La dernière guerre opposant arabes et berbères, la guerre de trente ans ou du Char Bouba 17e siècle :

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La guerre Char Bouba (diversement translittéré comme Sharr Bubba, Shar Buba, etc.) ou de la guerre de Trente Ans mauritanienne,  a eu lieu entre 1644-1674 dans les tribus des zones de ce qui est aujourd’hui la Mauritanie et le Sahara occidental . [1 )

Elle a été menée entre les tribus berbères  Sanhadja résidant dans la région, dirigée par leurs chef l’Imam berbère des Lamtuna du nom de Nasr ad-Din , contre les tribus arabes yéménites des Banu Maqil,  tribus d’immigrants, au premier rang desquels était les arabes des Beni Hassan et les chefs arabes  sayyidi Ibrahim al-arroussi et Sayyidi al-Tounsi al-Arroussi. [2]

: Ruines de la mosquée de Ksar el Barka [Mauritanie] : [photographie de presse] / [Agence Rol] Auteur : Agence Rol. Agence photographique Date d'édition : 1908
Ruines de la mosquée de Ksar el Barka [Mauritanie] : [photographie de presse] / [Agence Rol]
Auteur : Agence Rol. Agence photographique
Date d’édition : 1908
Le chef des arabes était le chef de guerre Sidi Ibrahim Al Aroussi, fils du célèbre Cheikh Sidi Ahmed Al Aroussi (mort en 1593, près de Smara, au Sahara occidental). Al Aroussi, avec ses deux fils Shannan Al AROUSSI et Sidi Al Tounsi Al-AROUSSI, ont dirigés les forces armées de la puissante tribu arabes des Banu Hassan, pour conquérir l’émirat berbère sanhajites de l’actuelle Mauritanie pour  avoir un accès au « Bilad As-Soudan » (la Terre des Noir au Sénégal et au Mali), pour la route de l’Or. 

Les Beni Hassan Maqiliens sont les descendent de Hassan ibn Mokhtar ibn  Mohamed, le deuxième fils de l’ancêtre Maqil. Ils étaient donc les cousins ​​des Beni Mansour, une fraction est rester en orient  en Jordanie dans la ville de Zarqa, le Jihadiste Abu Mussab al-Zarqawi était des Banu Hassan, ainsi que le premier président Algérien, Ahmed Ben Bela (Ahmad Bin Billah).

 1673-1674 

Contexte

Les Sanhaja (confédération tribale berbère) avait joué un rôle clé dans la formation de la dynastie des Almoravides , et par conséquent, ils avait connu une période de force et de puissance tout au long de l’existence de la dynastie des Murabitoun (almoravides). Suite à la défaite et la désintégration des almoravides face au Almohahes , les Sanhaja en sont sortie divisé et affaiblie. Le plus agressive et guerrier des clans Sanhaja dominait les groupes plus petits et les plus faibles, exigeant un lourd tribut. Certains des groupes les plus faibles, après avoir échoué à préserver leur indépendance, se sont détournés de la violence et de la place se sont consacrés à l’apprentissage et de la piété islamique. Ces groupes sont devenus connus sous le nom de lZawaya ou (tribus maraboutiques). Une relation a grandi entre les plus forts clans de guerriers, qui se souciaient peu de l’islam, et les pieux Zawaya.

Les Nomades arabes connues sous le nom de Bani Hassan sont arrivés tard dans la région saharienne du sud-ouest dans le 15ème siècle, les arabes en général en afrique du Nord depuis les temps des Omeyyades habitait principalement le nord et ils ont  ce donc mis  à dominer les indigènes berbères du sud. Une société « maure » ensuite c’est développé,  qui était constitué des arabes  Bani Hassan, des berbères Zawaya, et des al-Lahma;groupes inféodés à la fois  au Bani Hassan et au Zawaya (mawla/clients). [3]

 l'ajjer sahara central 1

Les dirigeants successifs  des Banu Hassan ont exercé une pression sur les Zawaya, leurs exigeant tribut. L’hommage était le paiement pour la protection, mais les Hassan étaient souvent soit incapable ou refusait de protéger leurs clients, il en résultait que le commerce et l’agriculture les Zawaya étant fréquemment perturbées par des raids et l’insécurité générale. La tribu arabe des Banu Hassan ont donc été considérés comme des cibles légitimes pour le djihad, étant donné qu’ils ont été considérés comme ne s’appliquer de leurs obligations en vertu de l’Islam, même si ils sont restés musulman. [3]

Les tensions entre les Bani Hassan  et les Zawaya avaient également été exacerbée par une crise économique; les Banu Hassan étant en grande partie nomades, tandis que ls  Zawaya étaient agriculteurs sur tout le long de la rivière Sénégal.

Les Français avaient déjà établi un poste de traite (esclavage) sur l’Atlantique à Saint-Louis en 1659, et ce qui à son tour perturbait le commerce sur le long du fleuve Sénégal vers l’Atlantique, le monopole de Saint-Louis privait les Maures de leurs revenue  de la traite des d’esclaves, ils avaient pourtant compté pendant des siècles sur le commerce des céréales des agriculteurs du long du fleuve Sénégal. [4] Les groupes nomades du désert au nord du Sénégal étaient fortement tributaire de ces céréales pour la survie. La société berbère a ensuite été pris entre le mouvement au sud des Arabes Banu Hassan et la perte des échanges résultant du monopole de  Saint-Louis. [4]

Une classe d’érudits musulmans a appelé les Torodbe [a] semble avoir son origine dans Futa Toro , se diffuse ensuite dans les territoires Peuls. Deux des clans Torodbe à Futa Toro prétendait faussement descendre d’un sahabi du septième siècle parent de l’un des compagnons du prophète Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui;. Les Torodbe pourrait bien déjà etre un groupe distinct lorsque les Denianke  ont conquis le Futa Toro. [6]

Dans le dernier quart du dix-septième siècle, le mauritanien Zawaya , le  réformateur Nasir al-Din a lancé un djihad pour restaurer la pureté de la pratique religieuse dans le Fouta Toro. Il a obtenu le soutien du clan clérical des Torodbe contre les guerriers, mais en 1677 le mouvement avait été vaincu. [7] Après cette défaite, une partie des  Torodbe ont migré vers le sud à Bundu et certains ont continué sur le Fuuta Jallon . [8] Les agriculteurs du Fouta Toro ont  continué à souffrir des attaques des nomades  arabes de Mauritanie. [9] Au XVIIIe siècle, il y avait un ressentiment croissant parmi la classe inférieure à majorité musulmane au manque de protection contre ces attaques. [5]

Zoueratt, est une ville du nord de la Mauritanie, proche de la frontière avec le Sahara occidental qui est la capitale de la région (wilaya) de Tiris Zemmour.
Zoueratt, est une ville du nord de la Mauritanie, proche de la frontière avec le Sahara occidental qui est la capitale de la région (wilaya) de Tiris Zemmour.

Le prosélytisme de Nasr ad-Din le Sanhajite :

Un savant Zawaya, né Ashfaga mais aussi connu sous le nom de Awbek, a commencé à prendre de l’importance au sein de la Zawaya, pour finalement être connu par son titre; Nasr ad-Din.

Nasr avait commencé sa prédication en appelant à la repentance, mais que son mouvement a grandi entre sa tribu; Banu Dayman, et parmi la société plus large Zawaya, Nasr ont commencé à appeler pour la formation d’un Etat islamique. L’état que Nasr a préconisé serait au-dessus des tensions tribales et ethniques et ressemblerait à la société idéale du début du califat.

Nasr a de nombreux titres auto-désignés, tels que Sayyiduna (notre maître), Imamund (notre Imam), et Mushi al-Din (celui qui propage la foi), avant de se fixer sur Nasir al-Din (protecteur de la foi) . Nasr a exigé la loyauté de tous les Zawaya, forçant chaque leader Zawaya à lui jurer allégeance.

Son gouvernement était composé de lui-même, un vizir, et 4 de Qadi, et il c’état lui-même chargé de l’application de  l’ordre dans le sud du Soudan; connu sous le nom de Qibla.

Nasr a lui-même fixé les objectifs de la lutte contre ceux qui négligeaient islam et les musulmans opprimés,, unir les divers groupes de la région dans un seul Etat, et la création d’un nouvel ordre et « divinement guidée ». [10]

La Guerre 

En 1673, Nasir al-Din a commencé son djihad en envahissant Fouta Tooro et les différents Etats wolof -au delà du fleuve Sénégal . En se concentrant sur les États du sud du Sénégal Nasr a évité une confrontation précoce avec la puissante tribu arabe des Banu Hassan, Nasr quant à lui a pris le contrôle des entrepôts pour le commerce de la gomme arabique du Sénégal. . [10]

Puis Nasr reporta son attention sur le renforcement de la souveraineté de sont état ​​islamique, et a imposé la zakat sur ​​les tribus des affluents au nord du fleuve Sénégal. Une de ces tribus tributaires; est nommé Bubba, ils ont fait appel à l’ Emir du Trarza du nom de Hadi, pour les aider à résister à Nasr ad-Din.La tradition affirme que la guerre entre Nasr ad-Din et l’émirat de Trarza a éclaté à la suite de l’appel  l’aide des gens de Bubba à Trarza, il en résulte que la guerre sera appelé Shurbubba, ou «la guerre de Bubba. » [10]

Les Banu Hassan étaient unis dans leur opposition à Nasr. [10] La plupart de la charge de combats est tombé à l’Emirat du Trarza, bien que l’Emirat de Brakna et Trarza a envoyé des renforts pour aidé et immobiliser les Zawaya dans leurs propres régions pour les empêcher de rejoindre les forces de Nasr. La plupart des  Zawaya du sud du Sahara ont fait faces avec Nasr, même si certains sont restés neutres, et d’autres soutenu les Banu Hassan, dont  un savant Zawaya de Shinqit qui a délivrer une fatwa contre Nasr, déclarant qu’il était pas un calife  (non-arabe) et n’a eu aucun droit d’imposer la zakat. Cette fatwa a conduit  Hadi, le chef de l’émirat de Trarza, a envoyer des troupes pour ce  saisir des animaux qui avaient déjà été envoyés comme zakat. [11]

Le conflit qui a suivi a vu les forces de Nasr et ceux de Hadi ce sont affrontés dans trois batailles; la première près du port de Portendick et le second près des mines de sel de Awlil positionné juste au nord de l’embouchure du fleuve Sénégal. Les Zawaya étaient victorieux dans les trois batailles, mais Nasr a été tué dans la bataille finale en Août 1674 avec beaucoup de ses disciples les plus proches. [11]

Arabe sur un chameau
Arabe sur un chameau

La succession et de la chute de l’Etat islamique de Nasr 

Après la mort de Nasr, les Zawaya ont élu al-Faqih al-Amin.

al-Amin était né Sidi al-Fadil, et descendait  des Zawaya employée par les chefs Banu Hassan. Il était donc à espérer que al-Amin serait en mesure d’apporter les  Hassan à des termes qui, ayant été battu en trois batailles, étaient prêts à négocier. Un accord a été conclu entre les Hassan et les Zawaya lequel les Hassan devait reconnaître l’autorité spirituelle de l’Imam Zawaya, et en retour, l’imam devait renoncer à toutes revendications politiques, y compris sa capacité à percevoir la zakat. Toutefois, la majorité des Zawaya, qui a suivi encore le militarisme Nasr ad-Din, étaient opposés à toute compromission avec les arabes  banu Hassan, et ont déposé al-Amin. Les Zawaya ont élu Qadi Uthman en remplacement. Uthman avait précédemment servi comme vizir de Nasr al-Din et avait été l’un de ses plus proches compagnons. [11]

Uthman relancé la politique militariste et de non-négociation avec les Arabes banu Hassan. Il a également réintroduit la zakat, dont il a exigé des tribus et factions les plus faibles. Ces groupes les plus faibles ont résisté, se éunissant et en cherchant le soutien de Hadi. Les forces de Hadi ont ensuite effacer la collecte de l’impôt de l’expédition des ‘Zawaya. Othman était à son tour tué dans la lutte contre les wolof, et a été remplacé par une série de trois imams dont Munir ad-Din, le frère de Nasir ad-Din. L’Imamat a été absolument et inconditionnellement vaincu par les forces combinées des  Bnau Hassan et des tribus rebelles. [11]

Conséquences  de la victoire Arabe : 

À la suite de leur défaite absolue,, les berbères Zawaya vaincus ont renoncé à toute prétention et à l’autorité politique ou militaire et ont  rendu hommage au Banu Hassan pour leur protection. [11]  Les guerriers Hassani ont eu le droit de boire le lait des troupeaux Zawaya et a l’accès à un tiers de l’eau des puits des Zawaya.

Les Zawaya devait également accueillir les  passant Hassani pendant trois jours. Les berbères Zawaya ont également été brisé comme un groupe unis comme cela est arrivée au berbères d’Algérie et de Tunisie. Bien que vaincu, la guerre a eu pour effet d’ajouter le militantisme à l’enseignement religieux chez les  Zawaya, qui à leurs tour ont  propager la guerre sainte aux pays voisins dont le soudan. [12]

African Zenega people. 17th-century artwork of clothing worn by Zenega (or Sanhaja) people in Africa. Of Berber origin, these people spread as far south as what is now Senegal. This engraving is from 'Africa' (1670) by the London-based Scottish cartographer John Ogilby (1600-1676). This 767-page atlas describes the known lands and peoples of Africa, with 57 plate engravings of maps and artworks. Largely based on the 1668 work 'Naukeurige Beshryvinge der Afrikaenesche gewesten' by Dutch geographer Olfert Dapper, the engravings were by 17th-century Dutch artist Jacob van Meurs. Crédit: Middle Temple BIBLIOTHÈQUE / SCIENCE PHOTO LIBRARY Légende: personnes Zenega africains. 17ème siècle oeuvre des vêtements portés par Zenega (ou Sanhaja) de personnes en Afrique. D'origine berbère, ces personnes réparties aussi loin au sud que ce qui est aujourd'hui le Sénégal. Cette gravure est de l'Afrique
Crédit: Middle Temple BIBLIOTHÈQUE / SCIENCE PHOTO LIBRARY
: Image représentant des berbères   Zenega .au 17ème siècle  avec leurs vêtements typiquement Zenega (ou Sanhaja) . D’origine berbère, ces personnes sont  réparties aussi loin au sud de ce qui est aujourd’hui le Sénégal. Cette gravure faite en  Afrique « (1670) par le cartographe, basé à Londres,  l’écossais John Ogilby (1600-1676).

Résultat (Humiliation des berbères et mains-mise arabe)

La guerre se termina par la défaite des tribus berbères, et ils étaient à partir de ce point ​​obligés de rendre leurs armes et de se soumettre aux guerriers des tribus arabes Banu Hassan, à qui ils ont payé la horma impôt pour le perdant ​​. Ils ne resteraient que dans les rôles d’exploitées que ce soit les semi-sédentaires agriculteurs et pêcheurs ( berbères  znaga), ou, un peu plus haut sur ​​l’échelle sociale, en tant que religieux ( marabouts ou zawiya ). Cette division entre guerriers arabe des Banu Hassan et berbères marabouts, plus les znaga subordonné, existait en Mauritanie jusqu’à la colonisation Française , quand la France elle-même c’est imposé militairement sur ​​toutes les tribus, et ainsi brisé la puissance des Banu Hassan. [13]

Plus important encore, la victoire arabe a provoqué une révolution culturelle et linguistique généralisée et suivi une arabisation , des tribus berbères qui ce sont mis à renoncer à leur langue barbare ( tamazight) et d’autres langues berbères pour la magnifique langue arabe, sous la forme du dialecte al-Hassaniya des Beni Hassan. Il est encore parlée comme langue principale des maures de la Mauritanie et du Sahara occidental, ainsi que dans certaines parties du Maroc et Algérie du sud. 

Sur cette aire géographique étendue, il constitue la langue maternelle d’une population de type maure, en majorité arabe ou arabisée. À l'origine dialecte des Bédouins du clan des Banu Hassan <Banu Maqil
Sur cette aire géographique étendue, il constitue la langue maternelle d’une population de type maure, en majorité arabe ou arabisée., le dialecte des Bédouins du clan des Banu Hassan Banu Maqil.

Les paroles qui vont suivre sont extraite  de «  l’Emirat des Trarzas » par Paul Marty

« La domination des Hassan Oulad Rizg (XV e siècle)

Le xv e siècle paraît dominé : dans le Tiris et dépendances, par les descendants et bandes de Rizg, fils d’Oudeï, fils de Hassan ; dans l’Adrar et le Hôdli, par les descendants et bandes de Daoud, autre fils d’Oudeï.

Les Oulad Rizg, comme les appelle la tradition, comprenaient les campements de ses cinq fils, à savoir : les Oulad Merzouq, les Oulad Aid, les Djaafra, les Sekakna, et les Rehamna (ou Rehamin), respectivement issus ou dépendants de Merzouq, Aïd, Djaafer, Sekkoun, et Ralimoun fils de Bassim.

Des Oulad Rizg, il convient de dire que subsistent aujourd’hui dans le Trarza, mais fort amoindries numériquement et politiquement, quelques petites fractions restées hassanes indépendantes : les Oulad Moussa, -les Oulad Beniouk, les Oulad Khalifa, les Oulad Ben AH, qui marchent dans le village des Oulad Ahmed Ben Daman. Les autres : Oulad Aïd, quelques tentes Bassim, sont fondues chez les Arroueïjat et dans le Brakna, ou sont Télamides des Ahel Barik Allah ; et enfin quelques tentes Rehamna et Zebeïrat qui ont été réduites, à la suite de guerres malheureuses, à l’état de tributaires des Oulad Ahmed ben Daman. Ils sont guerriers néanmoins et marchent en rezzou avec leurs suzerains.

Les Oulad Daoud, dont les destinées se sont tournées vers l’Est ont donné naissance à plusieurs des nombreuses et indociles tribus du Hodh (Oulad Allouch…) Ils comprennent en outre le campement des Agcharat, qui marchait de préférence à l’Ouest avec les Oulad Rizg. Les descendants des Agcharat vivent toujours, sous ce nom et sous celui d’Oulad Agchar dans l’Adrar et le Trarza. Si la branche de l’Adrar constitue une importante tribu, celle du Trarza n’est qu’une petite fraction d’une dizaine de tentes, inféodée à l’heure actuelle à l’émir Ahmed Saloum III.

Les Oulad Rizg et les Agcharat étaient appelés alors Arabes Regueïtat, c’est-à-dire dans la terminologie maure, Arabes qui occupent un territoire inhabité, sorte de zone neutre, sise entre deux Etats auxquels elle n’appartient pas. »

« Cette oppression des Berbères par les Arabes se continua d’ailleurs pendant la durée des XV e et xvi c siècles sous les formes les plus diverses. Si les Arabes se montraient inlassablement batailleurs et pillards, les Berbères se signalaient alors « par leur persistance inébranlable à ne pas payer de « redevances aux Hassanes et autres peuplades, et la persévérante solidarité qu’ils montrèrent à cet égard. » Ils aimaient mieux se laisser piller que de payer tribut, et entre deux maux choisissaient le premier et le supportaient avec sérénité. Cette solidarité qu’ils opposaient aux fauteurs de désordre qu’étaient les Hassanes se traduisait par la fidélité à leurs institutions coutumières et par une intime union entre tribus ; ils n’hésitaient pas à rejeter de leur sein tout individu, quelle que fût sa situation, qui n’acceptait pas les  décisions des Djemaa, ou voulait instaurer une politique personnelle.

Ils poussaient leur désir de faire bloc devant l’ennemi jusqu’à sacrifier leurs intérêts et leurs droits, plutôt que de soulever des contestations qui les eussent affaiblis. Le Chiamez-Zouaïa signale comme une énormité un litige qui s’éleva un jour entre deux cousins des Id Atjfagha au sujet d’esclaves dont chacun réclamait la propriété. Le Cadi Sid El-Fadel, devant qui fut porté le différend, ordonna de le cacher et fît séquestrer les plaideurs, considérant cet événement, sans précédent chez les Tachomcha, comme une honte. Il le régla sans entendre les parties et sans même prononcer leurs noms, en prescrivant à l’un d’eux de donner une esclave à l’autre. La partie succombante, Abou Habib Allah Moussa ben Abou Baker Chella, s’exécuta ; et depuis ce jour beaucoup de ses descendants crurent de leur honneur de faire don de temps en temps d’un esclave aux descendants d’AboU Fadel, la partie gagnante.

Ces belles qualités morales auxquelles on pourra joindre, si l’on veut, toutes celles que cite le Chiamez-Zouaïa : douceur, patience, charité, hospitalité et toutes les vertus domestiques, n’étaient pas suffisantes. Entre ces deux peuples dont l’un ne cessait d’affirmer ses droits à l’existence aux dépens des autres par les exploits de Sa valeur guerrière, et dont l’autre uniquement adonné aux arts de la paix : « forage a incessant des puits, recherche des pâturages, élevage des « troupeaux, commerce », se refusait à défendre, les armes « à la main, sa vie sociale et sa civilisation, la lutte était « inégale. Elle devait se terminer, comme on le verra plus loin, par le triomphe politique des Hassanes et l’assujettissement complet des Berbères.

Cet effacement des Berbères paraît tout à fait regrettable. S’ils avaient voulu résister fermement aux envahisseurs, leur nombre et leurs richesses leur permettaient facilement de dompter ces quelques pillards et de les rejeter au loin ou de les assimiler. La civilisation berbère, pratique et progressiste, valait bien les coutumes arabes, négatives ou oppressives, issues d’un nomadisme invétéré, impropre, à toute évolution sérieuse. Au point de vue économique le Sahara Occidental, méthodiquement mis en valeur par la ténacité âpre et presque cupide du Berbère, serait vraisemblablement beaucoup plus riche qu’il ne l’est maintenant.

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Ce n’était pas seulement sur les tribus berbères que s’exerçaient les pillages des Hassanes. Les peuples noirs, qui vivaient à ce moment sur la rive droite du Sénégal et mettaient en valeur le Chemama, le Gorgol et même le Tagant, avaient aussi à souffrir de leurs déprédations. A défaut des  auteurs arabes, la tradition noire (1) rapporte que les Oulad Rizg descendaient jusqu’au fleuve. Ils auraient même occupé l’île où l’élève Saint-Louis. Leur principal établissement était à Branangouya, près du village de Bran et du marigot de Ouêl. La faible authenticité des traditions noires ne permet pas d’accepter rigoureusement ces données, mais on peut en accepter au moins le principe, et constater que, dès le premier siècle de leur arrivée en Mauritanie, les Hassanes poussaient leurs incursions en pays noir, et spécialement pour la région Trarza, traversaient la zone, encore peuplée à ce temps par les Mélaniens, et venaient ravager les villages bâtis dans la vallée inférieure du Sénégal.

Si telle était l’attitude des Oulad Rizg, celle des Berbères, au dire du Chiamez-Zouaïa était toute différente, et ils avaient pour les peuples noirs libres les mêmes égards qu’ils professaient pour leurs frères Berbères. »

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« La Guerre de Babbah et les Imams Berbères

Les graves événements qui allaient se dérouler vers le milieu du xvii e siècle devaient bouleverser complètement les tribus maures et établir d’une façon définitive les conditions de la vie sociale, telles que nos ancêtres, les premiers pionniers sénégalais, les ont vus à la fin du xviie siècle et au xviii e siècle, et telles que nous les voyons nous-mêmes aujourd’hui, avant que notre installation en Mauritanie vienne apporter de nouvelles transformations.

A ce moment (1640 environ), les tribus berbères du Trarza occupent sensiblement le triangle Khroufa, Mederdra, BouTilimit. Elles sont bornées au Nord par es Hassanes Trarzas; à l’Est par les Hassanes Brakna ; au Sud, par les Noirs qui occupent encore tout le Chemama et font même sentir leurs incursions jusqu’en pays maure.

Politiquement, les Berbères sans opposer de résistance militaire, essaient de tenir tête aux prétentions des Hassanes tantôt par leur obstination implacable à refuser tout tribut, et tantôt par des offres de cadeaux qui peuvent écarter momentanément l’orage, en semant la division chez l’ennemi.

Contre les Noirs, ils ont une action guerrière plus active, et nous voyons Mohammed fils de Dîman, l’ancêtre éponyme des Oulad Dîman, loué d’avoir été pour les femmes et les enfants zouaïa une défense contre les sultans de la dynastie de Tenguella.

La politique active du grand Marabout Nacer ad-Din allait être le signal de profondes modifications dans la société maure. Portée un instant au pinacle par la volonté de fer de ce saint homme et unis sous sa baraka, les Berbères faillirent triompher et exterminer les Hassanes. La mort de Nacer ad-Din, les divisions qui suivirent réduisirent à néant leurs succès. Ce sont là des aventures de marabouts qui se sont renouvelées maintes fois, jusqu’à nos jours inclusivement. »

« Le chroniqueur de la vie de Nacer ad-Din ne fait aucune difficulté pour reconnaître que la ruine des Zouaïa est due à leur mauvaise organisation militaire. La valeur individuelle et le mépris de la mort, issu de leur désir du martyre, ne leur manquaient pas, mais ils n’avaient aucun entraînement guerrier. Les Meghafra, au contraire, « étaient au courant des opérations militaires. Ils connaissaient mieux les procédés de la guerre, ses moyens et ses ruses; et étaient plus fertiles en stratagèmes. Enfin, ayant grandi dans la pratique des armes, ils y étaient devenus experts » (2).

Il aurait pu ajouter une autre cause ; l’incurable division des sociétés berbères. En face du petit groupe des Hassanes pillards et non moins divisés qu’eux à l’ordinaire, mais sachant s’unir sous le commandement d’un chef pour marcher à l’ennemi, les Berbères, par jalousie, par esprit de fronde, ne surent jamais se grouper que très provisoirement et très partiellement. C’est ainsi qu’au cours de cette lutte de trente ans (1644-1674), ils furent réduits en détail et presque anéantis.

La guerre de Babbah est génératrice de la société maure, telle qu’elle existe dans son état actuel.

Appuyant sur les tendances maraboutiques, pédagogiques et pastorales des Berbères, les Hassanes les confinèrent désormais dans un rôle purement religieux et pacifique.

C’est à partir de ce moment qu’ils vont devenir les Zouaïa tolba ou marabouts, adonnés à l’étude et à la prière, cadis, et instituteurs des enfants des Hassanes à l’occasion. Ils devenaient ainsi, eux les Berbères, par un singulier revirement des choses, les représentants officiels de la langue et de la littérature arabes, les apôtres de la religion et de la  civilisation musulmane, tandis que les Hassanes, fils des Arabes des invasions, devenaient les mécréants et les infidèles.

Ils ne porteront plus d’armes, n’en toucheront même jamais, et payeront tribut (horma) aux Hassanes. Ceux-ci leur feront subir toutes sortes de vexations, sous prétexte de protéger leurs campements, mais respecteront la vie de ces hommes désarmés.

Ils se consacreront à l’élèvage des troupeaux, dont le hassani pourra toujours venir boire le lait ; et creuseront des puits où le guerrier aura toujours le droit de puiser le premier seau, et d’y boire théoriquement dans la proportion d’un delou (seau) sur trois (i), pratiquement autant qu’il aura soif et avant tout autre.

Ils devront fournir des animaux de selle ou de charge à tout guerrier démonté et sans animaux de bât, qui se présentera dans leurs campements et en fera la réquisition.

Ils devront héberger pendant dans trois jours, dans chaque campement, les femmes des Hassanes, lors de ces tournées périodiques de diffa qu’elles entreprennent lorsque la faim talonne les campements des guerriers.

Telle est la situation qui a subsisté jusqu’en ces dernières années et commence à peine à se modifier. Il était opportun de signaler qu’elle dérivait des stipulations que sur les champs de bataille de 1674, Haddi, fils d’Ahmed ben Daman et les autres chefs trarzas et Meghafra imposèrent aux Berbères zouaïa, abattus et ruinés.

Par la suite, les Hassanes prétendirent avoir en outre imposé aux Marabouts, la clause de ne jamais posséder de chameaux. Les Marabouts affirmèrent qu’elle n’était pas contenue dans le traité de paix, et que c’était une disposition unilatérale, émanant des seuls Hassanes. Ils continuèrent donc à élever des troupeaux de chameaux. La clause tomba ((I) La clause primitive était, assurent les Zoudia, cTuii seau sur quatre seulement.) en désuétude et ne fut relevée par les guerriers que de temps en temps ; c’était un excellent prétexte à pillage.

C’est à cette date encore que s’effectua le partage des tribus maraboutiques et leur accolement avec les tribus guerrières. Les Trarzas eurent leur Zouaïaj et les Brakna eurent les leurs. Chaque fraction guerrière eut sous sa surveillance ou protection particulière, — c’est tout un, — une fraction maraboutique. C’est de cette époque que datent ces liens de mi- vassalité, mi-amitié, qui unissent deux par deux, tribus hassanes (arabe)  et tribus zouaïa.(berbères) » »

extrait de «  l’Emirat des Trarzas » par Paul Marty

Texte complet :

http://archive.org/stream/lmiratdestrarzas00mart/lmiratdestrarzas00mart_djvu.txt

Guerre Char Bouba
Date 1644 – 1674
Emplacement Aujourd’hui la Mauritanie , Sénégalet le Sahara occidental
Résultat
  • Défaite des tribus berbères
  • Dominance des tribus arabes
  • Arabisation de la Mauritanie et du Sahara occidental
Les belligérants
Tribu Sanhadja berbères Tribus arabe Banu Maqil

Les commandants et dirigeants
Nasr ad-Din
al-Amin
Uthman
Munir ad-Din
Sidi Ibrahim Al Aroussi
Shannan Al Aroussi
Sidi Al Aroussi Tounsi
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