Fin de règne berbère Almohade en Andalousie, avènement d’Ibn Hud et des Nasrides :

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Guerrier élite berbère Almohade
Guerrier élite berbère Almohade

Abû al-`Alâ’ Idrîs al-Ma’mûn 1227–1233

 (second prétendant à la succession des Almohades de Marakesh, soutenu par le souverain chrétien Ferdinand III de Castille).

An de l’hég. Ga4 (de. J.-C. 1227). Abou-Aly Edris, âgé de trente- neuf ans , jouissait d’une grande considération parmi les Almohades. Il, savait allier la prudence à la valeur, et s’était couvert de gloire dans l’Afrique orientale (Ifriqya : Constantinois, Tunisie, et Tripolitaine), sous le règne de son neveu al-Mustansir.

Pourvu depuis du gouvernement de Séville, il y étais regardé comme le prince le plus capable d’arrêter les progrès des chrétiens.

Afin d’honorer la ville de Malaga, où il était né, il y avait fondé, l’année précédente, un superbe palais, nommé l’Alcaçar des Seïds, et exécuté sous sa direction ; mais les talents supérieurs d’ Al-Mamoun ne purent lutter contre les coups de la fortune et la fatalité des circonstances .

L’Espagne (Al-Andalus) et la Mauritanie (Maroc, al-Maghreb al-Aqsa) furent ravagées cette année par une nuée de sauterelles.

Pèièce de Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma'mûn
Pièce du croisé Ferdinand III de Castille , qui a aidé Idris al-Ma’mûn l’Almohade

Au fléau de la disette et des maux qui l’accompa gnent , se joignirent les malheurs d’une guerre continuelle avec les chrétiens et les fureurs des discordes intestines. Abou-Mohammed le Baëcien , ce prince vassal des Castillans, favorisait toujours leurs conquêtes. Ils prirent Loja et Alhamra , poussèrent leurs ravages jusqu’aux environs de Grenade et aux bords du Xenil, et assiégèrent Jaen.

Al- Mamoun vola au secours de cette place , tailla en pièces les chrétiens, et les força d’abandonner leur camp, leur butin et leurs conquêtes.

Ils revinrent s’emparer de Salvatierra, de Borgalhimar, etc., toujours secondés par Abu-Mohammed : mais Al-Mamoun, ayant rassemblé les troupes de Cordoue, de Séville et de Malaga, marcha contre ce traître , et l’assiégea dans Baeça.

L'extension maximale de  l'empire éphémère des  Almohades dura 17 ans .
L’extension maximale de l’empire des Almohades dura 17 ans  

Quelques jours après, les habitants, indignés des liaisons de leur prince avec les chrétiens, se révoltèrent contre lui , le massacrèrent et portèrent s’a tête à Al-Mamoun, auquel ils ouvrirent les portes de leur ville, à la fin de l’an 624 ( 1227 ) .

Quoique les cheikhs almohades qui, depuis quelques années, avaient formé à Marrakesh une sorte de gouvernement aristocratique, eussent envoyé par écrit leur serment de fidélité à Al-Mamoun , et l’eussent reconnu pour « émir al-moumenin », ils s’en étaient repentis peu de jours après; et, préférant avoir un souverain qu’ils pussent diriger à leur gré, ils avaient proclamé Yahia, son neveu , âgé de quatorze ans , sous le titre d’Al-Mutasim-Billah : mais ce choix n’avait pas obtenu l’approbation générale dans le Maghreb,.et plusieurs tribus y étaient demeurées fidèles à Al- Mamoun.

Ce dernier, obligé de défendre en Espagne ses domaines attaqués par les princes chrétiens et par des usurpateurs de sa famille, avait différé malgré lui d’aller prendre possession du trône de Marrakesh , et d’en éloigner ce faible compétiteur, que les factieux lui avaient suscité; lors qu’un rival plus redoutable s’éleva contre lui dans la Péninsule, et y accéléra le renversement de la puissance des berbères Almohades.

Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)
Éclaireurs montés armée d’arbalètes mené par le chevalier et émir arabe Ibn Hud à la bataille de Jerez en 1231 (al-Andalus)

Ibn Hud (Ou Ben Houd, ou Bin Hud)

Abou-Abdallah Mohammed ben -Yousouf, ben-Houd Al-Judhami , issu des derniers rois arabe de Saragosse, comptait parmi ses ancêtres, Djudam ben-Amer, l’un des princiaux officiers du conquérant arabe (Musa Ibn Nusayr al-Lakhmi) de l’Espagne, et un ou deux des gouverneurs de cette Péninsule, pour les khalifes Omeyyade de Damas (Voyez, sous la première époque Omeyyade, le vingtième émir, Thouaba ibn- Salma , et le onzième, Othman ben Abou-Neza, al-Chemi , al-Djohani. ou al-Djezami.).

Puissant par l’ascendant que lui donnaient sa naissance , ses richesses , son courage , ses talents , et voyant une occasion favorable de délivrer les musulmans d’Espagne delà tyrannie des Al-Mohades, contre lesquels il nourrissait une haine héréditaire, il résolut de recouvrer les droits de sa famille, et de satisfaire à la fois son ambition et sa vengeance personnelle.

Il réussit , par son éloquence, sa générosité et les intrigues de ses amis, à réunit- un grand nombre de braves, qui, s’étant assemblés à Escuriante ou à as-Souhour, lieux escarpés et naturellement fortifiés dans le taha d’Uxixar, l’un des districts des Alpujarras, à la fin de redjeb 625 ( juillet 1228) , y proclamèrent roi, Mohammed ben-Houd , lui donnèrent le titre de Motawakkel Ala- Allah , et jurèrent de lui obéir et de mourir pour son service.

Afin d’accréditer son parti, et de dé tacher les musulmans de la domination des Almohades , il dénonça ceux-ci comme hérétiques et corrupteurs de l’islam.

Il les accusa d’être les seuls auteurs des calamités qui affligeaient l’Espagne, par le schisme qu’ils y avaient introduit.

Il publia qu’ils avaient souillé les mosquées , et ordonna aux imams, aux khatibs de les bénir et ne les purifier par des lustrations, et d’y prononcer la khothbah , au nom du khalife abbasside de Baghdad , Mostanser-Billah .

Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Yazami (mort en 1238), émir de la Taïfa d'Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse . Idevenu le chef de la quasi-totalité d'Al-Andalus.  En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade. Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .
Abu Abd Allah Muhammad ibn Yusuf ibn Hud al-Judhami (mort en 1238), émir de la Taïfa d’Andalousie entre 1228 et 1237 descendant des Houdides de Saragosse .
devenu le chef de la quasi-totalité d’Al-Andalus.
En 1237, Ibn Hud a reconnu Mohammed ben Nazar comme le roi de Grenade.
Ibn Hud a été assassiné en janvier 1238 à la porte de Almería .

Il paraissait avec sa noblesse, dans ces cérémonies publiques, en habits de deuil. Ayant ainsi excité le peuple, il promit solennellement de le délivrer d’une injuste oppression , d’abolir les contributions onéreuses et arbitraires, et d’établir des impôts modérés et légaux.

Ces moyens lui attirèrent un grand nombre de partisans, et le mirent bientôt en état, avec le secours des chrétiens, de s’emparer de Murcie.

Le 1er.de ramadhan ( 4 août) de la même année, il se rendit en personne dans cette ville, et y fut proclamé roi, au milieu des applaudissements universels des grands et du peuple qui étaient également fatigués du joug des Almohades.

Un tel succès fut bientôt suivi de la conquête de Schatibah et de Dénia.

Dans le même temps , le wali Djomaïl ben-Zeyan (ou Abou-Djemaïl Zéyan, ibn-Modaf , ibn-Mardenisch,) al-Djudhami, parent du nouveau roi de Murcie, et descendant de ce Mohammed ibn-Sad, ibn- Mardenisch (Dit aussi le roi Loup d’origine goth), qui avait régné long-temps à Murcie et à Valence, voulut aussi recouvrer une partie de l’héritage dont ses ancêtres avaient été dépouillés par les Almohades : il excita contre ceux-ci une révolution dans Valence, et en expulsa Abou-Zeïd qui s’en était fait roi.

Celui-ci, après plusieurs combats dans lesquels la fortune lui fut toujours contraire, se voyant abandonné de la plupart des siens, se réfugia, l’an 626 (1229 ) , auprès de Jayme Ier., roi d’Aragon, dont il avait toujours ménagé et payé chèrement l’alliance et l’amitié. 

Le monarque chrétien le reçut avec bienveillance ; mais en feignant de vouloir le venger et le rétablir sur le trône , il ne songea qu’à profiter des dissensions des musulmans. Abou-Zeïd , trompé dans ses espérances, et n’ayant plus à se promettre ni asile , ni secours, dans l’état de trouble et de décadence où sa famille était réduite en Afrique et en Espagne, se fit baptiser avec ses deux fils

L’an 626 (1226), Mohammed ibn-Houd marcha sur Grenade, vainquit Abou-Abdallah , frère du roi berbère almohade de Marrakesh, Abou-Aly Edris Al-Mamoun , et s’empara de cette ville , au moyen de ses intelligences avec les habitants.

Le prince Abou-Abdallah se retira dans l’Alcaçar; mais, ne pouvant s’y maintenir à cause des dispositions peu favorables des Grenadins, il alla trouver son frère à Cordoue. Al-Mamoun, qui se disposait à lui envoyer des secours , fut consterné de la perte de Grenade, qui lui présageait celle des autres provinces.

Il conclut alors une trêve avec Ferdinand, et se porta avec toutes les forces qu’il put rassembler, pour arrêter les progrès de ibn-Houd (Ibn-Hud), qui s’avançait vers le midi de l’Andalousie.

Les deux armées se rencontrèrent dans les plaines de Tarifa , le 6 ramadhan ( 29 juillet ) , combattirent tout le jour avec un égal acharnement, et, s’étant reposées la nuit, recommencèrent le lendemain au point du jour; mais les Almohades , inférieurs en nombre, ne purent résister long-temps aux Andalousiens d’Ibn Hud.

Al-Mamoun l’Almohade abandonna le champ de bataille en bon ordre, sans que les vainqueurs, épuisés eux-mêmes, et craignant de le réduire au désespoir, osassent troubler sa retraite.

Il y perdit ses principaux capitaines, entre autres ses parents Âbou-Zeyad al-Mogayed, wali de Badajoz, et Ibrahim ben-Edris, ben- Abou-Ishak , wali de Ceuta et amiral de sa flotte.

Al-Mamoun, prévoyant que ses états en Espagne allaient lui échapper , en confia la défense à son fils Abou’l-Haçan, et à deux de ses frères, Seïd Abou-Abdallah et Seïd Mohammed, et voulut au moins conserver le trône de Mauritanie, que son neveu Yahia lui disputait.

Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc
Porte de la casbah Almohade des Oudayas à Rabat au Maroc

Pour combattre cet usurpateur, il eut recours au roi croisé de Castille, Ferdinand III, qui lui fournit douze mille hommes de cavalerie, aux conditions suivantes:

1°. qu’Al-Mamoun lui céderait les dix places-fortes les plus voisines des frontières de Castille,

2*, qu’aussitôt après son entrée dans Marakesh , ce prince y fonderait une église pour les chrétiens qui l’auraient accompagné » ;

3°. qu’ils y auraient le libre exercice de leur religion et l’usage des cloches;

4-*  , lorsqu’un chrétien voudrait embrasser l’islam, on le livrerait à ses chefs pour être jugé suivant leur loi ;

5°. que, lorsqu’un musulman voudrait se faire baptiser, on ne s’y opposerait point.

Ce fut la première armée chrétienne qui fit la guerre en Mauritanie (Actuel Maroc).

Al-Mamoun, ayant embarqué à Algéziras l’élite de son armée avec ses troupes auxiliaires, se rendit à Ceuta , au mois de dzoulkadah (octobre), marcha sur Marrakesh, vainquit son neveu Yahia quelques mois après , et recouvra sa capitale, ainsi que la plus grande partie de ses états dans le Maghreb.

La dernière victoire de al-Mutawakkil ibn-Houd lui assura la supériorité dans l’Espagne musulmane.

Les habitants de  Cordoue le reconnurent pour roi, dans le mois de dzoulkadah (octobre), chassèrent les berbères Almohades, et mirent à mort tous ceux qui tombèrent sous leurs mains.

Ibn-Hud prit alors le titre de Prince des Fidèles.

Ayant livré bataille au commencement de l’année 627 (fin de 1229), près d’Alhanjé, dans l’Estramadure , au wali de Séville, Seïd Abou-Abdallah, qui s’avançait contre lui avec toutes les forces qu’il avait pu rassembler dans l’Al-Gharb, et les secours qu’il avait reçus d’Alfonse IX, roi de Léon , il en triompha complètement, et entra dès la nuit suivante dans Mérida , dont ses partisans lui ouvrirent les portes.

Quelques débris de l’armée des Almohades étant revenus à Séville , la populace se souleva contre eux et les mit en pièces, entre autres Abou-Omar Abdal-Rahman , capitaine et poète célèbre, dont la mort affligea vivement le roi Ibn-Hud , qui savait apprécié son esprit et son érudition .

Ce prince fit alors son entrée triomphante dans Séville, où il fut reçu comme un libérateur.

Tous les caïds de la contrée vinrent lui rendre hommage, et l’Andalousie entière fut soumise à sa domination ; mais dès ce moment la fortune lui devint contraire.

Le roi al-salibi  (croisé) de Castille, voyant que l’Andalousie n’appartenait plus au souverain avec lequel il avait fait un traité de paix et d’alliance, y recommença ses incursions, ravagea le district de Cazorla, prit Quesada et plusieurs châteaux.

Le roi  al-salibi (croisé) du Portugal, Sanche II, s’empara d’Elvas, de Serpa et de quelques autres places de l’Alentejo.

Le roi  al-salibi (croisé) de Léon emporta d’assaut Caceres , qu’il n’avait pu prendre dans les campagnes précédentes, et se rendit maître de Toujillo, après avoir battu le gouverneur de Badajoz.

Le roi al-salibi (croisé) d’Aragon , Jayme Ier , sous prétexte de secourir l’ex-roi de Valence, Abou-Zeid, arma une puissante flotte, fit voile pour Maïorquc, s’empara des ports principaux , et malgré la vive résistance du wali qurayshite, Abou-Othman Saïd ben- Al-Hakem, al-Qoraïschi, força ce gouverneur de se renfermer dans la citadelle, où ce dernier, après s’être défendu encore quelque temps, se soumit, le 14 safar 627 (12 janvier 123o), ainsi que les al-Shurafa (sharif au plurielle, nobles) de Minorque et d’Iviça, à payer tribut au roi d’Aragon.

Saïd ben Al-Hakem le Qurayshite conserva le gouvernement de ces îles, jusqu’à ce que la jalousie et les intrigues du cadhi , Abou-Abdallah Mohammed, y rappelèrent les croisés , et aggravèrent leur joug.

L’an 628 (1231), les rois de Castille et de Léon attaquent les états de Ibn-Hud: le premier réduit Montesa et Montiel, et saccage les environs de Jaen ; le second as siège Mérida et l’emporte d’assaut.

Ibn-Hud qui, dans le même temps, enlevait Gibraltar et Algéziras aux Almohades, accourt pour sauver ou reprendre Mérida : il livre bataille au roi de Léon , la perd et ne peut empêcher le vainqueur de s’emparer de Montanches et de Badajoz, au mois de chaban (juin).

Cet échec ébranle la puissance encore mal affermie de Ibn-Houd.

Le roi de Valence, Abou-Djomaïl-Zeyan, lui enlève Dénia : mais un rival, plus redoutable et surtout plus habile et plus heureux , commence à s’é lever contre lui.

Détail d'une fresque de l'Alhambra avec la famuse devise et c'est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides ولا غالب إلا الله Wa lā ghālib illa-āllāh (Et il n'y a pas de vainqueur, sinon Dieu)
Détail d’une fresque de l’Alhambra avec la famuse devise et c’est à son arrivée à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé la devise des nasrides
ولا غالب إلا الله
Wa lā ghālib illa-āllāh
(Et il n’y a pas de vainqueur, sinon Dieu)

Avènement des Nasrides 

 Abou-Abdallah Mohammed ibn-Yusuf-ibn-Nasr , plus connu par le surnom de ibn Al-Ahmar , était natif d’Ardjouna ou Ardjidouna dans l’Andalousie orientale, mais issu d’un Ansar ou compagnon du législateur, le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui), le médinois nommé Saad ibn `Ubâda chef de la tribu arabe des Banu Khazraj, dont un descendant était venu d’Arabie, s’établir en Espagne, dès les premiers temps où elle fut conquise par les musulmans sous le califat Omeyyade.

Il reçut une éducation soignée, et manifesta, dès sa jeunesse, le désir de dominer et e se signaler par de grandes entreprises.

Sa taille , sa figure , sa force, sa valeur, commandaient la crainte et le respect, en même temps qu’il s’attirait l’estime universelle, par sa prudence , sa frugalité , sa douceur, l’austérité de ses mœurs , et la simplicité de ses vêtements.

Il servit d’abord sous les rois almohades , et montra autant de droiture et de désintéressement dans les emplois administratifs, que de courage et de talents dans ses expéditions militaires.

Après la décadence de cette dynastie , il se joignit à Mutawakkil ibn-Houd, et combattit longtemps avec lui, pour anéantir la puissance et la doctrine hérétique des Almohades.

Enfin, il se révolta contre ce prince, dans Ardjidiouna, sa patrie, dont il était sans doute gouverneur, prit d’assaut Jaen , l’an 629 (i235), s’empara successivement de Guadix, de Baça, etc., et se fit proclamer roi dans toutes les villes qui reconnurent sa domination.

Tels furent les commencements de la dynastie arabe des Nasrides et du nouveau royaume de Grenade, qui remplira seul la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne.

Cette année, Abou-Mousa Amran , frère du roi  berbère Almohade de Marrakesh, se révolta dans son gouvernement de Ceuta; mais, redoutant la vengeance de son frère , il se rendit en Espagne, auprès de Mutawakkil ibn-Hud, et lui livra Ceuta, en échange d’Almeria, où il mourut quelque temps après.

La perte de Ceuta fut si sensible à Edris Al-Mamoun l’Almohade, qu’il fut frappé d’apoplexie, et expira le 29 dzoulhadjah 629 ( 16 oc tobre 1232).

Son règne avait duré cinq ans et deux mois.

Nous pourrions terminer ici la quatrième époque, puis- qu’avec ce prince s’anéantirent la domination et les espérances des Almohades en Espagne ; mais, comme ils y conservèrent, quelques années encore , un petit nombre de places, et que la plus grande partie des provinces qu’ils y avaient possédées, se trouvaient alors partagées entre trois princes musulmans, dont le plus faible d’abord était le fondateur du royaume de Grenade ; nous avons cru devoir continuer cette époque jusqu’au temps où la mort de Mutawakkil ibn-Hud fit passer Grenade au pouvoir de Mohammed ibn Al-Ahmar le Nasride, temps qui coïncide avec la prise de Cordoue et de Valence par les chrétiens.

Des trois états que comprenait alors l’Espagne musulmane , Abou-Djomaïl Zeyan possédait à peine la moitié du royaume de Valence avec sa capitale.

Tout le reste , c’est- à-dire , l’Andalousie , les royaumes de Murcie et de Grenade, et quelques districts de celui de Valence, était au pouvoir de Ibn-Hud, à l’exception des places que ibn Al- Ahmar venait de lui enlever.

Mais le soin qu’il avait pris de former une puissance capable de résister aux chrétiens , fut la cause de sa durée éphémère. Son ambition réveilla leur défiance , en même temps que la jalousie de ses rivaux, et lui suscita une foule d’ennemis.

Tandis qu’il s’opposait aux progrès de la révolte de Ibn Al-Ahmar, le roi croisé de Castille, favorisé par les guerres civiles des Musulmans; ayant pris plusieurs places-fortes, entre autres Palma , dont il fit égorger tous les habitants (musulmans) sans distinction, il répandit , par ce terrible exemple, une telle épouvante, qu’il put pénétrer sans obstacle jusqu’à Xérèz , et campa sur les bords du Guadalete, si fameux par la défaite du dernier roi des Wisigoths face au Omeyyades de Damas.

Ibn-Hud, peu inquiet des avantages que son nouveau rival obtenait contre lui, dans les environs de Grenade, rassemble toutes ses forces, et marche contre les ennemis de l’islam. A son approche, les chrétiens, embarrassés par le grand nombre des captifs, les massacrent impitoyablement  , et se rangent en bataille.

Après une mêlée sanglante où les deux armées combattent avec fureur, les musulmans se replient dans un bois d’oliviers, échappent aux vainqueurs, et se retirent à Xérèz et à madina al-Sidonia.

Cette affaire eut lieu en 63o (1233), et détermina Ibn- Hud à acheter une trêve au prix de 1000 dinars par jour.

Dans le même temps, Mohammed ibn Al-Ahmar enlevait à ce prince Loja, Alhama et tous les châteaux des Alpujarras.

Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus)
Le chateau Omeyyade de baños de la Encina, , construit au 10eme siècle (al-Andalus) le château entre définitivement dans le domaine castillan, en 1225 par Ferdinand III

 

Fier de ces succès et croyant son rival abattu par sa dernière défaite, il ose lui livrer bataille dans les environs de Séville, en 631 (1234.); mais il est vaincu , et va néanmoins surprendre Séville , dont il est chassé, au bout d’un mois , par les habitants .

Dans l’Espagne orientale, Abou-Djomaïl Zeyan, après avoir ravagé les états du roi croisé d’Aragon , tandis que celui-ci était occupé à son expédition contre les îles Baléares, pénétra jusqu’à Hisn-Ambosta et Tortose , et revint avec un butin considérable et un grand nombre de captifs chrétiens.

Jayme le croisé, à son retour, entra dans le royaume de Valence, usa de représailles , reprit Péniscola , s’empara de Castillon, Bunol , Mansoura , Morelia , soit de vive force , soit par stratagème , réduisit Burriana à capituler à la fin de celle année, et accorda sécurité aux habitants.

L’an 632 ( 1235), les troupes de ce prince font la conquête de l’île d’Iviça, après un siège de cinq mois .

Cette année, les Génois vont avec une flotte considérable assiéger Ceuta , qui appartenait au roi de Murcie ; mais, après de longs et inutiles efforts, ils font la paix avec les habitants, reçoivent 4.00 mille dinars et remettent à la voile.

La même année, Ferdinand assiège et prend par capitulation l’importante place d’Ubeda, qui , malgré ses fortifications respectables, ne peut résister long-temps à cause de »a grande population : les Musulmans s’y étaient réfugiés en foule , après avoir abandonné les autres villes subjuguées par les chrétiens.

Dans l’Estramadure , les Castillans s’emparent aussi d’Alhanjc et de plusieurs autres places, entre autres, de Medelin et Mudela qui avaient des seigneurs parti culiers , parents du roi de Valence.

Les chrétiens de là garnison d’Ubeda , informés que Cordoue était mal gardée, se joignent aux troupes d’Andujar , escaladent de nuit le côté oriental des remparts de Cordoue, surprennent une tour, et égorgent les soldats qui la défen daient. Au point du jour , les habitants s’efforcent en vain de la reprendre.

Le roi Ibn-Hud rassemblait alors ses forces pour voler à la défense d’Ubeda et de Grenade.

A la nouvelle du danger qui menace Cordoue, il marche pour la secourir; mais il apprend en chemin que tout le faubourg oriental est au pouvoir des croisés, et que Ferdinand III, arrivé de l’Estramadure avec une nombreuse armée , est campé à Alcolea.

Ibn-Hud , au lieu de livrer bataille au roi croisé de Castille , pour relever le courage des Cordouans , prend un parti plus timide, suivant l’avis de la majorité de son conseil.

Il envoie don Suar (Laurent Suares de Figueroa) pour connaître le nombre et les dispositions de l’armée castillane.

Trompé par le rapport infidèle ou exagéré de ce transfuge espagnol, Ibn-Hud hésite encore, lorsque l’arrivée d’un courrier du roi de Valence fixé son irrésolution.

Zeyan lui écrivait de Dénia qu’il avait obligé les Aragonais de lever le siège de Cullera, mais que la prise de Montcast les rendait maîtres des plaines de Valence, et mettait en danger cette capitale.

Il implorait son secours, et promettait d’être son vassal et son tributaire.

Ibn-Hud, voyant ses troupes découragées par leur défaite devant Xérez et par la crainte d’en essuyer une seconde; flatté, d’ailleurs, d’acquérir le royaume de Valence, et persuadé que Cordoue était en état de résister long-temps, ou que dans tous les cas il la reprendrait aisément , s’éloigna de cette ville.

La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel
La mosquée Omeyyade de Cordoue vue du ciel , fut principalement l’oeuvre d’Abd al-Rahman Ad-Dakhil

La chute de Cordoue al-Qurtuba après 540 ans de domination Islamique 

 

A cette nouvelle, les habitants qui, jusqu’alors, n’avaient cessé de combattre chaque jour dans les rues et dans les places publiques, pour défendre leur patrie, leur culte , leur vie et leur liberté, perdirent courage, et demandèrent à capituler.

Ferdinand le maudit fils du maudit, sûr que la ville ne pouvait lui échapper, leur accorda seulement la vie, et la permission de se retirer où ils voudraient.

Il y fit son entrée le dimanche 22 chawal 633 (22 juin 1236).

 

Ainsi fut perdue pour les Musulmans qui en avaient été les maîtres pendant 54o ans, la métropole de l’Andalousie, l’antique et célèbre Cordoue al-Qurtuba le joyaux des Omeyyades la capitale du califat d’Occident.

Les chrétiens se partagèrent les biens des musulmans, et changèrent les mosquées en églises .

Les villes de Baeça, Astapa , Leija, Almodovar et un grand nombre de bourgs et de villages, désespérant de résister au roi de Castille, se mirent sous sa protection , et lui payèrent tribut.

Abou-Djomaïl Zeyan , animé par l’espoir des secours de Ibn-Hud, recruta son armée, et assiégea Santa-Maria ; mais, après plusieurs assauts, il fut force de se retirer, et alla se renfermer dans Valence, à la fin de dzoulhadjah 634 (août 1237).

Al-Mutawakkil ibn-Hud s’était rendu à Alméria dans l’intention de s’y embarquer, avec ses troupes, pour Valence , où il comptait se joindre au roi Zeyan.

L'armée arabe nasride avec la bannière  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X
L’armée musulmane  tiré du Cantigas de Santa Maria du croisé Alfonso X

 

Mort d’al-Mutawakkil ibn Hud

Il y fut reçu par l’alcaïd Abd-el-rahman , qui lui donna un banquet solennel; mais, la nuit suivante, ce perfide fit étouffer le monarque pendant son sommeil.

Conde place la mort d’al-Mutawakkil ibn-Hud, au 27 djoumadi 1″. 635 ; mais cette date est évidemment une erreur .

Est-il vraisemblable que ce prince, volant au secours du roi de Valence, ait mis dix-huit mois pour se rendre des environs de Cordoue à Alméria, ou qu’il soit resté tout ce temps dans cette dernière ville, au sein de la mollesse et de l’oisiveté ?

Outre qu’aucun historien ne rapporte les événements qui auraient dû se passer dans ce long intervalle, Cardonne , Chenier, et tous les auteurs espagnols font mourir le roi de Murcie avant la prise de Cordoue, et disent même que la nouvelle de sa mort décida la reddition de cette ville.

Nous adoptons leur opinion d’autant plus volontiers, qu’elle ne contrarie en rien l’ordre chronologique des événements, et qu’au moyen du changement d’un chiffre , elle s’accorde avec la date donnée par Conde.

Nous pensons donc qu’al-Mutawakkil ibn Hud fut assassiné le 27 djoumadi 1er ». 633 (7 février 1236), c’est-à-dire , environ trois semaines ou un mois après s’être éloigné de Cordoue , dont les chrétiens pressèrent alors plus vivement le siège.

Cet intervalle est plus que suffisant pour qu’il ait eu le temps de se rendre avec son armée à Alméria.

La fin tragique et imprévue de Mutawakkil ibn-Hud , porta un coup fatal à l’islam en Espagne.

Ce prince , que sa naissance , ses vertus, son courage, ses talents politiques et militaires , rendaient digne d’une meilleure destinée, avait fait de vains efforts pour réunir sous sa domination tous les lambeaux de la puissance musulmane dans la Péninsule; seul moyen , en effet, d’opposer une barrière aux conquêtes des princes croisés chrétiens.

Son règne, qui dura huit ans (ou dix, si on laisse subsister la date de Conde), fut une lutte continuelle, un enchaînement de guerres, de troubles et de convulsions qui ne fut pas néanmoins sans éclat , mais qui ne laissa à ses sujets que périls, malheurs et afflictions.

Pour ôter tous soupçons a son armée, on publia qu’il était mort d’apoplexie ou des suites de l’ivresse.

Malgré cette précaution, ses troupes se dispersèrent , retournèrent dans leurs foyers, xil personne ne songea à secourir le roi de Valence.

Construite par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe.
Fort de Merida al-Andalus, construit par Abd al-Rahman II pour éviter les attaques de l’extérieur et les révoltes internes, elle contient les vestiges de plusieurs époques : romaine, wisigothe et arabe. elle est capitale de l’Estrémadure. En 1230, elle est prise par les troupes d’Alphonse IX de Léon.

Ali ibn Yussuf frère d’Ibn Hud dit : al-Adid al-Dawla

Aussitôt que la nouvelle de cet événement fut arrivée à Murcie, on y reconnut pour roi, Ali ibn-Yousouf, frère de al-Mutawakkel ibn Hud, et on lui donna le surnom d’Adid ed-daulah (al-Adid al-Dawla).

Mais son autorité précaire ne s’étendit guère au-delà du territoire de sa capitale.

Séville et Ceuta se soumirent au roi berbère Almohade de Marrakesh , Abu-el-wahed Al-Raschid, fils et successeur d’Edris Al-Mamoun.

Le gouverneur d’Alméria fit déclarer cette ville en faveur de Mohammed ben Al-Ahmar (le Nasride), roi d’Ardjouna et de Jaen et le wali de cette dernière ville, ayant gagné les habitants de Grenade, y fit recevoir ce prince, à la fin de ramadhan 635 (mai 1238), suivant Conde , ou peut-être l’année précédente, mais toujours depuis la mort d’al-Mutawakkil Ibn-Houd.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..356.-357.-358.-359.-360.-361.

Date d’édition : 1818-1819

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Une réflexion au sujet de « Fin de règne berbère Almohade en Andalousie, avènement d’Ibn Hud et des Nasrides : »

    ballandalus a dit:
    9 août 2015 à 12 h 29 min

    A reblogué ceci sur Ballandalus.

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