Des Himyarites à l’Année de l’Éléphant par al-Tabari

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Principaux sites de la péninsule arabique vers +40 selon le Le Périple de la mer Érythrée récit d'exploration maritime) rédigé en grec décrivant la navigation et les opportunités commerciales depuis les ports romano-égyptiens comme Bérénice le long de la côte de la mer Rouge, alors appelée mer Érythrée (Ἐρυθρος, « rouge » en grec ancien), et d'autres le long de l'Afrique orientale et de l'Inde. Cette route maritime desservait le commerce de l'ivoire, des épices, de la cannelle, de l'encens, du styrax, du lapis-lazuli, des topazes et turquoises, de la soie, de l'indigo, des esclaves, mais a aussi contribué à diffuser le christianisme en Inde, la notion de zéro en Méditerranée ainsi que diverses graines (abricotier, aubergine, cerisier...).
Principaux sites de la péninsule arabique vers +40 selon le Le Périple de la mer Érythrée récit d’exploration maritime) rédigé en grec décrivant la navigation et les opportunités commerciales depuis les ports romano-égyptiens comme Bérénice le long de la côte de la mer Rouge, alors appelée mer Érythrée (Ἐρυθρος, « rouge » en grec ancien), et d’autres le long de l’Afrique orientale et de l’Inde. Cette route maritime desservait le commerce de l’ivoire, des épices, de la cannelle, de l’encens, du styrax, du lapis-lazuli, des topazes et turquoises, de la soie, de l’indigo, des esclaves, mais a aussi contribué à diffuser le christianisme en Inde, la notion de zéro en Méditerranée ainsi que diverses graines (abricotier, aubergine, cerisier…).

CHAPITRE XXXI. RELATION DE LA MORT DE QOBAD Roi Sassanide de Perse.

Dans l’histoire de Nouschirwân nous rapportons comment Qobâd mourut.

Mo‘hammed ben—Djarîr dit qu’il fut tué par les Arabes.

La cause de sa mort fut qu’il s’était livré à la dévotion, qu’il ne versait pas de sang et qu’il ne faisait la guerre à personne. C’est Mazdak qui l’avait amené dans cette voie. Alors il ne fut plus respecté par personne, et comme on était sûr de n’être pas combattu par lui, tous les rois firent des tentatives sur son empire.

Le roi des Arabes était son vassal; c’était No‘man , fils de Moundsir, qui résidait à ’Hira. En Syrie, il y avait un roi, nommé ‘Ilârith, fils d »Amrou, fils de ‘Hodjr, le Kindite, vassal des Tobba‘, qui régnaient dans le Yemen.

Ce ‘Hârith vint de la Syrie à Koufa et à ‘Hira, tua No‘man et s’empara du gouvernement des Arabes. Qobâd dépêcha quelqu’un vers lui mec ce message: « Tu t’es emparé de ce royaume sans mon aveu. Cependant je veux te le conférer; mais il faut que tu aies une entrevue avec moi, afin que je l’impose les mêmes conditions que j’ai imposées à No‘man, que je te fasse connaître les limites du pays des Arabes et de ton gouvernement, que les Arabes ne devront pas franchir.  »

‘Hàrith vint et se rencontra avec Qobâd à la frontière du Sawàd de l »Irâq , à proximité de Madâïn, et ils y eurent une conférence ensemble.

Qobâd dit à un esclave: « Apporte-nous quelque douceur à manger, afin que nous soyons commensaux. « 

L’esclave apporta un plat de dattes et le plaça devant eux.

Le côté du plat qui était tourné vers Qobâd cou tenait des dattes dont les noyaux avaient été enlevés et rem placés par des amandes, tandis que les dattes du côté de ‘llâritb étaient avec leurs noyaux.

Qobâd, prenant ces dattes et les mettant dans sa bouche, ne crachait aucun noyau, et ‘Hârith, en mangeant, rejetait les noyaux.

Qobâd lui dit:

« Qu’est—ce que tu rejettes de ta bouche? « 

‘Hârith dit : « Il n‘y a que les chameaux, chez nous, qui mangent les noyaux de dattes; moi, suis un homme et non un chameau. « 

Qobâd fut confondu de honte.

Lorsqu‘ils eurent fini de manger les dattes, Qobâd traça à .‘Hârith la frontière du pays des Arabes, qui devait s‘étendre du désert jusqu‘à Kouf’a et jusqu’à l’Euphrate; de l‘autre côté serait le Sawâd de l »lrâq; il ne serait permis à aucun Arabe de passer de ce côté-ci de I‘Euphrate.

‘Hârith accepta , puis ils se séparèrent.

Le Moyen-Orient et l'Arabie ver 565 JC
Le Moyen-Orient et l’Arabie ver 565 JC

Or ‘Hârith ne respecta pas les dispositions de Qobâd et ne contint pas les Arabes, qui passèrent de ce côté—ci de l’Euphrate et ravagèrent les villes du Sawâd. Quand Qobâd en fut informé, il envoya un message à ‘Hârith et lui fit dire : « Tu n’as pas veillé à la limite que je t’ai tracée. « 

‘Hârith répondit:  » Se sont des maraudeurs arabes qui courent jour et nuit de tous côtés, et que je ne peux pas surveiller, à moins d’avoir le revenu et la force nécessaires pour les contenir.  »

Alors Qo bâd donna à ‘Hârith six grands bourgs du Sawâd, situés sur le bord de l’Euphrate. Après les avoir reçus, ‘Hârith surveilla les Arabes et ne les laissa plus franchir l’Euphrate et pénétrer en Perse. .

Après quelque temps,‘Hârith envoya un messager au Tobba‘ du Yemen et lui fit dire :  « Ce roi de Perse est très-faible et point redoutable; j’ai agi avec lui de telle et telle façon. Si tu veux venir du Yemen avec une armée, tu pourras t’emparer de ce royaume de Perse. »

Le Tobba‘ rassembla une grande armée et vint aux bords de l‘Euphrate, où il fit halte.

Il établit sa résidence à ‘Hîra; mais il ne put rester là, à cause du grand nombre de ses soldats.

Il se rendit alors dans un bourg du territoire de Koufa, nommé Nadjaf, dériva un bras de l’Euphrate et le fit passer à ‘lea et à Nadjaf, et il s‘y établit.

Le Tobba‘ avait un neveu nommé Schamar, qu’il envoya , avec trois cent mille hommes, au-devant de Qobâd, qui fut mis en fuite et qui se réfugia à Reï. Schamar le poursuivit, l’atteignit à Beï et le tua.

Quand il eut informé par une lettre le Tobba‘ de cet événement, celui-ci lui ordonna de marcher avec son armée vers le Khorâsân , d’en faire la conquête et de prendre possession de ce pays, car il le lui destinait; de franchir le Djl‘houn, d’envahir le Turkestân et de s‘emparer de la Chine.

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Le Tobba‘ avait aussi un fils, nommé ‘Hassân, qu’il envoya également en Chine, avec trois cent vingt mille cavaliers, par la voie de mer. Il le fit marcher de l »lrâq dans l »0mân et lui dit: « Dans l »0mân embarque—toi pour la Chine; celui de vous deux , de toi et de Schamar, qui y arrivera le premier l’aura en partage.

Il avait un autre neveu, nommé Ya‘far, qu’il envoya avec cent mille cavaliers dans le pays de Roum, en lui disant : « Chaque ville que tu prendras sera ajoutée à ton territoire. »

Ya‘far partit et fit la conquête d‘un grand nombre de villes; il parvint jusqu‘à Constantinople et se rendit maître de tout le royaume de Roum.

‘Hassân s’embarqua dans l »0mân pour la Chine et en fit la conquête.

Schamar, de son côté, franchit le Djî‘houn et marcha sur Samarcande, ville qui était défendue par une forteresse très solide, dans laquelle s’était renfermé le roi.

Samarkand peinture russe de 1920
Samarkand peinture russe de 1920

Schamar assiégea la forteresse pendant un an sans obtenir le moindre avantage. Enfin, une nuit, il fit lui-même le tour de la forteresse, fit prisonnier l‘un des gardiens des portes de la forteresse et l’emmena dans son camp. Il lui dit :

« Le roi de cette ville, quel homme est-ce pour faire preuve de tant de valeur et d’intelligence que, depuis un an, j’emploie tous les moyens et ne peux réussir à prendre la forteresse? »

Cet homme répondit: « Ce roi n’a aucune espèce d’intelligence, il est complétement abruti, et ne s’occupe d’autre chose que de boire du vin et de s’amuser, et, jour et nuit, il est ivre; mais il a une fille, et c’est elle qui prend toutes les mesures et a la direction de la forteresse et de l’armée. »

Schamar pensa en lui-même que des mesures exécutées par des femmes étaient faciles à déjouer; puis il dit: « Cette fille a-t-elle un époux? « L’autre dit que non.

Alors Schamar donna à l’homme un cadeau et lui dit : « J‘ai besoin de toi pour que tu portes un message à cette jeune fille de ma part. »

L’autre y consentit. Schamar apporta une boite d’or, la remplit de perles, de rubis et d’émeraudes. et dit : « Donne cela à la jeune fille et dis lui de ma part :

« Je suis venu du Yemen pour te rechercher; je n’ai que faire de ce pays, car tout le Khorâsân et toute la Perse sont à moi; il faut que tu sois ma femme. Dis—lui encore que j’ai avec moi quatre mille de ces boites d’or, que je lui enverrai; que je laisserai cette ville à son père, quand cette affaire sera terminée, et, si j’ai d’elle un fils, il aura le gouvernement de la Perse et de la Chine. Je commencerai par lui envoyer pendant la nuit ces boîtes, ensuite je la chercherai. L’homme retourna la même nuit à Samarcande et rendit compte de tout à la jeune fille. »

Celle—ci fut satisfaite, renvoya sur—le-champ l’homme avec son consentement, et l’on convint que, la nuit suivante. les boites seraient envoyées et introduites dans la ville, en secret.

 

Samarcande avait quatre portes, et la jeune fille fit savoir quelle porte elle ferait ouvrir. Le lendemain, Schamar fit apporter quatre mille boîtes, etdans chaque boite il plaça deux hommes tout armés.

Quand la nuit fut venue, il fit charger chaque boite sur un âne sous la conduite d’un homme armé; il fit entrer ainsi un corps de douze mille hommes dans Samarcande.

Il leur dit : Je ferai poster l’armée entière tout autour de la forteresse.

Quand vous serez dans la ville, ouvrez le dessus des boites, sortez et sonnez les clochettes dont vous êtes munis, pour m’a vertir, et ouvrez les portes de la forteresse, afin que j’y entre.

Au‘ milieu de la nuit, l’envoyé de la jeune fille vint pour ouvrir la porte de la ville et pour laisser entrer les boîtes. Schamar les fit placer sur les ânes et se mit à la tête de ses troupes.

Arrivés à l’intérieur de la forteresse, ces hommes sortirent des boites, sonnèrent les clochettes et ouvrirent les portes de la forteresse.

Schamar avec ses soldats se jeta dans la ville; ils mirent l’épée à la main et commencèrent un massacre qui dura jusqu’au jour, de sorte que le sang coulait comme un fleuve.

Schamar fit tuer le roi et fit sa fille prisonnière. Il y resta un an.

Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes
Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes

Dans le Dictionnaire des villes il est dit que Samarcande, à cette époque , était appelée Chine, et qu’elle était habitée par les Chinois, qui y ont inventé le papier. Schamar donna à la ville son nom, et l’appela Schamarkand. en langue persane: kami, en turc, veut dire «ville ;» enfin, transcrit en arabe, le nom est Samarqand.

Ensuite Schamar fit marcher ses troupes vers le Turkestân, passa dans le Tibet et se rendit en Chine.

Il y trouva ‘Hassân, qui y était arrivé trois ans auparavant et qui s’était emparé du pays.

Ils y demeurèrent encore quelque temps tous les deux, ensuite ils retournèrent vers l’occident, dans le Yemen.

On dit que , quand ils rentrèrent dans le Yemen, le Tobba‘ y était également déjà rentré.

Voici comment la retraite du Tobba eut. lieu.

Lorsqu’il eut envoyé Schamar à Heï et que celui—ci eut tué Qobâd et marcha sur Samarcande, et qu’il eut envoyé son fils par mer en Chine, et Ya‘far dans le pays de Roùm, il voulut prendre pour lui-même le royaume de Perse, et se mettre à la place de Qobâd.

Les habitants de la Perse se réunirent et mirent sur le trône Nouschirwân.

Celui—ci, avec l’armée perse, attaqua le Tobba‘, qui se retira dans le Yemen.

‘Hârith ben—‘Amrou retourna en Syrie, et Nouschirwân fit venir Moundsir, fils de No‘man al-Akbar, à qui il confia le gouvernement des Arabes.

L’empire tout entier obéissait à Nouschirwân , qui chassa tous les ennemis du’voisinage.

Ruines de l'ancienne cité de Hira en Iraq
Ruines de l’ancienne cité de Hira en Iraq

CHAPITRE XXXII. .Règne de Nouschirwan fils de Qobad le Sassanide.

Or Nouschirwân s’assit sur le trône, plaça la couronne sur sa tête et exerça la justice.

Déjà du temps de son père, les hommes avaient remarqué sa sagacité et son aptitude, et, quand il arriva au trône, ils en furent remplis de joie.

La première chose qu’il ordonna fut de mettre à mort les adhérents de Mazdak. Tous les biens qui étaient entre leurs mains furent rendus à leurs propriétaires, et tout ce qui n‘avait point de propriétaire fut donné aux pauvres; et toutes les femmes qui étaient avec eux furent également rendues à leurs époux.

Il dit aux pauvres: « Travaillez, et ne mendiez pas. »

A tous ceux qui étaient bien constitués il ordonna de cultiver la terre; et à tous ceux qui étaient infimes ou aveu gles il donna des secours de sa bourse, disant : Je ne veux pas qu’il y ait dans mon pays un pauvre.

Il prescrivit en core aux cultivateurs de ne laisser aucune partie du sol sans culture, et il donna de la semence de ses magasins à ceux qui n’en avaient pas; partout où il y avait une terre non cultivée, il ordonna d’en entreprendre la culture.

Il fit marier toutes les femmes qui ne l’étaient pas et qui devaient l’être; celles qui étaient pauvres reçurent des secours de sa bourse.

Il fit aussi marier les hommes et les fit établir à ses frais.

Ensuite Nouschirwân tourna ses regards vers l‘armée, et donna aux soldats leur solde et leur distribua des provi sions.

Il fit réparer les pyrées, fit des largesses aux prêtres, et y plaça (les gens sages et expérimentés.

Enfin il rétablit la vertu, la confiance, les affaires de la religion et les affaires du monde.

Il ordonna ainsi les affaires de son royaume pen dant cinq ans. Il fit copier tous les écrits provenant d’Ardeschîr, fils-de Bâbek, ses bonnes maximes, ses recommandations et ses dernières volontés.

Après ce temps, Nouschirwân fit marcher son armée contre Antioche de Syrie, qui était sons la domination du mi de Roum.

Il prit la ville et la désola. Puis il dit :  » Cette ville est fort belle »; et il ordonna de prendre le plan de la ville et de ses édifices.

Ensuite il fit construire dans son royaume une ville en tout point semblable, près de Madâïn, et l‘appela Roumia.

Il y transféra tous les habitants d’Antioche; les places et les rues de Boumia étaient construites d’une façon si belle et si parfaite, que ceux qui y arrivaient d’Antioche crurent que c‘était cette ville elle-même, et chacun entra et s‘établit dans‘[sa] maison, comme s’il était à Antiorhe.

Ensuite Nouschitwân alla attaquer Héraclius, le roi de Roum, fit la conquête du pays et attaqua et prit Alexandrie.

Le roi de Roum s’enfuit à Constantinople, envoya à Nouschirwân un messager et offrit de lui payer tribut.

Alors Nouschirwân évacua le pays de Boum et se dirigea contre les Khazars, en massacra un grand nombre, pilla et saccagea leur pays, en punition des actes qu‘ils avaient commis en Perse, du temps de son père.

De là il se rendit dans le Yemen, le long de la côte, vint à ‘Aden, au bord de la mer, et fit également dans -le Yemen un grand massacre, de sorte que le roi de ce pays se soumit à lui et consentit à payer tribut.

Nouschirwân revint à Madâïn et trouva son royaume dans le plus grand ordre.

Après qu‘il eut mené à bonne fin toutes ses affaires, le désir lui vint d’aller à Balkh et de tuer le roi des Heyâtelites, celui qui avait fait périr Firouz, et de faire la conquête du Tokhâristân et du Ghordjistân.

Le territoire de Balkh touchait au pays des Turcs, et le roi des Heyâtelites et le roi des Turcs vivaient en amitié et en paix.

Nousrhirwân envoya donc d’abord un messager au Khâqân, pour demander sa fille en mariage.

Il lit de grands frais pour l‘aire amener la jeune fille et conclut un traité avec le Khâqân. Après un intervalle d’un an , il lui écrivit une lettre, et lui demanda le secours d’une armée contre le roi des Heyâteliles.

Le Khâqân dirigea du Turkestàn une forte armée contre Balkh, et Nou schirwân y fit également marcher la sienne, de sorte qu‘ils prirent les troupes heyâteliles entre deux feux. Nouschirwân tua le roi des Ileyâtelites, pilla ses trésors et ravagea son pays. De là il se rendit dans le Turkestân et dans le Ferghânè, et retourna ensuite dans son pays.

Il resta sur le trône quarante huit ans. Il donna le gouvernement des Arabes à Moundsir, fils de No‘man al-Akbar, et le fit résider à ‘Hi‘ra, où il régna pendant sept ans.

Ensuite il institua son [ils Moundsir, fils de Moundsir, fils de No‘man, nommé Ben Mä-es—Semâ, parce que sa mère s‘appelait Mâ-es-Semâ. Moundsir fut attaqué par deux ennemis, par l‘un du côté de l‘orient, par l’autre à l‘occident.

Il leur lit la guerre et remporta la victoire. Il prit le nom de Dsou‘I—Qamaïn, et les Arabes l‘appelaient ainsi.

Quand il mourut, son fils ‘Amrou, fils de Moundsir, fut investi par Nouschirwân du gouvernement des Arabes.

La mère d“Amrou s‘appelait Hind : c‘est pour cela qu‘il était nommé par les Arabes ‘Amrou bm-Hind. Après sa mort, son frère No‘man, fils de Moundsir, reçut le gouvernement desArabes.

Tous ces rois arabes, vassaux des rois de Perse, résidaient à ‘Hîra, et leur domination s‘étendait de Hira  jusqu‘à Mossoul] et la Mésopotamie, une partie de la Syrie et du désert, jusqu‘au territoire de Ba‘hrai‘n.

Le ‘Hedjâz , la Mecque et la ville de Médine, ainsi que tout le territoire jusqu’au Yemen, ne faisaient pas partie des possessions des rois arabes, ni de celles de Nouschirwân; ces contrées n‘appartenaient à aucun roi, jusqu‘au moment où Nouschirwân s‘en empara.

Nous rapporterons comment cet événement eut lieu , de quelle façon le gouvernement du Yemen passa des rois ‘himyarites aux Abyssins; comment Saïf-Dsou-Yezen se rendit auprès de Nouschirwân, pour lui demander le secours d’une armée, et comment il prit possession du gouvernement du Yemen avant que les délégués de Nouschirwân y vinssent.

Avant cette époque, le Yemen était. gouverné par les rois ‘himyarites, qui sont les mêmes que les Tobba‘; car chacun de leurs rois était appelé T obba‘.

Quant à la Mecque, dont le territoire s‘appelait Tihâma , et à Médine , dont le territoire s’appelait ‘Hedjâz, ces contrées n’avaient point de roi; leurs habitants témoignaient du respect à No‘ man, le roi des Arabes; mais ils ne lui payaient aucune rede vance et n’acceptaient aucun gouverneur.

[A cette époque,J la Mecque avait pour chef ‘Abdou‘I—Mottalib, et Médina était en la possession des deux grandes tribus Aous et Khazradj, qui donnaient un chef à la ville. Quant aux Arabes du désert, chaque tribu avait un chef particulier.

Tous les habitants du Yemen et du ‘Hedjâz étaient idolâtres. Les villes de la Marque et de Médine ne furent inquiétées par aucun des rois voisins, ni par les rois de Syrie, ni par ceux du Yemen, ni parles rois d’Abyssinie, ni par ceux de ‘Hira , ni par les rois de Perse; car leurs habitants, ainsi que ceux du désert, étaient pauvres et avaient peu de ressources.

Ils se rendaient, pour faire le commerce, en Syrie et en Abyssinie, et rapportaient de ces pays des provisions.

Ils assuraient chaque roi en particulier de leur amitié, et les rois leur faisaient des cadeaux.

De temps en temps, quand il y avait dans le Yemen un roi ‘himyarite puissant à la tête d’une nombreuse armée, qui venait aux confins du ‘Hedjâz, ils l’assuraient de leur soumission et al laient avec lui dans le pays deRoum et en Syrie. Aucun roi ne venait les attaquer dans leur pays.

Dans la vingtième année du règne de Nouschirwân , il naquit à ‘Abdou’l—Mottalib un fils, qu’il nomma ‘Abdallah, qui fut père de notre Prophète.

Quand ‘Abdallah eut vingt-deux ans, notre Prophète Muhammad naquit de lui, dans la quarante—deuxième année du règne de l’ouschirwàn.

Ce fut dans la même année que le roi Abraha l’Abyssin amena l’éléphant et une armée pour détruire la Ka‘ba.

‘Abhâs, fils (l‘Ahdou’I—Mottalib. avait alors deux ans , et‘Hamza , fils d“Abdou’l-Mottalib, naquit dans la première année de l’ère de I’Êléphant.

Nous allons rapporter maintenant les causes qui amenèrent Abraha et l’éléphant à la Mekke, et comment le Yemen passa des mains des rois ‘himyarites aux Abyssins, ce qui eut lieu du temps d’Ardewân, avant l’époque de Nouschirwân; car, de son temps, les Abyssins possédaient déjà le royaume du Yemen, qu’ils avaient conquis sur les rois ‘himyarites, les Tobba‘.

Reproduction de la Ka'aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui)
Reproduction de la Ka’aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui)

CHAPITRE XXXIII. LE TOBBA roi du Yemen ‘ FAIT UN PÈLERINAGE ‘A LA KA‘ABA ET- LA FAIT COUVRIR.

Ce récit est nécessaire pour faire connaître de quelle façon le Yemen passa des mains des ‘Himyarites aux rois abyssins et pour quelle cause les Abyssins, qui étaient dans le Yemen, vinrent attaquer le temple de la Ka‘ba avec l’éléphant.

Or il y avait dans le Yemen un roi ‘himyarite, nommé As‘ad, appelé Tobba< le Dernier, parce que, après lui, il n’y eut pas d’autre Tobba‘, et que le gouvernement du Yemen lui échappa.

Il avait réuni dans le Yemen une forte armée, et se proposait de faire au dehors une expédition et d’attaquer la Perse, pour se faire redouter des rois de Roum, de Syrie et de Perse, et pour soumettre l’Arabie et le ‘Hedjâz, comme avaient lait les Tobba‘ antérieurs.

Il sortit donc du Yemen, à la tête de sa nombreuse armée, et se dirigea vers le ‘Hedjâz.

Il était adonné à l’idolâtrie, de même que toute l’Arabie, le ‘Hedjâz, la Mecque et Médine; seulement, dans le voisinage de la Mecque et de Médine, il y avait des Juifs, dont les ancêtres étaient venus s‘établir dans le ‘Hedjâz , lors de leur fuite  devant Nabuchodonosor (roi de Babylone). lls y avaient fondé quelques bourgs, comme Khaïbar, Fadak, Qoraïzha , Wâdî’l-Qora , Nazln‘r et Yan bou‘, qui étaient tous en la possession des Juifs, qui suivaient la religion de Moïse.

En dehors de ceux—ci, il n’y avait personne dans toutes ces contrées qui adorât Dieu.

A cette époque, le judaïsme était tombé, et c’était la religion de Jésus, la foi de l’Evangile, qui dominait, mais seulement dans la terre de Roum et vers l’0rient : tous les autres pays étaient plongés dans l’idolâtrie.

Cette expédition du Tobba‘ eut. lieu longtemps avant Qobâd, le père de Nouschirwân, et longtemps avant les rois de Perse [de la dynastie des Sassanides] et avant Djadsima al-Abrasch.

Quand le Tobba‘ arriva sur le territoire du ‘Hedjâz, et qu’il passa près de la Mecque, et qu’il vit que c’était une ville située au milieu des montagnes, sans eau et sans arbres, il ne l’attaqua point.

Quand il arriva à Médine, il vit une ville charmante, avec de nombreux jardins, des palmiers et d’autres arbres.

Le chef de la ville était un homme de la famille des Beni-Naddjâr, de la tribu de Khazradj, nommé ‘Amrou, fils d’Al-Zholla.

Le Tobba‘ fut charmé de Médine, et il y établit son fils comme gouverneur.

Lui—même continua sa marche vers la Syrie. Quand il fut sur le sol de la Syrie, loin de Médine, les habitants de cette ville tuèrent son fils.

Quand le Tobba‘ reçut cette nouvelle en Syrie, il prit la résolution de détruire la ville, lors de son retour, et d’en tuer tous les habitants. Il porta ses armes dans tous les pays qu’il pouvait atteindre, puis il s’en retourna, et établit son camp autour de Médine.

Les habitants fortifièrent la ville. Un sol dat de l’armée du Tobba‘ pénétra dans l’enclos d’un habitant , monta sur un palmier et cueillit des dattes.

Le propriétaire del’encl0s tua le soldat et le jeta dans un puits.

Le Tebba‘, informé de ce fait, conduisit, le lendemain, son armée au 4 combat. Pendant un mois, il combattit contre les habitants, sans résultat. La lutte recommençait chaque jour et durait jusqu’à la nuit; alors ils rentraient dans leur camp.

La nuit, les habitants de Médine ouvraient les portes de la ville et envoyaient à l’armée ennemie des charges de dattes.

Après un mois, les soldats dirent au Tobba‘ : « Combien de temps lutterons-nous contre des hommes qui nous combattent pendant le jour et qui nous traitent en hôtes pendant la nuit? »

Le Tobba‘ dit : « Ces hommes sont très—généreux envers nous. »

Il n’était plus aussi ardent à leur faire la guerre. Alors deux hommes d’entre les docteurs juifs se présentèrent devant le Tobba’ et lui dirent: « Ô roi, tu ne peux pas détruire cette ville. »

Il demanda : « Pourquoi?  »

Ils répondirent : « Parce qu’il surgira d’entre les Qorai‘schites un prophète nommé Mo‘hammed, sur le territoire de la Mecque; les Qoraïschites le chasseront de la ville; il viendra à Médine, y séjournera et il y aura sa maison et sa famille. C’est en son honneur‘ que Dieu garde la ville; nous l’avons ainsi trouvé dans le Pentateuque.  »

Le roi dit : « Qu’est-ce que le Pentateuque?  »

Ils répondirent : « C’est le livre de Dieu que Moïse a reçu du ciel. »

En suite ils exposèrent au Tobha‘ la religion de Moïse.

Cette religion lui plut, et il adopta le judaïsme, en cessant d’adorer les idoles. Il engagea toutes ses troupes à embrasser le judaïsme; ce qu’elles firent.

Puis il dit à ces deux Juifs : « Il faut que vous veniez avec moi dans le pays de Yemen, afin de convertir tout le pays à cette religion.

Ils consentirént à l’accompagner, et il les combla de marques de bienveillance et de cadeaux.

Il leur dit : « Pourquoi n’appelez-vous pas les gens de Médine à cette religion? » Ils répondirent : Ces hommes croiront par Muhammad. »

‘ Le roi rassembla ses troupes et se dirigea vers le Yemen. en emmenant avec lui ces deux docteurs.

Quand il arriva à la Mecque, les Arabes Hodsaïlites voulurent le faire périr, parce qu’ils ne pouvaient pas lui résister par la force.

Ils vinrent auprès de lui et lui dirent : « Ô roi, si tu désires avoir d’énormes richesses, des joyaux , de l’or et de l‘argent, les habitants de la Mecque en possèdent plus que qui que ce soit au monde; détruis la ville et la Ka‘ba et fais tuer les habitants; de cette manière tu en seras le maître. »

Ils voulurent par leur discours l’engager à entreprendre cette action, afin qu‘il périt.

Le Tobba‘ fit appeler les docteurs juifs et leur soumit les paroles des Hodsaïlites.

Les docteurs dirent : « Ô roi, ceux-là veulent le faire périr par là; car ce temple est un temple de Dieu, qui ne permet à personne de s‘en emparer. Ne suis pas leurs paroles; entre dans la Mecque; accomplis les processions autour du temple; rase—toi la tête, et témoigne au temple ton respect; ensuite éloigne-toi d‘ici. »

Le roi suivit leur conseil. Il fit amener les Hodsaïlites et leur lit couper les mains et les pieds. Lui, ainsi que son armée, entra dans la ville, fit la procession autour du temple, se rasa la tête et offrit des sacrifices.

Puis il donna ordre d‘enlever les idoles qui étaient dans le temple et de le purilier, et il le fit couvrir d‘étoffes.

Avant lui, on n’avait jamais fait couvrir le temple d’étoffes; c‘est lui qui a inauguré cette coutume. Le Tobba‘ partit de là avec les docteurs juifs, et se dirigea vers le Yemen.

La Ka'aba dans les temps anciens
La Ka’aba dans les temps anciens, ont y vois les idoles

Les habitants se réuniront et lui dirent : « Nous ne te permettons pas de rentrer dans le Yemen; car tu as renoncé au culte des idoles. »

Le ‘I‘obba‘ était hors d’état de lutter contre le pays tout entier.

Il y avait dans le Yemen un feu qui servait d‘arbitre dans les différends des hommes. Il se trouvait dans une montagne sur le territoire de Sanaa, dans une grande caverne.

Chaque fois que deux personnes avaient une. contestation et qu’il n’était pas possible de discerner le vrai du faux, le roi envoyait les deux adversaires avec ses gens à cette caverne.

Ils se tenaient là, le feu sortait de la caverne et dévorait celui qui avait tort; la partie lésée n‘en recevait aucun mal. Ensuite le feu rentrait dans la caverne, et personne ne savait d‘où il venait ni où il disparaissait. Le_roi dit aux Yemenites : Allons vider notre différend auprès du feu; si vous avez raison ,-nous accepterons votre croyance; si la vérité est avec nous, vous embrasserez notre religion. Les habitants y consentirent. Le roi fit appeler les docteurs juifs et leur lit part de cette affaire. Ils se déclarèrent satisfaits.

Alors les Yemenites portèrent toutes leurs idoles à l‘entrée de cette caverne, et le roi s‘y rendit avec toute son armée.

Les docteurs suspendirentà leur con le livre de.la Loi, s‘assirent à l‘entrée de la caverne et se mirent à réciter la Loi.

Une flamme comme on n‘en avait jamais vu surgit, se précipita sur les idoles et les dévora; le feu dura depuis le matin jusqu‘au milieu du jour, et la fumée s‘éleva dans l‘air, de sorte que l‘univers fut obscurci.

Lorsque la flamme se retira, toutes les idoles étaient consumées, ainsi que ceux des hommes qui s‘étaient trouvés au milieu d‘elles; les docteurs juifs sortirent de la fumée sains et saufs avec,leurs livres.

Alors les habitants du Yemen embrassèrent le judaïsme; l‘idolâlrie disparut et le judaïsme se répandit. Les Yemenites avaient un temple (l’idoles d‘où sortait une voix qui conversait avec eux et qui donnait réponse à tout ce qu‘ils demandaient; cependant on n‘y voyait personne.

Le roi fit part aux docteurs juifs des particularités de ce temple.

Ceux—ci dirent : « C‘est un div qui les égare.  »

Ils se rendirent à la porte du temple et récitèrent la Loi pendant longtemps.

Le roi les avait accompagnés hors de la ville. Après quel que temps, ils virent se précipiter hors du temple un chien noir, qui poussa des hurlements et disparut sous terre.

Les Juifs dirent : « Voilà le div qui avait parlé aux hommes. »

Ensuite le roi fit détruire ce temple. Tout le Yemen embrassa le judaïsme, et le roi y persévéra jusqu’à sa mort.

Le nom de ce roi était As‘ad, son surnom Abou—Karib, et son titre Tobba‘; il fut l’un des rois ‘himyarites.

Dans la langue ‘himyarite, le Tobba‘ était appelé Tibbän, ce que les Arabes prononcent Tobba‘.

On appelle aussi As‘.ad Tobba‘ le Dernier: aucun roi ‘himyarite n’a eu un aussi long-règne que lui, si ce n’est son fils ‘Hassân, que les Arabes appellent Tobba‘ le Jeune.

Ce fut donc As‘ad qui introduisit dans le Yemen le judaïsme, que tous les habitants embrassèrent.

Il laissa trois fils : ‘Hassân, ‘Amrou etZor‘a, tous les trois en bas âge et incapables de régner.

Alors surgit un homme de Benî-Lakhm , nommé Rabî‘a , fils de Naçr, qui s’empara de la couronne du Yemen. I

l, professait également le judaïsme et le pays se soumit à lui.

Ce fut ce roi qui eut un songe dont il demanda l‘interprétation à Sati‘h et à Schiqq.

Himyar

CHAPITRE XXXIV. RÈGNE DE RABI’A FILS DE  NAÇR, LE LAKHMIDE ROI DU YEMEN

Rabi‘a, fils de Naçr, occupa le trône; il professait aussi le judaïsme.

Les enfants du Tobba‘ précédent étaient encore jeunes. et Rabî‘a avait également des fils.

Après plusieurs années de règne, il arriva que le roi eut un songe. Il fit appeler tous les docteurs, interprètes de songes et devins (kâhîn).

Un devin est un homme qui prédit l’avenir, qui fait revenir les objets volés, qui sait répondre à toutes les questions que l’on veut lui adresser et qui connaît d‘avance la demande; qui .peut raconter un songe qu’une personne a en , avant que celle-ci l’ait raconté, et qui en donne l’explication; et si un homme a disparu, il connaît l’endroit où il se trouve.

Un homme qui réunit toutes ces facultés est appelé par les Arabes kähin.

Il y avait des devins qui prétendaient recevoir leurs communications d‘un péri, de même que les possédés , hommes et femmes, disent que c’est un péri qui vient leur dire les choses qu’ils doivent communiquer aux hommes.

Il y avait un grand nombre de ces gens dans le Yemen; mais parmi eux se distinguaient deux hommes, Satî‘h et Schiqq, tous les deux possédés et devins.

Quand Rabî‘a eut son songe, il réunit tous les devins et leur dit : « Racontez-moi le songe que j’ai eu. »

Ils répondirent: Il n’y a que Satî‘h et Schiqq qui puissent le faire. Alors il envoya chercher ces deux hommes. Satî‘h arriva le premier, et le roi lui dit : Raconte-moi le songe que j’ai eu et donne m’en l’explication.

Satî‘h dit : « Tu as vu un nuage duquel est tombé sur la terre un charbon , qui s’est enflammé, et le feu a dévoré et réduit en cendres tous les habitants du Yemen. » 

Le roi dit: « Tu dis vrai; c’est ce que j’ai vu. Maintenant donne-m’en l’explication. »

Sati‘h reprit : « Il viendra un roi de l’Abyssinie qui s’emparera du royaume du Yemen , en soumettra les habitants et abolira la religion juive; le Yemen sera annexé à l’Abyssinie, et les Abyssins y domineront. »

Le roi dit: « Ô Satî‘h, qu’arrivera-t-il après? »

L’autre dit : « Après cela viendra un homme, nommé Sai’f ben-Dsou-Yezen, qui enlèvera le pouvoir aux Abyssins, puis il sera tué. Il surgira dans l’Arabie un prophète qui établira une religion nouvelle, que tous les habitants du Yemen embrasseront et qui durera jusqu’au jour de la résurrection. »

Le lendemain, l’autre devin, nommé Schiqq, arriva; le roi l’interrogea sur son songe, et l’autre lui donna exactement la même interprétation que Sati‘h, sans en différer d’un seul mot.

Le roi, dans ses appréhensions, envoya ses fils hors du Yemen , dans le pays de l »lrâq , auprès du roi de Perse, et adressa une lettre à Schâpour, fils de ‘Hazâd. Cela se passait avant l’époque d’Ardeschîr.

C’est de ces fils de Babî‘a, fils de Naçr, que descendait ‘Adl‘, fils de Rabî‘a, qui fut enlevé par Djadsîma al-Abrasch , dont il épousa la sœur, et qui engendra avec elle ‘Amrou , fils d »Adî.

Après Djadsîma , le gouvernement des Arabes avait passé aux mains de ces princes, comme nous l’avons rapporté plus haut.

Tous ces rois , ‘Amrou , fils d »Adl, et ses descendants, Imrou‘l-Qaïs al-Kindi‘, et Moundsir, et No‘mân, et tous les autres descendants d »Amrou, fils d »Adi‘, tiraient leur origine des fils de Rabî‘a, fils de Naçr, les Lakhmites, (les Lakhmides de l’Iraq) que celui—ci avait envoyés à ‘Hira, par suite du songe qui lui avait été interprété par Sati‘h. Rabl‘a, fils de Naçr, régna encore un certain nombre d’années dans le Yemen; puis il mourut, tandis que ses fils demeurèrent à ‘Hira; aucun d’eux n‘était resté dans le Yemen.

Les habitants se concertèrent et ramenèrent les trois fils du Tobba’ As‘ad, qui avaient grandi : ‘Hassân , ‘Amrou et Zor‘a.

L’aîné, ‘Hassâu , fut nommé roi, et il occupa le trône.

Plus tard, il fut tué par son frère ‘Amrou , qui s’empara du trône, et Zor‘a lui succéda.

Nous allons raconter l‘histoire de chacun d’eux.

Main incrusté en bronze de Himyar, Yémen,  2 ou3 eme siècle après JC
Main incrusté en bronze du royaume arabe antique de Himyar, Yémen, 2 ou 3 eme siècle après JC

CHAPITRE XXXV. RÈGNE DE ‘IIASSÂN ET DE SES FRERES AU YEMEN

 Après que ‘Hassân fut monté sur le trône, il fut acclamé par l’armée et en possession incontestée du pouvoir, de même que son père. Il prit le titre de Tobba‘, et on l‘appelait Tobba‘ le Jeune. Après cinq ans de règne, il voulut faire une expédition hors du Yemen, sur les territoires de l’Arabie, du ‘Hedjâz et de la Syrie, comme avaient fait les autres Tobba‘ et aussi son père.

Les habitants du Yemen et les troupes lui di rent : Il ne faut pas entreprendre d’expédition , car les expéditions qu’ont faites les rois du Yemen au dehors n’ont pas été heureuses.

Hassân ne tint pas compte de leur observation; il fit marcher son armée hors du pays et emmena avec lui son frère ‘Amrou, tandis qu’il laissait dans le Yemen, à cause de sa grande jeunesse, son autre frère, nommé Zor‘a.

‘Hassân envahit la Syrie. Mais ses soldats étaient très-mécontents de cette expédition, et ils craignaient qu’il ne leur arrivât quelque accident du fait des rois de Syrie, de Roum ou de Perse.

Quand ils arrivèrent sur le territoire de la Mésopotamie, entre Mossoul et la Mésopotamie [proprement dite], dans le voisinage de la Syrie, tous les soldats de ‘Hassân vinrent trouver son frère ‘Amrou et lui dirent : « Tue ton frère ‘Hassân, nous te donnerons la couronne et nous te reconnaitrons comme roi, puis nous retournerons dans le Yemen. »

‘Amrou, d’après ces paroles, tua son frère; l’armée tout entière le reconnut comme roi, et il retourna dans le Yemen, où il fut dans la possession incontestée du pouvoir.

Mais, quoi qu’il pût faire, il ne trouvait pas de sommeil; le sommeil le fuyaitjour et nuit.

Dans cette peine, il fit venir les médecins; mais aucun remède que quelqu’un connaissait et qu’il employait ne lui servit. Alors il appela auprès de lui les devins, les savants et les Juifs qui se trouvaient dans le Yemen, et les interrogea [sur son état].

Ils lui répondirent unanimement : « C’est là le châtiment de Dieu, parce que tu as tué ton frère innocent et que tu lui as enlevé la couronne par le crime. »

‘Hassân fit mettre à mort tous ceux des soldats et des officiers de son armée qui l’avaient poussé à tuer son frère. Mais cela ne servit. de rien : il ne put; recouvrer_le sommeil ni nuit ni jour; il ne vécut pas longtemps, et il mourut.

Il ne restait des ‘Himyarites et de la famille royale que le jeune frère du roi, Zor‘a, qui n‘était pas encore apte au gouvernement, et le trône resta vacant.

Alors un homme qui n‘était pas de la famille royale, nommé ‘Hanîfè, fils d »Âlim, s‘empara du royaume du Yemen et affermit son pouvoir, en commettant l’injustice et en opprimant les habitants.

Au bout de deux ans de règne, sa tyrannie aug menta et il s‘adonna au vice du peuple de Lot.

Il se fit amener tout jeune homme du Yemen dont il entendait vanter la beauté et accomplit sur lui son infamie, puis il le renvoya.

Aucun jeune homme ne pouvait se marier avant d’avoir été d’abord chez le roi.

Le peuple n’avait aucun moyen de se soustraire à cet état de choses. Le roi avait un belvédère où il se tenait quand on lui amenait un jeune homme, et à la porte duquel étaient postés des soldats et des gardiens.

A l’intérieur de ce belvédère se trouvait une chambre ornée de peintures et pourvue d‘une fenêtre. Quand il avait satisfait sa passion, il mettait la tête à cette fenêtre, et alors les hommes savaient qu‘il avait consommé son infamie.

Il mettait un cure-dent à sa bouche, afin que les gardiens et les sentinelles ouvrissent la porte du belvédère et que le jeune homme sortit. Ils n’ouvraient jamais la porte avant de voir le roi, le cure-dent à la bouche. et avant qu’il fût arrivé à ses fins.

Or le plus jeune fils de Rahi‘a, nommé Zor‘a, était devenu grand et le plus bel adolescent de son temps.

Le roi le fit mander par un messager auprès de lui. Zor‘a comprit pour quel motif il le faisait appeler. Il se munit d’un grand couteau, qu’il tint caché sur lui, et se rendit au palais.

Il avait appris tout ce qui concernait le belvédère et tout ce qu’y subissaient les jeunes gens. Arrivé à la porte du belvédère, Zor‘a y fut introduit, et les gardiens en fermèrent la porte.

Le roi voulut se jeter sur lui; mais Zor‘a dit : « Ô roi, ne me déshonoré pas et épargne—moi seul de tous les jeunes gens du royaume, car je suis de famille royale; mon père et mes frères ont été rois, et moi j‘ai plus de droits sur le trône que toi-même; je te l‘ai abandonné; toi, à ton tour, laisse—moi ma personne et fais—moi grâce. »

Le roi ne se rendit pas à ses supplications et dit : « Fais ce que je désire, ou j‘appelle le gardien, afin qu‘il te coupe la tête et la suspende à ce belvédère. »

Alors Zor‘a tira son couteau, l‘enfonça dans le ventre du roi et le tua, lui trancha la tête et la main droite, mit le cure-dent dans cette main et plaça la tête à la fenêtre. Lorsque les gardiens aperçurent la tête et le cure—dent, ils pensèrent que le roi avait accompli son action, comme il avait fait avec les autres jeunes gens, et ils ouvrirent la porte du belvédère.

Zor‘a en descendit et sortit.

Ensuite, quand les gardiens entrèrent et trouvèrent le roi dans cet état, ils reconnurent que c‘était Zor‘a qui avait commis le meurtre

. Ils descendirent et avertirent l‘armée et le peuple. Les habitants étaient dans la joie; ils allèrent trouver Zor‘a et lui dirent : « Tu es le plus digne d‘occuper le trône; car tu es de la maison royale, et tu nous as délivrés de ce misérable. »

Une grande foule accourut; Zor‘a fut proclamé et on l‘investit du gouvernement du Yemen.ll monta sur le trône , et l‘armée le reconnut.“ professa le judaïsme, et on lui donna le surnom de Dsou-Nowâs. Il fut le plus respecté de tous les rois du Yemen.

Il prit le nom de Yousouf et régna un grand nombre d‘années, réunissant dans sa main le pouvoir du Yemen et de ‘Himyar, qui passe ensuite aux Abyssins.

Ce fut lui qui fit une expédi tion contre Nadjrân, dont les habitants étaient tous chrétiens et suivaient la religion de Jésus.

Il vint les appeler au judaïsme; mais ils refusèrent.

Dsou-Nowâs fit creuser dans la terre une longue excavation, comme un fossé, y fit allumer un feu et y fit précipiter tous ceux qui ne voulurent pas embrasser le judaïsme.

Ce fossé est appelé en arabe Okhdoud; il en est question dans le Coran en ces termes : «Périsseut les gens du fossé rempli d’un feu constamment entretenu ! 11 (Sur. r.xxxv, vers. 5-6.)

Nadjrân est une ville située entre Mossoul et le Yemen, dont les habitants étaient chrétiens, tandis que tous ceux qui demeuraient autour d’elle étaient idolâtres. Maintenant il faut faire connaître pour quelle raison Dsou Nowâs vint à Nadjrân , et comment il arriva que les habitants de cette ville, seuls entre tous les Arabes, furent chrétiens.

Najran (Arabie saoudite)
Najran (Arabie saoudite)

CHAPITRE XXXVI HISTOIRE DE LA CONVERSION DES ARABES DE NADJRAN AU CHRISTIANISME.

Les habitants de Nadjrân étaient tous Arabes, des Benî Tha‘lab.

Tandis que tous les Arabes qui les entouraient étaient idolàtres, ils étaient chrétiens; mais primitivement ils avaient été également idolâtres.

Voici comment ils étaient devenus chrétiens.

Ils avaient en dehors de la ville un arbre, un grand palmier.

Une fois, chaque année, ils célébraient une fête, et, ce jour—là, tout le peuple se réunissait autour de cet arbre; on le couvrait de brocart, on plaçait toutes les idoles sous l’arbre, on faisait des processions autour et des invocations.

Un div se tenant dans l’arbre parlait aux hommes. En suite ils offraient à l’arbre des sacrifices, et rentraient.

Or un homme du pays de Syrie, descendant des disciples de Jésus, nommé Fîmioun (Euphémion), vint en Arabie. Il trouva ce pays plongé dans l’idolâtrie, et n’ose pas professer sa religion, craignant qu’ils ne le fissent périr.

 

Il voyageait donc de ville en ville, gagnant sa vie; chaque soir il recevait le prix de son travail, en achetait de la nourriture et mangeait; ensuite il se mettait à louer Dieu et à prier.

Quand les hommes s’apercevaient qu’il n’adorait pas les idoles, il quittait son séjour et se rendait ailleurs, sur le territoire de Mossoul, de la Mésopotamie, du Sawâd ou de l »lrâq.

Un jour, comme il marchait seul, il fut rencontré par des brigands, qui lui dirent : « Tu es [sans doute] un esclave, et tu t’es enfui d’auprès de ton maître. »

Ils le firent captif, le conduisirent à Nadjrân et le vendirent . Il était donc aux ordres de l’homme qui l’avait acheté; mais, le soir, il entrait dans une chambre et passait toute la nuit en prières, tenant la porte de la chambre fermée.

Son maître, l‘ayant vu faire ainsi une nuit ou deux, voulut savoir ce qu’il faisait dans la chambre. Il y entra donc vers mi nuit et vit la chambre éclairée par une lumière. Il pensait que Fîmioun avait un flambeau; regardant de plus près et voyant qu’il n’en avait pas, il fut épouvanté.

Le lendemain , il appela Fîmioun et lui dit : « Je t’ai vu hier soir quand tu priais; toute la chambre était éclairée. et tu récitais quelque chose; quelle religion as—tu?  »

L’autre répondit : « Je professe la religion de Jésus, fils de Marie, et c’était l’Évangile, le livre de Dieu, que je récitais. »

L’homme dit : « Cette religion est-elle supérieure à la nôtre? »

Fimioun répondit : « Assurément, ma religion est supérieure à la vôtre; car celle-ci est fausse, ces idoles et cet arbre ne sont pas des dieux.  »

Cet homme, le maître de Fimioun, fit part de cette histoire à ses concitoyens. Ceux-ci tirent venir Flmioun et le questionnèrent. Il leur exposa la religion de Jésus, et elle leur plut. Ils lui dirent : « Qui nous garantit que ta religion est la vraie et la nôtre fausse? »

L’autre dit : « Je vais invoquer mon Dieu, afin qu’il détruise cet arbre. »

Ils promirent que, si cela avait lieu, ils embrasseraient sa religion. Fimioun sortit de la ville et se rendit auprès de l’arbre; il se plaça au pied de l’arbre et pria. Dieu, devant les yeux de tout le peuple, donna ordre au vent, l’arbre fut arraché et complétement déraciné.

Alors les habitants brisèrent leurs idoles et embrassèrent la religion de Jésus; l’homme qui avait acheté Fîmioun lui rendit la liberté.

Tous les habitants de Nadjrân furent donc chrétiens et apprirent l’Évangile. Fimioun y restait, leur enseignant l’Évangile, et les hommes lui envoyaient leurs enfants pour l’apprendre.

Voilà comment les habitants de Nadjnân, seuls parmi les Arabes, devinrent chrétiens.

Il y avait à Nadjrân un chef nommé Thâmir, à qui naquit un fils, qu’il nomma ‘Abdallah. Quand celui-ci fut grand, son père l’envoya à Fîmioun, afin qu’il lui enseignât l’Évangile. L’enfant fut pendant plusieurs années son écolier.

Fîmioun connaissait le grand nom de Dieu, et tout ce qu’il demandait à Dieu, il l‘obtenait.

Quand on lui apportait un malade, Flmioun demandait le secours de Dieu, et le malade était guéri par la puissance de ce nom. ‘Abdallah, fils de Thâmir, demanda à Flmioun avec beaucoup d’instances de lui apprendre ce nom; mais Fîmioun ne voulut pas et dit : « Ce nom est l’un des noms de Dieu et se trouve dans l‘Évangile; mais je crains de te l’apprendre, de peur que tu ne puisses le supporter; car tu n’es encore qu’un enfant, et tu pourrais adresser à Dieu une demande inconvenante, et par là périr. »

‘Abdallah , désespérant d’obtenir quelque chose de Fimi0un, s’en ferma dans sa chambre, et songea à un moyen pour arriver par lui—même à la connaissance de ce nom. Il avait entendu dire à Fîmionn que, si l’on jetait le grand nom de Dieu dans le feu, il ne brûlerait pas. ‘Abdallah tira de l’Évangile tous les noms de Dieu qui s’y trouvaient, les écrivit ensemble; ensuite il écrivit chaque nom sur un morceau de bois, et les jeta au feu.

Tous les morceaux de bois brûlèrent, excepté celui sui‘ lequel était écrit le grand nom de Dieu (Allah).

De cette façon ‘Abdallah en eut connaissance. Il alla trouver Flmioun et lui dit ce qu’il avait fait. Celui-ci lui dit:  « Ô mon enfant, maintenant que tu l’as trouvé, prends garde de ne pas le perdre, en invoquant Dieu par ce nom dans une intention criminelle ou pour une chose inconvenante, que Dieu désapprouve. »

Lorsque ’Fimioun mourut, ‘Abdallah prit sa place à Nadjrân, et maintint la religion de Jésus.

Quand on lui amenait un malade ou un aveugle, il invoquait Dieu par ce nom, et le malade était guéri.

Le christianisme prit racine à Nadjrân et s’y établit si solidement, qu’il n’y eut plus personne qui ne fût chrétien; quiconque entrait dans la ville embrassait le christianisme ou était mis à mort. Or un des juifs du Yemen vint à Nadjrân avec ses deux fils.

Les habitants les saisirent et leur dirent : « Embrassez le christianisme, ou nous vous tuerons tous les trois. »

Les deux [ils refusèrent, et furent tués; le père embrassa le christianisme, et on lui laissa la vie; en suite il termina les affaircs de commerce pour lesquelles il était venu, et rentra dans le Yemen , où il reprit le judaïsme.

Il alla trouver le roi Dsou-Nowâs et lui raconta tout ce qui ‘ concernait les habitants de Nadjrân et le sort de ses propres fils. Dsou-Nowâs entra dans une grande colère, et jura solennellement sur le Pentateuque et la religion de Moïse de conduire une armée à Nadjrân , d’en détruire les églises, de briser les croix et de faire brûler tous ceux qui ne voudraient pas abandonner le christianisme et se convertir à la religion juive.

Il sortit du Yemen avec cinquante mille hommes, et se dirigea vers Nadjrân, en emportant avec lui le Pentateuque. Et là il fit creuser pour les habitants de cette ville un fossé et’ lcs fit brûler.

C’est ce roi Dsou—Nowâs et les juifs du Yemen qui sont appelés gens du fossé dans le Coran , où Dieu les a maudits en ces termes : «Périssent les gens du fossé!  » etc. c’est à—dire maudits soient ces hommes du fossé, qui vinrent, creusèrent une fosse, s‘assirent au bord et précipitèrent le peuple dans le feu.

Ukhud Najran. a mention des hommes de Ukhdoud figure dans le Coran (Le Coran, « Les Signes célestes », LXXXV, 4, (ar) البروج). Selon la plupart des commentateurs de ce livre, la formule désignerait les martyrs de Najran, des chrétiens massacrés au Yémen (aujourd'hui territoire de l'Arabie saoudite) pour leur foi, avant l'avènement de l'islam. Il faut noter que les Chrétiens ont été massacrés par Dû Nuwass, un roi juif qui les appela à se convertir au Judaïsme ou à mourir. La population choisit la mort.Dû Nuwass fit torturer hommes, femmes, enfants, vieillards, les passa au fil de l'épée et les brûla alors qu'ils étaient encore vivants. Les faits se sont passés en 571, sont rapportés par les historiens et notamment Ben Isaac. Pour des raisons étranges, ils sont totalement occultés. Les martyrs de Najran s'élévent à plus de 20.000 personnes.
Ukhud Najran. la mention des hommes de Ukhdoud figure dans le  noble Coran (« Les Signes célestes », LXXXV, 4, ( البروج).
Selon la plupart des commentateurs de ce livre, la formule désignerait les martyrs de Najran, des chrétiens massacrés au Yémen (aujourd’hui territoire de l’Arabie saoudite) pour leur foi, avant l’avènement de l’islam. Il faut noter que les Chrétiens ont été massacrés par Dû Nuwass, un roi juif qui les appela à se convertir au Judaïsme ou à mourir. La population choisit la mort.Dû Nuwass fit torturer hommes, femmes, enfants, vieillards, les passa au fil de l’épée et les brûla alors qu’ils étaient encore vivants. Les faits se sont passés en 571 JC, sont rapportés par les historiens et notamment Ben Isaac. Pour des raisons étranges, ils sont totalement occultés. Les martyrs de Najran s’élévent à plus de 20.000 personnes.

CHAPITRE XXXVII. HISTOIRE DES GENS DU FOSSÉ   Ukhoud

Arrivé sur le territoire de Nadjrân avec sa nombreuse armée, le roi yéménite Dsou-Nowâs y fit détruire toutes les églises, et les croix furent abattues et brûlées; ensuite il invita les habitants à embrasser le judaïsme; mais ceux-ci refusèrent.

‘Abdallah , fils de Thâmir, fut également engagé à professer la religion juive , et il s’y refusa également.

Le roi le fit porter sur le sommet d’une montagne et précipiter en bas. ‘Ahdallah se releva sain et sauf; son corps n’avait point souffert. Il se présenta devant le roi et I’appela au christianisme.

Le roi tenait dans sa main un bâton; il en frappa ‘Abdallah sur la tête et ‘ la brisa; le sang coula, et ‘Abdallah mourut et fut enterré.

Ensuite, Dsou-Nowâs fit creuser un énorme fossé, long comme un abîme, de la profondeur d’une lance, et très largc, le fit remplir de matières combustibles et y fil mettre le feu.

Il fit venir les habitants un à un, et fit jeter dans ce feu tous ceux qui ne voulurent pas embrasser le judaïsme. Environ vingt mille hommes furent tués de cette manière; les autres s’enfuirent.

Le roi fit détruire tout ce qui était encore resté debout dansla ville; il fit brûler les croix et les Évangiles; ensuite il retourna dans le Yemen.

Il arriva, du temps d“Omar ben-al-Khattâb, lorsqu‘il appela les gens de Nadjrân , qui étaient chrétiens, à l‘islam que ceux-ci ne voulurent pas l‘accepter.

Mais ils s‘engagèrent à payer une capitation double de celle que payaient. les musulmans. ‘Omar leur accorda la paix et envoya un agent à Nadjrân pour recevoir cette contribution.

Oukhoud Najran
Oukhoud Najran

Celui—ci adressa à ‘Omar une lettre dans laquelle il lui raconte le fait suivant: « Un paysan de Nadjrân, creusant une fosse, y a trouvé le cadavre d‘un homme en parfait état de conservation, la main posée sur la tête.

Chaque fois que ce paysan soulevait cette main en I‘éloignant de la tête, il voyait au dessous une blessure dont il coulait du sang; et quand il replaçait la main, le sang cessait de couler.

Les hommes en furent étonnés et ne savaient ce que c‘était. »  ‘Omar ne le sut pas non plus et interrogea ‘Ali‘ ben-Abou«Tâlib. Celui—ci dit : « C‘est ‘Abdallah, fils de Thâmir, que le roi du Yemen, Yousouf Dsou—Nowâs, l‘Homme du Fossé, a tué en le frappant avec le bâton et lui brisant la tête; son sang s‘est répandu par la blessure. Yousouf le fit enterrer en cet endroit. »

C‘est le Prophète qui l‘avait ainsi raconté à ‘All. ‘Omar ordonna de laisser la main de cet homme posée sur sa tête, de le remettre en terre et d‘ériger au-dessus de lui un monument, afin que personne n‘ouvrit plus sa tombe. Ils firent ainsi.

Après avoir massacré et brûlé tout ce peuple, le roi Yousouf retourna de Nadjrân dans ‘le Yemen.

Le pays tomba entre les mains des Abyssins, qui vinrent s‘emparer du Yemen, comme nous allons le rapporter.

 

Aksum_and_South_Arabia_ca._230_AD
Le royaume Abbyssin d’Aksum et le sud de l’Arabie ver  230 JC le royaume Himyarite est en rouge, Najran sous influence chrétienne et abyssine  

CHAPITRE XXXVIII. HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DU ROYAUME DU YEMEN PAR LES ROIS ‘D’ABYSSINIE.

Voici comment le royaume du Yemen tomba des mains de Dsou Nowâs et des ‘Himyarites en général : Yousouf retourna de Nadjrân dans le Yemen.

Un des chrétiens de cette ville, nommé Dous, avait sauvé sa vie en s’enfuyant sur un cheval qui était nommé Tha‘lab, à cause de la grande rapidité de sa course: c’est pour cela que, dans les chroniques, cet homme est appelé Dous Dsou-Tho‘labân, étant désigné par le nom du cheval sur lequel il s’est enfui.

Après le départ de Dsou-Nowâs, Dous rentra dans Nadjrân et fit sortir de leur retraite les hommes qui étaient restés en vie, et leur dit : « Reconstruisez vos églises et rétablissez le culte chrétien; moi, je n’aurai pas de repos avant d’avoir obtenu vengeance. »

Il monta sur son cheval et alla trouver le César, qui était chrétien, en prenant avec lui un Évangile à demi brûlé, qui lui appartenait.

Le roi de Perse, à cette époque, était Nouschirwân, qui s’occupait à régler les affaires de son pays et qui était adorateur du feu.

Quand on lui rapporta que le roi du Yemen était venu à Nadjrân et avait brûlé les chrétiens, il ne s’en soucia pas. Dous Dsou-Tho‘labän vint donc auprès de l’empereur, lui fit le récit de Nadjrân et mit devant ses yeux l’Évangile détérioré par le feu.

L’empereur de Roum fut très afiligé, pleura et dit : « Si tu étais venu plus tôt, quand il n’était pas encore rentré dans le Yemen, je serais allé lui faire la guerre et aurais vengé la religion chrétienne; mais maintenant qu’il est de retour dans le Yemen, je suis séparé de lui par une trop {grande distance, par le désert, le ‘Hedjâz et l’Arabie, où la marche d’une armée est très—difficile. Mais le roi d’Abyssinie en est plus rapproché, et il est chrétien; je te donnerai une lettre pour lui, afin qu’il t’accorde une armée et que vous preniez vengeance. « 

L’empereur écrivit donc au Nedjâscln‘, le roi d’Abyssinie, et envoya vers lui Dous Dsou Tho‘labân avec son Évangile qui avait souffert du feu. Dous vint en Abyssinie, remit au Nedjâschî la lettre du César, lui présenta le livre détérioré et lui rapporta le récit des gens de Nadjrân. Le roi versa des larmes.

Il fit convoquer les habitants de I’Abyssinie, et tous pleurèrent et s’affligèrent sur le sort de la religion chrétienne; ils résolurent d’attaquer Dsou Nowâs avec une nombreuse armée, et d’agir avec les juifs d’une plus rude façon que ceux-ci n’avaient fait avec les chrétiens.

Le Nedjâschî (le Negus) passa son armée en revue, et fit marcher soixante et dix mille hommes sur le Yemen.

Il choisit parmi ses généraux un homme nommé Aryât, qu’il plaça à la tête de cette armée.

Un vieux château à mehiut Al-Mahwit - Yémen
Un vieux château à mehiut Al-Mahwit – Yémen

Dous Dsou-Tho‘labân l’accompagna. Il y a entre l’Abyssinie et le Yemen une mer très-vaste.

Le Yemen renferme un grand nombre de villes et est le plus beau pays du monde, car il est en même temps montagneux et plat, terre ferme et pays riverain; il y a des villes qui sont situées sur le sommet d’une montagne, d’autres dans les vallées, d’autres dans l’intérieur des terres et d’autres sur le bord de la mer: certaines villes ont une température assez chaude; d’autres, une température assez froide.

Parmi les villes de la côte se trouvent ‘Aden et ‘Hadhramaut.

L’armée abyssine traversa la mer et débarqua à ‘Hadhramaut. Quand Dsou-Nowâs en fut informé, il envoya des messagers aux rois de toutes les villes du Yemen et convoqua les armées; il leur fit dire : « L’ennemi qui vient nous attaquer est très—fort; nous ne sommes pas en état de nous mesurer avec lui et de le combattre; Il faut le perdre par une ruse. Que chacun de vous reste dans sa ville avec ses troupes; je ferai en sorte que l’ennemi envoie dans chaque ville une partie de ses troupes, et alors que chacun de vous tombe avec son armée sur ces hommes qui y viendront, et qu’il les fasse périr. »

Les rois consentirent, et les troupes du Yemen restèrent tranquilles; Dsou-Nowâs demeura avec environ cinq mille hommes à Çan‘â (Sanaa).

Ensuite Dsou-Nowâs fit faire cent mille clés, et lorsque le chef de l’armée abyssine, Aryât, débarqua à ‘Hadhramaut, Dsou-Nowâs lui adressa une lettre dans laquelle il lui disait : « Je ne veux pas lutter contre toi, car je sais que le Nedjâschi ne nourrit pas d’hostilité envers moi; si le roi le désire, je lui enverrai les clés de tous mes trésors, et je me rendrai moi-même auprès de toi avec les quelques hommes qui sont avec moi; je n’ai pas rassemblé d’armée, afin que tu saches que je ne veux pas te combattre. Je me rendrai auprès de toi, je te remettrai ces clés et le royaume. Si tu l’ordonnes, je ferai magoumission à toi, ou si tu veux, je me rendrai auprès du Nedjâschi. »

Le Moyen-Orient et l'Arabie ver 565 JC
Le Moyen-Orient et l’Arabie ver 565 JC, lé yémen sous domination Axumite

 

Aryât répondit: « Je ne peux rien faire par moi-même, sans l’autorisation du Nedjâschi. »

Il resta donc à ‘Hadhramant, écrivit au Nedjâschî et lui rendit compte de cette proposition, en lui envoyant la lettre de Dson—Nowâs. Le Nedjâschî, après avoir lu ces lettres, fut très-content et écrivit à Aryât de recevoir les trésors et de les envoyer à la cour.

Aryât envoya une lettre à Yousoul‘, lui disant : Le Nedjâschi ordonne que tu te rondes auprès de moi et me livres les trésors.

Dsou-Nowâs partit de Çau‘â, chargea les clés sur des ânes et vint à ‘Hadhramaut, auprès d’Aryât, qu’il conduisit, lui et son armée, à Çan‘â (Sanaa), et lui remit toutes les richesses qui se trouvaient dans cette ville, en lui disant :  » Les autres trésors sont dans les autres villes; envoie dans chaque ville un officier avec quelques troupes, à qui je remettrai la clé du trésor de la ville; qu’il aille en prendre possession. »

Aryât fit ainsi. Lorsque l’armée abyssine fut ainsi dispersée, Dsou-Nowâs envoya dans chaque ville l’ordre de tuer les troupes abyssines : elles furent toutes mas— sacrées. Quand Aryât en fut informé, il en eut une grande douleur.

Il quitta Çan‘â ‘(Sanaa), se rendit à ‘Hadhramaut, s’embarqua. et vint rendre compte au Nedjâscln‘. Celui-ci fut très-cour— roucé; il arma cent mille hommes, cavaliers et fantassins, et mit à leur tête un officier nommé Abraha ben—aç-Cebâ‘h, sumommé Abou—Yaksoum; il était de la famille des rois d’Abyssinie; on l’appelle aussi Abraha al-Aschram, nom qui désigne en arabe quelqu’un qui a le nez coupé. Il eut le nez coupé dans de guerre du Yèmen, comme nous le rapporterons plus loin.

Le Yémén sous les Abyssins d'Axum (Osprey Angus McBride) 1 2 3
Le Yémén sous les Abyssins d’Axum 4-6eme JC siècle (Osprey Angus McBride)
1) Soldat Yéménite 5eme siècle
2) Gouverneur Éthiopien 6eme siècle 
3) Marin Omanais 3-4eme siècle

Abraha vint donc avec cent mille hommes dans le Yemen.

Lorsqu’il débarqua à ‘Hadhramaut, Dsou-Nowâs reconnut qu’il ne pourrait pas lui résister et que son armée ne l’aide— rait pas. Il avait un cheval qui savait nager; il monta en toute hâte sur ce cheval et le poussa dans la mer; le cheval nagea pendant quelque temps, ensuite il se noya.

Abraha vint dans la ville de Çan‘â, saisit les rênes du gouvernement et autorisa l‘armée abyssine à tuer dans chaque ville du Yemen autant de personnes que les Yemenites avaient tué des leurs.

Le sang coula à flots dans chaque ville. Abraha soumit les habitants du Yemen, s’empara de la couronne, proclama le christianisme et construisit des églises. Il engagea le peuple à abandonner la religion juive et à embrasser le christianisme; quiconque refusait de le faire ou de payer la capitation eut la tête tranchée.

Or le Nedjâschî pensa qu’Abraha lui enverrait une partie des trésors du Yemen.

Abraha n’en fit rien, et l’on disait au Nedjâschî: « Il s’est révolté contre toi et s‘est emparé du royaume du Yemen pour son propre compte. »

Le Nedjâschi -lui adressa une lettre et l’appela auprès de lui. Abraha répondit : « Je suis l’esclave du roi, et j’ai conquis ce royaume pour lui avec beaucoup de peine et en versant beaucoup de sang. Si je m’absente d’ici, ce pays sera perdu pour nous; il faut que le roi envoie ici une armée et quelqu‘un à qui je puisse remettre le gouvernement, ensuite j‘irai me présenter devant lui. »

Le duel entre les généraux abyssins Abraha et Aryat
Le duel entre les généraux abyssins Abraha et Aryat tiré du tarikhnama de Muhammad al-Balami

Le Nedjâscbî envoya Aryât, le même général qu’il avait envoyé le premier dans le Yemen, avec quatre mille hommes, pour prendre le gouvernement du Yemen, ayant ordonné à Abraha de venir à sa cour.

Lorsque Aryât vint dans le Yemen, Abraha alla à sa rencontre et lui dit : « Pour quelle aiïaire es-tu venu? L‘autre dit : Le roi m’a ordonné de prendre de tes mains l’armée et le gouvernement et de t’envoyer à sa cour. « 

L‘autre dit :  « Et si je ne le les remets pas, que feras-tu? »

Aryât répondit : « Alors nous te combattrons, moi et mes troupes, jusqu’au dernier homme. »

Abraha lui dit : « A quoi servirait de tuer les soldats? Viens combaltre seul avec moi; celui de nous deux qui sera vainqueur prendra le gouvernement »

. Aryât consentit, et ils convinrent d’un jour et d’un lieu où ils combattraient seuls.

Abraha avait un serviteur abyssin très—brave, nommé Ghenoud. Les Abyssins combattent tous avec la lance.

Le jour du combat convenu, Abraha dit à son esclave : « Quand je serai au moment de le combattre, tiens toi en embuscade, puis élance-loi subitement sur lui, frappe-le de ta lance et tue—le. »

Ensuite Abraha et Aryât commencèrent la lutte, en présence des deux armées, et l‘esclave se tint caché derrière Aryât. Quand ils furent en train de lutter, l‘esclave frappa subitement Aryât d‘un coup de lance; mais, avant qu‘il l‘atteignît, Aryât dirigea sa lance sur la tète d‘Abraha, qui était couverte d‘un heaume de fer. La lance traversa le heaume, toucha la figure d‘Abraha et enleva une partie de son nez.

C‘est depuis ce jour qu‘on l‘appela Abraha al—Aschram (le Balafré).

L‘esclave frappa donc Aryât, le démonta et le tua.

Quant aux soldats d‘Aryât, les uns furent tués, d‘autres se jetèrent dans la mer et se noyèrent, quelques—uns s‘enfuirent auprès du Nedjâschî.

Abraha se saisit du gouvernement. Il avait promis à l‘esclave que, s‘il tuait Aryât, il lui accorderait tout ce qu‘il lui demanderait.

Quand Abraha fut installé sur le trône, l‘esclave lui rappela sa promesse. Abraha lui de manda ce qu‘il désirait.

L‘esclave dit : « Ordonne qu‘aucune jeune fille ne soit conduite dans la maison de son époux avant de m’avoir été amenée, pour que je lui ôte sa virginité. »

Abraha dit : « C‘est une vilaine chose; fais une autre demande. »

L‘esclave dit : « Je n‘ai pas d‘autre désir que celui-là. »

Alors Abraha donna l‘ordre que l‘on fit ainsi qu‘il l‘avait dit.

Pendant un au, aucune jeune fille du Yemen ne fut remise à son époux avant d‘avoir été conduite à cet esclave. Au bout de ce temps, un homme vint et tua l‘esclave; les habitants du Yemen craignirent le ressentiment d‘Abraha.

Mais celui-ci les convoqua et leur dit : « La mort de cet esclave a été très désirable pour moi; mais je ne pouvais pas manquer à ma parole, et je savais que vous le tueriez vous—mêmes. »

Les hommes furent très-contents de ces paroles d‘Abraha et le prirent en affection. Quand le roi d‘Abyssinie fut informé de la mort d‘Arya‘t, il jura par Dieu, par Jésus, l’Évangile et la croix, qu’il n’au rait pas de repos qu’il n’eût versé le sang d’Abraha sur la terre, et qu’il n’eût foulé le sol de la ville dans laquelle il se trouvait; ensuite il se mit à rassembler une année.

himyar saba

A cette nouvelle, Abraha sentit qu’il devait succomber, que l’armée abyssine ne ferait pas la guerre à son roi, auquel elle était attachée, et que lui-même n’aurait pas de secours à espérer des habitants du Yemen.

Il envoya donc un messager au roi pour lui présenter ses excuses, et lui fit dire: « Je suis l’esclave du roi, de même que le fut Aryât. Mais celui-ci n’exécuta pas mes ordres. Je lui avais dit de prendre patience, afin que je lui confiasse l’armée et le gouvernement; il n’attendit pas, et il ne m’accorda pas le temps nécessaire. Ensuite il imagina un, guet apens : il m’appela à une conférence et jeta sa lance contre moi pour me tuer. Alors mon esclave’ le frappa d’un coup de lance, et Aryât fut tué. Si donc deux esclaves du roi combattent l’un contre l’autre et que Dieu fasse périr l’un des deux, il ne faut pas que le roi se dérange. Je suis son esclave comme je l’ai été ; toujours, quand tu l’or donneras, j’irai; mais je crains que le royaume du Yemen ne soit perdu et qu’il soit impossible de le reprendre; il faudra beaucoup de troupes et beaucoup d’argent pour faire de nouveau la guerre; mais moi je suis aux ordres du roi. »

Il présenta ainsi sa justification.

Le Nedjàschî savait qu’il lui faudrait beaucoup d’argent pour transporter des troupes dans le Yemen, et, craignant les dangers de la mer, il agréa cette justification.

Il envoya à Abraha un messager et lui fit dire : « J‘ai juré de verser ton sang sur la terre et de fouler le sol de ton pays. »

Abraha se coupa une veine et fit couler le sang dans une fiole; puis il remplit une bourse de terre, et envoya les deux objets au Nedjâschî, avec ce message : « Voilà mon sang, verse-le sur la terre; et voilà la terre de mon pays , mets-la sous ton pied, afin que ton serment soit accompli. »

Le Nedjâschi fut content, se dégagea de son serment et fut satisfait d’Abraha : il lui laissa le royaume du Yemen. A

braha établit le christianisme dans le Yemen.

Ce fut lui qui amena une armée et des éléphants à la Mecque, pour y détruire le temple de la Ka‘ba.

Dieu le fit périr; il l‘a mentionné dans le Coran en ces termes : «As—tu vu comment ton Seigneur a agi avec les hommes de l’éléphant?» (Sur. cv, vers. 1.)

Le secours miraculeux de la Kaaba face a l'attaque d'Abraha
Le secours miraculeux de la Kaaba face a l’attaque d’Abraha ( du tarikhnama de Muhammad al-Balami)

CHAPITRE XXXIX. HISTOIRE DE L’EXPÉDITION D’ABRABA CONTRE LA KA’BA.

L’origine de cet événement fut celle-ci : Lorsque Abraha fut rentré en grâce auprès du Nedjâschî, et que celui-ci l’eut confirmé dans le gouvernement du Yemen, il fut très-heureux, il en rendit grâces à Dieu, donna des aumônes aux pauvres et fit construire des églises‘ dans chaque ville du Yemen.

Il fit élever à Çan‘â (Sanaa), au nom du Nedjâschî, une église qui n’avait pas sa pareille sur toute la terre en grandeur, en beauté et en ornements.

On- mit quatre ans à la terminer.

Abraha la nomma Qalis. Sa réputation se répandit dans le monde entier. Abraha adressa une lettre au Nedjâschî, dans laquelle il lui disait: « J’ai fait construire pour le roi une église comme le monde n’en possède pas , par reconnaissance de ce que Dieu m’a rendu la grâce du roi. »

Il lui envoya en même temps le plan de l’église. On y vint de Roum. de la Syrie et de tous les pays où il y avait des chrétiens, et l’on voyait là quelque chose qu’on n’avait jamais vu ni entendu , et chacun y lit de riches offrandes.

La nouvelle en vint aussi au César de Roum, qui y envoya également des présents, de. l’albâtre et des étoiles de Roum.

Il écrivit au Nedjâschi une lettre ainsi conçue : « Ton lieutenant a fait dans le Yemen une chose comme on n’en ajamais fait; la gloire en revient à toi; il n’y a nulle part dans le monde un édifice pareil et une église pareille. »

Le roi d’Abyssinie en fut charmé et adressa à Abraha une lettre pleine de compliments et d’éloges.

Abraha écrivit au roi : « Les Arabes ont à la Mecque,un temple qu’ils appellent temple de Dieu; ils y vont en pèlerinage, et font des processions autour de ce temple. L‘église que j’ai fait construire est cent mille fois supérieure en beauté à ce temple. Je veux ordonner aux habitants du Yemen de faire des pèlerinages et des processions journalières à cette église, d’y adorer Dieu et de lui adresser en ce lieu leurs prières. Je veux ordonner aux Arabes de se rendre ici, au lieu de faire leur pèlerinage à leur temple. Cela sera à l‘éternelle gloire du roi. »

Le Nedjâschî en fut content. Alors Abraha proclama dans le Yemen que chrétiens et juifs devaient venir prier dans cette église, y faire des processions et des pèlerinages.

Deux frères arabes, de la tribu des Banu Solaïm, étaient venus auprès d’Abraha. L’ainé s‘appelait Mo’hammed ibn-Khozà‘a al—Dsikrâni; le nom. de l’autre était Qaïs ibn-Khozâ‘a. C’étaient des chefs arabes; ils avaient été réduits par les Arabes et ils s’étaient trouvés embarrassés dans le ‘Hedjâz, le Tihâma et à la Mecque, et étaient venus auprès d’Abraha avec une partie de leur tribu.

Celui—ci les avait bien reçus, et. ils demeuraient là. Lorsque Abraha résolut d’inviter les Arabes à faire leurs pèlerinages à l’église, et de les détourner du temple de la Ka‘ba, il montra beaucoup d’amitié à Mo’hammed, lui donna le gouvernement des Arabes du désert et du ‘Hedjâz, et la souveraineté de la Mecque; il mit une couronne sur sa tête et l’envoya à la Mecque, en lui recommandant de forcer les Arabes à faire leurs pèlerinages à l’église , de les persuader que cette église était plus belle que la Ka‘ba, plus illustre et plus pure; qu’ils avaient dans leur temple des idoles, et qu’ils le souillaient, et que jamais cette église n’avait été souillée.

Mo‘hammed partit avec son frère Qaïs et les gens de sa tribu. La nouvelle s’en répandit à la Mecque.

La souveraineté de la Mecque appartenait aux Qoraïschites et aux différentes branches de cette famille, de la tribu des Kinâna.

Le chef des Qoraïschites et de la Mecque était alors ‘Abdou’l-Mottalib.

Quand Mo‘hammed ar riva sur le territoire de la tribu des Kinâna, ceux-ci postèrent sur son chemin un homme nommé ‘Orwa, fils d »Iyâdh, qui le tua d’un coup de lance.

Son frère Qaïs se réfugia auprès d’Abraha, dans le Yemen, et lui fit part de cet événement. Abraha dit : « Me faut-il donc envoyer quelque autre pour les engager à venir ici? J’irai moi-même et détruirai leur temple; alors ils seront embarrassés, et ils viendront, s’ils veulent; ou ils ne viendront pas; puis je tuerai tous les Kinâniens.  »

Abraha rassembla une armée de cinquante mille hommes dans le Yemen, et se disposa à marcher sur la Mecque.

Les Arabes du désert, informés de son dessein, envoyè rent un homme de la tribu des Kinâna pour se rendre dans le Yemen et voir l’église qu’Abraha avait fait construire.

Cet homme partit; quand il y arriva, les gardiens le reconnurent comme étranger, et, sachant qu’il n’était pas chré tien, ils lui demandèrent ce qu’il voulait.

Il dit : « Nous avons appris que le roi a fait élever ici une église, et qu’il veut nous engager à y venir en pèlerinage; mes compatriotes m’ont envoyé ici pour la voir, et je viens pour examiner ce temple, savoir comment il est, et pour leur en rendre compte, afin ‘ qu’ils y viennent en pèlerinage. »

On informa de ce fait Abraha qui donna ordre de conduire cet homme, de lui montrer toute l’église et de l’y introduire. Cet homme y vit des choses qu’il n’avait jamais vues auparavant, en fait de peintures et de pierreries, qui y étaient suspendues. Il demeura tout étonné, se mit à prier et à pleurer; il demanda la permission d’y rester la nuit pour prier.

Le détroit de Bab-el-Mandeb, traversé par l'armée Aksumite et leurs éléphants dans le «année de l'éléphant ' Faux ?
Le détroit de Bab-el-Mandeb, traversé par l’armée Aksumite et leurs éléphants dans l’«année de l’éléphant ‘

On lui en accorda la permission, et il y passa toute la nuit en prières. Au matin, il remplit ses mains d’ordures et les porta sur l’autel de l’église, puis il sortit, demanda la permission d’aller faire ses ablutions et s’enfuit. Quand on vint à l’église pour la prière, on vit cet état de choses. On avertit Abraha de ce qu’avait l’ait cet homme, que les Arabes eux—mêmes avaient envoyé dans ce but.

Abraha jura qu’il partirait et ne retournerait pas avant d’avoir détruit la Ka‘ba, et que, après l’avoir détruite, il la ferait profancr par des souillures.

Le Nedjâschî avait un éléphant qu’on appelait Ma‘hmoud, et qu’onn’avait jamais emmené dans une guerre sans remporter la victoire, et qui n’était jamais revenu d’aucun endroit si ce n’est en triomphe; il était très-grand, plus grand qu’aucun autre éléphant de l’Abyssinie.

Abraha avait avec lui dans le Yemen treize de ces éléphants abyssins; il écrivit une lettre au Nedjâschi, lui raconta l’attentat des Arabes, tout ce qui s’était passé, lui fit part de son entreprise et lui demanda l’éléphant Ma‘hmoud.

Le roi le lui envoya, et Abraha fit réunir une armée nombreuse, et partit du Yemen avec les éléphants.

L’armée arriva sur le territoire du ‘Hcdjâz. Il y avait parmi les Arabes un homme, nommé Dsou-Nafar, qui était si brave, qu‘il se jetait à lui seul sur mille cavaliers.

Les Arabes lui prêtaient obéissance. Il était de la race des Himyarites, qui avaient eu le gouvernement du Yemen avant les Abyssins, et il entretenait de l’amitié avec ‘Abdou’l-Mottalib. ’Dsou—Nafar rassembla les Arabes et se jeta au—devant d‘Abraha avec dix mille hommes.

Abraha le mit en fuite et tua un grand nombre d‘Arabes; il fit prisonnier Dsou—Nafar et donna ordre de le mettre à mort.

Dsou-Nafar lui demanda grâce, disant : « Ne me fais pas tuer, tu n‘en tireras aucun avantage; garde-moi avec toi, afin que je te serve; tu as appris ma réputation et mon courage; il se peut que je t‘aide à accomplir ton dessein et que tu sois content de moi. »

Abraha lui fit grâce, l‘emmena avec lui et le fit garder par ‘ les troupes; puis il s‘avança.

Un homme nommé Nofaïl, fils de ‘Habîb, était chef des Beni-Khath‘am.

Les Baeni-Khath‘am étaient deux tribus, dont l‘une s‘appelait Schahrân, et l‘autre Nâhis, et qui avaient ensemble cinquante mille hommes.

No faïl en choisit dix mille combattants et attaqua Abraha, qui les mit en fuite. Nofaïl fut également fait prisonnier et demanda grâce, en disant : « Ô roi, accorde—moi la vie sauve; car tu connais mon influence parmi les Arabes; derrière moi sont cinquante mille tentes; en m‘épargnant, tu reçois le gage d‘obéissance de tous ces hommes. Il te faut, pour aller à la Mecque, un guide; car, dans ce pays des Arabes, une armée ne peut pas s‘avancer sans guide; je te guiderai. »

Abraha l‘épangna également, et le retint prisonnier avec Dsou-Nafar; ensuite il continua sa marche. Quand les Arabes apprirent l‘issue de ces deux batailles, ils eurent des appréhensions, et aucun d‘eux n‘osa plus l‘attaquer.

Abraha arriva à Tâïf, qui était sous le pouvoir des Beni—Thaqîf, dont le chef était Maç‘oud, fils de Mo‘attib le Thaqifite. Celui-ci et, à sa suite, les habitants de Tâïf vinrent faire leur soumission à Abraha, qui les reçut en grâce et leur demanda un guide, pour s‘avancer jusqu‘à la Mecque.

Ils lui donnèrent un homme nommé Abou-Rigbâl, et Abraha lit avancer son armée sur la Mecque.

Les habitants de cette ville furent dans la crainte; ils allèrent trouver ‘Abdou’l-‘Mottalib, pour connaître son avis.

‘Abdou’l-Mttalib dit: « Nous ne sommes pas de force à résister à ces hommes; quand Abraha s’approchera, nous nous en irons tous, avec nos femmes et nos enfants, dans les montagnes. Abraha sait à quoi s’en tenir en ce qui concerne ce temple, dont le maitre est. plus puissant que nous et, selon sa volonté, en éloignera cet ennemi ou le lui abandonnera. »

Abraha quitta Tâîf et vint camper à une station nommée Moghammes, éloignée de deux stations de la Mecque.

Abou-Righâl mourut à cet endroit, où se trouve son tombeau.

Encore aujourd’hui, tous ceux qui y passent le maudissent et jettent des pierres contre son tombeau, qui est devenu une montagne, par le grand nombre de pierres amassées.

De la station. de Moghammes, Abraha envoya un des officiers abyssins, nommé Aswad, fils‘dc Maqçoud, avec cinq mille hommes, et lui recommanda de ne pas entrer dans la Mecque, mais de saisir autour de la ville tous les animaux des habitants, bœufs, moutons, chevaux et chameaux, et de faire prisonniers tous les hommes qu’il rencontrerait.

L’officier alla et prit tout le bétail et tous les pâtyres de la Mecque qu’il trouva sur son chemin; parmi les animaux, il y avait deux cents chameaux appartenant à ‘Abdou’l-Mottalib.

Abraha fit demander aux prisonniers ce que les habitants de la Mecque se proposaient de faire. Les pâtres répondirent: Les hommes sont d’accord d’abandonner la ville au roi, afin qu’il en fasse ce qu’il voudra, et leur chef Abdou‘l-Mottalib leur a recommandé de ne pas combattre.

Abraha envoya à la Mecque un homme ‘himyarite, qui était avec lui, l’un des rois du Yemen , nommé ‘Honâta, et lui donna pour instruction de dire aux Mecquois: « Je ne veux pas attenter à votre vie; je suis venu pour détruire ce temple, comme j’ai juré de le faire; soyez tranquilles pour votre vie et pour vos biens. »

Abraha recommanda aussi à son envoyé de lui amener le chef des habitants, qu’il voulait voir. ‘Honâta vint dans la ville, transmit aux habitants le message d’Abraha et amena ‘Abdou’l-Mottalib auprès du roi. Ils arrivèrent quand le jour avait. baissé; on avertit Abraha que l’on amenait le chef de la Mecque; mais ils ne purent pas voir Abraha cette nuit.

On fit demeurer ‘Abdou’l— Mottalib avec Dsou-Nafar et Nofaïl, les deux chefs arabes qui avaient combattu.

Dsou-Nafar et ‘Abdou’l-Mottalib étaient amis. ‘Abdou’l-Mottalib dit à Dsou Nafar : « Ne peux-tu me rendre aucun service? »

L’autre répondit : « Quel service pourrais—je rendre, moi qui suis prisonnier et enchaîné, et qui m’attends à chaque instant à être mis à mort? Cependant le gardien qui prend soin du grand éléphant et qui est le chambellan d’Abraha, et qui se nomme Onaîs, est un brave homme et mon ami;je lui dirai de représenter au roi ta position. »

‘Abdou‘l-Mottalib était le premier de tous les Arabes; car les principaux d’entre les Arabes étaient les Qoraïschites , et il était le chef des Qoraïschites. Il n’y avait pas d’homme plus généreux que lui dans toute I’Arabie.

Sa libéralité était telle qu’elle triomphait du vent du nord : quand le vent du nord soufflait, il tuait un chameau et en donnait la chair à manger aux hommes; si, le lendemain, le vent soufflait encore, il tuait  encore un chameau; et si, pendant cent jours, le vent souffiait, il tuait chaque jour un chameau et en donnait la chair aux hommes; et il faisait jeter tous les intestins des chameaux dans les montagnes, pour servir de pâture aux bêtes sauvages; et il faisait détacher les os pour les jeter à manger aux chiens.

On l’avait surnommé «le nourrisseur des hommes et des bêtes.» Dsou-Nafar parla la même nuit à Onaïs, le chambellan et lui fit l’éloge d »Abdou’I-Mottalib, et lui demanda de faire connaître au roi sa position, sa dignité et sa situation actuelle.

Le lendemain, Onaïs en informa le roi, qui décida de donner à ‘Abdou’l-Mottalib une audience. Quand Abraha donnait audience à l’armée et au peuple, il était assis sur un trône, n’ayant personne à côté de lui, à cause de son rang.

Abraha ne voulut pas faire asseoir ‘Abdou’l-Mottalib sur le trône , en présence de l’armée abyssine, qui aurait pu dire que le roi le craignait; mais il voulut le traiter avec plus de distinction que les autres hommes, et ne pas le faire asseoir à ses pieds, pour ne pas faire tort à sa dignité. Il descendit donc de son trône, s’assit sur un tapis, sur la terre, et donna audience aux troupes et à ‘Abdou’l-Mottalih.

Quand celui-ci entra, Abraha le fit asseoir à côté de lui. ‘Abdou’l-Mottalib était un homme d’une taille élevée, d’un extérieur imposant -et très-bcau; il plut à Abraha, qui ordonna à l’interprète de lui parler; et quand il entendit aussi qu’il s’exprimait avec éloquence, l’idée lui vint de lui abandonner la Ka‘ba et de s’en retourner.

Il dit à ‘Abdou’l-Motlalib : « Fais-moi une demande. »

Il pensa qu »Abdou’l-Moltalib demanderait grâce pour le temple. Mais celui-ci dit: « On m’a pris deux cents chameaux que le roi ordonne de me les rendre. »

Abraha dit : « Je regrette de m’être trompé à ton égard; je croyais ton esprit plus élevé. Je suis. venu pour détruire ce temple de la Ka‘ba, qui est l’objet de ton culte et de celui de tous les Arabes; tu aurais dû me demander de m’en retourner et de ne pas le détruire. Je te l’aurais accordé et j’aurais ramené l’armée. Ce temple serait resté, jusqu’au jour de la résurrection, l’objet de ton culte et de celui de tes descendants. Mais tu n’as été préoccupé que ’ de deux cents chameaux; est-ce là une grande affaire? Si j’avais abandonné  mon dessein sur ta demande, je t’aurais donné cent fois la valeur de ces chameaux. Tu m’as été la bonne opinion que j’avais de toi. »

‘Abdou’l-Mottalib dit : « Je suis le propriétaire de ces chameaux; il faut que je fasse des démarches pour les recouvrer. Ce temple a un maître plus puissant que moi, qui, s’il veut le préserver de ton attaque, saura le faire. »

Abraha donna ordre de restituer les chameaux à ‘Abdou’l-Mottalib, qui les ramena et rentra à la Mecque. Il dit aux habitants de prendre le chemin de la montagne, en abandonnant la ville et leurs maisons; et lui—même, avec sa famille et ses chameaux, se retira dans la montagne. La ville fut ainsi complétetnent abandonnée par les habitants.

Abraha arriva à la porte de la Mecque. Le lendemain, il fit avancer l’éléphant Ma‘hmoud. On avertit Abraha qu’il n’y avait plus personne dans la ville.

Il ordonna de faire entrer les éléphants qui devaient détruire la Ka‘ba, pour s’en retourner ensuite.

On conduisit le grand éléphant dans l’enceinte sacrée; arrivé là, l’éléphant s’arrêta et ne voulut plus avancer d’un seul pas. Malgré les coups qu’ils lui donnèrent, il n’avança pas son pied; on le frappa sur la tête avec des bâtons de bois et de fer; tout fut en vain. Les autres éléphants s’arrêtèrent également.

Alors Allah envoya une espèce d’oiseaux ressemblant à l’hirondelle, à celle qu’on appelle perestak, qui volèrent au bord de la mer, où chacun prit dans ses serres et dans son bec quelques grains de sable; ensuite ils s’envolèrent dans la direction de la Mecque et se tinrent au dessus des troupes abyssines. On raconte que Dieu fit sortir de l’enfer une vapeur par laquelle le sable dans-les serres et le bec des oiseaux se changea en pierres, que les oiseaux laissèrent tomber sur les soldats.

Chaque soldat fut frappé d’une pierre à la tête, et aussitôt le feu entra dans son corps, la chair se détacha des os, et le corps entier ne devint qu’une plaie. Chacun n’eut souci que de sa personne. Après avoir jeté toutes les pierres, les oiseau‘x s’envolèrent. Le corps de tout homme atteint par une de ces pierres fut couvert de pustules.

Quant à ’éléphant, on avait. beau le frapper, il n’avançait pas; quand on lui tournait la tête vers le Yemen ou vers l’orient, il marchait; si on le tournait vers le sanc tuaire, il ne marchait pas.

Alors toute l‘armée revint sur ses pas, et on ramena les éléphants.

Tous ceux qui avaient été atteints par les pierres eurent cette éruption, qui s’étendait sur tout le corps; la peau et la chair se détachèrent.

Arrivés dans le Yemen, ils moururent. Dsou-Naf’ar et Nofaïl, qui étaient prisonniers entre les mains d’Abraha, s’enfuirent, se rendirent dans la montagne de Tihâma et avertirent de ce qui s’était passé ‘Abdou’l-Mottalib et les gens de la Mecque.

Ceux—ci rentrèrent dans la ville, et, depuis lors, ils témoignèrent à ‘Abdou’l-Mottalib plus de respect qu’auparavant, disant : « C’est lui qui est le maître du temple de Dieu, qui, à cause de lui, en a éloigné l’ennemi. »

Voilà le récit tel qu’il se trouve rapporté dans cet ouvrage et auquel se rapporte cette surate du Coran : «N’as—tu pas vu comment ton Seigneur a traité l’homme de l’éléphant?» etc.

Mais dans les commentaires il est dit que les troupes abyssines, frappées par les pierres, périrent au même instant, et que leurs effets devinrent le butin des habitants de la Mecque.

Le miracle de l'éléphant face a la sainte Ka'aba
Le miracle de l’éléphant face a la sainte Ka’aba  

J’ai lu dans les commentaires ce qui suit, qui ne se trouve pas dans l’ouvrage de Mo‘hammed ben Djarir al Tabari

: « Le roi qui vint attaquer la Mecque avec l’armée abyssine, et qui y périt, fut le Nedjâschi lui—même, nommé Aswad ben-Maqçour. Dans la langue abyssine, Nedjâschî veut dire «grand roi.»

Le Nedjâschî était venu avec son armée, et Abraha était son lieutenant dans le Yemen. Le motif de cette expédition n‘était pas qu‘Abraha aurait invité les Arabes à se rendre en pèlerinage à l‘église.

Le motif fut le suivant :

Quand Abraha eut élevé cette église de Çan‘â (Sanaa), il se trouva que c’était, le plus bel édifice du monde.

L‘église n‘était pas dans la ville elle-même, mais en dehors de la ville, dans la plaine. Abraha ordonna que tous les chrétiens y tissent des pèlerinages et des processions.

La réputation de cette église parvint jusqu‘au roi de Roum, qui y envoya éga lement beaucoup de personnes en pèlerinage.

Le Nedjâschî en fut très—heureux, et ordonna“ aux chrétiens d‘Abyssinie d‘aller aussi là pour le pèlerinage et les processions.

Le bruit de ces faits se répandit dans le monde entier, et de tous les lieux où il y avait des disciples de Jésus, il venait tous les ans à Çan‘â (Sanaa) en pèlerinage des personnes qui y exécutaient des processions et faisaient des offrandes , de même que les Arabes au temple de la Mecque. Abraha et tous les chrétiens de Çan‘â (Sanaa)  allaient chaque jour prier à l‘église, et la nuit on y mettait des gardiens et des inspecteurs.

Cela se passa ainsi pendant plusieurs années. Or, un jour, une caravane arabe vint pour le commerce dans le Yemen.

Ces Arabes avaient avec eux un grand nombre de chameaux; ils firent halte aux portes de Çan‘â , derrière l‘église; les chameliers, tous réunis près du mur de l‘église, y portèrent une grande quantité de bois et allumèrent du feu.

Vers minuit ils chargèrent les chameaux et partirent, laissant près du mur beaucoup de bois enflammé.

Alors le vent porta les flammes sur l‘enceinte de l‘église et dans l‘église elle-même; les bois et les peintures enduites d‘huile prirent feu et furent consumés.

Les hommes sortirent de la ville , mais, malgré tous leurs efforts, ils ne purent se rendre maîtres du feu : le matin, toute l‘église était brûlée. Abraha‘ envoya des cava liers pour poursuivre les gens de la caravane, qui furent ramenés. Abraha leur dit : Vous avez fait cela de propos délibéré, vous avez été envoyés pour cela. Il les lit tous mettre à mort et lit brûler leurs chameaux et leurs biens. Lorsque cette nouvelle arriva au Nedjâscln‘, il en eut un grand chagrin, ctjura qu’il détruirait le temple de la Mecque. Il amena dans le Yemen son armée et l’éléphant nommé Ma‘hmoud, et Abraha, avec toutes les troupes abyssines qu‘il avait, se joignit à lui. Quand ils arrivèrent près de la Mecque, ‘Abdou’l-Mottalib se présente devant eux pour réclamer ses chameaux; les Mecquois évacuèrent la ville, et le roi vint camper aux portes de la ville.

Il y avait un chef de Tâïl’, des Beni-Thaqif, nommé Mas‘oud; c‘était un homme âgé, devenu aveugle, doué d’une haute intelligence et d’une grande expérience.

Il était lié d’amitié avec ‘Ahdou‘l-Mottalib; chaque fois qu’il venait à la Mecque, il descendait dans la maison d »Abdou’l-Mottalib. Lorsque les Meequois se furent retirés dans les montagnes du Tihâma, de ‘Hira, de Thabir et d’Arafa, il “resta personne dans la ville, excepté ‘Abdou’l-Mottalib et Mas‘oud.

‘Abdou’l—Mottalib dit à ce dernier: « Tous les habitants ont quitté la ville; je suis resté à cause de toi; décide—toi sur ce que tu veux faire. Si tu veux aller avec moi dans ces montagnes, je t’y conduirai; si tu veux retourner chez toi, je le ferai monter sur un chameau, et enverrai quelqu’un avec toi. »

Mas‘oud répondit : « Moi aussi je veux me rendre avec toi sur le sommet de cette montagne, pour voir ce que Dieu fera de ces ennemis. Je crois que Dieu ne leur abandonnera pas la maison qu’Abraham , son ami, avait construite par son ordre. J’ai vu et entendu que beaucoup de rois et de Tobba‘ ont eu de mauvais desseins contre ce temple; mais Dieu les en a éloignés. »

Ils allèrent donc tons les deux au haut du mont Bou-Qabis, au pied duquel se trouvait le camp abyssin; et  ils entendaient les voix des hommes qui étziient en bas. Ce fut le matin qu’ils se rendirent à la montagne. Pendant la nuit, les Abyssins étaient arrivés, pour y camper ce jour et la nuit suivante, entrer le lendemain dans la iville et détruire le_templé. Ils savaient qu’il n’était resté personne dans la ville.

Au sommet de la montagne, Mas‘oud dit à ‘Abdou’l-Mottalib : Fais un don de cent de tes chameaux au temple, en disant: Si Dieu préserve le temple de l’ennemi, je l’ais offrande au temple de cent chameaux. Ensuite fais sortir ces chameaux du territoire de la ville vers le camp des ennemis, afin que ceux—ci tuent ces chameaux destinés à l‘olfrande, et Dieu sera irrité contre eux. ‘Abdou’l-Mottalib alla choisir cent de ses chameaux, qui n’étaient pas éloignés de cet endroit, et les consacra par un vœu au temple; puis il les poussa dans la direction des Abyssins.

Les chameaux prirent leur course et tombèrent entre les mains des Abyssins, qui les tuèrent. ‘Abdou’I-Mottalib vit tout cela du haut de la montagne et en informa Mas‘oud. Celui-ci lui dit: « Observe demain comment Dieu les traitera. »

Le lendemain, Mas‘oud dit : « Regarde tout autour de la Mecque, vers le ciel, qu’est—ce que tu y vois? »

L’autre dit :. « Je ne vois rien, si ce n’est de petits oiseaux, qui volent dans l’air. »

Mas‘oud dit encore : « Regarde si ce sont des oiseaux de la Mecque ou de Médine (Yathrib) , et de quel côté ils se dirigent.  »

‘Abdou’l—Mottalib répondit : « Je ne connais pas ces oiseaux; ce ne sont pas des oiseaux du ‘Hedjâz , ni de la Syrie . ni du Yemen; dans aucun pays où je suis allé je n’ai vu des oiseaux de cette espèce; ce sont des oiseaux étrangers. Ils se dirigent du côté de la mer et s‘abattent sur le rivage. »

L’autre dit: « Observe-les, et regarde où ils vont se diriger de là. »

Après un certain temps, ‘Abdou’l-Mottalib dit : Les oiseaux s’envolent du bord de la mer et se dirigent vers le camp.

Mas‘oud dit : « Ce ne sont pas des oiseaux , c’est l’armée de Dieu. Regarde où ils vont et ce qu‘ils feront. Quand le soleil devint jaune. »

‘Abdou‘l-Mottalib dit : « Les oiseaux tournent au-dessus du camp. »

Ensuite la nuit tomba, et ils restèrent tous les deux ainsi sur le sommet de la montagne, n’entendant aucun bruit venant soit des oiseaux, soit des hommes, soit des bêtes.

Lorsque le soleil fut monté, Mas‘oud dit : « Prends—moi la main pour descendre dans le camp, car l’armée de Dieu a accompli hier son œuvre. »

‘Abdou’l-Mottalib le prit par la main et ils allèrent au camp.

Là ils trouvèrent tous les hommes morts sur place, de même que les chevaux, les éléphants et les bêtes de somme. A la tête de chaque homme il y avait une boule d’argile , comme on en fait en tournant de la glaise; chaque boule ressemblait à une crotte de mouton, et. sur chaque boule était écrit le nom de l’homme frappé.

Ils  virent aussi Abraha étendu raide mort.

‘Abdou’l-Mottalib voulut se rendre dans la montagne pour prévenir les Mecquois; mais Mas‘oud lui dit: « Ne te hâte pas; rendons-nous riches d’abord, toi et moi; car, si les Mecquois arrivent, il ne nous laisseront rien; va chercher dans le camp deux bèches »

. ‘Abdou‘l Mottalib fit ainsi. et chacun d’eux en prit une, et creusa une fosse, en travaillant toute la journée. Quand la nuit vint, ils restèrent à cet endroit.

Le lendemain, Mas‘oud dit : « Maintenaiit remplis les deux fosses de toutes ces richesses, couvre—les de terre et aplanis le sol, pour que personne n‘en ait connaissance. » ‘Abdou’l-Mottalib fit ainsi.

Mas‘oud dit en suite : « Je veux la fosse que tu as creusée pour toi. » ‘Abdou’l Mottalib consentit.

Mas‘oud dit; : « Maintenant va, et invite les Mecquois à descendre des montagnes.  »

‘Abdou’l—Mottalib monta sur un chameau, se rendit dans les montagnes de la Mecque et avertit les Mecquois, qui rentrèrent tous et enlevèrent tous les biens qui se trouvaient dans le camp; tous devirrreut riches.

Le septième jour, ‘Abdou’l-Mottalib et Mas‘oud vin— rent retirer les richesses cachées dans les fosses.

L’opulence (l »Abd0u’l-M0ttalib provient de ce fait, ainsi que celle de Mas‘oud de Tâîf.

Ensuite une terrible pluie tomba du ciel, un torrent se précipita de la montagne, enleva toutes les impu retés qui se trouvaient en cet endroit et les porta à la mer; le territoire de la Mecque fut ainsi purifié et lavé des souillures.

Après ces événements, tous les Arabes témoignèreut une grande déférerrce à ‘Abdou’I-Mottalib et aux habitants de la Mecque, et ils les considérèrent comme leurs supérieurs, di— sant : Ils sont les habitants de la ville sainte et les gardiens du sanctuaire.

Quand une caravane de cent ou de mille cha meaux sortait de la Mecque, on attachait au cou de chaque chameau une branche d’arbre avec une corde de laine; par tout où elle passait, dans le désert, en Syrie, dans le Yemen ou en Abyssinie, elle était à l’abri des attaques des voleurs et des maraudeurs.

Abraha avait dans le Yemen deux fils, l’aîné nommé Yaksoum, l’autre Masrouq.

Quand il était parti, il avait établi Yaksoum son lieutenant et lui avait confié l’armée et le gouvernement.

Lorsqu’on apprit la mort d’Abraha, Yaksoum monta sur le trône, et l’armée abyssiue le reconnut.

Après lui régna Masrouq, etensuite vint Saïf ben—Dsou—Yezen. Dépuis l’invasion du Yemen par Aryât jusqu’au moment où Masrouq et les Abyssins perdirent le royaume, il se passa soixante et douze ans.

Pendant tout cet espace de temps, le pays appartient aux Abyssins

Il y eut quatre rois abyssins : Aryât, Abraha, Yaksoum et Masrouq. Abraha vécut du temps de Nouschirwân (le Sassanide).

Axum et les colonies de Marib et Himyar
Axum et les colonies de Marib et Himyar

CHAPITRE XL. HISTOIRE DU RÈGNE DE YAKSOUM, FILS D’ABRAHA, DANS LE YEMEN.

Lorsque Yaksoum, fils d’Abraba, fut monté sur le trône; il fit opprimer le Yemen par les Abyssins, comme avait fait Abraha.

Ils s’emparèrent des femmes , des enfants et des biens.

Du temps d’Ahraha, il y avait dans le Yemen un homme, descendant des rois Himyarites, des anciens Tobba’ , qui avait perdu sa fortune et qui se résignait en silence.

Le nom de cet homme était Al—Iyâdh, surnommé Abou-Mourra, dit Dsou—Yezen.

Comme il était de la famille des anciens rois,; on lui témoignait du respect. Il avait une femme de la famille d »Alqama, fils d’Akil al-Morâri, qui avait été roi du Yemen pendant de longues années.

Il n’y avait pas dans tout le Yemen de plus belle femme qu’elle; elle était très intelligente et fort instruite, comme c‘est ordinairement le cas des princes et des membres de leur famille.

Elle avait un fils de Dsou-Yezen, âgé de deux ans, nommé Ma‘di Ka rib, surnommé Saïf._Abraha, ayant entendu parler de cette femme, lit venir Dsou—Yezeu et lui dit : Si tu ne m‘aban— donnes pas cette femme. je te ferai mettre à mort. Dsou— Yezen, par crainte de la mort, lui laissa la femme.

Abraha l’épouser et la tint, elle et son jeune fils, dans sa maison avec sa famille, et éleva cet enfant comme son propre fils, de sorte que, quand Saïf fut grand, il pensa qu’Abraha était son père.

Les deux fils d’Abraha, Yaksoum et Masrouq, lui sont nés de cette femme. Lorsque Dsou-Yezeu fut séparé de sa femme, il ne put demeurer plus longtemps dans le Yemen, à cause de la honte qu’il ressentait; il prit tout ce qu’il possédait et partit.

Il se rendit dans le pays de Boum, à la cour du César, et lui fit le récit de l‘oppression que sonffraient les habitants du Yemen de la part des Abyssins.

Il lui lit connaître son origine, lui disant qu’il descendait des ‘Himyarites, de tel Tobba‘, qui avait été roi du Yemen pendant plusieurs années; puis il demanda au César une armée pour reconquérir le Yemen, en s’engageant à être son tributaire, de façon que le pays de Roum et le pays du Yemen seraient l’un et l‘autre soumis au César.

Celui-ci répondit : « Abraha est de notre religion; nous ne faisons pas la guerre à nos coreligionnaires. Si tu as à te .plaindre d’un tort, je veux te donner une lettre; peut—être que, par déférence pour moi, Abraha le fera justice. » 

Dsou-Yezen dit : « Le tort dont j‘ai à me plaindre ne peut pas être redressé par ta lettre. »

Et il partit pour se rendre auprès de Noushirwân, le roi de Perse. Ilarriva à ‘Hira, où résidait No‘mân,fils de Moundsir le Lakhmide, roi des Arabes et vassal de Nouschirwân.

Dsou-Yezen se rendit auprès de lui et lui fit connaître son origine.

No‘mân connaissait ses aïeux, car il était lui-même de la race des ‘Himyarites, par Rabi‘a , fils de Naçr le Lakhmite.

Quelques-uns disent que le roi des Arabes était alors Amrou, fils de Hind, également vassal de Nouschirwân et descendant également des ‘Himyarites.

Ce roi fit à Dsou Yezen un bon accueil et lui demanda d’abord de ses nouvelles.

Dsou-Yezen lui ffit le récit de ce qui lui était arrivé, comment il était allé à la cour du César, comment il en était parti, désespérant de rien obtenir de lui, et comment maintenant il allait se rendre à la cour de Nousehirwan, pour lui demander du secours.

Le roi des Arabes lui dit: « Je vais une fois par an à la cour de Nouschirwân , où je passe un moi ou deux, pour lui rendre mes hommages; ensuite je m’en retourne. Reste ici auprès de moi jusqu’à l’époque de mon départ, je t‘emmènerai avec moi. »

Dsou-Yezen resta donc à la cour du roi des Arabes.

Lorsque le moment du départ du roi fut arrivé, Dsou-Yezcn alla avec lui à la cour de Nouschirwân.

Le roi des Arabes se présenta devant le roi de Perse et lui rendit les hommages accoutumés.

Il laissa passer quelque temps sans lui parler de Dsou-Yezen; enfin, quand , d’après la coutume, le roi de Perse mit de côté le cérémonial et que l’on commença à boire et à manger, à aller à la chasse et à jouer à la raquette, alors le roi des Arabes dit à Dsou-Yezen: « Demain je parlerai de toi à Nouschirwân, je lui exposerai ta situation, ton rang et ton origine,et lui demanderai une audience pour toi; ne pourrai pas plaider pour toi et raconter ce qui t’est arrivé et dans quelle intention tu es venu; mais si le roi te montre de la bienveillance et te parle, raconte—lui ton aventure et implore son assistance. »

Le lendemain, le roi des Arabes se rendit à la cour, et Nouschirwân le fit asseoir en face du trône. Lorsqu’il fut en conversation avec lui, le roi des Arabes lui parla de Dsou— Yezen, de son rang et de sa situation, et dit : « Cet homme est venu avec moi à la cour. »

Nouschirwân donna ordre de l’introduire. Nouschirwân était assis sur un trône d’or, dont les quatre pieds étaient des rubis et qui était couvert d’un tapis de brocart.

La couronne était couverte ’émeraudes, de rubis et de perles, et si lourde, qu’il ne pouvait pas la tenir sur sa tête. Elle était suspendue au plafond de l’appartement, au— dessus du trône, par une chaîne d’or si mince, qu’on ne la voyait pas, à moins d’être tout près du trône.

Quand en regardait de loin , on croyait que la couronne, malgré son poids , reposait sur sa tête.

Quand Nouschirwâu quittait le trône, la couronne restait toujours suspendue, et on la couvrait d’une étoffe de brocart, pour que la poussière n’y pénétrât point.

Cette coutume avait été établie par Nouéchirwân , et demeura sous son règne et sous celui de ses descendants; elle n’existait pas sous le règne de ses ancêtres. Lorsque Dson—Yezen entra et qu’il vit cette couronne,’cette splendeur, ce trône et cette majesté, il fut saisi d’étonnement, ses sens l’abandonnèrent il s’évanouit et tomba.

Le roi des Arabes dit : « Relevez-le, car c’est la majesté du roi qui l’a troublé et qui l’a fait évanouir. »

On le releva et on le fit s’approcher de Nouschirwân. Le roi des Arabes, assis devant Nouschirwân (excepté eux deux, aucun autre n’étaitassis), fit asseoir Dsou-Yezen au-dessus de lui. Nouschirwän sut alors que c’étàitun grand personnage et l’interrogea sur ses affaires et sur le but pour lequel il était venu.

Dsou-Yezen se leva de son siége, s’avança au milieu de l’assemblée et se mit il genoux.

Il raconta sa situation et dit: « Je suis un homme dans la famille duquel était la royauté du Yemen. Elle est tombée des mains de mes frères; les Abyssins sont venus et se sont emparés du pays et de nos biens; ils nous ont réduits à la misère et ont exercé contre les habitants des vexations nombreuses. Nous supportons cet état. de misère depuis cinquante ans; mais il est arrivé à un tel degré, que nous ne pouvons plus l’endurer. Il nous est arrivé des choses dont j‘ai honte de parler dans l’assemblée royale; si le roi savait ce qui nous est arrivé, il est certain que, par l’effet de sa bonté, il viendrait à notre secours et nous délivrerait de ces criminels, quand même nous ne le lui demanderions pas. Aujourd’hui, je suis venu à cette cour pour me mettre sous la protection du roi et pour implorer son assistance. Que le roi daigne réaliser mon espoir en envoyant avec moi une armée, afin que je réduise l’ennemi et en délivre les habitants; le pays des Arabes sera joint à la Perse, et ton empire s’étendra jusqu’à l’extrême Occident; moi’et tous tes membres de la famille ‘himyarite, nous serons les esclaves, et le secours que tu m’auras prêté sera pour nous comme une aumône. »

Ce discours plut à Nouschirwân et lui toucha le cœur; ses yeux se remplirent de larmes. Dsou—Yezen avait une barbe blanche, car il était très—vieux. Nouschirwân lui dit : « Ô vieil lard, tu as fort bien parlé et tu m‘as touché le cœur; je sais la violence que tu as souffert et c’est la douleur qui t’a inspiré tes paroles. Cependant la justice et la bonne politique exigent qu’un roi veille d’abord sur son propre pays et qu’en suite il en recherche un autre. Ton pays est très—éloigné du nôtre, et séparé de lui par le désert et le ‘Hedjâz; de l‘autre côté , est la mer avec ses dangers; et envoyer les troupes dans le désert serait risquer leur vie. Voici mon royaume qui est devant toi; reste ici et détache ton cœur de cet autre pays; tout ce que je possède en fait de pouvoir et de biens, prends— en ta part. »

Ensuite Nouschirwân le fit revêtir d’une belle robe et lui fit donner dix mille dirhems. Dsou -Yezen prit la bourse de dirhems, sortit du palais et les dispersa sur la voie, et les hommes les recueillirent. Quand il arriva à sa demeure, il ne lui restait rien. On en informa Nouschirwân, qui dit: « Il faut que ce soit un prince pour avoir le cœur ‘si haut placé. »

Le lendemain, Nouschirwân donnant audience publique, Dsou Dsou Yezeu s’y rendit.

Le roi lui dit: » Ô vieillard, les hommes ne font pas des dons des rois ce que tu as fait hier de ces dirhems, en les dédaignant et les dispersant, de façon à n’en ‘ plus avoir quand tu es rentré chez toi. »

Dsou-Yezen dit : « Ô roi, j’ai agi ainsi pour rendre grâce à Dieu de ce qu’il m‘a fait voir la face du roi et de ce qu’il m‘a accordé de te parler. Dans l’endroit d’où je viens, le sol est tout d’or et d‘argent; dans ce pays, il y a peu; de montagnes qui ne renferment des mines d‘or et des mines d‘argent. En quittant la cour du roi sans obtenir de lui aide et assistance, si je n’emporte pas ses cadeaux, mes regrets et ma douleur seront moindres. »

Le cœur de Nouschirwân fut touché et. il dit: « Ne t’éloigne pas, prends patience, afin que j‘avise sur ce que tu demandes, et que je puisse te faire partir conformément à ton désir. »

Il lui fit des présents et le tint en grand honneur.

Dsou-Yezen demeura dix ans à la cour de Nouschirwân, et il y mourut. Saif, fils de Dsou—Yezen, grandit auprès d’Abraha l’Abyssin, avec les fils de ce dernier, qui le considérait comme l‘un de ses propres fils, et Sait croyait être le fils d’Abraha.

Lorsque celui-ci péritet que Yaksoum monta sur le trône, Sait occupait auprès de lui le même rang que Masrouq. Yaksoum régna quatre ans, puis il mourut. Masrouq, qui lui succéda, montra du mépris pour Saïf.

Un jour, qu’ils s‘étaient pris de querelle, Masrouq, dans la discussion, dit à Saïf‘ : « Malédiction sur toi et sur celui qui t‘a engendré! »

Saif, bouillonnant de colère, entra dans l‘appartement de sa mère et lui dit : « Qui est mon père? »

Sa mère répondit : « Abraha, le père de Yaksoum et de Masrouq; je n‘ai pas eu d’autre mari que lui. »

Saïf répliqua: « Tu mens; car Masrouq m’a jeté une malédiction, à moi et à mon père, et personne ne maudit son père; s’il ne savait pas quelque chose sur ma naissance, il n‘aurait pas parlé ainsi. »

Ensuite il lira son épée et dit: « Dis—moi la vérité , dis qui était mon père, sinon je m’enfonce à l’instant cette épée dans le ventre, de façon qu’elle sorte par le dos. »

Sa mère se mit à ‘ pleurer, lui enleva l‘épée des mains, et lui dit le nom de son père, lui raconta son propre enlèvement par Abraha, le départ et le séjour de son père à la cour de Nouschirwân, et sa mort.

Ayant entendu cela , Saif salua sa mère, prit son épée et un cheval et quitta le Yemen.

Il voulait se rendre à la cour de Kesra, mais, se rappelant la mort de son père à cette cour, il alla à la cour du César.

Là il dit au César qui il était et quelle était son origine, et lui raconta l’oppression et les actes de cruauté que les habitants du Yemen avaient à souffrir de la part des Abyssins; puis il lui demanda du secours.

Le César dit: « Ce sont mes coreligionnaires (chrétiens), je ne fais pas la guerre contre eux; si tu veux, je te donnerai une lettre, pour que, si tu as essuyé quelque tort, ou le répare. Ton père est déjà venu, et je lui ai donné la même réponse. »

Saif répliqua : « Si j’avais su que mon père avait quitté ta cour avec une déception, je n’y serais pas venu. »

Il se rendit de là à la cour de Kesra, disant : « Si auprès de lui je ne trouve pas d’assistance, je me placerai sur la tombe de mon père et mourrai. »

Arrivé à la résidence de Nouschirwân, il y resta un an sans pouvoir trouver accès auprès du roi.

Chaque jour il allait au palais , les portiers et les gardiens le connaissaient et chacun savait qu’il était le fils de Dsou -Yezen , le Yemenite; mais personne n’osait parler de lui devant Nouschirwân.

Au bout d’un an, un jour, Kesra, étant monté à cheval, sortait du palais; Saïf se précipita au-devant de lui et dit : « Salut à toi, ô roi juste et puissant, de la part d’un prince méprisé et misérable , qui, espérant en toi, a passé déjà un an à ta cour. »

Kesra le regarda et fit avancer son cheval, et personne n’osa lui en parler.

Quand il rentra, Saïf l’aborda de nouveau et lui adressa les mêmes paroles, et ajouta : « La renommée de ta. justice est répandue dans le monde entier; j‘ai un héritage à réclamer de toi, daigne me rendre justice. »

Kesra rentra dans le palais, descendit de cheval, fit appeler Saif, et lui dit : « Ô jeune homme, quel est l’héritage que tu as à réclamer de moi? »

L’autre répondit: « Je suis le fils de ce vieillard yemenite qui est venu à ta cour, et qui a imploré ton assistance centre ses ennemis. Tu la lui as promise, et, dans cet espoir, il est resté dix ans dans cette résidence, et il y est mort, sans voir réalisées les espérances que tu lui avais données: il me les a léguées; daigne accomplir ta promesse pour moi. »

Nouschirwân eut pitié de lui et lui dit: « fils; tu dis vrai ;j’aviserai sur ton affaire, prends patience. »

Ensuite il lui fit donner dix mille dirhems. Saïf, de même qu’avait fait son père, les dispersa sur la voie, et, quand il rentra dans sa maison , il ne lui en restait rien.

Le lendemain. Kesra lui dit : « Pourquoi’as—tu dispersé l’argent sur la voie? »

Saïf lui répondit: « Ô roi, dans la ville et dans le pays d’où je viens , le sol est couvert de dirhems; j’ai répandu cet argent sur la voie pour montrer que, si le roi me prête assistance et que je rentre dans mon royaume, je couvrirai cette ville d’argent.  »

Kesra dit : « Je reconnais que tu es le fils de ce vieillard; car ton père a fait la même chose, et quand je lui en fis des reproches, il me donna la même réponse. Patiente jusqu’à ce que j’aie arrangé ton affaire selon ton désir. »

Le lendemain , Kesra réunit les généraux, les conseillers et les mobeds, et leur dit: « Je ne peux pas me soustraire à la nécessité de prêter aide à ce jeune homme; cependant je ne peux pas aventurer l’armée dans le désert. Qu’en pensez—vous? Dites moi votre opinion : y a—t-il quelqu’un dans l’armée qui me fasse abandon de sa personne et qui veuille aller? »

Tous ceux de l’armée se turent. Puis le grand mobed dit: « J’ai à cet égard une idée, que j’exprimerai, si le roi l’ordonne. »

Le roi dit : Parle. Le mobed dit : « Il y a dans les prisons du roi une foule de gens condamnés à mort. Envoie ceux-là : s’ils périssent, tu seras délivré d’eux; et s’ils remportent la victoire, tu auras un royaume et tu leur accorderas leur grâce. »

Ce conseil plut à Nouschirwân , et il approuva le mobed. On examina le registre des prisons, et on y trouva huit cents personnes condamnées  à mort. Nouschirwân les fit sortir de prison et les envoya à la côte; pour que leur voyage fût plus facile, il fit préparer huit vaisseaux, et monter dans chaque vaisseau cent hommes.

Il y ‘ avait dans son armée un homme nommé Wahraz, un vieillard de quatre-vingts ans, qui était le plus habile archer de toute la Perse. Dans sa jeunesse il était considéré par Nouschirwân comme égal en valeur à mille cavaliers, et quand le roi l’envoyait quelque part, il disait qu’il avait expédié mille cavaliers.

Mais alors il était devenu faible et impuissant, et ses sourcils étaient tombés sur ses yeux. Nouschirwân le fit venir et le plaça à la tête de ces huit cents hommes, qui étaient tous archers. Il leur fit donner des armes et tout ce qui leur était nécessaire, des bêtes de somme, des vêtements et de l’argent.

Nouschirwân fit partir avec eux Saïf. Quand ils furent au large, deux des vaisseaux échouèrent, et deux cents hommes furent noyés.

Les autres arrivèrent enfin à ‘Aden, située au bord de la mer, où ils débarquèrent. bord de la mer, où ils débarquèrent.

Lorsque Masrouq en fut informé, il y envoya des espions; il fut fort étonné quand il apprit que ces troupes étaient en si petit nombre, et il les méprisa.

C’est pour cela que l’on a dit «qu’il ne faut pas mépriser un petit ennemi.”

Ensuite Masrouq envoya un messager à Wahraz et lui fit dire : « Tu es dans une illusion; ce garçon t’a trompé ainsi que le roi de Perse. Mais tu es un homme vieux; si tu ne savais pas ma force et la force de mon armée, apprends à la connaître maintenant, et ne viens pas ici avec cette poignée de troupes, que je suis honteux de combattre. Si tu veux t’en retourner, je t’enverrai des vivres et des provisions, et te laisserai partir en paix; ou si tu veux rester avec moi, je te traiterai mieux que n’a fait le roi de Perse. »

Wahraz lui fit répondre: « Accorde—moi un mois pour y réfléchir. »

Il agit ainsi, pour faire reposer ses troupes et pour compléter son armement; mais il avait l‘intention de combattre.

Masrouq lui fit dire: « Tu as raison, c’est là la parole d’un vieillard. »

Il lui accorda donc un mois, et lui envoya du fourrage et des provisions. Wahraz ne les accepta pas, et lui fit dire: « Si je décide de te combattre, je ne pourrais plus le faire après avoir mangé ton pain ; si je m‘en retourne ou si je fais la paix avec toi, alors je les accepterai. »

Ensuite Wahraz dit à Saïf : « Quelle force peux-tu me prêter? »

Saïf‘ dit : « Tous les ‘Himyarites qui existent dans le Yemen et tous les membres de la famille royale me sont dévoués; ce sont des hommes vaillants et de bons cavaliers, montés sur des chevaux arabes. Je les rassemblerai tous, et je combattrai avec toi, côte à côte; nous vaincrons ou nous mourrons en semble. »

Wahraz dit: « Ton arrangement est bon. » 

Alors Saïf” envoya un messager à tous les ‘Himyarites qui existaient et les appela auprès de lui. Il vint cinq mille hommes. Au Bout d‘un mois, Masrouq envoya un messager à Wahraz pour lui demander quelle décision il;avait prise. Wahraz lui fit répondre qu’il avait résolu la guerre.

Masrouq avait un fils, auquel il dit: « Ô fils, je suis honteux d‘aller attaquer cette poignée d’hommes; prends dix mille hommes et livre—leur le combat. Si tu es victorieux, fais mettre à mort tout ce qu’il y a de Yemenites [dans l’armée ennemie], et fais prisonniers les Perses. »

Wahraz avait également un fils, qu‘il envoya avec les archers perses.

Avant cette époque. on n’avait jamais vu dans le Yemen tirer de l’arc.

Quand les deux armées furent en présence, les Perses envoyèrent une grêle de flèches : les Abyssins eurent peur et reculèrent. Beaucoup d’entre eux furent tués; le fils de Masrouq fut également atteint par une flèche et tué.

L‘armée de Wahraz ne perdit pas un seul homme, parce que les Abyssins ne combattent qu’avec l’épée et la lance.

Le fils de Wahraz conduisit ses troupes à la poursuite des fuyards; son cheval le porta au milieu des troupes abyssines, qui l’entourèrent et le tuèrent.

Masrouq ‘et Wahraz furent également affligés de la mort de leurs fils.

Wahraz mit le feu à ses vaisseaux et les fit brûler, ainsi que tous les effets de l’armée et toutes les provisions, sauf ce qui était nécessaire pour la nourriture d‘un jour; il réunit ses six cents hommes perses et leur dit: « J’ai fait brûler les vaisseaux, afin’que vous sachiez que vous n’avez plus de moyen de retour; j’ai fait brûler les effets, pour que, si nous sommes vaincus, rien de ce que nous avons ne tombe entre les mains de l’ennemi; et j’ai fait brûler les provisions, afin que vous sachiez qu’il ne nous reste à manger que pour un jour. Si vous combattez, vous aurez de la nourriture en quantité et vous trouverez le bien-être; si vous ne voulez pas combattre, je ne veux pas tomber entre les mains de l’ennemi , mais je m’enfoncerai l’épée dans le corps, pour mourir de ma propre main , et vous verrez ce que vous deviendrez après ma mort. »

Les soldats s’engagèrent solennellement et par serment à combattre aussi longtemps que leurs âmes tiendraient à leurs corps.

Le lendemain, Masrouq arriva avec cent mille hommes de troupes abyssines.

Wahraz ordonna à ses compagnons d‘armes de consommer les vivres qui leur restaient, de se placer en ordre de bataille et de bander leurs arcs.

Wahraz_tendit son arc, qui était tel qu‘il ne pouvait être tendu par une autre personne, et demanda un bandeau, avec lequel il se couvrit les sourcils, car ses yeux étaient devenus faibles.

Puis il dit : « Montrez—moi Masrouq. »

On lui dit : « Il est monté sur un éléphant, il porte la couronne, sur le devant de laquelle est fixé un rubis rouge, qui brille comme le soleil. « 

Wahraz vit le rubis de loin et dit : « Attendez; l’éléphant est une monture distinguée, une monture royale; dans quelque temps, il en descendra. »

On lui dit : « Il est descendu de l’éléphant, il a monté un cheval et a sur la tête la couronne d’or. »

Wahraz répliqua: « Le cheval également est une digue monture, monture de roi. »

Ensuite on lui dit : « Il est monté sur un mulet. »

Wahraz dit: « Le mulet est le fils de l’âne, et l’âne est la monture des femmes. Maintenant donnez-moi mon arc. »

Il saisit l’arc, ajusta la flèche et dit : « Tenez-moi la poignée de l’arc avec la main en face du rubis. Quand j’aurai décoché la flèche, si l’armée ne bouge pas, vous saurez que le coup a manqué; alors vous me donnerez vite une autre flèche. Mais si les soldats se remuent et entourent Masrouq, vous saurez que la flèche l’a frappé et qu’ils sont occupés autour de lui; alors tirez vous-mêmes tous à la fois et couvrez—les d’une grêle de flèches. »

On ajusta donc la main de Wahraz visant le rubis, et il tira.

La flèche frappa juste le rubis, le brisa en deux moitiés, pénétra dans la couronne et sortit par la tête de Masrouq.

Celui-ci tomba du mulet sur le sol, les troupes s’ébranlèrent et l’entourèrent. Les soldats perses les couvrirent d‘une grêle de flèches et en tuèrent un grand nombre.

L’armée abyssine fut mise en fuite. Saif dit à Wahraz : « Dans l’armée abyssine il y a beaucoup de mes parents, des Arabes et des membres de la famille royale, qui ont suivi Masrouq par nécessité. Donne l’ordre que ceux—là soient épargnés et que l’on tue seulement les Abyssins. »

Wabraz ordonna de ne tuer que les noirs et les Abyssins.

Ce jour-là le massacre fut tel, que pas un seul Abyssin n‘échappa et que le sang coula comme un fleuve.

Le lendemain, Wahraz prit toute son armée et fit son entrée dans Can‘â (Sanaa) la ville qui était la résidence de Masrouq.

Il s’y établit, saisit les rênes du gouvernement, et Saif se tint devant lui. Wahraz fit mettre à mort tous ceux des Abyssins qu’il y trouva.

Ensuite il écrivit à Nouschirwân une lettre, par laquelle il lui annonçait sa victoire.

Nouschirwân lui répondit: « Remets le gouvernement du Yemen à Saïf, et reviens. »

Wahraz plaça Saif sur le trône et lui mit la couronne sur la tête; et Saîf donna à Wahraz tant de richesses, qu’il en fut. confondu; il en envoya également à Nouschirwân, par l’entremise de Wahraz, qui s’embarqua et s’en retourna.

Saîf résidait à Çan‘â (Sanaa). Il avait un palais qu’on appelait Ghoumdân, et qui avait été construit par les rois ‘himyarites et les Tobba‘, et les ancêtres de Saïf en avaient fait leur résidence.

Au haut de ce palais, il y avait un pavillon. Il n’y avait pas dans le monde entier un édifice pareil. Saîf s‘établit dans ce pavillon, dans le palais de Ghoumdân, en possession incontestée du royaume entier.

Il fit mettre à mort tous les Abyssins qu’il rencontrait, et les troupes arabes, ‘himyarites et yémenites obéissaient à ses ordres.

Quelques—uns des Abyssins qui avaient sauvé leur vie et les  jeunes gens dont les pères avaient été tués furent réduits en esclavage par les ‘Himyarites.

Saïf, quand il sortait à cheval, se faisait précéder par ses esclaves, portant des lances, comme c’était la coutume abyssine; il ne leur imposa aucune autre  charge que celle de former sa garde et de marcher devant lui.

Il composa sa cour de l’armée arabe et ‘himyarite, et envoya dans chaque ville du Yemen un gouverneur et lieutenant, même dans le ‘Hedjâz, le désert et le territoire des Arabes.

Les Arabes de toutes les contrées se rendirent auprès de Saïf pour le féliciter; il eut la main ouverte et combla les hommes de faveurs et de présents; aucun de tous ceux qui se présentèrent devant lui ne s’en alla sans avoir reçu un cadeau.

‘Abdou‘l-Mottalib, avec les principaux Qorai‘schites, vint de la Mecque pour le féliciter.

Saïf était en possession incontestée du royaume, puissant et en paix; il répandait la justice et faisait exécuter les lois; tous les habitants de race yemenite se reposaient sur lui.

Chaque jour, des poètes venaient de tous les côtés, lui apportant des poésies pour le féliciter.

Un poète nommé Omayya, fils d’Abon’ç-Çalt, de la tribu de Thaqif, l’a loué dans une pièce de vers dont Mo‘hammed ben-Djan‘r n’a rapporté que deux ou trois vers, et que nous allons donner en entier:

« Ceux-là réussiront dans leurs desseins qui ressemblent au fils de Dson Yezen. Il aborde la mer pour préparer la perte de ses ennemis.

Il alla trouver Héraclius; car ils s’étaient emparés des demeures de ses compatriotes; mais il n’obtint de lui rien de ce qu’il sollicitait.

Ensuite, après un grand nombre d’années, il se rend auprès de Kesra. après de longues pérégrinations.

Enfin il revient, amenant des braves qu’il poussa tant que. par ma vie! tu aurais allongé tes pas.

Par Dieu! voilà une troupe de braves, dont tu ne trouverais pas les pareils parmi les hommes.

Forts. de condition supérieure, resplendissants, chefs. lions, élevés, dans leur jeûnesse, dans les forêts marécageuses.

Qui est pareil à Kesra, le roi des rois, à qui des rois sont soumis; en pareil à Walnraz, le jour du combat, dédaigneux?

Ils tirent de leurs arcs des flèches nombreuses comme des épis; ils lancent avec un bruit formidable les projectiles.

’ Tu as déchaîné ces lions sur les chiens noirs, et. au milieu du jour, les cadavres de leurs fugitifs couvraient le sol.

Amuse—toi à boire, la couronne sur la tête. appuyé sur le lit, au haut du Ghoumdàn , qui est ta demeure.

Réjonis-toi bien longtemps; car ils sont morts maintenant, et livre—toi :. un sommeil paisible, enveloppé dans ton manteau.

Voilà ce qui convient aux braves, et non deux coupes de lait, qui, mélé avec de l‘eau , se transforme bientôt en urine. »

Le poète veut dire par ces vers: « Ce que tu as fait constitue ’ la mémoire glorieuse qui reste des grandes actions des rois dans le souvenir des hommes. Tu as recouvré le trône perdu, depuis soixante et dix ans , par tes pères. Celui-là sera vraiment roi qui sera comme toi, et non comme celui qui reste en place, recueillant l’héritage de ses pères et qui vit à son aise, dans l’oisiveté, et qui jouit et qui meurt et perd le pouvoir, comme ce fut le cas de Masrouq, fils d’Abraha. »

En effet, il ‘ faut qu’un roi se montre vaillant et qu’il laisse après lui une bonne renommée; il faut qu’il jouisse de hauts faits et non de bien—être.

Maintenant nous allons raconter l’histoire du règne de Saif, fils de Yezen.

Les Sassanides en Arabie 6-7eme siècle 1 2 3
Les Sassanides en Arabie 6-7eme siècle (McBride,Osprey)
1) Aswaran Sassanide au Yemen ( il est d’influence arabe et abbysin)
2) Officier Aswaran à Oman (style nettement plus persan)
3) Jeune guerrier arabe (l’arc est basé sur celui du prophète sws à Istanbul)

CHAPITRE XLI. HISTOIRE DU RÈGNE DE SAÎF, FILS DE DSOU YEZEN DANS LE YEMEN

Saïf étant sur le trône, il ne restait dans le Yemen aucun Abyssin, excepté quelques—uns dont les pères avaient été tués, qui avaient été réduits en esclavage et qui, armés de piques, marchaient devant le roi.

Il n’y avait qu’un seul vieillard, faible et décrépit; tous les autres étaient des jeunes garçons qui n’étaient pas encore en état de porter les armes.

Des années se passèrent ainsi sur le gouvernement de Saïl‘, qui envo‘ya à Nouschirwân un ambassadeur avec de riches présents et entretenait toujours de bons rapports avec lui.

Il traitait avec bonté les Abyssins qui formaient sa garde et qui étaient jour et nuit à son service, et se reposait entièrement sur eux.

Un jour, il était allé à la chasse, et ces Ahyssins avec leurs piques marchaient devant lui.

La chasse terminée, il faisait courir son cheval, seul; sa suite était restée en arrière, les Abyssins [seulement] marchaient à côté de son cheval. Quand ils furent éloignés de la suite, ils entourèrent Saïf et le tuerent, et dispersèrent toute sa suite.

De tous côtés, les Abyssins reparurent et tuèrent un grand nombre d »Himyarites, des habitants yemenites et des parents de Saïf.

Quelques uns prétendent que le règne de Saif avait duré un an; mais d‘autres disent qu’il avait eu une durée de sept ans.

Après sa mort, il se passa un certain temps sans que personne occupât le trône, et l’on ne reconnut l’autorité de personne.

Nouschirwâu, irrité à la nouvelle de ces événements, envoya de nouveau Wahraz dans le Yemen avec quatre mille hommes, et lui ordonna de mettre à mort tous les Abyssins qui se trouvaient dans le Yemen , grands et petits, hommes et femmes; de tuer également les femmes enceintes, tous ceux qui avaient les cheveux crépus et ceux [d’entre les Yemenites] qui portaient de l’affection aux Abyssins ou qui avaient de l’inclination pour eux.

Wahraz vint dans le Yemen et lit ainsi. Il écrivit à Nouschirwân : « J’ai exécuté tout ce que tu as ordonné, et j’ai purifié le Yemen des Abyssins et de leur race. »

Nouschirwân lui adressa une lettre de félicitations, lui disant : « Tu as bien fait. »

Il lui confia le royaume du Yemen. Wahraz y resta quatre ans, puis il mourut.

Il avait un fils nommé Merzebân, à qui Nouschirwân conféra la royauté du Yemen, et qui, jusqu’au moment de la mort de Nous’chirwân, lui envoyait chaque année un tribut.

Après plusieurs années Merzebân mourut également, laissant un fils nommé Sabhân , à qui Hormuzd, fils de Nouschirwân (le sassanide), confia le royaume.

Il mourut après avoir gouverné plusieurs années, et laissa un fils. nommé Khour—Khosrou. Hormuzd l’investit de la royauté du Yemen; mais, quelques années après, il fut irrité contre lui et envoya quelqu’un dans le Yemen pour le faire enchaîner et le ramener en Perse. On le ramena dans une litière, et Hormuzd’voulut le faire mettre à mort.

Un des grands de la Perse avait un vêtement qu’un jour Nouschirwân lui avait donné comme une robe d’honneur.

Cet homme apporta ce vêtement et le jeta sur la tête de Khour-Khosrou. Hormuzd l‘épargne par respect pour ce vêtement.

Il envoya dans le Yemen un autre homme, nommé Bâdsân (Bazan ibn Sasan), qui fut roi du Yemen (pour les Sassanides) jusqu’à l’avènement de notre Prophète, et qui vécut durant toute la carrière du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui).

6) La mosquée al-Jannad à At Ta'izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta'izz, au Yémen 630-631  JC construite par le compagnon Mua’ath ibn Jabal al-Khazraji radi ALLAH anhu
La mosquée al-Jannad à At Ta’izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta’izz, au Yémen 630-631  JC construite par le compagnon Mu’ad  ibn Jabal al-Khazraji radi ALLAH anhu

Les habitants du Yemen se convertirent à l’islam, et le Prophète y envoya Mo‘àd, fils de D’jabal, pour y gouverner et recevoir leurs impôts.

Tous les événements que nous venons de rapporter, depuis l’histoire de l’éléphant jusqu’à l’histoire de Masrouq, se passèrent du temps de Nouschirwân, dont le règne dura quarante—huit ans.

L’ère de l’Éléphant commença alors qu’il s’était écoulé quarante-deux ans du règne de Nouschirwân, ou, d’après d’autres, trente—deux ans.

Notre Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui). est né dans l’année de l’Éléphant, pendant le règne de Nouschirwân, et il a commencé sa prédication sous le règne d’Hormuzd, fils de Nouschirwân.

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes arabo-perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe.

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