Les Kutama, histoire de la disparition d’une tribu :

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Le lieu de la tribu berbère des Kutama dans l'émirat arabe des Aghlabides en Ifriqiya
Le lieu de la tribu berbère des Kutama dans l’émirat arabe des Aghlabides en Ifriqiya (800-909)

Les Kutama, Ketama ou Kotama  était une tribu berbère Sanhadja branès et classée parmi la confédération des Bavares.. La tribu porta le nom de « Ukutamanorum » sous les Romains, puis de « Ucutamani » sous les Byzantins et de « al-Kutama » sous les Arabes.

Cette tribu peuplait principalement la région des Babors en Petite Kabylie et le nord-constantinois,1 régions situées au Nord-Est de l’Algérie, mais étendit également ses ramifications dans tout le Maghreb.2 Les Kutamas ont eu un rôle important durant l’époque médiévale (909 – 1171) au centre de l’Afrique du Nord. Ils serviront des missionnaires et d’imams chiites tels que Abu Abd Allah ach-Chi’i et Ubayd Allah al-Mahdi, formant ainsi la dynastie arabe des Fatimides contre les Aghlabides, émirat arabe issu de la tribu des Banu Tamim originaire du Khorassan, vassal du Califat Abbasside et contrôlant l’Ifriqiya (800 à 909).

fatimides
Un Cavalier Ghulam Turc et un Fantassin Kutama, tout deux de l’armée fatimide

Origines et Théories :

Les Kutama seraient une sous-branche des berbères Sanhaja selon Ibn Khaldûn. Toujours selon lui ils seraient les enfants de « Ketam » ou de « Ketm », fils de Bernis et donc de la même souche berbère que les Sanhadja.

Ibn Khaldoun après avoir fait d’après le rapport des généalogistes  descendre les Ketamah des Beranis ou enfants de Ber  descendants de Mazigh fils de Canaan mais ajoute : « Al-Kalbi (737-819) veut que les tribus de Ketamah et de Sanhadjah n’appartiennent pas aux Berbères ils ne sont selon lui que des tribus du Yémen qu’Afrikis fils de Saïli laissa en Afrique avec les gens de la postérité de Cham qu’il y avait établis. Il dit encore plus loin : « La vérité est que les Berbère sont un peuple bien différent des Arabes excepté peut-être comme l’observent aussi les généalogistes les tribus Sanhajah et des Kutamah qui selon moi doivent être regardées comme parentes et alliées des Arabes . Mais Dieu le sait ». ( Al-Kalbi repris par Ibn Khaldoun par Schulz Journ asiat t II p 121 et 142)

Selon toujours Ibn Khaldoun : : « Il est vrai qu’Ifricos-Ibn-Saïfi , ce prince de la dynastie des Tobba [rois du Yémen], qui donna son nom à l’Ifrîkïa, y avait conduit une expédition et s’en était rendu maître ; mais, après y avoir laissé les tribus himyerites de Ketama et de Sanhadja, il s’en alla. Ces deux peuples devinrent graduellement Berbères et se confondirent avec cette race , de sorte que l’autorité des Arabes en Ifrîkïa disparut tout-à-fait. Lors de la promulgation de l’Islam , le progrès de cette religion mit les Arabes en état de vaincre les autres nations. Leurs armées pénétrèrent dans le Maghreb et prirent toutes les villes de ce pays.» dixit Ibn Khaldoun;

Selon A.Bouchareb dans la thèse d’état; « Cirta ou le substratum urbain de Constantine. » : « Notons ici que Himyer, cité comme un aïeul commun des Ketama et des Sanhadja, était également regardé par les historiens antiques comme également l’aïeul des phéniciens (donc des puniques) » et plus loin il poursuit :« Deuxièmement, nous retenons que ces populations, jointes aux berbères autochtones durant des temps reculés, étaient selon les généalogistes arabes descendants de Himyer d’origine yéménite, la même origine attribuée par les historiens (antiques, dont Hérodote) aux phéniciens »

Gautier quant à lui, propose de voir dans les récits des historiens arabes sur les conquêtes yéménites  du roi Ifrikos au Maghreb « une transposition de souvenirs phéniciens »

Le nom antique sous lequel cette tribu est signalée est « kédamousien ». D’après Ptolémée, elle serait venue du sud pour s’installer dans les montagnes d’actuel Nord-Est Algérien.

Les régions de l'empire fatimide, al-Hijaz, al-Sham, al-Misr, al-Barqah et al-Ifriqiya
Les régions de l’empire fatimide, al-Hijaz, al-Sham, al-Misr, al-Barqah et al-Ifriqiya

Histoire des Kutama

C’est au Moyen Âge et le début de l’ère musulmane que sa renommée deviendra la plus importante.

Dès l’année 154 de l’hégire (771), les kutama étaient dans la ville de Jijel, et vraisemblablement peuplait aussi le territoire de cette ville, car elle a accueillis deux fois des armées arabes Abbasside révoltés de Kairouan, venu prendre refuge et s’établir parmis eux. (Ibn-Khaldoun, trad Desvergers, p. 67.)

La région est le foyer historique de la grande tribu berbère des Kutama, qui joua un rôle considérable dans le Moyen Âge maghrébin et islamique, notamment parce qu’elle fut à l’origine de la création de l’empire fatimide au xe siècle, « l’un des plus grands empires de l’histoire islamique », qui s’étendait du Maroc actuel à l’Arabie3.

Au début du xe siècle, les Kutama ont constitué avec les Fatimides une coalition contre les Abbassides. En rivalité avec les Aghlabides qui gouvernaient l’Ifriqiya, la tribu Kotama joua un rôle déterminant dans la fondation de l’État Fatimide. Ses membres devinrent les plus farouches protecteurs du jeune État et constituèrent également les principaux effectifs de sa fidèle armée4,3.

Abu Abd Allah ach-Chi’i, missionnaire arabe chiite réunit les Kutama et prépare le terrain pour son maître Ubayd Allah al-Mahdi, un imam chiite ismaélien de Syrie présenté comme le Mahdi par Abû `Abd Allâh ach-Chî’î et dont le rêve est de faire basculer le pouvoir sunnite en place à Bagdad au profit de la dynastie chiite4.

En 903 les Kutama commencèrent l’insurrection. Le 19 mars 909, ils détruisent définitivement les Aghlabides, dynastie installée par les Abbassides en Ifriqiya, près de Laribus. Six jours après, ils entrent dans leur capitale Raqqâda puis fondent la capitale du nouveau califat Fatimide à Mahdiyah5.

Les Fatimides, avec leurs armée Kutama conquièrent l’Égypte en 969 sous le commandement du général Jawhar al-Siqilli (le Sicilien) qui entra à Al-Fustât en 972, dans un pays désorganisé et en proie à la famine. Ils fondent, près de cette ville sunnite, une nouvelle capitale qu’il nommèrent al-Qâhira (Le Caire), signifiant « la Victorieuse »4.

Ce qui provoqua un fort exil des Kutama vers l’Égypte, ont peut aisément dire qu’ils servirent de chair à canon pour les Ismaéliens.

Peinture d'al-Qasr al-Fatimi d'Ajdabiya dans la province de Barqa dans l'actuelle Libye En l'an 362 de l'hégire, Moez-li-din-allah el-Fatimi séjourna à Ajdabiya dans un palais qui fut spécialement construit pour lui
Peinture d’al-Qasr al-Fatimi d’Ajdabiya dans la province de Barqa dans l’actuelle Libye En l’an 362 de l’hégire, Moez-li-din-allah el-Fatimi séjourna à Ajdabiya dans un palais qui fut spécialement construit pour lui

Ibn Khaldoun nous dit « toute la nation des Kutama organisée en différentes tribus, partit s’établir en Égypte »6

Les Kutamas installèrent un campement militaire près du Caire, formant une puissance militaire redoutable au service du Califat arabe Ubaydite. Ils conduiront plus tard des expéditions jusqu’à Damas contre les Abbassides. Le quartier des Kutama « Hai El-Kotamiyine », au Caire, sont un des vestiges de leurs ancienne influence.

Rue de Kutama : « Cette rue est voisine de la rue des Batélites, elle en fait même aujourd’hui partie. C est là que furent les logements des Kutamiens lorsqu’ils vinrent d’Afrique d’abord avec le kaïd sicilien Djauhar et plus tard avec le khalife Moëzz. Le lieu où était cette rue est ce qu’on nomme aujourd’hui les Bains de Kérai, avec ce qui les avoisine derrière le collège d’Ibn algannam, à l’endroit où se trouve le passage d’Ibn alaasar, jusqu’au commencement de la rue des Batélites. Les Kutamiens étaient les sujets privilégiés de la famille des khalifes Fatémites » (Silvestre de Sacy dans Al-Maqrizi, chrestomancie arabe, vol1; p127)

Abu Ali ibn Jafar ibn Fallah al-Kutami (969-971).était le Wali Fatimide de la ville Syrienne de Damas 

Un assez grand nombre de poste de Wulat (plr de Wali) furent donnés à des Ketâma. Un personnage de cette tribu obtint le gouvernement d’Adjedabia, oasis située au sud de Barqa en Libye (Kaïrouâni, p. 107), un autre Kutami celui de Gabès en Tunisie (Kaïrouâni, p. 107. — al-Bakri, p. 462) , et cette dernière charge demeura héréditaire dans sa famille. Ce fut encore un Kutâmi qui eut la perception générale des impôts.

Al-Hassan ibn Abi khanzir al-Kutami (910-913) était le Wali Fatimide de l’île de Sicile (Ibn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 159.)

l'empire fatimide dégénéré
l’empire fatimide dégénéré

Décadence et disparition des Kutama 

Au cours des innombrables guerres au profit de l’armée fatimide le peuple kutama aurait perdu plus de « cent mille des siens ».

Ibn Khaldoun nous décrit la suite « Devenus donc aussi puissants que l’empire qu’ils avaient contribué à fonder, les Kutama sombrèrent dans le luxe et la mollesse »7. En l’an 973 le calife fatimide quitta le Maghreb pour aller s’installer en Égypte et laisser à Bologhine ibn ziri la charge de gouverner le Maghreb. Les Kutamas se sentirent alors trahis mais n’avaient plus ni les chefs ni les forces pour imposer leur injonction. Ce sont donc les zirides qui allaient être les héritiers des fatimides.

Onze ans plus tard, soit en l’an 984, les zirides dirigés pas Al-Mansur, demeurés seuls maîtres du Maghreb ne tardèrent pas à manifester leurs envies d’indépendance vis-à-vis des fatimides. La réaction de ces derniers ne se fit attendre, un missionnaire fut envoyé dans le pays des Kutama pour les soulever contre le « traitre » ziride, cependant El mansour riposta et entreprit une campagne contre le pays des Kutama, dont les villes et villages furent réduits en ruine. Une seconde révolte éclata l’année suivante qui connut le même sort, elle mobilisa pourtant un grand nombre de Kutama qui succombèrent tous.

Vue sur la ville Arabe de Mila en Algerie orientale
Vue sur la ville Arabe de Mila en Algerie orientale, lors de l’arrivée de la France, E.Carette en 1850, étudie les origines raciales des habitants de la ville, il en conclus qu’il donne 800 habitants d’origine arabe pour 800 berbrèes (p453, « recherches sur les tribus.. »)tous arabisés, conclusion semblable a celle d’al-Bakri en 1050.

Al-Bakri 1014- 1094 nous explique comment une ville comme Mila fut vidé de ses Kutama après les Fatimides :

« Au Mois de choual 378 (jan-fev 989 JC); al-Mansur (fils de Bologhin ) sorti de Kairouan et envahit le pays des Ketama. Arrivé dans le voisinage de Mila, il alla ce présenter devant cette ville, avec l’intention de la livrer au pillage et d’exterminer la population. (..)Dès lors la ville de Mila resta quelque temps sans habitants. Aujourd’hui elle est entourée d’une muraille de pierre et d’un faubourg,(..). La population de Mila se compose d’Arabes, de gens de la millice et d’hommes de race mélangée. »

Les Invasions arabes Hilalienne (adnanites)
Les Invasions arabes Hilalienne , les terres Hialliennes sont tracés en marron

Les débris Kutama lors des invasions arabes des Banu Hilal :

E.Carette nous parle du reste des Kutama lors de l’arrivée des arabes Banu Hilal au 11e siècle :

« Dans la province de Constantineles arabes (Hilaliens et Solaymites) étaient beaucoup plus avancés au nord qu’au sud. C’est même par la région septentrionale (nord), par le massif méditerranéen qu’ils avaient pénétré dans cette partie du Maghreb. Ainsi à Mîla, toute la campagne était au pouvoir des ArabesIls dominaient aussi dans tout, le pays compris entre al-Koll’ (Collo) et Constantine, et étaient en relations de commerce avec les habitants de cette dernière ville. On voit que les Arabes avaient abordé la province de Constantine par le côté le moins accessible ; mais il est extrêmement probable, qu’ils y avaient été bien accueillis, peut-être même appelés par le reste des Ketâma, dignes de la sympathie des tribus arabes que le khalife du Caire avait lâchées sur le Maghreb. L’établissement des Arabes dans le sud de la province de Constantine était beaucoup plus récent que dans le nord » .(Recherches sur l’origine et les migrations des principales tribus de l’Afrique septentrionale et particulièrement de l’Algérie / par E. Carette ; p.408-09 et 410).

Sur les Banu Hilal, Al-Idrissi en décrivant la région situé entre Collo et Constantine dans sa géographie au 12e siècle, nous disait que :«De Constantine .. Au port d’al-Collo, 2 journées, en traversant une contrée fréquentée par les Arabes, » plus loin, il poursuit en disant que les « Les Arabes qui l’habitent sont pacifiques;et que les « Arabes ne passent jamais cette montagne (de Sahaw) qui est comme une limite de leur territoire  » Toujours notre auteur continu et persiste : »D’al-Coll à Constantine , on compte 2 journées, en se dirigeant vers le sud et en traversant un pays occupé par les Arabes. » (Al-Idrīsī (1100-1165) op cit. p.113)

Ibn Khaldoun au 14e siècle constatait qu’une des tribus survivantes des kutama  les Sedouîkich vivant entre Jijel et Bejaia, « vivait sous la tente et élevait des chameaux comme les arabes » à qui, ils en avait même pris la langue et les us et coutumes des arabes, « aussi se donnent-ils quelques fois pour une branche des Soleïm tribu arabe descendue de Moder », et qu’elle vivait sous le patronage des arabes de Sulaym et de Hilal ..

Sidi Mimoun, Idjkan, Setif, lieu d'ou partie l'empire fatimide (algerie, Ifriqiya)
Sidi Mimoun, Idjkan, Setif, lieu d’ou partie l’empire fatimide   « Près de Setif est une montagne nommée Idjkan où les familles de la tribu berbère de Kutama ont établi leur demeure. Il s y trouve aussi un château bien fortifié » (Géographie d’Aboulféda, Volume 2, p194)

Les moeurs des Kutama selon les Historiens :

ibn Hawqal constatait les moeurs dégénérés des Kutama : « La plupart des Berbers qui habitent le Maghrib depuis Sijilmassa, jusqu à Sous, Aghmat et Fez de là aux environs de Tahert, Ténès, Mesîla ,Tobna, Baghaï ,Aguerbal, Djijeli,s Azfoun, et les dépendances de Bone accueillent les voyageurs avec hospitalité il se trouve même des gens parmi eux qui pour faire honneur aux étrangers leur prostituent leurs enfants Cette détestable coutume fut vivement combattue par Abou Abd Allah le missionnaire  des Fatimites qui eut recours à des moyens extrêmes pour l’abolir mais elle résista à tous ses efforts«  (ibn Hawqal page, 241 « surate al ard ».)

En l’an 1150 al-Idrissi (1100-1165)  auteur de « la description de l’Afrique et de l’Espagne », constatait déjà l’état d’affaiblissement des Kutama dont il ne restait que quatre mille individus et le fait qu’ils prostituait leurs enfants mâles 8 il le disait en ses termes :

« Cette tribu est renommée par sa générosité et par l’accueil qu’elle fait aux étrangers. Ce sont certainement les gens du monde les plus hospitaliers car ils n’ont pas honte de prostituer leurs enfants mâles aux hôtes qui viennent les visiter et loin de rougir de cette coutume ils croiraient manquer à leur devoir s’ils négligeaient de s’y conformer, divers princes ont cherché à les y faire renoncer même par des punitions très sévères mais toutes les tentatives qu on a pu faire ont été vaines. A l’époque où nous écrivons il ne reste plus de la tribu de Kitâma jadis très nombreuse qu’environ quatre mille individus. » 

« La doctrine immorale et impie de l’ismaélisme, apportée dans le Maghreb central par Abou-Abdallah, n’y avait pas fait, selon toute apparence, un grand nombre de prosélytes ; dès les premiers jours de l’apostolat, on voit une tribu de Ketâma, voisine du foyer de l’insurrection, s’élever contre les prétentions d’Abou-Abdallah. Ne serait-ce pas d’ailleurs faire injure à la conscience humaine, que de la croire accessible à des doctrines de cette nature ? Les conversions durent se concentrer dans un cercle étroit autour de leur point de départ. Bientôt aux conversions succédèrent les soumissions, et la conquête à l’apostolat ; la plus grande partie du Maghreb dut subir le joug des nouveaux maîtres, sans pour cela adopter leur dogme.

Un certain nombre de tribus tomba dans le chiisme pur et crut à l’arrivée du Mahdi ; enfin un petit noyau d’adeptes, groupés autour du point de départ de la prédication, adopta seul la morale et le dogme ismaélien. (Kaïrouâni, p. 133., cité par E.Carette)

Il semble que l’ethnie kutama a définitivement disparu au xive siècle. Ibn Khaldoun nous explique que «la raison en est que pendant les quatre siècles qui se sont écoulés depuis la chute de l’empire kutamien, les dynasties suivantes se sont plu à leur reprocher l’attachement qu’ils avaient montré aux doctrines hérétiques et aux croyances infidèles (ismaélisme), il en résulta que la plupart des peuples kutama renoncèrent à ce surnom à cause de l’idée de dégradation que cela comportait »(Ibn Khaldoun 1969,I, p. 298)

Situation approximative des tribus arabes et berbère dans la région l'ancienne zones des Kutama
Situation approximative des principales  (elle n’y sont pas toute) tribus arabes et berbère dans la région de l’ancienne zones des Kutama à l’époque Hammadide

Les Kutamas de nos jours ?

Le groupe kutama en tant que tel de nos jours n’existe plus. Peut être, en Égypte, peut-on rapprocher culturellement les Siwis des Kotamas en raison de leurs acceptation culturelle de l’homosexualité traditionnel et enfantine, leurs  parler est arabisé à 60 %13..

En ce qui concerne l’Algérie dont le foyer principal était la région actuellement désignée comme la Kabylie des Babors, les débris (4000 au 12e siècle selon al-Idrissi) des Kutamas restés dans cette région se sont mélangés aux autres tribus berbères  et arabes Hilaliennes, formant par la suite différentes tribus sans lien entre elles10.et arabisés12

Les spécificités culinaires kutama auraient survécu à la tribu elle-même, comme, le « couscous au poisson » seksou bel’hout, qui serait d’origine kutama11, 

Ibn Ḵẖaldoun considère les gens de Jerba en Tunisie comme faisant partie des Kutāma (Ibn Khaldoun; III, 63) ; on y rencontre aussi, ajoute-t-il, « des Nefza, des Hawwāra et quelques fractions d’autres tribus berbères »

Une ville dans le rif Marocain portait ce nom de Kutama, elle était la terre de la culture du cannabis, qui depuis fut rebaptisé « Issaguen » par le roi Muhammad VI.

Le reste des Kutama se sont donc par la suite alliés et mélangés aux tribus sunnites berbères et arabes, diluant ainsi leur tribus dans d’autres.

Selon E.Carette la tribu de Ketama n’existe plus, ses membres furent massacrés et dispersés , et  il l’exprimait en ces termes : « Le pays montagneux situé entre Sétif et Kollo était habité avant al-Idrissi par la puissante tribu des Ketâma, renommée pour sa générosité et son hospitalité mais décriée pour ses mœurs. Au temps de cet écrivain elle était réduite à quatre mille individus, elle a complètement disparu« 15

Lorsque Ibn Khaldoun nous décris le Maghreb et ses habitants au 14eme siècle, il nous indique que la province de Bougie et de Constantine « appartenaient autrefois au tribus Zwawa, Kutama, Adjissa et Huwara, mais elles sont maintenant toute habitées par les Arabes, qui en occupent toutes les parties à l’exception de quelques montagnes d’accès difficile ou l’on trouve encore plusieurs fractions de ces tribus ». (Ibn Khaldoun, (1332- 1406) op cit, p147)

Selon J.-P. Laporte, « Ketama, Kutama », Encyclopédie berbère  : « La grande confédération des Kutama était définitivement morte. A l’époque d’Al-Idrîsî, la tribu ne comptait plus que 4 000 membres ! » 

File:Location map Taifa of Alpuente.svg
La taïfa d’Alpuente, émirat d’Alpuente ou Al-Sahla est l’un des royaumes de taïfa issus de l’éclatement du califat de Cordoue en 1010. Elle est fondée dans la région d’Alpuente autour de 1018.  En 1103, la taïfa est occupée par les Almoravides et est intégrée dans la taïfa de Valence en 1145. En 1172, elle passe sous la domination des Almohades, jusqu’à son intégration au royaume de Murcie (musulman) en 1229. Enfin, elle est conquise en 1238 par Jacques Ier d’Aragon

Les Banu Qasim d’al-Puente al-Andalus :

Selon Ibn Hazm, les Banu Qassim de la taïfa d’Alpuente, (al-Buente) n’était pas arabes Fihrides comme ils le prétendait  mais des Kutama d’Ifriqiya, qui ont su profiter de la fin du califat Omeyyade de Cordoue pour ce taillé un fief à Alpuente

Ibn Hazm nous dit que les Banu Qasim étaient en fait des Kutama Berbères et étaient liés au clan qurayshite Fihride seulement en vertu d’un vieux  lien de clientèle en Ifriqiya. Ibn Khaldoun (voy, trad de Slane) disait que les Sanjaha était lié au temps des Omeyyades au Alides et Hachémites mais « ne sachant pas dans quelle circonstance« , le « Kitab al-Adwani » (voy, trad de Ferraud), parle de liens avec les Omeyyades en parlant des population pré-hilaliennes du nord de Constantine. Les Banû Qâsim d’Alpuente furent, parmi les plus fidèles serviteurs de la Omeyyades d’Al-Andalus.(Gabriel Martínez Gros, 1985)
File:Castell de Montornes.jpg
Château Montornés, situé dans la commune de Benicasim dans la province de Castellon est une forteresse d’origine arabe du Xe siècle (Omeyyade andalous)
Enfin la ville de Benicassim en Espagne viendrai du nom de cette fraction Kutama (voy, Dozy « Histoire des Musulmans d’Espagne.. »  Tome,1, p 161), les Banu Qassim gouvernait la région depuis pratiquement l’arrivée des musulmans dans la péninsule ibérique au VIIIe siècle sous le Califat Omeyyade, ils ont réussi à consolider leur pouvoir principalement grâce à leurs interventions militaires dans les « marches d’al-andalus » ou les zones  frontières avec les royaumes chrétiens. Qasim ibn Abdallah a essayé  de donner à sa famille une origine arabe fihride, même si cela fut démentis par un chroniqueur contemporain de Qassim, le célèbre  Ibn Hazm.
Dynastie Qasimide ou Banu Qassim

Références

  1. Ibn Khaldoun, Histoire des berbères 
  2. Housni Kitouni, La kabylie orientale dans l’histoire, Paris, Harmattan,‎ 2013 ), P48
  3. a et b Ibn Khaldoun – Histoire des Berbères
  4. a, b et c Zidan Mohamed « État et tribus dans le monde Arabe
  5. Ibn Khaldoun
  6. Ibn Khaldoun op.cit. p. 967
  7. Ibn Khaldoun p. 967
  8. El Idrissi, description de l’Afrique et de l’Eespagne, BNF, Galica2, p. 116
  9. Ibn Khladoun, op, cit, p. 224
  10. Livre « la Kabylie orientale dans l’histoire » page 58
  11. 13th-century Andalusian cookbook, Kitāb al-tabǐkh fǐ al-Maghrib wa’l-Andalus (Arabic) « The cookbook of the Maghreb and Al-Andalus
  12. Ibn Khaldoun, op.cit, p. 573
  13. Sur l’oasis de Siwa , Madjid Allaoua, Études et Documents Berbères, 1997-1998 (2000)
  14. Antoine-Ernest-Hippolyte Carette, Émilien Jean Renou, Jean-André-Napoléon Périer et Adrien Berbrugger, Exploration scientifique de l’Algérie pendant les anées 1840, 1841, 1842, Imprimerie royale,‎ 1er janvier 1844 (lire en ligne [archive])

Voir aussi sur le sujet :

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