L’organisation Millitaire en Andalousie Omeyyade (8e siècle) par ibn al-Khatib :

Publié le Mis à jour le

al-Andalus ver 752-755
al-Andalus ver 752-755  la fin du califat Omeyyade de Damas

Quand les Arabes de Syrie qui, par la noblesse de leur naissance et par leur amour de la gloire, tels des lions de Charā أسود الشرى entrèrent en Espagne avec Balj ibn Bishr al-Qushayri (741-2)dit Baldj  بلج, leur émir, les baladis, c’est-à-dire, les Arabes qui étaient venus avant (dans la péninsule dès 711), se retrouvèrent très à l’étroit. Ils désirèrent en conséquence que de tels étrangers abandonnent le pays. Ce pays, disaient-ils, nous appartient, étant donné que nous l’avons conquis et qu’il n’y a pas de place pour d’autres. Ensuite, en voyant que les Syriens ne voulaient pas s’en aller, ils prirent les armes pour les y obliger.

La guerre entre les deux partis dura jusqu’à l’arrivée d’Abou-l-Khattār Ḥoussām ibn Ḍirār al-Kalbī (743-745) S’étant embarqué secrètement sur la côte de Tunis, Abou-l-Khattār arriva à l’improviste à Cordoue et quand il montra le titre par lequel Ḥandhala ibn Safwān al-Kalbi (742-744), le gouverneur Omeyyade d’Afrique (al-Ifriqiya), le nommait au gouvernement de l’Espagne, les deux factions qui continuaient encore de se battre se soumirent à son autorité.

Comme ils avaient arrêtés les chefs syriens, il leur ordonna, comme tous le savent, d’abandonner le pays ; ensuite, dans sa volonté d’empêcher que ne recommence la guerre civile, il envisagea d’établir les tribus syriennes dans les provinces. Il mit son plan à exécution et attribua aux Syriens le tiers de la production des terres chrétiennes.

Les tribus syriennes quittèrent alors Cordoue.

Selon Abou Marwān ibn Ḥayyān, Ardabasto, comte Wisigoth d’Espagne, chef des chrétiens et percepteur du Kharādj que ceux-ci devaient payer aux émirs, suggéra une telle solution. Dans les premiers temps de la domination musulmane ce comte était très fameux pour son savoir et sa grande acuité devant les problèmes politiques. Ce fut lui qui conseilla au gouverneur d’éloigner les Syriens de Cordoue, la capitale où il n’y avait pas de place pour eux et de les établir dans les provinces, où ils vivraient comme ils avaient auparavant vécu dans les districts de Syrie. Le gouverneur suivit son conseil, après avoir obtenu leur consentement.

Il établit le Jund (division) de Damas pour la province d’Elvira (Madina Ilbira), celui de Jordanie dans celle de Rayya, celui de Palestine dans celle de Sidonie, celui d’Emesa dans celle de Séville, celui de Quinnasrine dans celle de Jaén et celui d’Egypte : une partie dans celle de Beja et une autre dans celle de Todmir.

Il attribua aux Arabes de Syrie pour leur subsistance le tiers de ce que produisaient les terres des chrétiens.

Les Berbères et les Arabes baladis continuèrent d’être les associés ou hospes des chrétiens, conservèrent leurs fermes et on ne leur prit rien.

Quant aux Syriens, quand ils virent que les terres où ils avaient été établis ressemblaient à celles de leur pays, ils se sentirent contents et prospérèrent et s’enrichirent vite. Cependant, ceux d’entre eux, qui à leur arrivée en Espagne, s’étaient installés dans des lieux qui leur étaient agréables, n’abandonnèrent pas leur demeure ; ils y restèrent avec les baladis et, quand on leur payait la solde ou qu’il fallait partir en guerre, ils s’incorporaient au djound ou division à laquelle ils appartenaient. En ces temps on les appelait les « séparés ».

Aḥmad ibn Moūssā Ar-Rāzī dit : dans chacune des divisions devant faire le service militaire, le calife nommait ordinairement deux chefs porte-drapeau : l’un allait à la guerre, l’autre restait chez lui. Le premier recevait une solde de deux cents dinars, le second ne recevait pas de solde durant trois mois, après quoi il allait remplacer son homologue, celui-ci appartenant à sa propre famille ou à une autre.

Les Syriens qui allaient en guerre – les frères, les fils et les neveux du chef – recevaient dix dinars chacun à la fin de la campagne ; le chef se réunissait alors avec le général en chef ; il déclarait ceux qui avaient droit à la solde pour leur service actif et, pour lui donner une preuve d’estime, l’on fixait la solde selon son estimation. Il lui revenait de les incorporer dans l’armée et de distribuer les rations. Quant aux Syriens, qui participaient à l’expédition sans appartenir à la famille du chef, ils recevaient une solde de cinq dinars aux termes de la campagne. Pour ce qui concerne les baladis, l’on ne donnait de solde qu’au chef ; ils avaient aussi deux chefs porte-drapeau ; l’un allait à la guerre, l’autre restait chez lui ; le premier recevait une solde de cent dinars et au bout de six mois, son homologue venait le remplacer.

Seuls les Syriens étaient inscrits sur le diwān ou registre des troupes qui recevaient des paies ; ils étaient exemptés de la dîme comme le reste des sujets. Leurs familles notables participaient aux expéditions comme les Syriens, mais sans recevoir de solde ; ils avaient les appointements indiqués ci-dessus. Les baladis n’étaient pas inscrits sur le diwān ou registre militaire, sauf quand le calife, devant envoyer deux colonnes dans des directions différentes, les appelait à la rescousse. Il existait une troisième catégorie que l’on appelait les « remplaçants » et qui participaient aux expéditions avec les mêmes droits que les sujets du pays. »

Tiré du kitab : »Al Iḥāta fi Akhbāri Gharnāta » d’Ibn Al-Khatīb. 

Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Nasride Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

(Notice Bio sur ibn al-Khatib)  Lisan ad-Din Ibn al-Khatib (né le 16 Novembre 1313, Loja Espagne – mort 1374, Fès , Maroc ) (Nom en arabe لسان الدين بن الخطيب nom complet  Muhammad ibn Abd Allah ibn Saïd ibn Ali ibn Ahmad al-Salmani al-Gharnati) était un arabe (1)  polymathe (2) poète , écrivain , historien , philosophe , médecin et homme politique du Royaume Arabe Nasride de Grenade . (3) Certains de ses poèmes ornent les murs de l’ Alhambra à Grenade .

Ibn Khatib est né le 16 novembre 1313 à Loja au sein d’une famille arabe d’origine yéménite (4). Après s’être installé à Grenade, où il passera la plus grande partie de sa vie il entre comme son père à la cour du sultan Nasride, Mohammed V al-Ghanî pour lequel il fait fonction d’historien et de ministre. C’est en occupant ce poste qu’il fait la connaissance d’Ibn Khaldoun avec qui il se lie d’amitié. Il a occupé de hautes fonctions politiques, en étant nommé deux fois vizir, ce qui lui a valu le surnom honorifique de « Dhû l-wizaratayn » ou « l’homme aux deux vizirats ». Au cours d’une épidémie de peste qui sévit en Espagne en 1348, il énonce pour la première fois la notion de contagiosité en recommandant d’isoler les malades et de détruire leur linge. Il a décrit avec rigueur le développement et la propagation d’une épidémie.

Il est l’auteur de plus de soixante livres dont une Histoire de Grenade, une monographie sur Grenade avec une description de la ville et de ses plus fameux habitants, Chronologie des califes et des rois d’Afrique et d’Espagne et La Rawdat at-ta‘rîf bi-l-hubb as-sharîf, un traité de mystique musulmane sur l’amour de Dieu. Il aurait écrit la plupart de ses livres, lors d’insomnie.

À cause de ses relations parfois chaotiques avec des personnalités politiques du pays, il fut obligé par deux fois de s’exiler en Afrique du Nord et se mit au service du gouvernement berbère mérinide à Salé où il vécut entre 1360 et  1363» .

Le sultan le soupçonnant d’avoir partie liée avec les berbères Mérinides de Fès, nomme son disciple Ibn Zamrak vizir, en le chargeant de le retrouver et de le capturer. Il est retrouvé et jugé à Grenade. Par sa défense lors du procès, il n’est condamné qu’à une peine de prison, ainsi qu’à la destruction de tous ses livres. Mais le gouvernement lui envoie des tueurs professionnels dans sa cellule et il meurt étranglé dans une prison de Fès en 1374.

Les murs de l'Alhambra sont pleins de décoration calligraphique, écritures cursives et coufique où nous pouvons non seulement lire "seul Dieu est victorieux" (phrase attribuée à Mohammed ben Nasri, fondateur de la dynastie nasride ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)), mais poèmes faites par trois poètes de la Cour de Grenade, Ibn al-Yayyab (1274-1349), Ibn al-Khatib (1313-1375) et Ibn Zamrak (1333-1393), qui étaient des secrétaires de la chancellerie royale et premiers ministres. Parmi eux Ibn Zamrak est considéré poètes les plus brillants de l'Alhambra.
Les murs de l’Alhambra sont pleins de calligraphie, non seulement la phrase attribuée à Mohammed ben Nasr, fondateur de la dynastie nasride ولا غالب إلا الله  et aussi des poèmes de 3 poètes, Ibn al-Yayyab (1274-1349), Ibn al-Khatib (1313-75) et Ibn Zamrak (1333-93), qui étaient des vizirs 

Sur la peste Noire  :

Lorsque la peste noire bubonique avait atteint al-Andalus dans le 14ème siècle, Ibn al-Khatib a écrivit un traité appelé la plaie, dans lequel il a déclaré: [5]

« L’existence de la contagion est bien établi par l’expérience, la recherche, la perception des sens, l’autopsie, et authentifiée par ses informations, et ces (fait) matériau en est la preuve ». 

Bibliographie

Jaysh Al-Tawshih de Lisan Al-Din Ibn Al-Khatib (arabe), An Anthology of arabe andalou Muwashshahat, Alan Jones (éditeur), 1997
Lisan Al Din Ibn Al Khatib, Tarikh Al Islamiya Isbaniya (l’histoire de l’Espagne musulmane), éd. par Lévi-Provençal, nouvelle édition, Le Caire, 2004
Lisan Al Din Ibn Al Khatib, Awsaf Al Nas (description des peuples), Le Caire, 2002
Lisan Al Din Ibn Al Khatib, Khaṭrat al-Taïf: Rihlat Fi al-Maghrib wa-al-Andalus, 1347-1362, 2003
Lisan Al Din Ibn Al Khatib, Nafadhat al-jirab (le cendrier des chaussettes)
Lisan al-Din Ibn al-Khatib homme de lettres et historien, par Abdelbaqui Benjamaa, (français) thèse, Université de la Sorbonne Nouvelle Paris III, 1992 (microformes)

Références

    1. ^ Farhad Daftary, l’assassin Legends: Mythes des ismaéliens, (IB Tauris, 1994), 160.
    2. ^ Alexander Knysh, Ibn ‘Arabi dans la tradition islamique tard, SUNY Press (1999), p. 172
    3. ^ Encyclopédie de Medieval Iberia, éd. Michael Gerli. (New York: Routledge, 2003), 416-417
    4. Janine Sourdel, Dominique Sourdel, Dictionnaire historique de l’islam, p.370
    5. Byrne, Joseph P. Encyclopédie de la peste noire. ABC-CLIO. p. 182
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