La tribu arabe d’al-Fadl et celle de Mehena et leurs domination en Syrie et en Irak par ibn Khaldoun

Publié le Mis à jour le

Les régions historique et culturelles de la Syrie et de l'Iraq
Les régions historique et culturelles de la Syrie et de l’Iraq

DE LA FAMILLE DE FADL ET DE CELLE DE MOHENNA , UNE DE SES BRANCHES. DE LEUR DOMINATION EN SYRIE ET EN IRAK 

La tribu arabe qu’on désigne par le nom d’Al-Fadl , ou la fa mille de Fadl, parcourt les régions situées entre la Syrie, la Mésopotamie et le désert du Nedjd , dans le Hidjaz. En été , elle fréquente les premières localités , et en hiver , les secondes.

Elle se rattache , par son origine , à la tribu de Taï.

Plusieurs familles appartenant aux tribus de Zobeid , de Kelb , de Hodeim et de Medhedj se sont confédérées avec les Al-Fadl.

La famille de Mera rivalise en puissance et en nombre avec celle de Fadl. On assure que ces deux peuplades sont branches de la tribu de Rebiâ (Rabi’ah) et que les descendants de Fadl forment deux catégories , la famille de Mohenna et celle d’Ali. Selon les mêmes autorités , toute la tribu de Fadl habitait le Hauran 2 ; mais , en ayant été expulsée par les Mera, elle se fixa à Emesse et dans les contrées voisines.

Toutefois , ses alliés de la tribu de Zobeid restèrent dans le Hauran.

Leurs descendants s’y trouvent encore et n’en sortent jamais.

Les mêmes narrateurs ajoutent que la famille de Fadl s’étantmise au service des sultans, reçut d’eux le commandement de tous les Arabes nomades et la jouissance de certains fiefs, à condition de protéger les caravanes qui’voya- geaient entre la Syrie et l’Irak.

Ces avantages la mirent en état de lutter contre la famille de Mera et de lui enlever le pays où elle prenait ses quartiers d’hiver.

Depuis lors , l’Al-Mera s’est bornée à parcourir les limites de la Syrie, dans les environs du pays cultivé et des villages , ne se hasardant que bien rarement, à entrer avec ses troupeaux dans le Désert.

Plusieurs familles d’Arabes nomades, appartenant aux tribus de Medhedj, d’Amer et de Zobeid, s’attachèrent aux Mera en qualité de confédérées et firent avec eux un seul corps, ainsi que cela était déjà arrivé pour la famille de Fadl.

De toutes les tribus qui se réunirent aux Mera, la plus nombreuse fut celle des Beni-‘l-Haretha-Ibn-Sinbis, branche de la tribu de Taï.

Tels sont les renseignements que j’ai reçus de quelques-uns de leurs chefs, dont les paroles me paraissent mériter toute con fiance.

Les Beni-‘l-flaretha fréquentent encore les plateaux de la Syrie et ne s’aventurent jamais dans le Désert. « Les régions que la tribu de Taï occupe dans le Nedjd sont » très-étendues.

Ce peuple, à sa sortie du Yémen, s’établit » aux Deux-Montagnes, Adja et Selma s, qu’il enleva à la tribu » d’Aced dont il devint le protecteur.

Il posséda aussi des territoires à Someira  et à Feid *, lieux de halte pour la cara-vane des pèlerins.

Les Beni-Aced s’étant éteints dans la suite, » leurs possessions, situées aux environs de Kerekh , dans le » Nedjd , devinrent l’héritage de la tribu de Taï.

Il en fut de » même des territoires possédés par la tribu de Temîm dans le » Nedjd, entre Basra, Koufa et Yemama, ainsi que des terres » appartenant à la tribu de Ghatafan et situées auprès de Ouadi- al-Cora  dans le Nedjd. » Telles sont les paroles d’Ibn Said. Il ajoute, ensuite : « Parmi » les branches de la tribu de Taï qui habitent le Hidjaz, les plus marquantes sont les Beni-Lam et les Beni-Nebhan.

Les premiers dominent dans le pays qui s’étend depuis Médine jusqu’à l’Irak, et ont pour confédérés les Beni-‘l-Hocein, émirs » de Médine. »

Le même auteur dit : « Les Beni-Sakhr, autre branche de la » tribu de Taï , habitent du côté de Teima, entre Kheiber et la » Syrie. » Il dit ailleurs : « La tribu d’Azïa , branche de celle de Taï, » eut pour aïeul Azïa, fils d’Aflet, fils de Màbed, fils de Mân, » fils d’Amr, fils d’Anbès, fils de Selaman, fils de Nâl  .

Cette » tribu habite Aïn-el-Tamr et El-Anbar lieux dans lesquels » elle remplaça la tribu d’Anéza. De nos jours, elle passe l’été » à Kobeiçat 3, et l’hiver chez les Beni-Lam, branche de la » tribu de Taï. Ce peuple belliqueux, les Azïa, est maître du » pays situé entre la Syrie et l’Irac *.

Deux autres branches de » la tribu de Taï, nommées collectivement El-Adjoued (les » bons) et El-Batnein (les deux branches), se sont fixées aux » environs de Mosul avec leur sœur, la tribu de Zobeid. » On voit qu’Ibn-Saîd compte la tribu de Zobeid au nombre de celles qui sont descendues de Taï, et qu’il ne la regarde nulle ment comme issue de Medhedj.

Le commandement de la tribu de Fadl appartient aujour d’hui aux Beni-Mohenna – (Mehena).

Selon cette famille, son aïeul, Mohenna, était fils de Manê, fils de Hadîtha, fils de Ghadïa, fils de Fadl , fils de Bedr, fils d’Ali, fils de Moferredj, fils deBedr, fils de Salem, fils de Casïa, fils de Bedr, fils de Semia.

Elle ne porte pas cette généalogie plus haut, mais quelques notables de la même tribu prétendent que Semiâ fut le fils qu’El-Abbaça, sœur du khalife Haroun-Er-Rechîd , avait eu de Djâfer-Ibn-Yahya, le Barmekide ,mais à Dieu ne plaise qu’une telle calomnie soit dite de la sœur d’Er-Rechîd, et que l’on attribue à de puissants Arabes de la tribu de Taï une origine si vile , en les faisant descendre d’une race étrangère, d’une famille d’affranchis tels que les Barmekides .

D’ailleurs, il est impossible, par la nature même des choses, qu’une personne descendue de Barmek ait pu exercer l’autorité suprême dans une tribu à laquelle elle n’appartenait pas par la naissance.

Nous avons déjà fait une observation semblable dans les prolégomènes de cet ouvrage ». La famille de Mohenna obtint le commandement des Arabes à-peu-près vers l’époque où s’établit la puissance des Aïoubides.

Eimad-ed-Dîn-el-Isfahani dit , dans son ouvrage intitulé El- Barc-ès-Chams: « El-Adel s’arrêta au Merdj, près de Damas, accompagné d’Eiça, fils de Mohammed, fils de Rebiâ , » chef des Arabes du Désert, qui s’était fait suivre d’un grand » nombre de son peuple.

Auparavant, lors de la souveraineté » des Fatemides, le droit de commander à ces Arabes appartenait à la famille Djerrah, de la tribu de Taï.

Ils avaient » alors pour chef Moferredj-Ibn-Daghfel-Ibn-Djerrah, auquel la » ville de Ramla avait été concédée en fief. Ce fut lui qui arrêta » Iftîkîn, client de la famille des Bouides, qui s’était enfui de » l’Irac avec son patron Bakhtyar », en l’an 364 (9745 de J.-C). »

Iftîkîn avait envahi la Syrie et s’était emparé de Damas. » Il marcha ensuite avec les Carmats et livra bataille à El-Azîz, » fils d’El-Moëzz-li-Dîn-Ulah, et souverain de l’Egypte ; mais son armée ayant été mise en déroute, il prit la fuite. Ce fut alors » que Moferredj-Ibn-Daghfel l’arrêta et le conduisit à El-Azîz. » Ce prince l’accueillit d’une manière très-distinguée et l’éleva » à un poste important dans l’administration. » Moferredj con tinua à gouverner la tribu de Taï jusqu’à sa mort, qui eut lieu en 404 (1 01 3-4) .

De ses quatre fils, Hassan, Mahmoud, Ali et Djerrar, le premier lui succéda et acquit une grande réputation. Il se montra tantôt dévoué , tantôt hostile aux Fatemides.

Ce fut lui qui dévasta la ville de Ramla et qui, ayant défait les troupes du général égyptien, Barouk 1 El-Torki, s’empara de ses femmes, après l’avoir tué dans le combat. Le poète Et-Tihami * l’a célé bré dans ses vers.

El-Moçabbihi et d’autres historiens qui ont écrit sur la dynastie des Fatemides disent qu’au nombre des parents de Hassan, fils de Moferredj, se trouvèrent Fadl, fils de Rebiâ, fils de Ha- zem, fils de Djerrah, et son frère Bedr-Ibn-Rebiâ, avec deux fils de celui-ci.

Peut-être ce Fadl est-il l’aïeul de la tribu qui porte le même nom et dont nous discutons ici l’histoire.

Nous apprenons d’Ibn-el-Atar , que les aïeux de Fadl, fils de Rebiâ, fils de Hazem, furent les seigneurs du Belca -et de Jérusalem.

Quant à lui, il se rangea tantôt du côté des Francs (les Croisés) et tantôt du côté des khalifes égyptiens ; mais cette conduite lui valut l’inimitié de Toghdikîn, seigneur de Damas, et [ancien] tuteur des enfants de Tutuh ‘.

Expulsé de la Syrie par ce prince, il s’arrêta à Hilla, chez Sadaca-Ibn-Mezïed *, qui lui fit cadeau de sept mille pièces d’or. Ils s’engagèrent alors par serment à se soutenir mutuellement. En l’an 500 (H06-7), lors de la dissension qui s’éleva entre Sadaca et le sultan Seldjoukide, Mohammed-Ibn-Mélek-Chah, dissension qui aboutit à une guerre, Fadl vint se joindre au premier ainsi que Kirouach, fils de Chéref- ed-Dola , Moslem-Ibn-Qoreich , seigneur de Mosul et quelques chefs turcomans, tous alliés de Sadaca.

Quand on se fut mis en marche contre le sultan, Fadl et ses compagnons, qui s’étaient placés à l’avant-garde, passèrent du côté d’Ibn-Mélek-Chah. Ce prince les accueillit avec une haute distinction, et les ayant re vêtus de pelisses d’honneur, il installa Fadl dans l’hôtel que Sadaca possédait à Baghdad.

Quelque temps après, le sultan marcha contre Sadaca , et s’étant laissé tromper par Fadl qui s’engageait à tenir ce chef en échec, il lui donna la permission de passer dans le Désert. Fadl traversa alors le fleuve, atteignit la ville d’El-Anbar, et à partir de cette époque , ne revint plus auprès d’Ibn-Mélek-Chah. Ces renseignements d’Ibn-el-Athîr et les paroles d’El-Moçabbihi prouvent clairement que Fadl appartenait , tout aussi bien -que Bedr, à la famille de Djerrah.

D’ailleurs , la généalogie des Djerrah, telle qu’on nous la donne, démontre que leur ancêtre, Fadl , est bien le même individu que celui-ci.

En effet , pendant que les uns l’appellent Fadl, fils de Rebiâ, fils«d’El-Djerrah , les autres le nomment Fadl, fils de Rebiâ, fils d’Ali, fils de Moferredj. Dans cette dernière généalogie on donne Rebiâ comme un descendant de Moferredj , aïeul de la tribu de Djerrah : er reur dans laquelle on a pu tomber à cause de l’ancienneté des faits , ou par suite du peu de soin que des nomades tels qu’eux ont pu mettre à garder le souvenir d’une circonstance de cette nature.

Sur la question de savoir si la maison de Fadl , lils de Rubiù , tils de Felah fils de Moferredj, tire son origine de l’aïeul des Taï , quelques-uns de cette famille font le récit suivant : « Le » commandement de la tribu de Taï appartenait à Aïas-Ibn- » Cabîça, descendant de Homa, fils d’Amr, fils d’El-Ghauth, fils » de Taï.

Ce fut à cet Aïas que Chosroës [Parviz] confia le » gouvernement de la ville de Hira, après avoir fait périr En-Noman-Ibn-el-Mondir  et enlevé l’autorité à la famille Mondir. »

Ce fut encore le même Aïas qui obtint de Khaled-Ibn-el-Ouélîd que Hira ne serait pas attaqué, pourvu que les habitants payassent la capitation.

Depuis ce temps, les descendants » de Cabîça ont continué à exercer le commandement dans la » tribu de Taï avec l’autorisation du gouvernement de l’empire » musulman. »

Il se peut que les familles d’El-Djerrah et de Fadl tirent leur origine de ce Cabîça ; si , au contraire , la postérité de Cabîça s’est éteinte , ces deux maisons en sont proches parentes.

L’on sait que le droit d’exercer le commandement dans une tribu appartient à ceux qui lui sont alliés par le sang et qui partagent, avec elle , le même esprit de corps. Ceci est un prin cipe que j’ai établi dans la première partie de mon ouvrage .

Ibn-Hazjn0 dit, en parlant de la généalogie de la tribu de Taï : » Quant ce peuple sortit du Yémen avec les Beni-Aced, il » s’établit aux Deux-Montagnes , Adja et Selma , et sur le territoire qui les sépare , pendant que les Beni-Aced se fixèrent » entre ces lieux et le pays de l’Irac.

Mais lors de la guerre que » l’on a appelée Harb-el-Feçad (guerre d’iniquité)  , plusieurs branches de la tribu de Taï , telles que Beni-Kharedja- » Ibn-Sâd-Ibn-Catra , appelés aussi les Beni-Djedîla , du nom » de leur aïeule , quittèrent les Deux-Montagnes avec la famille de Teim-Allah et celle de Hobeich , pour aller s’établir » à Alep et à Hader-Taï (demeure fixe de Taï).

La seule portion » de la tribu de Taï qui resta aux Deux-Montagnes fut la famille » des Beni-Rouman-Ibn-Djondob-Ibn-Kharedja-Ibn-Sâd.

Ceux- » ci reçurent le nom d’El-Djébélïin (gens de la Montagne Djebeliya) » et ceux qui allèrent se fixer sur le territoire d’Alep et à Hader- » Taï furent appelés es-Sehlïîn ( gens de la plaine souhaliyas). »

 

Généalogie des tribus et dynasties arabe adnanite issue des Banu Amr ibn Sa3'sa3 :
Généalogie des tribus et dynasties arabe adnanite issue des Banu Amr ibn Sa3’sa3 :

Il se peut donc que les familles de Djerrah et de Fadl, établies maintenant en Syrie, appartiennent à cette tribu de Kharedja qu’Ibn-Hazm représente comme s’étant transportée à Alep et à Hader-Taï ; car la Palestine, où les Djerrah demeurent à présent, est plus rapprochée des lieux que nous venons de nommer qu’elle ne l’est des Deux-Montagnes, Adja et Selma , où habite l’autre partie de la tribu de Taï.

Mais, après tout, c’est Dieu seul qui sait la vérité au sujet de leur origine.

Les Beni-Haï-el-Forat (enfants de la tribu de l’Euphrate), descendants de Kilab, fils de Rebiâ, fils d’Amer-Ibn-Sâsâ, vivent sous la protection de la famille de Fadl.

Ils avaient d’abord accompagné les autres tribus qui tirent leur origine d’Amer-Ibn- Sàsa quand elles émigrèrent du Nedj et passèrent en Mésopotamie.

Lors de la dispersion des descendants d’Amer dans les provinces de l’empire musulman, les Beni-Haï-el-Forat occupèrent les environs d’Alep, et une de leurs familles, celle de Saleh-Ibn-Mirdas, se rendit maîtresse de la ville ‘. Saleh descendait d’Amer-lbn-Kilab.

Plus tard, les Mirdacides perdirent leur puissance, et ayant repris la vie nomade, ils s’établirent auprès de l’Euphrate en se mettant sous la protection des chefs de la tribu de Taï.

Dans la partie de cet ouvrage que nous avons consacrée à l’histoire de la dynastie turque [des Mamlouks Bahrites] qui régna sur l’Egypte et la Syrie, nous avons indiqué, par ordre chronologique, les noms des chefs appartenant à la famille Fadl qui se sont succédés dans le commandement des Arabes de la Syrie et de l’Irac ; nous y avons parlé de chacun d’eux, en com mençant à l’époque où le sultan Aïoubide, El-Mélek-el-Adel , exerça le pouvoir, et nous avons conduit notre récit jusqu’au temps actuel, c’est-à-dire, la fin de l’an 796 (octobre, 1394 de J.-C).

Nous reproduirons ici ces mêmes indications, en ob servant l’ordre dans lequel elles se présentent.

Du temps des Aïoubides, sous le règne d’El-Mélek-el-Adel, l’émir de la tribu de Taï s’appelait Eiça-Ibn-Mohammed-Ibn-Re- biâ.

Mamluks1279

Il eut pour successeur Hoçam-ed-Dîn-Manê-Ibn-Hadetha- Ibn-Ghadïa-Ibn-Fadl. En l’an 630 (1232-3), son fils Mohenna lui succéda. Quand Cotoz, le troisième souverain de la dynastie turque qui gouverna l’Egypte, reprit la Syrie sur les Tatars et défit leur armée à Aïn-Djalout ‘, il détacha la ville de Sélémïa du gouvernement d’El-Mansour-Ibn-el-Modaffer-Ibn-Chahan- chah, prince de Hamah 3, et la donna en fief à Mohenna, fils de Mané.

Lors de la mort de Mohenna, événement dont je n’ai pu découvrir la date, le sultan [El-Mélek] ed-Daher [Bîbers] profita de l’ascendant que le gouvernement turco-égyptien avait pris, pour se rendre à Damas afin de conduire à Baghdad le khalife El-Hakem , oncle d’El-Mostâcem.

Il donna alors le comman dement des Arabes de la Syrie à Eiça, fils de Mohenna, fils de Manê, et lui assigna plusieurs fiefs sous la condition qu’il veil lerait à la sûreté des voyageurs. Sur la demande d’Eiça, il em prisonna le cousin de celui-ci, Zamel, fils d’Ali, fils de Rebiâ, de la famille d’Ali.

Pendant tout le temps de son administration , Eiça sut maintenir la tranquillité dans le pays où il commandait et réprimer l’esprit de brigandage qui animait les Arabes.

Il te nait ainsi à leur égard une conduite tout opposée au système d’indulgence qu’avait suivi son père.

En l’an 679 (1280-1), Soncor-el-Achkar se réfugia auprès de lui, et ce fut alors qu’ils écrivirent à Abagha [khan des Moguls de la Perse] , pour le pousser à la conquête de la Syrie. Eiça mourut en 684 (1285-6), et son fils Mohenna le remplaça par l’ordre d’El-Mansour-Calaoun [le septième des sultans Mamlouks].

Plus tard , quand [El-Mélek] el-Achref, fils de Calaoun, se rendit à Emesse en Syrie, Mohenna, fils d’Eiça, vint le trouver avec plusieurs membres de sa famille. El-Achref l’ayant aussitôt fait arrêter, ainsi que son fils Mouça et ses frères, Mohammed et Fadl, les envoya tous en Egypte. Ils y restèrent prisonniers jusqu’à l’an 694 (1294-5), quand El-Adel-Ketbogha monta sur le trône et leur rendit la liberté.

Les ruines de Qal'at Ja'bar en Syrie près d'ar-Raqqah Il fut acquis par un certain Djabar ibn Sabiq al-Qouchayri (m. 464 H / 1072 J.-C.), d'où son nom de Qalata Jabar. De 458 H / 1065 J.-C. à 564 H / 1169 J.-C., il resta sous la dépendance des Uquaïlides, dynastie locale vassale des émirs seldjoukides d'Alep, tout en maintenant d'importantes relations avec les États croisés nouvellement créés à l'ouest. L'avancée des Croisés fut arrêtée par l'apparition de l'Atabeg Imad al-Din Zengi, qui régnait à Mossoul. Après la mort de celui-ci, les territoires zenguides furent divisés entre son fils Sayf al-Din Ghazi, qui conserva Mossoul, et Nour al-Din Mahmoud qui reçut Alep. Nour al-Din prit Jabar aux Uquaïlides en 564 H / 1168 J.-C., faisant de la forteresse une extension de l'émirat alépin. En 593 H / 1193 J.-C., le site passa au frère de Salah al-Din, al-Adil, qui régnait sur al-Djazira. À partir de ce moment, il se transforma en forteresse de défense sur les marches orientales, zone clé de l'État ayyoubide face à ses adversaires zenguides de Mossoul. En 657 H / 1259 J.-C., la forteresse fut en grande partie détruite par les raids mongols d'Hülagü et laissée en ruine par la suite. Source: [http://www.discoverislamicart.org/database_item.php?id=monument;ISL;sy;Mon01;38;fr&cp]
Les ruines de Qal’at Ja’bar en Syrie près d’ar-Raqqah Il fut acquis par un arabe du nom de Jabar ibn Sabiq al-Qouchayri (m. 464 H / 1072 J.-C. ), d’où son nom de Qalata Jabar. De 458 H / 1065 J.-C. à 564 H / 1169 J.-C., il resta sous la dépendance des Uqaylides , dynastie arabes locale  issue des , anu Uqayl vassale des émirs turcs  seldjoukides d’Alep, tout en maintenant d’importantes relations avec les États croisés nouvellement créés à l’ouest.
L’avancée des Croisés fut arrêtée par l’apparition de l’Atabeg Imad al-Din Zengi, qui régnait à Mossoul. Après la mort de celui-ci, les territoires zenguides furent divisés entre son fils Sayf al-Din Ghazi, qui conserva Mossoul, et Nour al-Din Mahmoud qui reçut Alep. Nour al-Din prit Jabar aux Uquaïlides en 564 H / 1168 J.-C., faisant de la forteresse une extension de l’émirat alépin. En 593 H / 1193 J.-C., le site passa au frère de Salah al-Din, al-Adil, qui régnait sur al-Djazira. À partir de ce moment, il se transforma en forteresse de défense sur les marches orientales, zone clé de l’État ayyoubide face à ses adversaires zenguides de Mossoul. En 657 H / 1259 J.-C., la forteresse fut en grande partie détruite par les raids mongols d’Hülagü et laissée en ruine par la suite.source
Mohenna s’en retourna alors au poste qu’il avait déjà occupé. Pendant le règne d’El-Mélek-en-Nacer, il se montra, alternativement, l’ami des Tatars de l’Iraq et du gouvernement égyptien : il n’assista même pas à aucun des combats que les Mamlouks livrèrent à Ghazan [le sultan tatar].

En l’an 710(1310-1), Cara-Soncor, accompagné d’Acouech-el-Afrem et leurs partisans, se réfugia chez Mohenna, après s’être mis en révolte, et il passa ensuite à la cour du souverain tatar, Khorbenda.

Depuis lors, Mohenna resta au milieu de ses nomades sans oser paraître devant le sultan égyptien dont il redoutait la colère.

En l’an 712, son frère Fadl alla présenter ses devoirs au sultan, et en récompense de cette démarche, il obtint sa nomination au commandement des Arabes.

Dès-lors, Mohenna se vit repoussé par toutes les tribus, et en l’an 746, il alla trouver Khorbeuda, roi des Tatars.

Ce monarque lui fit un accueil très-gracieux et le gratifia d’un fief situé dans l’Irac.

Cette même année, Khor- benda mourut, et Mohenna , ayant rejoint ses tribus, chargea ses fils Ahmed et Mouça, de se rendre, avec leur oncle Mohammed- Ibn-Eiça, à la cour d’El-Mélek-en-Nacer et de présenter à ce sultan l’humble soumission de leur père.

En-Naçer les reçut très- bien et leur assigna un logement dans le château appelé El-Casr- el-Ablac. Les ayant alors comblés de faveurs, il leur accorda la grâce de leur père auquel il rendit le commandement des Arabes et le fief dont il avait joui.

Cette même année, je veux dire l’an 717, Eiça, fils de Mohenna, accompagné de son frère Mohammed et de plusieurs autres membres de la famille Fadl , firent le pèlerinage de la Mecque, emmenant avec eux douze mille chameaux chargés.

Mohenna retomba bientôt dans son ha bitude de courtiser les Tatars et de faire des incursions sur les terres de la Syrie.

Le sultan, voyant que ces désordres ne s’ar rêtaient pas, en fut tellement courroucé, qu’en l’an 720, lors de son retour du pèlerinage, il ordonna à ses lieutenants en Syrie, d’expulser de ce pays tous les membres de la famille Fadl et de les y remplacer par leurs collatéraux de la famille Ali .

Carte tribale   des tribus arabes de l'Arabie, Sham, Irak
Carte tribale des tribus arabes de l’Arabie, Sham, Irak

De cette manière, Mohammed-Ibn-Abi-Bekr reçut le commandement des Arabes et obtint, pour lui et les siens, tous les fiefs que le gou vernement égyptien avait concédés à Mohenna et à ses fils. Mo henna resta en disgrâce jusqu’à l’an 731 (1330-1), époque à la quelle il se rendit auprès du sultan, avec la suite d’El-Afdel, fils d’El-Mouwéïd et seigneur de Hamah. Ce fut par l’intercession de ce protecteur, qu’il obtint son pardon et rentra en possession de ses fiefs et de son commandement.

Un grand émir égyptien qui vit Mohenna lors de cette visite, (ou qui en avait entendu parler), m’a raconté que cet Arabe refusa tous les cadeaux du sultan, et qu’il avait amené avec lui plusieurs chamelles pour se nourrir de leur lait.

Il s’abstint même de rendre visite aux grands officiers de l’empire, ou de faire la moindre sollicitation auprès d’eux.

Mohenna alla ensuite retrouver ses tribus, et mourut en l’an 734.

Son fils Modaffer-ed-Dîn-Mouça , lui succéda et mourut en 742(1341-2), quelque temps après la mort d’El-Mélek-en- Nacer.

Il eut pour successeur son frère Soleiman. Celui-ci mou rut en 743, et son cousin paternel, Chérif-ed-Dîn-Eiça, fils de Fadl, fils d’Eiça, lui succéda. Chéref-ed-Dîn mourut à El-Kiritain en l’an 744, et fut enterré auprès du tombeau de Khaled- lbn-el-Ouélîd. Son frère Seif, fils de Fadl, le remplaça dans le commandement des Arabes nomades.

En l’an 746 (1345-6), le sultan d’Égypte, El-Kamel, fils d’En-Nacer, remplaça Seif par Ahmed, fils de Mohammed, fils d’Eiça.

Seif réunit alors du monde [afin d’attaquer son successeur], mais ses troupes furent mises en déroute par Féïad, fils de Mohenna.

Le commandement passa ensuite à Ahmed, fils de Mohenna, que le sultan Hacen-en- Nacer nomma à cette dignité afin de mettre un terme à ces dis sensions.

Ceci se passa à l’époque où ce prince était encore sous la tutelle de Beibogharous *, et pendant le premier de ses deux règnes. Ahmed, fils de Mohenna, mourut en 749 et eut pour successeur son frère Feïad.

Celui-ci mourut en 762 (1360-1).

Le sultan Hacen-en-Nacer, qui régnait alors pour la seconde fois, nomma Kheiar, un autre fils de Mohenna, à la place vacante.

Kheiar se révolta en 765 et resta deux années dans le Désert sans vouloir reconnaître l’autorité du sultan ; puis il se fit réinté grer dans son commandement par l’intercession du vice-roi de Hamah.

En l’an 770, il se révolta de nouveau ; et, d’après l’or dre du sultan El-Achref, il fut remplacé par son cousin paternel Zamel, fils de Mouça, fils d’Eiça.

L’émir déposé se rendit alors aux environs d’Alep, et ayant réuni autour de lui les Beni-Kilab et d’autres tribus, il se mit à ravager ce pays.

Le gouverneur d’Alep, Cochtémir-el-Mansouri, marcha à sa rencontre, et s’étant avancé jusqu’à l’endroit où Kheiar avait dressé son camp, il enleva les troupeaux des Arabes et se porta vers leurs tentes.

Ceux-ci, voulant l’arrêter, se battirent en désespérés et finirent par culbuter ses troupes.

Dans cette affaire , Cochtémir et son fils perdirent la vie ; le premier ayant reçu la mort de la main de Nâir [fils de Kheiar]. Kheiar, s’étant ainsi mis en révolte ou verte, passa dans le Désert, et El-Achref confia le commande ment des tribus arabes à Moaïkel, fils de Fadl-Ibn-Eiça et cousin paternel du chef insurgé. En 771 (1369-70) Moaïkel envoya son chambellan auprès du sultan pour solliciter la grâce de Kheiar.

Le sultan consentit à oublier ce qui s’était passé, et en l’an 775, quand Kheiar se présenta à la cour , il lui pardonna tout et le réintégra dans le commandement.

Kheiar mourut en 777 et eut pour successeur son frère Cara. Celui-ci mourut en 781 (1379). Sa place fut remplie par deux chefs à pouvoirs égaux : Moaïkel, fils de Fadl, fils d’Eiça, et Zamel, fils de Mouça, fils d’Eiça, fils de Mohenna ; mais l’année même de leur nomination, ils furent remplacés par Nâir , fils de Kheiar, fils de Mohenna. Le véritable nom de Nâir était Mohammed ; il exerce en core aujourd’hui le suprême commandement chez les Al-Fadl et chez toutes les tribus taïennes de la Syrie.

Le sultan El-Mélek-ed-Daher-Bercouc avait pour habitude , chaque fois que Nâir le mécontentait, de lui susciter un rival dans la personne de Mohammed, fils de Cara et cousin de Nâir.

L’insubordination et la désobéissance de Nâir se prolongèrent encore, et le sultan, ayant reconnu que Mohammed, fils de Cara, connivait à cet état de choses, lui retira sa faveur et le rem plaça dans le commandement des Arabes par Mouça, fils d’Assaf, fils de Mohenna. Nâir, ayant été rejeté dans le Désert , sans avoir les moyens de nourrir ses partisans, vit leur nombre di minuer en même temps que ses propres ressources. Tel est encore l’état où il se trouve aujourd’hui. Revenons maintenant aux autres tribus de cette catégorie.

Toute la tribu d’Amer-Ibn-Sâsâ demeurait dans le Nedjd ; celle de Kilab occupait El-Hamaserïa et Er-Rébeda, localités des environs de Médine ; la tribu de Kâb-Ibn-Rebiâ se tenait entre le Tihama de Médine et la Syrie ; celle de Hilal-Ibn-Amer, habitait la plaine qui sépare Taïf du mont Ghazouan et, la tribu de Nomaïr-Ibn-Amer demeurait avec celle de Hilal. On compte dans la même catégorie la tribu de Djochem qui habitait le Nedjd.

Lors de la promulgation de l’Islam, toutes ces tribus pas sèrent en Mésopotamie : les Nomaïr prirent possession de Harran et de la contrée voisine; les Hilal se fixèrent en Syrie et continuèrent à y demeurer jusqu’au moment où ils émigrèrent dans le Maghreb * ; événement dont nous aurons bientôt l’occasion de parler.

Toutefois , une fraction de la tribu de Hilal resta dans la montagne où se trouve le château de Sarkhad  et qui porte en core le nom de Montagne des Beni-Hilal.

Elle s’y adonna principalement à la culture de la terre.

La tribu de Kilab-Ibn-Rebiâ s’empara du territoire et de la ville d’Alep , comme nous venons de le dire. Quatre branches de la tribu de Kâb-Ibn-Rebiâ en trèrent en Syrie, savoir : Ocaïl , Cochaïr, el-Harîch et Djâda. Trois d’entre elles s’éteignirent dans les temps islamiques ; Ibn- Hazm, en parlant de celle d’Ocaïl, la quatrième, dit qu’elle égalait en nombre toutes les tribus moderites prises ensemble.

9) La mosquée Omeyyade de Mossoul en Irak fut construite entre 637 et 640 par le général Utba ibn Farqad al-Salami radi Allah anhu sous l'ordre du calife Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu , il ne reste que le minaret adjacent à la mosquée beaucoup plus récente celle de Nur al-Din Zangi (1172).
La mosquée Omeyyade de Mossoul en Irak fut construite entre 637 et 640 par le général Utba ibn Farqad al-Salami radi Allah anhu sous l’ordre du calife Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu , il ne reste que le minaret adjacent à la mosquée beaucoup plus récente celle de Nur al-Din Zangi (1172).

Les Beni- Mocalled , une famille de cette tribu , prirent possession de Mosul, ville où la famille de Hamdan et celle de Taghleb avaient déjà régné.

Elle demeura maîtresse de Mosul et de ses environs , ainsi que d’Alep , jusqu’à l’époque où elle perdit sa puissance et reprit la vie nomade. Alors elle s’empara de plusieurs territoires situés de tous côtés, se faisant l’héritière des Arabes bédouins, les anciens propriétaires.

C’est de la tribu d’Ocaïl que la famille d’El-Montafic tire son origine. Amer, le père d’El-Montafic, était fils (Ouaïl.

Ses descendants habitent le pays de Teima, dans le Nedjd.

Encore aujourd’hui la tribu d’El-Montafic occupe la por tion du territoire de Basra que forment les marais boisés situés entre cette ville et Koufa et que l’on appelle les Bas- fonds (El- Bataïh) ‘.

Les Montafic sont gouvernés par la famille d’El-Mârouf.

On trouve dans le Maghreb quelques tribus sorties de celle d’El-Montafic et qui entrèrent dans ce pays avec la tribu de Hilal-Ibn-Amer.

Elles occupent cette partie du Maghreb-el -Acsa qui est située entre les villes de Fez et de Maroc.

On les appelle El-Kholt, nom, dit Ej-Djojdpui qui est commun à tous les descendants d’El- Montafic. A côté des Beni-‘l-Montafic , au midi de Basra , se trouve une tribu sœur do celle-ci ; on la nomme Beni-Amer.

Son aïeul, Amer, était fiis d’Auf, fils de Malek, fils d’Auf , fils d’Amer , père d’El-Montafic.

Les Beni-Amer enlevèrent les pro vinces de Bahrein et d’Oman à Abou-l’-Hocein-el-Asghar , de la tribu de Taghleb.

Ces localités avaient appartenu aux tribus d’El-Azd , Temîm et Abd-Caïs , avant de devenir l’héritage des Beni-Amer.

Nous apprenons d’Ibn-Saîd que cette même tribu enleva la province de Yémama aux Beni-Kilab, et qu:en l’an 650 ( 1 252-3 ) elle reconnaissait pour chefs les Beni-Asfour [famille sortie de la même souche qu’elle-même].

Parmi les descendants d’Ocaïl on remarqua les Beni-Khafadja, dont l’aïeul Khafadja était fils d’Amr et petit-fils d’Ocaïl. Les Beni-Khafadja allèrent s’emparer des plaines de l’Izac et s’y établirent. Dans les nom breuses guerres qu’ils eurent à soutenir , ils parvinrent à se faire une certaine renommée. De nos jours , cette tribu habite les pays situés entre le Tigre et l’Euphrate , et se distingue autant par sa puissance que par son nombre. Une autre branche de la tribu d’Ocaïl est celle d’Abbada-Ibn-Ocaïl. On l’appelle aussi El-Akhaïl parce que Abbada lui-même portait le sobriquet d’El-Akhial ‘.

Cette tribu demeure maintenant en Irac, au milieu des Beni-‘l- Montafic, et dans cette portion d’El-Bataïh qui est située entre Basra , Koufa et Ouacet.

D’après ce que nous avons entendu dire, le chef qui exerce le commandement chez elle est soutenu par de nombreux guerriers : il s’appelle Kîan-Ibn-Saleh , mais nous ne savons s’il appartient, par la naissance, à la famille des Mârouf , émirs d’El-Bataïh , ou à celle des Abbada-el-Akhaïl.

Telles sont les notions que nous pouvons fournir relativement aux descendants d’Amer-Ibn-Sâsâ et à la manière dont ils obtinrent possession des territoires occupés précédemment par les Arabes sortis des souches de Kehlan, de Rebiâ et de Moder.

En ce qui touche Kehlan, il ne s’y trouve plus aujourd’hui, à notre connaissance, aucune tribu qui tire son origine de lui.

Quant aux descendants de Rebiâ , ils ont traversé les provinces de Fars et de Kirman et font paître maintenant leurs troupeaux entre ce dernier pays et Khoraçan.

Un très-petit nombre d’entre eux est resté dans l’Iraq et s’est établi à El-Bataïh. Les Beni-Meïah, une de leurs familles, se regardent comme parents des Kerfa ».

Avec eux habite un mélange de familles sorties des grandes tribus d’Aous et de Khazredj.

L’émir actuel de la tribu de Rebiâ s’intitule le Cheikh Ouéli , et celui des Aous et Khazredj porte le nom de Taher-Ibn-Khidr.

Voilà les renseignements qu’après les recherches les plus diligentes, nous sommes parvenus à réunir sur l’état actuel des tribus arabes de la troisième catégorie qui habitent l’Orient.

Les arabes Banu Hilal

Nous allons maintenant indiquer les branches de ces tribus qui sont passées dans le Maghreb. [Avant cette émigration] les arabes [nomades bédouins] ne s’étaient jamais établis en Maghreb, ni antérieurement ni postérieurement à l’Islam. La raison en était que la race berbère occupait ce pays et empêchait les autres peuples de s’y fixer. Il est vrai qu’Ifricos-Ibn-Saïfi , ce prince de la dynastie des Tobba [rois du Yémen], qui donna son nom à l’Ifrîkïa, y avait conduit une expédition et s’en était rendu maître ; mais, après y avoir laissé les tribus himyerites de Ketama et de Sanhadja, il s’en alla. Ces deux peuples devinrent graduellement Berbères et se confondirent avec cette race , de sorte que l’autorité des Arabes en Ifrîkïa disparut tout-à-fait. Lors de la promulgation de l’Islam , le progrès de cette religion mit les Arabes en état de vaincre les autres nations. Leurs armées pénétrèrent dans le Maghreb et prirent toutes les villes de ce pays. Ils eurent alors beaucoup à souffrir dans leurs guerres contre les Berbères , qui, comme nous l’avons rapporté ailleurs, sur l’autorité d’Ibn-Abi-Yezîd  , apostasièrent jusqu’à douze fois avant que la vraie religion eût pris racine chez eux. Aussi , les Arabes ne s’y établirent point comme habitans de tentes et comme tribus nomades : le besoin d’assurer leur domi nation dans ce pays les ayant obligés à se tenir dans les villes. Ainsi, comme nous venons de le dire, les Arabes n’avaient pas habité les plaines du Maghreb; ce ne fut qu’au milieu du cin quième siècle qu’ils vinrent y faire leur demeure et se disper ser par tribus , pour aller camper dans toutes les parties de cette vaste région. Nous allons maintenant exposer en détail les causes de cette migration.

 

 

Manuscrit autographe d’Ibn Khaldoun (coin supérieur gauche). De MS. C (Atif Effendi 1936). Islamic Philosophy Online.
Manuscrit autographe d’Ibn Khaldoun (coin supérieur gauche). De MS. C (Atif Effendi 1936). Islamic Philosophy Online.

Biographie de l’auteur :

Ibn Khaldoun, en arabe ابن خلدون (ibn khldoun), de son nom complet Abou Zeid Abd ur-Rahman Bin Mohamad Bin Khaldoun al-Hadrami1,2 (né le 27 mai 1332 à Tunis et mort le 17 mars 1406 au Caire), est un historien, philosophe, diplomate et homme politique arabe. Sa façon d’analyser les changements sociaux et politiques qu’il a observés dans le Maghreb et l’Espagne de son époque a conduit à considérer Ibn Khaldoun comme un « précurseur de la sociologiemoderne ». Ibn Khaldoun est aussi un historien de premier plan auquel on doit la Muqaddima (traduite en Prolégomènes et qui est en fait son Introduction à l’histoire universelle et à la sociologie moderne) et Le Livre des exemples ou Livre des considérations sur l’histoire des Arabes, des Persans et des Berbères. Dans ces deux ouvrages résolument modernes dans leur méthode, Ibn Khaldoun insiste dès le début sur l’importance des sources, de leur authenticité et de leur vérification à l’aune de critères purement rationnels. Georges Marçais affirme que « l’œuvre d’Ibn Khaldoun est un des ouvrages les plus substantiels et les plus intéressants qu’ait produit l’esprit humain ».

Ibn Khaldoun de son nom Abou-Zeid-Abd-er-Rahman, surnommé Wéli-‘d-Dîn (ami de la religion), fils de Mohammed, fils de Mohammed, fils de Mohammed, fils d’El-Hacen, fils de etc., etc., fils de Khaldoun’, appartenait à une noble famille arabe dont l’aïeul, Waïl-Ibn- Hodjr, prince de la tribu qahtanite de Kinda, avait embrassé l’islam dans la dixième année de l’hégire *. Les Kinda habitaient alors le Hadramawt, province située dans le Sud de la Péninsule arabique. Khald, surnommé Khaldouu 4, huitième descendant de Ouaïl, passa en Espagne avec un détachement de troupes tirées du Hadramout, et se fixa dans Carmona. Vers le milieu du troisième siècle de l’hégire, sa famille alla s’établir à Séville, et pendant longtemps elle fournit à l’Espagne musulmane une suite de généraux habiles et de savants distingués

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s