, ii, 33). — Je lis Molâmis, selon une variante rejetée en note par Tornberg, et d’accord avec les divers textes qui viennent d’être cités ; cependant Makkari (l. l.) écrit aussi « Molâbis » ; Dozy (Mus. d’Espagne, i, 344) a reproduit la lecture « Molâmis ». Cf. Fournel, i, 425.

[182] Ce fait est encore rappelé plus loin.

[183] Les détails que donnent sur cette affaire nos autres sources, qu’a suivies Dozy (i, 373), diffèrent de ceux qu’on vient de lire. La bataille eut lieu sur les bords du Bembuzar ou Wâdi K’ays (Dozy, p. 374) ; le premier de ces noms est écrit indistinctement dans le Madjmoua (p. 108), (Fatho-l-Andaluçi, p. 66) ou (Ibn el-Koûtiyya (p. 274, l. 7 et 17).

[193] Voir Dozy, i, 377 ; Madjmoû’a, 110. Le nom de l’assassin, écrit peu lisiblement dans ce dernier texte, est. Mechkâr, d’après le Ray an (II, 58).

[194] En compagnie d’’Abdoûs ben Abou ‘Othmân, d’après le Madjmoû’a (p. 111).

[195] L’exécution de Dih’ya est de 164, d’après le Fatho-l-Andaluci, p. 67. La date de 162 parait aussi résulter du récit d’Ibn Khaldoun. Au lieu de « Dibya », le Madjmoû’a (p. 111) lit « Wadjîb ». Ce personnage, envoyé à Chak’yâ par Aboû ‘Othmân ‘Obeyd Allah, son oncle, et par Temmâm ben ‘Alk’ama, avait fait cause commune avec le rebelle, mais s’était échappé lorsque celui-ci fut assassiné.

[196] C’est ce que disent aussi Ibn Khaldoun et le Madjmoû’a (p. 111). On peut induire de là que la disgrâce de Bedr (ci-dessus, p. 245) ne dura pas jusqu’à la mort de ce fidèle serviteur.

[197] Je lis « Bernesi » ainsi que le porte une variante rejetée en note par Tornberg, et comme l’écrit le Madjmoû’a (p. 111), qui ajoute que Ghassâni périt le même jour qu’Ibrâhîm Bernesi. Cette dernière révolte eut lieu à Moron et est de 161 ou de 162 (Bayân, II, 58 ;.

[198] Je lis Temmâm, nom du personnage cité à plusieurs reprises ; c’est d’ailleurs la leçon du ms. de Paris.

[199] Je ne crois pas que cette insurrection soit mentionnée ailleurs.

[200] Le Madjmoû’a (p. 112) raconte les faits de la même manière.

[201] Il existe deux médecins célèbres de ce nom (Wüstenfeld, Gesch. der Arab. Aerzle, nos 59 et 125), et il ne pourrait être question ici que du plus ancien des deux, qui fut pendant un demi-siècle médecin, des khalifes. Mais comme il mourut en 243, il semble que c’est à tort qu’on lui fait ici émettre une observation qui est d’ailleurs souvent répétée par les médecins arabes.

[202] Makkari (II, 37) mentionne aussi le projet d’attaquer la Syrie. L’ambition du prince d’Espagne était d’ailleurs provoquée par les appels de ses partisans, qui avaient à se plaindre du joug pesant des Abbasides (Mokaffa, f. 56).

[203] Le Bayân (n, 58) place cette expédition en 165 ou 167. Au sujet de ces événements, comparez ci-dessus, p. 245.

[204] Le Madjmoû’a (p. 110) écrit ce nom « d’’Abd », mais on retrouve l’orthographe de notre texte dans le Fatho-l-Andaluçi (p, 67), dans Ibn Khaldoun (iv, 121) et dans Makkari (n, 31).

[205] Comparez ce récit à celui du Madjmoû’a (p. 113), du Fatho-l-Andaluçi (p. 68), de notre auteur (p. 246), du Bayân (II, 58) et de Dozy (p. 379).

[206] C’est probablement ce nom qu’on retrouve dans le Madjmoû’a (p. 114), que Lafuente traduit, avec beaucoup d’hésitation, par « Collioure ». On peut aussi songer à Calahorra. Comparez, pour les noms propres qui suivent et dont l’orthographe est incertaine, le texte de ce dernier ouvrage.

[207] Qui s’était échappé presque aussitôt après avoir été livré comme otage (Madjmoû’a, 114).

[208] Il commença par lui faire couper les pieds et les mains (ibid., 116 ; Dozy, i, 381).

[209] Il est parlé d’une autre conspiration de parents du prince, en 163 d’après Makkari (II, 31-32) ou en 165 (Fatho-l-Andaluçi, 69-70). Ces deux auteurs donnent quelques détails sur celle d’El-Moghîra (ibid.), mais le premier en fixe la date à 167, le second à 168, de même que le Bayân (II, 59) ; voir aussi le Madjmoû’a (p. 116).

[210] Le Fatho-l-Andaluçi écrit le nom d’un des conjurés Samore ben H’alîla.

[211] Voir Dozy, i, 376 et 381 ; Bayân, ii, 59 ; Madjmoû’a, p. 116 ; Ibn Khaldoun, iv, 124. Cette révolte est placée par le Bayân à l’année 169.

[212] Cette localité n’est pas citée par Edrisi. Elle correspond (selon Lafuente, lexique du Madjmoû’a, 250) à Cazlona, l’ancienne Castulo ou Castulone, dans la région de Linares. La rencontre eut lieu, dit le Bayân, au Gué de la Victoire (sur ce lieu, voir ibid., 264 ; Mus. d’Espagne, i, 314).

[213] Même version dans Ibn Khaldoun. Le Bayân parle de la révolte, mais non de l’exécution de K’âsim.

[214] Après Silon, mort en 783, régna Mauregat, à qui succéda Bermude i, en 788. Alphonse II le Chaste monta sur le trône en 797.

[215] On retrouve à peu près les mêmes renseignements dans le Bayân (i, 155 ; cf. Berbères, i, 261).

[216] Sur ces événements, cf. notamment Fournel, i, 389 et suiv.

[217] Bekri écrit Oulîli et Oulileni (voir p. 248, 263, 269, 317) ; sur la fuite d’Idrîs et son établissement dans le Maghreb, cf. ibid., p. 268 ; Berbères, ii, 559 ; Bayân, i, 72 et 218 ; Nodjoûm, I, 433 et 452 ; Kartâs, éd. Tornberg, texte p. 5, trad. p. 6).

[218] Comparez les récits, qui ne sont pas entièrement identiques, des Berbères, i, 224 et 387, et du Bayân, i, 72 ; Fournel, i, 385.

[219] Ces deux derniers faits sont également mentionnés dans le Bayân, (II, 59 et 60, supra, p. 223) ; le Fatho-l-Andaluçi (p. 70) parle de la fondation du djâmi’ de Grenade (par suite d’une mauvaise lecture ?). C’est à Hichâm qu’Ibn el-Koutiyya (p. 279) attribue la fondation de la grande mosquée de Cordoue dont une portion du butin fait à Narbonne par ‘Abd el-Wâh’id ben Moghîth aurait couvert, les frais. Mais d’après d’autres auteurs (Makkari, ii, 219 ; infra, p. 97 ; Bayân, ii, 92), cet édifice fut commencé par le père et achevé par le fils. Le Mokaffa (f. 56) parle aussi des nombreuses constructions édifiées par Abd er-Rah’mân.

[220] Dans une localité que le Mokaffa orthographie Deyr Khanînâ, le Bayân Deyr H’oseyna, le Nodjoûm, Deyr H’oneyn, et le Madjmoû’a, Deyr H’annâ.

[221] Ces boucles jouèrent un rôle dans les prédictions de grandeur dont il était l’objet dès avant la conquête de l’Espagne (Dozy, i, 305).

[222] La haute opinion qu’avait El-Mançoûr du fondateur de la dynastie omeyyade en Espagne est rapportée par le Bayân, ii, 61 ; le Madjmoû’a, p. 118 ; Merrâkechi, trad., p. 14 ; le Mokaffa, f. 55 v° et 56 ; Dozy, i, 381.

[223] Ces vers se retrouvent dans Makkari (ii, 37), dans le Bayân (ii, 62) et dans le Mokaffa (f. 55. v°).

[224] Cf. Dozy, i, 385 ; Makkari, ii, 32 ; Madjmoû’a, p. 95.

[225] Voir ci-dessus p. 244 ; Fatho-l-andaluçi, texte, p. 59 ; Makkari, ii, 40. Ce fut au bout de dix mois qu’Abd er-Rah’mân fit supprimer le nom du persécuteur de sa famille ; le Mokaffa dit que ce fut au bout d’un an. Le discours que tint ‘Abd el-Melik pour provoquer un changement dans la khotba y est rapporté, f. 56.

[226] Makkari (i, 216) parle de l’éducation que reçurent les deux princes et des aptitudes qu’ils témoignaient.

[227] Sur les circonstances dans lesquelles ce prince monta sur le trône, cf. Bayân, ii, 63 ; Fournel, i, 430.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

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