Gouvernement Abbasside en Ifriqiya 765 791 par ibn al-Athir :

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Le califat Abbasside à partir de 756 JC  lors de la prise d'al-ANDALUS par Abd al-Rahman Ad-Dakhil
Le califat Abbasside à partir de 756 JC lors de la prise d’al-ANDALUS par Abd al-Rahman Ad-Dakhil

Gouvernement Abbasside d’’al-Aghlab ben Sâlim al-Tamimi en Ifrîkiyya 765 766  par ibn al-Athir :

(Année 148). Quand le calife Abbasside Abu Jafar El-Mançoûr apprit que Mohammed ben el-Ach’ath avait quitté l’Ifrîkiyya, il envoya un diplôme d’investiture, comme gouverneur de cette province, à El-Aghlab ben Sâlim ben ‘Ik’âl ben Khafâdja al-Temîmi, qui avait combattu aux côtés d’Aboû Moslim al-Khorâsâni et qui s’était ensuite rendu en Ifrîkiyya avec Mohammed ben el-Ach’ath. Sitôt qu’il eut reçu son diplôme, El-Aghlab gagna Kayrawân, en djomâda II 148 (24 juillet 765), et il procéda à l’expulsion de plusieurs chefs arabes mod’arites, ce qui ramena le calme.

Aboû Korra se révolta contre lui[151] et fut suivi par de nombreux Berbères ; mais il s’enfuit sans combattre [P. 449] quand El-Aghlab marcha contre lui.

Le gouverneur voulut ensuite se diriger sur Tanger, mais cette expédition ne plut pas au djond, qui la trouvait trop pénible et qui, petit à petit, regagna Kayrawân, ne laissant son chef qu’avec une faible troupe.

El-H’asan ben H’arb al-Kindi, qui était à Tunis, envoya au djond une demande écrite de le reconnaître, ce qui fut accepté et lui permit d’entrer à Kayrawân sans éprouver aucune résistance.

El-Aghlab, en apprenant ces événements, revint à marches forcées sur ses pas.

Ont lui conseilla, dans son entourage, de ne pas affronter l’ennemi avec les faibles troupes dont il disposait, mais de se diriger sur Gabès, où, disait-on, la plupart de ceux qui s’étaient ralliés au rebelle le rejoindraient, leur désertion n’ayant eu d’autre cause que leur répugnance à aller à Tanger, et lui permettraient alors de soutenir la lutte.

Il suivit ce conseil, et quand ses troupes furent assez nombreuses, il livra bataille à El-H’asan ben H’arb, qui, après une vive résistance, s’enfuit, en djomâda II 150 (3 juillet 767), à Tunis, non sans avoir perdu nombre des siens ; quant à El-Aghlab, il entra à Kayrawân.

Mais El-H’asan reconstitua son armée et marcha avec des forces considérables contre El-Aghlab, qui sortit de Kayrawân et fut tué d’un coup de flèche dans la rencontre qui s’ensuivit.

Cependant, son armée tint bon, et dirigée par El-Mokhârik ben Ghaffâr, qui commandait l’aile droite, elle fit une charge devant laquelle El-H’asan dut plier et se réfugier à Tunis, en cha’bân 150 (31 août 767).

En ramadan (29 sept. 767), El-Mokhârik’, qui prit le gouvernement de l’Ifrîkiyya, fit poursuivre par sa cavalerie El-H’asan, qui dut quitter Tunis pour se rendre chez les Ketâma,[152] d’où, après y avoir séjourné deux mois, il voulut rentrer à Tunis ; mais la portion du djond qui s’y trouvait marcha contre lui et le massacra.

On rapporte aussi que, dans la bataille où El-Aghlab périt, comme ses troupes restèrent, grâce à leur résistance, victorieuses, El-H’asan également fut tué, ce qui entraîna la débandade de ses partisans.

Le cadavre de ce dernier fut crucifié, tandis qu’El-Aghlab eut les honneurs de l’enterrement et fut appelé martyr (chehîd) ; la bataille où il périt eut lieu en cha’bân’ 150 (septembre 767).

Gouverneurs Abbassides appointés par Baghdad avant  les Aghlabides
Gouverneurs Abbassides appointés par Baghdad avant les Aghlabides

Gouvernement abbasside du Muhallabide Aboû Dja’far ‘Omar ben H’afç al-Muhallabi  en Ifrîkiyya 768-771

En 151 (25 janvier 768), El-Mançoûr nomma au gouvernement de l’Ifrîkiyya Abou Dja’far ‘Omar ben Hafç, descendant du frère d’El-Mohalleb, c’est-à-dire de K’abîça ben Abou Çofra ; nous rapportons cette généalogie à cause de la notoriété d’El-Mohalleb.

[160] La nomination d’Omar eut pour cause les craintes conçues par El-Mançoûr au sujet de cette province, à la suite de la mort violente d’El-Aghlab ben Sâlim.

Il gagna Kayrawân en çafar 151 (24 février 768), à la tête de cinq cents cavaliers, et les principaux de la ville, s’étant réunis autour de lui, furent traités par lui avec honneur et générosité.

Il s’installa dans cet endroit, et pendant trois ans tout marcha bien. [P. 458] Il se rendit alors dans le Zâb, d’après l’ordre d’El-Mançoûr, pour y reconstruire la ville de Tobna,[161] et laissa à Kayrawân H’abîb ben H’abîb al-Mohallebi.

L’Ifrîkiyya se trouvant ainsi dépourvue de djond, les Berbères en profitèrent pour se révolter, et H’abîb, en voulant les combattre, fut tué.

Les Berbères se concentrèrent à Tripoli et choisirent pour chef Abou H’âtim l’Ibâd’ite, qui était un client de Kinda et s’appelait Ya’koûb ben H’abîb. El-Djoneyd ben Bechchâr al-Asadi,[162] lieutenant d’’Omar ben H’afç à Tripoli, demanda à son chef des secours avec lesquels il pût combattre Abou H’âtim ; il en obtint, mais il fut battu et se réfugia à Gabès, où son vainqueur l’assiégea, tandis qu’’Omar, toujours au Zâb, s’occupait de reconstruire T’obna.

Une insurrection générale éclata alors en Ifrîkiyya, et bientôt T’obna fut assiégée par douze armées, entre autres celle d’’Aboû K’orra le Çofrite, composée de 40.000 hommes ; celle d’’Abd er-Rah’mân ben Rostem, qui en comptait 15.000 ; celle d’’Aboû Hâtîm, qui était très importante ; celle d’’Açim Sedrâti[163] l’Ibâd’ite, composée de 6.000 hommes ; celle d’’El-Mas’oûd[164] Zenâti l’Ibâd’ite, formée de 10.000 cavaliers, etc.

‘Omar ben H’afç, qui voulait se dégager de vive force, en fut empêché par les siens, qui lui représentèrent que sa mort entraînerait celle de tous les Arabes qui l’accompagnaient.

Il eut alors recours à la ruse et fit offrir à Abou K’orra, chef des Çofrites, de lui payer sa retraite 60.000 dirhems,[165] mais ce chef refusa : « Alors, dit-il, que depuis quarante ans on me salue du titre de khalife, irais-je donc, pour un misérable intérêt matériel, renoncer à vous combattre ? »

‘Omar s’adressa alors au frère d’’Aboû K’orra, à qui il fit remettre 4.000 dirhems et des vêtements pour l’engager à éloigner les Çofrites de son frère.

Le marché fut accepté, et ce chef, ayant décampé la nuit même, fut suivi par les troupes qui regagnèrent leurs foyers, de sorte qu’’Aboû K’orra dut faire comme eux.

Après le départ des Çofrites, ‘Omar envoya contre Ibn Rostem, alors chez la tribu berbère des Tehoûda, des troupes qui le battirent et le firent fuir à Tâhert.

La résistance d’’Omar porta un coup à la situation des Ibâd’itès, qui, laissant T’obna, se portèrent sur Kayrawân et l’assiégèrent sous la direction d’Aboû H’âtim, pendant qu’’Omar, toujours à T’obna, remettait sur pied les affaires de cette ville et la protégeait contre les attaques des hérétiques (khawâridj) du voisinage.

Mais quand il apprit la détresse de Kayrawân, il-marcha au secours de cette ville, [P. 459] en ayant soin de laisser quelques troupes à T’obna.

Abou K’orra, désireux de profiter du départ d’’Omar ben H’afç, alla bloquer T’obna ; mais la garnison fit une sortie, le battit et lui tua beaucoup de monde.

Aboû H’âtim, qui disposait de nombreuses troupes, avait établi un blocus sévère autour de Kayrawân, dont le trésor était vide d’argent et les greniers vides de vivres, car le siège durait depuis huit mois.

Le djond faisait matin et soir des sorties contre les hérétiques ; la faim le pressait et l’avait réduit à manger les bêtes de somme et jusqu’aux chiens ; beaucoup des habitants étaient allés rejoindre les Berbères, si bien que les hérétiques n’avaient plus qu’à entrer dans la ville.

Alors se répandit la nouvelle qu’’Omar ben H’afç arrivait de T’obna : ce chef, avec ses sept cents hommes, campa d’abord à Laribus,[166] et tous les hérétiques, abandonnant Kayrawân, marchèrent contre lui. Mais ‘Omar se porta vers Tunis, entraînant les Berbères à sa suite, puis revenant promptement vers Kayrawân, il y fit entrer les approvisionnements nécessaires en vivres, montures, bois, etc.

Mais il se trouva lui-même assiégé par Abou H’âtim et les Berbères, et cela dura assez longtemps pour que ses guerriers dussent se nourrir de leurs chevaux tout en soutenant des combats incessants et quotidiens. Comme la situation devenait intenable, ‘Omar annonça aux siens qu’il avait formé le plan de forcer la ligne des » assiégeants pour aller chercher des vivres en pays berbère et les leur ramener.

Mais ils lui objectèrent qu’ils craignaient de rester sans lui, et il proposa alors d’envoyer, à cet effet, deux chefs qu’il désigna ; la proposition fut acceptée, mais ces deux chefs déclarèrent ne pas vouloir le laisser dans le camp assiégé et se séparer de lui.

Il résolut alors de se jeter au-devant de la mort : en vain apprit-il qu’El-Mançoûr lui envoyait Yezîd ben H’âtim ben K’abîça[167] ben el-Mohalleb, à la tête de 60.000 hommes, et lui conseillât-on d’attendre l’arrivée de ces forces avant de combattre, il ne voulut rien entendre et se fit tuer les armes à la main, le 15 doû’l-hiddja 154 (27 novembre 771).[168]

Il fut remplacé dans son commandement par son frère utérin H’omeyd[169] ben Çakhr, qui conclut avec Abou H’âtim un arrangement aux termes duquel ni lui ni les siens ne cesseraient de reconnaître El-Mançoûr et ne seraient inquiétés par Abou H’âtim en ce qui touchait le noir (livrée des Abbâssides) de leurs vêtements ou leurs armes.

On livra donc la place au chef berbère, [P. 460] qui fît brûler les portes de cette ville et en démantela les murailles. La plus grande partie du djond se retira à T’obna.

Aboû H’âtim, apprenant l’arrivée de Yezîd ben H’âtim, se rendit à Tripoli et laissa l’ordre à son lieutenant à Kayrawân de désarmer et de disperser les hommes du djond. Mais certains de ses partisans refusèrent de commettre cette déloyauté : ‘Omar ben ‘Othmân Fihri, qui était à leur tête, s’insurgea à Kayrawân et massacra les partisans d’Aboû H’âtim.[170] Le retour de ce dernier fit fuir ‘Omar ben ‘Othmân à Tunis, et Abou H’âtim regagna alors Tripoli pour y tenir tête à Yezîd ben H’âtim.

On dit que trois cent soixante-quinze combats furent livrés entre les troupes du djond et les hérétiques, depuis le soulèvement de ceux-ci contre ‘Omar ben H’afç jusqu’à leur soumission complète.

Le califat abbasside sous Haroun al-Rashid
Le califat abbasside sous Haroun al-Rashid

Gouvernement abbasside de Yezîd ben H’âtim al-Muhallabi   772-787 en Ifrîkiyya. Ses combats contre les hérétiques khawarij.

Lorsqu’El-Mançoûr apprit la situation d’’Omar ben H’afç aux prises avec les hérétiques, il fit équiper une armée de 60.000 cavaliers, dont il confia le commandement à Yezîd ben H’âtim ben K’abîça ben Abou Çofra.

Quand, en 154 (23 décembre 770), ces troupes approchèrent d’Ifrîkiyya, une partie du djond de cette province vint les joindre, et le tout réuni marcha sur Tripoli.

Abou H’âtim se retira alors dans les montagnes de Nefoûsa et mit en fuite un corps de troupes envoyé par Yezîd à Gabès et qui dut par suite rallier le gros de l’armée.

Abou H’âtim, qui s’était installé dans un lieu difficile qu’il avait couvert d’un fossé, y fut attaqué par Yezîd, en rebî’ I 155 (9 février 772),[171] et à la suite d’une lutte sanglante fut vaincu : ses troupes se débandèrent, Abou H’âtim lui-même et ses auxiliaires, au nombre de 30.000, perdirent la vie dans la bataille, sans parler de l’affreux carnage dont les fuyards, poursuivis à travers plaines et montagnes, furent les victimes.

La famille d’El-Mohalleb, en représailles de la mort d’’Omar ben H’afç, égorgeait tous les hérétiques, et Yezîd, après un mois de séjour consacré à des exécutions, retourna à Kayrawân. ‘Abd er-Rah’mân ben H’abîb ben ‘Abd er-Rah’mân F’ihri, qui était avec Abou H’âtim, s’enfuit chez les Ketâma, contre qui Yezîd envoya des troupes ; les Berbères bloqués furent défaits et subirent des pertes très sensibles, mais ‘Abd er-Rah’mân put s’enfuir après avoir vu périr tous les siens.

L’Ifrîkiyya, ainsi pacifiée, jouit de la sage administration de Yezîd, qui lui procura la tranquillité jusqu’à [P. 461] la révolte des Ourfeddjoûmâ, dans le Zâb, en 164 (5 septembre 780), sous la direction d’Ayyoûb le Hawwarite.

Il envoya contre eux une forte armée commandée par Yezîd ben Medjzâ’ Mohallebi, qui fut battu et qui périt avec nombre des siens. El-Mokhârik’ ben Ghaffâr, chef du Zâb, fut également tué, et Yezîd l’ayant remplacé par El-Mohalleb ben Yezîd Mohallebi, envoya des renforts importants sous la conduite d’’El-‘Alâ’ ben Sa’îd Mohallebi.

Les fuyards rallièrent ces troupes fraîches, qui livrèrent une sanglante bataille aux Ourfeddjoûmâ et restèrent victorieuses : Ayyoûb fut tué et les Berbères furent égorgés jusqu’au dernier, tandis que le djond ne perdit pas un seul des siens.[172]

Yezîd mourut en ramadan 170 (23 février 787), après avoir gouverné quinze ans et trois mois en Ifrîkiyya, dont il laissa le gouvernement à son fils Dâwoûd.

L'état Abbasside en Ifriqiya lors des troubles Khawarij hérétiques
L’état Abbasside en Ifriqiya lors des troubles Khawarij hérétiques et une bannière Abbasside. 

Troubles suscités en Ifrîkiyya par les hérétiques khawarij

Nous avons dit qu’Abd er-Rah’mân ben H’abîb, fils de l’émir d’Ifrîkiyya, s’était joint aux hérétiques et que, forcé de prendre la fuite, il s’était réfugié chez les Ketâma, ce qui avait motivé l’envoi par Yezîd ben H’âtim, émir d’Ifrîkiyya, d’une armée qui l’avait pour suivi et avait combattu les Ketâma.

En 156 (1er décembre 772), [P. 6] Yezîd envoya des secours aux troupes déjà engagées, si bien qu’ ‘Abd er-Rah’mân, serré de très près, dut abandonner son refuge et s’enfuir. Les troupes en question cessèrent de le poursuivre.

En la même année, Abou Yah’ya ben Foûnâs[185] le Hawwarite s’insurgea du côté de Tripoli contre Yezîd ben H’âtim et réunit autour de lui de nombreux Berbères.

La garnison qui occupait cette ville pour Yezîd marcha avec le gouverneur contre le rebelle ; une bataille acharnée fut livrée sur le littoral maritime du territoire des Hawwâra.

La fuite d’Aboû Yah’ya ben Foûnâs et le massacre de la plupart des siens assurèrent le repos de l’Ifrîkiyya, où Yezîd ben H’âtim ne trouva plus d’ennemis.

[P. 6] En 156, ‘Abd er-Rah’mân l’Omeyyade, irrité du manque de respect de son affranchi Bedr, et sans tenir compte de ses longs et fidèles services ni de son sincère dévouement, confisqua ses biens et l’exila à la frontière, où le disgracié resta jusqu’à sa mort.[186]

En 156, mourut ‘Abd er-Rah’mân ben [P. 7] Ziyâd ben An’am, kâdî d’Ifrîkiyya, sur qui courent maints récits.[187]

En 157 (20 novembre 773), Soleymân ben Yak’z’ân al-Kelbi fit entrer Charle Le Magne, roi des Francs, dans les régions musulmanes d’Espagne[188] ; il se joignit au chrétien pendant que celui-ci était en marche, et ils se dirigèrent ensemble sur Saragosse.

Mais ils furent devancés par El-H’oseyn ben Yah’ya al-Ançâri, l’un des descendants de Sa’d ben ‘Obâda l’Ansar de Médine, qui se fortifia dans cette ville. [P. 8] Charles, roi des Francs, soupçonnant une trahison de Soleymân, le fit arrêter et l’emmena avec lui dans son royaume.

Mais lorsque, sorti du pays musulman, il se croyait en sécurité, il fut attaqué par Mat’roûh’ et ‘Aychoûn,[189] tous deux fils de Soleymân, qui délivrèrent leur père et l’emmenèrent à Saragosse, où ils firent cause commune avec El-H’oseyn contre ‘Abd er-Rah’mân.

[P. 23] En 158 (10 novembre 774), ‘Abd er-Rah’mân, [P. 24] souverain d’Espagne, fit une expédition contre la ville de Goria ; il attaqua les Berbères qui avaient livré le gouverneur de cette ville à Chak’yâ et fit un carnage des principaux d’entre eux.

Il poursuivit Chak’yâ jusque proche du K’açr Abyad[190] et du Derb, mais inutilement.

En 158 mourut Ourâlî, roi de Galice, qui avait régné six ans, et qui eut pour successeur Chiyaloûn.[191]

[P. 28] En 159 (30 octobre 775) ‘Abd er-Rah’mân envoya une armée contre Chak’yâ, qui était descendu dans les environs de Sontebria, mais qui alors, selon son habitude, regagna les montagnes, de sorte que l’armée dut se retirer.

[P. 33] En 160 (18 octobre 776) ‘Abd er-Rah’mân, l’Omeyyade d’Espagne, envoya Abou ‘Othmân ‘Obeyd Allah ben ‘Othmân et Temmâm ben ‘Alk’ama contre Chak’yâ, qui resta plusieurs mois assiégé par eux dans la forteresse de Chebat’rân ; mais ces deux chefs, impuissants à le réduire, durent se retirer.

Après leur départ, Chak’yâ sortit de Chebat’rân pour se rendre dans une bourgade de la région de Sontebria (Santaver) ; il était monté sur sa mule appelée Khelâça.

C’est alors qu’il fut tué par trahison par deux des siens, Abou Ma’n et Abou Khozeym, qui allèrent porter à ‘Abd er-Rah’mân leur soumission en même temps que la tête de Chak’yâ. [192]

La population se trouva ainsi délivrée des ravages exercés par cet homme.

Les régions clef du califat central Abbasside al-Khurassan, al-Iraq, al-Fars, al-Jazira, Armenia , al-sham, al-Misr (egypte) et al- Ifriqiya, (hors Abbasside : al Maghreb Idrisides et al-Andalus Omeyyades)
Les régions clef du califat central Abbasside al-Khurassan, al-Iraq, al-Fars, al-Jazira, Armenia , al-sham, al-Misr (egypte) et al- Ifriqiya, (hors Abbasside : al Maghreb Idrisides et al-Andalus Omeyyades) au temps des Muhallabides en Ifriqiya 

[P. 78] Nomination de Rawh’ ben H’âtim au gouvernement Abbasside d’Ifrîkiyya

En l’an 171 (21 juin 787) Er-Rechîd nomma, à la suite de la mort de Yezîd ben Hâtim, le frère de celui-ci, Rawh’ ben H’âtim ben K’abîça ben el-Mohalleb ben Abou Çofra, en qualité de gouverneur de l’Ifrîkiyya.[228] Rawh’ arriva en redjeb (comm. le 15 décembre 787) dans ce pays, alors administré par son neveu Dâwoûd ben Yezîd, qui se rendit auprès d’Er-Rechîd et fut nommé à un autre gouvernement.

Rawh’ lui-même a raconté ceci : « J’étais gouverneur de Filist’în (Palestine) quand Er-Rechîd, qui savait que mon frère Yezîd était mort, me fit appeler et me dit : Veuille Dieu t’armer de patience ! Tu viens de perdre ton frère, et je te nomme à sa place pour que tu puisses garder ses partisans et ses clients. »

Sous son administration, le pays n’eut jamais à souffrir de troubles, car les massacres d’hérétiques auxquels Yezîd avait procédé avaient abattu tous les fauteurs de désordres.

Rawh’ mourut à Kayrâwan en ramadan 174 (10 janvier 791) et fut inhumé dans une tombe voisine de celle de son frère.

El-Mançoûr autrefois avait nommé simultanément les deux frères Yezîd en Ifrîkiyya et Rawh’ en Sind, [P. 79] et la remarque lui fut faite que la distance qui devait un jour séparer les tombes de l’un et de l’autre était bien grande.

Cependant Yezîd mourut à Kayrawân., et son frère et successeur y mourut également et fut enterré côte à côte avec Yezîd.

Rawh’ était plus connu en Orient que Yezîd, celui-ci l’était moins en Orient qu’en Occident, où il administra plus longtemps et où il fit maintes et maintes expéditions contre les insurgés.

[P. 79] Ce fut en 171 (21 juin 787) que Rawh’ ben Hâtim se rendit en Ifrîkiyya.

[P. 79] Révolte des deux fils d’’Abd er-Rah’mân, Soleymân et ‘Abd Allah, contre leur frère Hichâm.[229]

En 172 (10 juin 788), d’autres disent avec raison en 173 (30 mai 789), Soleymân et ‘Abd Allah, tous les deux fils d’’Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya ben Hichâm, l’émir d’Espagne, se mirent en révolte contre leur frère Hichâm, qui avait succédé à son père, nous l’avons dit.

Quand il fut monté sur le trône, Hichâm garda auprès de lui son frère ‘Abd Allah Balensi, qui était son favori et à qui il accordait bienfaits et honneurs, mais que [P. 80] le partage du pouvoir aurait seul pu satisfaire. Balensi en vint à redouter Hichâm, d’auprès de qui il s’enfuit pour rejoindre son frère Soleymân à Tolède. A son départ de Cordoue, Hichâm le fit poursuivre par un corps de troupes qui ne l’atteignit pas.

Alors ce prince réunit une armée et alla assiéger ses deux frères à Tolède. De son côté, Soleymân avait appelé à lui de nombreuses troupes, et quand le siège fut commencé, il laissa, pour défendre la ville, son fils et son frère ‘Abd Allah, tandis que lui-même en sortit dans l’intention d’occuper Cordoue.

Hichâm, bien que connaissant son projet, ne bougea pas et continua le siège de Tolède. Soleymân arriva jusqu’à Secunda, où il pénétra.

Mais les Cordouans marchèrent contre lui et surent se défendre.

Hichâm lança alors à sa poursuite un détachement commandé par son fils ‘Amîd el-Moulk,[230] et à l’approche de ce dernier, Soleymân s’enfuit à Mérida.

Le gouverneur[231] nommé dans cette ville par Hichâm lui livra une bataille où Soleymân fut mis en déroute.

Quant à Hichâm, après avoir assiégé Tolède pendant deux mois et quelques jours, et avoir coupé les arbres des environs, il retourna à Cordoue, où son frère ‘Abd Allah vint le trouver[232] sans avoir obtenu son pardon ; mais Hichâm le reçut honorablement et lui fit des libéralités.

En 174 (19 mai 790), Hichâm envoya son fils Mo’âwiya avec une forte armée à Todmîr, où se trouvait Soleymân. Dans les combats qui suivirent, on ravagea le territoire de cette ville, on réduisit les habitants et les résidents et l’on arriva ainsi jusqu’à la mer.

Soleymân s’enfuit alors de Todmîr et se réfugia chez les Berbères du territoire de Valence, où il était protégé par la difficulté des routes de ce pays.

Mo’âwiya rentra en conséquence à Cordoue. Cela finit par un arrangement aux termes duquel Soleymân put quitter l’Espagne avec ses femmes, ses enfants et ses biens, en outre de soixante mille dinars que lui paya Hichâm comme l’équivalent de sa part dans la succession paternelle.

Soleymân alla se fixer dans le pays des Berbères.[233]

 

Notes du traducteur: 

[151] Consulter Fournel (i, 365) sur ‘la date de cette révolte, qui est ailleurs fixée à l’année 150 (Berbères, i, 221 et 249, cf. 377 ; III, 200 ; Bayân, i, 63). Un Berbère des Meghîla, nommé Wânsoûs, mais connu aussi sous le nom d’’Aboû Korra, vint en aide à ‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya lorsque le fugitif traversa l’Afrique septentrionale pour gagner l’Espagne ; mais il ne semble pas, d’après le récit de Makkari (i, 215), que ces deux chefs berbères ne fassent qu’un.

[152] Le texte porte « Kenâya », nom d’ailleurs inconnu, mais dont l’analogue Kiyâna sert à désigner la Kal’a des Benoû Hammâd et une localité des environs de Gabès (Bekri, 120 n. ; J. as., 1852, ii, 166). J’ai lu « Ketâma », correction corroborée par le texte d’Ibn Khaldoun (Berbères, i, 378, n.) et du Bayân (i, 67). Ce dernier ouvrage rapporte aussi l’autre version, d’après laquelle El-H’asan périt dans la même bataille qu’El-Aghlab.

[160] Le texte correspondant à ces derniers mots, illisible dans le ms. de Paris, paraît légèrement corrompu. Le nom d’Aboû Sa’îd el-Mohalleb ben Abou Çofra, mort en 83 hégire, est, en effet, célèbre dans les premiers temps de l’histoire de l’islam (Ibn Khallikan, III, 508 ; Ibn el-Athîr, index, p. 608 ; Bayân, I, 68, etc.).

[161] Capitale du Zâb ; voir les différents géographes arabes énumérés par Fournel, I, 176. Sur les événements racontés ici, voir ibid., I, 369 ; Bayân, I, 65 ; Berbères, I, 221 et 379.

[162] Ce nom est lu ailleurs El-Djoneyd ben Yesâr (ou Seyyâr) ‘Azd (Berbères, I, 379 et 383 ; cf. Fournel, I, 379).

[163] Ou Seddarâti, en suivant l’orthographe de Belâdhori (i, 233).

[164] On lit ailleurs El-Misouer (Berbères, I, 380 ; Bayân, I, 65), et aussi El-Miçouer ibn Hâni, à côté du nom de Djerîr ibn Masoud (Berbères, I, 221 et 384), ce qui pourrait faire croire que des erreurs de copie ont fondu deux noms en un seul.

[165] Ou même quarante mille seulement, selon Ibn Khaldoun et Noweyri (Berbères, I, 220 et 380).

[166] Je corrige le texte, qui porte « El-Harich ».

[167] Je corrige le texte, qui lit, à tort, K’oteyba.

[168] ‘Omar ben Hafç périt en 153, d’après le Nodjoûm (s, 411).

[169] On trouve aussi ce nom écrit Djemil {Berbères, i, 381, 383, 384, etc.) ; le Bayân écrit Djemîl ben H’afç (i, 66). Cf. Fournel, i, 374 et 375.

[170] Les faits ne sont pas tout à fait présentés sous le même jour dans les Berbères (i, 383).

[171] On trouve ailleurs la date plus précise du 27 de ce mois ou 6 mars 772 (Berbères, i, 385).

[172] Cette affaire parait être la même que celle qui est placée par Ibn Khaldoun en 157 (t. i, p. 223) ou en 156 (r, 276) ; mais comparez aussi le Bayân (i, 69) et Foumel (i, 381 et 382). Le chef révolté est appelé soit Yahya ben Founas, soit Aboû Yahya ben K’aryâs, soit Aboû Yahya ben Fanous (infra, p. 245). On retrouve ailleurs le nom Firnâs (Makkari, i, 101 ; ii, 92, etc.)

[185] On trouve également la lecture Fânoûs. C’est aussi Foûnâs qui est écrit par Ibn Khaldoun dans le récit de cette révolte (Berbères, i, 276) ; voir ci-dessus, p. 239.

[186] Cf. Dozy (i, 384).

[187] Ce personnage est cité plus haut ; un peu plus loin, sa mort est placée sous l’année 162. Le Nodjoûm (i, 420) le fait aussi mourir en 156 et loue sa piété et son esprit de justice.

[188] Charlemagne ne franchit les Pyrénées qu’en 778, de sorte qu’il ne pourrait être ici question de lui. Cependant Makkari (II, 33) parle aussi de la révolte à Saragosse, en 157, d’El-H’oseyn ben Yah’ya ben Sa’id ben Sa’d ben ‘Obâda Khazradji, soutenu par Soleymân ben Yak’z’ân A’râbi Kelbi. Le Madjmoû’a (p. 110 et 112) ne fixe pas les dates. Sous l’année 157, le Bayân reste muet au sujet de cette insurrection, mais il en parle plus loin en donnant les deux dates de 165 et 167 ; d’après Ibn Khaldoun, ce fut en 164 (cf. Mus. d’Esp., i, 375). Voir plus bas, p. 250. — Ibn el-Koutiyya (p. 274) rappelle aussi une révolte, dont d’ailleurs il ne fixe pas la date, qui eut lieu à Saragosse et fut l’œuvre de Mot’arrif ben el-A’râbi, personnage dont je ne retrouve pas de traces ailleurs.

[189] On retrouve ce nom dans le Madjmoû’a (p. 114), sous la forme ‘Aysoûn.

[190] Lafuente, dans sa table géographique du Madjmoû’a, hésite sur la détermination de cet endroit, qui est peut-être, dit-il, Montalvan.

[191] Il s’agit d’Aurelio et de Silon, rois des Asturies, qui régnèrent à Oviedo respectivement de 768 à 774 et de 774 à 783 (Art de vérifier les dates ; Dozy, Recherches, i, p. 138, ou 3e éd., p. 127.)

[192] Le Bayân (II, 57) rapporte deux fois, sous l’année 159 et sous l’année 160, la mort de Chak’yâ, mais avec moins de détails que dans notre texte. Le Madjmoû’a (p. 111), qui raconte à peu près les mêmes incidents, appelle les deux traîtres Abou Ma’n Dâwoûd ben Hilâl et Kinâna ben Sa’îd. Le Fatho-l-Andaluci place en 164 la mort de Chak’yâ (p. 67), tandis qu’Ibn Khaldoun indique la date de 161.

[228] Ibn Khallikân (i, 529) a consacré un article à ce personnage ; cf. Bayân, i, 74 ; Berbères, i, 387 ; Fournel, i, 385.

[229] Le règne de Hichâm est traité fort sommairement par Dozy (ii, 54-57), qui se borne à peu près à rappeler les pratiques de dévotion auxquelles Ce prince se livra ; il en est de même dans le Madjmoû’a et dans Merrâkechi.

[230] Le ms. de Paris lit « ‘Abd el-Melik », lecture confirmée par le Bayân (u, 64), où les faits dont il s’agit sont racontés à peu près de la même manière. Le nom de ce prince se retrouve plus loin.

[231] Il s’appelait H’odeyr et était connu sous le nom d’El-Madhboûh’ (Bayân, l. l.).

[232] En l’année 174 (Ibid.)

[233] C’est-à-dire en Afrique, ainsi que le précisent le Bayân et Ibn Khaldoun.

Traduction française de ibn al-Athir du kitab  «Al-Kamil fi al-Tarikh  »

Abu al-Hasan Ali ‘izz al-Din ibn al-Athir historien arabe sunnite (né en 1160 à Cizre, mort en 1233 à Mossoul). Son œuvre principale est Al-Kamil fi al-Tarikh (La Perfection des histoires. 1231), considérée comme l’un des plus importants livres d’histoire du monde musulman. Il est également l’un des principaux chroniqueurs arabo-musulmans des croisades dont il fut un témoin oculaire, ayant participé à la guerre sainte (djihad) contre la troisième croisade 

 

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2 réflexions au sujet de « Gouvernement Abbasside en Ifriqiya 765 791 par ibn al-Athir : »

    aboualkacem a dit:
    8 décembre 2014 à 8 h 59 min

    A reblogué ceci sur tribus Algeriennes.

    Achour Ou-Kassi a dit:
    16 décembre 2014 à 17 h 12 min

    A reblogué ceci sur Âchour-ou-kassi.

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