1ere Taifa : La dynastie Abbadides de Seville issue des Lakhmides :

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Le Royaume arabe Abbaddites de Séville à son apogée en vert, c. 1080 (1078) l'année de l'annexion.
Le Royaume arabe Abbadides de Séville à son apogée en vert, c. 1080 (en parenthèse = l’année d’annexion)

ROYAUME DE SÉVILLE Ishbiliya. *Dynastie arabe  des Abdadides. 

Les `Abbadides, `Abadites ou Banû `Abbad (arabe : banū `abbād بنو عباد ou al-`abbādyī العبادي) sont une dynastie arabe qui régna à Séville (1023-1091) après le démembrement du califat Omeyyade de Cordoue, durant la première période de taïfas, issue de l’ancienne tribu arabe des Lakhmides. Ses membres étaient à la fois cadis (juges musulmans) et gouverneurs de Séville.

Emplacement

1er ». Abou’l-Qacem MOHAMMED I ». ben Abbad.

An de l’hég. 413 (J.-C. 1023). Ismaè’l ben Abbad, père d’Abou’l-Qacem Mohammed, était originaire d’Hémèse (Homs) en Syrie.

Un de ses ancêtres vint en Espagne dans le deuxième siècle de l’hégire , et se fixa dans les environs de Séville , à Tocina près au Guadalquivir, où il exerça la profession du commerce, qu’il abandonna pour celle des armes.

Ismaè’l , par son opulence et son habileté , acquit beaucoup de considération et d’autorité à Séville , avant et depuis les révolutions.

Personne n’égalait son faste et sa libéralité. Sa maison fut l’asile des plus illustres bannis de Cordoue , pendant les troubles.

Son esprit insinuant, son air de franchise et de candeur, ses manières affables cl généreuses lui avaient gagné tous les cœurs, et lui servirent à poser les bases de l’é lévation de sa famille. Abou’l-Cacem Mohammed, son fils marcha sur ses traces, gagna la confiance du roi de Cordoue , Al-Cacem Al-Mamoun, obtint la charge de grand cadhi de Séville, puis le gouvernement de la province; et par reconnaissance, lorsque ce prince perdit pour la seconde fois le trône de Cordoue , Mohammed se rendit indépendant, l’an 413 (1023), par le secours des cheikhs et des vezirs que ses largesses avaient gagnés.

La défaite et la mort du roi Yahia Al-Molâly , l’an 417 (1026), furent le premier acte de révolte de Mohammed ben Abbad et consolidèrent sa souveraineté. Après l’extinction des Ommeyades , il prit le titre de roi, et ne laissa échapper aucune occasion de s’agrandir. Il tourna ses armes contre Mohammed ben Abdallah Al-Boracely , maître absolu de Carmone et d’Ecija, lui enleva plusieurs places, et l’assiégea dans Carmone, sans égard pour les lettres de Djawhar, nouveau roi de Cordoue.

Serré de près et manquant de provisions, Al-Boracely s’évada de Carmone (Carmona), tandis que la ville capitulait ; envoya son fils solliciter les secours du roi de Grenade , et alla lui-même implorer ceux du roi de Malaga.

Ismaè’l , fils de Ben Abbad , vainquit successivement les troupes de ces princes, avant qu’elles eussent pu faire leur jonction *, mais, s étant réunies, elles gagnèrent sur lui une grande bataille où il perdit la vie.

La Porte de Seville a Carmona (Espagne) elle date du 9eme siècle avant jc les carthaginois ont tracé le premier plan pour faire face au romains, ont peut imaginé facilement l'armée Omeyyade de Mussa ibn Nusayr ici devant ces murs.
La Porte de Seville a Carmona (Espagne) elle date du 9eme siècle avant jc les carthaginois ont tracé le premier plan pour faire face au romains.

Le roi de Séville , affligé de cette disgrâce et craignant d être accablé , si le roi de Cordoue se déclarait contre lui , eut recours à un stratagème. 11 supposa que le khalife Hisham II Al-Mowaïad, dont on ignorait depuis longtemps le sort , avait reparu à Calatrava , et était venu se mettre sous sa protection.

Afin d’accréditer le bruit de l’existence de ce prince , il voulut que le nom de Hisham fût proclamé dans la khothbah et gravé sur les monnaies, au mois de moharrem 427 (novembre 1035) : et il annonça à tous les cheikhs de l’Andalousie, a tous les wali de l’Espagne et de l’Afrique, qu’il n’avait pris les armes que pour rétablir Hisham sur le trône de ses pères.

Cette fable, qui ne trompa que le peuple, raffermit néanmoins la puissance du roi de Séville et déconcerta les projets pacifiques du souverain de Cordoue.

L’émir de Carmone, étant rentré dans sa capitale, se joignit à ses alliés pour se venger du roi de Séville et ravager ses états.

Mais Ben Abbad, par ses richesses, les ressources de son esprit , et la valeur de son général , Ayoub ben Amer, remporta divers avantages sur les coalisés , sema parmi eux la discorde, et les força de se retirer chacun chez soi , mécontents d’un mauvais succès dont ils s’accusaient réciproquement.

Alors, voulant tirer un dernier parti du nom de Hescham, il feignit que ce prince venait de mourir, après l’avoir déclaré son successeur et son vengeur.

Le testament supposé qu’il publia, séduisit les Al-Ameris qui , regrettant les Omeyyades , s’attachaient jusqu’à l’ombre de leur puissance.

Mohammed ben Abbad vit alors presque tout le midi de l’Espagne se déclarer pour lui ou rechercher son alliance.

Il se disposait à marcher contre ses ennemis , lors qu’il mourut dans la nuit du 2 1 djoumadi 1er. 433 (24 janvier 1042)i après un règne de 20 ans.

Il fut regretté de ses sujets qu’avaient éblouis ses talents, ses succès, et ses qualités plus brillantes que solides.

Dinar Abbadide de Seville Mutadhed (Mutadid)

2eme Abou Amrou ABBAD AL-MOTADHED-BILLAH.

An de l’hég. 433 (de J.-C. 1042). Abou-Amrou Abbad (2), fils de Mohammed , fut proclamé le 2 djoumadi 11e. (27 janvier), sous le titre d’Al-Motadhed-Billah , qu’il prit à l’instar des khalifes Omeyyades , Abbassides et Fatimides , et des princes Hamoudides , rois de Malaga, issus des trois usurpateurs qui avaient interrompu la suite des derniers khalifes de Cordoue.

L’exemple du nouveau roi de Séville fut imité par tous les petits tyrans qui s’étaient partagé l’Espagne musulmane.

Ce prince , du vivant de son père, avait un harem composé de soixante-dix femmes de divers pays ; il le porta au nombre de 800 , lorsqu’il fut sur le- trône , ce qui ne l’empêchait pas de témoigner beaucoup d’égards et de tendresse à sa principale épouse , fille de al-Moudjahed al-Khawlani , roi arabe de Dénia et des îles Baléares , parce que cette alliance avait mis dans ses intérêts tous les Al-Amiri.

Il était bon poëte, mais il passait pour impie ou du moins pour musulman très-relâché, parce que, dans les vingt -cinq villes que comprenaient ses états, il ne fonda qu’une seule mosquée.

Dans une des salles de son palais de Séville, il conservait plusieurs coupes ornées d’or et de pierreries , et faites avec les crânes des principaux ennemis dont son père et lui avaient triomphé.

Il continua la guerre contre le roi de Carmone , et contre ceux de Grenade et de Malaga, ses auxiliaires.

Cette guerre lui servit d’excuse pour différer de secourir le roi de Cordoue contre celui de Tolède.Mais, par les soins du roi de Badajoz, il se tint à Séville une junte où assistèrent, en personne ou par commissaires, plusieurs cheikhs et seigneurs de l’Andalousie occidentale, qui demandaient à être compris dans l’alliance que l’on conclut en rabi premier 443 (juillet 1051).

Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya)  Au 9eme siècle, sous le règne de l'émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l'emplacement actuel de l'église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l'héritage le plus précieux. Au xiie siècle, les Almohades, fraîchement débarqués du Maghreb, décident de faire de la cité leur capitale, laquelle se peuple de plus en plus généreusement et renforce sa splendeur et son prestige.
Vue générale sur la Giralda de Seville (Ishbiliya) Au 9eme siècle, sous le règne de l’émir Omeyyade Abd al-Rahman II, fut édifiée la première grande mosquée de Séville, à l’emplacement actuel de l’église du Salvador, situé non loin de la cathédrale. Il faut en réalité attendre les Almohades pour que soit bâtie la grande mosquée dont la Giralda constitue l’héritage le plus précieux. Au 12e siècle, les Almohades, fraîchement débarqués du Maghreb, décident de faire de la cité leur capitale, laquelle se peuple de plus en plus généreusement et renforce sa splendeur et son prestige.

Le roi de Séville refusa de les y admettre, alléguant qu’ils étaient ses vassaux et non point souverains inamovibles ; de sorte que le traité ne fut avantageux qu’à ce prince , qui renvoya les députés plus satisfaits de sa magnificence et de sa libéralité que de sa bonne foi.

il se contenta de fournir quinze cents cavaliers au roi de Cordoue ; et , tandis que ces troupes , réunies avec celles des émirs de l’Andalousie , combattaient pour la même cause , l’ambitieux Motadhed , pour se venger de ces derniers, les attaquait les uns après les autres, les dépouillait de leur petits états , et incorporait successivement aux siens , Niébla , Huelva , Salles , Oksonoba , Sainte- Marie et Silves, en un mot toute l’Andalousie occidentale et l’Al-Gharb méridional.

Il donna néanmoins le fief de Niébla, à titre de récompense, à Abdallah , fils d’Abdel-aziz, qui, dépossédé , persécuté par son implacable suzerain, s’était réfugié à Carmone , d’où il avait été se jeter entre les bras du roi de Cordoue.

Abdallah se montra reconnaissant des faveurs d’Al-Motadhed. A la tête des troupes de ce prince , il fit la guerre au roi de Carmone et l’assiégea dans sa capitale, qui , peu auparavant , avait servi d’asile a son père, Abdel- aziz , fugitif il pressa si vivement le siège que les habitants capitulèrent, et se rendirent vassaux du roi de Séville.

Mohammed Al-Boracely, avant la reddition de la place. , en sortit secrètement , et alla implorer de nouveau le secours du roi de Malaga. Ces deux princes tentèrent inutilement de reprendre Carmone; mais, après divers combats sans résultats décisifs, ils retournèrent, l’un à Malaga, l’autre à Ecija.

Le roi de Séville , s’étant rendu maître de Cordoue par la plus infâme trahison (Voyez la fin des rois Jahwaride de Cordoue), l’an 452 (1060) , sut accoutumer les habitants à sa domination , en prodiguant aux grands l’or et les honneurs , et en donnant des fêtes et «les spectacles au peuple qui oublia bientôt le bienfaisant Djahwar et son gouvernement sage et paternel.

Insatiable dans son ambition, Al-Motadhed ordonne des préparatifs de guerre contre le roi de Tolède, et envoie son fils Mohammed pour combattre les rois de Grenade et de Malaga , dont la constante protection empêchait seule la’ ruine complète de la famille Al-Boracely.

Avant le départ du jeune prince, son père l’arma chevalier, et lui donna un bouclier couleur d’azur, parsemé d’étoiles d’or , et ayant au milieu une lune d’or , avec un emblème relatif aux vicissitudes des armes.

al-Motadhed accompagna son fils jus qu’à Ronda , où il attendit l’issue des premières opérations du nouveau chevalier.

Le bruit des conquêtes des Al-Moravides en Afrique parvint aux oreilles des princes- belligérants, vers l’an 46° ( 1068), sans suspendre les hostilités, quoique le roi de Malaga eût à craindre pour ses états d’Afrique , celui de Grenade pour les provinces qu’y possédait sa famille ; et que le roi de Séville soupçonnât que celte puissance naissante était celle dont son fils était menacé par les astrologues .

Ce dernier monarque ne laissa pas je continuer la guerre avec succès contre les princes coalisés , et acheva de dépouiller celui d’Ecija.

Enfin le ciel frappa l’orgueilleux Motadhed par le coup le plus sensible , et délivra l’Espagne de la crainte qu’inspirait ce prince à’ la fois magnifique et ambitieux , timide et superstitieux , voluptueux et cruel.

Il avait une fille d’une incomparable beauté , qu,’une mort prématurée enleva à la fleur de l’âge. Le chagrin d’une perte si douloureuse affecta subitement toutes Tes facultés physiques et morales du roi de Séville.

Les secours de l’art semblèrent le rappeler un moment à la vie ; mais, ayant voulu voir la pompe funèbre de sa fille chérie, dont il avait désigné lui-même la sépulture, ce triste spectacle accrut tellement son mal , qu’il expira vingt- quatre heures après , le 2 ou 6 djoumadi second 461 (29 mars ou 2 avril 1069).

Il était âgé de 57 ans, et en avait régné 28.

Ce prince, le plus puissant des souverains de l’Espagne ses contemporains , recommanda à son fils de se défier des Almoravides, de conserver avec soin les deux clefs de l’Andalousie, Algéziras et Gibraltar, et de ne rien négliger pour réunir sous sa domination toute la Péninsule, qui devait appartenir au maître de Cordoue.

Les Tombes du prince arabe et poète Al-Mu'tamid, sa femme et leur fille à Aghmat  dans l'actuel Maroc
Les Tombes du prince arabe et poète Al-Mu’tamid, sa femme et leur fille à Aghmat dans l’actuel Maroc

3eme. Abou’l Qacem MOHAMMED II AL-MUTAMID BILL AH.

An de l’hég. 461 (de J.-C.1069). Mohammed fut proclamé le lendemain, sous les titres d’ ‘ Al-Mutamid , d’Al-Dhafer d’ Al- Mowaîad ; aussi ces différents surnoms l’ont- ils fait confondre avec d’autres princes.

Le nouveau roi présida, le même jour, aux funérailles de son ppère, qui il fit enterrer à l’entrée de l’Alcaçar, dans le tombeau de son aïeul.

Valeureux et prudent , et sachant par sa libéralité enflammer le zèle de ses serviteurs ont s’assurer de leur fidélité, Mohammed ben Abbad , âgé de 29 ans, aussi magnifique, aussi ambitieux que son père, ne fut ni cruel ni sanguinaire, et abusa rarement de la victoire.

Il rendit les biens à ceux qui s’étaient dérobés par la fuite à la tyrannie du dernier règne.

Il excellait dans l’art des vers, et rivalisait avec le roi d’Alméria, son ami : tous deux à l’envi protégeaient les gens de lettres.

On ne reprochait au roi de Seville d’être mauvais musulman , de boire du vin , et d’en permettre l’usage à ses sujets, il faisait la guerre en personne aux rois de Grenade et de Malaga , lorsqu’il apprit par les émirs de Murcie et de Tadmir, ses alliés, qu’Al-Mamoun , roi de Tolède , était entré sur leurs terres, avec une puissante armée.

Il chargea Aboubekr Mohammed ben Omar de marcher à leur secours , et lui confia une mission auprès du comte de Barcelonne.

Ben Omar fit des levées considérables tant à Séville que sur la route, et arriva à Murcie, où sa présence et ses promesses rendirent la confiance aux habitants. Au bout de deux jours, il en partit pour Barcelonne, où il conclut un traité d’alliance offensive et défensive avec le comte Raymond Bérenger ».

Il fut stipulé que, pour prix des secours que ce prince fourni rait au roi de Séville, il recevrait dix mille pièces d’or, le jour que ses troupes sortiraient de Barcelonne , et qu’une pareille somme lui serait comptée, lorsqu’elles arriveraient a Murcie : pour sûreté réciproque, le comte donna un de ses cousins comme otage à Ben Omar, qui promit que son maître livrerait son propre fils Raschid , et enverrait une forte armée.

Raymond Bérenger partit alors avec une brillante cavalerie. Arrivé dans la plaine de Murcie , il y trouva quelques troupes envoyées par le roi de Séville, avec son fils qui passa aussitôt dans le camp des chrétiens.

al-Mutamid ibn Abbad al-Lakhmi de Seville
al-Mutamid ibn Abbad al-Lakhmi de Seville

Ben Omar prit le commandement de ces troupes, dont le petit nombre excita les plaintes du comte, lorsqu’il vil les forces respectables et la position avantageuse du roi de Tolède qui assiégeait Murcie.

Se déliant de son allié, il fit resserrer plus étroitement le jeune Raschid. Cette mésintelligence se communiqua des chefs aux soldats, et fut cause de la dé faite que les coalisés essuyèrent, l’an 462 (1070).

Mohammed accourait, avec un corps de cavalerie qu’il amenait de Jaen. Arrivé à Segura, il fut arrêté sur les bords du Guadimena, dont les eaux grossies empêchaient le passage.

Ce fut alors que les débris de son armée vaincue, qui se pressaient sur l’autre rive,’ lui apprirent la malheureuse issue de la ba taille.

L’épouvante des fuyards était si grande, que plusieurs, ayant osé tenter de traverser la rivière , furent entraînés par les flots.

Ce spectacle jeta le découragement parmi les troupes du roi de Séville, qui se vit forcé de retourner à Jaen , avec le parent du comte de Barcelonne.

Ben Omar , échappé de la déroute, rejoignit bientôt son maître, et lui persuada d’exécuter le traité; mais, faute d’argent, l’échange des otages n’eut pas lieu , et Raymond emmena en Catalogne le fils du roi de Séville.

Ben Omar ne tarda pas à se rendre à Barcelonne; il rendit au comte son otage , compta trente mille pièces d’or pour la rançon du jeune prince, et le renvoya a son père , qui pleura de joie en le revoyant.

Ce fut sans doute pour obliger Raymond que cet adroit musulman vint à la cour du roi de Saragoce, et le détermina par ses intrigues à laisser .respirer les chrétiens, et à faire la guerre au roi de Dénia, ennemi du souverain de Séville. (Voy. ci-après l’art. Ahmed I, roi Huddide de Saragoce. )

Pièce commémorative à l'effigie d'al-Mutamid al-Lakhmi de Seville
Pièce commémorative à l’effigie d’al-Mutamid al-Lakhmi de Seville 

Les armes de Ben Abbad étaient occupées contre les rois de Grenade et de Malaga, dont il avait juré la ruine , lors qu’un ennemi plus redoutable le mit à la veille de voir lui-même sa puissance anéantie.

Le roi de Tolède, Al- Mamoun , fier de sa victoire de Murcie , crut pouvoir aisément achever de dépouiller son rival affaibli par cet échec.

II entra dans l’Andalousie à la tête d’une armée formidable, dont une division, commandée par Hariz ben Hakem , ancien général des rois de Cordoue , surprit cette ville et celle de Madinat al-Zahra.

Seradj-ed-daulah (Saraj al-Dawla) , fils aîné du roi de Séville, ayant été tué en défendant le palais de Zahra , Hariz voulut que sa tête , placée au bout d’une lance , fût promenée dans les rues de  Cordoue , et qu’en la montrant au peuple , l’on criât : « Voilà les terribles effets de la vengeance divine. »

Dans le même temps , les troupes du roi de Tolède s’emparaient d’Ubeda et de plusieurs autres places , menaçaient Jaen ; et lui-même , après une courte résistance , se rendait maître de Séville. al-Mutamid rassembla bientôt toutes ses forces, dispersées du côté d’Algéziras , de Malaga et de Jaen; mais n’ayant pu secourir sa capitale , il fut obligé d’en former le siège.

La mort de son rival , arrivée à la fin de 469 ( ‘1077), lui facilita la réduction de cette ville. Il y rentra, presque aussitôt , tandis que les troupes de Tolède forçaient son camp pour sortir de la place, et il se mit aussitôt à leur poursuite.

Hariz espérait se maintenir dans Cordoue, et comptait tellement sur l’affection des habitants, qu’il se flattait d’y être proclamé roi. Mais il fut bientôt désabusé , lorsque assiégé dans cette ville par al-Mutamid , après avoir en-vain soutenu divers assauts, et fait plusieurs sorties , il vit le peuple se partager en factions. Craignant d’être livré à un prince dont il avait encouru la vengeance , il se hâte d’abandonner Cordoue.

Muraille du coté de la porte de Seville  à Cordoue
Muraille du coté de la porte de Seville (al-Ishbilya en arabe) à Cordoue (al-Qurtuba en arabe)

Le monarque le poursuit à. bride abattue, l’atteint, le perce d’outre en outre d’un coup de lance, et le fait clouer ignominieusement à une croix avec un chien, et exposer sur le pont de Cordoue , où il le laisse dévorer par les bêtes féroces et les oiseaux de proie.

al-Mutamid , ayant ainsi recouvré ses états d’Andalousie, étendu ses relations et augmenté le nombre de ses alliés par les intrigues de Ben-Omar, dans le nord et l’est de l’Espagne, le nomma son vezir, et le chargea de la conquête de Murcie, que ce général enleva aux Taherides, en l’an 471 ( 1078 jc).

Pour empêcher que le roi de Tolède ne tenta de faire rentrer celte contrée sous sa domination, il envoya Ben Omar en ambassade, d’abord auprès du roi de Casiille, afin de le détourner de l’alliance du souverain de Tolède , puis auprès de ses amis , le roi de Saragoce et le comte de Barcelone, afin de s’assurer de leur secours, en cas de besoin.

L’habile  Hadjeb (ministre) réussit ‘dans toutes ces négociations par ses ruses, autant que par son éloquence et ses talents poétiques. La faveur dont il jouissait , excitait les murmures des principaux officiers de l’état, qui l’accusaient de ne songer qu’à ses intérêts, et de tirer profit de tout.

L’an 472 (1079), après une guerre longue et cruelle, Al-Mutamid, acheva la conquête du royaume de Malaga , par la prise de la capitale et d’Algéziras , et mit fin à la dynastie alide des Hamoudides.

La même année, l’Andalousie fut affligée, pendant quatre mois, par des tremblements de terre continuels qui renversèrent plusieurs édifices et monuments publics , sous les ruines desquels un grand nombre d’individus fut enseveli.

Vue sur Ishbiliya (Seville), une mosquée fut construite dans la région sur les plaines en 716-717 par les omeyyades en l’occurrence le fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi, Abd al-Aziz à Rubina dans une ancienne église du nom de santa Rufina .
Vue sur Ishbiliya (Seville), une mosquée fut construite dans la région sur les plaines en 716-717 par les omeyyades en l’occurrence le fils de Musa ibn Nusayr al-Lakhmi, Abd al-Aziz à Rubina dans une ancienne église du nom de santa Rufina .

Insatiable dans son ambition, le roi de Séville envoya pour la seconde fois son astucieux vezir au roi de Castille, et le résultat de celte ambassade fut la destruction du royaume de Tolède, dont la capitale et la majeure partie passèrent sous la domination d’Alfonse, en 478 (1085).

Al-Mutamid, dans cet intervalle, reculait aussi ses frontières, et subjuguait Ubeda , Jaen, Baeça , Martos, etc.

Tous les musulmans murmuraient contre de pareilles négociations, et accusaient le roi de Séville de sacrifier les intérêts de l’islam , et jusqu’à sa propre famille, pour acheter au poids de l’or une honteuse alliance.

Al-Mutamid , rejetant alors sur un ministre qui l’avait trop bien servi , tout l’odieux de sa conduite politique , résolut de l’immoler à sa propre sûreté. Ben Omar avait donné à ses parents et à ses amis le commandement de plusieurs châ teaux sur les frontières. Sous ce frivole prétexte, le roi ordonna de l’arrêter comme conspirateur.

Ben Omar, averti , s’enfuit à Murcie, d’où il se rendit à Valence : mais , voyant que les princes y étaient divises et peu satisfaits de lui , il n’osa pas y rester , et partit pour Tolède , où il fut bien reçu du roi Alfonse, qui espérait l’employer utilement dans ses projets de conquêtes. Ses ennemis l’ayant rendu suspect à ce prince , il passa au service du roi de Saragoce qu’il aida de ses artifices pour le rendre maîlre de quelques places sur les frontières des royaumes de Valence et de Murcie. al-Mutamid , craignant que ses secrets ne fussent trahis par son ancien favori, eut iccoursà toutes sortes de moyens pour l’avoir en sa puissance.

Ben Omar fut enfin arrêté à Segura, par l’entremise du roi de Valence , Aboubekr.

Conduit sous bonne escorte à Séville, à travers les malédictions et les injures du peuple de plusieurs provinces, il fut renfermé dans une salle du palais, dont le roi Ïirit lui-même la clef. Vainement il employa le charme de a poésie pour toucher le monarque irrité , et pour im plorer l’intercession d’un fils de ce prince, lequel, ainsi que son père, excellait dans l’art des vers. Al-Motamed voulut bien, pour la dernière fois, répondre de la même manière au poêle disgracié ; mais, excité par les ennemis de ce vezir, il alla dans sa prison , et lui trancha la tête de sa propre main , au commencement de l’an 479 (1086) .

Aboubekr Mohammed , ben Omar , ben Houcein , Al- Mahry , né de parents obscurs, près de Silvès, dans l’Al-Gharb , s’était attaché , jeune encore, au service des Abbadides, dès le tems de l’expédition d’ Al-Motamed dans cette province, vers 445 (1053).

Ishbiliya (Seville) au 16eme siècle .
Ishbiliya (Seville) au 16eme siècle .

La nature l’avait doué de tous les dons du corps et de l’esprit. Homme supérieur dans tous les genres , il fut à la fois grand capitaine, habile négociateur et excellent poëte.

Le roi de Séville, inquiet des progrès d’Alfonse, qui , de puis la prise de Tolède, étendait ses conquêtes sur les plaines arrosées par le Tage, et s’était emparé de Maglit (peut-être Madrid), Maqueda et Guadalajara, lui écrivit pour 1 inviter à se contenter de la capitale , et à se conformer aux clauses de leur traité d’alliance. Le castillan répondit que les pays qu’il avait soumis appartenaient au roi de Valence, qu’a appe lait son ami , mais qui était devenu son vassal (2). Voulant prouver en même tems qu’il était’ fidèle au traité, il en voya au roi de Séville 1,5oo hommes, armés de toutes pièces, pour le seconder dans ses guerres contre le roi de Grenade.

al-Mutamid fit la paix avec celui-ci , et se hâta de congédier ses dangereux auxiliaires, qui, en se retirant, ravagèrent ses frontières, et en enlevèrent des troupeaux et des jeunes gens des deux sexes. Al-Mutamid , mécontent du monarque chrétien, n’hésita pas à méditer sa ruine, lorsqu’il apprit l’invasion de ce prince dans les états d’Al-Gharb et de Saragoce.

Il invita les rois d’Alméria , de Grenade , de Badajoz, de Valence , et tous les dynastes musulmans de la Péninsule , à se joindre à lui, pour s’opposer aux progrès des chrétiens et à la destruction de l’islam.

La médina de Marrakech  fondée en 1071 par Youssef Ibn Tachfin, à la tête de l'empire berbère des Almoravides. Dans le passé, le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d'actualité en Iran); le nom Maroc provient lui-même de la déformation de la prononciation portugaise de Marrakech: Marrocos.
La médina de Marrakech fondée en 1071 par Youssef Ibn Tachfin, à la tête de l’empire berbère des Almoravides. Dans le passé, le Maroc était connu en Orient sous le nom de Marrakech (appellation toujours d’actualité en Iran); le nom Maroc provient lui-même de la déformation de la prononciation portugaise de Marrakech: Marrocos.

Une junte , composée des oulémas , dus fakihs et des cadhis attachés aux mosquées métropolitaines de l’Espagne, se tint à Cordoue  , l’an 478 (1085) ; et le résultat de ses délibérations fut de proclamer l’al-Jihad (la guerre sainte), et de prier le souverain almoravide de l’Afrique  de vouloir bien en être le chef.

Yousouf ben Taschfyn , second prince de la dynastie berbères des Al-Moravides , et fondateur de Maroc (Maroc ici veut dire Marakesh), régnait alors sur les deux Mauritanies jusqu’au détroit de Gibraltar. Sur le bruit des victoires de ce conquérant, al-Mutamid avait, depuis quelques années, recherché, son amitié, et l’avait même aidé à s’emparer de Ceuta et de Tanger, afin de pouvoir lui- même subjuguer plus aisément le royaume de Malaga , a qui ces deux villes fournissaient des secours .

Après la conquête de Tolède , Alfonse avait écrit au roi de Séville pour lui demander quelques places fortes ou pour le presser du moins de se reconnaître vassal de la couronne de Castille.

Malgré la réponse négative de al-Mutamid , un ambassadeur castillan vint à Séville avec un juif, trésorier du roi de Castille, pour recevoir le tribut exigé par ce monarque.

Le juif n’ayant pas voulu accepter les pièces d’or de Ben-Abbad, sous prétexte qu’elles n’étaient pas de bon aloi ; et l’ambassadeur demandant qu’au lieu d’or on lui donna quelques vaisseaux, al-Mutamid , irrité, refusa toute espèce de tribut.

La nuit suivante , des esclaves assassinèrent le juif, et maltraitèrent les gens de l’ambassadeur.

Soit que le roi de Séville ne fût pas étranger à cet attentat, soit qu’il fût déterminé à rompre avec le monarque chrétien , il laissa partir son envoyé , sans avoir égard à ses plaintes , sans s’effrayer de ses menaces , et ne songea qu’à se préparer à la guerre. Sourd aux représentations de Raschid , l’aîné de ses fils, et son héritier présomptif, sur la nécessité de se justifier d’une pareille violation du droit des gens, et sur le danger de compter sur le secours du souverain Almoravide de l’Afrique : « Eh bien ! répondit al-Mutamid , j’aime mieux garder les chameaux du roi de Marakesh , que de payer tribut aux chien de chrétiens. » (Dans une autre version : « Mieux vaux gardé les chameaux pour le roi de Marakesh dans le desert que de garder les porcs pour le chrétiens » )

Au commencement de l’année 479 ( 1086) , il envoya une nouvelle ambassade à Yousouf ibn Tashfyn, pour l’engager à hâter son départ.

Ce monarque ayant exigé au préalable, la cession du port d’Algéziras, al-Mutamid non-seulement consentit à ce sacrifice , et ordonna à son fils , Yezid , de livrer cette place aux troupes africaines , mais encore, voulant capter la confiance du roi de Marakesh, ils’embarqua avec une suite brillante, traversa le détroit, et alla visiter ce prince qu’il rencontra dans la province de Tanger, à trois journées de Ceuta. Il en fut accueilli favorablement, l’entretint de l’état de l’Espagne , des causes de sa décadence , l’assura que tous les musulmans fondaient leurs espérances sur son puissant secours , et en reçut la promesse formelle que sous peu de jours il se rendrait à leurs voeux.

Yousouf ayant en effet débarqué, pendant une nuit obscure du mois de rabi-11 479 (aoul 1086), à Algéziras, y fut reçu par Ben-Abbad , et par tous les émirs de la Péninsule, il se rendit à Séville, où était indiqué le rendez- vous général des troupes arabes et africaines. al-Mutamid y avait dévancé ce monarque, qui s’y reposa huit jours, au milieu des fêtes et des plaisirs.

Guerriers de la dynastie berbère Islamique des Almoravides au combat contre les Croisés d'Espagne
Guerriers de la dynastie  des Almoravides et des Andalous au combat contre les Croisés d’Espagne

Toutes les forces des musulmans s’étant rassemblées dans les environs de cette ville , furent partagées en trois corps. al-Mutamid , comme le plus puissant des émirs de l’Espagne, était à la tête du premier corps, qui, uniquement composé des troupes de ces divers petits souverains, formait l’avant-garde , et devait recevoir le premier choc de l’ennemi.

Yousouf jugea cette mesure nécessaire autant à la sûreté qu’à la gloire de ses armes.

Le  second corps, conduit par Daoud ben Aïscha, général africain (ici le mot « africain » a le sens du mot « berbère »), ne comptait que des soldats de cette nation; il eut ordre de soutenir le premier.

Enfin le roi de Marakesh commandait la réserve , composée de sa garde et de ses meilleures troupes.

Alfonse , à la première nouvelle de l’arrivée du monarque almoravide, avait levé le siège de Saragoce , et réclamé le secours de tous les princes et seigneurs chrétiens de l’Espagne et de la France méridionale.

A la tête de cent mille hommes d’infanterie, suivant les auteurs orientaux , et de quarante mille, ou, selon d’autres, de quatre-vingt mille cavaliers , parmi lesquels se trouvaient quelques arabes tributaires , il s’était avancé dans les plaines de Zallaka , entre Badajoz et Merida.

Là , se rencontrèrent les deux armées, le 12 redjeb 479(^3 octobre 1086).

Attaqués par une division de celle des chrétiens , commandée par Al-Barhanis ( sans doute Bérenger-Raimond II , comte de Barcelonne) , et par Garcie, fils de Ramire, les musulmans espagnols plièrent après une assez courte résistance , et bientôt tous leurs chefs prirent la fuite , et gagnèrent Badajoz.

Le roi Abbadide de Séville seul demeura ferme à son poste, avec ses fidèles Andalousiens, et donna le temps au roi almoravide de Marrakech de lui envoyer des renforts, qui l’aidèrent à combattre avec avantage.

Dans ce moment , une mêlée non moins terrible avait lieu entre Daoud et Alfonse : mais lissue de la bataille était encore incertaine, lorsque Yousouf, débouchant de la montagne, derrière laquelle sa réserve était cachée , assaillit le camp du roi de Castille , égorgea les troupes qui le gardaient , s’empara de tous les bagages , prit en queue l’armée chrétienne , la mit en pleine déroute , et décida la victoire.

La plupart des princes et des généraux chrétiens perdirent la vie dans cette bataille, qui dura jusqu’à la nuit.

Alfonse courut souvent risque d’être tué ou fait prisonnier, se sauva avec cinq cents cavaliers , et n’arriva a Tolède qu’après avoir vu périr la plus grande partie de son escorte.

Les musulmans eurent trois mille hommes tués , au rapport des historiens arabes, qui paraissent avoir exagéré la perte des chrétiens.

Les plus modérés la portent’ à vingt- quatre mille morts, dont les têtes coupées furent élevées en forme d’une colline, du haut de laquelle on appela les fidèles à la prière du matin .

Warriors of Medieval Times - Bojovnici stredoveku emir youssouf et les tetes
L’exposition des têtes des croisés après la bataille de Zalaqa (23 octobre 1086) par la dynastie des Almoravides (al-Murabitun) source : Warriors of Medieval Times – Bojovnici Stredoveku

Le roi de Séville , malgré les blessures qu’il reçut dans cette journée, s’empressa d en en voyer la nouvelle à son fils aîné, par un billet de sa main qu’il attacha sous l’aile d’un pigeon .

Après le partage du butin , le roi Almoravide de Marrakesh Youssouf ibn Tashfyn  retourna en Afrique, laissant des troupes en Espagne, sous le commandement de son parent Schyr ou Sayr ben Abou-bekr.

Al-Mutamid , à la tête d’un camp volant, se rendit maître d’Uklés, Hueta, Cuenra , Consuegra et autres places, que son alliance avec le roi de Castille avait assujetties à ce prince : mais surpris dans la province de Murcie, par quelques partis de cavaliers chrétiens qui gardaient cette frontière , il gagna Lorca en désordre.

Les Castillans s’étaient emparés d’Albit (le nom de cette place est écrit Lebatha, par Deguignes ; Lebla, par Ordonne S Albel, par Casiri; Labil al mewali, par Duiulm : Elibat, par d’autres auteurs; et Alid, par Conde, dont l’orthographe tel est évidemment vicieuse ; nous avons suivi celle qu’a bien voulu nous indiquer M. de Sacy.), forteresse importante à douze milles de cette ville.

Les efforts d’Alfonse pour la conserver, et ceux de al-Mutamid pour la reprendre , portèrent , dans cette contrée, le fléau de la guerre. Dégoûté du mauvais succès de son entreprise, le roi de Séville revint dans sa capitale.

Aspirant à la monarchie universelle de l’Espagne, il avait appelé le roi Almoravide de Marrakesh comme un utile et puissant auxiliaire; mais les contrariétés qu’il éprouva de la part des émirs espagnols et des capitaines almoravides, le déterminèrent à recourir de nouveau à ce monarque.

Il l’informa des courses continuelles des chrétiens Sur les terres des musulmans, de la prise d’Albit (Labil al mewali) par le roi de Castille, de celle de Huesca par le roi d’Aragon , et des entreprises de Rodrigue (Le Cid) , du côté de Valence.

Il se plaignit que les chefs de l’armée africaine almoravide, en Espagne , n’étaient pas tels que l’exigeaient les circonstances , et termina sa lettre , en offrant d’aller prendre les ordres de Yousouf , si des affaires plus importantes retenaient ce conquérant en Afrique.

Sans attendre la réponse , il traversa le détroit ; et , croyant le roi de Marrakesh très-occupé dans le Maghreb, il espéra en obtenir le commandement de ses troupes en Espagne.

Il le rencontra près d’Al-Mamoura, à l’embouchure du Ouad al-Seloua (actuelle Maroc). Yousouf ibn Tashfyn le reçut avec affabilité , mais parut surpris de son arrivée en Afrique.

Alors al-Mutamid lui répéta avec plus de détails le contenu de sa lettre , et le pria d’achever son ouvrage dans la Péninsule.

Cependant il n’en reçut que des consolations et l’assurance que ce prince irait bientôt délivrer les musulmans opprimés.

Dès la fin de l’an 480 ( 10^8), Yousouf ibn Tashfyn  accomplit sa promesse : al-Mutamid lui fit la plus brillante réception, et l’accompagna , en rabi 1er . 481 (mai ou juin 1088 ) , à Malaga, à Grenade et à Lorca , où tous les émirs d’Espagne avaient eu ordre de réunir leurs troupes, pour assiéger Albit. La garnison de cette forteresse, consistant en douze mille hommes d’infanferie et mille de cavalerie, résista plusieurs mois à tous les assauts des musulmans.

La discorde, la désertion ayant affaibli ceux-ci, Alfonse en profita pour voler au secours de la place. A son approche, Yousouf leva le siège , et alla se Tembarquer à Alméria, à la fin de l’année 48 « ( 1080,).

Les émirs retournèrent aussi dans leurs états, ainsi que al-Mutamid , qui avait repris Albit, après qu’Alfonse en eut détruit les fortifications et emmené la garnison

Les hostilités continuelles entre les chrétiens et les musulmans , la désunion de ceux-ci , les lettres pressantes de Schyr ben Aboubekr , le beau ciel de l’Espagne , la richesse de son sol , éveillèrent l’ambition du roi Almoravide de Marrakesh, et le déterminèrent à y entreprendre une troisième expédition.

La guerre sainte en fut encore le but apparent ; mais il vint , cette fois, sans être appelé par les princes, qui malheureusement avaient démêlé trop tard ses secrètes intentions.

Yousouf ibn Tashfyn l’Almorvaide assiège d’abord Tolède , où le roi de Castille s’était renfermé; il saccage les environs de cette capitale; fait périr, ou réduit en servitude un grand nombre de chrétiens; puis, le fait que les émirs avaient refusé de se joindre à lui , il lève le siège , et les traitant en ennemis , il va d’abord détrôner Abdallah, dernier roi de Grenade.

Charmé du climat de cette ville , séjourne quelque temps ; renvoie, sans leur donner audience , les ambassadeurs des rois de Séville et de Badajoz (actuel Portugal), fait arrêter le fils du roi d’Alméria; et , laissant entrevoir par la ses projets ultérieurs, il retourne à Marrakesh, en ramadhan 483 ( novembre 1090).

Al-Mutamid le roi arabe de Seville , prévoyant le sort qui le menace, se repent alors d’avoir attiré les « Maures » eu Espagne : il fortifie à la hâte les murs et le pont de Séville, et met ses autres places en état de défense.

Les Africains (Almoravide) , ayant reçu des renforts, se partagent eu quatre divisions : l’une , commandée par Schyr ben Abou-bekr, est chargée de la conquête de Séville et de Badajoz; deux autres doivent attaquer Cordoue et Ronda, qui étaient gouvernées par deux fils de al-Mutamid,  ; la quatrième est destinée à agir contre le roi d’Alméria. Schyr ben Abou-bekr , après avoir vainement employé la ruse et les promesses pour engager le roi de Séville à se soumettre, le somme de livrer ses places, et de venir jurer obéissance a Yousouf, émir suprême des musulmans de l’Ouest reconnus par le calife abbasside de Baghdad.

Cavalerie Musulmane

Al-Mutamid, sans considérer l’infériorité de ses forces, ne répond qu’en attaquant ses auxiliaires. Trop faible pour risquer une bataille, il se borne à livrer des escarmouches, et soutient quelque temps cette guerre inégale avec des succès balancés. Mais la perte successive de Jaen , Bacça, Ubeda, Castro al-Belad, Almodovar, Assachira , Segura; celles de Ronda et de Cordoue, où deux de ses fils furent égorgés, au mépris de la capitulation ; enfin la prise de Carmone , qui fut enlevée d’assaut , le 17 rabi 1er. 484 ( 9 mai 1091), ayant réuni toutes- les forces de l’ennemi devant Séville , il ne resta plus à al-Mutamid jusqu’à faire une chose qui causera sa perte : Appelé au « secours » le roi croisé de Castille. Alfonse , moins par générosité peut-être que pour arrêter les progrès alarmants des Africains Almoravides , envoya une armée de soixante mille hommes , sous les ordres du comte Gomez , qui , après avoir fait le dégât dans la province de Cordoue, fut battue par les troupes Almoravides.

Ce der nier échec ayant privé al-Mutamid de son unique ressource, il se rendit aux vœux , aux instances de ses sujets, et consentit à capituler.

Il obtint sécurité pour lui, ses fils, ses filles , ses femmes , sa maison , et pour tous les habitants.

Schyr ben abou-bekr prît possession de Séville un jeudi ou un dimanche 19 ou 22 redjeb 484 (6 0u 9 septembre 1091),et fit embarquer le malheureux al-Mutamid avec sa famille.

Le désespoir de ces infortunés fut inexprimable , lorsqu’ils perdirent de vue les tours de leurs palais, et qu’ils virent disparaître comme un songe leur grandeur passée. Yousouf ibn Tashfyn, qui les attendait à Ceuta , ne daigna pas les voir , et sans égard pour le malheur et pour la majesté royale, il les envoya prisonniers à Aghmat (Actuel Maroc) .

Ruins d'une mosquée faite en 859 à Aghmat au Maroc, une mosquée aurai été construite (il en reste rien) à  Aylan Aghmat au Maroc    entre 705 et 710 sous Musa ibn Nusayr al-Lakhmi et son lieutenant  Tariq ibn Ziyad seloj Ibn Idhari voilà le passe relatif "C’est en 85 (13 janvier 704) que T’ârik’ibn Ziyad devint gouverneur de Tanger et du Maghreb el-Aksa, et c’est à cette date que la con-version des habitants de cette dernière région (Tanger) à l’Islam fut complète : on orienta dans la direction de la Mekke les temples élevés par les polythéistes et l’on installa des chaires dans les mosquées des communautés. Alors fut élevée la mosquée d’Aghmât Heylâna (On écrit aussi Aylàn ou Ilàn). Quant à ce chef, son nom est T’ârik’ ben Ziyâd ben Abd Allah ben Oulghoû ben Ourfeddjoûm ben Neber- ghâsen ben Oulhàç ben It’oûmet ben Nefzâou ; il était Nefzi d’origine. On dit qu’il figurait parmi les Berbères faits prisonniers. Il était affranchi de Moûsa ben Noçayr."
Ruines d’une mosquée faite en 859  par Wattas ibn Kardûs dans l’année de 245 de l’hégire (859 JC). Sous les Idrissides (789 – 985), Aghmat fait partie du Souss al-Aqsa. Les Almoravides (1040 – 1147) se rendent maître de la ville en 1057. Cette cité leur a servi de base dans leur avancée vers les régions du nord, avant qu’ils ne fondent la médina de Marrakech en 1062. Sous le règne de Youssef Ibn Tachfin, Aghmat fut le lieu d’exil des rois déchus d’Espagne dont le célèbre poète Al-Mutamid ibn Abbad a-Lakhmi, roi abbadide de Séville.

Un arabe qui rencontra al-Mutamid sur sa route, lui présenta des vers sur sa disgrâce non méritée : quoiqu’ils fussent médiocres, ce prince donna au poète trente-six pièces d’or qui lui restaient , n’ayant rien de plus à sa disposition.

Renfermé dans une tour , il y vécut quatre ans dans une extrême pauvreté, servi par ses propres filles,, dont la vue aggravait ses chagrins , loin de les adoucir.

La misère de ces princesses était si profonde . qu’elles étaient réduites à filer  (coudre) pour vivre, et manquaient même de chaussures.

Mais leur naissance et leur beauté brillaient encore sous les haillons qui les couvraient.

Témoin de leur douleur muette, al-Mutamid composa sur ses revers une élégie , pleine de sensibilité; car la poésie qui avait fait ses délices aux jours de sa prospérité, fut son unique consolation dans sa disgrâce.

Ses romances étaient si touchantes, qu’elles devinrent populaires. Il  mourut dans sa prison , en rabi 1er. 488 ( mars 1095) , âgé de cinquante-six ans , après en avoir régné vingt- trois.

Al-Mutamid aurait réuni toutes les qualités qui font admirer les héros et chérir les bons rois , si la bonne foi eût été la règle de toutes ses actions. Mais l’ambilion , la politique tortueuse que ses ancêtres lui avaient transmises , l’entraînèrent à sa perte.

En lui s’éteignit la dynastie des Abbadides, qui, après avoir duré plus de soixante et dix ans, se termina par une catastrophe semblable à celle dont son père et lui-même avaient rendu victime le dernier roi de Cordoue , Mohammed ben D’jàhwar.

Les fils d’al-Mutamid finirent leurs jours en Afrique du Nord, dans l’indigence et l’obscurité.

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La dynastie

  1. Abbad Ier (Al-Mutamid ibn Abbad, ou Muhammad ibn Isma`il) (règne 1023-1042)
  2. Abbad II (Abû Amr Abbad “Al-Mu`tadid”) (règne 1042-1068)
  3. Al-Mu`tamid ibn Abbad (Abbad III, Abû al-Qâsim Muhammad Al-Mu`tamid) (règne 1068-1091) il meurt en 1095

 

 

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques,.; » éd. in-8°, t. n, p.324-329

Date d’édition : 1818-1819

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3 réflexions au sujet de « 1ere Taifa : La dynastie Abbadides de Seville issue des Lakhmides : »

    Moussa Zenzouni a dit:
    5 mars 2015 à 13 h 06 min

    J’ai une pièce d’argent qui revient a Youssen Ben Tachafin Pièce en OR, et je charche a vendre ?

    histoireislamique1 a répondu:
    5 mars 2015 à 15 h 51 min

    Salam alaykum, je vous conseillerait de la gardé, mais vous pirvez la vendre facilement, vous en voulez combien ? il y des sites qui vendent des pièces, comme sur E-Bay moi cela peu m’intéresser

      Moussa Zenzouni a dit:
      5 mars 2015 à 16 h 05 min

      Merci, la pièce que j’ai c une pièce rare j’ai fait des recherche ya que 3 modèle 2 dans un musé a l’Europe et moi j’ai la 3éme et la dernier, elle a 1000 ans. contacte moi par mail c vous êtes intéresse moussa.zenzouni@gmail.com

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