La Sardaigne par Ibn al-Athir (1160-1233) :

Publié le Mis à jour le

File:Fortified monastery of Abbey Lérins - Cannes.JPG
L’abbaye de Lérins en Sardaigne, fortifiée en 1073, à la suite des raids arabo-musulmans venu d’Ifriqiya et d’al-Andalus.

Conquête de l’île de Sardaigne

« Cette île figure parmi les plus grandes de la mer de Roûm et n’est dépassée en étendue que par la Sicile et la Crête ; elle produit des fruits en abondance.

En 92 (28 oct. 710), Mûsa, ibn Nusayr (émir Omeyyade d’ifriqiya et conquérant du Maghreb et de l’Espagne)  qui venait de conquérir l’Espagne, fit embarquer une portion de ses troupes à destination de cette île.

A l’arrivée des musulmans, les chrétiens, réunissant leurs vases d’or et d’argent, les jetèrent dans le port et déposèrent leurs richesses dans un grenier qu’ils construisirent en installant un plafond sous le toit de leur principale église.

Les musulmans y firent un butin  qui dépasse toute description et y commirent bien des fraudes. Ainsi il arriva qu’un musulman en train de se laver dans le port s’embarrassa le pied dans un objet qu’il retira, et qui était un plat d’argent ; ses frères relevèrent alors tout ce que recelait cette cachette. Une autre fois, un musulman entré dans l’église en question et y voyant un pigeon, lui tira une flèche, qui, manquant le but, frappa le toit factice et brisa une planche ; cette ouverture laissa passer quelques dinars, et l’on put mettre la main sur le reste, ce qui fit que les vainqueurs redoublèrent leurs fraudes (au détriment du Trésor). Il y en eut qui, après avoir égorgé des chats et leur avoir enlevé les entrailles, remplissaient le creux de pièces d’or, recousaient la peau et jetaient ces charognes dans la rue, puis en sortant les ramassaient et glissaient l’or dans le fourreau sur lequel ils ne mettaient que la poignée de leur sabre. Quand ils furent embarqués, on entendit une voix prier le Ciel de les noyer, ce qui eut lieu en effet pour eux tous, et l’on retrouva la plupart des noyés, qui portaient des dinars à la ceinture. La Sardegna vista dall'ISS

En 135 (17 juillet 752), ‘Abd er-Rahmân ibn Habîb ibn Abou ‘Obeyda al-Fihri fit une razzia dans cette île, et, après avoir fait un grand massacre des habitants, consentit à conclure la paix avec les survivants moyennant paiement du tribut. Tel fut à partir de là l’état des choses : on n’y fit plus de razzia, et les Roûm la remirent en culture.

En 323 (10 décembre 934), Al-Mansûr ibn Al-Qâ’im l’’Alide, prince (Fatimide) d’ifriqiya, envoya de Mahdia une flotte qui passa d’abord par Gênes et conquit cette ville, puis qui alla faire des prisonniers en Sardaigne ; elle brûla de nombreux vaisseaux et livra Gênes à la destruction et au pillage.

En 406 (20 juin 1015), Mujahid l’’Amiride envoya de Dénia (de la taifa de Denia), contre elle, une flotte composée de cent vingt bateaux ; l’amiral qui la commandait se rendit maître de la Sardaigne, y tua beaucoup d’hommes et emmena en captivité les femmes et les enfants. En présence de ces ravages, les princes de Roûm avec une armée considérable marchèrent par la Grande terre (d’Italie) contre le (prince de Dénia) : les musulmans battus furent expulsés de Sardaigne et perdirent une partie de leurs bâtiments. Le frère de Mujahid, ainsi que son fils ‘Ali ibn Mujahid, furent faits prisonniers, et ce prince rentra à Dénia avec les débris de son armée. Ce fut la dernière expédition dirigée contre la Sardaigne.

Nous avons jugé bon de réunir ici ces faits minimes, que l’on ne peut saisir aussi bien quand ils sont présentés isolément »

Ibn al-Athir 1160-1233 , « Al-Kāmil fī At-tārīkh » p.450 

Cagliari en Sardaigne Italie
Cagliari en Sardaigne Italie

Des vestiges arabes furent retrouvé en Sardaigne, comme des stèles, des monnaies et céramiques. Une des stèles viens d’Assemini, ville à 10km au Nord de Cagliari. avec une inscription funéraire au nom d’une certaine « Maryam, fille de Atiyya al-Sarrâg » (le sellier) décédée en l’an 470 de l’hégire, qui correspond à 1077. La deuxième inscriptions a été trouvée à Cagliari, dans les parages du Palais qui fut jadis celui du Vice-roi et qui est maintenant occupé par la Préfecture de la ville. C’est un fragment dont la date, que l’on parvient à lire seulement en partie, la troisième vient d’Olbia, dans le Nord de la Sardaigne. Contrairement aux deux premières, c’est une grosse dalle rectangulaire peu commune. Il lui manque la partie la plus haute et le côté droit. . Avec beaucoup de probabilités, il s’agit d’une troisième stèle funéraire au nom de « Mustafâ Muhammad al-Mu… » La date n’est pas visible,

19 pièces arabes furent aussi retrouvé, 7 des pièces sont en or, 4 en argent et 8 en cuivre. Chronologiquement, onze appartiennent à la période Omeyyade et aux débuts de la dynastie Abbasside; elles s’échelonnent entre 87/705 et 170/786. Il y a d’autres monnaies plus tardives : il y en a trois aghlabides (236/850 – 270/883), une fatimide
de 360/970, une hammudite (434/1043 – 447/1055), une almohade (524/1130-558/1173) et finalement deux ottomanes datées de 1171/ 1757 et de 1241/1825.

Oman Giovanni. Vestiges arabes en Sardaigne. In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°8, 1970. unica. pp. 175-184.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s