Les derniers Sultans Nasrides de Grenade et fin de l’Islam en Andalousie:

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Fort Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)
Fort Nasride Alhambra, Grenade, Espagne (13ème et 14ème siècle)

11e. Abou- Abdallah YOUSOUF II.

An de l’hég. 794 (de J.-C. 1391-93 ). Yousouf, fils et successeur de Mohammed V, fut proclamé solennellement, et tous les grands delà capitale et du royaume lui baisèrent les mains. Imitant, les vertus pacifiques de son père, il envoya demander au roi de Castille la continuation de la trêve et de son amitié

Sa demande était accompagnée de six beaux chevaux richement caparaçonnés, et de quelques captifs chrétiens qu’il mettait en liberté sans rançon.

Henri III accueillit le wali de Malaga qui était à la tête de l’ambassade , et le congédia , ainsi que les députés chargés de conclure le traité avec le roi de Grenade. Yousouf avait quatre fils : Yousouf, Mohammed , Aly et Ahmed.

Le second, d’un caractère violent et ambitieux, voyant que le droit de la nature et l’affection de son père appelaient au trône son frère aîné, conçut contre celui-ci une haine implacable.

Il feignit un grand zèle pour l’islam ; et , méditant de se révolter contre son père , il accrédita le bruit que ce monarque était mauvais musulman, et chrétien au fond du cœur, puisqu’il favorisait les infidèles, qu’il protégeait ceux qui vivaient, à sa cour, et les traitait avec une extrême bienveillance.

Bientôt les mécontents et les partisans de Mohammed en vinrent au point de de mander hautement la déposition de Yousouf.

La sédition commença devant l’alcaçar; le roi était au moment d’abdiquer le trône et de se mettre entre les mains de son fils rebelle, lorsqu’un ambassadeur de Fez , homme aussi ferme et habile qu’éloquent , sortit à cheval du palais , et harangua les mutins.

Il leur dépeignit avec tant de vérité, de force et d’onction , les horreurs des guerres civiles, les malheurs qu’avait éprouvés l’islam, par suite des funestes dissensions qui avaient entraîné la chute des Omeyyades, des Almoravides, des Almohades et des Houdides, en Espagne ; l’avantage que les chrétiens en avaient toujours retiré pour s’agrandir, etc. , qu ‘il persuada aux séditieux de se soumettre à leur roi légitime, et d’attaquer la Castille, tandis qu’elle était en proie aux troubles, pendant la minorité de Henri III : il les assura que leur souverain se mettrait à leur tête, et qu’ils verraient alors combien ils avaient été injustes à son égard.

Son discours fut couvert des applaudissements du peuple.

On publia la ghaziah, et bientôt l’armée musulmane envahit les champs de Murcie et de Lorca qu’elle mit à feu et à sang, combattit les chrétiens avec divers avantages, et revint chargée de butin à Grenade.

Les Jardins Nasride de l'Alhambra
Les Jardins  des arabes Nasride de l’Alhambra, Grenade

Comme Yousouf faisait la guerre contre son gré, il accorda facilement une trêve au roi de Castille. Selon d’autres autours , il la proposa lui-même, afin de détourner l’effet des préparatifs qu on fesait contre lui en Castille et en Aragon.

Pendant cette trêve, le grand-maître d’Alcantara , avec des troupes levées à la hâte, entra témérairement dans la plaine de Grenade, et assiégea la tour de Hisn-Egla ; mais, ayant osé venir à la rencontre des forces que Yousouf envoyait contre lui, il fut taillé en pièces avec tous ses gens, l’an 798 (1395-96).

Le roi de Castille désavoua cette infraction au traité , ce qui satisfit les musulmans et les empêcha d’en tirer vengeance.

Yousouf mourut peu de temps après, l’an 799 (1396), suivant Cardonne, empoisonné, dit-on, par une robe que le roi de Fez, Ahmed ben-Sélim, qui se disait son ami, lui avait envoyée avec d’autres présents.

Les douleurs qu’il éprouva, aussitôt qu’il eut revêtu cette robe, durèrent plus d’un mois, et ne cessèrent qu’à sa mort.

Suivant d’autres auteurs , moins amis du merveilleux , ce prince mourut des suites de douleurs qu’il ressentait long-temps avant l’arrivée des présents.

Il n’avait régné qu’environ cinq ans.

Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .
Bannières et armoiries Nasrides de Grenade .

12e. MOHAMMED VI.

An de l’hég. 799 (de J.-C. 1396). Les intrigues et les manœuvres de Mohammed , deuxième fils d’Yousouf II , prévalurent sur les dernières volontés de son père et sur les droits d Yousouf, son frère aîné.

Soutenu par la noblesse et par les troupes , il fut proclamé solennellement avant les funérailles du feu roi , qui n’eurent lieu, par son ordre, ue le lendemain de son installation.

Yousouf II fut enterré ans le Djenn-al-Arif , auprès de son père et de son aïeul.

La première action de Mohammed fut de faire arrêter son frère qui, content de mener une vie privée, ne sortait pas de sa maison , et ne paraissait nullement disposé à exci ter une révolution.

Mohammed l’envoya sous bonne escorte dans la forteresse de Schaloubina , où il lui laissa cependant sa famille, son harem, el la jouissance de toutes les com modités de la vie.

Le nouveau roi joignait à un physique avantageux, un es prit vif, un grand courage, une éloquence persuasive et une extrême affabilité qui charmaient le peuple.

Désirant s’af fermir sur le trône avant de rompre avec les chrétiens, il partit, sans autre escorte que vingt-cinq cavaliers déterminés, tous prétexte de visiter ses frontières, et se rendit à Tolède comme ambassadeur.

Il y fut reçu avec honneur et amitié par le roi de Castille, et lui fit signer, l’an 800 (1397), un traité de paix qui confirmait celui qu’avait obtenu son père.

Il retourna ensuite dans ses états, où l’on était inquiet de son absence.

Peu de temps après , les chrétiens ayant violé la trêve , et ravagé les frontières du royaume de Grenade, Mohammed , aussi superbe qu’habile politique, au lieu de se plaindre , se mit à la tête d’une armée, exerça de cruelles représailles dans les états de Castille, et prit d’assaut la forteresse d’Ayamonte.

Des envoyés castillans ayant réclamé la restitution de cette place, Mohammed répondit fièrement qu’il ne la rendrait que lorsque ses sujets auraient été indemnisés des pertes qu’ils avaient éprouvées de la part des violateurs de la paix.

Cette réponse décida le roi Henri III à la guerre.

Mohammed remporta en personne, sur les chrétiens, divers avantages qui lui coûtèrent cher.

Le crépuscule d'Or nasride  1 2 3
Le crépuscule d’Or nasride 14e siècle
1) Officier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
2) Cavalier Grenadin (al-Gharnati) 14e siècle
3) Volontaire nord-africiain 14e siècle 

L’hiver et les pluies sus pendirent les hostilités.

Sur ces entrefaites, mourut le roi de Castille ( en décembre 1406, suivant les auteurs espagnols), lorsqu’il se préparait à marcher lui-même contre les Musulmans, laissant pour successeur son fils Jean II , encore en bas âge.

L’oncle du jeune roi , don Ferdinand , chargé de la régence, continua la guerre, prit Zahara par capitulation, s’empara de la forteresse d’Azzeddin, et mit le siège devant Setenil.

La longue résistance que lui opposa la garnison de cette place, lui donna le temps de détacher une partie de ses troupes, qui allèrent réduire Àvamonte, Priégo, Lacobin et Ortejicar.

Mohammed, au lieu d’arrêter les progrès de l’armée castillane, préféra de porter ses ravages dans la province de Jaen , et obligea les ennemis, parcelle diversion , à lever le siège de Seteuil, où ils avaient perdu beaucoup de monde (1).

L’année suivante (1408), Mohammed, ayant attaqué la place d’Alcabdat (Alcaudète) avec sept mille hommes de cavalerie et douze mille d’infanterie, sans pouvoir la pren dre, livra plusieurs combats aux chrétiens, avec des avantages réciproques.

Enfin les deux partis épuisés mirent fin aux hostilités par une trêve de huit ans.

Pendant cet armistice, le roi de Grenade tomba malade: se voyant condamné parles médecins, il voulut assurer le trône à son fils, et envoya l’ordre de faire mourir son frère Yousouf, prisonnier à Scha loubina.

L’alcaïd de celte ville jouait aux échecs avec ce prince, lorsqu’il reçut la lettre du roi.

Il se troubla en la lisant, par suite de l’intérêt qu’avaient inspiré à tout le monde la bonté et les excellentes qualités de Yousouf.

Son émotion ayant été remarquée par celui-ci , jl ne put se dis penser de lui montrer l’ordre du roi.

Le prince demanda un délai, pour dire adieu k ses femmes et faire ses dernières dis positions : l’envoyé le lui refusa et lui accorda seulement le temps de finir sa partie d’échecs.

Elle n’était pas encore terminée, que l’arrivée de quelques officiers de Grenade lui an nonça la mort de son frère Mohammed, qui eut lieu, suivant Chénier, le 11 mai 1408 , après un règne d’environ douze ans.

Mohammed ben Nazar, le souverain nasride maure de l'émirat de Grenade embrassant son allié castillanDevant la reconquista chrétienne, l'émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb5 , qui ont accordé leur soutien après la cession d'Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María
Mohammed ibn Nasr al-Khazraji, le  premier souverain nasride de l’émirat de Grenade embrassant son « allié » castillan. Devant la reconquista chrétienne, l’émir de Grenade a dû se déclarer vassal du roi de Castille, Ferdinand III. Les émirs de Grenade ont ensuite cherché une alliance avec les Zianides du Maghreb , qui ont accordé leur soutien après la cession d’Algésiras. , tiré de La Cantigas de Santa María

13′. Abou’l Hedjadj (2) YOUSOUF III

An de l’hég. 810 (de J.-C. 1408). Yousouf partit aussitôt pour Grenade, où il fut reçu avec les transports de la plus vive allégresse.

Les maisons étaient tapissées de riches étoffes, et les rues jonchées de fleurs et ornées d’arcs de triomphe.

Les fêtes de son couronnement durèrent deux jours, et les vertus, l’affabilité qu’il montra dès les commencements de son règne, firent présager un roi digne de ses plus illustres prédécesseurs.

Yousouf envoya un ambassadeur au roi de Castille pour lui notifier son avènement au trône, et ses intentions pacifiques.

Une trêve fut signée pour deux ans, aux mômes conditions que celle du règne de Mohammed VI.

Yousouf la confirma et envoya de riches présents au roi de Castille, en chevaux, bijoux, armes, étoffes d’or et de soie , etc.

Deux ans après, le roi de Grenade députa son frère Aly, pour proroger la trêve: mais, comme les ministres castillans exigeaient que Yousouf se reconnût vassal et payât tribut , à l’exemple de ses ancêtres, le prince musulman refusa de ce soumettre à cette humiliation , sous prétexte qu’il n’y était pas autorisé par son frère, et se retira sans renouveler la trêve.

Lorsque la première fut expirée, l’infant don Ferdinand entra dans le royaume de Grenade avec une puis sante armée, en 813 (1410), et assiégea Antequerra , qui , malgré sa vive résistance , malgré les efforts des princes Ahmed et Aly, frères de Yousouf, pour la secourir, fut réduite par la famine à capituler, vers la fin de septembre, après un siège de cinq mois.

Les habitants en sortirent avec leurs biens. Hisn-Hijar et d’autres places du pays se rendirent aux mêmes conditions.

De son côté, le roi Nasride de Grenade avait surpris Zahara , qu’il pilla et dont il brûla les portes.

Une trêve de dix-sept mois mit fin aux hostilités dont le avantages les plus marqués avaient été en faveur des chré tiens.

En ce temps-là (814  de l’hég. (1411 de J.-C), suivant Cardonne), les musulmans de Gibraltar, opprimés par leur gouverneur, et fatigués de la domination du roi de Grenade, se soumirent au roi mérinide de Fez, Abou-Saïd, qui reçut fort bien leurs députés et envoya son frère Saïd , avec deux mille hommes, pour prendre possession de cette place importante.

Le monarque avait cru saisir une occasion favorable d’éloigner un frère dont les rares qualités lui portaient ombrage.

Dès que le prince parut devant Gibraltar, les portes lui en furent ouvertes.

Schéma idéal d'une ville musulmane
Schéma idéal d’une ville musulmane

Le gouverneur, retiré dans la citadelle, voyant qu’il ne recevait point de secours de Grenade, traitait déjà de la capitulation y lorsque Ahmed, frère du roi de Grenade, se présenta devant Gibraltar et en fit le siège.

Le prince de Fez demanda des renforts au roi son frère, qui, voulant le sacrifier, se contenta de lui en voyer quelques bateaux avec des troupes et des provisions. Saïd, n’ayant plus d’espoir, se rendit au prince de Grenade qui, à son intercession, pardonna aux habitants, laissa une forte garnison dans Gibraltar, et emmena Saïd prisonnier à Grenade, où celui-ci fut traité avec beaucoup d’égards.

Quelque temps après, Yousouf reçut des ambassadeurs du roi de Fez, qui le priait de faire périr son frère Saïd, et lui offrait à ce prix son amitié.

Yousouf, qui avait eu tant à souffrir de la tyrannie ombrageuse de son frère Mohammed VI, au lieu de consentir à la trahison qu’on lui proposait , s’intéressa au sort du prince africain , lui montra la lettre du roi de Fez, lui offrit le secours de ses troupes et de ses trésors , pour le venger d’un frère perfide et cruel, ou , en cas de refus , un asile assuré et honorable dans ses états.

Saïd conçut tant de baine contre le roi son frère, qu’il accepta la première proposition du roi de Grenade.

Il s’embarqua à Almérie, avec les troupes et l’argent que ce prince lui fournit.

Abou-Saïd , qui croyait que son frère avait été sacrifié à sa cruelle défiance , fut consterné en ap prenant qu’il s’avançait vers la capitale’, à la tête d’une puissante armée, grossie par les braves de toutes les tribus qui étaient venus le joindre.

Il marcha contre lui , fut vaincu, assiégé dans Fez où il s’était renfermé, livré à son frère qui lui succéda , et resserré dans une prison où il mourut de chagrin.

Le nouveau roi de Fez témoigna sa reconnais sance à Yousouf, lui envoya des dons précieux et lui jura une éternelle amitié.

Le roi de Grenade, préférant les avantages de la paix aux chances de la guerre , renouvela tous les deux ans la trêve avec les chrétiens, jusqu’à la fin de sa vie, et fit toujours de riches présents aux plénipotentiaires suivant la coutume de ses prédécesseurs. Sa cour fut l’asile de tous les seigneurs mé contents de Castille et d’Aragon.

Ils y vidaient leurs différends en champ clos.

Lorsqu’il ne pouvait les accommoder, il as sistait à leurs combats; et souvent, dès les premiers coups, il les séparait et les réconciliait.

Aussi n’était-il pas mois aimé des étrangers que de ses sujets.

Il avait entretenu une correspondance intime avec la reine-mère de Castille, et ils s’étaient envoyés, tous les ans, des présents réciproques.

Ce fut parsuite des conseils de cette princesse, que le jeune roi de Castille, Jean II, accorda encore une prolongation de trêve au roi de Grenade, en 1421 , et l’assura de son amitié.

Yousouf III maintint son royaume dans un état florissant ; et ses sujets , heureux et tranquilles , se livrèrent sans crainte à leur goût pour les douceurs de la vie champêtre.

Ce bon prince mourut subitement, sans avoir été malade, l’an 1423 de J.-C, suivant Cardonne et Chénier (2), après un règne de quinze ans.

Avec lui, s’éclipsèrent pour jamais les beaux jours du royaume Nasride de Grenade.

Il fut enterré dans le Djenn-al-Arif.(Generalife)

 

Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade
Quart de Dirham du royaume Nasride 13 ou 14 siècle frappé à Grenade

14c. MOHAMMED VII, Al-Aasar ou Al-Aïsar .

An de l’hég. 826 ( de J.-C. 1423.) Mohammed VII, proclamé roi de Grenade, le jour même de la mort de son père , fut surnommé Al-Aasar (le gaucher), ou Al-A’tsar (le gauche), soit en raison d’une habitude naturelle de ses mains, soit à cause des malheurs que lui attirèrent son imprudence et son incapacité.

Il ordonna que la cérémonie de son inauguration fût célébrée solennellement dans toute l’étendue de ses états, et que tous les walis et les alcaïds lui envoyassent leur serment d’obéissance et de fidélité.

Se proposant de suivre la politique de son père, pour modèle d’un bon gouvernement , il ne sut l’imiter qu’en un point : ce fut de conserver l’alliance des princes d’Afrique et d Es pagne, auxquels il envoya des ambassadeurs à cet effet.

Mais il négligea totalement de gagner la bienveillance et l’amour de ses peuples.

Vain et superbe, il traitait en esclaves ses ministres et ses courtisans; il laissait passer plusieurs se maines, plusieurs mois, sans donner audience a ses sujets, sans recevoir même ses vézirs qui voulaient lui rendre compte de l’état des affaires.

Tous ses soins se bornaient à maintenir la trêve avec les chrétiens, à ne pas leur donner occasion de la rompre , et à ménager l’amitié du roi de Tunis.

Dédaignant les coutumes de sa nation, il défendit les joutes, les tournois et les autres divertissements auxquels se livrait la jeunesse.

Aussi se rendit-il également odieux aux grands et au peuple.

Le seul qui jouit de sa faveur, fut Yousouf ben – Seradj , son vézir , cadhi de Grenade.

Cet homme, appartenant à la plus ancienne et à la plus puissante famille du royaume (les Banu Sarraj ‘d’origine arabe), sut , par son autorité , contenir d’abord la foule des mécontents qui méditaient la déposition de son maître.

Mais sa prudence et son crédit ne purent empêcher qu’une insurrection populaire ne proclamât roi , Mohammed Al-Saghir, cousin du monarque.

Tandis que les mutins pénétraient de vive force dans le palais, Mohammed VII, favorisé par quelques-uns de ses gardes, sortit à travers les jardins , gagna les bords delà mer, et, déguisé en pêcheur, se mit dans une petite barque qui le porta sur les côtes d’Afrique, où il trouva un asile auprès de son ami, Abou-Faris , roi berbère Hafside de Tunis.

Cette révolution arriva l’an 831 (1427), suivant Cardonne et Chénier .

Mohammed Vil avait régné environ quatre ans.

The castellan informed him that fifteen hungry men held itThe King of Granada immediately rallied his troops and headed for the castle
L’armée arabo-islamique Nasride de Grenade tiré du Cantigas de Santa Maria

15e. MOHAMMED VIII AL-SAGHIR.

An de l’hég. 83 1 (de J.-C. 1427). Mohammed, surnommé al-Saghir (le petit), fut reconnu à Grcnade et dans les principales villes du royaume.

Il donna au peuple des fêtes, des joutes et des tournois ; et , comme il se piquait d’être très-habile dans les exercices du corps, il entrait dans les lices, se mêlait parmi les combattants, tirant des traits (flèches), et évitait ceux de ses adversaires, en faisant manœuvrer son cheval avec beaucoup d’adresse et de légèreté.

Il régala plusieurs jours les chevaliers, mangea et s’entretint familièrement avec eux, et les combla d’honneurs et de présents.

Cet usurpateur, craignant que les partisans de son prédécesseur n’excitassent quelques troubles dans l’état , résolut de se défaire d’eux ; ils en furent avertis à temps par leurs amis et se retirèrent secrètement dans le royaume de Murcie.

Quelques-uns, moins défiants, étant restés à Grenade, éprouvèrent la rigueur du tyran , chez qui la cruauté commençait à remplacer la crainte.

Au nombre des premiers étaient l’ex – vézir Yousouf ben-Seradj, et quarante seigneurs de sa famille. Ils furent bien reçus à Lorca et à Murcie, d’où, ayant obtenu un sauf-conduit du roi de Castille , ils allèrent lui rendre hommage.

Ce jeune mo narque les traita honorablement, témoigna beaucoup de regrets de la disgrâce de Mohammed al-Aïsar, son allié ; et , apprenant qu’il s’était retiré à Tunis , offrit généreu sement de le rétablir sur le trône et de châtier l’usurpateur.

Dans ce dessein, il envoya Yousouf ben-Seradj et le gouverneur de Murcie à Tunis, avec des lettres, par lesquelles il invitait le roi Abou-Faris à se joindre à lui, pour rendre, aux peuples de Grenade leur légitime souverain , el le priait de lui envoyer ce prince.

Le roi Hafside de Tunis entra noblement dans les vues du Castillan.

Il donna cinq cents cavaliers  avec des sommes considérables à Mohammed al-Aïsar , et confia à l’ambassadeur chrétien des présents de choses rares et précieuses pour son maître.

Mohammed alla s’embarquer à Oran , et aborda à Vera, sur les côtes de Grenade, d’où il s’avança vers Alméria.

Mohammed al-Saghir fut consterné à la nouvelle de ce débarquement.

Il envoya son frère à la tête de sept cents cavaliers d’élite, pour tâcher de surprendre et d’arrêter son rival.

Mais la moitié de cette troupe s’étant rangée sous les drapeaux du roi détrôné , le prince , peu silr des soldats qui lui restaient , n’osa pas engager un combat inégal et revint à Grenade.

Cette défection facilita les progrès de Mohammed al-Aïsar.

Almérie et Guadix lui ouvrirent successivement leurs portes, et il y fut reçu avec les témoignages les plus éclatants de joie, d’amour et de respect.

Cédant aux instances de plusieurs seigneurs de Grenade qui étaient venus le. trouver à Guadix, il marcha sur la capitale, suivi d’une foule immense, qui, depuis son débarquement, accourait de toutes parts auprès de lui.

Cette populace inconstante donnait , par ses clameurs , beaucoup de poids au parti de ce prince. Mohammed al-Saghir, n’étant pas en forces pour s’opposer à son rival, prit le parti de se fortifier dans Al- hamra.

Il y fut assiégé dès le lendemain : mais ses soldats, intimidés par les vives attaques de l’ennemi, n’osèrent s’ex poser aux horreurs d’un assaut et livrèrent eux-mêmes leur souverain , qui fut à l’instant décapité, l’an 1429, après un règne de deux ans et quelques mois .

Ses fils furent étroitement incarcérés, et Mohammed VIII demeura paisible possesseur de la capitale et du trône.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra.

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar, pour la deuxième fois.

An de l’hég. 833 (de J.-C. 1429). Mohammed, ayant assoupi les troubles et rassuré les esprits sur la crainte qu’ils avaient de son système de gouvernement , rendit les sceaux à son ami Yousouf ben-Seradj.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille pour le remercier de sa généreuse protection , lui demander la continuation de son amitié, conclure avec lui un traité perpétuel de paix et d’alliance, et lui offrir des troupes auxiliaires dans ses guerres contre des princes de sa famille.

Le roi de Castille reçut à Burgos les ambassadeurs musulmans.

Il refusa les secours du roi de Grenade, et demanda seulement la stipulation du tribut que ce prince paierait à l’avenir comme vassal.

Mais Mohammed n’ayant pas voulu y con sentir, dans la persuasion que le Castillan, embarrassé dans des guerres intestines et extérieures, se contenterait d’un don volontaire, les négociations furent rompues.

Jean écrivit au roi berbère  Hafside  de Tunis, pour se plaindre de l’ingratitude de Mohammed, et pour le prier de lui retirer son assistance.

Abou-Faris n’envoya point en effet les galères et les troupes qu’il avait promises au roi de Grenade, et l’invita d’une manière pressante à payer tribut au roi de Castille auquel il devait le trône.

En même temps il répondit à celui-ci, pour l’engager à modérer sa vengeance contre un prince musulman dont la famille était alliée à la sienne.

Le monarque chrétien , ayant fait la paix avec les infants , envoya des troupes contre les Musulmans de Grenade.

Elles ravagèrent les environs de Ronda et prirenlla forteresse de Xiména. Mais, d’autre part, Mohammed gagna un combat décisif sur les Castillans qui avaient fait une invasion sur ses terres , du côté de Cazorla : toutefois , sur la nouvelle que le roi de Castille s’avançait en personne avec des forces plus imposantes, il craignit que son arrivée n’excitât quelque révolution dans ses états.

La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela
La cavalerie arabe nasride à la bataille de Higueruela en 1431

Il laissa donc le commandement de son armée à ses généraux, revint à Grenade avec cinq mille cavaliers, et y donna des armes à vingt mille habitants, afin d’augmenter la garnison de cette capitale.

Cependant les chrétiens, après avoir dévasté les districts d’Illora, de Taxaxar, d’Alora  d’Ardjidouna, etc., reprirent le chemin de Cordoue.

Les craintes de Mohammed étaient fondées. Yousouf ben- Al-Ahmar, prince du sang , riche et ambitieux , voulant s’emparer du trône de Grenade, rechercha l’appui du roi de Castille, par l’entremise d’un seigneur musulman, d’origine chrétienne, qui savait parfaitement la langue castillane.

Il promit de se joindre, avec plus de huit mille hommes, aux troupes de ce monarque , aussitôt qu’elles paraîtraient sur la frontière, et de devenir son vassal , si, par son secours, il obtenait la couronne.

Cette négociation ayant réussi, les partisans de Yousouf abandonnèrent peu à peu la ville, sous prétexte d’aller joindre l’armée musulmane.

Il les réunit au nombre de huit mille, la plupart nobles et cavaliers, se rendit avec eux auprès du roi de Castille , qui avait déjà dé passe la frontière, à la tôle de ses troupes, et lui baisa la main en signe d’hommage.

Jean II vint camper sur le penchant du mont Elvire, d’où il admirait la situation et a beauté de Grenade.

Yousouf lui en indiquait les for teresses et les principaux édifices, tels que l’Alhamra, l’Albaycin, etc.

>Détail sur l'armée Nasride à la Bataille de Higueruela  1431
Détail sur l’armée Nasride à la Bataille de Higueruela 1431

Après plusieurs escarmouches entre les avant-postes des deux armées, on en vint à une bataille générale, où l’on combattit un jour entier, avec un égal acharnement de part et d’autre, jusqu a ce que les Musulmans commencèrent à plier, et s’enfuirent la nuit, laissant la plaine couverte de cadavres.

Jamais le royaume de Grenade n’avait essuyé un plus terrible échec : mais la perte des chrétiens fut aussi très-considérable; et, sans les transfuges musulmans qui renforçaient leur armée , en affaiblissant celle de leurs ennemis, ils auraient éprouvé le même désastre qu’à la journée d’ Al-Arcos. La nouvelle de cette déroule ré pandit le deuil dans Grenade.

Un tremblement de terre ajouta encore à la consternation des habitants; mais la présence de Mohammed VII , que ce revers n’avait pu abattre, ne leur laissa d’autre parti que la résistance.

Le roi de Castille ne tira aucun avantage d’une victoire qui lui avait coûté si cher.

Après avoir fait le dégât dans le pays, il décampa et retourna à Cordoue  ; mais pour consoler Yousouf, et détruire les soupçons que son départ avait inspirés aux partisans de ce prince, il le fit proclamer roi de Grenade, en présence de sa cour et de l’armée, et chargea ses généraux de l’aider à prendre possession du trône.

Détail d'un cavalier Nasride et d'un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d'Higuruela en 1431
Détail d’un cavalier Nasride et d’un castillan croisé tiré de la fresque de la Bataille d’Higuruela en 1431

 

Cette déclaration entraîna dans le parti de Yousouf plusieurs villes et bourgs du royaume de Grenade, Montefrio, lllora, Cambil, Alhabar, Ortejicar, Taxaxar, Hisn-Alloz, Ronda, Loja, etc.

Ce prince ayant reconnu le roi de Castille pour son suzerain, s obligea de lui payer un tribut annuel , de lui fournir quinze cents cavaliers en temps de guerre, et de venir lui rendre hommage à sa cour dans les occasions solennelles, soit en personne, soit en envoyant un prince de sa famille.

Il marcha ensuite sur Grenade avec une puissante armée. Mohammed al-Aïsar lui opposa son vézir Yousouf ben- Seradj qui fut tué dans une bataille qu’il perdit , en combat tant comme un lion.

Les vaincus revinrent à Grenade où ils jetèrent l’épouvante , en exagérant les forces et les cruautés de l’ennemi.

Cette victoire acheva de soumet tre à Yousouf le reste du royaume.

A son approche, une insurrection éclata dans la capitale.

Les grands ayant représenté alors à Mohammed que toute résistance était impossible, l’invitèrent à pourvoir à sa sûreté, et à ne pas exposer la ville aux horreurs d’une prise d’assaut.

Le roi enleva donc tous les trésors du palais , emmena son harem avec les deux fils de Mohammed VIII, et, suivi de ses- plus intimes amis , il prit la route de Malaga , où il avait de nombreux partisans.

Cette révolution arriva l’an 835 (vers la fin de 1431 , ou au commencement de 1432).

Le second règne de Mohammed VII n’avait duré que trois ans.

Les Palais Nasride de l'Alhambra, Grenade, Espagne (de l'art. XIV) . Volumétrique.
Les Palais Nasride de l’Alhambra, Grenade, Espagne (de l’art. XIV) . Volumétrique.

16 YOUSOUF IV.

An de Thég. 835 (de J.-C. 1431-32). Yousouf ben Al- Ahmar entra dans Grenade avec six cents cavaliers de sa garde seulement , afin de rassurer les habitants sur les vio lences qu’ils craignaient Arrivé à l’Alhamra , il y convoqua- les cheikhs, les walis, les alcaïds et les cadhis du royaume, fut proclamé roi solennellement, et parcourut la ville avec une pompe éclatante.

Il envoya des ambassadeurs au roi de Castille, pour lui faire part de ses heureux succès, lui renouveler les témoignages de sa reconnaissance et de sa soumission, lui offrir un tribut deux fois plus considérable que celui qu’avaient payé ses prédécesseurs à la couronne de Castille, et lui annoncer que ses troupes allaient se réunir à celles du général don Gomez Rivera  pour attaquer Malaga.

Une lettre du roi  Hafside de Tunis, parvenue au monarque chrétien par l’entremise d’un négociant’ génois, lui inspira des sentiments plus généreux envers Mohammed Al-Aïsar, et l’expédition n’eut pas lieu.

Yousouf IV n’avait régné que six mois à Grenade, lorsqu’à son âge avancé se joignit une maladie qui l’enleva , le 4 juin 1431  suivant Chénier .

Intérieur du palais nasride de l'Alhambra
Intérieur du palais nasride de l’Alhambra

MOHAMMED VII Al-Aasar ou Al-Aïsar , pour la troisième fois.

An de l’hég. 836 (de J.*C. 1432). La mort de Yousouf mit fin aux factions qui divisaient Grenade.

Toute la population se réunit pour rappeler au trône Mohammed VII.

Ayant appris à Malaga ces heureuses nouvelles, il se rendit à Grenade , après avoir pris des mesures pour s’assurer de la sincérité et de la fidélité des habitants, et y fut proclamé roi pour la troisième fois.

Il choisit pour vézir Abd-clbar, homme distingué par sa naissance et son mérite.

Il envoya des ambassadeurs aux cours de Tunis (dynastie berbère Hafside) et de Castille, lâcha d’apaiser le roi Jean, et conclut en effet avec lui une trêve d’un an, qu’il renouvela pour une autre année .

A peine fut-elle expirée, que les chrétiens entrèrent dans le royaume, de Grenade , et prirent la forteresse de Beni- Maurel après un siège opiniâtre.

Le vézir ayant ‘marché contre une de leurs divisions qui s’avançait du côté de la frontière de Murcie, la tailla en pièces, et le général castillan s’y fit tuer pour ne pas survivre à sa défaite (3,).

Les chrétiens ayant emporté d’assaut line ira, où le carnage fut hor rible, la garnison se réfugia dans la citadelle, et y soutint un nouveau siège ; mais malgré les secours que le gouverneur de Baça y avait introduits, en forçant les lignes des assiégeants, le manque de vivres et de munitions obligea les Musulmans de rendre la place, d’où ils sortirent librement.

L’an 840 ( 1436) , le vézir Abd-elbar (Abd al-Bar) vainquit les chrétiens dans un défilé, et en fit un grand carnage près d’Ardjidouna qu ils avaient tenté de surprendre, ils furent presque tous tués ou faits prisonniers.

Le grand- maître d’Alrautara perdit son étendard et ne dut son salut qu’à la vitesse de ton cheval.

Le général musulman força ensuite les croisés Castillans de lever le siège de Huelma et de se retirer à Jaen , sans oser lui livrer bataille.

Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, c. 1400
Épée et fourreau de Boabdil (Muhammad XII), nasride de Grenade, fabriquer en 1400.

L’an 841 (1437), Abd-elbar remporta sur les Castillans, dans les plaines de Guadix et de Grenade , plusieurs avantages importants.

L’année suivante, les places de Welad- Blanco, Welad-Rubio et deux autres, près des frontières de Murcie , afin de se délivrer des continuelles incursions des chrétiens, se mirent sous la protection du roi de Castille , qui accepta leur offre et leur tribut volontaire, à condition qu’elles recevraient garnison chrétienne.

Ce fut dans le même dessein que les villes de Guadix et de liaça deman dèrent à se mettre sous la sauve-garde du roi de Castille: mais, comme elles voulaient rester libres et neutres, la négociation fut sans résultat et leur territoire continua d’être ravagé.

Les habitants de Galera et de quelques autres places- fortes traitèrent avec les chrétiens aux mêmes conditions.

Le comte de Niebla, à la tête d’un corps de Castillans, attaqua Gibraltar; mais la garnison, qu’il croyait surprendre, fit une sortie si heureuse qu’elle mit les chrétiens en déroute , et que la plupart de ceux oui échappèrent au fer musulman, périrent avec leur général dans la rivière Palmones, grossie par la marée.

L’an 842 (1438) , la ville d’Huelma fut forcée de se rendre aux chrétiens , et ses habitants obtinrent la permission d’en sortir .

Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450
Cavaliers arabo-andalous faris nasride entre 1410 et 1450

Dans le même temps, le brave Ben-Seradj ayant rencontré un autre corps de Castillans, commandés par le gouverneur de Cazorla , don Fulan Pérea, on combattit de part et d’autre avec une extrême fureur; les deux généraux expirèrent sur le champ de bataille ; mais la victoire se déclara pour les musulmans.

La perte de Ben-Seradj laissa de vifs et justes regrets à Grenade; , surtout parmi la jeune noblesse et le beau sexe.

Il était le héros de son pays, et joignait à une bravoure chevaleresque la force et les grâces du corps (a). La dernière défaite des chrétiens et les troubles qui éclatèrent de nouveau en Castille, suspendirent les hostilités; mais les factions recommencèrent aussi à Grenade, et l’empêchèrent de jouir des douceurs de la paix.

Mohammed VII ignorait l’art de gagner l’amour de ses sujets. Plusieurs des principaux d entre eux quittèrent sa cour, se rendirent à Séville et se mirent au service du roi de Caslille.

Le chef de ces mécontents, Mohammed ben-Ismaë’l, neveu du roi, s’é tait trouvé offensé que la main d’une femme qu’il aimait, lui eût été refusée par le monarque, qui l’avait accordée à l’un de ses courtisans.

Un autre neveu du roi, Mohammed ben-Othman , gouverneur d’Alméria, informé de la situation politique de la capitale , s’y rendit secrètement , l’an 848 (1444) avec plusieurs de ses partisans , répandit beaucoup d’argent pour gagner la populace, réveilla l’ambition et le mécontentement des grands, échauffa tous les esprits, et réussit enfin à exciter une sédition, à la faveur de laquelle il s’empara de l’Alhamra, de toutes les forteresses de Grenade et de la personne de son oncle, qui fut ainsi détrôné pour la troisième fois, l’an 849) (1445).

Le dernier règne de Mohammed al-Aïiar avait duré près de quinze ans.

Ce faible prince termina ses jour» dans une obscure prison.

Extérieur du palais Nasride de l'Alhambra,
Extérieur du palais Nasride de l’Alhambra

17e MOHAMMED IX AL-AHNAF.

An de Hégire .849 C^c «L C. 1445)- Mohammed ben-Othmansurnommé Al- Ahnaf ( le pied-bot ou le boiteux ), fut proclamé roi, après la déposition de son oncle, mais non pas avec l’approbation générale. 11 vit bien tôt se former contre lui un puissant parti , à la tête duquel était l’ex-vézir Abd- elbar.

Ce ministre, retiré à Montefrio avec tous ses parents et ses amis, voyant qu’il était difficile de rétablir sur le trône le roi déposé , et qu’élever la voix pour lui ce serait hâter sa mort , écrivit à Ben-Ismaël, qui était en Castille, pour lui offrir le royaume de Grenade, et lui suggérer les moyens d’en venir prendre possession, sans crainte d’être retenu par le roi de Castille.

Mais Ben-lsmaël ne voulut point partir sans la permission du monarque qui l’avait accueilli a sa cour, et il lui découvrit franchement ses vues et son plan.

Le roi Jean y adhéra, lui offrit sa protection, et chargea les commandants de ses frontières de lui fournir des secours. Ben-lsmaël, suivi des musulmans qui s’étaient attachés à son sort, et d’un corps de troupes castillanes, arriva à Montefrio.

Il y fut reçu par Abd-elbar et ses partisans, qui le proclamèrent roi de Grenade ; mais les troubles qui continuaient de déchirer la Castille, ayant rendu inutile son alliance avec le roi Jean, lui ôtèrent les moyens de disputer le trône à son rival , et le réduisirent à tâcher de se main tenir dans Montefrio et dans quelques places voisines (i).

Cependant Mohammsd-at-Ahnaf , voulant se venger de la protection que les Castillans avaient accordée à son cousin , attaqua leurs frontières, prit d’assaut Beni-Maurel et Ben-Salema, dont il fit passer les garnisons au fil de l’épée, et revint à Grenade , avec beaucoup de butin , de troupeaux et de captifs, sans avoir rencontré d’ennemis qui eussent osé arrêter sa marche.

Épée Arabe du sultan Nasride  ABu Abd'Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade
Épée Arabe du sultan Nasride ABu Abd’Allah dit Boabdil Muhammad XII de Grenade

L’an 851 ( 1447 ) ‘ Mohammed partagea ses troupes en divers corps, dirigea les uns contre les frontières de Castille, les autres contre son cousin Ben-lsmaël ; et tandis que ses généraux lui soumettaient Welad-Blanco , Welad- Bubio, etc., il prit en personne Huescar, Welad-Abiad , Welad-al-Ahmar, et mit à feu et à sang les frontières de l’Andalousie.

Il envoya des ambassadeurs et des présents aux rois de Navarre et d’Aragon qu’il savait dire ennemis du roi de Castille, et conclut avec eux une alliance offensive et défensive contre ce dernier prince.

En conséquence, il porta le théâtre de la guerre dans la province de Murcie, en 852 (1448), la ravagea et vainquit, près de Chinchilla, les Castillans commandés par don Tel lez- Giron.

L’an 853 (1449), il rentra dans l’Andalousie, menaça Cordoue et saccagea les territoires d’Utrera , de Baena et de Jaen.

L’an 854 (i45o), il chargea Mohammed, fils d’ Abd-el bar, d’une expédition dans la province de Murcie.

Ce jeune homme n’avait pas suivi le parti de son père. Betenu par l amour, il était resté à Grenade, dans l’espoir d’obtenir la main de son amante, pour prix de ses services.

Le roi estimait sa valeur et lui confiait les commissions les plus importantes et les plus périlleuses.

Ben-Abd-elbar réussit dans celle de Murcie; mais comme il revenait, chargé de dépouilles, il se laissa entraîner, par quelques jeunes téméraires , à tenter une incursion dans le district de Lorca.

Les habitants de cette ville l’ayant attaqué avec des forces supérieures , il ne refusa point le combat et fit des prodiges de bravoure; mais il perdit tout son butin, ses captifs, ses plus braves capitaines, et revint à Grenade avec les débris de ses troupes. Irrité de sa disgrâce, le roi le fit exécuter, en lui disant : « Tu mérites de périr comme un lâche , » puisque tu n’as pas su mourir en héros. »

Les courses des musulmans, dans l’année 856 (1452), eurent moins de succès que celles des campagnes précédentes.

Ils ravagèrent le royaume de Jaen, prirent et brûlè rent la ville de Carillo, après l’avoir pillée; mais un de leurs détachements s’étant porté, par Bonda et Setenil , sur le territoire d’Arcos, fut attaqué et mis en fuite.

Ils continuèrent leurs incursions, l’an 857 (1453), avec d’autant plus de férocité, que le bruit de la prise de Constantinople par les Ottomans , avait réveillé l’ardeur des Musulmans d’Espagne.

Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos
Cavalier arabe nasride en armure métallique turban et bouclier adarga et lance et épée lame droite peinture du monastère de San Salvador de Ona Musée provincial de Burgos

Ils envahirent le royaume de Jaen , y commirent toute sorte d’excès , et détruisirent les murs de Ximena et de plusieurs autres places .

Enorgueilli par ses triomphes sur les chrétiens, Mohammed IX se crut bien affermi sur le trône et abusa de l’auto rité suprême.

Il devint si sanguinaire, que tout le monde tremblait en sa présence.

Il condamnait à mort sans motifs, ou pour les torts les plus légers, les personnages les plus illustres.

Il dépouillait de leurs gouvernements et de leurs- emplois les vieux et loyaux sujets, pour les donner aux compagnons de ses téméraires entreprises, aux agents de sa ty rannie. 11 mariait ses jeunes courtisans au gré de ses caprices, et forçait les pères de leur donner leurs filles.

Des vexation» aussi criantes excitèrent de justes plaintes, et rendirent le roi de Grenade odieux à tous les musulmans.

Mohammed ben-lsmaël , son cousin ,avait conservé Montefrio et quelques autres châteaux, dans l’espoir que le roi de Castille, débarrassé de ses guerres intestines, l’aide rait puissamment contre son rival.

Il ne cessait d’encourager ses partisans par ses promesses, et d’entretenir des relations secrètes avec les ennemis de Mohammed al-Ahnaf , afin de fomenter le mécontentement général qu’avait provoqué la cruauté de ce tyran.

Enfin le croisé  roi Jean II ayant fait la paix avec les rois de Navarre et d’Aragon , et voulant se venger de Mohammed IX, envoya une armée à son cousin pour lui faire la guerre.

Les deux rivaux se rencontrèrent et combattirent avec une égale valeur; mais le secours des chrétiens fit triompher Ben-lsmaël.

Le roi de Grenade vaincu s’enfuit dans sa capitale avec les débris de son armée.

Un appel qu’il fit à ses sujets ne lui procura que de faibles ressources.

Voyant que son étoile avait pâli, il voulut au moins en traîner dans sa chute ceux lui travaillaient sourdement à le précipiter du trône.

Il appela les principaux dans l’Alhamra et les fit mettre à mort. Il se préparait à se défendre dans cette forteresse; mais, informé que toute la ville révoltée avait proclamé roi son cousin, même avant l’arrivée de ce prince , il ne s’y crut plus en sûreté.

Comme il ne redoutait pas moins les suites d’un siège que les effets de quelque trahison , il sortit de l’Alhamra, suivi d’un petit nombre de cavaliers qui lui étaient dévoués, et alla se cacher dans les montagnes, en l’année 858 ( 1454), après un règne d’en viron neuf ans.

Il y périt sans doute misérablement, car les historiens ne font plus mention de lui.

Poignet d'épée Nasride du 14eme siècle
Poignet d’épée Nasride du 14eme siècle

18«. MOHAMMED X, ou ISMAEL III 

An de l’hég. 858 ( i454 )• Mohammed ben-Ismaël fut reçu dans Grenade par les personnages les plus distingués, et y fut proclamé roi solennellement, ainsi que dans les principales villes du royaume.

Il écrivit à Jean , roi de Castille, pour lui témoigner sa reconnaissance , se déclara son vassal et lui envoya de riches présents.

Mais ce monarque étant morl peu de temps après, Mohammed ne renouvela pas la trêve et l’amitié avec Henri IV, son fils, de peur de mécon tenter les Grenadins qui voyaient de mauvais œil ses liai sons avec les chrétiens.

Il permit à ses capitaines de faire des incursions dans les états du nouveau roi de Castille, et le butin qu’ils en rapportèrent fut d’autant plus considérable , que les Castillans étaient sans défiance.

Surpris et irrité de cette agression imprévue et injuste, Henri rassembla une armée de quatorze mille cavaliers et d’un grand nombre de fantassins , marcha contre Grenade, l’an 1455 , et mit à feu et à sang tout le pays qu’il parcourut jusqu’à son arrivée devant celle capitale.

Mohammed, n’osant pas risquer une bataille, se tint sur la défensive, et permit seulement aux plus braves de ses officiers de sortir de la ville, et d’aller défier les chrétiens en combats singuliers dont l’avantage fut toujours pour les musulmans.

Le roi de Castille , voyant que ces actions particulières avaient coûté la vie à plusieurs de ses plus vaillants capitaines, défendit à ses troupes de répondre aux provocations de l’ennemi, et décampa même avec son butin.

Il revint, en 860 (1456), et comme les éclaireurs de Grenade voulurent s’opposer aux pillages commis par son avant garde, il y eut une escarmouche qui devint presque une bataille générale, dans laquelle périt Garcilaso de la Vega, son ami.

Il s’en vengea par les plus cruels ravages, et par la prise de Ximcna dont il égorgea tous les habitants.

Le roi de Grenade , pour mettre un terme aux maux que les chrétiens fesaient à ses états, demanda une trêve, quoique avec beaucoup de répugnance : elle fut conclue pour un temps limité et à certaines conditions , dont la plus singulière était que la frontière du royaume de Grenade, du côté de Jaen , ne fut pas comprise dans le traité, et que les hostilités continuèrent sur ce point.

Mais les Maures étant entrés dans la province de Jaen, et ayant vaincu le comte de Castaneda qu’ils amenèrent prisonnier à Grenade, la trêve fut déclarée générale, et observée assez fidèlement de part et d’autre pendant trois ans. Mohammed profita de cet instant de repos pour tâcher de réparer les malheurs de la guerre : il fit planter un grand nombre d’arbres, et relever les édifices publics et les maisons en ruines.

II se plaisait à donner des joutes et des tournois, y figurait avec avantage et montrait son adresse à manier un cheval.

Ce prince avait deux fils, Muley-Abou’l Haçan Aly et Se’id- Abdallah.

L’aîné, parvenu à l’âge viril, était bon cavalier, violent et plein de courage. Brûlant de signaler sa valeur contre les chrétiens, il prit un détachement de ca valerie, et au mépris de la trêve, il entra dans l’Andalousie, l’an 864 ( 146o ) , dévasta le district d’Estepa, enleva les troupeaux, massacra ou chargea de fers les habitants des campagnes; mais, attaqué par les troupes d’Ossuna, après un combat meurtrier, il fut forcé de fuir et d’abandonner son butin.

Le déclin de  la Grenade Nasride 15e siècle  1 2 3
Le déclin de la Grenade Nasride 15e siècle
1) Officier Nasride 15e siècle
2) Fantassin arbalétrier Nasride 15e siècle 
3) Cavalier en armure Nasride 

Dans l’automne de l’année 865 (1461),il fil une nouvelle incursion qui lui fut plus profitable et moins périlleuse.

Mais la guerre qu’il avait rallumée devint fatale aux musulmans.

L’année suivante, le duc de Medina-Sidonia leur enleva Gibraltar qui se rendit après un siège de peu de durée, tandis que don Pedro Giron , grand-maître Je Ca- latrava, attaquait Ardjidouna qui fut réduite à capituler (1).

Ces pertes irréparables obligèrent le roi de Grenade à implorer la générosité du roi de Castille.

Le monarque chré tien vint de Gibraltar dans les plaines de Grenade, où Mohammed le reçut avec magnificence , l’an 868 ( 1464) : ils mangèrent ensemble sous une superbe tente , signèrent la paix et se firent des présents réciproques.

Henri partit, escorté jusqu’à la frontière, par les principaux seigneurs de Grenade, dont plusieurs l’accompagnèrent même dans sa capitale, suivant une des clauses du traité, qui por tait que les sujets des deux monarques, voyageraient libre ment dans les états respectifs de l’un et de l’autre, et y trouveraient protection et sûreté.

Mohammed vécut en paix jusqu’à la fin de son règne , qui fut d’environ douze ans (2).

Il gouverna avec beaucoup de sagesse et de justice , et mé rita l’amour de ses sujets.

Il  mourut, au printemps de l’année 870 ( 1466) , dans son palais à Alméria.

N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman0, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs Grenadin .
N ° 1, 2, 3, 4 .. – chef de guerre arabes andalous des Dernières Années de la domination musulmane. -. N º 5 Chef musulman, N * 6-Dame andalouse -. N ° 7 et 8 -. Shaykhs (shuyukh au plr) Grenadin .

19′. Abou’l Haçan ALY.

An de l’hég. 870 (de J.-C. 1466). Muley Abou’l Haçan Aly succéda à son père.

Ce prince brave et magnanime aimait la guerre, ses périls et ses horreurs.

Son ambition et son humeur belliqueuse causèrent la perte de son royaume et la ruine de l’islamisme en Espagne.

Les premières années de son règne furent paisibles ; mais lorsqu’il se disposait à attaquer les chrétiens, et qu’il ne cherchait qu’une occasion de rompre avec eux, il fut retenu par la révolte de l’alcaïde de Malaga, homme puissant et courageux, qui jouissait d’une grande considération dans le royaume.

Le roi de Grenade envoya aussitôt un prince de sa famille pour réduire et remplacer le rebelle ; mais celui-ci , sans perdre de temps, ré clama le secours du roi de Castille, Henri IV.

Le monarque croisé étant venu à Ardjidouna, l’an 874 ( 1469), l’alcaïde se rendit auprès de lui , se mit sous sa protection , lui offrit de riches présents en chevaux , armes, joyaux , et lui promit de se joindre à lui contre le roi de Grenade.

Aly, informé et irrité de ces liaisons, porta le fer et la flamme dans les royaumes de Cordoue et de Séville, et répandit l’épouvante dans l’Andalousie.

Il y fit une seconde incursion , l’an 876 (147 1) , y exerça les mêmes ravages , mais sans prendre aucune place-forte. Cette année, don Diègue de Cordoue, n’ayant pu obtenir du roi de Castille l’autorisation de se balire en champ- clos contre don Alonzo de Aguilar, son ennemi personnel, se retira chez le roi de Grenade qui lui permit de vider sa que relle.

Comme don Alonzo, retenu par les ordres de son sou- vciain, ne put se trouver au rendez- vous, Aly le déclara vaincu, suivant les lois de la chevalerie. Un parent du roi, ami de don Alonzo, soutint que ce dernier était un brave chevalier, incapable de manquer, par sa faute , à un rendez-vous d’honneur , s’opposa a ce que son ami fut con damné comme un lâche, et offrit de se battre pour lui.

Il  insista, malgré le refus du roi de Grenade, qui, offensé de son obstination, voulait le faire périr, mais qui lui ac corda sa grâce, par l’intercession de don Diègue (1).

Tandis que les musulmans envahissaient sur plusieurs points le territoire chrétien, le gouverneur d’Andalousie , don Ruy Ponce de Léon, parvint à surprendre la ville de Montejicar, que les troupes de Grenade reprirent d’assaut bientôt après.

Les trois années. suivantes, le roi fut occupé à faire la guerre à son frère Abdallah , wali de Malaga.

Elle eut lieu avec des avantages réciproques ; mais elle affaiblit le royaume de Grenade, et suspendit les hostilités contre les chrétiens qui, de leur côté, n’en commirent aucune, attendant le résultat de la lutte qui s’état engagée entre les deux frères . le roi don Henri étant mort l’an 879 (1474).

Ali par le conseil de Doc Diègue de Cordoue, pour lequel il avait, conclut avec les nouveaux rois de Castille, Ferdinand et Isabelle, une trêve qui fut bien observée des deux côtés.

Il s’accommoda aussi avec son frère, et employa cet intervalle de paix à faire achever son palais qu’il orna de tours: des kiosks élégants embellirent ses jardins. Cependant la discorde régnait dans le harem.

Au nombre de ses femmes , il y en avait deux que le roi préférait aux autres.

La première était sa cousine et l’avait rendu père d’Abou-Abdallah Mohammed.

L’autre, fille de l’al- caïde de Martos , était chretienne d’origine, et lui avait donné deux fils, Seïd Yahia et Seïd Al-Nayar.  La sulthane Zoraya, jalouse de la préférence que le roi accordait à sa rivale, avait juré sa perte et celle de ses enfants.

Ces querelles domestiques franchirent l’enceinte du palais, et firent le sujet des entretiens de la capitale.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture mural du 14e siècle  dans une maison de l'Alhambra  Casas del Partal
Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal 

L’an 883 (1478), Abou’l Haçan Aly envoya des ambassadeurs à Séville, pour demander la prolongation de la trêve, avant qu’elle fût expirée.

Ferdinand et Isabelle y consentirent , sous la condition que le roi de Grenade paierait , comme ses ancêtres , un tribut annuel à la couronne de Castille.

Les ambassadeurs musulmans n’étant pas autorisés à insérer dans le traité une pareille clause, les rois de Castille les firent accompagner par des plénipotentiaires chrétiens, chargés de signer la trêve avec cette stipulation.

Aussitôt que ces derniers eurent communiqué leurs instructions au roi de Grenade : « Retournez auprès de vos souverains » , leur dit-il ; « rapportez-leur que les rois de ma race qui s’étaient rendus tributaires , sont morts, et que nous ne fabriquons plus ici que des èpées et des fers de lance contre nos ennemis. »

Les ayant ainsi congédiés, il se prépara à la guerre sans s’inquiéter si les chrétiens consentiraient à une trêve pure et simple.

Informé que les frontières de Castille étaient gardées négligemment, Aly prit l’élite de sa cavalerie, l’an 886 (1481), non pas au commencement de l’année, comme le dit Conde, mais à la fin du mois de décembre, suivant Chénier, et marcha en hâte sur Zahara.

Il arriva devant cette place, au milieu d’une nuit obscure que le vent et la pluie rendaient encore plus affreuse : malgré les timides conseils de ses vézirs , malgré les éléments conjurés contre lui , il l’attaqua avec fureur, et la prit par escalade ( le 27 décembre).

Quoique les habitants, surpriset effrayés, n’eus sent tenté qu’une faible résistance, il en fit passer un grand nombre au fil de l’épée et réduisit le reste en esclavage. Après avoir fortifié Zahara , et y avoir laissé une bonne garnison, il retourna à Grenade.

Tous les corps de l’état vin rent le féliciter sur celte conquête ; un seul homme, le cheikh Macer, ancien fakih, eut la hardiesse de lui prédire la ruine prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Mais le roi de Grenade, méprisant les avertissements du ciel, comme les présages superstitieux de ses oulémas, partit au commencement de l’année 887 (1482), pour une nouvelle expédition.

Il échoua cependant contre Castellar et Olbera, et ne fut dédommagé de ce mauvais succès que par le butin.

Dans le même temps, les troupes d’Andalousie, com mandées par Ruy Ponce, marquis de Cadix, surprirent la villé d’Alhama qui était le boulevard de Grenade , et profitant de la stupéfaction que leur arrivée imprévue avait pro duite sur les habitants , elles en firent un carnage épouvanta ble (2).

Cette nouvelle remplit d’effroi la capitale : le peuple murmura contre son roi , et l’accusa d’avoir provoqué une guerre si désastreuse.

Aly partit à la tête de plus de cinquante mille hommes pour reprendre Alfaama ; mais n’ayant pu y réussir, parce qu’il avait laissé son artillerie qui aurait arrêté sa marche, il partagea son armée en plusieurs corps, afin d’intercepter les secours destinés pour la place.

Après quelques combats sans succès décisifs, les forces supérieures des chrétiens l’obligèrent de retourner à Grenade.

Il revint bientôt devant Alhama , et tandis que divers corps de ses eclaireurs faisaient le dégât dans l’Andalousie, il pressait le siège de cette ville: mais des nouvelles fâcheuses le rappelèrent subitement à Grenade , où une conspiration s’était formée contre lui.

Il s’assura secrètement de la personne de son fils Abou-Abdallah Mohammed qui en était le chef, et le fit renfermer dans la tour de Comares avec sa mère Zoraya , l’âme de ce parti.

Les Castillans se présentèrent devant Loja , une des plus fortes et des principales places du royaume de Grenade.

Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar
Le capitaine arabe Nasride Ali al-Attar

Un vieux et brave capitaine, l’alcaïde Ali-Attar, la défendit avec tant de talent et de bonheur, qu’après avoir fait quelques sorties meurtrières contre les chrétiens , il pénétra l’épée à la main dans leur camp, les mit en pleine dé route, le 13 juillet 1482, et tua plusieurs de leurs chefs, entre autres don Ruy Tellez Giron , grand-maître de Calatrava.

Le roi de Grenade se disposait à faire une troisième tentative pour reprendre Alhama, et attendait les secours qu’il avait demandés au roi de Marrakesh, lorqu’une révolte terrible ajouta aux malheurs de ses sujets, en les divisant pour jamais, -et fut, ainsi une des causes immédiates de la chute prochaine de la domination musulmane en Espagne.

Les revers d’Aly avaient indisposé contre lui une partie de là nation.

La dureté de son gouvernement avait aliéné la plupart des nobles.

Son fils Abou-Abdallah au contraire s’était fait beaucoup d’amis par ses manières affables.

La sulthane Zoraya , crai gnant pour les jours de ce jeune prince, eut recours à ses femmes qui le délivrèrent de la tour où il était détenu, en le descendant avec des cordes.

Il fut reçu par ses. principaux partisans qui le proclamèrent roi, et firent armer pour sa défense un grand nombre d’habitants de Grenade.

Cette révolution dut arriver à la fin de l’année 887 (1482).

El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana)la ou été emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.
El Castillo del Moral, à Lucena (Alissana), là ou fut emprisonné dernier roi  nasride Abu Abd Allah al-Khazraji dit Boabdil.

Abou’l Haçan ALY et le 20e « Abou-Abdallah. MOHAMMED XI dit Boabdil.

An de l’hég. 887 ( de J.-C. 1482). Au bruit de cette sé dition , le vézir et les troupes du gouverneur accoururent et livrèrent un combat sanglant aux rebelles, sans pouvoir les empêcher de s’emparer de l’Albaycin et de s’y fortifier.

Ceux-ci ayant reçu des renforts, recommencèrent le combat le lendemain ; et la populace, avide de nouveautés, s’étant jointe à eux, les partisans d’Aly furent battus et chassés de tous les postes qu’ils occupaient en son nom.

Mais les secours que ce prince reçut de son parent Selim , wali d’Almérie, l’aidèrent à se rendre maître de l’Alhamra, à l’exception d’une seule tour.

On donna au roi Aly le sur nom de Cheikh, soit par honneur, soit par mépris, et on distingua son fils Mohammed XI , par le surnom de Saghir, (le petit). Malgré l’avantage qu’avait obtenu le vieux roi, il succomba toujours dans sa lutte contre ses nombreux adver saires.

Quelques hommes sages et amis de la paix firent de vains efforts pour désarmer le peuple et ramener à la concorde les deux partis, occupés chaque jour à s’entre-détruire.

Enfin les deux rois, renfermés l’un dans l’Alhamra, l’autre dans l’Albaycin, suspendirent les horreurs de la guerre civile , non pour négocier un raccommodement proposé par les oulémas, mais parce qu’ils étaient fatigués de carnage.

Aly profita de ce court intervalle de paix pour voler au se cours de Loja que les chrétiens assiégeaient.

Il les attaqua et les vainquit ; et l’alcaïde Aly-Attar , étant sorti en même temps de la place, tomba sur les derrières de l’ennemi et compléta sa déroute.

Le vieux roi se présenta encore devant Alhama ; mais la voyant dans un état respectable de défense, il partit avec son camp volant, et alla prendre la ville de Ca- nete qu’il brûla et rasa, après en avoir égorgé et fait prisonniers tous les habitants.

Pendant son absence, l’Alhamra était tombé au pouvoir de son fils qui , maître absolu de la capitale , croyait l’être de tout le royaume.

Abou’l Haçan Aly , ne pouvant donc plus retourner à Grenade , se retira à Malaga ,par le conseil de son frère Abdallah qui en était encore gouverneur. Les villes de Guadix et de Baça lui de meurèrent également fidèles.

L’an 888 ( 1483 ) , trois armées castillanes , commandées par le grand-maître de Saint- Jacques, le marquis de Cadix, et le comte de Cifuentes, entrent dans la province de Malaga, brûlent les moissons, et arrachent les arbres et les vignes, jusqu’aux portes de la ville.

Épée arabe nasride du sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil ou du Shaykh Ali Al-Attar
Épée arabe nasride du Shaykh Ali Al-Attar ou du sultan Abu Abd Allah dit Boabdil

Abou’l Haçan Aly voulait marcher contre eux ; mats son frère et le prince Redwan Benegas  l’en ayant dissuadé , partagent leurs troupes en deux corps et sortent de la place.

Abdallah atteint le grand-maître qui voulant sauver son butin et ses captifs , cherche à éviter le combat ; il l’attaque vigoureusement ,le met en déroute, et le force de gagner les montagnes où Redwan taille en pièces les fuyards.

Tandis qu’Abdallah triomphe aisément de la seconde colonne castillane, Redwan descend dans la plaine et complète la victoire, par la défaite du comte de Cifuentes qui lui doit la vie, et demeure son prisonnier.

Cette action d’éclat anime les musulmans, mais elle produit une troisième faction.

Une grande partie de la nation se déclare pour le prince Abdallah , seul capable de réparer les malheurs de cette. guerre.

On murmure contre l’inertie de Mohammed , et on le met au-dessous de son père qui, malgré son âge, sait encore braver les dangers.

Ces propos piquent d’honneur le jeune roi ; dans l’espoir tl’acquérir de la gloire, il ose tenter la conquête de Lucena.

En sortant de Grenade , sa lance se rompt contre la voûte de la porte : ce fâcheux présage ne l’arrête pas ; il croit marcher à une victoire certaine.

Don Diègue de Cordoue , gouverneur de Lucena , avait eu letemps de se mettre en état de défense et de demander des secours aux commandants voisins. Mohammed, après avoir dévasté tout le pays qu’il a parcouru, arrive devant la place, et menace le commandant, s’il ne la livre pas, de passer sa garnison au fil de l’épée.

Don Diègue feint de vouloir capituler, et amuse jusqu’au soir son ami, Ahmed ben-Seradj , qu’il a demandé pour plénipotentiaire.

Alors arrivent successivement les renforts qu’il a sollicités.

L’infanterie musulmane , saisie d’une terreur panique, traverse la rivière et emmène les captifs et le butin.

La cavalerie tient bon ; mais elle est forcée de céder au nombre.

Le vaillant Aly- Altar, alcaïde de Loja, après avoir fait des exploits étonnants pour son grand âge, tombe mort auprès du roi.

Ce prince , se voyant seul au milieu des ennemis, veut se retirer; et comme son cheval , couvert de blessures, ne peut plus le porter, il se laisse glisser au passage de la rivière, et se cache parmi les arbustes et les roseaux : poursuivi et découvert par trois chrétiens, il demande la vie et se rend prisonnier.

On le conduit à Lucena où il est traité avec les égards dus à un roi malheureux.

Cette nouvelle plonge Grenade dans le deuil : l’élite de la cavalerie ayant péri, les familles les plus distinguées ont toutes à déplorer quelque perte.

Mais le peuple inconstant, abandonne le parti du jeune roi vaincu et prisonnier, pour se tourner du côté de son père. Abou’l Haçan Aly , ravi de ce changement inespéré de fortune , part de Malaga , revient à Grenade et rentre dans l’Alhamra, sans obstacles.

La sulthane Zoraya envoie des ambassadeurs avec dés sommes considérables au roi de Castille, pour traiter de la liberté de son fils.

Celui-ci, par le conseil de sa mère, offre au monarque chrétien d’être à per pétuité son vassal , de lui payer tous les ans douze mille doubles écus d’or, de délivrer trois cents captifs chrétiens, à son choix, de marcher à ses ordres, en paix comme en guerre , et de donner son fils en otage , pour prix de sa liberté et des secours qui doivent l’aider à recouvrer les places attachées au parti de son père, Abou’l Haçan.

Ferdinand et Isabelle tinrent conseil sur cette affaire importante; quelques voix proposèrent de retenir le roi Mohammed ; mais la majorité décida qu’il fallait soutenu- ce prince, et affaiblir ses états, en y fomentant la discorde, afin de les conquérir plus aisément.

Le roi de Grenade obtint la liberté aux conditions qu’il avait proposées.

Conduit à Cordoue, et présenté à Ferdinand, il reçut un accueil honorable et affectueux de ce prince, qui , loin de souffrir qu’il lui baisât la main comme vassal, l’embrassa et l’appela son ami.

Ensuite, Mohammed signa le traité honteux qui de vait anéantir la puissance musulmane en Espagne.

Mohammed se rendit à Grenade , avec un corps nombreux de cavaliers chrétiens .

Les amis de sa mère l’introduisirent dans la ville et le remirent en possession de l’Albaycin.

Les trésors de cette princesse , distribués à propos à la populace , et les promesses de son fils , ramenèrent à celui-ci ses partisans qu’avaient indisposés son alliance avec les chrétiens.

Le vieux roi , informé de cette révolution , et se rappelant que les astrologues lui avaient prédit qu’il serait détrôné par son fils, ordonna d’attaquer les rebelles et d’assiéger l’ Albaycin.

Ses troupes d’abord repoussèrent aisément une multitude indisciplinée ; cependant le combat devint plus opiniâtre dans les rues adjacentes au palais, et le carnage ne cessa qu’à la nuit.

Il devait recommencer le lendemain ; mais Aly ayant témoigné ses regrets sur la mort de tant de braves gens , le fakih Macer profita de ses dispositions pour lui faire approuver un moyen de conciliation.

Au moment où les deux partis allaient en venir aux mains, Macer s’avance, élève la voix et leur représente avec force les maux que leurs cruelles dissensions causent à la patrie et à la religion ; combien ils sont insensés de vendre leur sang à deux princes sans courage , sans vertus , sans honneur, sans qualités royales, et dont l’un , mauvais fils et mauvais musulman , avait avili le trône , en se rendant vassal et tributaire ; que l’état a besoin d’un souverain capable de le gouverner et de le dé fendre , et que le seul qui puisse convenir dans ces cir constances critiques , c’est le prince Abdallah , wali de Malaga, la terreur des frontières chrétiennes.

Aussitôt des cris prolongés s’élèvent de tous côtés, et proclament ce prince , souverain de Grenade.

Abdallah , informé déjà de la résolution de son frère, se rendit aux vœux exprimés par les députés, qui allèrent l’inviter, au nom îles deux partis, à prendre possession d’un trône dont son neveu s’était rendu indigne, et auquel son frère renonçait à cause de son âge.

Il partit de Malaga, avec Redwan Benegas, auquel il destinait le gouvernement de Grenade , tailla en pièces un détache ment de chrétiens qu’il rencontra sur sa route, et fut reçu en triomphe dans la capitale.

Il alla s’installer dans Al-hamra où il embrassa son frère, qui prit aussitôt le chemin d lllora , avec ses trésors, son harem et ses fils \ahia et Al-Nayar (2).

Abou’l Haçan Aly , après avoir occupé le trône environ dix-neuf ans, l’abandonna ainsi au commen cement de l’année 889 ( 1484).

Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall1 est le vingt-troisième émir nasride de Grenade
Mohammed XIII ben Sa`d az-Zaghall est le vingt-troisième émir nasride de Grenade (1485 -1487)

Abou-Abdallah MOHAMMED XII (Boabdil) , et 21e. et dernier ABDALLAH Al-Zaghal .

An de l’hég. 889 (de J.-C. »484)

Le nouveau roi proposa à son neveu de partager le royaume , et de se concerter ensemble pour empêcher sa ruine , en mettant fin à la guerre civile , et en arrêtant les conquêtes des chrétiens. Mais Mohammed, qui avait refusé d abdiquer la couronne, ne voulut consentir à aucune concession qui tendrait à diminuer son autorité.

Les secours qu’il reçut encore des chrétiens , détachèrent de ses intérêts ses principaux ca pitaines, et son parti ne fut plus soutenu que par la populace.

Le prince Sélim , wali d’Alméria , et son fils Yahia , wali de Guadix, s’étaient déclarés pour Abdallah.

Tandis que les deux rois de Grenade se fesaient la guerre au sein de la capitale, Ferdinand ruinait également les états de l’un et de l’autre, et poursuivait ses conquêtes.

Il assiégea et prit par capitulation Alora, forteresse située sur les montagnes au bord de la mer , Cazara-Bonela , Setenil, et quelques autres places auxquelles il accorda des conditions avanta geuses.

Abdallah envoya solliciter des secours auprès du sultan mamlouk d’Egypte, et des divers souverains musulmans de l’Afrique ; mais tous furent sourds à ses prières , et laissèrent Grenade livrée aux fléaux de la guerre et de l’anarchie des chrétiens.

Les Castillans saccagèrent le territoire de Loja, et malgré la rigueur de l’hiver , ils auraient soumis cette ville , si elle n’eût été secourue par le roi Abdallah.

Ils enlevèrent d’assaut le château de Cohin , qu’ils rasèrent après en avoir égorgé la garnison , et ils prirent Cartama par composition.

Ils se présentèrent devant Bouda, forteresse inaccessible et entourée d’une rivière et de précipices.

Le siège fut long et meurtrier ; la place était bien approvisionnée, et défendue par les plus braves habitants et les meilleurs soldats du royaume.

Mais attaquée par cinq corps d’armée à la fois , elle fut réduite à capituler le 23 mai 1485: cette conquête fut suivie de celle de Marbella.

Les oulémas , les fakihs , les cadhis et les principaux alcaïdes, qui tous étaient dans le parti d’Abdallah Al- Zagal, craignant pour Velez-Malaga , pressèrent ce prince d’empêcher que cette place importante ne tombât au pouvoir des chrétiens.

Abdallah, avant de partir, fil encore une tentative infructueuse pour amener son neveu Mohammed à un accommodement que réclamait leur intérêt commun , et celui de l’islamisme.

N’ayant pu vaincre l’obstination de ce prince aveugle et pusillanime, il quitta Grenade avec une armée de quarante mille hommes, la moitié consistant en excellente cavalerie dont il confia l’avant-garde au brave Redwan-Benegas, son cousin.

Arrivés devant Moclin, ils délivrèrent cette place , après avoir taillé en pièces un corps de troupes castillanes qui l’assiégeaient, sous les ordres du comte de Cabra.

D’un autre côté , les chrétiens ayant pris Albahar et Cambil, deux forteresses séparées parla rivière Frio, et mal défendues par leur garnison, assiégèrent Loja.

Mohammed, jaloux de la gloire de son rival, marcha au secours de cette place, où il entra, en forçant le camp des ennemis; mais ayant échoué dans les diverses sorties qu’il fil contre eux , voyant d’ailleurs qu’ils redoublaient d’efforts pour prendre la ville, et qu’ils avaient déjà détruit le pont et fait des brèches considérables aux murailles, il craignit de retomber entre les mains de ses prétendus alliés , et capitula.

Tous les habitants sortirent de Loja avec ce qu’ils purent emporter de leurs biens.

Ferdinand reproche au roi de Grenade son infraction au traité d’alliance et de paix. Mohammed se justifie en alléguant la nécessité, et proteste qu’il n’a point varié dans ses sentiments de loyauté et de fidélité.

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l'Alhambra Casas del Partal

Des guerriers cavaliers arabes nasrides dans cette peinture murale du 14e siècle dans une maison de l’Alhambra Casas del Partal

Le Castillan feint d’agréer les excuses de ce prince méprisable , afin de prolonger les troubles qui doivent entraîner la chute de Grenade.

De retour dans sa capitale, Mohammed profite de l’absence de son rival , pour s’emparer de l’Alhamra et de tous les forts de la ville dont il reste seul possesseur.

Les chrétiens continuent leurs progrès. Maîtres de Loja, ils prennent Moclin et Illora , qu’on appelait les deux yeux de Grenade, ensuite Zagra, Banos, etc.

Le vieux roi Abou’l-Haçan Aly, qui, pour s’éloigner du théâtre de la guérie, s’était retiré d’Illora à Almunecâb, mourut dans cette ville, avec le regret peut- être d’avoir été le premier artisan de tant de maux.

C’est sans aucun fondement qu’on a accusé son frère Abdallah d’avoir attenté à sa liberté et à ses jours.

Abdallah et Redwan , après leur dernière victoire, mar chèrent sur Vêlez – Malaga , dont les Castillans avaipnt déjà pris les faubourgs.

Redwan attaqua le camp des chré tiens et les mit en désordre , sans attendre l’armée royale dont le retard l’empêcha de triompher complètement.

A l’arrivée d’Abdallah , les chrétiens avaient déjà rassemblé toutes leurs forces et s’étaient rangés en bataille; ils assaillirent les Musulmans avec tant de vigueur, que l’infanterie Nasride lâcha le pied presque sans combattre.

Redwan, qui avait /ait des prodiges de valeur, voyant la bataille perdue, entra dans la place avec un bon nombre de cavaliers.

Abdallah, suivi des débris de son armée, reprit le chemin de Grenade.

Les habitants lui en avaient fermé les portes, en le maudissant, et ses partisans s’étaient soumis à son rival.

Trahi par la fortune et par ses amis , il se relira à Guadrx qui, ainsi que Baça el Alméria, lui demeura fidèle, et il y fut bien reçu par les princes Sélim et Yahia, qui en étaient walis héréditaires.

Redwan continua de faire la plus courageuse résistance dans Vêlez- Malaga; mais perdant l’espoir de s’y maintenir, faute de secours, il se rendit et obtint une capitulation honorable, par la médiation du comte de Cifuentes, qui, naguère son prisonnier, était devenu son ami.

Les musulmans évacuèrent la place, et emportèrent leurs richesses, le 37 avril 1487.

La forteresse de Bentome suivit le sort de Velez-Malaga.

L’orage allait bientôt fondre sur Malaga , cité florissante par son commerce maritime, et la seconde du royaume.

Elle était située dans nne plaine , et dominée d’un seul côté par une montagne sur laquelle étaient bâties deux forteresses, dont la plus élevée se nommait le Djebal- faro , et l’autre l’Alcaçaba.

Elle avait pour gouverneur Ben-Mousa, prince du sang des rois de Grenade, lequel avait pourvu à la défense de la place, et augmenté la gar nison en prenant à sa solde un corps d’Africains.

'Alcazaba de Malaga (de l'arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant "citadelle") est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.
Alcazaba de Malaga (de l’arabe al-Qasbah, en arabe : قصبة, signifiant « citadelle ») est un palais et une forteresse bâtie par la Taifa des Hammudites au xie siècle dans la ville andalouse de Malaga.

Lorsque les chrétiens se présentèrent devant Malaga, le wali entra en négociation avec eux, afin d’épargner aux habitants une partie des horreurs de la guerre.

Les Africains, croyant qu’il s’agissait de les livrer à l’ennemi à leur insu , se révoltèrent et s’emparèrent de l’Alcaçaba, dont ils égorgèrent la garnison ainsi que le commandant, frère de Ben-Mousa; ils se rendirent maîtres des portes et des remparts, pour empêcher les habitants de communiquer avec les chrétiens, et tuèrent ceux qui voulurent le tenter .

Le gouverneur étant parvenu à calmerces furieux, se défendit d’abord avec autant de courage que de succès ; mais comme la ville était très- peuplée , la disette s’y lit bientôt sentir. Les citoyens riches it accoutumés à toutes les jouissances du luxe, ne pouvant supporter les privations qu’ils éprouvaient , songèrent à traiter de la reddition de la place.

L’un d’eux étant sorti dans- ce dessein, se laissa corrompre par le roi de Castille , et l’introduisit dans Malaga, le 18 août 1487, suivant Mariana , ou en 1488, suivant Conde.

Les chrétiens la livrèrent au pillage , emballèrent tout ce qu’ils y trouvèrent de précieux , et réduisirent en esclavage tous les hommes qui ne purent se sauver par mer.

Le traître Aly en fut nommé wali, pour régler et percevoir la rançon de ses concitoyens.

Le roi Abdallah al-Zagal, retiré à Guadix et secondé par le prince Sélim , wali d’Alméria, usait de représailles en vers les chrétiens, en dévastant les frontières de Murcie.

Quant au lâche Mohammed, son compétiteur, il envoya des chevaux, des pierreries , des étoffes superbes et des par fums au roi et à la reine de Castille, avec des félicitations sut la prise de Malaga et sur leurs autres conquêtes, dans l’espoir qu’ils s’en contenteraient et le laisseraient jouir du reste de son royaume. Ferdinand et Isabelle agréèrent l’ambassade et les présents, mais ils n’en poursuivirent pas moins la ruine de l’islam en Espagne.

A la tête d’un camp- volant, le roi de Castille se rendit dans le district d’Almeria , pour mettre un terme aux courses des musulmans de cette ville ; mais il fut repoussé par le prince Sélim et son fils Yahia.

Le roi Abdallah fit aussi une heureuse expédition sur le territoire d’Alcala-Yahseb. et rapporta beaucoup de butin à Guadix.

Toutes les forces des Castillans se dirigèrent alors contre Alméria.

Ils prirent par capitulation Vera, Murjacra, Welad-Alahmar et quelques autres places, que la conquête de Ronda et de Malaga avait effrayées.

Ils assiégeaient Taberna, lorsque le roi Abdallah étant accouru à la tête de mille cavaliers et d’une nombreuse infanterie, levée à la hâte, mais composée de braves montagnards, se porta dans les bois, d’où il inquiéta les chrétiens, les força de lever le siège de cette forteresse , leur tua beaucoup de monde , les repoussa sur leur frontière et recouvra les places perdues.

Il eut le même succès à Hucscar, dont la garnison ayant fait une sortie, mit en fuite les chrétiens, et en passa plusieurs an fil de l’épée, entre autres, le grand-maître de Monlésa , neveu du roi de Castille.

Tous ces événements arrivèrent dans l’armée 893 ( 1488).

Ferdinand et Isabelle , persuadés que leurs succès dépendaient principalement de la désunion des deux rois de Gre nade, offrirent à Mohammed XI de le défendre contre ses ennemis, à condition qu il emploierait tous les moyens pour mettre en leur pouvoir les villes de Guadix, de Baça et d’Almérie qui appartenaient à son oncle Abdallah et à son cousin Sélim.

Flatté de l’espoir qu’il vivrait alors en paix et dans l’opulence, sous la protection du roi de Castille, son suzerain, le lâche Mohammed signa ce nouveau traité, sans prévoir que ses perfides alliés ne feignaient <le le soutenir qu’afin de le dépouiller plus aisément.

Il y fut déterminé^par la crainte d’être forcé de céder Grenade à son oncle , qui , depuis ses dernières victoires, lui semblait plus redoutable ; mais comme il n’appréhendait pas moins d’être détrôné et massacré par ses sujets, s’ils avaient connaissance de ce hon teux traité , il ne mil dans son secret que sa mère et son vé- zir, Mousa ben-Almelik.

Au printemps de l’année 894 ( 1489 ), Abdallah al- Zagal , informé que le roi de Castillc avait rassemblé plus de soixante mille hommes du côté de Jaen, et prévoyant que cet armement était destiné contre Baça , chargea son cou sin Yahia de la défense de cette forterese.

Yahia qui venait de prendre possession du gouvernement d’Almérie, après la mort de son père Sélim, partit aussitôt, à la tête de dix mille hommes déterminés, et alla se renfermer dans Baça.

Il y fut bientôt assiégé par les chrétiens qui s’étaient déjà rendus maîtres des places voisines.

Les musulmans résistèrent avec intrépidité à toutes les attaques de l’ennemi , les repoussèrent souvent avec succès, et firent plusieurs brillantes sorties.

Mais Ferdinand s’étant acharné à la prise de Baça, fit creuser autour de son camp et devant toutes les issues de la ville, un profond retranchement défendu par des tours, de distance en distance.

Après six ou sept mois de combats continuels, Yahia écrivit au roi Abdallah que, s’il n’était pas secouru , il serait forcé de se rendre.

Abdallah n’ayant aucun moyen de prolonger la belle défense de Baça et de la sauver , autorisa son cousin à agir suivant les circons tances.

Yahia députa donc le cheikh Haçan , gouverneur de la ville, au camp des chrétiens, pour traiter de la capitulation qui fut signée le 4 décembre 1489.

Les habitants conservèrent leur liberté, la jouissance de leurs biens et l’exercice de leur religion.

Seid Yahia et ses principaux capitaines se rendirent auprès des rois de Castille qui les reçurent avec toutes les distinctions dues à la naissance et à la valeur. Gagné par leurs caresses et par leur accueil paternel, le prince musulman jura de ne jamais porter les armes contre eux , et promit d’employer tous ses efforts pour engager le rni Abdallah son cousin à livrer volontaire ment Almérie et Guadix.

La reine Isabelle , charmée de son amabilité, lui dit galamment qu’après ^voir acquis un héros tel que lui , elle regardait la guerre de Grenade comme terminée.

On prétend qu’à la persuasion de cette princesse, Yahia se fit chrétien, mais secrètement, afin de ne pas être abhorré et abandonné de son parti, jusqu’à ce que, par son adresse, il eût achevé de soumettre aux rois de Castille le royaume de Grenade.

Ferdinand et Isabelle comblèrent de présents ce prince et ses fils, leur promirent de grands do maines en Castille, et dès ce moment ils cédèrent a Yahia la taade Marchena avec ses bourgs, ses terres et ses habitants.

Yahia partit pour Guadix, représenta au roi Abdallah la décadence du royaume du Grenade, les malheurs qu’entraî

nerait une résistance désormais aussi inutile qu’impossible , l’exhorta à se fier à la justice et à la générosité des rois de Castille, à ne plus compter sur la fortune qui avait tourné le dos aux musulmans, et à se résigner à la volonté de Dieu qui décide du sort des rois et des empires.

Abdallah , l’ayant écouté attentivement , garda un moment le silence, poussa un soupir et s’écria; Oui, si Dieu n’avait pas décrété la chute du royaume de Grenade , mon bras et mon épée auraient suffi pour l’ empêcher.

Il se rendit avec Yahia au camp de Ferdinand, dans les environs d’Almérie; il y fut reçu avec de grands honneurs et traita avec lui de la reddition de Guadix et d’Almérie, les deux plus précieux joyaux de la couronne de Grenade, ainsi que de la partie maritime des Alpujarras , qui était dans son parti.

Ferdinand offrit à ce prince sa protection, son éternelle amitié, lui céda la taa d’Andaraz ou Andajar, la vallée d’Alhaurin avec tous leurs bourgs, villages et dépendances, et la moitié des salines de Malena.

Les habitants des villes livrées aux chrétiens demeurèrent libres et maîtres de leurs biens, et ne furent soumis envers le roi de Castille qu’au tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain. Le traité ne fut publié que le jour de la remise de ces villes.

Leur exemple entraîna la reddition volontaire des forteresses de Taberna, de Seron, et des grandes et inexpugnables places maritimes d’Almunecâb et de Schaloubina.

Toutes ces pertes importantes eurent lieu dans les mois de moharrem et de safar 899 ( décembre 1489 et janvier 1490)- Abdallah al-Zagal n’avait régné que sept ans, en concurrence avec son neveu.

 

Muhammad XII Abu Abd'Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue
Muhammad XII Abu Abd’Allah dit Boabdil le dernier sultan nasride , en armure, avec une de ces célèbres épées représenté dans cette statue

Abou-Abdallah MOHAMMED XII AL-SAGHIR, seul (Boabdil).

An de l’hég. 889 (de J.-C. 149o ). Ces nouvelles produisirent la plus vive sensation dans Grenade.

Le peuple mécontent et dégoûté du roi Mohammed Al-Saghir, qu’on regardait comme l’artisan des malheurs du royaume et de l’islam , s’attroupa tumultueusement, et l’appelant traître , lâche et ennemi de la religion, demanda , à grands cris , sa déposition et sa mort.

Tandis que les chouyoukh ( cheikh au plr) et les fukaha (fakihs au plr) lésaient de vains efforts pour calmer les séditieux, en leur représentant que leurs fréquentes insurrec tions avaient été la première cause de là décadence de l’état , et que la concorde et la soumission pouvaient seules prévenir sa ruine ; les chrétiens, dont le roi de Grenade avait imploré le secours , s’approchèrent de la capitale et en ravagèrent les belles campagnes.

Leur invasion fit plus d’impression que les discours des fakihs sur l’esprit des Grenadins.

Ils rentrèrent dans le devoir et ne s occupèrent que de la défense commune.

Sommé par le roi de Castille de l’exécution du traité par lequel il s’était obligé de livrersa capitale, après la reddition d’Almérie, de Guadix et de Baça, le malheureux Mohammed reconnut trop tard son imprudence et sa faiblesse.

Il s’excusa de ne pouvoir tenir ses engagements, sur ce que les principaux citoyens de Grenade s’y opposaient, et pria Fer dinand de se contenter de ses dernières conquêtes.

Les habitants de Guadix, vexés par les Castillans qui voulaient les désarmer et les reléguer dans les faubourgs , s’étant révoltés, furent contraints de céder à la force.

Les peuples du district d’Andaraz se soulevèrent dans le même temps contre leur seigneur, l’ex-roi Abdallah al-Zagal: il se cacha et vint trouver le roi de Castille qui lui offrit son secours pour réduire ses vassaux; mais Abdallah jugea plus convenable d’abandonner sa malheureuse patrie.

En ayant obtenu la permission du monarque chrétien, il céda à sou cousin Yahia une partie de ses biens et de ses salines de Maleha, vendit au roi de Castille, moyennant cinq millions de maravédis, les ving-trois bourgs et villages qui lui appartenaient dans les districts d’Andaraz et d’Alhaurin, reçut de ce prince de grandes richesses , et s’embarqua pour l’Afrique.

Epée du général arabe de la dynastie nasride Ai al-Attar
Epée du général arabe de la dynastie nasride Ali al-Attar

Peu satisfait des excuses du roi de Grenade, Ferdinand lui déclara la guerre. Mohammed, persuadé que, n’ayant plus de compétiteur, tous les musulmans se joindraient à lui, envoya ses oulémas prêcher la concorde et la guerre sainte.

En effet , les montagnards des Alpujarras se déclarèrent pour lui ; plusieurs villes se révoltèrent contre les chrétiens, entre autres Adra et Castil-Ferrah.

Dans l’automne de 895 (1490), il marcha en personne pour assiéger Schaloubina , tandis qu’un autre corps de ses troupes prit Alhcndin , la rasa et en égorgea la garnison.

Les Castillans ne purent se venger cette année qu’en ravageant les panis et les millets; mais, l’année suivante , ils dévastèrent les champs ensemencés, brûlèrent les blés, et envoyèrent de puissants renforts à- Schaloubina.

Tandis que Seïd Yahia, à la tête des musulmans ses vas saux, soumettait à la domination chrétienne, plus par ruse et persuasion , que par la force des armes, toutes les places du district de Marchena et des bords de l’Almansoura , Al- Nayar avec une flotte castillane, aidait aussi à la ruine de sa patrie, en venant réduire les insurgés d’Adra : afin de les tromper , il arbora le pavillon africain , et donna des habits musulmans à tous ses équipages.

Les habitants , croyant voir arriver des secours d’Afrique, s’avancèrent sur le rivage pour les recevoir; mais, attaqués, dans ce moment, par Yahia, du côté de la terre, ils furent vaincus et forcés de se renfermer dans la ville où ils continuèrent de se défendre.

Le roi de Grenade qui marchait pour les délivrer, ayant appris leur défaite, crut la ville prise , et retourna devant Schaloubina.

Sa retraite, qu’ils attribuèrent à la crainte, leur ôtant tout espoir, ils se rendirent à l’approche du roi de Castille.

Le sultan nasride Abu'Abd'ALLAH dit Boabdil Muhammad XII  et un cavalier leger et un fantassin lourd
Le sultan nasride Abu’Abd’ALLAH dit Boabdil Muhammad XII et un cavalier leger et un fantassin lourd

Mohammed leva le siège de Schaloubina , sans risquer une bataille ; mais avant de retourner à Grenade , il ravagea le district de Marchena, vainquit les troupes des princes Yahia et Al-Nayar, et signala sa haine contre ces ennemis de leur patrie, en rasant toutes leurs forteresses et en brûlant tous leurs villages. Au printemps de l’année 896 ( 1491 ), les rois Ferdinand et Isabelle vinrent camper, avec cinquante mille hommes, dans la véga de Grenade , à deux lieues de cette ville , sur les bords de Guadaro.

Cette nouvelle consterna tous les citoyens , même les plus braves ; tant le luxe, la mollesse . et l’exemple de leur égoïste et lâche souverain , avaient énervé leur courage et refroidi leur zèle pour la patrie et la reli gion.

Mohammed tint conseil pour délibérer sur les mesures de défense.

Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd'Allah dit Boabdil
Caftan et épées arabes du Sultan Nasride Abu Abd’Allah dit Boabdil

Le vézir de la ville, Abou’l Cacem Abd-el-Melek, présenta le tableau des approvisionnements de la capitale, avec la liste de tous les hommes en état de porter les armes ; mais il avoua que la majeure partie de la population de Grenade, factieuse, en temps de paix, n’était nullement propre pour la guerre.

En vain , le vaillant Mousa ben Abou’l Gazan objecta qu’il ne fallait pas désespérer du salut de Grenade ; qu’outre ses troupes réglées et endurcies à la guerre , elle comptait vingt mille jeunes gens qui brûlaient de se mesurer contre les chrétiens.

L’événement prouva que le vézir connaissait mieux l’esprit public de ses compatriotes.

Le roi chargea celui-ci des levées et des approvisionnements; Mousa eut la direction de la défense et des sorties, et la garde des remparts fut confiée à Abd-el-Kerim Zegri.

Les premiers mois de cette année, on ne ferma pas les principales portes de la ville. Chaque jour, trois mille cavaliers sortaient pour escarmoucher avec les chrétiens , et pour faciliter les convois de vivres qui venaient des Alpujarras.

Le brave Mousa obtenait fréquemment des avantages contre les Castillans, qu’il allait inquiéter et provoquer sous leurs tentes. Ferdinand fit alors entourer son camp d’un mur et d’un fossé, et en forma une ville (2), manifestant ainsi sa ferme résolution de ne lever le siège de Grenade qu’après l’avoir prise. Mousa , avec la plus grande partie des forces musulmanes , vint attaquer cette nouvelle ville.

Sa cavalerie fit des merveilles; mais son infanterie ayant lâché le pied dès le premier choc , les chrétiens poursuivirent les vaincus jusqu’aux murs de Grenade , et s’emparèrent de leur artillerie, ainsi que des tours d’observation , où ils mirent garnison.

Mousa rentra dans la place, bouillant de colère, et ordonna de fermer les portes du côté de la véga, se défiant des troupes qui les gardaient.

Les courses et les ravages des assiégeants ayant intercepté l’arrivée des vivres, la disette se fit sentir dans Grenade.

La difficulté de nourrir une immense population alarma le roi.

Il convoqua son divan; malgré les efforts de Mousa , qui , seul , soutint que toutes les ressources n’étaient pas épuisées, et qu’on n’avait pas encore pris les armes du désespoir, on décida qu’il fallait traiter avec le roi de Castille.

Le vézir Abou’l-Cacem Abd el-Melek, chargé de cette négociation , alla trouver Ferdinand, et , après de longues conférences avec ses plénipotentiaires , au nombre desquels était le fameux Gonzalve de Cordoue , on signa , le 22 mo- harrem 897 (25 novembre 1491), un traité par lequel il fut convenu, que si, dans deux mois, le roi de Grenade n’était pas secouru par terre ou par mer, il livrerait les deux citadelles de la ville, les tours et les portes ; qu’il jurerait, ainsi que ses capitaines, obéissance au roi de Castille , qui serait reconnu souverain par tous les habitants ; que tous les captifs chrétiens seraient mis en liberté sans rançon ; que jusqu à la pleine exécution du traité, cinq cents otages , pris parmi les jeunes gens des premières familles, seraient remis aux chrétiens.

Le dernier conseil du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus
Le dernier conseil  remplis de tristesse du sultan nasride Abu Abd’Allah Muhammad XII dit Boabdil avec ces vizirs Grenade 1432 al-Andalus 

On stipula en outre que les Alpujarras seraient laissés à Mohammed, avec des revenus suffisants pour y vivre en roi ; que les musulmans conserveraient leur liberté, leurs biens, leurs armes, leurs chevaux, leurs- lois , leurs coutumes, leur langue, leurs juges naturels, leurs mosquées , le libre exercice de leur religion ; qu’ils seraient exempts d’impôts pendant trois ans , et qu’ensuite on n’exigerait d’eux que le tribut qu’ils payaient à leur ancien souverain.

Lorsque le vézir rapporta cette capitulation dans le diwan , tous les membres fondirent en larmes.

Le seul Mousa prit encore la parole ; il s’efforça de ranimer leur courage et leur patriotisme, en leur dépeignant les outrages et les vexations qu’ils auraient à endurer de la part des chrétiens, et en les exhortant à préférer une mort glorieuse à un esclavage humiliant.

Jugeant à leur silence et à leur abattement que tout sentiment généreux était éteint dans leurs âmes pusillanimes , il sortit furieux de l’assemblée , alla chez lui pren dre ses armes et son cheval , abandonna la ville et ne reparut plus .

Le lâche Mohammed, incapable de cet effort de courage, se consola , en voyant qu’aucun des membres de son conseil ne montrait plus d’énergie.

La famille royal Nasride d'Abu Abd'Allah dit Boabdil quitte Grenade  1492
La famille royale Nasride d’Abu Abd’Allah dit Boabdil quitte Grenade 1492

Le vézir et les princi paux cheikhs, craignant que le peuple excité par les discours animés de Mousa et de quelques autres vaillants capitaines , ne se révoltât, dans l’intervalle qui devait s’écouler jusqu’au délai fixé par la capitulation , conseillèrent au roi de Grenade de rendre la ville avant l’expiration de ce terme, afin de prévenir de nouvelles révolutions et de plus grands mal heurs.

Mohammed envoya donc au roi de Castille de riches présents en chevaux de race, armes et pierreries , et lui fit savoir que puisque telle était la volonté de Dieu , il livre rait la ville et ses forteresses le lendemain.

Ferdinand accueillit favorablement et avec joie ce message, réitéra ses promesses de protection pour le roi de Grenade, et lui garantit la cession des districts de Purchena, Versa , Dalias, Marchena, Volodin, Luchar, Andaraz, Juviles, Ferreira , Poqueira et Orgiba, avec leurs dépendances , leurs droits el leurs revenus , et des rentes considérables pour son entre tien.

Il lui envoya aussi des lettres de sécurité pour tous les habitants.

Cette convention eut lieu le 4 rabi 897 (5 janvier 1492).

La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd'Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques
La reddition de Grenade , le sultan Abu Abd’Allah dit Boabdil et noir à gauche sur le cheval et en face le couple des fanatiques catholiques

Le lendemain , dès le point du jour, le roi de Grenade fit partir sa famille et ses trésors pour les Alpujarras, et sortit de sa capitale, accompagné de ses vézirs et de cinquante île ses principaux officiers, pour aller au-devant du roi de Castille : lorsqu’il l’eut rencontré, il voulut mettre pied à terre, comme firent les gens de sa suite; mais Ferdinand s’y opposa.

Les deux princes s’étant approchés l’un de l’autre à cheval, Mohammed baisa le bras droit du monarque chrétien , et lui dit humblement : Je suis à vous , puissant roi, et, puisque Dieu le veut ainsi , je vous livre ma capitale et mon royaume , dans la confiance que vous serez élément et généreux-.

En même temps il lui fit présenter les clés par son vézir.

Ferdinand le maudit fils du maudit le  « consola », l’embrassa et l’assura que son amitié le dédommagerait des torts de la fortune.

détail du sultan Nasride Abu Abd'Allah
détail du sultan Nasride Abu Abd’Allah

Mohammed ne rentra point dans Grenade : il prit le chemin des montagnes et alla rejoindre sa famille.

Le vézir livra aux capitaines castillans l’Alhamra , l’Alcaçaba et l’Albaycin ; mais les habitants désolés se renfermèrent dans leurs maisons, et les rues demeurèrent désertes.

Lorsque les croix et les bannières chrétiennes eurent été placées sur les tours de Grenade, le comte de ‘Fendilla , qui en fut le premier gouverneur chrétien , en prit possession , avec une partie de l’armée.

Les principaux seigneurs maures vinrent le saluer, et se promenèrent dans la ville avec les capitaines castillans , comme sujets du même souverain.

Ferdinand et Isabelle entrèrent dans Grenade, le même jour, de  janvier , nommèrent pour chef des musulmans , Serd Yahia, et donnèrent à Al-Nayar le commandement de la côte.

Tel fut le prix de la trahison de ces princes et des services qu’ils avaient rendus pour la ruine de leur patrie .

Abu Abd Allah dit Boabdil en quittant Grenade 1492
Abu Abd Allah dit Boabdil , sortant de Grenade 1492

Abou- Abdallah Mohammed arrivé à Padul , jeta , pour la dernière fois ses regards sur Grenade, et s’écria en pleurant : Allah u akhbar (Dieu est grand ).

La sulthane sa mère, qui avait tout sacrifié pour le placer sur le trône, lui dit : « Tu fais bien de pleurer comme une femme un royaume que tu n’as pas su défendre en homme et en roi. »

Ce prince fut le dernier de la dynastie des Nasrides, qui avaient possédé le royaume de Grenade deux cent soixante- deux ans, et porté le titre de roi , six ans de plus.

Abou-Abdallah Mohammed avait régné environ neuf ans, tant seul qu’en concurrence avec son père et son oncle.

En lui finit aussi la domination musulmane, après avoir duré près de huit cent cinq années lunaires ( près de sept cent quatre- vingt-un ans, suivant le calendrier chrétien) , et fourni à l’Espagne un très-grand nombre de princes distingués par leurs vertus, leurs talents, et leur amour pour les sciences, les lettres et les arts.

Le roi déchu ne pouvait sans douleur supporter la condition privée où la fortune l’avait réduit; son vézir, sans son aveu et à son insu, vendit au roi de Castille le taa de Purchena, pour la somme de 80,000 ducats d’or qu’il compta à son maître, en lui conseillant d’abandonner une terre dont le séjour ne pouvait qu’éterniser et aggraver ses chagrins.

Mohammed s’embarqua donc pour l’Afrique, l’an 808(1493); et ce malheureux , qui n’avait pas eu le courage de mourir en défendant ses sujets et sa couronne, périt peu de temps après sur le champ de bataille, pour la cause du roi de Fez, Muley Ahmed, son parent, en combattant contre les chérifs, sur les bords de Ouad-al-Aswad.

Les Arabes ou Maures , persécutés par les chrétiens , au mépris des capitulations, dès l’année 1498, supportèrent impatiemment le joug.

Poussés enfin à bout par l’intolérance lyrannique de Philippe II, ils se révoltèrent l’an 977 de l’hégire (1569 deJ.-C).

Ils élurent pour roi ou chef, Mohammed bcn-Ommeyah (l’Omeyyade), qu’ils étranglèrent quelque temps après, et le remplacèrent par Muley Abdallah, dont la mort tragique mit fin à la rébellion, au commencement de 1571.

Ils ne furent entièrement chassés de l’Espagne que sous le règne de Philippe III , en 1610.

Plus de 15o,ooo d’entre eux passèrent en France, où ils furent traités avec beaucoup d’égards et d humanité, conformément à un édit de Henri IV, en date du 22 février.

Quelques-uns s’établirent en Languedoc et en Provence, et se firent chrétiens; mais la plupart s’embarquèrent dans les ports de France, pour gagner l’Afrique du Nord et les états Ottomans.

Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd'Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.
Traité signé en 1492 par le sultan Nasride Abu-Abd’Allah dit Boabdil lors de la capitulation de Grenade, ce traité portais sur le bon traitement des musulmans qui ne sera jamais respecté.

FIN DE LA CHRONOLOGIE HISTORIQUE DES MUSULMANS D’AL-ANDALUS (D’ESPAGNE.)

Source :

Tiré de l’encyclopédie  : « L’art de vérifier les dates des faits historiques, des chartes, des chroniques et autres anciens monuments » éd. in-8°, t. n, p.361. à 392

Date d’édition : 1818-1819

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