Les 10 premiers sultans de la dynastie arabe des Nasrides de Grenade :

Publié le Mis à jour le

Les Palais nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nazaris, à l'intérieur de l'Alhambra de Grenade
Les Palais arabes nasrides constituent un ensemble palatin destiné à la vie de cour des Nasrides, à l’intérieur d’al-Hamra de Gharnata
Royaume de Grenade. Dynastie Arabe des Nasrides ou des Banu Al-Ahmar .

Ier. Abou-Abdallah  MOHAMMED. Ier. Al-Ghaleb Billah

-An de l’hég. 635 (de J.-C. 1238). Nous avons rapporté ci-dessus l’origine de ce prince et les commencements de son élévation.

Quoiqu’il fût roi d’Ardjouna et de Jaen depuis six ans, comme il ne joua qu’un rôle secondaire, pendant la vie de Ibn-Houd et jusqu’à la prise de Grenade, nous ne commençons la cinquième époque de l’histoire des Musulmans d’Espagne , qu’à l’entrée de Mohammed dans cette ville.

Il y fut reçu avec les plus vives démonstrations d’allégresse, et il en fit la capitale de son royaume. Lorsque ce prince parvint au trône, Valence, Murcie, avaient chacune leur souverain particulier.

Séville , avec les autres places de l’Andalousie occidentale, et celles de l’Al-Gharb, obéissaient encore aux berbères Almohades et à quelques petits chefs.

Mohammed , maître de tout le royaume de Grenade, de Jaen et de quelques autres places de l’Andalousie orientale , était déjà le plus puissant prince musulman d’Espagne.

Il distribua d’abondantes aumônes aux indigents , aux infirmes, aux vieillards, et ses successeurs imitèrent son exemple à leur avènement au trône.

Le roi d’Aragon, après diverses incursions dans le royaume de Valence, y entra à la tête de quatre-vingt mille hommes, traversa le Guadalabiar, battit en plusieurs rencontres la cavalerie des Musulmans qui voulait arrêter sa marche , et vint camper devant Valence , qu’il assiégea par terre , tandis qu’une flotte nombreuse de Catalans et de Français la bloquait pur mer.

Le siège commença le 17 ramadhan 635 ( 3 mai 1238).

Abou-Djomaïl Zeyan défendit la place avec intrépidité , et sollicita des secours en Andalousie , en Afrique, et surtout auprès de son parent, le roi berbère de Tlemcen, Yaghmourasan ibn-Zeyan.

Ce prince envoya une flotte qui, arrêtée plusieurs jours par les vents contraires, à la vue de Valence, ne put débarquer et fut obligée de s’en retourner.

Bannière de la Conquête  hissé par les musulmans de valence  comme un signe d'abandon à James I en 1238
Bannière de la défaite hissé par les musulmans de valence comme un signe d’abandon  au roi croisé d’Aragon  en 1238

La chute de Balansiya (‘ Valence)

Malgré ce contre-temps, malgré l’inutilité de ses démarches auprès des rois de Grenade , de Murcie et des walis d’Andalousie, Abou-Djomaïl  Zeyan continua de résister; mais les Valenciens, fatigués des incommodités d’un long siège et épuisés par les assauts qu’ils avaient soutenus , forcèrent leur souverain de capituler à des conditions avantageuses.

Ils obtinrent la vie sauve , et la faculté de sortir de la ville et d’emporter leurs biens.

Ceux qui voulurent y rester, conservèrent leurs propriétés, leur liberté, avec l’exercice de leurs lois, de leurs coutumes et de leur religion, habitèrent des quartiers particuliers, et furent seulement imposés au simple tribut que payaient les sujets du roi d’Aragon.

Ce prince conclut en même temps une trêve de cinq ans, avec Zeyan.

Il entra dans Valence, le 17 safar 636 (29 septembre 1238)

Les Musulmans en sortirent dans l’espace de cinq jours, et se retirèrent sur la rive droite du Xucar.

Ainsi finit le royaume du berbère Abou-Djomaïl Zeyan , et la domination des musulmans à Valence.

Mohammed ibn Nazar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars
Statue de Mohammed ibn Nasar le fondateur de la dynastie arabe Nasride de Grenade, descendant de l’illustre Compagnon du Prophète (sws), Sa`d Ibn `Ubâdah. chef des Ansars

Sa famille est originaire de Saragosse mais elle s’est réfugiée en Andalousie lors de la conquête de la cité aragonaise par le croisé maudit  Alphonse Ier L’anarchie régnait à Murcie.

Le roi Ali Adid-al-dawla ibn Hud y eut pour compétiteur Abou-Djomaïl ibn-Moudafe ibn Sad, al-Djezami, (al-Judhami d’origine arabe tout deux) qui, par ses intrigues et sa perfidie, gagna la faveur du peuple, attaqua Adid-al-dawlah , le 15 ramadhan 636 (21 avril 1239), se rendit maître de sa personne, et lui fit couper la tête onze jours après.

Mais les caïds des autres places, ne voulurent point reconnaître l’usurpateur, affectèrent l’indépendance , et se firent la guerre pour les limites de leurs gouvernements.

Le roi de Grenade se trouvait alors l’unique colonne de l’islam en Espagne.

Pour réparer tant de malheurs, il s’occupa d’abord d’établir dans sa capitale une bonne police.

Il confia les principaux emplois à des hommes agréables au peuple, et distingués par leur courage, leur prudence et leurs talents.

Ayant ainsi assuré la tranquillité dans ‘intérieur de ses états, il fit un appel à ses sujets et leva une petite armée, avec laquelle il entreprit des courses contre les chrétiens: mais ayant assiégé la ville de Martos, il ne put la prendre , quoiqu’il eût vaincu les troupes qui étaient venues au secours de la place.

Ferdinand, roi de Castille, informé des incursion des nasrides dans le royaume de Murcie, envoya son fils Alfonse , avec une puissante armée, pour s’en emparer.

Les Murciens, fatigués des malheurs qu’ils éprouvaient depuis quelques années, et trop désunis pour s’occuper de la défense commune, voulurent au moins épargner à leur pays les ravages d’une armée ennemie.

Ils convinrent que chacun des partis enverrait des députés à l’infant, pour lui offrir hom mage et soumission. Alfonse les accueillit avec bienveillance, et concerta avec eux l’acte de vassalité qu ils lui proposaient.

Ce traité fut signé par Muhammad ibn Ali, Ibn Hud roi de Murcie et par les shuyukh d’Alicante, d’Elche, d’Orihuela, d’Alhama, d’Alido, d’Aceca et de Chinchilla.

 C’est à son arrivée à la porte d'Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ben Nasr aurait proclamé : « Wa lâ Ghâlib illâ Allâh6 ! »

C’est à son arrivée à la porte d’Elvira (Ilbira) à Grenade que Mohammed ibn Nasr a proclamé :
« Wa lâ Ghâlib illâ Allâh ! »

Mais le wali de Lorca , Aboubakr al-Aziz ibn-Abd-al-Malik, refusa d’y concourir, parce qu’ayant gouverné Murcie, sous le régne de Mutawakkil ibn-Houd , il se regardait comme l’héritier de sa puissance : son exemple fut imité par les al- caïds de Carthagène et de Mula , qui lui étaient dévoués.

Alfonse le maudit entra alors dans Murcie, escorté par un grand nombre de capitaines musulmans, qui le traitaient comme leur chef; son entrée fut paisible et solennelle, et ses manières affables lui gagnèrent plusieurs autres places, qui d’abord n’avaient pas voulu se soumettre.

En Andalousie, les Castillans ravagèrent les plaines de Jaen et d’Alcabdat, et assiégèrent Ardjouna, dont les habitants, faute de secours , se rendirent par capitulation, et n’obtinrent que la vie sauve et la permission de se retirer.

Les chrétiens prirent ensuite l’egalhajar, Carchena, etc.

Ils marchaient déjà sur Grenade, lorsque Mohammed ibn Al-Ahmar vint à leur rencontre, les vainquit et leur enleva une grande partie de leur butin. De retour dans sa capitale, ce prince assura ses frontières et répara ses forteresses.

Il veilla à ce que Grenade fût toujours abondamment approvisionnée.

Il y fonda des hôpitaux pour les malades, les pauvres et les vieillards, des hôtelleries pour les voyageurs, des collèges , des écoles, des bains, des fours, des boucheries , des greniers, des fontaines, des canaux, des aqueducs, etc.

Ces travaux l’obligèrent à établir quelques impôts temporaires en sus de la dime : mais le peuple n’en murmura point voyant son roi employer tous ses trésors à des établissements ‘une utilité générale , et n’en rien réserver pour augmenter la modeste dépense de sa maison.

A la fin de chaban 63q (février 1242) mourut à Schatibah, le wali de cette ville, Ahmed ibn-Isa al-Khazradji (des arabes Banu Khazraj) , qui la possédait avant le roi Mutawakkil ibn -Houd, et qui eut pour successeur son fils, Abou’l Houcein Yahia.

La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanismes de défense du sultanat Nasrid de Grenade
La Tour de Garde du Deifontes une partie du mécanisme défensif du sultanat Nasride de Grenade

Le prince croisé Alfonse , avant de quitter Murcie , s’empara de Mula, place-forte importante, et ravagea les territoires de Carthagène et de Lorca , dont le wali avait refusé de traiter avec lui et de se soumettre à Mohammed ibn-Ali, roi de Murcie.

L’an 64o (1242-3) Sanche II, roi al-salibi (croisé) du Portugal, obtint de grands avantages sur les Musulmans, ravagea leurs campagnes, les bourgs , les villages, enleva les troupeaux , tua ou réduisit en esclavage les habitants, et prit Lourina , Merina et Lisbonne.

L’ex-roi berbère de Valence, Abou-Djomaïl Zéyan , voulant se dédommager de la perte de sa capitale , entra dans le royaume de Murcie, s’empara de plusieurs châteaux, vainquit et tua, le 26 ramadhan 640 (19 mars 1243), dans les environs d’Alicante, lewali de Lorca, Aziz ibn -Abd-el-melek, et prit Lorca, le mois suivant , ainsi que Carthagène.

Le roi arabe de Murcie, Mohammed ibn -Ali, ben-Hud, lui céda sans doute ces deux places , en reconnaissance de ce qu’il l’avait délivré du wali rebelle .

Dans le même temps , le roi Jayme I assiégea , par terre et par mer, Dénia, qui, malgré la longue et courageuse défense du wali de Schatibah, Abou’l Houcein Yahia , fut forcée de se rendre, le 1″. dzoulhadjah 641 (11 mai 1244).

Mohammed Ibn  Al-Ahmar rechercha l’amitié des rois de Fez (berbères Mérinide), de Tlemsen (berbères Zayyanide) et de Tunis (berbère Hafside), qui fondaient de nouvelles, puissances sur les ruines de celle des Almohades , aux quels il ne restait plus que quelques provinces autour de Marrakesh.

Le roi de Grenade, présumant que Jaen était menacée par les Castillans, y envoya 5oo mulets chargés d’armes et de mu nitions, et 5oo cavaliers.

En effet, cette place ne tarda pat à être assiégée par le roi Ferdinand.

La résistance que ce prince éprouva de la part du gouverneur, Abou-Omar Ali ibn- Mousa, lui permit de ravager les environs, de s’emparer d’Al-Qala ibn-Saïd , de brûler et détruire Illora, et de tuer ou de réduire en esclavage un grand nombre de musulmans.

Mohammed marcha contre lui, avec une armée levée à la hâte, et. le combattit vaillamment près de Hisn-Bolullos, à douze milles de Grenade ; mais, ses soldats, peu exercés au métier des armes , ayant lâché le pied, mirent le désordre dans sa cavalerie qui essuya une déroute complète.

Ce prince , voyant que , malgré les pluies , Ferdinand avait juré, de ne pas lever le siège de Jaen , jusqu’à ce qu’il s’en fût emparé , se rendit avec confiance dans le camp des chrétiens , se mit sous la sauve-garde du roi de Castille, lui livra sa personne et ses états, et lui baisa la main en signe de vassalité.

Ferdinand accueillit généreusement le roi de Grenade, l’embrassa, et l’appela son « ami. »

Il fut convenu que le prince musulman conserverait tous ses états , qu’il payerait un tri but annuel au roi de Castille et à ses successeurs, qu’il leur fournirait des troupes et se rendrait à leur cour, lorsqu’il en serait requis.

Jaen reçut garnison chrétienne et fut donnée à Ferdinand , pour garantie du traité que les deux monarques signèrent devant cette place, l’an 643 (1 245). Mohammed retourna à Grenade, emmenant le gouverneur de Jaen, Ali ibn-Mousa, auquel il confia le commandement de sa cavalerie.

Cinq mois après, il fut obligé d’aller, avec cinq cents cavaliers, joindre le roi de Castille, qui se proposait d’assiéger Séville. Il prit en chemin Alcala de Guadaïra, que Ferdinand lui céda comme prémices de l’expédition.

Le prince Almohade Abul Hassan fils du feu roi Edriss al-Mamoun, après avoir défendu la ville de Carmonne attaqués par les croisés, y laissa pour lieutenant l’un de ces capitaines ; et , ayant rassemblé quelques troupes, il se replia sur Séville , par ordre de son oncle, Seid Abou-Abd- allah,\vali de cette ville.

Carmone et Constantine , abandonnées à leurs propres forces, et épouvantées des ravages commis par les Castillans, obtinrent une capitulation avan tageuse. Lora ouvrit ses portes à la persuasion du roi de Grenade, et fut traitée aussi favorablement.

Les chrétiens tra versèrent alors le Guadalquivir; mais, s’étant imprudemment engagés dans des marais et des bourbiers, ils y furent attaqués avec avantage par les habitants de Cantanlla, qui leur tuèrent beaucoup de monde.

L’arrivée de l’infanterie castillane obligea ceux-ci à rentrer dans leur ville.

Elle fut assiégée, prise d’assaut , et les vainqueurs se vengèrent de leur dernier échec, en y faisant un affreux carnage.

  • Le pont Nasride de Lanjaron, Grenade
    Le pont Nasride  Tablat de Lanjaron, Grenade

Affligé de ces malheurs , le roi de Grenade pria Ferdinand de défendre à ses troupes des mesures aussi cruelles, et d’épargner au moins les vieillards, les femmes et les enfants.

Il écrivit aussi aux habitants de diverses places de se soumettre, afin de ménager le sang des musulmans.

Guillena fut la première qui se rendit ainsi.

Alcala del Rio ne capitula qu’après que son commandant , qui avait osé combattre les Castillans en rase campagne, eût été repoussé par les troupes de Grenade, et contraint de se retirer à Séville.

Dans ce temps-là , le roi d’Aragon , ayant assiégé Schatibah, força le wali Abou’l Houcein Yahia de capituler, à la fin de safar 644 (juillet 1246).

Les conditions portaient que les citoyens resteraient dans la ville, et conserveraient leurs biens et l’exercice de leur religion ; mais peu de temps après, les chrétiens en renvoyèrent plusieurs milliers , qui , ainsi que leur wali, se dispersèrent dans les villages voisins, cl vécurent errants et misérables.

Au commencement de l’année 645 (mai 1247), mourut à Lorca, Abou -Abdallah Mohammed ibn-AIi (ibn-Houd), roi de Murcie, homme habile et plein de mérite, qui , après avoir favorisé l’entrée d’Abou-Djomaïl Zeyan dans cette province, en trompant la garnison chrétienne de Murcie , s’était retiré à Lorca, où il avait fondé des aqueducs, des hôpitaux, des hôtelleries et autres établissements utiles qui l’avaient rendu cher aux habitants .

La même année (1247), et non pas l’an 644» comme le dit Conde , les Castillans assiègent Séville par terre, tandis que leur flotte lui ferme les communications avec la mer, en bloquant l’embouchure du Guadalquivir.

Le roi de Gre nade était campé devant la porte de l’Alcaçar (al-Qasr) et près de la tour Al-Faradj.

Il avait en tête les troupes de l’Al-Gharb, commandées par Mohammed, wali de Niebla , et il rendit d importants services au roi de Castille, par sa valeur et ses conseils.

Mur construit par le ziride pour protéger le noyau originel de Grenade , dans le XIe siècle .
Mur construit par les berbères zirides pour protéger le noyau originel de Grenade , au  11e siècle .

 

Ce fut à sa persuasion, que Ferdinand fit construire des machines, qui brûlèrent les vaisseaux des assiégés et le pont de bateaux qui servait de communication entre la ville et le château de Atrayana (le faubourg nommé aujourd’hui Triana).

Pendant le long siège de Séville, les musulmans du royaume de Valence, fatigués du joug et des vexations des chrétiens, abandonnèrent leurs habitations, et se retirèrent dans les états du roi de Grenade, qui les accueillit avec humanité , leur donna des établissements , et les exempta d’impôts pour plusieurs années, il ne resta à Valence et dans les autres villes de cette province que les Musulmans riches qui avaient des propriétés à conserver.

Après un siège de dix-huit mois, suivant les historiens arabes , ou de quinze mois, suivant les auteurs espagnols , les chrétiens ayant brûlé le faubourg de Ibn Àl-Bofar, et pillé celui de Bab-Marcarena, la famine réduisit les habitants de Séville à capituler, au mois de chaban 646 ( novembre 1248 ).

Le roi de Castille leur accorda la permission de rester dans la ville, et d’y jouir de leurs biens et d’une liberté entière, à la charge du même tribut nue ce lui qu’ils payaient au roi de Maroc.

Ceux qui préférèrent se retirer, eurent un mois pour vendre leurs propriétés , et on leur fournit soit des vaisseaux , soit des bêles de somme pour les transporter, par mer ou par terre, où ils voulu rent.

Le wali Abou’l-Hassan  résista aux offres du roi de Castille qui l’invitait à se fixer dans ses états, où il lui pro mettait une existence honorable.

Il remit les clefs à ce monarque, le 12 chaban ( 3o novembre ) , et s’embarqua le même jour pour l’Afrique.

Un petit nombre de Maures accompagna le prince almohade à Ceuta.

La plupart se re tirèrent dans le royaume de Grenade ; le reste se rendit à Xerez et dans l’Al-Gharb.

Séville avait été, 553 ans, soumise aux lois du Coran, y compris les 1o5 ans qu’elle avait demeuré sous la domination des Almohades.

Tandis que Ferdinand occupait le palais, et partageait entre ses troupes les terres et les maisons des musulmans, le roi de Grenade, le cœur navré des succès des chrétiens, qui lui annonçaient la ruine de l’islam en Espagne, reprit le chemin de sa capitale, où il fut reçu comme un père.

Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle
Grenade sous la dynastie arabe des nasrides au 14eme siècle

Il s’y appliqua à stimuler l’industrie et le zèle de ses sujets, en accordant des privilèges et des récompenses a ceux qui se distinguaient dans l’agriculture, dans l’art d’élever les chevaux et les vers-à-soie, dans les manufactures d’armes et de soieries, et dans tous les arts utiles.

Aussi fleurirent- ils dans ses états , et cette terre, naturellement fertile , le de vint d’une manière étonnante.

Les soieries de Grenade fu rent supérieures à celles de Syrie.

Les mines d’or, d’argent et d’autres métaux augmentèrent considérablement les revenus du roi , et il eut soin que sa monnaie fût bien frappée et de bon aloi.

Il jeta les fondements de l’Alhamra, ou plutôt il fit réparer cet édifice , qui était à la fois la cita delle et le palais de Grenade , et dont la première fondation dut être beaucoup plus ancienne, comme on l’a vu ci-des sus.

Il dirigeait lui-même les travaux, et s’entretenait sou vent avec les architectes et les inspecteurs. Alfonse X ayant succédé, l’an 65o ( 1252) , à son père.

Ferdinand , le roi de Grenade lui envoya des ambassadeurs, pour le complimenter et renouveler le traité de paix et d’alliance qui l’unissait à la Castille.

Deux ans après, il se vit, avec douleur, obligé de conduire une partie de son armée devant Xerez, et de contribuera la réduction de cette ville, qui se rendit aux chrétiens, l’an 652 ( 1254).

Il fut permis aux habitants d’en sortir avec toutes leurs richesses, ou d’y demeurer pour y être traités comme les sujets du roi de Castille. Les Al-Mohades et leurs familles obtinrent sûreté.

Alfonse y laissa le comte Gomez pour gouverneur, et chargea le prince don Henri, son frère, d’assiéger Arcos, Si- uonia et Nebrisa, qui se rendirent aux mêmes conditions que Xerez.

L’infant s’étant brouillé bientôt après avec le roi de Castille , pour quelque intrigue amoureuse , à ce que di sent les auteurs arabes, et ayant réclamé la protection du roi de Grenade, avec lequel il s’était lié d’amitié pendant le siège de Xerez, Mohammed craignit de déplaire à Al fonse, engagea Henri à passer en Afrique, et lui donna des recommandations très-pressantes pour le roi de Tunis, qui reçut le prince chrétien avec beaucoup d’honneurs et de bienveillance .

Deux ans après la prise de Xerez , le roi de Castille écrivit à celui de Grenade, pour qu’il l’aidât à chasser de l’Al-Gharb les Almohades , leurs ennemis communs. Mohammed lui envoya des troupes , sous les ordres du wali de Malaga.

Les Castillans assiégèrent alors Niebla, et poussèrent leurs in cursions jusqu’à Saltis, où résidait Ibn-Mohammed, chef des Almohades.

Ibn-Obeïd , qui avait défendu Xerez, fit une vigoureuse résistance dans Niebla ; outre les dards et les pierres qu’il lançait avec des machines, il tirait des coups de canon avec du feu.

Mais , après un siège de neuf mois , la disette et la privation de secours le déterminèrent à traiter avec Alfonse.

La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d'Elvira)  ou  Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade
La porte Nasride de Bab Ilbira (Porte d’Elvira) ou Bab al-Hadid (Porte de Fer) à Grenade

Il alla trouver ce prince et en obtint les conditions les plus favorables.

Les villes de Niebla, Huelva , Serpa, Djebal-Oyoun ( Gibraleon ), Moura , Alhaurin, Tavira, Faro , Laule et Xinibos furent comprises dans la capitulation ; de sorte que presque tout l’Al-Gharb, pays riche, fertile, peuplé et bien fortifié, fut réuni aux états de Castille , l’an 655 ( 1257).

Alfonse dédommagea le wali Ibn-Obeïd , en lui cédant des terres et des revenus considérables.

Le roi de Grenade, prévoyant qu’il ne pourrait conserver la paix avec les chrétiens , parcourut ses provinces et fortifia ses frontières.

Il venait de visiter Malaga, Tarifa et Algéziras, et se trouvait à Gibraltar, dont il faisait réparer les murs, lorsqu’il y reçut les députés des villes de Xerez, d’Arcos et de Sidonia, qui lui offrirent de le reconnaître pour souverain , s’il voulait les aider à secouer le joug des chrétiens.

Mohammed, avant de leur répondre, se rendit à Grenade, et convoqua son meschouar, afin de délibérer sur cette affaire importante.

L’avis de la majorité fut qu’il fallait se courir les musulmans; et, que pour diviser les forces d’Alfonse, sans rompre ouvertement avec lui, on favoriserait secrètement les Murciens, et on écrirait aux habitants de Xerez et des villes de l’Al-Gharb, de se soulever contre les Castillans.

Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides  différents
Reconstitution historique trois types de guerriers Nasrides différents

La révolte éclata, l’an 65o, (1261), à Murcie, Lorca, Mula, Xerez, Arcos, Nebrisa, etc.

Le peuple, avide de vengeance et de nouveautés, comptant sur le secours du roi de Grenade , le proclama souverain , et tomba le même jour sur les chrétiens , qui partout furent chassés ou mas sacrés.

Le carnage fut horrible à Xerez , à cause de la mémorable résistance du comte de Gomez, qui, ayant perdu tous ses guerriers, en défendant la citadelle contre les in surgés, soutenus par les Musulmans d’Algéziras et de Tarifa, succomba le dernier, et périt entouré de morts .

Murcie, avec le secours du roi de Grenade , reconquit aussi son in dépendance.

Alfonse envoya des troupes de tous côtés contre les re belles, et somma Mohammed de se joindre à lui contre le roi de Murcie.

Ben Al-Ahmar allégua des motifs de religion et de politique pour s’en dispenser, et rompit son alliance avec le rot de Castille, tout en feignant de vouloir rester son ami. Alfonse donna ordre à ses généraux de trai ter en ennemis les sujets du roi de Grenade.

Mais celui-ci commença les hostilités l’an 660 (1262), ravagea les environs d’Al-Qaala ben-Saïd, et Vainquit près de celte ville les Castillans, commandés par leur monarque en personne. 11 y eut depuis, chaque jour, quelques autres affaires sans suc cès décisifs. Alfonse, obligé de diviser ses forces , ne put empêcher le roi de Grenade de continuer et d’étendre ses dévastations.

La péninsule ibérique (al-Andalus) , avec sa toponomie  en arabe
La péninsule ibérique (al-Andalus, 756) , avec ses noms en arabe

La première expédition Mérinide en Espagne

L’an 661 (1263′), Abou-Yousouf Yacoub , roi de Fez, de la dynastie des Merinides , envoya un corps de plus de trois mille cavaliers au secours des musulmans d’Espagne.

Ce fut la première expédition des Mérinides dans la Péninsule : mais leur souverain n’était pas encore roi de Marrakesh et du Maghreb (Maroc), comme le disent les auteurs espagnols et Cardonne lui-même .

Au commencement de l’année 662 ( novembre 1264), le roi de Grenade associa au trône son fils aîné, Mohammed , le fit reconnaître pour son successeur, et voulut qu’on lui prêtât serment de fidélité , et que son nom fût ajouté à la khothah.

Les walis de Malaga , de Guadix et de Comares, Abou- Mohammed Abdallah, Abou’l Hassan et Abou-Ishak, tous trois de la famille Ibn-Eschkalioula, ou Eschkilola, furent les seuls qui n’assistèrent pas à cette cérémonie.

Jaloux des distinctions et des récompenses accordées par leur souverain à quelques capitaines Zenates (berbères Zenètes) et Zegris (berbères Ziride), auxquels il était redevable de sa dernière victoire , ils se retirèrent avec leurs troupes, sous prétexte que leur présence était nécessaire dans leurs gouvernements , et refusèrent de servir dans l’expédition que Mohammed préparait pour secourir Murcie.

Ils se rendirent vassaux du roi de Castille , lui offrirent d’attaquer le roi de Grenade, et de ne faire avec lui ni paix ni trêve, sans le consentement de leur nouveau suzerain. Al fonse agréa leurs offres , leur promit sa protection , et les invita à commencer la guerre contre Mohammed.

Cette diversion dérangea les projets de celui-ci , et donna au roi de Castille les moyens de reprendre ses avantages.

Il assiégea Xerez, s’en rendit maître par capitulation , l’an 663 (1265), et n’accorda aux habitants que la vie et la liberté.

Ces malheureux, dénués de tout, se dispersèrent dans l’Andalousie; plusieurs se retirèrent à Algéziras et à Malaga, et le resle passa en Afrique.

Les. villes de Sidonia, Itota, Solucar (San-Lucar) , Nebrisa et Arcos , éprouvèrent le même sort, et leurs citoyens cherchèrent pour la plupart un asile dans les états du roi de Grenade , qui fut ainsi dédommagé de la perte de quelques territoires , par l’acquisition d’une population considérable.

Ce prince marcha avec une parlie de sa cavalerie contre le wali rebelle de Guadix (Wadi ash) , et vers les frontières de Jaen , et envoya le reste de ses troupes au secours de Murcie.

Cette ville était alors attaquée en même temps, et par Jayme, roi d’Aragon, qui avait déjà pris quelques autres places de la province, et par le roi de Castille qui faisait va loir ses prétentions sur son ancienne conquête.

Les deux monarques convinrent de donner le royaume de Murcie à 1 iu- fanl don Emmanuel , frère d’ Alfonse, et de le marier à Constance , l’une des filles du roi d’Aragon. Mais Yolande , reine de Castille , jalouse de sa sœur qui la surpassait en beauté , intrigua pour l’empêcher de porter la couronne de Murcie.

Elle écrivit au roi de Grenade, et , feignant un grand désir de la paix , elle le pria de proposer à Alfonse un traité qui leur permît à tous deux de veniràbout de leurs desseins, à l’un, contre les rebelles de Murcie, à l’autre, contre les walis qui s’étaient soustraits à son obéissance; mais surtout qui déconcertât les projets du roi d’Aragon sur Murcie.

Mohammed, conformément aux intentions de la reine, fit des avances au roi de Castille qui les agréa, et qui invita le E rince musulman à une conférence dans le château d’Alcala en-Saïd.

Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus
Al-Gharnata, Grenade, al-Andalus

Les deux monarques, s’y étant réunis, tombèrent d’accord, après plusieurs conférences: que le ioi de Grenade et son fils renonceraient à toutes prétentions sur le royaume de Murcie; que cet élat serait soumis à la couronne de Castille , mais gouverné par un roi musulman , suivant les lois et coutumes des musulmans; que les sujets ne payeraient d’autre impôt que la dîme ordinaire de tous leurs biens , et que le tiers servirait pour l’entretien de leur roi ; qu’Alfonse ne donnerait aucun secours aux walis rebelles ; mais que ceux-ci auraient un an de trêve , pour se soumettre, et que, ce délai passé , le roi de Grenade pourrait alors les réduire par la force; que ce prince , au lieu des troupes auxiliaires qu’il était tenu de fournir au roi de Castille, lui payerait un tribut annuel ; qu’il ne serait plus obligé désormais de se rendre qu’aux cortès, qui se tiendraient près de ses frontières ; qu’il faciliterait la soumission de Murcie, moyennant une amnistie générale , dont on n’excepterait que trois chefs de la révolte, qui seraient bannis.

Ce traité d’Alcala fut signé, l’an 664 (1206), par les deux monarques, par Mohammed, fils du roi de Grenade, et par plusieurs seigneurs des deux cours.

Sur ces entrefaites , les Maures, ayant surpris un convoi considérable destiné pour le camp des chrétiens , le manque de vivres, et la mésintelligence qui dégénérait en querelles sanglantes, entre les Castillans et les Aragonais, les forcèrent de lever le siège Mohammed et Alfonse partirent alors pour Murcie.

Les walis de cette ville et des autres places du royaume vinrent, à la persuasion du premier, se soumettre au roi de Castille , et déclarèrent qu’ils ne voulaient pour suzerain aucun autre prince chrétien.

Les deux monarques entrèrent dans la capitale.

Les habitants reconnurent pour roi, Abou-Abilallah Mohammed, frère du célèbre Motawakkel ibn-Houd, lequel leur fut donné par Alfonse qui estimait beaucoup sa sagesse et sa modération ; et ils témoignèrent une joie extrême d’a voir un souverain de leur religion , de race royale., et distingué par ses vertus .

Ainsi Alfonse satisfit sa vanité d’avoir des rois pour vassaux ; la reine Yolande fut contente de ne pas voir sa soeur couronnée; et Mohammed, qui avait négocié toute cette affaire, prit congé du roi de Castille et s’achemina vers Grenade , emmenant avec lui les trois bannis de Murcie , auxquels il donna des maisons et des terres.

Bannière du sultanat arabe de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus
Bannière  de la dynastie Nasride de Grenade al-Andalus

L’an 665 ( 1267 ), les walis de Malaga, de Guadix et de Comares, ne s’étant prêtés à aucun acte de soumission, le roi de Grenade leur fit la guerre, après en avoir donné avis au roi de Castille et malgré son intercession.

Celui-ci, sollicité par ces factieux, écrivit une lettre menaçante à Mohammed, lui ordonna de cesser toute hostilité contre eux , et lui demanda la cession d’Algéziras et de Tarifa.

Le roi de Grenade , dans sa réponse, se plaignit qu’Alfonse manquât ainsi au traité d’Alcala et qu’il exigeât les clefs de son royaume.

Il le pria de suivre des sentiments plus généreux; et , quoiqu’il fût préparé à la guerre , il promit de ne pas être l’agresseur , à moins que le roi de Castille ne prît ou vertement la défense des walis rebelles.

Dans ce temps-là, l’infant don Philippe , révolté contre son frère Alfonse qui , suivant les auteurs arabes , se laissait gouverner par sa femme plutôt que par les conseils d’une sage politique, vient chercher un asile à la cour de Grenade, avec don Nuno de Lara et d’autres seigneurs castillans.

Mohammed comble d’honneurs et de caresses ces illustres hôtes et accepte leurs propositions de le servir contre tous ses ennemis , excepté contre le roi de Castille.

File:Alha Generalife1.jpg
Le Patio d’al-Janna al-Aarif « Genaralife »

Il les emploie utilement dans l’armée commandée par son fils; mais, malgré leurs exploits , comme les forces du roi de Grenade étaient divisées, la guerre contre les walis réfractairesse passa en pillages et en dévastations, et dura quelques années sans événements importants.

Enfin, l’an 670 (1271-72) , le roi de Grenade prit le parti de solliciter les secours du roi de Fez et de Marrakesh , Abou-Yousouf Yacoub , fondateur de la dynastie berbère des Merinides , contre le roi de Castille et contre les factieux qui coopéraient avec ce prince à la ruine de l’islam en Espagne.

Cette démarche affligea les seigneurs castillans re tirés à Grenade , et répandit l’alarme parmi les chrétiens  et les croisés de la Péninsule ; mais Mohammed n’en vit pas le succès.

Ce prince, ayant fait des levées extraordinaires, pour accabler les trois gouverneurs rebelles dont les incursipns continuelles troublaient et ruinaient ses états , voulut mar cher contre eux en personne , malgré son grand âge.

Il se sentit indisposé à moitié chemin, reprit celui de sa capitale, porté sur un brancard, et expira avant d’y arriver, à la suite d’un vomissement de sang , le 29 djoumadi II 671 (21 janvier 1273 ), ayant à ses côtés l’infant don Philippe qui l’avait accompagné dans cette expédition.

Le Generalife (en arabe : جنة العريف ) est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne
Le Janna al-Aarif  (Generalife)  est la villa avec des jardins habités par les rois musulmans de Grenade comme un lieu de repos, située dans la ville de Grenade , Espagne

 

Mohammed était âgé de quatre-vingts ans, et en avait régné trente-six à Grenade ; mais il avait porté quarante-deux ans le titre de roi , depuis sa première proclamation à Ardjouna.

Sa mort fit couler les larmes de tous ses sujets, dont le bonheur l’avait plus occupé que le soin de sa propre gloire.

C’est pour eux qu’il se rendit vassal de la Castille , et qu’il ne chercha point à reculer les frontières de ses états.

Aussi son royaume dura-t-il plus long-temps que la plupart des empires musulmans, fondés par la violence et l’ambition.

Mohammed avait deux vézirs, un capitaine des gardes, un généralissime, un amiral , un commandant de la cavalerie , sept cadhis ou juges , et quatre khatibs ou secrétaires, dont le premier l’était en même temps du meschouar ou conseil que le roi présidait lui-même.

Deux fois la semaine, il donnait audience aux pauvres comme aux riches.

Il visitait les écoles, les collèges, les hospices, s’informait du service et de l’exactitude des professeurs , des médecins, et inter rogeait lui-même les malades et les indigents.

Blason du sultanat arabe nasride de Grenade
Blason du sultanat  nasride de Grenade

Ennemi du faste , indulgent pour ses serviteurs , et plein d’ordre dans ses affaires domestiques , il n’eut point de concubines , et n’épousa qu’un petit nombre de femmes, toutes filles des principaux seigneurs de l’état.

Il les voyait peu souvent; mais il prévenait tous leurs désirs et maintenait entre elles la con corde.

Il  n’eut que trois fils, Mohammed , Faradj et Yousouf, auxquels il donna les maîtres les plus habiles et les plus vertueux, et ils les instruisait aussi lui-même, dans ses moments de loisir.

Il aimait beaucoup à lire l’histoire et a cultiver les fleurs et les plantes aromatiques.

Mohammed fut enterré avec pompe dans un cimetière particulier.

Son corps embaumé fut renfermé dans une châsse d’argent et placé dans un tombeau de marbre précieux , sur lequel on grava en lettres d’or une épilaphe fastueuse, rapportée par Conde et par Casiri .

Les princes Nasrides, comme les sultans Ottomans , reçurent sans doute des chrétiens cet usage , inconnu aux khalifes Omeyyades, et Abbasside et aux monarques de l’orient, prohibé même par l’islam.

Une autre mode que la fréquentation des chrétiens introduisit probablement à Grenade, fut celle des armoiries.

Mohammed prit pour les siennes un écu au champ d’argent , portant une bande diagonale d’azur, sur laquelle étaient écrits en lettres d’or, ces mots :

« La ghaleb ila Allah » (il n’y a de vainqueur que Dieu) , parce que ses sujets lui avaient donné le titre d al-Ghaleb-Billah ( le vainqueur par la grâce de Dieu).

Les extrémités de la bande se terminaient en gueules de dragon.

Les successeurs de ce prince conservèrent cette devise : mais ils changèrent fréquemment les couleurs de l’écu et de la bande.

Mohammed al-Faqîh a continué l'œuvre de son père et il a terminé la construction de l'Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.
Mohammed al-Faqîh le 2e nasride a continué l’œuvre de son père et il a terminé la construction de l’Alhambra de Grenade. Le royaume de Grenade atteint son apogée.

2em. MOHAMMED II. Al-Emir.

L’an hég. 671 (de J.-C. 1273).

Mohammed, fils de Mohammed Ier. qui reçu le titre d’émir al-moumenin le seul qui avait eût survécu à son père; c’est pourquoi Casiri et Conde le distinguent par le surnom d’Emir .

Aussitôt qu’il eut achevé les obsèques de son père, il par courut à cheval les principales rues de Grenade, et fut pro clamé roi au milieu des transports de la plus vive allégresse.

Résolu à prendre son père pour modèle dans toutes ses entreprises , et à imiter ses vertus, il ne fit aucun change ment dans les emplois civils et militaires , ni dans le sys tème d’administration établi par ce sage monarque.

Il conserva la garde africaine qui avait toujours pour chef un prince berbère Merinide ou Zeïanide , ainsi que la garde andalousienne qui , à défaut d’un prince du sang, était commandée par Abou-Mousa , et il augmenta la solde de l’une et de l’autre.

Quelques courtisans, déçus dans l’espoir de s’élever par leurs intrigues, au commencement d’un nouveau règne, accusèrent leur souverain d’ingratitude, formèrent un parti de mécontents et allèrent se joindre aux walis Eschkilolides.

Ceux-ci avaient profité de la mort du dernier roi pour re commencer leurs incursions.

Mohammed II marcha contre eux, les tailla en pièces, près d’Antekaria (Antequerra) enleva tout leur butin, les poursuivit l’espace de plusieurs lieues, et revint à Grenade, où il récompensa noblement les seigneurs castillans dont la valeur avait assuré son triomphe.

L’infant don Henri, s’étant sauvé de Tunis, sur un soupçon mal fondé que le roi voulait se défaire de lui, revint en Espagne, reprocha à son frère Alfonse X, de favoriser les sujets rebelles du roi de Grenade, et lui fit craindre que ce prince n’eût recours à la protection du roi de Marrakesh.

Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l' Albaicin de Grenade , communauté autonome d' Andalousie , Espagne . Il a été construit dans le XVe siècle , dans un palais Zirí ci-dessus, le XIe siècle
Dar al-Horra est un palais nasride situé dans le quartier de l’ Albaicin de Grenade , Espagne, construit dans le XVe siècle , sur un palais Ziríde , du XIe siècle

 

Dans cette inquiétude, Alfonse écrivit à son frère don Philippe et aux autres seigneurs castillans qui étaient à Grenade , de revenir à sa cour, et de négocier un accommodement entre lui et Mohammed II.

Celui-ci , plein de confiance dans ses hâtes, et voulant sincèrement la paix, écouta leurs propositions, et ne fit aucune difficulté de les suivre à Séville, au mois de ramadhan 671 (avril 1273).

Alfonse vint au devant d’eux avec une brillante cavalcade, logea Mohammed dans son palais , lui donna des fêtes, l’arma chevalier, l’embrassa comme son ami, et, à son intercession , par donna à ses frères et à leurs partisans , qui tous en témoignèrent leur satisfaction au roi de. Grenade.

Ce prince , alors dans la force de l’âge, joignait à tous les avantages physiques, celui de parler avec facilité la langue castillane , ce qui lui donna souvent occasion de converser avec la reine Yolande et avec ses filles.

Cette adroite princesse lui ayant arraché une promesse d’accorder une trêve d’un an aux walis de Guadix, de Comaresel de Malaga, Mohammed feignit d’y consentir par galanterie : mais il comprit que le but des chrétiens était de le tenir en échec , au moyen de ces ennemis internes qu’ils pourraient à volonté susciter contre lui.

Il conclut peu de jours après un traité avec le roi de Castille, auquel il s’obligea de payer un tribut annuel , pour tenir lieu du service de cavalerie qui avait été imposé a son père.

Il obtint que les musulmans, dans leurs relations avec les chrétiens, jouiraient des mêmes sûretés et des mêmes franchises, et il accorda la trêve aux Irois walis suivant sa promesse.

Il prit ensuite congé d’Alfonse et de toute la famille royale, et fut accompagné jusqu’à Marchena, par les infants don Philippe, don Emmanuel et don Henri.

De retour à Grenade , Mohammed , mécontent de sa négociation , et prévoyant qu’ Alfonse, délivré de tous soucis domestiques , ne s’occuperait qu’à fomenter la guerre civile parmi les musulmans, ne voulut pas laisser aux walis rebelles le temps de réparer leurs pertes et de recevoir les secours de ce prince.

Résolu à frapper un grand coup pour terminer cette affaire, il écrivit au roi de Marrakesh, Yacoub lII, pour le prier de l’aider à recouvrer toute l’Andalousie , et à former une puissance plus formidable aux chrétiens , leurs communs ennemis.

Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, l' Alcazaba Cadima ou la vieille; dans le fond, l'Alcazaba de la Alhambra.
Les deux forteresses de Grenade: Au premier plan, al-Qasba al- Qadima ou la vieille ville; au  fond, l’Alcazaba (al-Qasba)  et  la Alhambra (al-Hamra).

 

Afin de déterminer le monarque africain, il lui offrit les ports d’Algéziras et de Tarifa,qui lui serviraient d’arsenaux et de points de débarquement.

Yacoub , enchanté de ces offres, s’empressa d’envoyer neuf mille hommes, qui prirent possession de ces deux places ; et il les suivit de près, avec des forces plus considérables.

Il se rendit à Malaga, où il fut reçu par les walis Eschkilolides, jusqu’à l’arrivée du roi de Grenade, avec lequel ils étaient en pourparler d’arrangement.

Il leur reprocha leur révolte préjudiciable à l’islam, les réconcilia avec Mohammed, et les invita, pour leurs propres intérêts, à rester fidèles à ce prince.

Il fut convenu dans cette conférence que Yacoub attaquerait le royaume de Séville , que Mohammed fondrait sur celui de Jaen , et que les trois walis entreraient dans celui de Cordoue.

L’arrivée du roi de Marrakesh avait répandu l’épouvante parmi les chrétiens ; toute l’Espagne s’était mise en mouvement.

Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord , les Brigades de la Foi ! ., lors de la bataille d’ejita en 1275 al-Andalus en coalition avec les Nasrides.
Le sultan berbère Marinide de Fès (Maroc) Abu Yusuf Yaqub ibn Abd Al-Haqq et la charge des redoutables Volontaires berbères et arabes d’Afrique du Nord, « les Brigades de la Foi » lors de la bataille Ecija en 1275 , en coalition avec les Nasrides. 

Don Nuno de Lara, gouverneur  croisé de l’Andalousie, poussé par un fol amour-propre ou par une imprudente bravoure , osa se mesurer avec l’armée africaine, qu’il savait être deux fois plus nombreuse que la sienne : mais , après une mêlée horrible , il périt sur le champ de bataille avec dix-huit mille des siens, le 5 rabi i ». 774 ( 8 septembre 1375) près d’Ecija.

Yacoub adressa au roi de Grenade la relation de sa victoire, avec la tête du général castillan.

Mohammed détourna les yeux et versa des larmes , à l’aspect des tristes restes de ce vaillant capitaine , avec lequel il avait été lié d’une étroite amitié.

Il fit embaumer sa tête et l’envoya dans un coffre d’argent au roi de Castille, pour qu’elle fût enterrée honorablement à Cordoue.

Le monarque africain, n’ayant pu prendre Ecija, rava gea tout le pays jusqu’aux portes de Séville , et ramena son butin et ses prisonniers à Algéziras.

Le roi de Grenade, de son côté, venait «le ruiner les territoires de Jaen et de Martos, lorsque l’infant d’Aragon , don Sanche, archevêque de Tolède , animé par un vain désir de gloire et par l’espoir de vaincre aisément une armée chargée de butin, s’avança imprudemment avec des troupe* levées à la hâle , et attaqua les musulmans, sans attendre les renforts que lui amenait don Lope Diaz de Haro.

Sa téméraire présomption fut cruellement punie.

Son armée , ayant été enveloppée et taillée en pièces , il fut reconnu à son costume et fait prisonnier.

Une dispute s’éleva entre les Africains auxiliaires qui voulaient le conduire au roi de Marrakesh , et les Musulmans d’Espagne qui le réservaient pour le roi de Grenade.

Les deux partis allaient en venir aux mains; lorsqu’un parent de Mohammed fondit sur don Sanche et le perça de sa lance, en disant : Dieu ne veut pas que pour un chien , le sang des musulmans soit versé.

On coupa au malheureux infant la tête et la main où était l’anneau épiscopal, et on donna la première aux Africains et la seconde aux Andalousiens.

Le lendemain , l’armée castillane, commandée par Alforrsc X ( suivant Conde) , ou par don Lope Dias de Haro ( suivant Cardonne et Chénier), rencontra, près de Hisn Azzahara (Madina al-Zahara), les vainqueurs qui continuaient leur marche.

Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade
Ruines du Palais Nasride de Dar al-Arusa, Grenade

 

On se battit avec un égal acharnement et sans avantages décisifs; mais quoique les Musulmans eussent conservé leurs positions, ils se retirèrent la nuit avec leur butin.

Le roi de Marrakesh , informé qu’une flotte chrétienne voulait s’opposer à son retour en Afrique , et voyant déjà ses convois interceptés et son armée souffrir de la disette, conclut une trêve de deux ans avec Alfonse , sans la participation du roi de Grenade, et repassa le détroit.

Les walis de Guadix et de Malaga quittèrent l’armée et renouvelèrent leurs soumissions au roi de Castille.

Mohammed , abandonné par son allié , et regrettant de lui avoir livré les deux clefs de l’Andalousie , ne laissa pas de pourvoir à la sûreté de ses frontières, et de continuer les hostilités contre les chrétiens , sans résultats importants.

Au milieu de ses préparatifs de guerre , il trouvait le loisir de cultiver la poésie et l’éloquence avec son premier vezir, Aziz ben-Ali, ben-Abd-al-Menam , qui partageait les goûts de son maître , auquel il ressemblait aussi d’une manière singulière , par l’âge, la taille, la figure et le caractère.

Ils admettaient a leurs conférences les savants de l’Andalousie, les philosophes, les médecins et les astronomes , pour qui les portes de l’Alcaçar étaient toujours ouvertes .

L’an 676 ( 1 277 ) , Abou-Yousouf Yacoub revint en Espagne et se rendit a Honda , où Abou-Ishak, wali de Guadix , et Abou-Mohammed , wali de Malaga, se joignirent à lui pour faire la guerre aux Castillans.

Il remporta sur Alfonse X, le 12 rabi 1er ». (i3 août), une grande victoire , près de Séville qu’il ne put prendre, enleva d’assaut Alcala de Guadaïra, et dévasta toute celte partie de l’Andalousie. Le wali de Malaga mourut deux mois après cette expédition.

Le roi de Marrakesh ayant exercé les mêmes ravages dans les environs de Xerez, le roi de Grenade, qu’il avait invité à prendre part à la guerre de religion, vint le joindre près d’Ardjouna.

Casque de guerre du 13e siècle   Nasride exposé au Musée municipal d'Algésiras
Casque de guerre du 13e siècle Nasride exposé au Musée municipal d’Algésiras, Espagne

 

Ils marchèrent ensemble sur Cordoue, qu’ils endommagèrent sans pouvoir la prendre ; s’emparèrent de Hisn ben-Beschir et de la célèbre ville de Zahra , et désolè rent toute la contrée, entre Cordoue et Jaen.

Alfonse envoya une députation de moines et de prêtres, pour demander la paix au roi de Maroc , qui se trouvait alors à Baeça. Yacoub répondit que n’étant qu’auxiliaire du roi de Grenade, c’était à ce prince qu’il fallait s’adresser.

Ils  allèrent donc trouver Mohammed, lui dirent qu’ils étaient mécontents de leur souverain et qu’ils voulaient le déposer, parce qu’il ne savait pas défendre ses sujets et sa religion.

Ils jurèrent la paix sur leurs croix, et conclurent avec le roi de Grenade un traité que le monarque africain ratifia à Algéziras, vers la fin de ramadhan 676 (février 1278) .

Alfonse, ayant rompu la paix en 677 (1278), assiégea Algéziras par terre et par mer.

Des pluies , des ouragans et des révoltes empêchèrent Yacoub de revenir en Espagne ; mais son fils Yousouf se rendit à Tanger, et rassembla dans ce port une flotte de soixante vaisseaux , auxquels le roi de Grenade, qui ménageait encore le souverain de Maroc, joignit douze bâtiments qu’il avait armés à Malaga, Almérie et Almunecâb.

Le siège d’ Algéziras durait depuis près d’un an , et les habitants, épuisés par la disette et privés de se cours, ne recevaient d’autres nouvelles que celles que leur apportait une colombe expédiée de Gibraltar: mais les assiégeants n’étaient pas dans une meilleure situation.

Une maladie contagieuse avait fait des ravagés sur leur flotte , et nécessité le débarquement d’une partie de leurs équipages.

Ce fut dans ces circonstances que l’armée navale des musulmans attaqua les chrétiens et remporta une victoire complète.

L’amiral castillan , plusieurs officiers supérieurs , un parent du roi de Castille et le prince de Bayon furent faits prisonniers.

L’infant don Pèdre qui commandait l’armée de terre, voyant la défaite de sa flotte, ne voulut pas attendre que les vainqueurs eussent débarqué.

Il leva le siège précipitamment et abandonna ses tentes, ses machines, et ses munitions.

Ainsi fut délivrée Algéziras, le 12 rabi 1″. 678(juillet 1279 ), après un blocus d’environ un an.

Le prince Yousouf y vint au commencement du mois suivant , fit bâtir la nouvelle ville d’Algéziras , dans une position plus avantageuse , sur le terrain qu’avait occupé le camp des chrétiens, et accorda une trêve au roi de Castille, qui s’obligea de lui  fournir des troupes contre le roi de Grenade.

Le monarque  africain refusa d’approuver ce traité et de donner audience  aux ambassadeurs chrétiens , que son fils lui avait amenés,.

Mais la guerre contre le roi de la dynastie berbère des Zayyanides de Tlemcen le força d’ajourné  ses projets sur l’Andalousie.

Mohammed, roi de Grenade, tranquille du côté de l’Afrique, par son alliance avec le roi de Tlemcen et l’éloignement du roi de Marrakesh , entra dans les états de Castille , et ravagea les environs d’Ecija et de Cordoue.

Alfonse vint en personne à sa rencontre ; mais une ophtalmie, dont il fut attaqué, l’obligea de laisser le commandement de son armée à son fils Sanche , qui, ayant donné dans une embuscade près de Hisn-Moclin, au commencement de l’an 679(1280), eut trois mille hommes tués, parmi lesquels on comptait un grand nombre de chevaliers et d’officiers de distinction.

L’année suivante, l’infant voulut prendre sa revanche; mais Mohammed, a la tète de cinquante mille hommes, remporta une seconde victoire , et s’empara du camp des chrétiens.

Don Sanche s’élant révolté contre son père Alfonse X , fit alliance avec le roi de Grenade, et lui livra le fort de Arenas.

Ils eurent une entrevue à Priego, où ils se traitèrent comme s’ils eussent toujours été amis, et concertèrent leur plan de campagne.

Le roi de Castille, alarmé de cette alliance, et abandonné par tous les potentats de l’Europe, eut recours au roi de Marrakesh contre son fils rebelle.

Yacoub se rendit à Algéziras, à la fin de rabi 1″. 681 (juillet 1282 ), et continua sa marche jusqu’à Sakhret-ibad , suivant Dombay , ou à Zahra , suivant Cardonne.

Alfonse vint l’y trouver et lui offrit sa couronne en gage, pour prix des secours qu’il lui demandait.

Le monarque africain té moigna les plus grands égards au roi de Castille, lui donna cent mille dinars, et se joignit à lui pour aller assiéger don Sanche qui s’était fortifié dans Cordoue; mais au bout d’un mois, ils levèrent le siège à l’approche du roi de Grenade, ravagèrent les environs d’Andujar et de Jaen , furent bat tus près d’Ubeda, et retournèrent, l’un à Séville, l’autre à Algéziras.

Au commencement de moharrem 682 (avril 1283), Yacoub se rendit à Malaga, et prit Cartama, Schil et quelques autres châteaux qui appartenaient au roi de Grenade.

Celui-ci eut recours à la médiation de Yousouf , fils du roi de Marrakesh ; le jeune prince vint de Mauritanie, réussit à apaiser les différends qui existaient entre les deux souverains, et dé termina son père à ne traiter en ennemis que les chrétiens.

Patio de la grande  mosquée Nasride  de Grenade 14e siècle  (de nos jours église des Salvador) Espagne
Patio de la grande mosquée Nasride de Grenade 14e siècle (de nos jours église des Salvador) Espagne

Yacoub détruisit tous les lieux aux environs de Cordoue , remporta une victoire sur l’infant don Sanche , laissa son butin et son gros bagage à Baeça, se dirigea sur Tolède , ravagea tout le pays jusqu’à une journée de celte ville, et, après avoir tué plusieurs milliers de chrétiens, il revint à Algéziras avec une foule de prisonniers et une grande quan tile de riches dépouilles.

Comme ce monarque avait ménagé le sultan Nasride de Grenade, allié de Sanche, et qu’il avait enpéché que les terres des musulmans fussent dévastées par les croisés Castillans du parti d’Alfonse le maudit, qui servaient dans son armée, ceux-ci, soupçonnant quelque trahison, abandonnèrent son camp et retournèrent à Séville, où ils inspirèrent à leur souverain la défiance qu’ils avaient conçue sur les intelligences qu’ils supposaient entre les rois de Grenade et de Marrakesh.

Alfonse les crut et écrivit à ce dernier, pour se plaindre du refroidissement de son amitié.

Yacoub le rassura, et lui donna de nouveau sa parole de le faire triompher de tous ses ennemis.

Alfonse X étant mort en  avril 1284, peu de temps après le retour du roi de Marrakesh en Mauritanie, et le rebelle Sanche lui ayant succédé, Mohammed envoya complimenter le nouveau roi de Castille et confirma son alliance avec lui.

Yacoub, quoique touché de la mort d’Alfonse, offrit à Sanche la continuation de l’amitié qu’il avait eue pour son père.

Offensé de la réponse hautaine et grossière du roi de Castille, il reparut en Espagne, en safar 684- (avril 1285), et assiégea Xerez, tandis que le reste de ses troupes portait la désolation dans les territoires de Séville, de Carmone, d’Ecija et de Jaen ; mais l’approche de l’hiver, suivant Dombay , ou celle de l’armée de Castille et de Grenade, suivant Conde, le décida à lever le siège de Xerez et à retourner à Algéziras.

Il y reçut des ambassadeurs du rot de Castille auquel il accorda la paix .

Sanche , pour plaire à son nouvel allié, rompit toutes liaisons avec Mohammed, dont il congédia l’ambassadeur, en lui faisant entendre qu’il y était forcé par la nécessité.

Territoire du sultanat Arabe Nasride de Grenade  1238 – 1492
Territoire du sultanat Nasride de Grenade 1238 – 1492

De retour à Algéziras, Yacoub y appela le roi de Grenade, ainsi que les wallis de Malaga, de Guadix et de Comares, et les invita à la concorde , afin de résister plus facilement aux ennemis de l’islam.

Il exhorta Mohammed à se montrer le protecteur des musulmans, et à ne pas trop compter sur l’alliance et les secours des princes chrétiens, dont la poli tique était toujours subordonnée à l’intérêt et aux circonstances.

Il engagea les walis , trop faibles pour se maintenir dans leurs possessions , à se soumettre à lui ou au roi de Grenade.

Celui-ci appuya les raisons du monarque africain ; mais les autres , ayant paru peu disposés à reconnaître un suzerain , on se sépara sans rien terminer.

Cependant les walis traitèrent secrètement avec Yacoub, et l’un d’eux, Abou-Abdallah Mohammed ben-Eschkilola , lui céda Malaga  en échange de terres considérables en Mauritanie le monarque prit possession de cette ville, le 25 ramadhan 684; (24- novembre 1285), y passa les derniers mois de l’année et y mit pour gouverneur Omar ben-Mohly Al-Batouy, suivant Conde, ou Omar ben-Aly , suivant Dombay.

Le traité secret des walis avec le roi de Marrakesh et la perle Malaga , affectèrent sensiblement le roi de Grenade ; mais il dissimula son mécontentement, et s’attacha à mé nager l’amitié du roi Sanche, en attendant des circonstances plus favorables.

Yacoub mourut au commencement de Tannée 685 (1286).

Son fils, Yousouf III , lui ayant succédé sur le trône de Marrakesh, vint en Espagne et eut une entrevue , à Marbella , avec Mohammed-

Les deux princes s’y promirent, l’un, de ne plus soutenir les walis de Guadix et de Comares ; l’autre, de n’employer que les voies de la douceur pour les soumettre.

Malgré ces apparences d’amitié , tandis que le roi de Marrakech était occupé en Afrique par des révoltes et une guerre contre le roi de Tlemsen, Mohammed ayant gagné par ses présents le gouverneur de Malaga, Omar Al-Batouy, re couvra cette place importante , et céda à Omar en propriété, mais à titre d’hommage , la forteresse de Schaloubina.

Yousouf revint bientôt en Andalousie pour se venger du roi de Grenade , et pour punir la félonie d’Al-Batouy.

A peine débarqué à Algéziras , il assiégea la ville de Bejar ; niais l’approche d’une armée nombreuse envoyée contre lui par les rois de Grenade et de Castille , et le bruit que ces princes cherchaient à lui couper la retraite par mer en Afrique, l’obligèrent à retourner à Algéziras, d’où il passa secrètement à Tanger.

Il ordonna des levées considérables en Mauritanie, et il se disposait à revenir en Espagne, avec une armée formidable , lorsque les vaisseaux qui devaient la transporter furent brûlés, l’an 691 (1292), sur la côte de Tanger, par la flotte chrétienne , en présence des troupes musulmanes qui né purent s’y opposer.

Sanche, profitant de l’éloignement du roi de Marrakech, vint assiéger Tarifa , qu’il prit d’assaut, à la fin de chawal (octobre), et dont il donna le commandement à don Alfonse Perez de Guzman.

Ensemble de Palacios Nazari dans "Madinat al-Hamra"
Vue d’ensemble des palais Nasride , « Madinat al-Hamra »

 

Peu de temps après, l’infant don Juan, s étant révolté contre son frère le roi de Castille , alla chercher un asile à la cour de Marrakesh.

Il promit à Yousouf de reprendre Tarifa ; et, en ayant obtenu cinq cents cavaliers, il traversa le détroit, et alla mettre le siège devant cette place, secondé par la garnison d’ Algéziras.

La résistance qu’il éprouva , lui faisant craindre de s’être trop engagé avec le roi de Marrakesh, il eut recours à un moyen odieux qui a déshonoré sa mémoire.

Il  fit conduire, enchaîné , au pied des remparts, un jeune fils d’Alfonse de Guzman, avec menaces d’égorger cet enfant, si son père refusait de rendre la place.

Le gouverneur n’ayant répondu qu’en jetant son épée du haut des murailles , son fils fut à l’instant massacré ; mais la vue de sa tête, qui fut lancée dans la ville avec une catapulte, ne put abattre le courage de ce malheureux père, et les Maures furent forcés de lever le siège.

Le roi de Grenade avait fourni l’argent et les vivres pour l’expédition de Tarifa; et celte place, que le roi de Marrakesh  lui avait enlevée autrefois, devait lui être’ remise, d’après son traité avec le roi de Castillc. 11 en réclama la restitution.

Cette demande le brouilla avec Sanche, qui voulut garder sa conquête. Mohammed recommença ses in cursions sur les terres des chrétiens , et ravagea le royaume de Murcie.

De son côté, Sanche prit Quésada , emporta Alcaudète d’assaut, épouvanta les musulmans parles cruautés qu’il commit dans cette ville, et s’empara de plusieurs autres places.

Mais sa mort, arrivée l’an 694 (1295), rétablit les affaires de Mohammed, et le mit en état de réparer les pertes qu’il avait éprouvées, depuis le commencement d’un règne jusqu’alors sans éclat. Pendant une guerre de trois ans, il ne cessa de faire du mal aux chrétiens.

L’an 697 (1298) , il recouvra Quésada , reprit d’assaut Alcaudète, et les repeupla de musulmans.

Il se remit en possession d’Algéziras que lui vendit le roi de Marrakesh ; et celui-ci, dégoûté de ses entre prises en Andalousie, par une seconde tentative infructueuse contre Tarifa, ne s’occupa que des affaires d’Afrique, et renonça à ses acquisitions en Espagne .

Le roi de Grenade réussit alors à soumettre les walis de Guadix et de Comares, dont la révolte avait duré trente-six ans.

Ce prince, profilant des troubles qui déchiraient la Castille, pendant la minorité de Ferdinand IV, et informé que l’argent y était très-rare, offrit vingt mille dinars d’or à l’infant don Henri, avec quelques châteaux sur la frontière, pour qu’il lui rendît Tarifa.

Mais les ministres du jeune roi s’opposèrent à cet éehange, et le brave Perez de Guzman refusa de livrer la place. Le roi de Grenade vainquit ce guerrier près d’Ardjouna en 699 ( 1299 ) , et ne laissa pas d échouer devant Tarifa.

Il ne réussit pas mieux contre Jaen ; mais il brûla les faubourgs de Barra, ravagea toute cette partie de l’Andalousie , et s’empara de Bedmar. Mohammed II mourut au milieu de ces triomphes , le 8 chaban 701 ( 8 avril 1302), âgé de soixante-huit ans, après en avoir régné trente.

Prince habile, brave et prudent , il sut tour à tour employer les ressources des armes et de la politique, pour consolider le royaume que son père avait fondé.

roi nasrie détail
Détal de la fresque du palais Nasride de la Salle des Rois à l’Alhambra représentant les 10 premiers Sultans Nasrides

3«. Abou-Abdau.ah MOHAMMED III

. An de 1 hég. 701 (de J.-C. 1302).

Mohammed III succéda à son père Mohammed II , oui l’avait, de son vivant, associé au trône.

Son parent Abou’l- Hedjadj ibn-Naser, gouverneur de Guadix, fut le seul nui refusa de venir lui prêter serment de fidélité.

Mohammed, dès le premier mois de son règne , signa une trêve avec Jayme II , roi d’Aragon , et déclara la guerre à la Castille.

Il débuta par prendre d’assaut la ville d’Àlmandhar : parmi les choses précieuses et les captifs qu’il y trouva, était une fille d’une merveilleuse beauté, qui fut amenée à Grenade dans un char magnifique.

Sur le bruit de ses charmes, le souverain de Maroc la fît demander au roi de Grenade, qui, voulant se concilier l’amitié de ce puissant voisin , lui envoya la belle esclave, quoiqu’il en fût lui-même devenu amoureux.

L’an 703  ( 1303), Mohammed marcha contre son cousin Abou’l-Hedjadj , wali de Guadix (Wadi Ash), qui s’était révolté, le vainquit et le força d’aller se renfermer avec peu de monde dans cette ville.

La même année , il conclut une trêve aver le roi de Castille , sans pouvoir obtenir qu’on lui vendît ou qu’on lui échangeât la forteresse de Tarifa.

Informé des troubles qui régnaient en Mauritanie, pendant que le roi de Marrakesh faisait la guerre au roi de Tlemcen , il envoya son beau-frère Faradj , wali de Malaga , pour assiéger Ceuta par terre et par mer.

Cette ville se rendit le 29 chawal 705 ( 14 mai 13o6 ), après la fuite du gouverneur.

Faradj s’empara de quelques autres places, et retourna en Espagne avec un butin prodigieux.

Mohammed employa ces richesses à l’embellissement de Grenade.

Il y fit construire de nouveaux bains publics et une superbe mosquée , qui devint la principale de celte ville , et à laquelle il assigna de gros revenus.

Soleiman ben-Reby, gouverneur d’Almria , avait des intelligences secrètes avec le roi d’Aragon , et se préparait à la révolte. Mohammed ne lui en laissa pas le loisir et l’attaqua si brusquement , que Soléiman eut à peine le temps de se sauver.

Il se retira auprès du roi d’Aragon et l’excita à faire la guerre aux musulmans. I.e roi de Castille, d’accord avec ce dernier, envahit les frontières de Grenade.

Mohammed réclame en vain contre l’injuste violation des traités.

Le Castillan répondavec hauteur et va mettre le siège devant Algéziras, en safar 708 (juillet 13o8).

Dans le même temps, les Aragonais assiègent Âlméria par terre et par mer.

Murs de al-Casba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra .
Les murs d’al-Qasba Qadima (à gauche) et le quartier Rabad Badis (à droite, plus petit), avec le palais de Dar al-Horra . Grenade

 

Mohammed marcha au secours d’Algéziras ; mais les pluies contrarièrent ses opérations. Ferdinand IV convertit le siège en blocus, et envoya une partie de ses troupes contre Gi braltar, qui n’était pas alors dans la même position qu’elle occupe aujourd’hui. Cette place, mal gardée , ne tarda pas à capituler.

Les habitants en sortirent avec leurs biens, et plus de quinze cents passèrent en Afrique.

Cependant , Algéziras, quoique mieux défendue, aurait été forcée de se rendre, si le roi de Grenade , ayant à la fois sur les bras deux puis sants ennemis , tandis que des factions se formaient contre lui au sein de sa capitale , n’eût pris le parti de faire la paix avec le roi de Castille, à la fin de chaban 708 (février 1309).

Il obtint la levée du siège d’Algéziras, en payant à ce prince cinquante mille pièces d’or, et en lui cédant les places de Quadros , Chanquin, Quésada et Bedmar. Mohammed était doué de tous les avantages du corps et de l’esprit.

Il protégeait les savants , les gens de lettres , les admettait à sa table, proposait aux poètes des sujets de compositions, et figurait lui-même dans les concours.

Ses occupations littéraires et plus encore les soins continuels qu’il donnait aux affaires du gouvernement, lui ayant fait contracter l’habitude de travailler bien avant dans la nuit, avec ses ministres qui se relevaient successivement , il lui survint une maladie incurable qui altéra sa santé et particulièrement sa vue.

Cette infirmité, à laquelle il dut le sunom d’al-Ama (l aveugle), ou Al-Amasch (le chassieux), l’avait mis dans le cas d’accorder une confiance illimitée à son vézir, Abou- Abdallah Mohammed ben-Hakem; les émirs et les principaux cheikhs en furent jaloux.

Ils indis posèrent sourdement le peuple contre le roi , et lui suggérèrent le désir d être gouverné par un souverain plus clair voyant.

Enfin le dernier traité, entre Mohammed III et Ferdinand IV, fut le prétexte d’une sédition qui éclata avec fureur le 14. chawal 708 ( 1 4 mars 1309).

Dès le matin de ce jour solennel , une partie de la populace entoura l’ Alcaçar (al-Qasr), en se contentant de crier vive le roi Naser ! c’était le nom du chef de cette révolution , second frère de Mohammed.

En même temps la soldatesque enfonce les portes de la maison du vézir , brise ses meubles, brûle ses livres, et le poursuit jusqu’au palais.

Alors les mutins forcent la faible garde qui en défendait l’entrée , et sans respect pour la demeure royale , ils la livrent au pillage , égorgent le ministre aux pieds de son maître , et intiment à celui-ci la volonté du peuple qui exige son ab dication ou sa tête.

Mohammed , seul contre tant d’ennemis, se démet authentiquement, la nuit suivante, du trône qu’il avait occupé sept ans et deux mois.

Son frère ne daigna pas le voir, et le fit conduire au château d’Almunecâb, où il sur vécut cinq ans à sa disgrâce.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Mohammed IV (assassiné) 1325-1333 Yûsuf Ier (assassiné) 1333-1354 Mohammed V al-Ghanî (démis) 1354-1359 Ismâ`îl II (assassiné) 1359-1360 Mohammed VI al-‘Ahmar 1360-1362

4e. Abou’l Djoïousch AL-NASER

. An de l’hég. 708 (de J.-C. 1309). Naser parcourut les rues de Grenade à cheval, et reçut léseraient de fidélité au milieu des acclamations de la joie publique.

La beauté de ses traits , la richesse de sa taille, le luxe recherché de ses vêlements , séduisaient le peuple qu’avaient rebuté la vie retirée et les infirmités de Mohammed.

Naser joignait d’ailleurs à ces avantages extérieurs, des qualités qui distinguent les grands princes ; affable , doux , juste et libéral , il aimait la vertu, et ceux qui la pratiquaient.

Il avait fait de si grands progrès dans l’astronomie et la gnomonique, sous Abou-Abdallah ibn Al-Rakam , le plus grand mathématicien de son temps , qu’il dressa lui-même des tables astronomiques fort exactes, et qu’il construisit une horloge avec une grande précision.

Mais ces talents , ces connaissances ne suffisaient pas à un souverain , dans des circonstances difficiles.

Sa révolte contre son frère avait brisé tous les liens de l’état, et fut la source des malheurs de son règne.

Le roi de Castille rompit la trêve qu’il avait conclue avec le monarque détrôné , envahit les frontières de Grenade et s’empara de la forteresse de Tempoul.

La ville de Ceuta qui , depuis plus de trois ans, supportait à regret la domination des Musulmans d’Espagne , ouvrit ses portes le 10 safar 709 (20 juillet 1309) aux troupes du roi de Marrakesh, Abou-Rebia Soléiman : ce prince, le mois suivant, dicta la paix au roi de Grenade , qu’il obligea de lui céder Algéziras et Ronda , et de lui donner sa fille en mariage.

Naser, n’ayant pu obtenir de Ferdinand une nouvelle trêve, ne laissa pas de marcher au secours d’Alméria.

Le roi d’Aragon vint à sa rencontre ; et , à la suite d’une sanglante bataille qui eut lieu, vers la fin de chaban 709 (fin de janvier 1310), les chrétiens levèrent le siège de cette ville, qui était à la veille de se rendre.

Après calte victoire , Naser retourna triomphant à Grenade.

Abou’l Walid Ismael, fils d’une sœur du roi Nasride de Grenade, et d’Abou-Saïd Faradj , wali de Malaga, s’étant fait des partisans, affectait l’indépendance.

Naser ordonna d’arrêter son neveu; mais l’ordre fut éventé , et le jeune ambitieux s’enfuit de Grenade.

Son père, au lieu de le punir, encouragea ses projets et fit une réponse menaçante à Naser, auquel il reprocha sa conduite envers son frère Mohammed.

A la fin de djoumadi II ». 710 (novembre 1310), Naser fut frappé d’apoplexie et passa pour mort.

Les amis de Mohammed s empressèrent d’aller le cherchera Almunecab, le mirent malgré lui dans une litière , et l’amenèrent à Grenade, dans les premiers jours de redjeb.

Mais ils virent avec surprise toute la ville en fêtes , pour le rétablissement inespéré du roi.

Mohammed allégua pour motif de sa visite, la part qu’il avait prise à la maladie de son frère.

Naser parut satisfait de sa démarche, mais il le fit reconduire à Almunecâb avec ceux qui s’étaient déclarés pour lui. Sur ces entrefaites, Ferdinand IV, roi de Castille, après avoir ravagé les frontières de Grenade, avait pris Alcaudète par capitulation.

Mohammed, qu’on soupçonnait d’avoir provoqué l’invasion de ce prince, lui écrivit pour le prier, au nom de leur ancienne amitié, de ne plus faire la guerre à Naser, son frère, mais au wali de Malaga, ennemi du roi de Grenade.

Ferdinand se préparait à marcher contre Malaga , lorsqu’il mourut subitement à Alcaudète, en septembre 1312.

On le porta à Jaen , où sa mort fut publiée trois jours après.

L’infant don Pèdre , son frère, accorda facilement la paix au roi de Grenade.

Naser n’en fut pas mieux affermi sur le trône.

L’ambition et les intrigues de son vézir, Mohammed ibn-Ali al-Hadji, bouleversèrent l’état , et causèrent la perle de son maître.

Ce ministre, voulant être seul à la tête des affaires , éloignait les grands de la personne du roi , et se défaisait de ceux qu’il voyait dans la faveur de ce prince.

Une puissante faction se forma contre lui; elle était soutenue parie wali de Malaga, dont le fils aspirait ouvertement au trône.

Ses agents arrivent à Grenade et y soufflent le feu de la sédition.

Le peuple s’attroupe, le 25 ramhadhan 712 (24 janvier 1313), et demande à grands cris la tête du vezir.

Carga arabe - Marcelino De Unceta Y Lopez
« Carga arabe » (Charge-arabe) – Marcelino De Unceta Y Lopez

 

Le roi , séduit par l’éloquence de ce ministre, ou satisfait de ses services, rassure de sa protection, sort pour haranguer les mu tins, et leur promet que Mohammed ne les chagrinera plus.

L’émeute se calme; mais Naser se borne à destituer le vezir, et irrite les mécontents qu’il punit partiellement à cause de ce favori.

Les principaux se retirent à Malaga et excitent Ismael à détrôner son oncle.

Le jeune wali rassemble des troupes nombreuses , et arrive devant Grenade le 28 chawal 713 (15 février 1314).

La plupart de ses partisans sortent en foule de la ville et viennent se joindre à lui : les autres prodiguent l’argent et les promesses pour exciter une révolte.

Les habitants se divisent en factions qui se pillent et s’égorgent réciproquement.

Le lendemain , les portes de la ville, du côté du faubourg Albaycin , sont ouvertes aux troupes d’Ismael.

Elles entrent sans résistance, et s’em parent, le même jour, de l’ancienne citadelle et de l’Al-Qaçar.

Naser, assiégé dans l’Alhamra, réclama les secours de l’infant don Pèdre, qui était à Cordoue.

Le prince croisé se mit aussitôt en marche avec ses troupes; mais, avant son arrivée , le roi de Grenade , pressé par les rebelles et par les sollicitations de ses amis, rendit la place et abdiqua te trône, à condition que lui et ses partisans auraient la vie sauve, et qu’on lui céderait Guadix et son territoire.

Le vainqueur, satisfait du succès de son entreprise, se montra généreux.

Naser partit pour Guadix le 3 dzoulkadah 713 (19 février 1314)

Victime d’une révolution semblable à celle qu’il avait suscitée contre son frère, et désabusé de la vanité des grandeurs humaines, il vécut content dans sa retraite , au sein d’une douce philosophie , rejetant tous les conseils qu’on lui donna pour recouvrer le trône qu’il avait occupé cinq ans et un mois.

La mort de Mohammed III avait précédé de peu de temps la catastrophe de son frère.

Il finit ses jours le 3 chawal 713 (24 janvier 1314) , à l’âge de cinquante-huit ans, soit naturellement , soit pour être tombé dans un lac par accident, suivant les uns, ou, suivant d’autres, par ordre de Naser.

Celui-ci mourut le 6 dzoulkàdah 722 (16 novembre 1322), âgé de trente-six ans.

Son corps, ainsi que celui de son frère, fut porté à Grenade.

Ils furent inhumés honorable ment auprès de leurs ancêtres, et l’on grava une longue épitaphe sur leurs tombeaux.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Mohammed Ier al-‘Ahmar al-Ghâlib bi-llâh 1238-1273 Mohammed II al-Faqîh (empoisonné ?) 1273-1302 Mohammed III al-Makhlû` (démis) 1302-1309 Abû al-Juyûch Nasr (démis) 1309-1314 Abû al-Walîd Ismâ`îl Ier (assassiné) 1314-1325

5e. Abou’l Walid ISMAEL 1« .

An de l’hég. 713 (de J.-C. 1314 )• Ismaël fut proclamé roi, le jour même où Naser son oncle maternel sortit de Grenade.

Outre ce degré de parenté, ce prince appartenait à la famille des Nasrides; il paraît même qu’il était le plus roche héritier du trône, en ligne collatérale, depuis que Faradj , frère des deux derniers rois , et. incarcéré par ordre de l’un d’eux , avait sans doute terminé sa carrière dans les fers.

Ismaël, zélé défenseur des préceptes du Coran , corrigea les abus au moyen desquels on éludait la prohibition du vin: il obligea les juifs de porter, sur leurs habits, une marque qui servît à les distinguer des musulmans , et les assujettit à un impôt sur les maisons et sur les  bains.

Cependant , malgré sa dévotion , il était ennemi des subtilités théologiques des fakihs et des oulémas.

Un jour qu’ils disputaient devant lui sur les fondements et la vérité de l’islam , il se leva en s’écriant . « Je ne connais d’autres principes qu’une ferme » et sincère croyance au Dieu tout-puissant; et voici mes » arguments, » ajouta-t-il, en saisissant son épée.

L’infant don Pèdre , qui venait au secours de Naser, ayant appris en chemin la révolution qui avait privé celui-ci du trône, suspendit sa marche sur Grenade ; mais, ne voulant pas avoir fait une expédition inutile , il assiégea et prit d’assaut la forteresse de Rute, et retourna à Cordoue.

Ismaël, -informé qu’un corps de cavalerie escortait un convoi de vivres, envoyé par le roi de Castille à son allié le roi Naser à Guadix , voulut le surprendre ; mais ses troupes furent repoussées avec perte de quinze cents hommes, au commencement de l’année 716 (1316). près de la rivière Fortuna.

Les chrétiens prirent d’assaut les villes de Cambil et d’Alhawar, et dévastèrent toute cette frontière.

Ismaël marcha contre eux; mais ils se retirèrent à son approche.

Le roi de Gre nade , afin de ne pas perdre le fruit de cette campagne , alla mettre le siège devant Gibraltar, que le roi de Maroc venait d’enlever aux chrétiens , la même année , suivant Dombay , après avoir vaincu et tué leur amiral.

Le but d’Ismaël était d’ôter au roi de Marrakesh la facilité de passer d’Afrique en Espagne ; mais les secours que la place reçut par terre et par mer, forcèrent les troupes de Grenade de décamper, sans oser risquer une bataille.

Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l'ancienne ville d'Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.
Ancien Fort arabe utilisé par les Nasrides pour surveiller la frontière dans l’ancienne ville d’Ubbadat Al-Arab, Eglise San Isidoro Ubeda région de Jaén, Espagne.

Cependant l’infant don Pèdre, après avoir ravagé tout le pays entre Jaen et les montagnes, avait pénétré jusqu’à Hisn-Alhas et à Pina, dans les environs de Grenade , lorsque l’arrivée d’Ismaël l’obligea de retourner à Ubeda , et lui fit perdre dans cette retraite une partie de son butin et de ses prisonniers.

Il rentra bientôt dans les états de Grenade , et prit Velmez d’assaut, et Tiscar par capitulation.

Ces pertes n’abattirent point le courage d Ismaël, et la fortune ne tarda pas à l’en dédommager.

L’infant don Juan , seigneur de Biscaye, jaloux de partager la gloire de son neveu don Pèdre , se joignit à lui.

Ces deux princes, ayant saccagé les plaines depuis Alcabdal (Alcaudète), jusqu’à Alcala la Real , assiégèrent Illora, dont ils brûlèrent un faubourg, marchèrent sur Pinos, et parurent le jour de la Saint-Jean, 1319, à la vue de Grenade.

Ismael harangua ses capitaines ; toute la jeunesse de la capitale s’arma pour défendre son roi , qui donna le commandement de ses troupes à un Persan nommé Mahradjan al-Farisi, et se mit lui-même à la tête d’un corps de réserve.

Les chrétiens, attaqués avec fureur, ne purent résister au » nombre, et battirent en retraite ; mais, le désordre s’étant mis dans leurs rangs , ils furent enveloppés , et les deux infants tombèrent morts dans le plus fort de la mêlée.

Leurs troupes, poursuivies par les musulmans, jusqu’à la nuit qui favorisa leur fuite, laissèrent le » champ de bataille couvert de cadavres , que le roi de Grenade fit enterrer, de peur que l’air ne fût infecté par leur putréfaction.

Il renvoya à Cordoue le corps de don Juan qui fut reconnu par les captifs.

Cette bataille, que les historiens espagnols ont nommée la journée des infants, arriva le 26 juin 1319. Conde, en la rapportant à la fin de l’année 718 , qui correspond aux mois de janvier ou février 1319, s est trompé d’autant plus évidemment, que l’époque qu’il assigne à l’arrivée des infants devant Grenade , et les précautions d’Ismaël après sa victoire , confirment la tradition qui attribue principalement à l’extrême chaleur, la défaite et la mort des deux princes castillans.

Le roi de Grenade recouvra par cette victoire toutes les places qu’il avait perdues : il accorda une trêve de trois ans au roi de Castille, et en profita pour envahir les frontières de Murcie, où il s’empara de Huescar, Ores et Galcra, qui appartenaient probablement au roi d’Aragon.

La trêve expirée , lsmaèl , informé des troubles qui régnaient en Castille, alla camper devant Raeça, en redjeb 724 ( juillet 1324)- il attaqua cette ville jour et nuit , se servant de machines ingénieuses, qui lançaient avec grand bruit des globes de feu semblables à la foudre, et dont les ravages sur les murs et les tours de la place l’obligèrent de se rendre, le 24 de ce mois ( 17 juillet).

L’année suivante, il réduisit, par les mêmes moyens, la ville de Marlos qu’il prit d’assaut.

Le carnage y fut si horrible, que les vainqueurs firent la prière du soir et du lendemain sur le tapis de sang qui couvrait toutes les rues.

Il revint triomphant à Grenade, chargé de dépouilles et suivi d’une multitude de femmes et d’enfants captifs.

Dans ce nombre se trouvait une fille de la plus rare beauté, que Mohammed ibn-lsmaël, fils du wali d’Algéziras, et cousin- germain du roi , avait arrachée des mains des soldats , au péril de sa propre vie Ismaël, l’ayant vue, en devint amoureux, la fit enlever et conduire dans son harem.

Al-Bab Fajj al-Lawza donnae  accès au sommet de l' Albaicin de Grenade
La porte Al-Bab Fajj al-Lawza donnee accès au sommet de l’ Albaicin de Grenade

Sensible à cet outrage, Mohammed s’en plaignit avec véhémence: mais le roi lui ordonna de se taire et le chassa dure ment de sa présence.

Mohammed, la rage dans le cœur, fit partager ses projets de vengeance à ses parents et à ses amis , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Deux jours après le retour d Ismaël à Grenade, les conjurés allèrent l’attendre à la porte de l’Alhamra, sous prétexte de vouloir lui parler à son passage; et, lorsqu’ils le virent sortir , Mohammed et son frère, s’étant approchés de lui , comme pour le saluer, le frappèrent de plusieurs coups de poignard, tandis que les autres conjurés mirent à mort le premier vezir qui avait essayé de défendre son maître.

Ce .crime fut commis avec tant de promptitude , que les assassins eurent le temps d’échapper à la vigilante activité du second vezir, qui fit trancher la tête à leurs amis.Ismaël fut porté dans les appartements de la sultane mère, où il expira le même jour, 26 redjeb 725 (8 juillet 1325), a l’âge de quarante-huit ans, après avoir régné onze ans et neuf mois.

Il fut enterré le lendemain , auprès de ses ancêtres, et on lui érigea un tombeau de marbre, sur lequel on grava son épitaphe.

Ce prince laissait quatre fils en bas âge , Mohammed , Faradj , Abou’l Hedjadj et Ismaël.

Le vezir, par son adresse, sa fermeté, et avec le secours de ses amis, sut déjouer les projets du capitaine des gardes, Osman, partisan secret des conspirateurs, et assura le trône à Mohammed, en le faisant reconnaître roi, avant de publier la mort de sou père.

Arbalète nasride,15eme siècle
Arbalète nasride,15eme siècle

6e. Abou-Abdai.i.au MOHAMMED IV.

An de l’hég. 725 (de J.-C. 1325). Mohammed n’avait pas onze ans, lorsqu’il fut proclamé roi de Grenade.

Son vizir, Aboul Hassan Ali al-Moharaby, et le commandant de la garde Jinete nord-africaine, Abou-Said Othmaun , habile et vaillant capitaine, de la race des Mérinides qui régnait à Fez et à Marrakesh, furent chargés du gouvernement pendant sa minorité; mais, le vezir étant mort cinq semaines après, son successeur, Mohammed al-Mahrouk, crut pouvoir profiler de la jeunesse du roi, pour opprimer ses égaux , abattre la principale noblesse, obscurcir le mérite et éloigner de la cour jusqu’aux frères de ce prince.

L’un d’eux , Faradj, fut exilé à Alméria, où il finit ses jours dans les fers. Ismaël fut banni et demeura en Afrique pendant tout le régne de son frère.

L’an 726 ( 1326), Othman fit une invasion sur les terres de Castille, et enleva aux chrétiens la forteresse de Rute.

Carte du croisé  Pietro Vesconte en 1325 de l'Afrique du Nord et de l'Andalousie avec leurs bannières
Carte du croisé Pietro Vesconte en 1325 de l’Afrique du Nord et de l’Andalousie avec leurs bannières

Peu de temps après , ce général , ayant reçu quelque offense du vezir, quitta le service de Mohammed qui n’avait pas eu égard à ses plaintes, et partit de Grenade pour passer en Afrique. Cependant l’orgueil et l’ambition du ministre ex citèrent un mécontentement général.

Le roi, sans qu’on lui eût porté de nouvelles plaintes, déposa le vezir, le fit charger de fers , et le remplaça par Mohammed ibn- Yahia al-Kidjati , homme généralement estimé.

Cet acte de vigueur intimida les courtisans, et fil bien augurer de la fermeté, du courage et de la justice du jeune monarque.

Au commencement de l’année 727 (fin de 1326), Othman revint d’Afrique, excita un soulèvement dans le district d’Andujar, et y fit proclamer roi, l’oncle paternel de Mohammed IV, nommé Mohammed^ ibn-Faradj , qu’il disait avoir ramené de Tlemcen.

Le roi de Grenade marcha sans délai contre ces rebelles et les combattit avec des avantages réciproques ; mais, Othman ayant sollicité le secours des chrétiens, Alfonse XI , roi de Castille , saisit cette occasion de faire des incursions sur les terres des musulmans, auxquels il enleva les villes de Vera , Olbera , Pruna et Ayamonte.

Mohammed livra ba taille aux Castillans , dans les environs de Cordoue , sur les bords du Guadalorza; mais il fut vaincu par leur général , don Manuel , seigneur d’AI-Hojra.

De retour à Grenade, le 2 moharrem 729 (6 novembre 1328), il fit- décapiter, le même jour, l’ancien vezir Al-Mahrouk , principale cause de cette guerre funeste.

Sur le bruit de la prochaine arrivée des Africains, Mohammed envoya son vezir Al-Kidjati, pour recommander à son oncle, wali d’Algéziras , de défendre cette place contre leurs attaques.

Mais quelques jours après , le 17 redjeb 729 ( 17 mai 1329), ce ministre périt dans une bataille gagnée par les Africains, qui prirent Algéziras , ainsi que Ronda et Marbella. Ces nouvelles répandirent l’alarme dans Grenade.

Le roi , avant de se mettre en campagne , rromma pour premier vezir et hadjeb , Abou’l Naïm lledhwan , habile et vaillant capitaine qui jouissait de la confiance universelle. Mohammed, à la tête d’une brillante armée, entra dans les états de Castille et s’empara de Cabra et de Pripgo.

Il battit ensuite les chrétiens et emporta la forteresse de Jaen, au grand étonnement de ses généraux qui avaient jugé l’entreprise téméraire.

Il détruisit les murs de Casares, et serait entré dans cette place, s’il n’avait ras diffère l’assaut jus qu’au lendemain ; mais, sur l’avis de ses coureurs , il leva le siège, alla livrer bataille aux Castillans, les vainquit et les poursuivit l’espace de plusieurs milles.

Au lieu de retourner devant Casares, il vint assiéger Gibraltar, qu’il savait n’être défendu que par une faible garnison ; et , malgré les ma chines et la résistance des chrétiens, il l’emporta d’assaut.

Il reprit ensuite Ronda , Marbella et Algcziras , que les Afri cains , aidés par les rebelles, lui avaient enlevées pendant sa minorité.

Peu de temps après , les chrétiens vinrent assiéger Gibraltar par terre et par mer.

Ils s’éloignèrent , à l’approche de Mohammed, et allèrent attaquer Teba de Ardalis, dans les environs d’Ossuna.

Le roi de Grenade marcha contre eux et vint camper à Turon , près de Teba.

La forteresse de Pruna lui ayant été livrée par le gouverneur, il envoya trois mille cavaliers, qui pénétrèrent dans le camp des chrétiens, y firent un grand carnage, et se retirèrent ensuite pour les attirer dans une vallée à une lieue de là , où trois mille autres cavaliers étaient en embuscade; mais les Castillans attendirent prudemment les renforts que leur envoya leur souverain, s’avancèrent alors en bon ordre, as saillirent les musulmans dans leur propre camp, les mirent en déroute et revinrent devant Teba, dont ils s’emparèrent , ainsi que de Priego, Canete, las Cuevas et Ortejicar.

Sur ces entrefaites, Abou’l Haçan Ali, roi de Marrakesh, traversa le détroit, et se rendit maître de Gibraltar.

Mohammed dissimula cette injure; et , pour ne pas perdre l’amitié d’un prince si puissant et si belliaueux , il fui céda de bonne grâce cette forteresse.

Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l'alhambra  (henry Regnault)
Un sultan (nasride) décapite un homme dans le palais de l’alhambra (henry Regnault) 
Il envahit ensuite le territoire de Cordoue , assiégea inutilement Castro del Rio, et retourna par Cabra dans sa capitale.
Le roi de Castille , connaissant l’importance de Gibraltar, la fit attaquer par toutes ses forces de terre et de mer.
Malgré la vive résistance de la garnison africaine, il l’aurait réduite par famine, sî le roi de Grenade , informé de l’état de la place , ne fût accouru à son secours , comme allié du roi de Marrakesh.
Arrivé à Algéziras, il tomba sur les chrétiens avec tant de succès, qu’il les contraignit de lever le siège.
Jeune et fier de sa victoire, il plaisanta les capitaines africain*, et leur fit sentir assez malignement que, sans lui, ils seraient morts de faim , ou qu’ils auraient subi la loi des chrétiens. 11 fut cruellement puni de cette imprudente raillerie.
Dans le dessein d’aller visiter en Afrique le roi de Marrakesh , son allié, il avait congédié son armée, et il revenait le lendemain, avec une suite peu nombreuse, pour s’embarquer à Gibraltar, lorsque des assassins, apostés par les capitaines  africains, sur les montagnes escarpées qu’il avait à gravir, aux environs de cette ville, l’attaquèrent dans un étroit défilé , où ses gardes, marchant à la file des uns des autres, ne pouvaient le défendre , et ils le percèrent de leurs lances, le 13 dzoulhadjah 733 ( 24 août 1333) .
File:Puerta de las Armas.JPG
« Bib al-Medina » ou Porte de la Citadelle de Grenade. Nasride.
Muhammad était à peine âgé de dix- neuf ans, et n’avait régné que huit ans et cinq mois. Ses gens ayant redescendu la mon tagne en fuyant, son corps y demeura exposé a’ux outrages des soldats africains qui lui devaient la vie.
Vers le soir , des troupes, envoyées par son frère Yousouf, vinrent recueillir les restes de leur noble et brave souverain , et voulurent venger sa mort ; mais elles trouvèrent les portes de la ville fermées.
On l’enterra dans un jardin , près de Malaga , et son tombeau , décoré d’une épitaphe , fut renfermé dans une chapelle sépulcrale.
Tel fut le sort de Mohammed IV, qui, à la beauté des formes , aux grâces, aux qualités aimables de la jeunesse , joignait les talents, les vertus et la majesté d’un grand roi.
Eloquent, spirituel, il était doué d’une force prodigieuse, et d’une adresse admirable dans tous les exercices du corps.
Personne ne l’égalait dans les joutes, les tournois et les carousels.
Passionné pour les chevaux de race, il les préférait à tous les autres présents.
Sa libéralité était extrême, et il ré compensait avec la même magnificence les savants, les gens de lettres, les guerriers, les hardis écuyers et les hommes habiles dans les arts mécaniques et libéraux.
Il employait les loisirs de la paix à embellir Grenade par des mosquées, des fontaines, des jardins.
Il améliorait la police; et dans les moments qu’il dérobait aux soins du gouvernement, aux plaisirs de la chasse et de l’équitation, il se délassait eu lisant des vers et des histoires galantes et chevaleresques.
Cavalier arabe Nasride 14eme siècle
Cavalier archer arabe Nasride 14eme siècle

7«. Abou’l Hedjadj YOUSOUF I ».

An de l’hég. 733 (de J.-C. 1333 ). Yousouf était campé sur les bords du Guad-al Sefaïn , qui traverse la plaine d’Algéziras, lorsque l’armée qu’il ramenait à Grenade , ayant appris la fin tragique de son frère Mohammed , le proclama roi dans sa tente , le même soir : cette élection fut con firmée par le vezir et par le divan de Grenade. Yousouf con sola ses sujets de la perte de son frère.

Agé de quinze ans , il possédait les mêmes avantages physiques et moraux; mais, comme il cultivait les sciences et la poésie, il était plus porté pour la paix que pour la guerre.

Après les fêtes de son couronnement, il envoya des ambassadeurs à Séville, et conclut avec le roi de Castille une trêve de quatre ans , à des conditions avantageuses.

Alors il s’appliqua à réformer les lois et les ordonnances de ses prédécesseurs, qui s’altéraient chaque jour par les subtilités des docteurs et l’iniquité des juges. Il ordonna des formulaires plus courts et plus simples pour les actes publics ; il rédigea , à cet effet, des traités et des commentaires qu’il fit copier par les oulémas.

Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Il créa de nouvelles distinctions pour récompenser les services des fonctionnaires civils et militaires.

Il fit publier des traités pour le perfectionnement des arts et métiers ainsi que de la tactique.

Le vezir Redhwan, qui avait dirigé les affaires avec beau coup de talent , sous le dernier règne , étant mort , Yousouf lui donna pour successeur, le 3 moharrem 734. (14 septembre 1333), Abou-Ishak ibn Abd al-Bar

Ce choix ayant dé- plu généralement, le roi accueillit comme des preuves de zèle pour son service, les représentations multipliées qui lui furent adressées directement, sur le caractère hautain et vindicatif de ce ministre, et sur les troubles qu’il occa sionnait dans l’état.

Il le déposa quelques jours après et revêtit de sa charge, Abou’l-Naïm, fils de Redjiwan, homme juste et vertueux, mais dur et coléreux.

Sans égard pour le rang, la naissance ou la fortune, et terrible pour tous ceux qui paraissaient devant son tribunal, ce vezir était si sévère et si prompt dans ses jugements, qu’il punissait de mort les fautes les plus légères , et qu’il fit même périr quelques innocents, Yousouf , touché des plaintes qui lui parvinrent contre son ministre, le fit mettre en prison , le 22 redjeb 740 (23 janvier 134o).

Ce prince , se voyant en paix avec tous les rois ses contemporains , embellit ses états de somptueux bâtiments, entre autres d’une grande mosquée a Grenade , et d’un magnifique palais dans les environs de Malaga.

Après l’expiration de la trêve , renouvelée avec les chrétiens, Yousouf envoya des troupes ravager le royaume de Murcie, sous les ordres d’Abou-Tabet Omar ben-Othman, du sang royal des Merinides de Marrakesh et Fès.

Ce général , ayant brûlé la forteresse de Guad-al-Himar , revint à Grenade avec un butin considérable et un grand nombre de captifs.

Omar avait gagné la faveur du roi, par ses qualités aimables , son illustre naissance et l’importance de sa charge.

Il  était l’arbitre et le dispensateur de toutes les grâces; personne, sans sa permission , ne pouvait parler au monarque, et rien ne se faisait dans le palais, que par son ordre.

Cavalier leger  arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu'wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade  Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l'actuel Espagne
Cavalier leger arabo-andalous de la dynastie Nasride de Grenade en 1350 sous le sultan Abû al-Hajjâj an-Nyyar al-mu’wîd bi-llah Yûsuf Ier ben Ismâ`îl1 est le septième émir nasride de Grenade Il succède à son frère aîné Mohammed IV en 1333. Il est assassiné en octobre 1354 et son fils Mohammed V al-Ghanî lui succède. Reproduction historique du musée Militaire de Tolède dans l’actuel Espagne

Cependant, peu de jours après le retour* de son favori, Yousouf le fit arrêter, et renfermer dans une rigoureuse prison.

On attribua cette étonnante disgrâce d’Omar, à quelques propos indiscrets sur les galanteries de son maître, ou à quelque rivalité d’amour.

Le roi de Grenade , ayant appris la victoire navale remportée par Abou’l-Haçan Ali, roi de Marrakesh, sur les Castillans, dans le détroit de Gibraltar, la fit célébrer dans ses états, par des illuminations et des réjouissances, et alla , avec une brillante escorte, visiter le monarque à Algéziras.

Les deux rois résolurent d’entreprendre le siège de Tarifa qu’ils commencèrent le 3 rabi ier. 741 (27 août 134o ).

Ils y firent usage de canons qui lançaient des boulets de fer, par le moyen du naphte , et détruisaient les murailles et les tours.

Durant ce siège , le roi de Marrakesh envoya un corps de troupes, qui, après avoir dévasté les territoires de Xerez, Sidonia , Lebrija et Arcos, et revenant chargées de butin, furent attaquées brusquement par les chrétiens , dans les environs de cette dernière ville, et prirent honteusement la fuite , à l’exception de quinze cents hommes qui se firent tailler en pièces, avec leurs deux généraux .

Cet échec fut très sensible aux rois de Marrakesh et de Grenade qui ordonnèrent aussitôt de nouvelles levées dans leurs états.

Les assiégés étaient serrés de près dans Tarifa , par les musulmans qui recevaient des renforts continuels, lorsque le roi de Castille et celui de Portugal, son auxiliaire, s’a vancèrent , pour délivrer cette place , et vinrent camper à tiijarayel (Pena-del-Ciervo), sur les bords du Guad-Acelito (le Rio-Salado).

L’armée des Musulmans s’avança contre eux, et s’arrêta sur l’autre rive.

Comme le jour était trop avancé, il n’y eut que des escarmouches d’avant-postes , et la ba taille fut remise au lendemain, 7 djoumadi 1″. 741 (29 oc tobre 134o ).

Les chrétiens traversèrent la rivière, et furent aussitôt attaqués par les Africains et par les troupes de Grenade.

Étendard Nasride de Grenade
Étendard Nasride de Grenade

On combattit des deux côtés avec autant de valeur que d’acharnement : mais la cavalerie musulmane, divisée en pelotons, finit par être coupée et enveloppée par la grosse cavalerie castillane; en même temps, la garnison de Tarifa, ayant fait une sortie générale, s’empara du camp du roi de Marrakesh, de son harem et de ses trésors.

L’épouvante se répandit alors parmi les Africains, qui s’en fuirent en désordre.

Les Musulmans espagnols résistaient encore avec des forces inégales; mais Yousouf, craignant qu’ils ne fussent cernés par toute l’armée chrétienne, ordonna la relraite; elle se fit en combattant jusqu’.i Algéziras.

Le roi de Maroc se retira sur Gibraltar , d’où il mit à la voile le même jour pour Ceuta. Les musulmans laissèrent la plaine couverte d’armes et de cadavres (2).

Le roi de Grenade, in formé que les chrétiens voulaient lui couper la retraite , embarqua ses troupes et se rendit par mer à Almunecar.

Après cette victoire, le roi de Castille assiégea Calayaseb, que les habitants rendirent et abandonnèrent par capitulation.

Il prit ensuite Priego et Ben-Anejir.

Les armes des Maures ne furent pas plus heureuses, l’année suivante, à l’embouchure du Guad-al-Menzil ; les flottes de Marrakesh et de Grenade, » vaincues par celle de Castille et de Portugal , perdirent plusieurs vaisseaux, et leurs deux amiraux furent tués dans cette action.

La fortune s’était alors déclarée contre les musulmans.

Animé par des succès aussi continuels, Alfonse résolut le siège d’Algéziras, ville importante par sa force et sa beauté, par la fertilité de son sol , et par sa situation qui la rendait une des clefs de l’Espagne.

Tandis qu’une partie de ses troupes continuait de ravager les états de Grenade , il vint camper devant Algéziras, le 3 août 1342, et se retrancha dans son camp.

La garnison fit plusieurs sorties pour inquiéter les travailleurs, et livra un grand nombre de combats.

Les machines et les tours de bois que les chrétiens construisaient , étaient détruites par les Musulmans , au moyen des pierres qu’ils laissaient tomber du haut des remparts, ou des boulets rouges qu’ils lançaient, avec du naphte tonnant (de la poudre a canon).

Abou’l-Haçan, roi de Marrakesh, occupé dans ses états par la révolte d’un de ses fils , n’ayant pu envoyer des troupes au secours d’Algéziras , le roi de Grenade entreprit de délivrer cette place.

Arrivé sur les bords du Gnadiaro, il eut besoin de stimuler le courage de ses capitaines, devenus timides depuis la bataille de Tarifa.

Ils traversèrent avec lui la rivière Palmones qui séparait les deux camps, et surprirent au point du jour les chrétiens, par une attaque subite qui mit le désordre parmi ces derniers.

Mais la cavalerie des Musulmans, renversant tout ce qui lui résistait, échoua devant le retranchement et le rempart de lances que les Castillans lui opposaient.

Les musulmans furent alors obligés ds se retirer.

Les bateaux qui , pendant la nuit, introduisaient des vivres dans Algéziras, ne purent la préserver de la disette; les assiégés manifestèrent au roi de Grenade le désir de traiter avec les chrétiens.

Yousouf , ayant reçu du roi de Marrakesh le conseil de faire la paix avec le roi de Castille, entra en négociation ; mais, comme Alfonse exigeait pour première clause, la reddition de la place, Yousouf aurait tenté un dernier effort, si ses généraux ne lui eussent représenté que , pour sauver une ville, il s’exposait à perdre son royaume. Algéziras fut donc rendu.

Les chrétiens y entrèrent le 26 mars 1344, après un siège de vingt mois : les habitants emportèrent leurs trésors el leurs effets dans la vieille ville, d où ils se retirèrent où ils voulurent.

Les rois de Grenade et de Castille signèrent une trêve de dix ans. Alfonse se montra généreux . et traita avec beaucoup d’égards les plénipotentiaires musulmans.

Yousouf s’occupa du bonheur de ses peuples pendant la fiaix, et c’est à ce titre qu’il tient un rang distingue parmi es meilleurs rois de Grenade.

Il établit dans ses états des écoles, où la méthode d’enseignement fut simple et uniforme.

Le fort Nasarde d'al-Hamra (Alhambra) à Grenade
Le fort Nasride d’al-Hamra (Alhambra) à Grenade

Il publia des règlements sages et utiles pour l’observance de la religion et le maintien de la discipline ecclésiastique.

Il voulut que tous les villages , qui renfermaient plus de douze maisons, eussent une mosquée.

Il  réforma les désordres, les indécences, les profanations qui avaient lieu pendant les deui fêtes de Pâques, et prescrivit qu’on les célébrât , ainsi que les dimanches, avec recueillement, par des actes de bienfaisance, par des lectures el des conversations édifiantes, etc.

Il ordonna que les femmes fussent entièrement séparées des hommes dans les mosquées, et défendit aux filles d’y assister, sinon dans des tribunes particulières.

Il prohiba les prières tumultueuses qui avaient lieu dans les rues et dans les places publiques, pour obtenir de la pluie , et prescrivit de les faire avec humilité dans les campagnes.

Il abolit les assemblées nocturnes dans les mosquées, enjoignit aux femmes de ne plus y faire de neuvaines sans leurs maris, leurs pères ou leurs frères, en exclut les filles et leur défendit de suivre les enterrements.

Il interdit l’usage de l’or, de l’argent et de la soie pour la sépulture des morts , ainsi que les cris, les lamentations ridicules, et les cérémonies superstitieuses.

Il permit les danses et les festins pour les noces , les naissances et les autres fêtes de famille; mais il en bannit la licence et l’ivresse.

Il perfectionna la police de la capitale, et créa des vezirs pour veiller au bon ordre des marchés, et à la sûreté de chaque quartier , qui devait être fermé le soir et visité par des rondes nocturnes. » Yousouf publia des ordonnances sur l’art de la guerre et la discipline militaire.

Il établit la peine de mort contre tout musulman qui fuirait devant l’ennemi, lorsque celui- ci ne serait pas au moins deux, fois plus nombreux.

II défendit aux gens de guerre de tuer les enfants, les femmes , les vieillards, les malades, et même les religieux, à moins que ceux-ci ne fussent pris les armes à la main.

Il ordonna que les biens seraient rendus en nature ou en équivalent aux chrétiens qui embrasseraient l’islam.

Il fixa la part de butin qui devait revenir à tous les musulmans, depuis le roi jusqu’au dernier ouvrier de l’armée.

Il défendit aux fils de famille d’entreprendre le pèlerinage de là Mekke ou d’embrasser le parti des armes, sans la permission de leurs parents, et ne les dispensa de cette formalité, pour le second cas, que dans les dangers pressants.

La législation criminelle fut aussi l’objet de son attention.

Il ordonna que les accusés d’adultère, d’homicide et d’autres crimes capitaux , ne pussent être condamnés à mort , sans l’aveu des coupables, ou sans la déposition unanime de quatre témoins.

Les adultères devaient être lapidés ; les coupables de fornication , non mariés, devaient être bannis pour un an, après avoir reçu cent coups de fouet, les filles sur leur chemise, les hommes à nu ; et, s’ils étaient de condition égale, on les obligeait de se marier.

Il voulut que les voleurs fussent jugés juridiquement; et, à la place des peines arbitraires qu’on leur infligeait, il établit des supplices plus ou moins graves, suivant la nature des délits et les cas de récidive.

Enfin, il ordonna que les corps des suppliciés fussent lavés , ensevelis et inhumés, avec les mêmes céré monies et la même décence que ceux des autres musulmans.

Nom : Maison nasride Lieu : Rue Cobertizo de Santa Inès, n° 4, Grenade, Espagne Date/période de construction : XIVe siècle Dimensions : 164 m2
Cette maison du 14e siècle est l’un des rares exemples encore conservés d’habitation nasride, située dans une allée ou une impasse à Grenade , Espagne, typique de la ville arabe médiévale

Ce sage monarque fit achever et embellir les édifices commencés dans la capitale.

A son exemple, les seigneurs de Grenade firent bâtir, et la ville se remplit de maisons et de tours élégantes , les unes en bois de cèdre , admirablement travaillées; les autres en pierres revêtues de métaux.

Dans l’intérieur, on voyait des pavillons surmontés de dômes d’un travail délicat , dont les murs étaient d’or et d’azur et les planchers en mosaïque.

De belles fontaines y répandaient la fraîcheur.

Le goût de l’architecture fut tellement en vogue sous le règne d’Abou’ Hedjadj Yousouf, que, suivant les expressions d’un auteur arabe, Grenade était connue une lasse d’argent pleine d’hyacinthes et d’émeraudes.

Yousouf conserva l’amitié des rois de Marrakesh, Abou’I Hassan-Ali et Abou-Anan Fares.

Il aurait désiré de renouveler, pour quinze ans , la trêve avec les chrétiens ; mais le roi de Castille, encouragé p3r ses derniers triomphes, et voulant profiler des troubles qui régnaient en Mauritanie, pour enle ver aux musulmans tout ce qui leur restait en Espagne , rompit la trêve, vint assiéger Gibraltar, au printemps de l’année 700 (1349), et campa dans une plaine sablonneuse qui séparait cette ville d’Algéziras.

Les fortifications naturelles de la place, et la valeur de sa garnison , lui opposè rent une longue et vive résistance.

La peste s’étant mise dans son armée, il en mourut le 10 moharrem 751 (20 mars 135o).

Le roi de Grenade, qui faisait des incursions depuis Ronda , Zahara , Eslcpona et Marbella, pour inquiéter les assiégeants ayant appris la mort de leur souverain, quoiqu’il dut la regarder comme un événement heureux pour l’islam , ne put s’empêcher de dire que le monde avait perdu un excellent prince , qui savait honorer le mérite , même celui de ses ennemis.

Il permit que plusieurs capitaines musulmans portassent le deuil d’Alfonse, et ne troubla pas la retraite des Castillans , qui portèrent religieusèment le corps de leur monarque à Séville.

La même année, mourut, dans les prisons d’Alméria , le prince Faradj , frère de Mohammed IV et de Yousouf.

Le roi de Grenade célébrant la pâque dans la grande mosquée, le ier. chawal 755 (19 octobre i354) , un assassin obscur se jeta sur lui avec fureur, et le frappa de son poignard.

Le monarque, blessé, interrompit sa prière: on vola à son secours; on le porta dans son palais; mais il expira en y arrivant, âgé de trente-huit ans , après en avoir régné vingt- deux , moins un mois. Son meurtrier fut mis en pièces et brûlé publiquement.

Les funérailles de Yousouf se firent le soir aux flambeaux.

Sur le magnifique tombeau de mar bre qu’on lui érigea dans le cimetière royal, on grava, en lettres d’or et d’azur, son épitaphe en vers et en prose, où de justes louanges paraissent avoir été données à ses vertus

Une des courts des palais nasrides de l'alhambra   au temps du sultanat  (peint en  1876)
Une des courts des palais nasrides de l’alhambra  (peint en 1876)

8′. Abou-Abdallah MOHAMMED V.

An de l’hég. 755 (de J.-C. 1354). Mohammed fut proclamé roi immédiatement après la mort de son père.

Quoi qu’il eût à peine vingt ans, il se concilia tous les suffrages par son esprit, ses avantages physiques , ses vertus, son jugement, sa grâce et son adresse dans tous les exercices du corps et dans les tournois.

Doux et affable, il était si compatissant, qu’il versait des larmes au récit de quelque événement malheureux : sa bienfaisance lui gagnait les cœurs de tous ceux qui approchaient de sa personne.

Il bannit de son palais les flatteurs, supprima les emplois de sa maison, inutiles et onéreux à l’état , et réduisit les officiers qui la composaient, à un nombre suffisant et proportionné à l’étendue et à la prospérité de son royaume.

Ces réformes lui attirèrent la haine des méchants et des courtisans corrompus; mais elles lui méritèrent t’estime des gens de bien , l’amour et le respect du peuple.

Le 6 dzoulkadah 756 (12 novembre 1355), le wali de Gibraltar, Isa ibn- Al-Haçan Al-Ascari , prit le titre de roi et opprima les habitants fidèles qui voulurent s’opposer à sa révolte.

Mais il se rendit si odieux par son avarice et sa cruauté, que le peuple se souleva et le força, vingt jours après, de s’enfermer oans le château.

Il y fut assiégé, pris et envoyé à Ceuta , où il périt dans les tourments, par ordre du roi de. Marrakesh, Abou-Anan Fares .

Le roi de Grenade , en montant sur le trône , avait disposé, près de l’Alhamra, un palais agréable et commode pour ses frères et sa belle-mère.

Celle-ci employait les trésors qu’elle avait amassés, du vivant, du roi Yousouf son époux, à aplanir à son fils Ismaël le chemin du trône.

Par le moyen de sa fille, qui avait épousé Abou-Saïd, prince du sang royal  , elle gagna celui-ci et en fit le chef d’une faction puissante contre Mohammed.

La conjuration éclate dans la nuit du 28 ramadhan 760 ( 23 août 1359).

Une partie des séditieux escalade les murs du palais; d’autres enfoncent les portes et massacrent tout ce qu’ils renco trent.

Une troisième troupe force la maison du vezir, et l’égorge avec toute sa famille.

Mais, tandis que tous se livrent au pillage , Mohammed , qui se trouvait dans un des appartements les plus reculés de son harem , prend des vêtements de femme , et se sauve à travers les jardins : à la faveur tumulte , il monte sur un cheval que le hasard lui présente , et s’enfuit à toute bride à Guadix , où il arrive libre de tout danger.

Les habitants le reconnaissent pour souverain , et lui fournissent une garde pour sa défense.

Le rebelle Abou-Abdallah (ou plutôt Abou-Saïd), persuadé que ce prince avait péri dans le massacre, accourut au palais , avec Ismaël qu’il fit proclamer roi.

Le dernier Bastion de l'islam en Andalousie et le dernier état arabe d'Europe
Le dernier Bastion de l’islam en Andalousie et le dernier état arabe d’Europe

9e. ISMAEL II .

An de l’hég. 760 (de J.-C. 1359).L’usurpateur Ismaël fut promené à cheval dans les rues de Grenade , par Abou- Saïd et ses partisans.

Il écrivit aussitôt a Pierre, roi de Castille , offrit d’être son vassal et de lui payer tribut , et réussit d’autant plus aisément à l’intéresser en sa faveur, que ce prince, était alors en guerre avec le roi d’Aragon.

Mohammed , quoique sûr de la fidélité des habitants de Guadix, ne pouvant y réunir assez de forces pour disputer le trône à son frère Ismaël, eut recours aux rois de Maroc et de Castille; et bientôt, sur l’invitation du premier, il alla s’embarquer à Marbella, avec une suite nombreuse, et arriva à Fez, le 6 moharrem 761 (28 novembre i35q).

Il fut accueilli dans cette cour, avec tous les égards dus à un roi malheureux; Abou-Salem le logea dans son palais, et lui promit son secours.

Ismaël n’avait reçu de la nature que la beauté des femmes et des traits.

Semblable à une femme par les charmes de sa figure , il en avait le caractère et la faiblesse.

Adonné à tous les plaisirs sensuels, il était peu capable de gouverner et d’apaiser les troubles de l’état.

Aussi se laissait-il dominer par les factieux auxquels il devait son élévation.

Abou-Saïd , surtout , sans respect pour la dignité et l’autorité royale, le traitait comme un esclave, le sou mettait à tous ses caprices.

Quoiqu’il eût confirmé la nomination du vezir qu’Ismaël s’était choisi, il l’accusa bientôt de trahison et de correspondances avec le roi de Maroc, l’empêcha de se justifier, et le fit précipiter dans la mer.

Mais , peu satisfait du pouvoir absolu qu’il s’était arrogé, et aspirant au seul titre qui lui manquait , il calomnia Ismaël pour le rendre odieux , et gagna facilement les chefs de l’armée, parce qu’il distribuait à son gré les récompenses, et qu’il disposait de tous les emplois civils et militaires.

Il communiqua ses projets aux plus audacieux d’entre eux , et l’exécution n’en fut pas long-temps différée.

Le 2G chaban 761 ( 12 juillet i36o), une troupe de séditieux entoura le palais, en demandant à grands cris la dé position et la tête d’Ismaël.

Ce prince prit la fuite et alla se renfermer dans la citadelle , d’où il appela le peuple à sa défense. Mais les intrigues de ses ennemis et sa propre usur pation avaient paralysé toutes ses mesures.

Jeune et sans expérience, il osa faire une sortie contre les rebelles, à la tôle de quelques troupes qui l’avaient suivi ; il fui vaincu et fait prisonnier.

Le perfide Abou-Saïd l’accusa des crimes dont il l’avait rendu l’aveugle instrument, le fit dépouiller de ses vêtements précieux, et traîner dans la prison des malfaiteurs : mais, avant d’y arriver, lsmaël, d’après les ordres de son oncle , fut massacré par les soldats qui le conduisaient.

On montra sa tète à la populace, qu: se jeta aussitôt sur Qaïs, son jeune frère, et le mit en pièces.

Les hôtes de ces deux princes furent promenées dans les rues de Grenade , et leurs cadavres , couverts de haillons , demeurèrent sans sépulture, jusqu’à ce qu’ils fussent tombés en putréfaction.

Ismael  n’avait régné que onze mois.

L'arbre généalogique de la  dyanstie arabe des Nasride de souche "ansarite"
L’arbre généalogique de la dynastie arabe des Nasrides de souche « ansarite »

10 eme. ABOU-SAÏD .

An de l’hég. 761 (de J.-C. 136o). Le jour même qui éclaira ces horreurs , Abou-Saïd fui proclamé roi de Grenade par la soldatesque , et par la plus vile populace. Il récompensa les factieux qui l’avaient si bien secondé ; mais il n’en fini pas mieux affermi sur le trône.

Cependant Abou-Salem avait tenu parole à Mohammed V; et celui-ci , après vingt-un mois de séjour à la cour de Fez, s’embarqua, le 18 chawal 762 (21 août 1361), pour repasser en Espagne, avec les puissants secours que le roi de Maroc lui fournit.

Toute la Péninsule trembla au bruit de ce débarquement; mais surtout les partisans de l’usurpateur qui s’avancèrent pour arrêter fa marche du souverain légitime , sans oser néanmoins risquer une bataille.

Une révolution arrivée à Marrakesh déconcerta les projets de Mohammed.

Abou-Salem fut détrôné et assassiné, le 20 dzoul-kadah (21 septembre), et son frère Taschfyn lui fut substitué par les rebelles.

A cette nouvelle, les troupes africaines quittèrent l’Espagne ; Mohammed, déçu dans ses espérances, se retira à Ronda, qui s’était déclarée pour lui, et s’y maintint en attendant des circonstances plus favorables.

Ses démarches, n’ayant pu rien obtenir du nouveau roi de Marrakesh , il fut plus heureux dans ses négociations avec le roi de Castille.

Pierre-le-Cruel , irrité de l’alliance qu’Abou-Saïd avait contractée avec le roi d’Aragon , lui avait voué une haine mortelle.

Il envoya une armée nombreuse, avec cinq cents chariots de machines et de munitions de guerre, qui arrivèrent à Ronda,le 1 djoumadi 1″. 7*13(26 février 1^62).

Mohammed joignit ses forces à celles de son auxiliaire; et leurs troupes , mêlées et confondues, comme si elles eussent été composées* de gcns de la même religion , entrèrent dans les états d’Aborj-Saïd , qui venait de faire une invasion dans ceux du roi de Castille.

Les princes confédérés prirent par capitulation Hisn-Atara et d’autres places, qui se rendirent à Mohammed ; mais ce bon roi , touché des maux que la guerre causait aux musulmans , et ne voulant plus y prendre part , demanda au roi de Castille la permission de se retirer avec ses troupes, pour n’avoir pas la douleur d’être témoin des malheurs de ses peuples.

Il retourna donc à Ronda, le 8 du même mois , aimant mieux perdre injustement son royaume, que de le recouvrer en répandant le sang de ses sujets, et en s’attirant leur haine.

Il vécut content dans sa retraite, et continua de faire le bonheur de ceux qui vivaient sous son gouvernement paternel.

La guerre ne laissa pas de continuer entre le tyran de Castille et celui de Grenade.

Malgré quelques avantages obtenus par ce dernier sur les chrétiens, il n’en était pas moins odieux à ses sujets.

Alors il chercha à ménager le monarque castillan.

Un corps de troupes chrétiennes, ayant été vaincu devant Wadi Ash (Guadix) par les musulmans , plusieurs seigneurs , entre autres le grand maître de Calalrava, furent faits prisonniers et conduits à Grenade.

Abou-Saïd les renvoya sans rançon, et les combla de présents, afin de les engager à disposer leur souverain en sa faveur, à lui gagner son amitié, et à le détourner de l’alliance du roi Mohammed.

Mais Pierre, loin d’être touché par ce trait de générosité, n’en pressa que plus vivement Abou-Saïd; et, afin de le priver des secours de l’Aragonais, il se hâta de conclure la paix avec ce dernier.

Malaga , ayant ouvert ses portes à Muhammad , l’usurpateur craignit que la capitale n’imitât cet exemple », et commença à se délier de la fortune qui jusqu’alors lui avait été favorable.

Abhorré à cause de ses cruautés, entouré d’ennemis et de traîtres, abandonné par ses courtisans qui se tournaient du côté de son rival, privé d’une partie de ses revenus par l’infidélité des percepteurs , il prit une résolution désespérée qui lui fut bien fatale.

Sur la foi d’un sauf-conduit , il se rendit à Séville avec ses trésors , suivi d’une nombreuse, et brillante escorte.

Il se flattait de gagner la bienveillance du roi de Castille, par cet acte de confiance , et plus encore par ses promesses et ses présents, et il espérait trouver en lui un puissant protecteur , qui l’affermirait sur son trône mal assuré.

Pierre le reçut d’abord avec une politesse affectée ; mais, dans un conseil tenu par ses ministres, on décida que, pour le bonheur et la tranquillité de l’état , il fallait faire périr l’usurpateur du trône de Grenade, l’ennemi du roi Mohammed, avec qui l’on entretenait paix et bonne amitié.

Ainsi., au mépris des lois de l’hospitalité , tous les Musulmans qui avaient accompagné Abou -Saïd furent égorgés la nuit suivante, par ordre du roi de Castille, dans le palais où on les avait logés.

Le lendemain , ce monarque ayant fait amener dans une plaine, hors de la ville , le malheureux Abou-Saïd, enchaîné, devint son bourreau et le perça de sa lance.

Le prince musulmans, en se voyant frappé par le Castillan, s’écria : « 0 Pierre! quel honteux triomphe tu obtiens aujourd’hui sur un prince qui s’est fié à ta parole. » 

Le roi de Castille enchérit sur la barbarie du prince qu’il venait d’immoler : il fit élever une pyramide formée de tous ces cadavres , et placer les têtes au sommet , de manière que de toute la ville , on pouvait voir cet horrible trophée, digne de l’exécuteur et de la victime.

Ce qui rend le crime de Pierre-le-Cruel encore plus infâme , c’est que la cupidité n’y eut pas moins de part que la vengeance, et qu’il s appropria -tous les trésors du roi de Grenade.

Telle fut la lin d’Abou-Saïd, probablement dans les premiers jours de djoumadi 11e. 763( avril 1362).

Cet usurpateur n’avait régné à Grenade qu’environ vingt et un mois.

Détail du palais nasride de l'alhambra
Détail du palais nasride de l’alhambra

MOHAMMED V pour la seconde fois.

An de l’hég. 763 (de J.-C. 1362).Mohammed recueillit le fruit d’un forfait dont il était absolument innocent.

Ayant appris à Malaga la mort de son ennemi, il s’en réjouit, mais en délestant la perfidie de son allié.

Il partit aussitôt pour Grenade , où il entra au milieu des acclamations uni verselles, le samedi 20 djouinadi 11e. 763 ( 16 avril i36a ).

Les partisans même d’Abou-Saïd vinrent le complimenter, et s’empressèrent par leur soumission de prévenir les effets de sa juste vengeance.

On dit que Pierre le Cruel ayant envoyé la tête d’Abou-Saïd au roi de Grenade, celui-ci lui témoigna sa reconnaissance par un présent de vingt-cinq chevaux, la fleur de ses haras, qui portaient des caparaçons ornés d’or et de pierres précieuses.

Il  mit aussi en liberté tous les chrétiens qui étaient captifs dans ses états.

Quelque temps après, un parti de mécontents excita une sédition, et voulut mettre sur le trône Aly ben-Ahmcd, ben-Naser, prince du sang royal ; mais les généraux de Mohammed vainquirent les rebelles en diverses rencontres, et forcèrent les chefs de fuir et de se cacher.

L’alliance perpétuelle que Mohammed avait négociée avec le roi de Castille, et les révoltes qui éclatèrent dans les états de celui-ci , auraient fait jouir les musulmans de Gre nade d’une longue et profonde paix, si leur souverain n’eût été obligé de fournir des secours à son allié contre le prince Henri, son frère, et contre le roi d’Aragon , qui s efforçaient de le détrôner.

Il lui envoya d’abord six cents cavaliers d’élite , ensuite un corps de sept mille hommes de cavalerie, sans comprendre l’infanterie.

Ces forces assiégèrent Cordoue, s’emparèrent du vieux château, et n’ayant pu prendre la ville , s’en vengèrent en pillant et en saccageant Ubeda et Jaen, et en dévastant les plaines de l’Andalousie et du Malrara, d’où elles emmenèrent un grand nombre de captifs.

Mohammed était à la veille d’envoyer une armée plus considérable en faveur de son indigne allié, lorsqu’il apprit que Pierre avait péri de la main de son frère, dans la plaine  Montiel, l’an 771 (1069) (2), et que toute la Castille s’était déclarée pour Henri.

Afin de ne pas perdre les frais de cet armement, et de profiler des guerres civiles qui divi saient les chrétiens, Mohammed, sous prétexte de vengei son allié, fit la guerre au nouveau roi de Castille, refusa la paix qu’il offrait , ravagea ses états, et sans attaquer aucune place forte, pilla et enleva tout ce qui était hors des murs.

L’année suivante 772 (1370), il s’empara d’Algéziras , qui était mal défendu : mais prévoyant qu’il ne pourrait conserver cette place, il la brûla et la rasa pour qu’elle ne pût servir aux chrétiens. 11 accepta néanmoins les offres nue le roi de Castille lui fit par l’entremise du grand-maître «le Calatrava, et consentit à une trêve afin de rétablir la justice et le bon ordre dans ses états .

En paix avec tous ses voisins, il fonda, l’an 777 (1375), un hospice magnifique pour les pauvres et les malades, orné de fontaines et de vastes bassins de marbre.

Il  embellit aussi, par des édifices somptueux, la ville de Guadix, où tous les ans il séjournait quelques mois : il encouragea l’agriculture, le commerce, les arts et les manufactures. Grenade  fut, de son temps, la ville la plus commerçante de l’Espagne.

On y voyait des marchands de diverses contrées de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique, des musulmans, des juifs et des chrétiens.

Elle Semblait etre la patrie commune de toutes les nations.

Mohammed fit alors reconnaître son fils Yousouf pour son successeur, et maria ce jeune prince avec la fille du roi de Fez.

La princesse fut amenée par son frère , qui épousa la fille d’un des plus grands seigneurs de l’Andalousie.

Ces doubles noces furent célébrées par des jeux et des tournois, où se distinguèrent plusieurs chevaliers d’Afrique, d’Egypte, d’Espagne et «le France, qui vivaient protèges et honorés à la cour de Mohammed.

Les uns étaient logés dans la maison consulaire des Génois, et les autres dans des habitations particulières. Mohammed envoya de riches présents au roi de Castille, Henri II, pour renouveler la trêve.

Celui-ci étant mort peu de temps après, en 1379, des malveillants publièrent que le roi de Grenade lui avait envoyé des brodequins empoisonnés; mais c’était une imposture : Mohammed ne fut ni un perfide ni un assassin, et d’ailleurs il vécut toujours en paix avec Jean I , qui régna après son père Henri II.

Ce monarque mourut, l’an 794 (1391-92), universellement regretté, à l’âge de cinquante-neuf ans, après en avoir régné trente-neuf, si l’on compte les trois années qu’avait duré l’usurpation d’lsmaè’l II et d’Abou-Saïd.

Il  fut enterré dans le Djenn-al-Arif (Genêralif ), et toutes les classes de habitants de la ville accompagnèrent sa pompe funèbre.

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p..361 à  378

Date d’édition : 1818-1819

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s