Histoire Générale islamique

L’Émirat de Crête 824-961

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Le port d’al-khandaq , qui est de nos jours Héraklion, fondée en 824 par les ribadi de Cordoue

L’émirat de Crète est un État musulman qui exista sur cette île de la Méditerranée orientale de  820 à 961. Il fut fondé par un groupe d’Andalous exilés de Cordoue, les ribadi qui conquirent la Crète vers 824 ou en 827/828 et y édifièrent une nouvelle capitale, la ville de al Khandak (en arabe, خندق). Ce terme qui signifie « fossé », tire son origine du fossé défensif creusé pour défendre la cité. (Chandax, actuelle Héraklion.)

La Crète subit un premier raid en 654, lors du règne de l’empereur Constant II (641-668). En 674-675, sous Constantin IV (668-685), alors que les armées omeyyades, installées à Cyzique, menaçaient Constantinople, une flotte arabe attaqua la Crète et y hiverna, elle fut diriger par Junadah ibn Abi Umayah al-Azdi sous le califat de Muawiya (radi Allah anhu) , Junadah en conquit une partie avant de revenir en Syrie, suite au siège infructueux de Constantinople par les Musulmans, en l’an 679.

Jumadah mourra en 699.et certaines régions de l’île connurent une occupation temporaire sous le règne du calife omeyyade Al-Walīd Ier, qui régna de 705 à 715 (Canard 1986, p. 1082). À cette époque, la Crète ne fut cependant jamais conquise et resta fermement aux mains de Byzance, en dépit de quelques razzias menées au 8e siècle, car elle se trouvait trop éloignée des bases navales arabes du Proche-Orient pour qu’une expédition efficace pût être lancée contre elle.  L’île fut de nouveau attaqué par Humayd Ibn Ma’yun, qui fut chargé de la sécurité des côtes méditerranéennes de la Syrie par le calife abbasside Harun al-Rashid, avant de la conquérir en l’an 190 de l’Hégire (805). Mais , les Musulmans ne restèrent pas dans l’île et la quittèrent. (al-Futuhat)

Durant les 135 années d’existence de l’émirat de Crète (appelé al-Iqritich ou al-Iqritiya), qui fut l’un des adversaires les plus redoutables des Romains de Byzance, barrant l’accès de Constantinople à la Méditerranée et servant de relais et de base arrière aux flottes musulmanes  qui ravageaient les côtes égéennes.

Retour en arrière :

Illustration de Qurtuba (Cordoue) capital Omeyyade d'al-andalus en l'an 1000 , source : Arthur Redondo.
Illustration de Qurtuba (Cordoue) capital Omeyyade d’al-andalus en l’an 1000 , source : Arthur Redondo.

Les Ribadi ou les révoltés du Faubourg de Cordoue 

 L’Affaire du faubourg de Cordoue, récit d’Ibn al-Athir [Al-Kamil fi al-Tarikh, P. 209] : 

« En 198 (31 août 813) eut lieu à Cordoue l’affaire dite du faubourg, voici à la suite de quels événements. Le prince régnant en cette ville, Al-H’akam ibn Hichâm l’Omeyyade, ne s’occupait guère qu’à jouer, à chasser, à boire et à d’autres plaisirs de ce genre, et d’autre part la mise à mort de plusieurs des principaux habitants l’avait fait détester de la population, qui maltraitait et injuriait les hommes du djond. Les choses en vinrent à ce point de désordre que, quand on faisait l’appel à la prière, la populace criait : « Viens prier, ivrogne, viens donc prier ! » et pendant que quelques-uns criaient cette injure, les autres applaudissaient, Alors El-H’akam commença à entourer Cordoue d’une enceinte fortifiée et garnie de fossés ; il caserna de la cavalerie à la porte de son palais, où une troupe armée avait mission de toujours se tenir, et augmenta le nombre de ses mamlouks. Toutes ces précautions ne purent qu’augmenter la haine de la population, qui était persuadée qu’il voulait tirer vengeance de toutes ces avanies. Ensuite il établit l’impôt, à prélever chaque année et sans rémission, de la dîme sur les denrées, ce qui fut mal vu du peuple ; il s’empara de dix des principaux exaltés, qu’il fit exécuter et crucifier, nouvelle cause de colère pour les gens du faubourg. Ajoutez enfin qu’un mamlouk du prince, ayant porté son épée  chez un fourbisseur pour la faire nettoyer, et celui-ci l’ayant remis à plus tard, le mamlouk saisit son épée dont il frappa l’ouvrier jusqu’à ce que mort s’ensuivît. Cela arriva en ramadan (avril-mai 814) de cette année. Les gens du faubourg méridional coururent les premiers aux armes, et tous les autres faubourgs les suivirent. Le djond, les Omeyyades et les esclaves noirs se concentrèrent dans le palais, et El-H’akam procéda à la répartition des chevaux et des armes, ainsi qu’au groupement de ses compagnons. La lutte s’engagea et fut favorable aux gens du faubourg, qui cernèrent le palais. Alors El-H’akam descendit de la terrasse où il se tenait et vint, à cheval et armé, relever le courage des siens, qui se battirent sous ses yeux avec acharnement. Par son ordre, son cousin paternel ‘Obeyd Allah fit une sortie par une brèche ouverte dans la muraille et prit avec son corps de troupes les gens des faubourgs à revers, tandis qu’ils ne s’attendaient à rien ; il mit le feu aux maisons, et alors ces gens s’enfuirent après un violent combat. On tira de toutes les demeures ceux.qui y habitaient et on les fit prisonniers, puis on en prit trois cents des plus considérables, que l’on exécuta et que l’on crucifia la tête en bas. Pendant trois jours, les faubourgs de Cordoue furent livrés au meurtre, à l’incendie, au pillage et à la destruction.

El-H’akam prit alors l’avis d’’Abd el-Kerîm ben ‘Abd el-Wâh’id ben ‘Abd el-Moghîth, son plus intime confident, qui lui conseilla la clémence. Ce fut le parti qu’embrassa le prince, malgré l’avis contraire émis par un autre, et il fit proclamer l’amân, mais avec menace de tuer et de crucifier tous ceux des habitants du faubourg qui ne seraient pas partis dans les trois jours. Les survivants sortirent en cachette, exposés à toute espèce de peines et d’humiliations, et emmenant loin de Cordoue leurs femmes, leurs enfants et leurs richesses les moins lourdes. Les soldats et les malfaiteurs étaient aux aguets pour les piller et tuaient ceux qui osaient leur résister. A la fin du délai de trois jours, El-H’akam donna ordre de respecter les femmes, qu’on réunit dans un même endroit, et fit détruire le faubourg méridional.

Bezî’, affranchi d’Omeyya, fils de l’émir ‘Abd er-Rah’mân ben Mo’âwiya ben Hichâm, était alors emprisonné à Cordoue dans le H’abs ed-dem, et chacun de ses pieds était chargé d’une lourde chaîne. En voyant que le peuple l’emportait sur le djond, il demanda à ses geôliers de le relâcher, à quoi ceux-ci consentirent après lui avoir fait promettre de rentrer en prison s’il sortait sain et sauf du combat. Il s’élança dans la mêlée et se battit plus bravement que n’importe quel soldat, puis retourna à la prison après la défaite des gens du faubourg. El-H’akam, qui fut informé de la chose, le fit mettre en liberté et le traita généreusement.

Il y en a qui mettent cette affaire du faubourg en l’année 202 (19 juillet 817). »

File:Abu el-Abbas el-Mursi Mosque in Alexandria.jpg
la mosquée Abul Al-Abbas El-Mursi d’Alexandrie, Égypte du 13ème siècle dédié à l’andalous Sufi el-Mursi Abul Abbas dont le tombeau  est situé dedans, situé dans  quartier d’Anfoushi  à proximité de la citadelle de Qaitbay.

 Campagne du général Abbasside ‘Abd Allah ben Tahir en Egypte et les Ribadi [Al-Kamil fi al-Tarikh, P. 279]  (Ibn al-Athir) :

En 210 (23 avril 825), ‘Abd Allah ben Tahir al-Khorassani marcha contre l’Egypte qu’il conquit, et ‘Obeyd Allah ben es-Seri dut lui demander grâce.

En effet, ‘Obeyd Allah [P. 280] s’était rendu maître de l’Egypte et y agissait en rebelle, tandis qu’une troupe partie d’al-Andalus s’emparait d’Alexandrie.

‘Abd Allah ben Tahir, occupé à combattre Nasr ben Chabath, dut tout d’abord négliger ces faits, mais dès qu’il le put il marcha contre l’Egypte…….

La flotte arabe fait route vers la Crète. Miniature du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès.
La flotte des ribadi de Cordoue  fait route vers la Crète depuis Alexandrie alors Abbasside. Miniature du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès.

Conquête d’Alexandrie par ‘Abd Allah [P. 281] (Ibn al-Athir) et départ des Ribadi pour la Crête

En 210 (23 avril 1825), ‘Abd Allah chassa d’Alexandrie les Espagnols qui s’étaient emparés de cette ville en lui accordant quartier.

Ces gens étaient arrivés en grand nombre à Alexandrie par mer pendant les troubles occasionnés par Ibn Es-Serî et par d’autres, et y avaient débarqué sous la conduite d’un chef nommé ‘Abou H’afç. Cette situation dura jusqu’à l’arrivée d’Ibn Tahir, qui leur fit déclarer que, faute par eux de faire acte d’obéissance, il allait les combattre.

Ils se soumirent et demandèrent l’aman, [P. 282] sous la condition qu’ils quitteraient cette ville et gagneraient quelque localité de Roum en dehors des pays musulmans.

Ils obtinrent l’aman sous cette condition et allèrent s’établir dans l’île de Crète, où ils firent souche.

Voici dans quels termes s’exprime Yoûnos ben ‘Abd el-A’la :

« Un jeune héros — c’est-à-dire Ibn Tahir — arriva d’Orient chez nous, alors que toutes nos affaires étaient dans la confusion, que toutes les régions de notre pays étaient tombées entre les mains de l’un ou l’autre conquérant, et que les habitants étaient livrés au malheur. Il remit tout en ordre, rendit la confiance à l’homme sain, fit trembler le malade, et tous les sujets s’unirent dans un même sentiment d’obéissance». (1)

 

Abu Hafs ordonne l'incendie de ses navires, après avoir atteint la Crète, miniature des Skylitzes Madrid
Abu Hafs al-Andalusi ordonne l’incendie de ses navires, après avoir atteint la Crète, miniature des Skylitzes Madrid

Il y  deux lettres du calife fâtimide  al-Muizz (932-975),au sujet de l’expédition romaine byzantine contre la Crète Islamique en 960.

Relaté par Marius Canard (1961), qui explique :  « Elles nous ont été conservées dans un ouvrage d’un des familiers de ce calife, le cadi, juriste et historien Abu Hanîfa an-No’mân, intitulé al-Madjâlis wa’l-Musâyarât (Réunions et Causeries), où il rapporte les entretiens qu’il a eus avec ce calife et cite des documents administratifs. Ces lettres ont été publiées dans un travail consacré au calife al-Mu’izz par deux auteurs égyptiens modernes (2).

Illustration de la Chronique de Skylitzès montrant la siege par les Byzantins de Chandax, la principale place-forte de l'émirat arabo-Islamiqe vassal des Abbasside de Crète.
Illustration de la Chronique de Skylitzès montrant la siège par les Byzantins de Chandax  (al-Khandaq)

En voici la traduction :

Lettre du calife Fatimide al-Mu’izz (Mahdia)  à Abû’I-Hasan Alî al-Ikhshîd (Il règne sur l’Egypte à partir du 12 janvier 961) pour lui demander de porter secours aux Musulmans de Crète.

« Dieu-gloire à Lui! -nous a comblés de Sa générosité et nous a donné le secours de Son aide et de Son soutien, comme nous le voyons, par Sa force et Sa puissance, par Son appui et l’octroi du triomphe sur nos ennemis. Il nous a permis d’éloigner les mains des Infidèles du but vers lequel elles s’allongeaient, c’est-à-dire porter la guerre vers nos régions et en attaquer les habitants. Nous avons appris que tu as manifesté l’intention de partir pour la guerre sainte et de porter secours à ces gens au moyen de navires venant de chez toi. Par ma vie, c’est toi qui es le plus apte à accomplir cette œuvre parce qu’ils sont proches de toi, qu’ils ont des liens avec toi, qu’ils fournissent des vivres à ton pays et qu’ils sont comme toi soumis à une même obédience. Si nous te les avions confiés et si nous les avions négligés, ni eux, ni toi n’auriez eu le moindre argument à faire valoir contre nous. Mais nous avons choisi d’aider la nation de notre ancêtre Mohammed et nous ne pensons pas que nous devons nous en abstenir alors que nous avons mis notre espoir en lui et qu’eux, dans le même espoir, s’en sont remis à nous. Nous ne mettrons pas d’obstacles entre (le devoir) de la guerre sainte dans la voie de Dieu et toi et nous ne t’empêcherons pas de réaliser les espoirs que tu as formés. Que la nouvelle qui t’est parvenue de l’envoi de nos vaisseaux ne te détourne pas de la résolution que tu as prise, qu’elle ne te fasse pas redouter quelque chose de notre part pour ceux que tu enverras et pour tes vaisseaux. Car nous sommes lié envers toi par le pacte d’Allah et Sa promesse, qui garantissent que nous nous tiendrons toujours avec les tiens sur le chemin du bien, que nous les considérerons de la même façon que nos propres hommes, que nous les ferons participer aux prises que Dieu nous accordera, que nous les traiterons en cela comme en d’autres choses de la même façon que nos hommes et que vos bateaux seront sur le même pied que les nôtres jusqu’à ce que nous ayons la victoire, s’il plaît à Dieu, et qu’ils s’en retournent auprès de toi victorieux ou bien qu’il en soit de l’ordre de Dieu et de notre destinée comme II le voudra. Sache cela et fais-nous confiance. C’est en cela que réside la victoire mutuelle des Musulmans sur leur ennemi, leur unanimité dans leur foi, l’Exaltation la religion de Dieu et l’humiliation de Ses ennemis. Nous t’avons aplani le chemin. Dieu nous est garant de notre parole. Si tu es d’avis de choisir (la voie) de la guerre sainte, agis de façon à envoyer tes navires jusqu’au port de Tobna* de la région de Barqa, car ce port est proche de l’île de Crète. Le rassemblement de tes troupes avec nos vaisseaux aura lieu dans ce port au premier jour de Rabf second (de l’année 350) avec l’assistance de Dieu, par Sa puissance, Son appui, Son secours et Son aide. Si tel n’est pas ton avis, nous t’aurons fait parvenir une mise en demeure et un bon conseil et nous serons libéré de l’obligation que nous avions à ton égard.

Pour nous, grâce à la puissance de Dieu et à Sa force, à Son appui, Son assistance et Son aide, nous pourrons nous passer de toi et d’autres. Nous sommes fermement résolu à envoyer nos vaisseaux, nos hommes et notre armement ainsi que tous les moyens que Dieu nous a donnés et qu’il a mis en notre pouvoir, grâce à quoi nous pensons que Sa puissance et Sa force nous aideront à parvenir aux buts que nous nous proposons et vers lesquels nous nous dirigeons. Nous demandons l’aide de Dieu et c’est en Lui que nous nous confions, sur Son aide que nous comptons. Il nous suffît et c’est un excellent garant. »

* Les géographes arabes ne relatent pas de Tobna en Cyrénaïque. Il ne peut s’agir de Tobna d’Ifrîqiya (actuel Algérie)

Illustration du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès, montrant l'amiral Oryphas suppliciant les marins arabes musulmans de Crète.
Illustration du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès, montrant l’amiral Oryphas suppliciant les marins arabes musulmans de Crète.

Menace d’al-Mu’izz (953-975) le calife fatimide à l’empereur byzantin au sujet de sa prise de possession de la Crète Islamique.

« An-No’mân a dit : L’imâm al-Mu’izz donna l’ordre d’écrire à ce sujet à l’empereur et dicta la lettre au secrétaire en présence de ceux qui étaient devant lui. Il le fit avec des phrases comme je n’en ai jamais entendu de plus énergiques et de plus éloquentes. Après lui avoir laissé le choix de l’alternative suivante : ou qu’il renonçât à la guerre contre les habitants de la Crète ou que le calife dénonçât le pacte conclu avec lui, comme le Prophète avait dénoncé le pacte conclu avec les Arabes infidèles et avait envoyé ‘Alî avec une lettre qu’il leur lut dans leur foire solennelle, en raison de la parole d’Allah, le plus véridique de ceux qui parlent : « Si tu crains une trahison de la part d’un peuple, dénonce le pacte conclu avec eux. » (Coran 8, 58 : Le Butin), après cette introduction, il dit dans sa lettre :

« Il n’apparaît pas que les habitants de la Crète, avant ce jour, aient fait appel à un autre souverain que nous. Aujourd’hui, en tout cas, ils se sont tournés vers nous et nous ont appelé à leur secours. C’est une situation qui te fait une obligation vis-à-vis de nous d’observer parfaitement le pacte de paix en t’empressant de les laisser tranquilles et en t’abstenant de te mettre en travers de leur- route. Les obstacles qu’opposent les injustes aux justes ne font pas cesser le bon droit de ceux-ci, quand bien même les injustes remporteraient la victoire sur leur juste cause; bien plus, Dieu leur fait comprendre ainsi que le bon droit est de leur côté.

La Crète et les autres pays du monde sont à nous, en vertu du don que Dieu nous en a fait et parce qu’il nous a mis à la tête du monde. Nous obéissent sur terre tous ceux qui nous obéissent, sont rebelles à nos ordres ceux qui nous sont rebelles. Leur obéissance n’entraîne pas pour nous l’obligation de régner (effectivement) sur eux, et leur rébellion ne nous crée pas un droit de les abandonner. S’il en était ainsi, le pouvoir serait à eux et non à Dieu qui nous en a gratifié, ni à nous. S’ils le veulent, ils nous obéissent, et, s’ils le préfèrent, ils nous refusent l’obéissance. Dans les deux cas, cela appartient à Dieu à qui est tout ce qui est dans les cieux et sur la terre. C’est Lui qui nous a élu, nous a mis en possession de cela et nous l’a donné. Si cela appartenait aux créatures, Il ne nous aurait pas donné la faculté de combattre ceux d’entre eux qui refusent de nous obéir, ni de recouvrer ce qu’ils ont arraché de nos mains par la force, lorsque Dieu nous en accorde le pouvoir et la force de le faire.

Si tu prétends autre chose que cela et juges que ce qui est entre tes mains est à toi (sache que) Romain a usurpé tes pouvoirs et ceux de ton père avant toi, puis, un revirement de la fortune s’est produit en votre faveur à tous les deux contre lui. Si tu considères que celui qui s’est approprié quelque chose et s’en est rendu maître en a la propriété à l’exclusion du détenteur du droit légitime qui le possédait, il ne convenait ni à toi ni à ton père de se révolter contre Romain (Lécapène) et d’arracher de ses mains le pouvoir qui lui était échu. Telle est la voie des justes à notre avis. Si tu professes la même doctrine, tu agiras avec équité, mais si tu l’ignores, ton ignorance n’est pas un argument contre ceux qui la reconnaissent.

Si tu continues à faire la guerre à ceux qui ont fait appel à nous, le pacte  que nous avons conclu avec toi est dénoncé. Et fais attention à toi et à ceux de ta religion, car nous engagerons la lutte contre toi et contre eux, avec l’aide et le soutien de Dieu. Il n’y a de puissance et de force qu’en Lui. » (3)

Le 20 février 961, le général byzantin Nicéphore Phokas, à la tête d’une gigantesque flotte de 2600  navires de guerre et 1360 navires de réserves assiégea l’île par surprise.

Certains vaisseaux aurait eu 250  rames réparties le long de 4 ponts.

La flotte encercla toutes les côtes de l’île et les musulmans montrèrent une résistance héroïque avant qu’al-Khandaq ne capitule le 7 mars 961. de cette manière les Rum recapturèrent la Crète, après qu’elle fut gouvernée par les Musulmans pendant 140 ans .

Arianus fils de Constantin, l’Empereur de Constantinople, devint alors le premier gouverneur après ‘Abd al-Aziz Ibn ‘Abd al-Aziz Ibn Chou’ayb.

 » Candia (rabad al-khandaq). »
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La carte de Crète par l’amiral Ottoman Piri Reis

Liste des émirs de Crète

La succession des émirs de Crète a pu être établie grâce aux sources arabes et byzantines mais aussi et surtout au moyen de leur monnayage. Les dates de règne indiquées ci-après sont donc fort approximatives :(selon Miles 1964, p. 11–15 et Canard 1986, p. 1085)

Nom arabe Nom dans les sources grecques Règne
Abou Hafs (Omar Ier ibn Chouayb ibn Isa al-Ghaliz al-Iqritich) Apohapsis 827/828 – env. 855
Chouayb I ibn Omar Saipès ou Saet env. 855–880
Abou Abdallah Omar II ibn Chouayb Babdel env. 880–895
Mouhammad ibn Chouayb al-Zarkoun Zerkounès env. 895–910
Yousouf ibn Omar II env. 910–915
Ali ibn Yousouf env. 915–925
Ahmad ibn Omar II env. 925–940
Chouayb II ibn Ahmad env. 940–943
Ali ibn Ahmad env. 943–949
Abd al-Aziz ibn Chouayb II Kouroupas 949–961 mort à Constantinople
(Al-Nouman ibn Abd al-Aziz) Anémas N’a pas régné servi l’Empereur
File:Vue du siege de Candie en 1669.jpg
Vue d’Héraklion, alors appelée Candie, en 1669 peu avant que les Vénitiens ne rendent la ville aux Turcs Ottomans.

Après la fin de l’émirat de Crète, il faudra attendre la période ottomane (1645/48-1913) pour revoir des musulmans dans l’île.


Notes :

(1) Ibn al-Athir, tiré du kitab « Al-Kamil fi al-Tarikh ».

(2) Hassan Ibrahim Hassan et Taha Ahmed Sharaf, Al-Mu’izz li-dîn-illâh, Le Caire, 1948, p. 303-304 et 321-322. Selon Canard Marius l’ouvrage d’an-No’mân est encore en grande partie manuscrit.

(3) Canard Marius, « Les sources arabes de l’histoire byzantine aux confins des Xe et XIe siècles ». In: Revue des études byzantines, tome 19, 1961. pp. 284-314.

Le Mahdisme dans l’histoire :

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Minaret Almohade de Safi, capitale de la région Dukala-Abda.  Afin de lutter contre les païens berghwata, les Almoravides et ensuite leurs successeurs les Almohades menèrent une guerre incessante et édifièrent plusieurs forts  et ribat pour défendre les cités musulmanes et mener le jihad contre ces infidèles

Salih ibn tarif le Berghwata

Salih ibn tarif, le deuxième roi païen berbère des  Berghwata état s’étendant sur la région de la Tamesna dans l’actuel Maroc au niveau de l’actuel Rabat qui dura entre 744 et 1058, il ce proclamait prophète d’une « religion » satanique au cours du  8ème siècle. Il est apparu au cours du califat d’Hisham ibn Abd al-Malik l’Omeyyade en 744 JC. Selon les sources comme Ibn Khaldoun ou Al Bakri  , Salih affirma avoir reçu une nouvelle révélation , en langue berbère, avec un livre en 80 chapitres

Certains militants berbéristes modernes le considèrent comme un héros pour sa résistance à la conquête arabe et sa fondation de l’Etat Berghwata.

Il aurait aussi déclaré être le dernier Mahdi, et que Issa (Jésus) aleyhi salam, serait son compagnon. Il proclama que son nom en arabe était Sālih, en syriaque « Mālik », en hébreu « Rūbyā », et en berbère « Ouryaora » et  en persan « danichmend » et que après lui il n’y aurait pas d’autre prophète. (sic)

Après avoir atteint l’âge de 47 ans, il se dirigea vers l’est du royaume, et promis de revenir au cours du règne du septième roi Barghwata. Il conseilla à son fils Ilyās de soutenir les Omeyyades de l’Andalousie afin de contrecarrer les Idrissides de Fès, mais de ne révéler sa religion, qu’une fois devenu assez puissant. Ce qui advint lors du règne de son petit-fils Yūnus. Sälih ben Tarīf se considérant lui-même comme le successeur du Messager d’Allah Mohammed  (paix et bénédiction d’Allah sur lui), et affirmait être en mesure de parler avec les morts et de soigner les malades.  Il leurs disait de lécher la salive de leurs gouverneur pour acquérir le savoir..

Les princes et califes d’Espagne et d’Afrique, des Idrissides,  des Omeyyades, et des Fatimides faisaient pendant ce temps et plus tard des  expéditions et des « guerres » contre ses mécréants de berghwata, ces guerres  ont laissé grands souvenirs chez les Musulmans du Maghreb.

La religion promu par le kafir Sälih fût détruite au XIe siècle par les Almoravides et ne survivra qu’en îlots isolés, que les Almohades réduisirent,dans leurs régions en y installant des arabes hillaliens.


Kufa, Iraq 1932
Kufa, Iraq 1932

Abdallah ibn Mu’awiya 

Abdallah ibn Mu’awiya était un descendant de Ja’far ibn Abi Talib (Radi Allah anhu). À la fin de l’année 127 AH / 744 JC, les  chiites de Koufa en Irak l’ont mis en place comme imam. Il se révolta contre le calife Omeyyade Yazid III, avec le soutien des chiites de Koufa et de Ctésiphon. Il a déménagé à l’ouest de l’Iran entre Ispahan et Istakhr et a réussi à contrôler tout l’ouest de l’Iran pendant deux ans.

Enfin, il a été vaincu par les armées du calife  Omeyyade Yazid III en 746-7 jc et a fuit à Harat dans le Khorassan. Il serait mort emprisonné par le général Abbasside Abu Muslim al-Khurasani.

Ses disciples ne croyaient pas sa à mort et ils disent qu’il est en occultation et qu’il reviendrait comme Mahdi.  

Voici le récit par l’historien Ibn al-Tiqtaqa :

« Ce fut sous son règne ( le calife Omeyyade MARVÂN II (744 -750)que se révolta Abd-Allah,  fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, fils d’Abou Thâlib.

Voici en résumé ce qui se passa : lorsque l’autorité des Omeyyades fut ébranlée, et que Marwân fut proclamé khalife, les guerres civiles éclatèrent entre les hommes. La discorde se mit entre eux, chacun ayant une opinion différente et une manière de voir personnelle. Il y avait alors à Koûfa un descendant de Djafar al-Tayyar, nommé ‘Abd-Allah, fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, fils d’Abou Thâlib. C’était un homme éminent, un poète ; son ambition lui dicta le désir de l’autorité. Les gens de Koûfa étaient témoins du désarroi qui régnait à Damas et de l’ébranlement de la puissance des Omeyyades. Ils se présentèrent chez cet ‘Abd-Allah, le proclamèrent khalife et se groupèrent autour de lui en nombre. L’émir,  alors préposé à Koûfa, sortit avec ses partisans et livra bataille aux révoltés. Les deux partis résistèrent quelque temps l’un à l’autre, mais à la fin les gens de Koûfa demandèrent à l’émir quartier pour eux-mêmes et pour ‘Abd-Allah, fils de Mouâwiya, fils d’Abd-Allah, fils de Djafar, et la liberté de se rendre où ils voudraient dans les contrées d’Allah. L’émir de Koûfa et ses partisans étaient lassés de combattre : il leur accorda donc le sauf-conduit. ‘Abd-Allah se dirigea vers Madâ’in (Ctésiphon), traversa le Tigre, s’empara de Houhvân et de ses environs, puis il se dirigea vers les pays de la Perse et y conquit les hauts plateaux, Hamadhan, Ispahan et Rey. Quelques Hachémites s’y joignirent à lui et il se maintint dans cette situation pendant un bon laps de temps.

Or Abou Mouslim du Khorasan avait acquis une puissance redoutable. Il marcha contre cet ‘Abd-Allah et le tua. Puis il fit apparaître la dynastie ‘abbâsside. »  (ibn al-Tiqtaqa, Kitab al-Fakhri)


Temple de Sahlah où est attendu le Qaïm chiite
Temple de Sahlah où est attendu le Qaïm chiite (Dajjal)

Muhammad ibn al-Hasan al-Mahdi

Muhammad ibn Ali ibn Hasan (29 Juillet CE 869/15 Sha’ban 255 AH -?), Plus communément appelé Muhammad al-Mahdi, est le douzième imam des chiites duodécimains. Il est considéré par les chiites duodécimains comme étant le Mahdi, le « sauveur ultime de l’humanité et l’Imam finale des Douze Imams », les chiites croient qu’il est né en 869 à Samarra (actuel Irak). Pour les chiites duodécimains, il est le dernier imâm, il succéda à son père Hasan al-Askarî en 874. Selon la croyance chiite rafida , il n’est pas mort et restera caché (occulté) jusqu’aux derniers jours. Il reviendra alors sous les traits du Mahdi….


Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et son armée en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)
Le fondateur de la dynastie des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi , ces proches et l’armée  fatimide en Ifriqiya (Peinture Tunisienne)

Ubayd Allah al-Mahdi 

‘Ubayd Allah al-Mahdî est né Khouzistan  873. Il a pris la succession de Radi ‘Abd Allah az-Zaki comme imâm des ismaéliens en 881. Il est mort en Ifriqiya le 3 mars 934. Les Ismaéliens prétendaient descendre de l’Imâm Ismâ`îl Ibn Ja`far As–Sâdiq (7e imâm), un descendant direct de l’Imâm `Alî et de la fille du prophète – paix et bénédictions sur lui-, As-Sayyidah Fatimah Az-Zahrâ’. Il mena sa propagande en Ifriqiya chez les Kutama dans l’actuelle Algerie 

Les ‘Ubaydiyīn nuisaient plus à la Religion de l’Islām que les Tattār eux-mêmes, comme l’a  mentionné Adh-Dhahabī. Parmi eux il y avait ceux qui maudissaient ouvertement les Prophètes. Quant au fait de maudire les Sahābah, c’était sans limite. As-Suyūtī a mentionné Abī Al-Hasan Al-Qābisī, « Ceux qui ont été tué par ‘Ubayd Allāh et ses fils parmi les savants et  serviteurs se comptent au nombre de quatre mille hommes, [lors d’une tentative] de les détourner de leur satisfaction envers les Sahābah, mais ils ont choisi la mort [au lieu de cet égarement]. Il a dit, ‘Si seulement [Ubaydullāh] était un Rāfidī uniquement. Mais il était un Zindīq.’ » (Tārīkh Al-Khulafā’ p.13).

L’imam Ibn al-Qayyim al-Jawziya sur le « Mahdi » Ubayd Allah :

« Ubaïd Allah ibn Maïmûn el Qaddâh s’est fait passé également pour le Mahdî. Son grand-père était juif. Issu d’une famille mazdéenne, il revendiquait mensongèrement qu’il était affilié à Ahl el Baït (la famille prophétique). Selon lui, le Prophète (Salla L-ALLAHU `aleyhi wa salam) aurait annoncé sa venue prochaine. Il  a réussi à prendre de l’ampleur et fonda une dynastie formée d’athées et d’hypocrites, qui installèrent leur pouvoir dans le Maghreb, en Égypte, dans le Hijâz et le Shâm. Durant leur règne tyrannique, l’Islam se sentait étranger. Chaque héritier revendiquait la divinité. Les rois Qarmates étaient Bâtinites ; ils assumaient notamment qu’il existe une lecture ésotérique allant à l’encontre des textes exotériques ou littéralistes. Ils se cachaient derrière le Râfidhisme pour mieux répandre leur athéisme. Leur règne perdura jusqu’au jour où Allah délivra les musulmans de leur joug par les mains de Salâh ed-Dîn, Yûsuf ibn Ayyûb. »

Extrait du livre : el Manâr el Munîf d’un grand savant ibn el Qayyim el Jawziya (p. 141-154).


La mosquée du premier sultan Almohade Abd al-Mu’min Ibn ‘Ali (524–58 1130–63) Elle fut construite en 1153 par Abd el-Moumen en hommage au mahdi Ibn Toumert a Timnel haut atlas au Maroc
La mosquée du premier sultan Almohade Abd al-Mu’min Ibn ‘Ali (524–58 1130–63) Elle fut construite en 1153 par Abd el-Moumen en hommage au mahdi Ibn Toumert a Timnel haut atlas au Maroc

Ibn Toumert 

Le berbère  Ibn Toumert (c 1080 -.. C 1130), est un tyran qui à cherché à réformer le mouvement  islamique almoravide alors en décadence au début du 12ème siècle. Il est rejeté à Marrakech et d’autres villes, il se tourna vers les Masmuda (tribu berbère) dans les montagnes de l’Atlas (Maroc) pour leurs soutien.

Bien que se déclarant Muwahid, et aussi le Mahdi, imam et masum (littéralement en arabe: innocent ou libre du péché), Muhammad ibn Abdallah ibn Toumert à consulté un conseil de dix de ses anciens disciples, ce conformant au gouvernement traditionnel représentative berbère datant du paganisme. 

L’imam ibn al Qayyim al Jawziya sur Muhammad ibn Tumart le fondateur des Almohades :

« Quant au Mahdî du Maghreb, il s’incarne en la personne de Mohammed ibn Tûmart qui était un grand menteur et un tyran. Il a rendu licite de verser le sang des musulmans, de prendre leurs femmes, de capturer leurs enfants, et de s’emparer de leurs biens. Il était largement plus mauvais qu’el Hajjâj ibn Yûsuf. Il dissimulait ses complices dans des tombes afin de dire aux visiteurs que leur maître était le Mahdî annoncé par le Prophète صلى الله عليه وسلم. Le soir, il faisait enfouir sous la terre ses propres complices devenus les témoins embarrassants de sa supercherie. Il donna à ses adeptes le nom de Jahmiya Muwahhidûn. Ils reniaient en effet les Attributs divins tels que la Parole, l’élévation au-dessus de la création, l’établissement sur le Trône. Ils s’opposaient également à ce que les croyants puissent voir le Seigneur de leurs yeux, le Jour de la Résurrection. Il a rendu licite le sang de tous ses opposants parmi les savants et les croyants. » Il se faisait appeler le « Mahdî parfait ».

Extrait du livre : el Manâr el Munîf d’un grand savant ibn el Qayyim el Jawziya (p. 141-154).


Tombeau de Muhammad Jaunpuri
Tombeau de Muhammad Jaunpuri, Farah, Afghanistan.

Muhammad Jaunpuri 

Muhammad Jaunpuri (9 Septembre 1443-1423 Avril 1505) est un charlatan né dans le nord de l’Inde dans Jaunpur (aujourd’hui Uttar Pradesh). Muhammad Jaunuri ce disait être un descendant de Musa al-Kadhim ibn Ja’far as-Sâdiq .

Il à prétendu être le Mahdi à trois reprises, d’abord dans  la ville sainte de La Mecque, juste en face de la Kaaba (entre rukn et maqam) dans l’année 901 de l’hégire, et plus tard deux fois en Inde, attirant un grand nombre de disciples, et l’opposition des oulémas.

Ses cinq députés étaient Sani e Mahdi, Shah Khundmir, Shah Neymath, Shah Nizam et Shah Dilawar.

Muhammad Jaunpuri est mort en 1505, âgé de 63 ans, à Farah, Afghanistan. Ses disciples, appelés les Mahdavis, continuent d’exister et sont centrées autour de la ville indienne de Hyderabad, bien qu’il y  des communautés Mahdavites dans le Gujarat, le Karnataka, le Madhya Pradesh et le Maharashtra, ainsi que dans le Pakistan et à l’étranger aux États-Unis, Canada, Australie, Afrique et le Royaume-Uni. 


Ahmed ibn Abi Mahalli 

Ahmed ibn Abi Mahalli al-Abbasi as-Sijilmassi al-Filali,(1559-1613), originaire du du sud du Maroc né a Sijilmassa , il  était Qadi et savant qui se proclama Mahdi et conduit une révolution (1610-1613) contre les saadiens, il ce revendiqua de la tribu des Abbassides 

« Quand, en effet, dans le portrait-robot qu’il dresse du Mahdi canonique, Ibn Abî Mahallî dit que celui-ci s’appelle Ahmad (ou Muhammad, c’est la même chose) et qu’il descend de la Maison du Prophète par la lignée de son oncle al-‘Abbâs b. ‘Abd al-Muttalib, c’est en fait de lui qu’il parle. » (Houari Touati p. 137-156)

.« On raconte qu’à ses débuts Ibn Abî Mahallî fréquentait Ibn Abî Bakr al-Dilâ’î. Le pays était alors infecté d’abominations (manâkir). Un soir, il dit à son compagnon : « Que dis-tu si demain nous sortions voir les gens pour leur recommander le bien et leur interdire le mal ? ». Ibn Abî Bakr, qui ne l’approuva pas, descendit le lendemain à la rivière, fit ses ablutions et retourna s’acquitter de sa prière et de la récitation de sa litanie quotidienne (wird). Quant à Ibn Abî Mahallî, il alla voir les gens, leur reprocha leur conduite et se disputa si longtemps avec eux qu’il en oublia de faire sa prière. A la fin de journée, il n’avait encore atteint aucun des résultats qu’il escomptait. Aussi Ibn Abî Bakr lui dit : « J’ai vaqué à mes occupations et j’ai préservé ma religion. Regarde, toi, dans quelle situation tu t’es empêtré ! Tu devrais savoir que Dieu est témoin des actes des pécheurs ». Ibn Abî Mahallî ne tarda pas à partir ensuite au Sahara où il fit propagande pour lui-même en prétendant être le mahdî avéré venu conduire la guerre sainte… » (Al-Yûsî, éd. 1313 : 90).

« L’Arbre du Prophète. Prophétisme, ancestralité et politique au Maghreb » Houari Touati p. 137-156


prannath

Mahâmati Prannath 

Mahâmati Prannath (1618-1694), du Gujarat, en Inde, était un indien qui se proclama Imam Mahdi.


Diponegoro.jpg

Diponegoro 

Prince-Diponegoro (11 Novembre 1785 au 8 Janvier 1855), prince de Yogyakarta, Java. Il se voyait comme un Mahdi javanais, ou appelé Ratu Adil (« prophétisée » par le roi Joyoboyo), contre le colonialisme néerlandais. Maintenant, c’est un héros national de l’Indonésie.


Muhammad Ali Shirazi (Bab) 

Muhammad Ali Shirazi (20 Octobre 1819 au 9 Juillet 1850), prétendait être le Mahdi, le 24 mai 1844, prenant le nom de Bab  et fondant ainsi le « culte » du babisme.

En 1850, un nouveau premier ministre iranien ordonna l’exécution du Báb : il fut amené à Tabriz, où il était censé être fusillé. La nuit précédant l’exécution, alors qu’on l’amenait à sa cellule, un jeune homme prénommé Anis se jeta à ses pieds et demanda à mourir avec lui. L’homme fut immédiatement arrêté et emprisonné avec le Báb.

Le matin du 9 juillet 1850, le Báb et Anis furent suspendus aux murs de la forteresse, devant une foule de curieux et le peloton d’exécution fit feu : les deux hommes s’en sortirent indemnes, les balles ayant apparemment sectionné la corde qui les tenait. Criant au miracle, le régiment composé de chrétiens arméniens se débanda. Peu après, le Báb, retrouvé dans sa cellule en train de dicter une lettre à son secrétaire, fut suspendu à nouveau avec Anis et déchiqueté par la seconde salve tirée par un autre régiment composé de musulmans azéris. Le Báb avait 30 ans.

Les évènements qui entourent l’exécution du Báb font l’objet de nombreuses interprétations : pour les Bahá’is, le fait que la première volée de balles l’aient manqué pour aller couper la corde qui le suspendait est clairement un signe divin. D’autres sources, perses et européennes, font parfois état de la version miraculeuse bahá’ie, ou confirment qu’il a bien été tué dès les premiers tirs. Tous s’accordent cependant pour dire que le Báb finit par mourir.

Les dépouilles des deux suppliciés furent jetées dans un fossé à l’extérieur de la ville pour être livrées aux chiens, mais des babis réussirent à les subtiliser de nuit malgré les gardes.

Les restes du Báb furent secrètement transférés de cache en cache pendant plusieurs années, jusqu’à leur inhumation le 21 mars 1909 dans un mausolée situé dans les jardins bahá’is sur les pentes du Mont Carmel, à Haïfa, où est aussi enterré ‘Abdu’l-Baha.


File:Yoff-Mausolée de Limamou Laye.jpg
Mausolée Limamou Laye à Yoff

Limamou Laye

(1843-1909) est un charlatan du Sénégal, qui s’est déclaré mahdi. Il est le fondateur de la confrérie layène (Ahlou Lahi) les gens de Dieu….

Limamou Laye Al Mahdi naquit en 1843 dans la région de Dakar, plus précisément à Yoff. Il commence sa prédication le 24 mai 1883, à l’âge de 40 ans, se présentant comme l’imam des « Bien Guidés » ou « Imam al Mahdi » .

En 1883, Limamou Laye perd sa mère et s’enferme trois jours sans boire ni manger. Au terme de ces trois jours, il dit être l’envoyé de Dieu, disant : Adjibo dahiya laye ya marsaral ins wal djin ini raasouloulahi ileykoum (« Venez à l’appel de Dieu vous, hommes et djinns, je suis l’envoyé de Dieu. L’arabe blanc s’est noirci »). Limamoulaye qu’Allah le maudit avait dit qu’il était la réincarnation du prophète Muhammad (paix sur lui).


File:Muhammad Ahmad al-Mahdi.jpg

Muhammad Ahmad 

Muhammad Ahmad (12 Août 1844 à 1822 Juin 1885), un Soudanais cheikh soufi de l’ordre Samaniyya, il se déclara Mahdi en Juin 1881 et a mener une campagne militaire réussie contre le gouvernement turco anglo-égyptien. Bien qu’il soit mort peu de temps après la capture de la capitale soudanaise, Khartoum (1885), l’Etat mahdiste continué sous son successeur, Abdallahi ibn Muhammad, jusqu’en 1898, quand il est tombé devant l’armée britannique après la bataille d’Omdurman. Les Oulama soudanais s’opposait a ses prétention d’etre le Mahdi, avec comme argument; qu’il ne le ressemblait pas selon les description des Ahadith, et qu’il était de Dongola et n’avais aucune preuve d’etre rattacher à  Ahl al-Bayt. 

L’État madhiste survivra à son fondateur, jusqu’à sa destruction en 1898 par l’armée britannique sous le commandement de Lord Horatio Herbert Kitchener.



File:Mirza Ghulam Ahmad (c. 1897).jpg

Mirza Ghulam Ahmad 

Mirza Ghulam Ahmad (13 Février 1835 à 1826 mai 1908), prétendait à la fois le Mahdi et Jésus à la fin du 19ème siècle dans l’Inde britannique. Il a fondé l’Ahmadiyya, un mouvement sectaire en 1889 . En 1974, le Parlement pakistanais a adopté une loi déclarant les ahmadis comme des non-musulmans.


Muhammad bin Abd Allah al-Qahtani 

Muhammad bin Abd Allah al-Qahtani (28 Septembre 1935 au 9 Janvier 1980), membres des Ikhwan, a été proclamé Mahdi par son beau-frère, Juhayman al-Otaibi, qui a dirigé plus de 200 militants pour prendre la Grande Mosquée de La Mecque, le 20 Novembre 1979. Le soulèvement a été défait après un siège de deux semaines dans lequel au moins 300 personnes ont été tuées.  Otaibi et à 62 autres  membre du groupe furent décapités dans différentes villes de l’Arabie-Saoudite le 9 janvier 1980 soit, 39 Saoudiens, 10 Egyptiens, 6 Yéménites et quelques Koweïtiens, Irakiens et Soudanais. Plusieurs autres prisonniers furent exécutés secrètement au cours des mois suivants. Ceux qui n’avaient pas encore atteint l’âge adulte ou n’avaient pas participé aux combats passèrent des années en prison. Un Afro-Américain qui appartenait au groupe perdit la vie lors des événements, un autre fut libéré et rapatrié aux USA.


File:Sarkar (608).jpgRiaz Ahmed Gohar Shahi 

Riaz Ahmed Gohar Shahi (né le 25 Novembre 1941) est le fondateur des mouvements Messie International Foundation (IMF) et Anjuman Serfaroshan-e-Islam.  Il c »est dit etre al-Mahdi, le Messie et Kalki Avatara.

Une agence de nouvelles pakistanaise dit qu’il est mort en 2003 et certains disent qu’il purge une prison à vie au Pakistan, tandis que d’autres disent qu’il est dans le Royaume-Uni.


Ariffin Mohamed 

Ariffin Mohammed (né en 1943), aussi connu comme « Ayah Pin », le leader et fondateur du Sky-Kingdom (royaume du ciel), il est né en 1943 à Beris, Kampung Besar Bachok, Kelantan Malaysie. En 1975, un groupe sectaire formé à Bagan Lebai Tahir, Butterworth, Penang. Il prétendait être l’incarnation de Jésus (psl), ainsi que Muhammad (psl), Shiva et Bouddha. Les adeptes du « royaume du ciel » estiment que, un jour, Ayah Pin sera de retour comme le Mahdi.


Dia Abdul Zahra Kadim 

Dia Abdul Zahra Kadim (1970 – Janvier 2007), un chiite irakien ancien chef des « Soldats du Ciel », et prétendait être le Mahdi.


L’obsession messianistes  Mahdistes des Chiites iraniens, est tellement forte que selon l’expert séminariste, Mehdi Ghafari, plus de 3.000 faux Mahdi étaient en prison en Iran en 2012. 


Ibn el Qayyim el Jawziya sur le faux Mahdi:

« Les partisans d’ibn Tûmart ont leur Mahdî, les Rafidhites Imamites attendent leur propre Mahdî, les qarmates ont le leur. Chacune de ses sectes espère que son faux Mahdî soit le vrai Mahdî annoncé par le Prophète (`aleyhi salatu wa salam). Les juifs attendent également un « sauveur » qui viendra à la fin des temps pour faire régner leur religion sur toutes les autres nations et pour leur rendre leur puissance. Les chrétiens attendent également le Messie qui devrait venir le Jour de la Résurrection afin de faire régner la loi chrétienne et d’abolir les autres religions. Leur symbole proclame en effet qu’il est le : « Dieu venu de Dieu, engendré et non créé, d’une même substance que le Père,… il est monté aux cieux où il siège à la droite du Père. De là, il reviendra dans la gloire pour juger les vivants et les morts et son règne n’aura pas de fin. »

 Ainsi, les trois grandes religions attendent un Mahdî. Soixante-dix mille juifs suivront l’Antéchrist à la fin des temps. D’après le Musnad de l’Imam Ahmed en effet :« Les juifs et les femmes seront les plus nombreux adeptes du Faux Messie. » Quant aux Messie que les chrétiens attendent, il va certes redescendre, mais uniquement pour casser la croix, tuer le porc, et faire disparaître toutes les confessions en dehors de l’Islam. C’est dans ce sens qu’il faut prendre le hadith : « Il n’y a pas d’autre Mahdî qu’‘Îsâ ibn Mariam. »

Extrait du livre : al Manâr al Munîf du grand savant ibn al Qayyim al Jawziya (p. 141-154).


Personnages qualifiés de Mahdi par leurs partisans ou sympathisants  

  • Wallace Fard Muhammad (Nation de « l’Islam »)
  • Muhammad ibn Abdallah An-Nafs Az-Zakiyya
  • Muhammad ibn Abdullah ibn al-Aftah Ja’far al-Sadiq
  • Ja’far al-Sadiq (selon les chiites Tawussites)
  • Musa al-Kazim (selon les chiites Waqifites)
  • Muhammad ibn Qasim al-Alawi Il a dirigé une rébellion à Taloqan afghanistan en 834, pendant le califat d’Al-Mu’tasim.
  • Yahya ibn Umar (auteur d’un soulèvement avorté à Koufa en 864-65 )
  • Muhammad ibn Ali al-Hadi ( frère de Hassan al-Askari)
  • Al-Hakim bi-Amr Allah, calife Ubaydite dit Fatimide, attendu et adorés comme divinité par les Druzes du Sham 
  • Bashshâr ibn  Burd donna le nom d’Al-Mahdî au fils du calife ‘abbâside al-Mansûr car il corrigeait les corrompus et faisait couler le sang des débauchés (Chokr, 1993 : 252).
  • al-Hakam II, le calife Omeyyade, qui pendent la fête organisée dans le palais califal de Cordoue en 363/974 à l’occasion de la fin du jeûne (‘îd al-fitr) pour commémorer son triomphe sur le gouvernant idrisside zaydite nord-africain de Hassan ibn Qannûn al-Hasanî. Dans l’un des poèmes récités au cours de cette fête, qui fait référence au calife omeyyade, celui-ci est appelé « al-mahdî » et « mahdî l-wulât » (Pinckney Stetkevych, 1997)  Voir aussi Ibn Hayyân, 1965 : 196-202, poème de Muhammad ibn. Shukhays. Ce poème affirme que le sang du calife peut soigner la rage.
  • Idrîs II, de Fès sur un dirham frappé en 197 de l’hégire (812/13 J.-C), Idrîs II y est qualifié de Mahdi, :  « wa-l-Mahdi; Idris bnu Idris » « Mohammed est l’Envoyé de Dieu et le Mahdi c’est Idris ibn Idris »  Cependant les différentes sources historique sur, l’histoire des Idrissides ne nous disent pas si Idris I ou Idris II ont porté le titre de Mahdi lors de leurs règne. source : (Abd al-Majīd Qaddūrī, « Mahdisme » p16&17) : « L’image d’Idrīs II … » Par Herman L. Beck p48,« Nation et nationalisme au Maroc.. » Par Jacques Cagne. p104, « Corpus des dirhams idrīsites  » par  Daniel Eustache p142

Monarques musulmans avec le titre honorifique de Mahdi: 


Les caractéristiques du Mahdi al-Qa’im des chiites  (al-Muntadhar):

  1. Il régnera selon les lois de la lignée du prophète David, en utilisant le Talmud.
  2. Sa langue est l’hébreu.
  3. Ses partisans seront des Juifs et Israël, car il est le Roi des Juifs.
  4. L’Imam caché apprend du Talmud qui est contenu dans le « Jafr ».
L'avènement du Massih ad-Dajjal et allégeance de tout les uduw Allah
L’avènement du Massih ad-Dajjal et l’allégeance suivie de l’adoration  de tout les 3uduw Allah de l’histoire.

Comparatif entre le Mashia’h  Roi des juifs et le Mahdi al-Qa’im des chiites 

1) Quand le Roi des juifs apparaîtra, les Juifs de la diaspora vont se masser et se regrouper dans la ville sainte de Jérusalem.
De même, lorsque le Mahdi des chiites apparaîtra, tous les chiites de n’importe quel lieu s’amasseront vers lui et se rassembleront dans
la ville sainte chiite de Kufa.

2) Quand le Roi des juifs ‘Mashi’ah apparaîtra, les juifs morts seront ressuscités de leurs tombes par lui et ils joindront les rangs de ce Roi.
De même, lorsque le Mahdi al-Qaim des chiites apparaîtra, il ressuscitera les morts des chiites et ils rejoindront leurs rangs.

« D’après leurs lois ». Celle des juifs bien évidement.
Leur prétendu sauveur aura le pouvoir de « ressusciter » les mort comme le Dajjal et la fausse vision de Issa aleyhi salam des chrétiens.

3) Quand le Roi des juifs apparaîtra, il ressuscitera les ennemis des Juifs pour les punir.
Lorsque le Mahdi des chiites apparaîtra, il ressuscitera les compagnons du prophète Muhammad et les punira.

4) Le Roi des juifs fera le procès de tous ceux qui opprimaient les juifs.
Le Mahdi des chiites se mettra à juger tous ceux qui opprimaient les chiites.

5) Le Roi des juifs tuera 1 / 3 de la population mondiale.                                                                                                                                                                                        De même, le Mahdi des chiites tuera 1 / 3 de la population mondiale.

6) Au temps du Roi des juifs la terre sera remplie de primes pour les Juifs, les montagnes se transformeront en lait et de miel pour les Juifs.
Lorsque le Mahdi des chiites Rafidhites (al-Rawafidh) apparaîtra un fleuve de lait et une rivière d’eau éclatera pour les chiites.

L'avènement du porteur de lumière (Lucifer ) , représentation chiite de l'arrivée du sois-disant Mahdi
L’avènement du porteur de lumière (Lucifer ) , représentation chiite de l’arrivée du sois-disant « Mahdi »

Ahadith chittes sur l’avènement ‘al -Qa’im»  dit l’Imam Mahdi de Bihaarul Anwar Al-Majlis, aHadith (livres chiite) largement diffusés à des adeptes.

Il  a été signalé dans Bihaarul Anwar que l’un des Muwali d’Abul Hassan [comme] a déclaré:

« J’ai demandé Abul Hassan à propos du verset:

« Ayna ma takunu Ya’ti bikumullahu Jamee’aan. »
– Il a dit:

« Ceci est le verset qui indique notre Qa’im quand il apparaîtra, Dieu va rassembler nos chiites de différents coins du monde. »

– Al-Amaali a rapporté d’après Abou Abdallah qu’on lui a demandé pendant combien de temps le Qa’im gouvernera?

Il a répondu:

« Sept ans .. des jour qui seront étendus…pendant cette période, Dieu dressera la chair et le corps des croyants (les chiites) de la tombe ».

–  Ibnu almufadhaal Umar a rapporté:

« nous avons discuté à propos  du Qa’im, et quiconque meurt, il est attendu par nos semblables. »

• Abu Abdullah [que] nous a dit:

« Quand il (Qa’im) apparaît un croyant sera abordé dans sa tombe et sera dit:

ô telle et telle chose, votre semblable (al-Qai’m) est apparu, si vous souhaitez rejoindre ses rangs alors faites, et si vous le désirez vous pouvez rester dans la miséricorde de votre Seigneur. » (rester dans votre tombe)

-Al-Majlis a rapporté d’après Abou Abdallah [que] qui a déclaré:

« Savez-vous avec qui le al-Qai’m débutera? »

La réponse a été négative.

Puis il a répondu:

« Il va déterrer les deux coupables (Abu Bakr et Omar) brûler leurs corps et alors laissez le vent souffler leurs cendres. »
– Al-Mufeed rapporte d’Abou Abdallah [que] ce qu’il a dit: 

« Quand le al-Qai’m de la famille du Prophète apparaît qu’il va s’emparer de 500 membres des Quraysh (sous entend sunnites) et hachera leurs cous.
Il fera la même procédure avec 500 autres.
Cette action sera répétée 7 fois. »

– Al-Majlis a déclaré un récit rapporté par Ibn Jaffar Muhammad qui ont déclaré de son père qui a entendu de son grand-père que:
« lorsque le Mahdi apparaît à La Mecque et a l’intention d’aller à Kufa, un annonceur criera:

Qu’aucun d’entre vous devrait transporter avec lui-même la nourriture ou la boisson et doit transporter que la pierre de Moïse … quand ils mettent la face avant de la pierre sur le sol, il lâchera un fleuve s’écoulant du lait et l’eau, qui refroidira de la soif et la faim. »

– Al-Ihsaaii a rapporté que Abou Abdallah [comme] a dit:

« L’affaire ne se fera pas (victoire d’al-Qai’m) jusqu’à ce que un tiers des gens disparaissent. »

On lui a demandé:

« quand un tiers de l’humanité disparaitra, alors qui sera à gauche? »

Abou Abdallah répondit:

« N’êtes-vous pas heureux que le reste soit vous? »

Le Prophète Muhammad sallallahu alayhi wa sallam a dit :

« Soixante-dix mille juifs d’Ispahan (l’actuelle Iran chiite), portant al-Thayaalisân (châles porté par les juifs), suivront al-Massih al-Dajjal l’Antéchrist »
[ muslim, Hadith fiable 5237 ]
« La bannière (chiite) du Qa’im al-Mahdi des chiites »… Typique des kabbalistes juifs


Le Prophète Muhammad sallallahu alayhi wa sallam a dit :

« A chaque Umma il y a un majous  et les majous de ces Ummas sont ceux qui rejettent al-Qadr (ou la prédestination)
de ceux qui meurent d’entre eux. Si quelqu’un meurt parmi eux, n’assistez pas à ses funérailles, et si quelqu’un d’entre eux tombe malade, ne le visitez pas. Ils sont « CHIA » (les partisans) de
l’Antéchrist
(Dajjal). Et par la Loi de Dieu, Dieu les joindra à l’Antéchrist. »
[ Sunan d’Abou Dawoud, hadith faible 4072 ]

Selon les chiites le prophète Issa'(jesus) Aleyhi salam doit prêter allégeance au Qa’im  des chiites  … source

Les Kutama, histoire de la disparition d’une tribu :

Publié le Mis à jour le

Le lieu de la tribu berbère des Kutama dans l'émirat arabe des Aghlabides en Ifriqiya
Le lieu de la tribu berbère des Kutama dans l’émirat arabe des Aghlabides en Ifriqiya (800-909)

Les Kutama, Ketama ou Kotama  était une tribu berbère Sanhadja branès et classée parmi la confédération des Bavares.. La tribu porta le nom de « Ukutamanorum » sous les Romains, puis de « Ucutamani » sous les Byzantins et de « al-Kutama » sous les Arabes.

Cette tribu peuplait principalement la région des Babors en Petite Kabylie et le nord-constantinois,1 régions situées au Nord-Est de l’Algérie, mais étendit également ses ramifications dans tout le Maghreb.2 Les Kutamas ont eu un rôle important durant l’époque médiévale (909 – 1171) au centre de l’Afrique du Nord. Ils serviront des missionnaires et d’imams chiites tels que Abu Abd Allah ach-Chi’i et Ubayd Allah al-Mahdi, formant ainsi la dynastie arabe des Fatimides contre les Aghlabides, émirat arabe issu de la tribu des Banu Tamim originaire du Khorassan, vassal du Califat Abbasside et contrôlant l’Ifriqiya (800 à 909).

fatimides
Un Cavalier Ghulam Turc et un Fantassin Kutama, tout deux de l’armée fatimide

Origines et Théories :

Les Kutama seraient une sous-branche des berbères Sanhaja selon Ibn Khaldûn. Toujours selon lui ils seraient les enfants de « Ketam » ou de « Ketm », fils de Bernis et donc de la même souche berbère que les Sanhadja.

Ibn Khaldoun après avoir fait d’après le rapport des généalogistes  descendre les Ketamah des Beranis ou enfants de Ber  descendants de Mazigh fils de Canaan mais ajoute : « Al-Kalbi (737-819) veut que les tribus de Ketamah et de Sanhadjah n’appartiennent pas aux Berbères ils ne sont selon lui que des tribus du Yémen qu’Afrikis fils de Saïli laissa en Afrique avec les gens de la postérité de Cham qu’il y avait établis. Il dit encore plus loin : « La vérité est que les Berbère sont un peuple bien différent des Arabes excepté peut-être comme l’observent aussi les généalogistes les tribus Sanhajah et des Kutamah qui selon moi doivent être regardées comme parentes et alliées des Arabes . Mais Dieu le sait ». ( Al-Kalbi repris par Ibn Khaldoun par Schulz Journ asiat t II p 121 et 142)

Selon toujours Ibn Khaldoun : : « Il est vrai qu’Ifricos-Ibn-Saïfi , ce prince de la dynastie des Tobba [rois du Yémen], qui donna son nom à l’Ifrîkïa, y avait conduit une expédition et s’en était rendu maître ; mais, après y avoir laissé les tribus himyerites de Ketama et de Sanhadja, il s’en alla. Ces deux peuples devinrent graduellement Berbères et se confondirent avec cette race , de sorte que l’autorité des Arabes en Ifrîkïa disparut tout-à-fait. Lors de la promulgation de l’Islam , le progrès de cette religion mit les Arabes en état de vaincre les autres nations. Leurs armées pénétrèrent dans le Maghreb et prirent toutes les villes de ce pays.» dixit Ibn Khaldoun;

Selon A.Bouchareb dans la thèse d’état; « Cirta ou le substratum urbain de Constantine. » : « Notons ici que Himyer, cité comme un aïeul commun des Ketama et des Sanhadja, était également regardé par les historiens antiques comme également l’aïeul des phéniciens (donc des puniques) » et plus loin il poursuit :« Deuxièmement, nous retenons que ces populations, jointes aux berbères autochtones durant des temps reculés, étaient selon les généalogistes arabes descendants de Himyer d’origine yéménite, la même origine attribuée par les historiens (antiques, dont Hérodote) aux phéniciens »

Gautier quant à lui, propose de voir dans les récits des historiens arabes sur les conquêtes yéménites  du roi Ifrikos au Maghreb « une transposition de souvenirs phéniciens »

Le nom antique sous lequel cette tribu est signalée est « kédamousien ». D’après Ptolémée, elle serait venue du sud pour s’installer dans les montagnes d’actuel Nord-Est Algérien.

Les régions de l'empire fatimide, al-Hijaz, al-Sham, al-Misr, al-Barqah et al-Ifriqiya
Les régions de l’empire fatimide, al-Hijaz, al-Sham, al-Misr, al-Barqah et al-Ifriqiya

Histoire des Kutama

C’est au Moyen Âge et le début de l’ère musulmane que sa renommée deviendra la plus importante.

Dès l’année 154 de l’hégire (771), les kutama étaient dans la ville de Jijel, et vraisemblablement peuplait aussi le territoire de cette ville, car elle a accueillis deux fois des armées arabes Abbasside révoltés de Kairouan, venu prendre refuge et s’établir parmis eux. (Ibn-Khaldoun, trad Desvergers, p. 67.)

La région est le foyer historique de la grande tribu berbère des Kutama, qui joua un rôle considérable dans le Moyen Âge maghrébin et islamique, notamment parce qu’elle fut à l’origine de la création de l’empire fatimide au xe siècle, « l’un des plus grands empires de l’histoire islamique », qui s’étendait du Maroc actuel à l’Arabie3.

Au début du xe siècle, les Kutama ont constitué avec les Fatimides une coalition contre les Abbassides. En rivalité avec les Aghlabides qui gouvernaient l’Ifriqiya, la tribu Kotama joua un rôle déterminant dans la fondation de l’État Fatimide. Ses membres devinrent les plus farouches protecteurs du jeune État et constituèrent également les principaux effectifs de sa fidèle armée4,3.

Abu Abd Allah ach-Chi’i, missionnaire arabe chiite réunit les Kutama et prépare le terrain pour son maître Ubayd Allah al-Mahdi, un imam chiite ismaélien de Syrie présenté comme le Mahdi par Abû `Abd Allâh ach-Chî’î et dont le rêve est de faire basculer le pouvoir sunnite en place à Bagdad au profit de la dynastie chiite4.

En 903 les Kutama commencèrent l’insurrection. Le 19 mars 909, ils détruisent définitivement les Aghlabides, dynastie installée par les Abbassides en Ifriqiya, près de Laribus. Six jours après, ils entrent dans leur capitale Raqqâda puis fondent la capitale du nouveau califat Fatimide à Mahdiyah5.

Les Fatimides, avec leurs armée Kutama conquièrent l’Égypte en 969 sous le commandement du général Jawhar al-Siqilli (le Sicilien) qui entra à Al-Fustât en 972, dans un pays désorganisé et en proie à la famine. Ils fondent, près de cette ville sunnite, une nouvelle capitale qu’il nommèrent al-Qâhira (Le Caire), signifiant « la Victorieuse »4.

Ce qui provoqua un fort exil des Kutama vers l’Égypte, ont peut aisément dire qu’ils servirent de chair à canon pour les Ismaéliens.

Peinture d'al-Qasr al-Fatimi d'Ajdabiya dans la province de Barqa dans l'actuelle Libye En l'an 362 de l'hégire, Moez-li-din-allah el-Fatimi séjourna à Ajdabiya dans un palais qui fut spécialement construit pour lui
Peinture d’al-Qasr al-Fatimi d’Ajdabiya dans la province de Barqa dans l’actuelle Libye En l’an 362 de l’hégire, Moez-li-din-allah el-Fatimi séjourna à Ajdabiya dans un palais qui fut spécialement construit pour lui

Ibn Khaldoun nous dit « toute la nation des Kutama organisée en différentes tribus, partit s’établir en Égypte »6

Les Kutamas installèrent un campement militaire près du Caire, formant une puissance militaire redoutable au service du Califat arabe Ubaydite. Ils conduiront plus tard des expéditions jusqu’à Damas contre les Abbassides. Le quartier des Kutama « Hai El-Kotamiyine », au Caire, sont un des vestiges de leurs ancienne influence.

Rue de Kutama : « Cette rue est voisine de la rue des Batélites, elle en fait même aujourd’hui partie. C est là que furent les logements des Kutamiens lorsqu’ils vinrent d’Afrique d’abord avec le kaïd sicilien Djauhar et plus tard avec le khalife Moëzz. Le lieu où était cette rue est ce qu’on nomme aujourd’hui les Bains de Kérai, avec ce qui les avoisine derrière le collège d’Ibn algannam, à l’endroit où se trouve le passage d’Ibn alaasar, jusqu’au commencement de la rue des Batélites. Les Kutamiens étaient les sujets privilégiés de la famille des khalifes Fatémites » (Silvestre de Sacy dans Al-Maqrizi, chrestomancie arabe, vol1; p127)

Abu Ali ibn Jafar ibn Fallah al-Kutami (969-971).était le Wali Fatimide de la ville Syrienne de Damas 

Un assez grand nombre de poste de Wulat (plr de Wali) furent donnés à des Ketâma. Un personnage de cette tribu obtint le gouvernement d’Adjedabia, oasis située au sud de Barqa en Libye (Kaïrouâni, p. 107), un autre Kutami celui de Gabès en Tunisie (Kaïrouâni, p. 107. — al-Bakri, p. 462) , et cette dernière charge demeura héréditaire dans sa famille. Ce fut encore un Kutâmi qui eut la perception générale des impôts.

Al-Hassan ibn Abi khanzir al-Kutami (910-913) était le Wali Fatimide de l’île de Sicile (Ibn-Khaldoun, traduit par M. N. Desvergers, p. 159.)

l'empire fatimide dégénéré
l’empire fatimide dégénéré

Décadence et disparition des Kutama 

Au cours des innombrables guerres au profit de l’armée fatimide le peuple kutama aurait perdu plus de « cent mille des siens ».

Ibn Khaldoun nous décrit la suite « Devenus donc aussi puissants que l’empire qu’ils avaient contribué à fonder, les Kutama sombrèrent dans le luxe et la mollesse »7. En l’an 973 le calife fatimide quitta le Maghreb pour aller s’installer en Égypte et laisser à Bologhine ibn ziri la charge de gouverner le Maghreb. Les Kutamas se sentirent alors trahis mais n’avaient plus ni les chefs ni les forces pour imposer leur injonction. Ce sont donc les zirides qui allaient être les héritiers des fatimides.

Onze ans plus tard, soit en l’an 984, les zirides dirigés pas Al-Mansur, demeurés seuls maîtres du Maghreb ne tardèrent pas à manifester leurs envies d’indépendance vis-à-vis des fatimides. La réaction de ces derniers ne se fit attendre, un missionnaire fut envoyé dans le pays des Kutama pour les soulever contre le « traitre » ziride, cependant El mansour riposta et entreprit une campagne contre le pays des Kutama, dont les villes et villages furent réduits en ruine. Une seconde révolte éclata l’année suivante qui connut le même sort, elle mobilisa pourtant un grand nombre de Kutama qui succombèrent tous.

Vue sur la ville Arabe de Mila en Algerie orientale
Vue sur la ville Arabe de Mila en Algerie orientale, lors de l’arrivée de la France, E.Carette en 1850, étudie les origines raciales des habitants de la ville, il en conclus qu’il donne 800 habitants d’origine arabe pour 800 berbrèes (p453, « recherches sur les tribus.. »)tous arabisés, conclusion semblable a celle d’al-Bakri en 1050.

Al-Bakri 1014- 1094 nous explique comment une ville comme Mila fut vidé de ses Kutama après les Fatimides :

« Au Mois de choual 378 (jan-fev 989 JC); al-Mansur (fils de Bologhin ) sorti de Kairouan et envahit le pays des Ketama. Arrivé dans le voisinage de Mila, il alla ce présenter devant cette ville, avec l’intention de la livrer au pillage et d’exterminer la population. (..)Dès lors la ville de Mila resta quelque temps sans habitants. Aujourd’hui elle est entourée d’une muraille de pierre et d’un faubourg,(..). La population de Mila se compose d’Arabes, de gens de la millice et d’hommes de race mélangée. »

Les Invasions arabes Hilalienne (adnanites)
Les Invasions arabes Hilalienne , les terres Hialliennes sont tracés en marron

Les débris Kutama lors des invasions arabes des Banu Hilal :

E.Carette nous parle du reste des Kutama lors de l’arrivée des arabes Banu Hilal au 11e siècle :

« Dans la province de Constantineles arabes (Hilaliens et Solaymites) étaient beaucoup plus avancés au nord qu’au sud. C’est même par la région septentrionale (nord), par le massif méditerranéen qu’ils avaient pénétré dans cette partie du Maghreb. Ainsi à Mîla, toute la campagne était au pouvoir des ArabesIls dominaient aussi dans tout, le pays compris entre al-Koll’ (Collo) et Constantine, et étaient en relations de commerce avec les habitants de cette dernière ville. On voit que les Arabes avaient abordé la province de Constantine par le côté le moins accessible ; mais il est extrêmement probable, qu’ils y avaient été bien accueillis, peut-être même appelés par le reste des Ketâma, dignes de la sympathie des tribus arabes que le khalife du Caire avait lâchées sur le Maghreb. L’établissement des Arabes dans le sud de la province de Constantine était beaucoup plus récent que dans le nord » .(Recherches sur l’origine et les migrations des principales tribus de l’Afrique septentrionale et particulièrement de l’Algérie / par E. Carette ; p.408-09 et 410).

Sur les Banu Hilal, Al-Idrissi en décrivant la région situé entre Collo et Constantine dans sa géographie au 12e siècle, nous disait que :«De Constantine .. Au port d’al-Collo, 2 journées, en traversant une contrée fréquentée par les Arabes, » plus loin, il poursuit en disant que les « Les Arabes qui l’habitent sont pacifiques;et que les « Arabes ne passent jamais cette montagne (de Sahaw) qui est comme une limite de leur territoire  » Toujours notre auteur continu et persiste : »D’al-Coll à Constantine , on compte 2 journées, en se dirigeant vers le sud et en traversant un pays occupé par les Arabes. » (Al-Idrīsī (1100-1165) op cit. p.113)

Ibn Khaldoun au 14e siècle constatait qu’une des tribus survivantes des kutama  les Sedouîkich vivant entre Jijel et Bejaia, « vivait sous la tente et élevait des chameaux comme les arabes » à qui, ils en avait même pris la langue et les us et coutumes des arabes, « aussi se donnent-ils quelques fois pour une branche des Soleïm tribu arabe descendue de Moder », et qu’elle vivait sous le patronage des arabes de Sulaym et de Hilal ..

Sidi Mimoun, Idjkan, Setif, lieu d'ou partie l'empire fatimide (algerie, Ifriqiya)
Sidi Mimoun, Idjkan, Setif, lieu d’ou partie l’empire fatimide   « Près de Setif est une montagne nommée Idjkan où les familles de la tribu berbère de Kutama ont établi leur demeure. Il s y trouve aussi un château bien fortifié » (Géographie d’Aboulféda, Volume 2, p194)

Les moeurs des Kutama selon les Historiens :

ibn Hawqal constatait les moeurs dégénérés des Kutama : « La plupart des Berbers qui habitent le Maghrib depuis Sijilmassa, jusqu à Sous, Aghmat et Fez de là aux environs de Tahert, Ténès, Mesîla ,Tobna, Baghaï ,Aguerbal, Djijeli,s Azfoun, et les dépendances de Bone accueillent les voyageurs avec hospitalité il se trouve même des gens parmi eux qui pour faire honneur aux étrangers leur prostituent leurs enfants Cette détestable coutume fut vivement combattue par Abou Abd Allah le missionnaire  des Fatimites qui eut recours à des moyens extrêmes pour l’abolir mais elle résista à tous ses efforts«  (ibn Hawqal page, 241 « surate al ard ».)

En l’an 1150 al-Idrissi (1100-1165)  auteur de « la description de l’Afrique et de l’Espagne », constatait déjà l’état d’affaiblissement des Kutama dont il ne restait que quatre mille individus et le fait qu’ils prostituait leurs enfants mâles 8 il le disait en ses termes :

« Cette tribu est renommée par sa générosité et par l’accueil qu’elle fait aux étrangers. Ce sont certainement les gens du monde les plus hospitaliers car ils n’ont pas honte de prostituer leurs enfants mâles aux hôtes qui viennent les visiter et loin de rougir de cette coutume ils croiraient manquer à leur devoir s’ils négligeaient de s’y conformer, divers princes ont cherché à les y faire renoncer même par des punitions très sévères mais toutes les tentatives qu on a pu faire ont été vaines. A l’époque où nous écrivons il ne reste plus de la tribu de Kitâma jadis très nombreuse qu’environ quatre mille individus. » 

« La doctrine immorale et impie de l’ismaélisme, apportée dans le Maghreb central par Abou-Abdallah, n’y avait pas fait, selon toute apparence, un grand nombre de prosélytes ; dès les premiers jours de l’apostolat, on voit une tribu de Ketâma, voisine du foyer de l’insurrection, s’élever contre les prétentions d’Abou-Abdallah. Ne serait-ce pas d’ailleurs faire injure à la conscience humaine, que de la croire accessible à des doctrines de cette nature ? Les conversions durent se concentrer dans un cercle étroit autour de leur point de départ. Bientôt aux conversions succédèrent les soumissions, et la conquête à l’apostolat ; la plus grande partie du Maghreb dut subir le joug des nouveaux maîtres, sans pour cela adopter leur dogme.

Un certain nombre de tribus tomba dans le chiisme pur et crut à l’arrivée du Mahdi ; enfin un petit noyau d’adeptes, groupés autour du point de départ de la prédication, adopta seul la morale et le dogme ismaélien. (Kaïrouâni, p. 133., cité par E.Carette)

Il semble que l’ethnie kutama a définitivement disparu au xive siècle. Ibn Khaldoun nous explique que «la raison en est que pendant les quatre siècles qui se sont écoulés depuis la chute de l’empire kutamien, les dynasties suivantes se sont plu à leur reprocher l’attachement qu’ils avaient montré aux doctrines hérétiques et aux croyances infidèles (ismaélisme), il en résulta que la plupart des peuples kutama renoncèrent à ce surnom à cause de l’idée de dégradation que cela comportait »(Ibn Khaldoun 1969,I, p. 298)

Situation approximative des tribus arabes et berbère dans la région l'ancienne zones des Kutama
Situation approximative des principales  (elle n’y sont pas toute) tribus arabes et berbère dans la région de l’ancienne zones des Kutama à l’époque Hammadide

Les Kutamas de nos jours ?

Le groupe kutama en tant que tel de nos jours n’existe plus. Peut être, en Égypte, peut-on rapprocher culturellement les Siwis des Kotamas en raison de leurs acceptation culturelle de l’homosexualité traditionnel et enfantine, leurs  parler est arabisé à 60 %13..

En ce qui concerne l’Algérie dont le foyer principal était la région actuellement désignée comme la Kabylie des Babors, les débris (4000 au 12e siècle selon al-Idrissi) des Kutamas restés dans cette région se sont mélangés aux autres tribus berbères  et arabes Hilaliennes, formant par la suite différentes tribus sans lien entre elles10.et arabisés12

Les spécificités culinaires kutama auraient survécu à la tribu elle-même, comme, le « couscous au poisson » seksou bel’hout, qui serait d’origine kutama11, 

Ibn Ḵẖaldoun considère les gens de Jerba en Tunisie comme faisant partie des Kutāma (Ibn Khaldoun; III, 63) ; on y rencontre aussi, ajoute-t-il, « des Nefza, des Hawwāra et quelques fractions d’autres tribus berbères »

Une ville dans le rif Marocain portait ce nom de Kutama, elle était la terre de la culture du cannabis, qui depuis fut rebaptisé « Issaguen » par le roi Muhammad VI.

Le reste des Kutama se sont donc par la suite alliés et mélangés aux tribus sunnites berbères et arabes, diluant ainsi leur tribus dans d’autres.

Selon E.Carette la tribu de Ketama n’existe plus, ses membres furent massacrés et dispersés , et  il l’exprimait en ces termes : « Le pays montagneux situé entre Sétif et Kollo était habité avant al-Idrissi par la puissante tribu des Ketâma, renommée pour sa générosité et son hospitalité mais décriée pour ses mœurs. Au temps de cet écrivain elle était réduite à quatre mille individus, elle a complètement disparu« 15

Lorsque Ibn Khaldoun nous décris le Maghreb et ses habitants au 14eme siècle, il nous indique que la province de Bougie et de Constantine « appartenaient autrefois au tribus Zwawa, Kutama, Adjissa et Huwara, mais elles sont maintenant toute habitées par les Arabes, qui en occupent toutes les parties à l’exception de quelques montagnes d’accès difficile ou l’on trouve encore plusieurs fractions de ces tribus ». (Ibn Khaldoun, (1332- 1406) op cit, p147)

Selon J.-P. Laporte, « Ketama, Kutama », Encyclopédie berbère  : « La grande confédération des Kutama était définitivement morte. A l’époque d’Al-Idrîsî, la tribu ne comptait plus que 4 000 membres ! » 

File:Location map Taifa of Alpuente.svg
La taïfa d’Alpuente, émirat d’Alpuente ou Al-Sahla est l’un des royaumes de taïfa issus de l’éclatement du califat de Cordoue en 1010. Elle est fondée dans la région d’Alpuente autour de 1018.  En 1103, la taïfa est occupée par les Almoravides et est intégrée dans la taïfa de Valence en 1145. En 1172, elle passe sous la domination des Almohades, jusqu’à son intégration au royaume de Murcie (musulman) en 1229. Enfin, elle est conquise en 1238 par Jacques Ier d’Aragon

Les Banu Qasim d’al-Puente al-Andalus :

Selon Ibn Hazm, les Banu Qassim de la taïfa d’Alpuente, (al-Buente) n’était pas arabes Fihrides comme ils le prétendait  mais des Kutama d’Ifriqiya, qui ont su profiter de la fin du califat Omeyyade de Cordoue pour ce taillé un fief à Alpuente

Ibn Hazm nous dit que les Banu Qasim étaient en fait des Kutama Berbères et étaient liés au clan qurayshite Fihride seulement en vertu d’un vieux  lien de clientèle en Ifriqiya. Ibn Khaldoun (voy, trad de Slane) disait que les Sanjaha était lié au temps des Omeyyades au Alides et Hachémites mais « ne sachant pas dans quelle circonstance« , le « Kitab al-Adwani » (voy, trad de Ferraud), parle de liens avec les Omeyyades en parlant des population pré-hilaliennes du nord de Constantine. Les Banû Qâsim d’Alpuente furent, parmi les plus fidèles serviteurs de la Omeyyades d’Al-Andalus.(Gabriel Martínez Gros, 1985)
File:Castell de Montornes.jpg
Château Montornés, situé dans la commune de Benicasim dans la province de Castellon est une forteresse d’origine arabe du Xe siècle (Omeyyade andalous)
Enfin la ville de Benicassim en Espagne viendrai du nom de cette fraction Kutama (voy, Dozy « Histoire des Musulmans d’Espagne.. »  Tome,1, p 161), les Banu Qassim gouvernait la région depuis pratiquement l’arrivée des musulmans dans la péninsule ibérique au VIIIe siècle sous le Califat Omeyyade, ils ont réussi à consolider leur pouvoir principalement grâce à leurs interventions militaires dans les « marches d’al-andalus » ou les zones  frontières avec les royaumes chrétiens. Qasim ibn Abdallah a essayé  de donner à sa famille une origine arabe fihride, même si cela fut démentis par un chroniqueur contemporain de Qassim, le célèbre  Ibn Hazm.
Dynastie Qasimide ou Banu Qassim

Références

  1. Ibn Khaldoun, Histoire des berbères 
  2. Housni Kitouni, La kabylie orientale dans l’histoire, Paris, Harmattan,‎ 2013 ), P48
  3. a et b Ibn Khaldoun – Histoire des Berbères
  4. a, b et c Zidan Mohamed « État et tribus dans le monde Arabe
  5. Ibn Khaldoun
  6. Ibn Khaldoun op.cit. p. 967
  7. Ibn Khaldoun p. 967
  8. El Idrissi, description de l’Afrique et de l’Eespagne, BNF, Galica2, p. 116
  9. Ibn Khladoun, op, cit, p. 224
  10. Livre « la Kabylie orientale dans l’histoire » page 58
  11. 13th-century Andalusian cookbook, Kitāb al-tabǐkh fǐ al-Maghrib wa’l-Andalus (Arabic) « The cookbook of the Maghreb and Al-Andalus
  12. Ibn Khaldoun, op.cit, p. 573
  13. Sur l’oasis de Siwa , Madjid Allaoua, Études et Documents Berbères, 1997-1998 (2000)
  14. Antoine-Ernest-Hippolyte Carette, Émilien Jean Renou, Jean-André-Napoléon Périer et Adrien Berbrugger, Exploration scientifique de l’Algérie pendant les anées 1840, 1841, 1842, Imprimerie royale,‎ 1er janvier 1844 (lire en ligne [archive])

Voir aussi sur le sujet :

L’île de Malte. Histoire de la domination musulmane :

Publié le Mis à jour le


Vue aerienne de Mdina, Malte
Vue aérienne de Mdina, Malte ville fortifié par les Aghlabides. Selon al-Qantara « Les Aghlabides prennent à leur tour possession de la ville  de Mdina en 879 et vont marquer l’héritage architectonique de la citadelle. »

La dynastie arabe des Aghlabides de 800 à 909, elle prend fin en ifriqiya et en sicile en 909 et la lignée aurait quant à elle régné jusqu’en 948 jc à Malte avant de passé aux arabes Kalbides de Sicile (948 -1053), la dynastie Kalbide prend fin en Sicile en 1053 mais elle reste jusqu’en 1091 à Malte. (source The Spread of Islam Throughout the World publié par Idris El Hareir,Ravane Mbaye) .

Miege (« Histoire de Malte » p87) disait : « Du reste on ignore quelle fut la forme de gouvernement introduite à Malte et au Goze. On sait seulement que ces deux îles furent gouverné par un émir dépendant de celui de Sicile « 

Ibn al-Athir (1160-1233) nous explique la prise de Malte en 869 par les Aghlabides : « A la suite de la mort de Khafâdja, son fils Mohammed, désigné par la population pour lui succéder, fut confirmé dans cette situation par Mohammed ben Ahmed ben el-Aghlab, prince de K’ayrawân. En 256 (8 décembre 869), il envoya une armée à Malte, dont les chrétiens levèrent le siège en apprenant l’arrivée de ces troupes. »

Ibn Khaldoun (1332-1406) reviens sur la prise de Malte par les Aghlabides : « Ziadet Allah el Asghar eut en mourant pour successeur son frère Mohammed surnommé Abou el Gharanik le Père des Grues 122 qui était adonné au jeu et à la boisson Il y eut de son temps des guerres et des révoltes en 255 de l’hégire il s empara de Malte, mais les Grecs reprirent sur lui plusieurs places de la Sicile  »

Al-Nowaïri dit que le chef de l’expédition dans laquelle Malte fut prise était Ahmed ibn Omar ibn Ubayd Allah ibn al-Aghlab (Nowairi Ms 7o2 A fol 52 recto).

Al-Himyari (1350) sur la prise de Malte par les Aghlabides : « Elle fut attaquée par Halaf al-Hādim (ingénieur renommé), le mawlā de Ziyādat Allāh b. Ibrāhīm du temps d’Abu ‘Abd Allāh Muḥammad b. Aḥmad (864-875), neveu de Ziyādat Allāh, avec l’aide de Aḥmad (Habashî) b. ‘Umar b. ‘Abd Allāh b. al-Aġlab, et ce fut lui (Halaf) qui souffrit pour elle. » plus loin toujours sur Halaf :  « Et ce Halaf est bien celui qu’on connaît pour la construction de mosques, de ponts et de citernes. Il l’assiégea et mourut durant le siege. Et ils écrivirent à Abu ‘Abd Allāh à propos de sa mort, et Abu ‘Abd Allāh écrivit à son ‘āmil dans l’île de Sicile, Muḥammad Ibn Hafāğa (869-71), de leur envoyer un wāli ; et il leur envoya Sawāda Ibn Muḥammad (‘âmil de Sicile 884-887). »

« Et ils capturèrent la forteresse de Malte et capturèrent son Commandeur, ‘Amrûs (Ambrosios) dont ils démolirent la forteresse, et ils pillèrent et capturèrent tout ce qu’ils ne pouvaient pas emporter. »

Al-Himyari (1350) sur la construction du Ribat de Sousse avec le butin de Malte :  «Et il prit pour Aḥmad, à partir des églises de Malte, ce qui lui permit de construire le Château de Sousse sur mer et le viaduc qui y mène, par un pont à arches, ce qui se produisit en l’an 255 (869).»

Ibn al-Jazzar (898-980), la dédicace du ribat de Sousse mentionnant le raid de Malte :

“Chaque dalle polie, chaque colonne de marbre de ce fort furent rapportées d’une église/du raid de Malte par Ḥabaši ibn ‘Umar dans l’espoir de mériter l’approbation et la gentillesse de Dieu, le Puissant, le Glorieux”

Selon Al-Himyari (1350) l’île resta inhabité par la suite : « Après celà, l’île de Malte demeura une ruine (khirba) inhabitée, mais elle était visitée par les constructeurs de vaisseaux, car le bois y était des plus solides, et aussi par les pêcheurs, en raison de l’abondance et du bon gout des poisons auprès de ses côtes, et par les collecteurs de miel, parce que c’est chose bien commune là-bas. »

En 1048  selon Al-Qazwīnī, (1203- 1283) dans Atār al-bilād, eu lieu le siège byzantin de Malte :

« Les Rûm l’envahirent après l’an 440/1048, ils leur firent la guerre et exigèrent d’eux propriétés et femmes. Les musulmans se réunirent et se dénombrèrent, le nombre de leurs esclaves était supérieur à celui des hommes libres. Ils dirent alors aux esclaves :
« Combattez avec nous, et si vous êtes victorieux, vous serez libre, et tout ce qui est à nous sera à vous. Si vous hésitez, nous serons tués et vous serez tués. » Lorsque les Rûm arrivèrent, ils attaquèrent comme un seul homme, Dieu leur vint en aide et ils les défirent, tuant un grand nombre des Rûm. Les esclaves rallièrent les hommes libres et les renforcèrent. Après cela, jamais les Rûm ne purent les maîtriser. »

Al-Himyari (1350), sur le siège Byzantin de Malte (1053) :

Après l’an 440 (1048-9) les Musulmans la peuplèrent et ils édifièrent une cité, et elle devint alors un meilleur lieu qu’elle n’avait jamais été.

En l’an 445 (1053-4) les Rûm l’attaquèrent avec force navires et en grand nombre, et ils assiégèrent les Musulmans dans la cite et le siege leur devint insupportable et ils espéraient vivement l’emporter.

Alors les Musulmans leurs demandèrent grâce, ils s’y refudèrent, à part pour les femmes et les biens. Et les Musulmans recensèrent le nombre de combatants parmi eux et ils trouvèrent qu’ils étaient environ 400 ; puis ils dénombèrent leurs esclaves et les trouvèrent plus nombreux qu’eux même. Ils les supplièrent et leur dirent :

« Si vous nous restez loyaux dans notre combat contre notre ennemi, et que vous allez aussi loin que nous, et que vous finissez où nous finissons, vous serez des Libres, et nous vous éleverons à notre niveau et et nous vous donnerons nos filles en mariage, et nous ferons de vous nos associés dans la richesse; mais si vous hésitez et nous abandonnez, votre sort sera la même captivité et servitude que pour nous, et même bien pire parce qu’avec nous on peut être affranchi par un tendre ami, libéré par son Mawlâ ou sauvé grâce au soutien de sa communauté. »

Et les esclaves, d’un commun accord, promirent plus encore que ce qu’ils pensaient, et ils les trouvèrent plus rapides et agressifs contre leurs ennemis qu’eux meme, et lorsque l’armée se réveille le second jour, les Rûm étaient venus au petit matin, comme de leur coutume, espérant en ce jour les surpasser et les capturer. Mais les Musulmans s’étaient préparés fort bien pour les contrer, et ils se réveillèrent de bon matin, comme par prémonition, et ils demandèrent le secours de Dieu le Tout Puissant, et ils marchent et les encerclèrent, les piquant de leurs lances et les frappant de leurs épées, sans craindre ou faiblir, confiant d’obtenir au moins un de deux grands buts : une victoire rapide ou leur triomphe dans l’au-delà. Et Dieu l’Exalté leur accorda son aide et leur donna la patience, et Il incrusta la peur au cœur de leurs ennemis, et ils s’enfuirent, défaits, sans regarder en arrière, et la majorité d’entre eux fut massacrée. Les Musulmans prirent possession de leurs navires et seul l’un d’entre eux pu s’échapper. Et leurs esclaves furent élevé au rang d’homme libre (mawla), et ils leur fut donné ce qui leur avait été promis. Et après cela, l’ennemi les craint tant qu’aucun d’entre eux ne s’est plus remontré durant quelques temps. »

Ibn al-Athir reviens sur la conquête normande de Malte par Roger I en 1091:

« Rujâr tenait en grande estime les musulmans, usant avec eux de familiarités et les défendait contre les Francs si bien qu’ils l’aimaient. Puis, montant une puissante armada, il s’appropria les îles qui sont entre al-Mahdiya et la Sicile comme Mâlita, Qurça, Jerba et Qerqena. »

M Bonavita affirme que en 994 JC Malte renfermait 13,161 musulmans et 3,606 chrétiens et le Goze 1,811 musulmans et 2,733 chrétiens y compris les femmes et les enfants.

Le dernier Émir de Malte selon M Bonavita  s’appelait Maimone (al-Mamun), ce fut lui que Roger trouva dans l’ile.

Le prêtre abbé Gilbert en 1240 JC fait un recensement à Malte, soit 150 ans ans après la conquête normande, il décompta environ 9 000 habitants à Malte et à Gozo, dont 836 familles musulmanes, 1250 familles chrétiennes (chiffre rond, très certainement arrondi à la hausse et comprenant les musulmans convertis) et 33 familles juives.Tandis qu’un an avant ils était majoritaire (Malte, p345 Nathalie Bernardie).

Ibn Khaldoun (hist,p.335)  reviens sur la fin de l’Islam en Sicile et à Malte (1250) : 

« En Sicile les musulmans de Palerme jouissaient des mêmes droits que les chrétiens tant dans la ville que dans les campagnes, avantage qu’ils devaient à un traité que le sultan hafside avait négocié en leur faveur avec le seigneur de cette île. Depuis lors la bonne harmonie s’était maintenue entre les deux peuples mais la mort d’Abou Zékérïa (en 1249) vint tout déranger. Les chrétiens se portèrent à de graves excès contre les vrais croyants et les forcèrent à se réfugier dans les châteaux et lieux escarpés de l’île. Les fuyards prirent pour chef un aventurier appartenant à la tribu arabe d’Abs (Banu Abs) mais ayant été cernés et bloqués dans leur montagne ils firent leur soumission. Le vainqueur les déporta dans le pays situé à l’autre côté du détroit de Messine et les établit auprès de Melfi berceau de sa puissance au milieu d’une contrée riche et populeuse. Il passa ensuite dans l’île de Malte et après avoir rassemblé tous les Musulmans qui s y trouvaient encore il les envoya joindre leurs coreligionnaires dans la Pouille. Devenu ainsi maître de la Sicile et des îles voisines le tyran en fit disparaître l’islam et le remplaça par les doctrines de l’infidélité (al-Kufr) »

Az-Zarakhshi (1475) , relate l’attaque Hafside contre Malte en 1428 :

« En 832/1428, une escadre fut envoyée de Tunis (par Abû Fâris al-Ḥafṣî) contre l’île de Malte. Le Sultan mit à sa tête son Mamlûk, le Qâ’id Riḍwân, à qui il ordonna de l’assiéger 3 jours seulement et de se retirer s’il ne la prenait pas. Il y débarqua et la serra de près. Puis il se retira alors qu’il était sur le point de s’en emparer »

Faris Ahmad Ash-Shidyaq (1805-1887), remarqua sur Malte, en 1868, que « les noms de tous les villages et les caractéristiques topographiques sont purement arabes« 

Pierre tombale kufique au nom de Mimuniya Bint Hassan, Malte, Shûkiya, en 1174 Traduction : «Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux. Que Dieu fasse miséricorde au Prophète Muhammad, à sa famille et leur accorde le Salut. A Dieu la puissance et l’immanence, pour ses créatures la mort fut prescrite. Et vous avez un bon exemple en le Prophète de Dieu. Voici la tombe de Maymuna bt. Hassan b. ‘Ali al-Hudalī, dit Ibn as-Susi ; morte, que la miséricorde de Dieu soit sur elle, le jour du jeudi 16 Ša’bān année 569 (1174), attestant qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Dieu unique, et qu’il n’a aucun associé. Regarde avec tes yeux ! Y a-t-il sur terre quelque chose qui protège ou qui éloigne de la mort, ou qui enchante la mort ? La mort me prit dans un palais et, hélas, je ne fut sauvé ni par ses portes, ni par ses gonds. Je suis devenu l’otage des œuvres que j’ai réalisées et qui seront décomptées de mon compte et de ce que j’ai laissé derrière moi reste. «Oh, celui qui regarde la tombe ! Je suis déjà installé à l’intérieur de celle-ci et la poussière a adhéré à mes paupières et à mes pupilles. Sur ma couche, et dans mon état de malheur, et à ma résurrection, quand j’irai devant mon Créateur, il y aura des remontrances. Ô mon frère, soit sage et repens-toi. »
Pierre tombale kufique au nom de Maymuna bint Hassan as-Susi, Malte, Shûkiya, en 1174 , Gozo Archaeological Museum

Traduction  de la pierre tombale 1174 : «Au nom de Dieu le Clément le Miséricordieux. Que Dieu fasse miséricorde au Prophète Muhammad, à sa famille et leur accorde le Salut. A Dieu la puissance et l’immanence, pour ses créatures la mort fut prescrite. Et vous avez un bon exemple en le Prophète de Dieu.
Voici la tombe de Maymuna bint. Hassan ibn. ‘Ali al-Hudalī, dit Ibn as-Susi ; morte, que la miséricorde de Dieu soit sur elle, le jour du jeudi 16 Ša’bān année 569 (1174), attestant qu’il n’y a pas d’autre Dieu que le Dieu unique, et qu’il n’a aucun associé.
Regarde avec tes yeux ! Y a-t-il sur terre quelque chose qui protège ou qui éloigne de la mort, ou qui enchante la mort ? La mort me prit dans un palais et, hélas, je ne fut sauvé ni par ses portes, ni par ses gonds. Je suis devenu l’otage des œuvres que j’ai réalisées et qui seront décomptées de mon compte et de ce que j’ai laissé derrière moi reste.
«Oh, celui qui regarde la tombe ! Je suis déjà installé à l’intérieur de celle-ci et la poussière a adhéré à mes paupières et à mes pupilles. Sur ma couche, et dans mon état de malheur, et à ma résurrection, quand j’irai devant mon Créateur, il y aura des remontrances. Ô mon frère, soit sage et repens-toi. »

Pièce frappé à Malte un quart dinar fatimide frappées à Malte au cours de la période arabe à ajouter à sa collection numismatique. L'importance de cette acquisition réside dans le fait que, jusqu'à ce trimestre dinar a été découvert, aucune pièce musulmane portant le nom de la menthe de Malte a été connue pour exister, conduisant les numismates de croire qu'aucune monnaie musulmane n'a jamais été frappée sur l'île. La découverte de cette pièce peut donc être considéré comme l'un des développements les plus significatifs de l'histoire numismatique de Malte. Le trimestre dinar a été frappé en 1080 à 1081 sous le règne d'al-Mustansir (1036-1094), l'un des califes fatimides plus long règne.
Pièce frappé à Malte en 1080 à 1081 sous le calife Fatimide al-Mustansir (1036-1094),

« Les Aghladides s’attaquent à Malte en 869 sous la direction d’Ahmed, fils d’Aghlab émir d’Ifriqiya », mais ce n’est qu’en 878 qu’ils prennent le contrôle de l’archipel maltais grâce à des renforts venus de Sicile. En 879, Mohamed ibn Hafagah, gouverneur aghlabide de Sicile, dirige Malte dont il devient entièrement maître le 29 août 870, jusqu’à la reconquête de l’île par l’Empire byzantin en 1048.

L’occupation arabe  de Malte dure jusqu’à la conquête normande en 1091, soit plus de deux siècles. Ils introduiront dans l’archipel maltais, en plus de la langue arabe et l’Islam, l’irrigation, la culture du coton et plusieurs variétés de fruits. Dans les faits, cette conquête ne change pas grand-chose dans l’archipel. Les Normands s’installent en Sicile et gèrent Malte à distance par l’intermédiaire de leurs barons. La « tolérance normande permet aux musulmans de rester sur place. Les îles maltaises continuent ainsi à pratiquer l’arabe maltais, ce dialecte arabe, qui va évoluer indépendamment de sa langue mère.

Malte a produit nombres de poètes arabes en ce temps comme, Abd ar-Rahmâm ibn Ramadân, Abd Allâh ibn as-Samanti, Utman Ibn Ar-Rahman, surnommé As-Susi ou Abu Al Qasim Ibn Ramdan Al Maliti.

Finalement, entre 1240 et 1250, Frédéric II du Saint-Empire expulse les musulmans.

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Carte de l’archipel maltais de l’amiral Ottoman Piri Reis – 1525

Le texte  qui va suivre est extrait de « Histoire des invasions des sarrazins en Italie du 7. au 11. siecle, vol1, il porte sur la prise de Malte :

« Tandis que le continent de l’Italie était ainsi troublé par la guerre intestine le wali Aghlabide de Sicile Mohammed fils de Khafaja songeait à mettre à profit ces tristes querelles des princes chrétiens Par ses ordres une armée de Siculo-Arabes vint débarquer à Malte où déjà depuis l’an de Jésus Christ 533 Bélisaire avait rétabli la domination de l’empereur grec. Les premiers établissements des Arabes dans cette île datent de l’an 829 c’est à dire vers le temps de la mort d’Euphémius qui avait livré la Sicile à ces étrangers A cette époque ils s emparèrent des îlots de Gozzo et Comino qu’ ils appelaient en leur langue Ghaudesc et Kemmona ils débarquèrent également à Cossyra désignée par eux sous le nom de Kausra c’est de nos jours l’île de Pantellaria..

La chronique arabe de Cambridge porte au mois d’août de l’an 87o la prise de Malte par les Arabes Basile le Macédonien étant empereur de Constantinople.

La garnison grecque se défendit héroïquement et les assaillants découragés étaient sur le point de renoncer à cette entreprise lorsqu’un secours inespéré leur fut apporté par ceux là même qui auraient dû le plus contribuer à leur anéantissement les Maltais passèrent en masse du côté des Arabes Musulmans (Sarrazins).

Depuis longtemps ces insulaires souffraient impatiemment le joug pesant que les officiers byzantins faisaient peser sur eux vainement ils avaient à plusieurs reprises fait parvenir leurs doléances aux pieds du trône que pouvait en leur faveur un monarque circonvenu par tant d ‘ambitions livré lui même à tant de désordres et perdu dans un dédale d’intrigues et d’embarras de toute sorte.

Les gouverneurs payaient régulièrement la redevance annuelle exigée par la cour impériale mais ce devoir une fois rempli ils avaient tout pouvoir de tirer le parti le plus avantageux de leur position sans crainte sans ménagement sans pudeur et le pauvre Maltais déjà en lutte contre une nature marâtre sur son rocher stérile se voyait impunément dépouillé du fruit de ses sueurs et livré sans défense au caprice d’une soldatesque insolente.

Tant que la Sicile avait appartenu à l empereur d’Orient Malte n avait pas songé à se donner un autre maître mais depuis que les Arabes y avaient formé un établissement définitif les Maltais certains de l impunité n attendaient plus qu une occasion favorable pour se débarrasser de l’odieuse domination des Grecs Il y avait d ailleurs dans la langue punique usitée à Malte dans les mœurs et les traditions de ce peuple une sympathie d origine une affinité secrète avec la langue les mœurs et les traditions des Africains qui n existaient pas chez les Siciliens.

La défection des indigènes ne pouvait manquer d’entraîner la chute de la place la garnison fut passée au fil de l épée à l exception de 3oo soldats grecs qui se retranchèrent dans la cité noble bien résolus à s y défendre jusqu à la dernière extrémité.

Le siége aurait pu traîner en longueur et compromettre même le succès de l’entreprise mais la populace se précipita tumultueusement vers le quartier où s’étaient retranchés ces nouveaux Spartiates et y mit le feu tous périrent dans l’incendie. Alors les portes de la ville sont ouvertes aux vainqueurs le peuple se précipite au devant d eux les reçoit comme des frères et les conduit en triomphe dans l’intérieur de la cité dont les Arabes prennent possession au nom du wali Aghlabide  de Sicile.

Celui ci leur donna l’ordre de relever à la hâte les fortifications que le siége et l’incendie avaient détruites et d’en construire même de nouvelles car il savait que les Grecs attachaient une grande importance à la possession de cette île et qu’ils ne manqueraient pas d’y revenir bientôt .

Ce fut en cette occasion que fut élevée sur un rocher placé au milieu des ports de la ville de Malte la forteresse appelée aujourd hui château Saint Ange.

On y voyait encore à l’époque où écrivait l’historien Abela une partie des constructions sarrazines c’était de grosses tours circulaires plantées sur la cime du rocher dans l’ordre et avec la forme usités chez les Arabes.

Ces mesures de précaution étaient sages et nécessaires les Grecs n’abandonnèrent jamais l’espérance de rentrer dans cette île et ils y opérèrent de nombreuses descentes plusieurs fois même ils parvinrent à refouler les Sarrazins dans l’intérieur du pays mais sans pouvoir se maintenir longtemps en possession de leur conquête. L histoire de cette alternative de bons et de mauvais succès offrirait peut être quelque intérêt mais nous manquons de documents à cet égard. S’il fallait en croire Boisgelin les Grecs auraient repris île de Malte dans le courant de l’année même où ils l’avaient perdue 87o et ils l’auraient conservée encore pendant 34 ans mais cette assertion est évidemment fausse puisqu’en 874 ainsi que nous le dirons plus bas une armée grecque vint débarquer à Malte où se trouvaient encore les Musulmans.

La conquête de Malte fit peu de diversion aux troubles intérieurs qui agitaient la Sicile arabe Le wali Mohammed éprouva le même sort que son père il fut assassiné par un de ses eunuques le 4 de rajab l’an 257 (28 mai 871 ère chrétienne)

Un autre Mohammed fils d’Hossaïn fut mis à sa place en attendant les ordres de l’émir qui donna le gouvernement de l’île à Rabbakh fils de Yakoub et celui de la Grande Terre c’est à dire de l’Italie continentale à Abd Allah frère de Rabbakh.

Celui ci mourut dans le mois de moharram 258 novembre décembre 871 et son frère dans celui de safar de la même année. On choisit pour lui succéder Abou al Abbas qui mourut au bout d’un mois et fut remplacé par son frère Ahmed.

Ces morts prématurées ces changements subits racontés par le Nowaïri et la Chronique de Cambridge avec le laconisme et le flegme des écrivains de l’Orient laissent deviner les querelles intestines qui divisaient les conquérants et les crimes sans nombre qui en signalaient le conflit. Nous venons de voir quatre préfets successivement élus dans la seule année 871 et le nombre n’en est pas complet encore. L’émir africain aghlabide refusa de confirmer la nomination d’Ahmed frère du dernier wali c’était sans doute de sa part un acte de politique pour retarder le moment où cette charge importante deviendrait héréditaire Il donna le commandement de l île à Hossain ebn Rabbakh an 872.  »

« Les Arabes dont la domination dans les îles eut 220 ans de durée élevèrent en 973 le château Saint Ange qui 592 ans plus tard sauva Malte du joug des Ottomans et dont les fortifications renouvelées font encore aujourd hui l’une des principales défenses «  Miege, Histoire de Malte, p88

Le Grand Siège de Malte a été mené par les Ottomans en 1565 pour prendre possession de l’archipel et en chasser l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Malgré leur supériorité numérique, les Ottomans ne viennent pas à bout de la résistance des chevaliers croisés et doivent lever leur siège après avoir essuyé de lourdes pertes. Cette victoire de l’Ordre assure sa présence à Malte et renforce durablement son prestige dans l’Europe chrétienne.

Le siège de Malte, arrivée de la flotte Ottomane peint Matteo da Leccio
Le siège de Malte, l’arrivée de la flotte Ottomane,  peint par Matteo da Leccio

Cet épisode s’inscrit dans la lutte pour la domination de la Méditerranée entre les puissances chrétiennes, notamment l’Espagne, appuyées par les chevaliers de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et l’Empire Ottoman. Les chevaliers sont installés depuis 1530 à Malte après avoir été chassés de Rhodes par les Turcs Ottomans en 1522. Face aux activités de corsaires des chevaliers qui harcèlent les navires ottomans en Méditerranée et dans l’optique de s’assurer une base navale stratégique, Soliman le Magnifique décide d’envoyer son armée contre l’archipel.

File:Malta ali 2009224 lrg.jpg
Image satellite de Malte
Leurs noms respectifs viennent de l’arabe : Mdina " la cité " et Rabat " camp militaire et religieux ".
Leurs noms respectifs viennent de l’arabe : Mdina  » la cité  » et Rabat  » camp militaire et religieux « .

Descriptions d’al-Quds, Jerusalem par Ibn Battouta, al-Idrissi et Nassiri Khausrau ;

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La mosquée al-Aqsa
La mosquée al-Aqsa Début de la construction avant 679 . L’évèque Arculfe (679-688) nous livre une description du lieu, entre 679 et 688 : « Sur le lieu du Temple, proche du mur est, les Sarrasins fréquentent une maison de prière carrée, construite rudimentairement, en poutres et en planches. Cette maison peut accueillir trois mille hommes en même temps10. » C’est sans doute sur l’impulsion du calife Abd al-Malik (685 – 705), constructeur du dôme du Rocher, ou de son fils al-Walid Ier (705 – 715) qu’est édifiée la première mosquée en dur. Si l’on en croit l’historien al-Muqaddasi, le calife aurait souhaité cette reconstruction pour éviter le contraste entre la mosquée et le  dôme

 

Description de al-Quds par le voyageur persan Nasiri Khrusrau (1004-1074) à l’époque Fatimide : 

« Nous entrâmes à Jérusalem le cinquième jour du mois de Ramazan 438 (16 mars 1046). Une année solaire s’était écoulée depuis que nous avions quitté notre demeure, et nous avions voyagé sans nous être arrêtés nulle part pendant longtemps, et sans avoir, en aucun lieu, goûté un repos complet.

Les habitants de la Syrie et de la Palestine désignent Jérusalem sous le nom de Qouds. Les gens de ces contrées, qui ne peuvent faire le voyage de la Mekke, se rendent à Jérusalem à l’époque du pèlerinage ; ils y séjournent pendant le Mauqaf, en se conformant à l’usage consacré, et ils y célèbrent la fête des sacrifices. Il y a des années où dans les premiers jours du mois de Zil Hidjèh plus de vingt mille hommes se trouvent réunis dans la ville. On y amène les enfants pour les faire circoncire. Les chrétiens et les Juifs y viennent aussi en grand nombre des provinces de l’empire de Roum et d’autres contrées pour y visiter l’église et le temple. On trouvera en son lieu la description de la grande église. La banlieue et les environs de Jérusalem sont entièrement couverts de montagnes cultivées en céréales et plantées d’oliviers, de figuiers et d’autres arbres. Tous les terrains sont dépourvus d’eau ; néanmoins les vivres sont en abondance et à bon marché.

Il y a des chefs de famille qui ne recueillent pas moins de cinq mille men d’huile d’olive chacun ; cette huile est conservée dans des puits et des réservoirs, et on l’exporte dans toutes les parties du monde.

La famine n’a, dit-on, jamais sévi en Syrie. Je tiens d’autorités dignes de foi qu’un saint personnage vit en songe le Prophète de Dieu, sur qui soient les bénédictions et le salut ! Il lui adressa la parole en ces termes : « O Prophète de Dieu, accorde-moi ton aide pour ma subsistance ! » « Je te la garantis, lui répondit le Prophète, par le pain et par l’huile de la Syrie. »

Je décrirai maintenant Jérusalem. La ville est bâtie sur une hauteur. On n’y a point d’autre eau que celle de la pluie. Bien qu’il existe des sources dans les villages voisins, on n’en trouve cependant pas une seule dans l’intérieur de la ville. Jérusalem est entourée de solides murailles construites en pierres et en mortier ; les portes sont en fer.

La ville étant bâtie sur le roc, on ne voit pas un seul arbre dans ses environs immédiats. Jérusalem est une grande cité ; à l’époque où je m’y trouvais, elle renfermait vingt mille habitants mâles. Les bazars sont beaux et les maisons fort hautes. Le sol est partout recouvert de dalles de pierre, et on a taillé et aplani toutes les inégalités du terrain, de sorte qu’il est complètement lavé et nettoyé par la pluie. Les artisans sont très nombreux, et chaque corps de métier occupe dans le bazar une rangée distincte de boutiques.

La grande mosquée où l’on fait la prière du vendredi est située à l’est, du côté du bazar, et les remparts de la ville lui servent de murailles. Quand on sort de la mosquée, on voit s’étendre devant soi une grande plaine très unie qui porte le nom de Sahirèh. C’est la plaine où, selon la tradition, auront lieu la résurrection de la chair et le jugement dernier. Cette croyance attire de tous les points du monde, à Jérusalem, une foule de personnes qui viennent s’y fixer pour y finir leurs jours et pour se trouver près de l’emplacement désigné par Dieu, lorsque s’accomplira la parole du Tout-Puissant. O Dieu, sois dans ce jour, le refuge de tes serviteurs ! Daigne leur accorder ton pardon ! Ainsi soit-il, ô maître des mondes !

Au bord de cette plaine s’étend un vaste cimetière qui renferme les tombeaux de saints personnages. Le peuple s’y rend pour prier et pour adresser à Dieu des vœux qu’il daigne exaucer.

O Dieu, accueille nos vœux ! Pardonne-nous nos péchés et nos iniquités ! Que ta clémence prenne pitié de nous, ô toi, qui es le plus miséricordieux des miséricordieux !

Entre la mosquée et la plaine de Sahirèh court une vallée extrêmement profonde, ayant l’apparence d’un fossé. J’y vis des constructions faites à la mode antique, ainsi qu’une coupole, taillée dans un bloc de pierre et qui surmonte un petit édifice. Il est impossible de rien voir de plus extraordinaire et l’on se demande comment on a réussi à l’élever. Le peuple prétend que c’était la maison de Pharaon.

Cette vallée porte le nom de Wadi Djehennem (le val de l’Enfer). Je demandai le motif de cette dénomination. On me répondit que le khalife Omar ibn el Khaththab (que Dieu soit satisfait de lui !) établit son camp dans la plaine de Sahirèh ; en la contemplant, il s’écria : Ceci est le val de l’enfer ! Les gens du peuple prétendent que, lorsqu’on est sur le bord de cette vallée, on entend s’en élever les cris des damnés. J’y suis allé, mais je n’ai rien entendu.

Quand on sort de la ville dans la direction du sud, on descend, à la distance d’un demi-ferseng, dans un ravin où l’on voit une source qui jaillit d’un rocher. Elle porte le nom d’Aïn Selwan (la source de Siloé). Au dessus d’elle s’élèvent de nombreux bâtiments. L’eau s’écoule à travers un village et, sur ses bords, on a construit beaucoup de maisons et planté des jardins. On prétend que, lorsque l’on s’est baigné dans cette eau, on est délivré des douleurs et des maladies chroniques. Un nombre considérable de legs pieux sont affectés à l’entretien de ce lieu. 

Jérusalem possède un bel hôpital qui a pour dotation les revenus de fondations charitables. On y distribue à un grand nombre de malades des remèdes et des potions médicinales. Les médecins attachés à cet établissement sont payés par les administrateurs des legs pieux.

Maquette d'al-Quds dans le temps
Maquette d’al-Quds dans le temps

La mosquée où l’on fait la prière du vendredi est à l’extrémité orientale de la ville. Une de ses murailles borde le Wadi Djehennem. Lorsqu’on est en dehors de la mosquée et que l’on regarde cette muraille, on y voit, sur une étendue de cent ârech, des blocs de pierre qui ne sont reliés entre eux ni par du ciment ni par du mortier. A l’intérieur de la mosquée, le sommet des murs suit une ligne droite. La mosquée a été construite sur l’emplacement qu’elle occupe, à cause de la pierre de la Sakhrah qui se trouve au milieu de l’enceinte. La Sakhrah est ce quartier de rocher dont, sur l’ordre de Dieu (qu’il soit honoré et exalté !), Moïse fit la qiblèh.

Moïse ne vécut plus longtemps ensuite, et sa mort survint peu de temps après qu’il se fut conformé à ce commandement de Dieu.

Souleyman (sur qui soit le salut !) fit construire un temple autour de cette pierre vers laquelle on se tournait pour faire la prière. La Sakhrah en occupait le centre. Cette règle pour la qiblèh fut observée jusqu’à l’époque où notre prophète Mohammed l’élu (que les bénédictions et le salut reposent sur lui !) reçut de Dieu l’ordre de prendre la Ka’abah pour qiblèh. La description de la Sakhrah sera donnée en son lieu.

Je formai le dessein de mesurer les dimensions du Haram. Je me dis qu’il était nécessaire d’étudier, tout d’abord, son aspect extérieur et son emplacement, afin de bien m’en rendre compte, et puis, ensuite, d’en prendre les mesures. Je le parcourus dans tous les sens, et je l’examinai pendant longtemps avec l’attention la plus soutenue. Je découvris, à la fin, dans la partie du nord, non loin de la coupole de Yaqoub (sur qui soit le salut !), une inscription gravée sur une des pierres d’une arcade. Elle portait que l’enceinte sacréeavait sept cent quatre coudées de longueur, et quatre cent cinquante-cinq de largeur. La mesure employée est la coudée royale (guezi melik) qui porte dans le Khorassan le nom de guezi chaïgan ; elle représente un peu moins d’un ârech et demi.

Le sol du Haram est couvert de dalles de pierre dont les interstices sont remplis de plomb. Le Haram est à l’est de la ville et du bazar ; il faut donc, lorsque l’on s’y rend du bazar, se diriger vers l’orient.

On rencontre d’abord un superbe portique qui se développe sur trente guez de haut et vingt de large. La façade, les ailes et la grande arcade sont ornées de dessins formés par des morceaux de verre émaillé (mosaïque) incrustés dans du ciment. Ces dessins ont un tel éclat qu’on ne peut les regarder sans être ébloui. On voit également sur ce portique une inscription en mosaïque donnant les titres du sultan d’Egypte. Quand le soleil frappe ces mosaïques, leur éclat est si vif que l’esprit reste confondu. Ce portique est surmonté d’une très grande coupole en pierres d’énormes dimensions, et on y a placé deux portes magnifiques revêtues de plaques de cuivre de Damas ; elles sont si brillantes qu’on les prendrait pour de l’or, et elles sont entièrement couvertes d’arabesques et d’incrustations en or. Chacune d’elles a quinze guez de haut et huit de large. On désigne cette construction sous le nom de Porte de Daoud (que le salut soit sur lui !).

Après avoir franchi les deux portes de ce portique, on trouve, à droite, deux grandes galeries ouvertes, soutenues chacune par vingt-neuf piliers de marbre dont les bases et les chapiteaux sont également en marbres de diverses couleurs. Les joints sont remplis de plomb. Ces piliers soutiennent des arceaux formés de quatre ou cinq blocs de pierre au plus. Ces deux galeries s’étendent presque jusqu’à la Maqçourah.

Après avoir franchi la porte, on trouve à gauche, c’est-à-dire au nord, une longue galerie de soixante-quatre arcades reposant toutes sur des piliers de marbre. Dans cette partie du mur s’ouvre la porte appelée Bab es Saqr.

Le Haram s’étend en longueur du nord au sud, et si l’on en retranche la Maqçourah, il présente la forme d’un carré dans lequel la qiblèh se trouve placée au sud.

Du côté du nord, il y a aussi deux autres portes placées l’une à côté de l’autre. Chacune d’elles mesure sept guez de largeur sur douze de hauteur. Elles portent le nom de Bab el Asbath (la porte des Tribus).

Après avoir franchi cette porte, on rencontre, dans le sens de la largeur du Haram, c’est-à-dire du côté de l’orient, un autre très grand portique percé de trois portes placées l’une à côté de l’autre ; elles ont les mêmes dimensions que celles du Bab el Asbath. Elles sont recouvertes de plaques de fer et de cuivre merveilleusement travaillées. Il est impossible de rien voir de plus beau. Ce portique s’appelle Bab oul Ebouab (la porte des portes, la porte par excellence), parce qu’il a trois portes, tandis que les autres n’en ont que deux.

Entre ces deux portiques situés du côté du nord, en face de la galerie dont les arcades sont supportées par des piliers, on voit une haute coupole qui s’appuie sur des colonnes. Elle porte le nom de Qoubbèh Yakoub (coupole de Jacob). C’est là que, selon la tradition, ce patriarche faisait ses prières.

Le long de l’enceinte, dans le sens de la largeur du Haram, il y a une galerie dont le mur est percé d’une porte qui donne accès à deux couvents de soufis. Ceux-ci y ont établi de beaux oratoires et des mihrabs magnifiques. Des soufis en grand nombre y demeurent pour se livrer aux pratiques de la dévotion. Ils y font aussi leurs prières, excepté le vendredi ; ce jour-là, ils se rendent dans l’enceinte du Haram, parce que le cri du Tekbir ne parvient pas jusqu’à leurs couvents.

A l’angle nord de l’enceinte est une belle galerie et une grande et superbe coupole. On y a tracé cette inscription : « Ceci est le mihrab de Zékéria, sur qui soit le salut ! » On rapporte que ce prophète était continuellement en prière dans cet endroit.

Du côté du mur oriental et au centre de l’enceinte, s’élève un grand et élégant portique construit en pierres de grandes dimensions, et que l’on dirait taillé dans un seul bloc de pierre. Il a cinquante guez de hauteur sur trente de largeur et il est couvert de dessins et de sculptures. D est formé de dix portes qui ne sont séparées l’une de l’autre que par la largeur d’un pied et pas davantage. Ces portes sont revêtues de plaques de fer et de cuivre richement travaillées et l’on a fixé sur leur surface des anneaux et des clous saillants. Le portique est, dit-on, l’œuvre de Souleyman, fils de Daoud (que le salut soit sur eux deux !) ; il l’a construit pour son père.

Quand on franchit ce portique, on voit, dans la direction de l’orient, deux portes ; celle de droite s’appelle Bah er Rahmèh (la porte de la Miséricorde), celle de gauche Bah et Taubèh (la porte de la Pénitence). C’est, selon la tradition, près de cette dernière porte que Dieu se laissa toucher par le repentir de Daoud, sur qui soit le salut !

Non loin de ce portique s’élève une jolie mosquée. C’était autrefois une galerie fermée ; elle a été convertie en oratoire. Le sol est couvert de beaux tapis. Les serviteurs qui sont attachés à ce sanctuaire forment une classe distincte.

Un grand nombre de personnes se rendent là pour y faire leurs prières et chercher à se rapprocher de Dieu (que son nom soit béni et exalté !), car c’est en ce lieu que le Tout-Puissant accueillit le repentir de Daoud, et les fidèles conçoivent l’espérance qu’ils ne commettront plus d’infraction à la loi divine. On affirme que Daoud venait de franchir le seuil de ce sanctuaire quand une révélation céleste lui donna la bonne nouvelle que Dieu s’était laissé fléchir. Il consacra ce lieu et il y fit ses dévotions.

Moi, Nassir, j’ai prié dans ce lieu et j’y ai invoqué l’aide de Dieu pour garder ses commandements et je lui ai demandé de m’accorder l’absolution de mes péchés.

Que le Dieu, dont le nom est sanctifié et exalté, assiste tous ses serviteurs ! Qu’il leur fasse la grâce de lui donner toute satisfaction et qu’il leur inspire le repentir de leurs fautes ! Je le demande en l’honneur de Mohammed et de sa famille immaculée !

Lorsqu’on longe le mur oriental à partir de l’angle du sud et de la paroi où se trouve la qiblèh, on trouve, vis-à-vis de la face de la muraille du nord, une mosquée souterraine à laquelle on n’arrive qu’en descendant un grand nombre de marches.

Ce monument a vingt guez sur quinze. Le plafond qui est en pierre repose sur des piliers de marbre. C’est là que se trouve le berceau de Jésus, sur qui soit le salut ! Il est en pierre et assez grand pour qu’un homme y puisse faire sa prière. Je l’y ai faite. On l’a fixé solidement dans le sol, afin de le rendre immobile. C’est le berceau où Jésus était couché dans sa première enfance et où il adressait la parole aux hommes. Il occupe la place du mihrab. On voit également dans cette mosquée le mihrab de Meriem, (sur qui soit le salut !) et un autre qui est attribué à Zékéria. Le premier est placé du côté de l’orient. On a tracé sur ces mihrabs les versets du Coran qui se rapportent à Zékéria et à Meriem. Jésus est, dit-on, né dans cette mosquée.

On remarque sur une pierre d’un des piliers l’empreinte de deux doigts, comme si quelqu’un l’avait saisie. Meriem, au moment d’accoucher, a, prétend-on, posé ses doigts sur ce pilier.

Cette mosquée est connue sous le nom de Mehd Issa (le berceau de Jésus), sur qui soit le salut ! On y voit suspendues des lampes en cuivre et en argent fort nombreuses. Elles sont allumées toutes les nuits.

Quand on est sorti de la mosquée du berceau de Jésus, on arrive, en suivant le mur oriental, à l’angle de l’enceinte du Haram. On trouve là une autre mosquée extrêmement belle et qui est deux fois plus grande que celle du berceau de Jésus. Elle porte le nom de Mesdjid el Aqça.

C’est là que Dieu transporta, de la Mekke, le Prophète pendant la nuit du Miradj. C’est de là que Mohammed s’éleva au ciel, comme le fait est rappelé en ces termes : « Qu’il soit loué, celui qui a transporté dans la nuit son serviteur du temple sacré (de la Mekke) au temple éloigné (de Jérusalem). » Un superbe édifice s’élève en cet endroit ; le sol est couvert de magnifiques tapis. Des serviteurs formant une catégorie distincte sont chargés de son entretien.

Lorsqu’à partir de l’angle où s’élève la mosquée on suit la muraille du sud, on rencontre un espace à ciel ouvert formant cour : il a deux cents guez de superficie.

La partie de la mosquée couverte d’un toit, qui a la Maqçourah à sa droite, est attenante à la partie méridionale du mur. La partie couverte de la mosquée qui fait face à l’occident a quatre cent vingt ârech de long sur cent cinquante de large. On y compte deux cent quatre-vingts colonnes de marbre sur lesquelles on a élevé des arceaux en pierre. Les chapiteaux et les fûts sont couverts de sculptures ; les interstices sont remplis de plomb, en sorte qu’il est impossible de rien voir de plus solide. Les colonnes sont placées à six guez l’une de l’autre. Le sol est entièrement couvert de dalles de marbre de toutes couleurs et les joints sont remplis de plomb. La Maqçourah, placée au centre de la muraille du côté du midi, est fort grande et elle est soutenue par seize colonnes. La coupole qui la surmonte a de vastes proportions ; elle est couverte de dessins en mosaïque semblables à ceux dont j’ai déjà parlé plus haut. Le sol est recouvert de nattes du Maghreb, et des lampes et des luminaires isolés les uns des autres sont suspendus à des chaînes. On y a établi aussi un grand mihrab qui est décoré de mosaïques. Des deux côtés du mihrab s’élèvent deux colonnes en marbre rouge dont la couleur rappelle celle de la cornaline. La Maqçourah est lambrissée de marbres de différentes couleurs. A droite, on voit le mihrab de Mo’awiah, à gauche celui d’Omar. Le plafond de cette mosquée est formé de boiseries sculptées et richement décorées.

A l’extérieur de la Maqçourah et dans la muraille qui fait face à la cour, on a pratiqué quinze grandes arcades auxquelles on a fixé des portes dont les battants sont couverts de riches ornements. Chacune de ces portes a dix guez de hauteur sur six de largeur. Dix d’entre elles s’ouvrent sur la partie du mur qui a quatre cent vingt guez et cinq sur celle qui n’en a que cent cinquante.

Parmi ces portes, on en remarque une qui est en cuivre et dont la richesse et la beauté confondent l’imagination. Le cuivre en est si brillant qu’on le prendrait pour de l’or : il est couvert d’incrustations en argent niellé et on y lit le nom du khalife Mamoun. Cette porte fut, dit-on, envoyée de Bagdad par ce prince.

Quand toutes les portes sont ouvertes, l’intérieur de la mosquée est si clair que l’on se croirait dans une cour à ciel ouvert. Quand il pleut ou qu’il fait du vent, on laisse les portes fermées et le jour pénètre par les croisées.

Aux quatre côtés de la partie couverte du toit se trouvent des coffres dont chacun appartient à une des villes de la Syrie ou de l’Iraq ; des Moudjavir se tiennent auprès de ces coffres. Cette coutume rappelle celle qui est observée à la Mekke dans le Mesdjid el Haram.

En dehors de la partie couverte de la mosquée, le long de la grande muraille dont nous avons parlé, s’étend une galerie ouverte qui va rejoindre celle de l’ouest. Les quarante-deux arcades qui la forment sont soutenues par des colonnes de marbre de différentes couleurs. Dans l’intérieur du pouchich ou partie couverte d’un toit, il y a une citerne creusée dans le sol et destinée à recevoir l’eau de la pluie ; lorsqu’elle est recouverte, elle se trouve de niveau avec le sol.

Une porte percée dans le mur du sud donne accès aux latrines. On y trouve l’eau nécessaire pour se purifier quand on veut renouveler ses ablutions. S’il fallait pour se laver sortir du Haram dont l’enceinteest très vaste, on n’arriverait point à temps pour la prière et le moment canonique de la faire serait passé.

Tous les toits sont couverts de plomb.

On a creusé, dans le sol du Haram, un grand nombre de citernes et des piscines destinées à recueillir l’eau de la pluie ; elles ont pour objet de l’empêcher de se répandre au dehors et de se perdre, quelle qu’en soit la quantité. Le sol du Haram est entièrement formé par la roche. Toute l’eau s’écoule dans ces piscines et les gens viennent y puiser. On a aussi établi des gouttières en plomb qui donnent passage à l’eau et la font tomber dans des bassins de pierre installés au-dessous d’elles. Ces bassins sont percés d’un trou qui permet à l’eau d’arriver par un conduit à la citerne, sans avoir été souillée par aucune ordure ni par aucune impureté.

J’ai vu, à trois fersengs de Jérusalem, une très grande piscine alimentée par les eaux qui descendent des montagnes ; on a construit un aqueduc pour les amener jusqu’au Haram qui est l’endroit de toute la ville où se trouve la plus grande quantité d’eau. Chaque maison possède une citerne destinée à recevoir l’eau de pluie, la seule que l’on ait à Jérusalem, et chaque habitant recueille celle qui tombe sur sa terrasse. Les bains et les établissements quels qu’ils soient n’emploient que l’eau de pluie.

Les réservoirs du Haram n’ont jamais besoin de réparations, car ils sont creusés dans le roc et même, s’il s’y était produit des fentes ou des trous, ils ont été si solidement bouchés que les bassins n’ont jamais éprouvé la moindre détérioration. On prétend que ces réservoirs sont l’œuvre de Souleyman, sur qui soit le salut !

La partie supérieure de ces citernes a la forme d’un tennour,  et l’orifice par lequel on puise est recouvert d’une pierre pour que rien ne tombe dans l’eau. L’eau de Jérusalem est la plus agréable au goût et la plus pure que l’on puisse trouver.

L’eau coule des gouttières pendant deux ou trois jours, même quand la pluie a été peu abondante. Les gouttes continuent à tomber quand le ciel est redevenu serein et que le mauvais temps est dissipé.

J’ai déjà dit que la ville de Jérusalem est bâtie sur une hauteur et sur un terrain fort inégal ; mais le sol du Haram est nivelé et il forme une surface très unie.

A l’extérieur de l’enceinte, partout où, par suite d’accidents de terrain, le sol présente quelque dépression, le mur a plus de hauteur, car les fondations sont faites alors dans un creux ; partout où le sol est élevé, la muraille est moins haute.

Dans les quartiers de la ville, où les rues se trouvent en contrebas, on pénètre dans l’enceinte du Haram par des passages souterrains-fermés par des portes placées au-dessous du niveau du sol.

L’une de ces portes est appelée Bab en Neby (la porte du Prophète). Elle est placée dans la direction de la qiblèh, c’est-à-dire au sud. Elle a dix guez de haut sur autant de large. La voûte du souterrain fermé par elle a, à cause des escaliers, tantôt cinq guez de hauteur et tantôt jusqu’à vingt guez. La partie couverte de la mosquée el Aqya est bâtie sur ce souterrain dont la construction est si solide qu’un édifice aussi considérable n’a pas le moindre effet sur lui. On a fait entrer dans la construction des murs des pierres si énormes que l’on ne peut s’imaginer que les forces humaines aient réussi à transporter et à mettre en place de pareilles masses. Ce souterrain a été construit, dit-on, par Souleyman, fils de Daoud ; notre Prophète le traversa pendant la nuit du Miradj pour entrer dans la mosquée. La porte de ce passage est, en effet, placée dans la direction de la Mekke.

On remarque dans le mur, à peu de distance de cette porte, l’empreinte d’un grand bouclier’. D’après la tradition, Hamzah, fils d’Abdoul Mouthallib, oncle du Prophète, se serait assis dans cet endroit, portant attaché sur le dos son bouclier dont l’empreinte se fixa sur le mur lorsqu’il s’y adossa.

A l’endroit où ce passage qui est fermé par une porte à deux battants, débouche dans l’enceinte du Haram, la muraille extérieure a une hauteur de plus de cinquante coudées. On a établi cette galerie souterraine pour éviter aux habitants du quartier contigu à la mosquée de traverser d’autres quartiers, lorsqu’ils désirent pénétrer dans l’enceinte du sanctuaire.

Dans la partie de la muraille qui se trouve à la droite de la porte de l’enceinte du Haram, on remarque une pierre qui a onze ârech de hauteur sur quatre de largeur. C’est la plus grande de toutes celles qui ont été employées dans la construction du sanctuaire. On voit, dans la muraille, à une hauteur de trente et de quarante coudées, beaucoup de blocs ayant la dimension de quatre et de cinq guez. On trouve, dans le sens de la largeur de l’enceinte et dans la direction de l’orient, une porte appelée Bab el Ain (la porte de la Source). Quand on la franchit, on descend dans un ravin et l’on arrive à la source de Selwan (Siloé).

Il y a également une porte souterraine désignée sous le nom de Bab Hittèh (porte de l’Indulgence). Dieu ordonna, dit-on, aux enfants d’Israël d’entrer par là dans le temple, comme l’attestent ces ‘paroles de Dieu lui-même : « Franchissez la porte en vous prosternant et dites : Indulgence, ô Seigneur ! et il vous pardonnera vos péchés. Certes, nous comblerons les justes de nos bienfaits.»

Une autre porte semblable est appelée Bab es Sekinèh. Dans le couloir qui la précède, on a établi une chapelle dans laquelle se trouvent un grand nombre de mihrabs. La première porte est toujours fermée, afin que l’on ne puisse y entrer.

L’arche du Tabernacle, qui, d’après les paroles du Tout-Puissant révélées par le Coran, a été apportée par les anges, fut posée en cet endroit.

Toutes les portes de l’enceinte du Haram de Jérusalem, tant souterraines qu’au niveau du sol, sont au nombre de neuf. Je viens de les décrire.

04 futuhat qods

Description de la plate-forme élevée au milieu de l’enceinte du Haram et où se trouve la roche (Sakhrah) qui servait de qiblèh avant la naissance de l’Islam.

On a dû établir cette plate-forme au milieu de l’enceinte sacrée, à cause de la hauteur de la Sakhrah, et  parce qu’elle ne pouvait être transportée dans la partie de la mosquée el Aqça couverte d’un toit. On a été, en conséquence, obligé d’élever cette plate-forme ; ses fondations couvrent un espace de trois cent trente ârech de longueur sur trois cents de largeur, et sa hauteur est de douze guez. Le sol en est uni et couvert de belles dalles de marbre dont les joints sont remplis de plomb ; sur les quatre côtés, on a dressé des plaques de marbre qui forment une espèce de parapet. Cette plate-forme est construite de telle façon qu’il est impossible d’y monter autrement que par les passages ménagés à cet effet. Lorsqu’on y est monté, on a vue sur les toits de la mosquée el Aqça.

On a creusé, sous la partie centrale de la plate-forme, un réservoir souterrain destiné à recevoir l’eau de la pluie. L’eau qui y est recueillie est plus pure et plus agréable que celle des autres citernes du Haram.

Quatre édifices surmontés d’une coupole s’élèvent sur cette plate-forme. Le plus grand de tous est celui qui recouvre la Sakhrah qui servait autrefois de qiblèh.

Vue extérieure du dôme
Vue extérieure du dôme
Description du dôme de la Sakhrah.

Le plan du Haram a été disposé de telle façon que la plate-forme occupe le milieu de l’enceinte et que le dôme de la Sakhrah, dont la roche occupe le centre, s’élève au milieu de la plate-forme.

L’édifice dont nous parlons a la forme d’un octogone régulier dont chaque côté mesure trente-neuf ârech. Il y a quatre porches ; chacun d’eux s’ouvre sur une des quatre faces qui sont celles de l’est, de l’ouest, du nord et du sud. Entre deux porches s’étend chaque fois un côté de l’octogone. Les murs, entièrement construits en pierres de taille, ont vingt guez de hauteur.

La Sakhrah a cent guez de circonférence ; elle n’est ni ronde ni carrée. C’est un bloc de pierre de forme irrégulière semblable aux quartiers de roc que l’on rencontre dans les montagnes. Sur les quatre côtés de la Sakhrah, on a élevé quatre piliers carrés qui ont la même hauteur que les murs : dans l’espace qui sépare un pilier de l’autre, on a dressé deux colonnes de même hauteur. C’est sur ces piliers et sur ces colonnes que repose la base du tambour sous lequel se trouve la Sakhrah. Ce tambour a cent vingt ârech de circonférence. En avant du mur, des piliers et des colonnes dont je viens de parler (j’appelle piliers [soutoun] des massifs en maçonnerie de forme carrée et colonnes [ousthouvanèh] celles qui sont taillées et formées d’un seul morceau de marbre) il y a, dis-je, six piliers,  et entre chaque deux piliers trois colonnes de marbre de différentes couleurs, placées à des intervalles réguliers. Ou voit donc dans le premier rang deux colonnes entre chaque deux piliers : on en trouve ici trois entre chaque deux piliers. Le chapiteau de chaque pilier a quatre volutes dont chacune supporte un arceau ; chaque colonne a deux volutes, de sorte que chaque colonne soutient deux arceaux et chaque pilier quatre. L’immense coupole repose donc sur ces douze piliers placés autour de la Sakhrah. Quand on l’aperçoit de la distance d’un ferseng, elle ressemble au sommet d’une montagne, car elle a depuis sa base jusqu’au faîte une hauteur de trente ârech : les murs et les piliers qui la soutiennent mesurent vingt guez d’élévation, et ils sont eux-mêmes bâtis sur une plate-forme qui s’élève de dix guez au-dessus du sol. On compte donc soixante-deux guez depuis le niveau de la cour jusqu’au faite du dôme.

Les plafonds et la voûte de cet édifice sont revêtus à l’intérieur de boiseries sculptées. Le mur qui s’appuie sur les piliers et les colonnes est décoré avec un art si merveilleux qu’il y a peu d’exemples d’un pareil travail.

La Sakhrah s’élève au-dessus du sol à la hauteur d’un homme ; elle est entourée d’une balustrade en marbre, afin qu’on ne puisse l’atteindre avec la main. Elle est d’une couleur bleuâtre et jamais elle n’a été foulée par le pied de l’homme. La roche présente un plan incliné dans la direction de la qiblèh. On dirait qu’on a marché là, et que le pied s’y est enfoncé comme dans de l’argile molle en laissant l’empreinte des doigts. On distingue ainsi la trace de sept pas. J’ai entendu raconter qu’Ibrahim était venu là avec Ishaq encore enfant, et que ce dernier ayant marché sur la Sakhrah, les marques que l’on y voit sont celles de ses pas.

Il y a toujours, dans le sanctuaire de la Sakhrah, un grand concours de Moudjavir et de dévots.

Le sol est couvert de beaux tapis en soie et en autres tissus. Une lampe en argent attachée à une chaîne de même métal est suspendue au centre de l’édifice, au-dessus de la Sakhrah. Ou y voit aussi un grand nombre de luminaires également en argent ; on a gravé, sur chacun d’eux, une inscription qui en mentionne le poids. Ils ont tous été faits par l’ordre du sultan d’Egypte. J’ai calculé que tous les objets en argent que renferme ce lieu représentent un poids de mille men. Je remarquai aussi un cierge de proportions gigantesques. Il avait sept ârech de hauteur, et trois palmes de circonférence ; il était blanc comme le camphre de Zabedj et la cire était mélangée d’ambre. Le sultan d’Egypte envoie, dit-on, chaque année un grand nombre de cierges et parmi eux ce grand cierge dont je viens de parler et sur lequel son nom est inscrit en lettres d’or.

Le sanctuaire de la Sakhrah est la troisième maison de Dieu. Il est admis par les docteurs de la loi qu’une prière faite à Jérusalem a la valeur de vingt-cinq mille ; celle qui est adressée à Dieu à Médine en vaut cinquante mille, et celle qui est faite à la Mekke, cent mille. Que le Dieu tout-puissant daigne accorder à tous ses serviteurs la grâce de jouir de cette faveur !

J’ai déjà dit que tous les toits, ainsi que la partie extérieure de la coupole, sont couverts de plomb. Sur les quatre faces de l’édifice s’ouvrent quatre grandes portes à deux battants ; elles sont en bois de sadj et elles sont tenues constamment fermées.

Il y a, en outre, sur la plate-forme, une construction surmontée d’une coupole ; elle porte le nom de Qoubbet es Silssilèh (coupole de la Chaîne) à cause de la chaîne qui y fut suspendue par Daoud. Cette chaîne ne pouvait être saisie que par celui qui, dans une contestation, avait le droit pour lui. La main de l’homme injuste et violent ne pouvait l’atteindre. Ce fait est admis par les docteurs de la loi. Cette coupole est soutenue par huit colonnes en marbre et par six piliers en pierres. L’édifice est ouvert de toutes parts, excepté du côté de la qiblèh où l’on a élevé jusqu’en haut un mur dans lequel on a établi un beau mihrab.

On voit également sur la plate-forme une autre coupole supportée par quatre colonnes de marbre ; le côté de la qiblèh est aussi fermé par un mur dans lequel est un beau mihrab. Elle porte le nom de Qoubbet Dje-brayl (coupole de Gabriel). Le sol n’est point recouvert de tapis ; la roche qui a été nivelée s’y montre à nu. C’est là que pendant la nuit du Miradj, le Boraq fut amené pour servir de monture au Prophète. Derrière la Qoubbet Djebrayl, à la distance de vingt ârech, on voit une autre coupole qui est soutenue par quatre colonnes de marbre. On l’appelle Qoubbet er Ressoul (la coupole du Prophète).

On prétend que dans la nuit du Miradj, le Prophète fit d’abord sa prière sous le dôme de la Sakhrah ; il posa sa main sur elle et quand il sortit, celle-ci, pour lui témoigner son respect, se dressa toute droite ; mais le Prophète remit la main sur elle et elle reprit sa place. Elle est restée, jusqu’à ce jour, à moitié soulevée. Le Prophète se dirigea ensuite vers la coupole qui porte son nom, et là il monta sur le Boraq. Cette circonstance a valu à ce lieu la vénération dont il est l’objet.

Il y a sous la Sakhrah une grande excavation dans laquelle règne une complète obscurité. Des cierges y brûlent continuellement. On dit que cette excavation a été produite par le mouvement que fit la Sakhrah pour se lever et elle subsista lorsque la pierre fut redevenue immobile.

Mont du Temple à l'époque omeyyade reconstruit par Leen Ritmeyer et copié la meilleure source sur l'histoire physique du Mont du Temple
Mont du Temple à l’époque omeyyade reconstitué  par Leen Ritmeyer et « d’après les meilleurs sources sur le site »
Description des escaliers donnant accès à la plate-forme qui s’élève au centre de l’enceinte du Haram.

On peut monter sur la plate-forme par six escaliers placés en six endroits différents. Chacun d’eux est désigné par un nom particulier. Du côté de la qiblèh, il y a deux passages avec des degrés par lesquels on arrive à la plate-forme. Lorsque l’on se tient au milieu de la paroi du mur de soutènement, l’un est à droite, l’autre à gauche. Celui de droite est appelé Maqam en Neby (place du Prophète), l’autre Maqam el Ghoury (place de Ghoury). Le premier est ainsi nommé parce que le Prophète l’a gravi dans la nuit du Miradj pour se rendre sur la plate-forme et aller au dôme de la Sakhrah. Cet escalier est placé dans la direction de la route du Hedjaz ; les marches ont aujourd’hui une largeur de vingt ârech. Elles sont faites de pierres de taille de si grande dimension, qu’un ou deux blocs carrés suffisent pour former une marche. Ces degrés sont disposés avec tant d’art qu’on pourrait, si on voulait, les gravir avec une monture.

Au sommet de cet escalier se dressent quatre colonnes d’une espèce de marbre vert qui ressemblerait à l’émeraude s’il n’était couvert d’une quantité de points de toutes couleurs. Chacune de ces colonnes a une hauteur de dix ârech et une épaisseur telle qu’il faut deux hommes pour les embrasser. Elles sont surmontées de trois arceaux disposés de façon que l’un est en face de l’escalier et les deux autres sur ses deux côtés.

Le faîte du mur élevé au-dessus des arceaux est horizontal : il est disposé en galerie, garni de créneaux et il a l’apparence d’un carré. Ces piliers et ces arceaux sont couverts de dessins en mosaïque, les plus beaux que l’on puisse voir.

Le parapet qui règne autour de la plate-forme est tout entier en marbre pointillé. Quand on y jette les yeux, on croirait voir une pelouse émaillée de fleurs. Le Maqam el Ghoury est un emplacement où se trouvent trois escaliers : l’un est en face de la plate-forme, les deux autres sont sur ses flancs, de sorte que l’on peut y monter par trois côtés. On a également dressé, au haut de ces escaliers, des colonnes surmontées par des arceaux et une galerie. Les marches sont disposées de la façon que nous avons décrite plus haut ; chacune d’elles se compose de deux ou de trois blocs de pierre taillée et de forme allongée. On lit sur le front de l’arceau l’inscription qui suit, tracée en caractères élégants : « Fait par l’ordre de l’émir Leïs oud Daoulèh Nouchtekin Ghoury. Ce Leïs oud Daoulèh était, dit-on, un des esclaves du sultan d’Egypte ; c’est lui qui a fait ouvrir ce passage et construire ces escaliers 1.

Sur la face occidentale de la plate-forme, on a également construit deux escaliers en deux endroits différents, et on a pratiqué un passage qui a la même magnificence que ceux que je viens de décrire. A l’orient, il y a également un passage au sommet duquel sont des colonnes surmontées d’arceaux couronnés de créneaux. Cet endroit porte le nom de Maqam ech Charqy (station de l’Orient).

Sur le côté du nord, se trouve un autre escalier le plus élevé et le plus grand de tous. En haut de celui-ci on trouve, comme en haut des autres, des colonnes surmontées d’arceaux. Il a reçu le nom de Maqam ech Chamy (station de Syrie).

On a dû, pour établir ces six escaliers, dépenser, à mon estimation, la somme de cent mille dinars.

Faisant face au nord, dans la cour de l’enceinte et non pas sur la plate-forme, on voit une construction peu importante qui ressemble à une petite mosquée. Elle a la forme carrée d’un enclos ; les murs en pierres de teille ne dépassent pas la hauteur d’un homme. Elle est désignée sous le nom de mihrab de Daoud. Non loin de là, se dresse une pierre qui a la hauteur de la taille d’un homme : le sommet n’est pas plus grand qu’un tapis de prière. C’est, dit-on, le siège sur lequel s’asseyait Souleyman pendant la construction du temple.

Telles sont les choses que j’ai vues dans l’enceinte du Haram de Jérusalem. J’en ai fait des dessins que j’ai tracés sur le journal où j’ai consigné mes observations.

L’arbre des Houris est aussi une des merveilles que je vis dans le Haram de Jérusalem.

Le mercredi, premier jour du mois de Zil Qa’adèh de l’an 438 (29 avril 1047), je partis de Jérusalem pour me rendre en pèlerinage au tombeau d’Ibrahim, l’ami du Dieu très miséricordieux »

Fin

« Sefer nameh », relation du voyage de Nassiri Khosrau en Syrie, en Palestine, en Égypte, en Arabie et en Perse, pendant les années de l’hégire 437-444 (1035 1042) / Publié, traduit et annoté par Charles Schefer,…


 

al-Quds, Jérusalem lors des croisades
al-Quds, Jérusalem lors des croisades

Description de al-Quds Jerusalem par le géographe arabe maghrebin al-Idrissi 1154 :

« Jérusalem est une ville illustre, de construction immémoriale et éternelle. Elle porta le nom d’Îliyâ’. Située sur une montagne accessible de tous les côtés, elle est allongée et s’étend de l’ouest à l’est. À l’occident se trouve la porte dite du Mihrâb ; elle est dominée par la coupole de David (sur qui soit le salut !) ; à l’orient, la porte dite de la Miséricorde (bâb al-Rahma) qui est ordinairement fermée et ne s’ouvre que lors de la fête des rameaux; au sud, la porte de Sion (Sihyûn) ; au nord, la porte dite d »Amûd al-Ghurâb. En partant de la porte occidentale ou d’al-Mihrâb, on se dirige vers l’est par une rue et l’on parvient à la grande église dite de la Résurrection, et que les musulmans appellent Qumâma. Cette église est l’objet du pèlerinage de tout l’Empire grec d’Orient et d’Occident. On y entre par la porte occidentale et l’on parvient directement sous le dôme qui couvre toute l’église et qui est l’une des choses les plus remarquables du monde.
(…)
Après être descendu dans l’église, le spectateur trouve le très vénéré Saint-Sépulcre ayant deux portes et surmonté d’une coupole d’une construction très solide, très bien construite et d’une décoration exceptionnelle; de ces deux portes l’une fait face, du côté du nord, à la porte de Santa-Maria, l’autre fait face au sud et se nomme porte de la Crucifixion : c’est de ce côté qu’est le clocher de l’église, clocher vis-à-vis duquel se trouve, vers l’orient, une (autre) église considérable, immense, où les Francs chrétiens célèbrent la messe et communient. À l’orient de cette église, et un peu au sud, on parvient à la prison où le seigneur Messie fut détenu et au lieu où il fut crucifié.

La grande coupole (de l’église de la Résurrection) est circulairement percée à ciel ouvert et on y voit tout autour et intérieurement des peintures représentant les prophètes, le seigneur Messie, sainte Marie sa mère et saint Jean Baptiste. Parmi les lampes qui sont suspendues au-dessus du Saint-Sépulcre, on en distingue trois qui sont en or et qui sont placées au-dessus de la tombe. Si vous sortez de l’église principale en vous dirigeant vers l’orient, vous rencontrerez la sainte demeure qui fut bâtie par Salomon, fils de David – sur lui le salut ! – et qui fut un lieu de prière et de pèlerinage du temps de la puissance des juifs.

Ce temple leur fut ensuite ravi et ils en furent chassés. À l’époque où arrivèrent les musulmans, il fut de nouveau vénéré et c’est maintenant la grande mosquée connue par les musulmans sous le nom de mosquée al-Aqsâ. Il n’en existe pas au monde qui l’égale en grandeur, si l’on en excepte toutefois la grande mosquée de la capitale de l’Andalousie (dyâr al-Andalus) ; car, d’après ce qu’on rapporte, le toit de cette mosquée est plus grand que celui de la mosquée al-Aqsâ.

Le Rocher (arabe الصخره As-Sakhra) situé au cœur du Dôme du Rocher.

L’aire de cette dernière forme un parallélogramme dont la hauteur est de deux cents brasses, et la base de cent quatre-vingts. La moitié de cet espace, celle qui est voisine du Mihrâb, est couverte de dômes en pierre soutenus par plusieurs rangs de colonnes ; l’autre est à ciel ouvert. Au centre de l’édifice il y a un grand dôme connu sous le nom de Dôme du Rocher ; il fut orné d’incrustations d’or et d’autres beaux ouvrages, par les soins de divers califes musulmans. Au centre se trouve un rocher tombé (du ciel) de forme quadrangulaire comme un bouclier ; au centre du dôme, l’une de ses extrémités s’élève au-dessus du sol de la hauteur d’une demi-toise ou environ, l’autre est au niveau du sol ; elle est à peu près cubique, et sa largeur égale à peu près sa longueur, c’est-à-dire près de dix coudées. Au pied et à l’intérieur il y a une caverne, comme une cellule obscure, de dix coudées de long sur cinq de large, et dont la hauteur est de plus d’une toise ; on n’y pénètre qu’à la clarté des flambeaux.

Le dôme est percé de quatre portes ; en face de celle qui est à l’occident, on voit l’autel sur lequel les enfants d’Israël offraient leurs sacrifices ; près de la porte orientale, on voit l’église nommée le Saint des Saints, d’une construction élégante. Au sud se trouve le bâtiment voûté qui était à l’usage des musulmans ; mais les chrétiens s’en sont emparés de vive force et il est resté en leur pouvoir jusqu’à l’époque de la composition du présent ouvrage. Ils en ont fait des logements où résident des religieux de l’ordre des templiers, c’est-à-dire des serviteurs de la maison de Dieu. Enfin la porte septentrionale est située vis-à-vis d’un jardin bien planté de diverses espèces d’arbres et entouré de colonnade de marbre sculptées avec beaucoup d’art. Au bout du jardin se trouve un réfectoire pour les prêtres et pour ceux qui se destinent à entrer dans les ordres »

Fin

 

Al-Idrîsî, Nuzhat al-mushtaq fî ikhtirâq al-âfâq, dit al-Kitab Rodjar ou le Livre de Roger. Sicile, 1154.


 

Plan d'al-Quds, Jérusalem , Palestine.
Plan d’al-Quds, Jérusalem , Palestine.

Description de Jerusalem par le voyageur berbère maghrebin Ibn Battouta (1304-1369) :

« Ensuite je partis d’Hébron, me dirigeant vers Elkods (la sainteté, Jérusalem), et je visitai sur ma route le sépulcre de Jonas, près duquel on voit un vaste édifice et une mosquée. Je visitai aussi Baït Lahm (Bethléem), lieu de naissance de Jésus, où l’on voit la trace du tronc de palmier. (Coran, XIX, 23, où il est dit que les douleurs de l’enfantement surprirent Marie au pied d’un tronc de palmier.) Près de là est une population considérable. Les chrétiens ont cet endroit en très grande vénération, et ils donnent l’hospitalité à ceux qui y descendent.

Puis nous arrivâmes à Baït elmokaddes (la maison du sanctuaire, Jérusalem), que Dieu la glorifie! C’est elle qui, sous le rapport de l’illustration, vient immédiatement après les deux nobles temples (de la Mecque et de Médine), et c’est là qu’eut lieu l’ascension de l’envoyé de Dieu vers le ciel. La ville est grande, illustre, et construite en pierres de taille. Le roi pieux, noble, Salah eddîn (Saladin), fils d’Ayyoub (que Dieu le récompense, pour le bien qu’il a fait à l’islamisme!), lorsqu’il fit la conquête de cette ville, détruisit une partie de son mur d’enceinte. Ensuite Almélic azzhâhir (Baybars) compléta sa démolition, de crainte que les Francs ne s’emparassent de la ville et ne s’y fortifiassent. Cette ville n’avait pas, auparavant, de canal; et c’est l’émir Seïf eddîn Tenkîz, gouverneur de Damas, qui de notre temps y a conduit l’eau.

Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem
Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem
DESCRIPTION DE LA SAINTE MOSQUÉE DE JÉRUSALEM.

C’est une des mosquées admirables, merveilleuses, d’une extrême beauté; et l’on dit qu’il n’existe pas, sur toute la surface de la terre, un temple plus grand que cette mosquée. Sa longueur, du levant au couchant, est de sept cent cinquante-deux coudées, en calculant d’après la coudée el-mâlikiyah (la coudée royale, qui est de trente-deux doigts); et sa largeur, du midi au nord, est de quatre cent trente-cinq coudées. Elle possède beaucoup de portes sur trois de ses côtés; mais pour ce qui est de sa paroi méridionale, je ne lui connais qu’une seule porte, et c’est celle par laquelle entre l’imâm. Toute la mosquée n’est qu’un vaste espace, sans toit, à l’exception de la partie appelée la mosquée El-aksa, qui est couverte, et qui est d’une construction extrêmement solide, d’un travail fort ingénieux, recouverte d’or et de couleurs brillantes. Il y a aussi dans la mosquée d’autres endroits recouverts d’une toiture.

Sanctuaire de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem. D'après une photographie et une aquarelle
Sanctuaire de la mosquée Al Aqsa à Jérusalem. D’après une photographie et une aquarelle
DESCRIPTION DU DÔME DU ROCHER.

C’est un édifice des plus merveilleux, des plus solides, et des plus extraordinaires pour sa forme. Il a en abondance son lot de beautés, et a reçu sa bonne part de toute chose merveilleuse. Il est situé sur un lieu élevé au milieu de la mosquée, et l’on y monte par des degrés de marbre. Il a quatre portes ; son circuit est pavé de marbre d’un travail élégant, et il en est de même de son intérieur. Tant au dedans qu’au dehors, il y a diverses sortes de peintures, et un ouvrage si brillant, qu’on est impuissant à les décrire. La plupart de toutes ces choses sont recouvertes d’or, et la chapelle resplendit de lumière et brille comme l’éclair. La vue de celui qui la regarde est éblouie de ses beautés, la langue de qui la voit est incapable de la décrire. Au milieu de la chapelle, on voit la noble pierre qui est mentionnée dans les traditions; et l’on sait que le Prophète (Muhammad) est monté de là vers le ciel. C’est une pierre fort dure, et son élévation est d’environ une brasse.

Au-dessous de cette pierre, il y a une grotte de l’étendue d’un petit appartement. Elle est élevée aussi d’à peu près une brasse; on y descend par des degrés, et l’on y voit la figure d’un mihrâb. Près de la pierre existent deux balustrades artistement faites, qui la renferment. Celle qui est plus rapprochée de la pierre est de fer, fort bien travaillé; l’autre est de bois.

Dans la chapelle se trouve un grand bouclier de fer, qu’on y voit suspendu. On prétend que c’est l’écu de Hamzah, fils d’Abd elmotthalib.

"La Jerusalem musulmane, 638-1099"
« La Jerusalem musulmane, 638-1099 »
DE QUELQUES SANCTUAIRES BÉNIS DANS LA NOBLE JERUSALEM.

Parmi eux, au bord de la vallée connue sous le nom de vallée de la Géhenne, à l’orient de la ville et sur une colline élevée, on voit un édifice que l’on dit être le lieu d’où Jésus est monté au ciel.

Un autre, c’est le tombeau de Râbi’ah albadaouiyah (la Bédouine), qui tire son nom du désert (bâdiyeh), et qu’il ne faut pas confondre avec Râbi’ah al’adaouiyah, laquelle est célèbre.

Au milieu de la même vallée, il y a une église que les chrétiens vénèrent; ils disent qu’elle contient le sépulcre de Marie. On y voit aussi une autre église également vénérée, et où les chrétiens vont en pèlerinage. C’est celle au sujet de laquelle ils font un mensonge, puisqu’ils prétendent qu’elle renferme le tombeau de Jésus. Toute personne qui s’y rend en pèlerinage doit payer au profit des musulmans un tribut déterminé, et supporter diverses sortes d’humiliations que les chrétiens endurent à contrecœur. On y voit le lieu du berceau de Jésus, et l’on y vient implorer son intercession.

 

Vue aérienne sur Jéusalem al Quds Eila
Vue aérienne sur Jéusalem al Quds Eila
DE QUELQUES HOMMES ÉMINENTS DE JÉRUSALEM.

On remarque :

1° Son kadi, le savant Chems eddîn, Mohammed, fils de Sâlim, alghazzy : il est originaire de Ghazzah, et un de ses grands personnages;

2° Son prédicateur, le pieux, l’excellent Imad eddîn Annâboloucy ;

3° Le savant versé dans les traditions (almohaddith), le mufti Schihâb eddîn Atthabary;

4° Le professeur de la secte de Malik, lequel est aussi supérieur des nobles monastères, Abou Abd Allah Mohammed, fils de Mothbit, Grenadin de naissance, mais habitant à Jérusalem ;

5° Le cheikh qui a renoncé à tous les biens du monde (ezzâhid, ou dévot), Abou Aly Haçan, connu sous l’épithète d’aveugle, un des notables parmi les hommes pieux;

6° Le cheikh, le juste, l’adorateur de Dieu, Kémal eddîn Almérâghy;

7° Le cheikh juste, livré au culte de Dieu, Abou Abd errahîm Abd er-Rahman, fils de Moustafa, originaire d’Erzeroum. C’est un des disciples de Tadj eddîn Errifâ’y. Je me suis lié avec lui, et il m’a revêtu du froc que portent les soufis.

Ensuite je quittai la noble Jérusalem, dans le dessein de visiter la forteresse d’Askalân (Ascalon), qui est ruinée »

Fin

Ibn Battouta, (trad. C. Defremery et B. R. Sanguinetti (1858)), Voyages, De l’Afrique du Nord à La Mecque

Le dôme du Rocher fait par le calife Omeyyade Abd al-Malik 685-705
Le dôme du Rocher fait par le calife Omeyyade Abd al-Malik 685-705

 

La Sardaigne par Ibn al-Athir (1160-1233) :

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File:Fortified monastery of Abbey Lérins - Cannes.JPG
L’abbaye de Lérins en Sardaigne, fortifiée en 1073, à la suite des raids arabo-musulmans venu d’Ifriqiya et d’al-Andalus.

Conquête de l’île de Sardaigne

« Cette île figure parmi les plus grandes de la mer de Roûm et n’est dépassée en étendue que par la Sicile et la Crête ; elle produit des fruits en abondance.

En 92 (28 oct. 710), Mûsa, ibn Nusayr (émir Omeyyade d’ifriqiya et conquérant du Maghreb et de l’Espagne)  qui venait de conquérir l’Espagne, fit embarquer une portion de ses troupes à destination de cette île.

A l’arrivée des musulmans, les chrétiens, réunissant leurs vases d’or et d’argent, les jetèrent dans le port et déposèrent leurs richesses dans un grenier qu’ils construisirent en installant un plafond sous le toit de leur principale église.

Les musulmans y firent un butin  qui dépasse toute description et y commirent bien des fraudes. Ainsi il arriva qu’un musulman en train de se laver dans le port s’embarrassa le pied dans un objet qu’il retira, et qui était un plat d’argent ; ses frères relevèrent alors tout ce que recelait cette cachette. Une autre fois, un musulman entré dans l’église en question et y voyant un pigeon, lui tira une flèche, qui, manquant le but, frappa le toit factice et brisa une planche ; cette ouverture laissa passer quelques dinars, et l’on put mettre la main sur le reste, ce qui fit que les vainqueurs redoublèrent leurs fraudes (au détriment du Trésor). Il y en eut qui, après avoir égorgé des chats et leur avoir enlevé les entrailles, remplissaient le creux de pièces d’or, recousaient la peau et jetaient ces charognes dans la rue, puis en sortant les ramassaient et glissaient l’or dans le fourreau sur lequel ils ne mettaient que la poignée de leur sabre. Quand ils furent embarqués, on entendit une voix prier le Ciel de les noyer, ce qui eut lieu en effet pour eux tous, et l’on retrouva la plupart des noyés, qui portaient des dinars à la ceinture. La Sardegna vista dall'ISS

En 135 (17 juillet 752), ‘Abd er-Rahmân ibn Habîb ibn Abou ‘Obeyda al-Fihri fit une razzia dans cette île, et, après avoir fait un grand massacre des habitants, consentit à conclure la paix avec les survivants moyennant paiement du tribut. Tel fut à partir de là l’état des choses : on n’y fit plus de razzia, et les Roûm la remirent en culture.

En 323 (10 décembre 934), Al-Mansûr ibn Al-Qâ’im l’’Alide, prince (Fatimide) d’ifriqiya, envoya de Mahdia une flotte qui passa d’abord par Gênes et conquit cette ville, puis qui alla faire des prisonniers en Sardaigne ; elle brûla de nombreux vaisseaux et livra Gênes à la destruction et au pillage.

En 406 (20 juin 1015), Mujahid l’’Amiride envoya de Dénia (de la taifa de Denia), contre elle, une flotte composée de cent vingt bateaux ; l’amiral qui la commandait se rendit maître de la Sardaigne, y tua beaucoup d’hommes et emmena en captivité les femmes et les enfants. En présence de ces ravages, les princes de Roûm avec une armée considérable marchèrent par la Grande terre (d’Italie) contre le (prince de Dénia) : les musulmans battus furent expulsés de Sardaigne et perdirent une partie de leurs bâtiments. Le frère de Mujahid, ainsi que son fils ‘Ali ibn Mujahid, furent faits prisonniers, et ce prince rentra à Dénia avec les débris de son armée. Ce fut la dernière expédition dirigée contre la Sardaigne.

Nous avons jugé bon de réunir ici ces faits minimes, que l’on ne peut saisir aussi bien quand ils sont présentés isolément »

Ibn al-Athir 1160-1233 , « Al-Kāmil fī At-tārīkh » p.450 

Cagliari en Sardaigne Italie
Cagliari en Sardaigne Italie

Des vestiges arabes furent retrouvé en Sardaigne, comme des stèles, des monnaies et céramiques. Une des stèles viens d’Assemini, ville à 10km au Nord de Cagliari. avec une inscription funéraire au nom d’une certaine « Maryam, fille de Atiyya al-Sarrâg » (le sellier) décédée en l’an 470 de l’hégire, qui correspond à 1077. La deuxième inscriptions a été trouvée à Cagliari, dans les parages du Palais qui fut jadis celui du Vice-roi et qui est maintenant occupé par la Préfecture de la ville. C’est un fragment dont la date, que l’on parvient à lire seulement en partie, la troisième vient d’Olbia, dans le Nord de la Sardaigne. Contrairement aux deux premières, c’est une grosse dalle rectangulaire peu commune. Il lui manque la partie la plus haute et le côté droit. . Avec beaucoup de probabilités, il s’agit d’une troisième stèle funéraire au nom de « Mustafâ Muhammad al-Mu… » La date n’est pas visible,

19 pièces arabes furent aussi retrouvé, 7 des pièces sont en or, 4 en argent et 8 en cuivre. Chronologiquement, onze appartiennent à la période Omeyyade et aux débuts de la dynastie Abbasside; elles s’échelonnent entre 87/705 et 170/786. Il y a d’autres monnaies plus tardives : il y en a trois aghlabides (236/850 – 270/883), une fatimide
de 360/970, une hammudite (434/1043 – 447/1055), une almohade (524/1130-558/1173) et finalement deux ottomanes datées de 1171/ 1757 et de 1241/1825.

Oman Giovanni. Vestiges arabes en Sardaigne. In: Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, N°8, 1970. unica. pp. 175-184.

Le commandement de la flotte « Qiyadat al-Asatil » par ibn Khaldoun

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Le commandement de la flotte Qiyadat al-Asatil par ibn Khaldoun (Prolégomènes p37 à p46 );

Le commandement de la flotte forme une des dignités de l’empire musulman.

Dans le royaume de Maghreb et dans celui de l’Ifrîkiya l’officier qui remplit cette charge est inférieur en rang au chef de l’armée et dans beaucoup de cas il est tenu de lui obéir.

Son titre en langage des marins est « almilend » mot dont la lettre I se prononce d’une manière emphatique et qui a été emprunté à la langue des Francs (d’Espagne) qui s’en servent avec la même signification. Cette charge est spéciale au royaume de Maghreb et à celui de l’ifrîkiya . En voici la raison les pays que nous venons de nommer sont situés sur le bord méridional de la mer Romaine.

Du côté du sud cette mer depuis Ceuta jusqu’à Alexandrie et à la Syrie confine à des contrées occupées par les Berbers du côté du nord elle a pour limites l’Espagne le pays des Francs celui des Esclavons celui des Grecs et une partie de la Syrie.

On la nomme la mer Romaine et la mer Syrienne à cause des nations qui occupaient ses bords.

La flotte arabe fait route vers la Crète. Miniature du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès.
« La flotte arabe fait route vers la Crète (al-Iqritiya) », ce sont les Ribadi expulsés de Cordoue, venu d’Alexandrie. Miniature du manuscrit de Madrid de la Chronique de Skylitzès.

De tous les peuples qui habitent les rivages de la mer ceux qui se trouvent sur les deux bords de la mer Romaine supportent avec le plus de courage les fatigues de la vie maritime.

Les Romains les Francs et les Goths demeuraient autrefois sur le bord septentrional de cette mer et comme leurs guerres ainsi que leurs expéditions commerciales se faisaient principalement au moyen de navires ils étaient devenus très habiles dans l’art de naviguer et de combattre avec des flottes.

Quelques unes de ces nations visèrent à la possession des côtes méridionales de cette mer les Romains portèrent leurs vues sur l’ifrîkiya les Goths convoitèrent le Maghreb et les deux peuples se transportèrent dans ces contrées au moyen de leurs flottes et s’en rendirent maîtres après avoir vaincu les Berbers et enlevé à ce peuple toute l’autorité.

Ils y possédèrent des villes très peuplées telles que Carthage, Sbaïtla (Sufetula) Djeloula (Oppidum Usalitanam) Mornac, Cherchell (Cœsarea) et Tanger.

bateau omeyyade de cordoue a st raphael
Malgré la haine qu’animait les Omeyyades et les Abbassides entre eux, pourtant lors de la conquête de la Sicile (al-Siqiliya) , l’imam Ibn Kathir écrivait que « 300 navires des forces conjointes des Omeyyades de Cordoue et des Aghlabides » (vassaux Abbasside) de Kairouan ont participé en 830 jc aux campagnes contre les byzantins en Sicile mené par Theodotus .source : (El Hareir, 2011. »The Spread of Islam Throughout the World » p. 441.)

Avant cela le souverain de Carthage (les phéniciens que ibn Khaldoun ne connaissait pas) avait fait la guerre à celui de Rome et envoyé contre lui des flottes bien approvisionnées et remplies de troupes. On sait que depuis les temps les plus anciens telle a été l’habitude des peuples qui occupent les deux bords de la mer Romaine.

Lorsque les armées musulmanes se furent emparées de l’Egypte  le khalife Omar Ibn el Khattab écrivit à son général Amr Ibn el Aci pour savoir ce que c’était que la mer. Amr lui répondit par écrit et en ces termes. « C’est un être immense qui porte sur son dos des êtres bien faibles des vers entassés sur des morceaux de bois ».

Frappé de cette description Omar défendit aux musulmans de se hasarder sur cet élément et ayant appris qu’Arfadja Ibn Herthema el Azdi chef de la tribu de Bedjîla qu’il avait envoyé contre la province d’Oman venait de faire une expédition sur mer malgré ses ordres il le réprimanda de la manière la plus dure. Cette prohibition subsista jusqu à l’avènement de Moaouïa.

Ce khalife autorisa les musulmans à s’embarquer pour faire la guerre sainte sur mer.

Nous allons indiquer la cause de ce changement dans la politique des khalifes . Au commencement de l’islam les Arabes étaient encore trop imbus des habitudes de la vie nomade pour devenir des marins aussi habiles et aussi entreprenants que les Grecs et les Francs peuples qui accoutumés à lutter contre la mer et à vivre dans des navires qui les transportaient de pays en pays s’étaient faits à ce genre de vie et avaient l’habitude d’en affronter les dangers.

bateau de l'époque omeyyade retrouvé par des archéologues israéliens
Bateau de l’époque Omeyyade retrouvé par des archéologues israéliens, au large de la Palestine (ancienne partie du bilad al-Sham)

Les Arabes ayant acquis une vaste puissance par la fondation de leur empire avaient réduit sous leur domination et asservi une foule de peuples étrangers. Voyant alors que chacun des vaincus qui savait un art cherchait à s’en faire un mérite auprès d’eux ils prirent à leur service un grand nombre de matelots pour les besoins de la marine.

Ayant alors affronté la mer à plusieurs reprises et s’étant habitués à lutter contre elle ils changèrent d’opinion à l’égard de cet élément.

Souhaitant avec ardeur le bonheur d’y porter la guerre sainte ils construisirent des navires et des galères équipèrent des vaisseaux les armèrent et les remplirent de troupes dans le but de combattre les peuples infidèles d’outre mer.

Le port de Tunis , ou le
Le port de Tunis , ou le « dar al-Sina » (arsenal), fondé par Hassan Ibn al-Numan al-Ghassani 692-703 pour la conquête Omeyyade de la mer méditerrané  depuis al-Ifriqiya.

Pour établir leurs chantiers ils choisirent les provinces les plus voisines de la mer et les places fortes qui étaient situées sur ses bords.

Ces provinces étaient la Syrie, l’ifrîkiya, le Maghreb et l’Espagne.

Le khalife Abd el Melek Ibn Merouau animé d’un zèle ardent pour le maintien de la guerre sainte envoya à Hassan Ibn en Noman gouverneur de l’ifrîkiya l’ordre de fonder à Tunis un arsenal maritime.

Ce fut de là que sous le gouvernement de Zîadet Allah Ier fiis d’Ibrahîm l’Aghlebide une flotte commandée par Assad Ibn Forât grand mufti de l’ifrîkiya partit pour conquérir la Sicile.

Pantelleria sulla Costa En 700 l'île a été conquise par les Arabes omeyyade , qui la nommèrent بنت الرياح Bint al-Riyah 'la fille des vents », qui représente les vents forts qui se posent au large de la côte nord de l'Afrique. Véritable poste frontière avancé du califat Omeyyade
Pantelleria sulla Costa. En 700 l’île Italienne a été conquise par les Omeyyades de Damas sous Hassan ibn al-Numan , qui la nommèrent بنت الرياح Bint al-Riya0h ‘la fille des vents », qui représente les vents forts qui se posent au large de la côte nord de l’Afrique.

L’île de Cossura Pantellaria fut prise pendant l’administration du même gouverneur (Hassan ibn Numan).

Quelque temps auparavant Moaouïa Ibn Hodeïdj avait conduit une expédition contre la Sicile mais sa tentative n’eut pas de succès. Cela eut lieu sous le règne de Moaouïa fils d Abou Sofyan.

Plus tard pendant la guerre qui eut lieu entre les Fatemides d’Ifrîkiya et les Omeyyades d’Espagne les flottes de chacune de ces dynasties se dirigèrent à plusieurs reprises contre les territoires de l’autre et dévastèrent les côtes des deux pays.

Sous le règne d’Abd er Rahman en Nacer l’Omeyyade la flotte Andalouse se composait d’environ deux cents bâtiments et celle de l’ifrîkiya (Fatimide) était à peu près aussi nombreuse.

Le commandant caïd de la flotte andalouse se nommait Ibn Romahès. Les ports où cette flotte avait ses mouillages et d’où elle mettait à la voile étaient Beddjana et Almeria.

Elle se composait de navires qu on faisait venir de tous les royaumes où l’on construisait des bâtiments.

Plat au bateau
Bateau Hafside sur un plat fait à Tunis entre le 14 et le 15e siècle source

Chaque navire était sous les ordres d’un marin portant le titre de caïd qui s occupait uniquement de ce qui concernait l’armement les combattants et la guerre un autre officier appelé le raïs faisait marcher le vaisseau à l’aide des voiles ou des rames et ordonnait la manœuvre du mouillage.

Quand on rassemblait des navires pour une expédition contre l’ennemi ou pour quelque objet important que le sultan avait en vue ils se réunissaient dans le port qui leur servait de rendez vous ordinaire.

Le sultan y faisait embarquer des hommes des troupes d’élite et plusieurs de ses affranchis et les plaçait tous sous les ordres d’un seul émir appartenant à la classe la plus élevée des officiers du royaume.

Il les faisait partir alors pour leur destination dans l’espoir qu’ils reviendraient victorieux et chargés de butin. Lorsque l’islam se fut constitué en empire les musulmans subjuguèrent toutes les contrées qui bordent cette mer et par la puissance de leurs flottes ils mirent les chrétiens de ces pays dans l’impossibilité de leur résister.

Pendant un long espace de temps chacune de leurs expéditions se terminait par une victoire. On sait quels étaient leurs hauts faits leurs conquêtes et les richesses qu’ils enlevèrent à l’ennemi. Ils s’emparèrent de toutes les îles de cette mer Maïorque, Minorque ,Ibiza la Sardaigne la Sicile Cossura, Malte, Crète et Chypre tombèrent en leur pouvoir ainsi que d’autres contrées appartenant au royaume des Romains et à celui des Francs.

Bateau Islamique avec
Bateau Arabe  avec « grenade explosif » en méditerranée 

Abou al Qacem le Chîïte (Ubaydi) et ses fils expédiaient d’El Mehdiya des flottes qui allaient insulter l’île de Gênes  et qui revenaient victorieuses et chargées de butin.

En l’an 4o5 1014 1015 de J C Modjahed el Ameri souverain de Dénia et l’un des Molouk et tawaïf (taifa de Denia) s empara de la Sardaigne au moyen de sa flotte mais les chrétiens reprirent cette île bientôt après.

Pendant toute cette période les armes des musulmans triomphaient dans presque tous les parages de la mer Romaine leurs navires la parcouraient dans tous les sens et leurs troupes parties de la Sicile allaient débarquer sur la terre ferme située en face du côté septentrional de cette île.

Elles y attaquaient les princes des Francs et dévastaient leurs Etats.

C’est ce qui eut lieu sous les Beni Abi l Hoceïn ( dynastie arabe des Kalbides)  rois de Sicile qui reconnaissaient la souveraineté des Fatemides.

Les chrétiens se virent obligés de passer avec leurs navires dans la partie nord est de cette mer afin de se rapprocher des contrées maritimes appartenant aux Francs et aux Esclavons et des îles romaines (la grèce) qu’ils n’osèrent plus dépasser.

En effet les flottes des musulmans s’acharnaient sur celles des chrétiens ainsi que le lion s’acharne sur sa proie leurs navires aussi nombreux que bien équipés couvraient la surface de la mer la parcourant en tous les sens soit dans un but pacifique soit pour faire la guerre.

Bateau arabe Fatimide représenté dans cette pièce, le poète d’al-Muiz le fatmide proche des Banu Hamdun (arabes judhamites) d’Msila, Ibn Hani al-Andalusi al-Azdi avait dit  sur la flotte fatimide » « J’en jure par ces coursiers des mers qui prennent le départ à la nuit ; j’atteste qu’ils sont secondés par des forces innombrables Surmontés de dais chatoyants, ils ressemblent à ces tentes qui dérobent aux regards les bédouines aux cils de gazelle ; cependant ces voiles ne recouvrent pas les belles, mais des guerriers à la vaillance de lions…. Le chef byzantin fut saisi de les voir surgir, toutes bannières déployées, leurs voiles claquant au vent… »

Les chrétiens ne pouvaient pas même y faire flotter une planche mais plus tard l’affaiblissement et la débilité des empires fatemide et Omeyyade leur permirent de s’emparer de la Sicile de Crète de Malte et d’autres îles orientales.

Profitant ensuite de la faiblesse de l’empire musulman ils se précipitèrent sur les côtes de la Syrie et s’emparèrent de Tripoli, d’Ascalon de Tyr et d’Akka Saint Jean d’Acre.

S’étant rendus maîtres de toutes les places fortes du littoral de la Syrie ils prirent la ville de Jérusalem et y bâtirent une église pour y pratiquer les cérémonies de leur culte.

Les troupes de Roger Ier roi de Sicile enlevèrent Tripoli d’Afrique aux Beni Khazroun  s’emparèrent ensuite de Cabes et de Sfax et soumirent les musulmans de ces villes à la capitation.

Ensuite ils obtinrent possession d’El Mehdiya autrefois siège de l’empire fatemide ayant enlevé cette ville aux descendants de Bologguîn Ibn Zîri .

Ainsi depuis le Vc siècle de l’hégire la fortune s’était tournée du côté des chrétiens dans la mer Romaine. Dès lors la puissance maritime de l’Egypte et de la Syrie commença à tomber dans l’anéantissement.

Personne jusqu’à nos jours n’a essayé de la relever bien qu’autrefois dans ces mêmes pays le gouvernement fatemide eût déployé des efforts extraordinaires pour le maintien de la marine est un fait que l’histoire de cette dynastie ne permet pas de méconnaître.

Batteau arabe dans la mer des zanj, tiré des Maqamat d'al-Hariri illustrée par al-Wasiti 13e siècle
« Bateau arabe dans la mer des zanj », tiré des Maqamat d’al-Hariri illustrée par al-Wasiti 13e siècle, Iraq Abbasside

On n’y trouve plus de traces de la charge de commandant de la flotte c est un office spécial aux royaumes d’Ifrîkiya et de Maghreb où il s est toujours conservé A l’époque que nous avons indiquée les pays qui forment la limite occidentale de cette mer possédaient un grand nombre de navires et déployaient une puissance maritime que l ennemi chrétien était incapable d entamer et qui cependant n avait pas encore pris sa revanche.

Sous la dynastie lemtounienne almoravide le commandement de la flotte était l’apanage des Beni Meïmoun1 seigneurs de Cadix mais cette famille ayant reconnu plus tard la souveraineté d’Abd el Moumen l’Almohade lui céda ses droits .

Cette flotte se composait d’une centaine de navires appartenant aux ports de l’Espagne et de l’Afrique.

Dans le vie siècle lorsque la dynastie almohade eut conquis ces deux pays la charge de commandant de la flotte devint plus importante que jamais Ahmed de Sicile l’officier qui l’exerçait alors appartenait à la famille des Sadghîan  fraction de la grande tribu des Sedouikich qui s était établie dans l’île de Djerba.

Enlevé de son pays natal par les chrétiens qui y avaient opéré une descente il fut élevé chez eux et entra au service de Roger II souverain de la Sicile.

Il se fit hautement apprécier par ce prince mais ayant encouru pour un motif quelconque la disgrâce du fils et successeur de celui ci et craignant pour sa vie il s’enfuit à Tunis et descendit chez le prince (cîd) de la famille d’Abd el Moumen qui commandait dans cette ville.

 Flotte en Islamique en Espagne à l'époque Almohade du livre d'Alfonso X (Cantigas) 13e siècle
Flotte Islamique en Espagne à l’époque Almohade (dynastie berbère), tiré du livre d’Alfonso X (Cantigas) 13e siècle

De là il se rendit à Marrakesh où le khalife Youçof el Acheri fils d’Abd el Moumen et souverain des Almohades le reçut très honorablement . Comblé de dons par ce prince et revêtu du commandement de la flotte il déploya une grande bravoure en combattant les chrétiens.

Ses hauts faits tiennent une place honorable dans l’histoire de l’empire almohade. Sous sa direction la flotte musulmane acquit en nombre et en organisation une supériorité que autant que nous le sachions elle n’avait jamais eue auparavant et qu’elle n’a jamais reprise depuis.

Lorsque Salah ed Dîn Saladin Youçof Ibn Ayyoub roi d’Egypte et de Syrie entreprit de reconquérir les places fortes que les chrétiens occupaient dans ce dernier pays et de faire disparaître de Jérusalem les souillures et les édifices de l infidélité les flottes chrétiennes ne cessèrent d’apporter des renforts et des approvisionnements à toutes les forteresses maritimes qui avoisinaient cette ville.

La flotte d Alexandrie était hors d’état de s’y opposer ayant éprouvé une série de revers dans la partie orientale de la mer Romaine.

Au reste les navires des chrétiens étaient très nombreux et depuis longtemps les musulmans ainsi que nous l’avons fait observer étaient trop faibles pour repousser l’ennemi Salah ed Dîn prit donc le parti d’expédier une ambassade à Yacoub el Mansour 1 sultan des Almohades du Maghreb dans le but d’obtenir l’envoi de la flotte maghrebine du côté de la Syrie afin d’empêcher les chrétiens d’approvisionner leurs forteresses.

La personne qu il chargea de cette mission fut Abou Hareth Abd el Kerîm Ibn Monked de la famille des Beni Monked seigneurs de Cheïzer (famille arabe Syrie Ussama ibn Munqid)

Il venait de leur ôter cette forteresse et de leur assurer en retour une position respectable dans l’empire.

L'Occident sous les berbères Almohades et l'Orient sous les Kurdes Ayyoubides
L’Occident sous les Almohades et l’Orient sous les Ayyoubides.

La dépêche dont l’ambassadeur fut chargé et qui avait été rédigée par EI Fadel el Beïçani  se trouve reproduite par Eïmad ed Dîn el Isbahani dans son El Feth el Qodci. Elle commençait ainsi « Puisse Dieu ouvrir à votre seigneurie les portes du salut et du bonheur » El Mansour s’en trouva offensé parce qu’on ne lui avait pas donné le titre d’émir el moumenîn celui qu’il portait mais il dissimula son mécontentement.

Ayant comblé de dons et d’honneurs les membres de l’ambassade (ayyoubide) il les renvoya à leur souverain sans avoir répondu à ce qu ils étaient venus lui demander.

D’après ce que nous venons d’exposer on voit que le royaume de Maghreb se distinguait des autres par la possession d’une flotte que les chrétiens avaient une grande supériorité dans la partie orientale de cette mer que le gouvernement de l’Egypte et de la Syrie avait négligé alors et plus tard le soin de sa marine et que les empires doivent avoir toujours des flottes en état de servir.

Après la mort de Yacoub el Mansour la puissance des Almohades commença à décliner les peuples de la Galice s’emparèrent d’une grande partie de l’Espagne refoulèrent les musulmans dans les pays du littoral occupèrent les îles situées dans la partie occidentale de là mer Romaine et s’y rendirent très redoutables. Mais malgré le grand nombre de leurs vaisseaux les musulmans purent enfin les combattre avec des forces égales . C est ce qui eut lieu sous le règne d’Abou al-Hacen roi zenatien (mérinide) du Maghreb.

La forteresse mamelouk d'Alexandrie en Egypte
La forteresse mamelouk et le port d’Alexandrie en Egypte

A l’époque où ce sultan conçut l’intention d’attaquer les infidèles sa flotte était aussi nombreuse et aussi bien équipée que celle des chrétiens mais ensuite la marine musulmane perdit son importance par suite de la faiblesse toujours croissante des empires maghrebins.

Dans ce pays l’influence de la vie nomade étant encore très forte fit oublier les usages de la civilisation plus avancée que l’on avait apprise en Espagne et enleva aux populations l’habitude des affaires maritimes.

Les chrétiens revinrent alors à leur ancienne coutume s’étant formés à la vie de mer en y mettant une grande persistance et en étudiant tout ce qui touchait à la navigation ils vainquirent les flottes musulmanes dans chaque rencontre.

Les musulmans étaient devenus étrangers à la vie de mer à l’exception d’un petit nombre de ceux qui habitaient les côtes et continuaient à naviguer. Il serait bien à désirer que ces marins trouvassent des gens pour les aider et les soutenir le gouvernement devrait leur fournir les moyens de solder des combattants et les mettre ainsi dans une voie qui conduirait à un excellent résultat.

De nos jours la charge de commandant de la flotte existe encore dans le royaume de Maghreb on y observe toujours les règlements au sujet de la construction et de l’équipement de navires afin qu on soit prêt à seconder les vues du sultan dans le cas où il dirigerait son attention vers les pays du littoral. Les musulmans cherchent encore à faire tourner le vent de la victoire contre les infidèles.

Les livres des prédictions renferment une prophétie qui a cours chez les peuples du Maghreb et que nous donnons ici.

‘Certes les musulmans prendront leur revanche sur des chrétiens et feront la conquête des pays des Francs d’outre mer cela doit s’effectuer au moyen d’une flotte Dieu est l’ami des vrais croyants. »

Les Prolégomènes Al Muqadima d’Ibn Khaldoun, 2, p37 à p46

Le Feu Grec sur la flotte arabe Omeyyade lors du premier siège de Constantinople
Le Feu Grec sur la flotte arabe Omeyyade lors du premier siège de Constantinople entre 674 et 678 JC
Le combat naval (sur mer) est plus méritoire que combattre sur terre. Les combats navals étant plus périlleux, ils méritent une plus grande récompense [dans l’au-delà].
Umm Harâm (radhî Allâhu ‘anhâ) rapporte que le Messager d’Allâh (sallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallâm) a dit :
« Quiconque a le mal de mer aura la même récompense qu’un martyr. Quiconque meurt noyé aura la récompense de deux martyrs ».
Rapporté par Abû Dâwûd.
La bataille d'Ostie en Italie s'est déroulée en l'an 849. Il s'agit d'une bataille navale entre les arabes aghlabides d'Afrique du Nord et une flotte italienne alliée
La bataille d’Ostie en Italie s’est déroulée en l’an 849. Il s’agit d’une bataille navale entre les arabes aghlabides (abbassides) d’Afrique du Nord et une flotte italienne alliée, après le pillage de Rome par les Aghlabides
Le Messager d’Allâh (sallâ-Llâhu ‘alayhi wa sallâm) a dit :
« Un martyr mort en mer est comme deux martyrs morts sur terre. Qui a le mal de mer est comme celui qui se baigne dans son sang sur terre ; qui franchit la distance qui sépare deux vagues est comme celui qui passe sa vie dans l’obéissance d’Allâh. Allâh a chargé l’Ange de la Mort de se saisir des âmes des hommes, à l’exception de celle du martyr mort en mer, car celle-là, Lui Seul se charge de la saisir. En outre, Allâh pardonne tous ses péchés au martyr mort sur terre à l’exclusion de ses dettes, alors qu’Il pardonne au martyr mort en mer et ses péchés et ses dettes ».
Rapporté par Ibn Mâjah.
Mentionné par le Shaykh Sayyid Sâbiq dans « Fiqh as-Sunna », Édition « Maison d’Ennour », t. 3, p.41
La bataille de Phœnix de Lycie (en arabe : معركة ذات الصواري ce qui romanisé donne Dhat Al-Sawari) ou la bataille des Mâts qui se déroule en 655 est un engagement naval décisif entre les Arabes du califat Rashidun conduits par Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh et la flotte byzantine placée sous le commandement personnel de l'empereur Constant II.
La bataille de Phœnix de Lycie (en arabe : معركة ذات الصواري ce qui romanisé donne Dhat Al-Sawari) ou la bataille des Mâts

La première grande bataille navale de l’Islam fut celle de la bataille des mâts ( معركة ذات الصواري, Dhat Al-Sawari dite la bataille de Phoenix), entre les Romains Byzantins et le califat Rashidun sous Uthman radi Allah anhu. qui se déroule en 655  engagement naval décisif conduits par Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh et la flotte byzantine placée sous le commandement personnel de l’empereur Constant II.

La flotte du califat rashidun lors de la bataille de Dhat al-Sawari
La flotte du califat rashidun lors de la bataille de Dhat al-Sawari
Voici le récit du coeur de la « bataille des Mats » par le célèbre l’imam al-Tabari :
 » On rapporte que ce fut Muawiya qui inaugura pour les musulmans les expéditions maritimes.  Omar lorsque les gouverneurs des différentes provinces… de la Syrie (al-Sham) moururent avait réuni toutes ces provinces au gouvernement de Muàwiya qui à la fin avait sous son commandement toute la Syrie .
Alors il commença à attaquer le territoire de Roum et fit des expéditions en mer de sorte que la situation du roi de Roum devint difficile, Abdallah ibn Abou Sarh était gouverneur d’Egypte (al-Misr) et de la province d’Afrique (al-Ifriqiya)  qu’il avait enlevée au roi de Roum.  
Celui ci réunit une armée pour reconquérir l’Egypte (al-Misr) et l’Afrique (Al-Ifriqiya).  
Jamais on n avait vu embarquer une armée aussi nombreuse. Abdallah alla au devant de l’ennemi avec environ trente mille hommes sur quarante vaisseaux .
Arrivée à Dsàt as Sawàri la flotte musulmane rencontra les vaisseaux romains qui étaient au nombre de cinq cents remplis de soldats.
En voyant cette force de l’ennemi; les musulmans eurent peur. Il s éleva un vent qui maintint les vaisseaux des musulmans et ceux des infidèles pendant trois jours et nuits en pleine mer.
Lorsque le vent cessa les deux flotte s’abordèrent et la bataille s’engagea.
On combattit avec acharnement soit en se servant du sabre soit en lançant des flèches et des lances .
Enfin une flèche partie de la flotte musulmane atteignit le roi de Roum et le blessa.
Les Romains rompirent leurs lignes de bataille et se mirent à lever l’ancre. »
l’imam al-Tabari dans l’ouvrage « Histoire des prophètes et des rois »
illustration, du 19eme siècle de la
illustration, du 19eme siècle de la « Bataille des Mats ou la Bataille de Phoenix de Lycie  » la scène dépeint . » la victoire du califat rashidun sur les forces Byzantine de Constans II en . 655.
Liste des états et peuples dominés et  vaincus par les Arabes (Rashidun, Omeyyade et Abbasside)
Liste des états et peuples dominés et  vaincus par les Arabes (Rashidun, Omeyyade et Abbasside)
Les ennemies de Byzance
« Les ennemies de Byzance »
Soldats du califat des Abbassides,et de leurs vassaux arabes, Hamdanides et Aghlabides (D=droite et G=Gauche)

batteau early islamique ancien reconstitution

Les ennemies de Byzance
Les ennemies de Byzance »  Soldats des Califats Omeyyade et Rashidun  (D=droite et G=Gauche)
Un batau du califat rashidun lors de la bataille de Dhat al-Sawari
Un bateau du califat rashidun lors de la bataille de Dhat al-Sawari

La Mer des Califes Une histoire de la Méditerranée musulmane (VIIe-XIIe siècle) Christophe Picard

Ibn Khaldoun, « al-Muqadima »

Al-Tabari,« Histoire  des prophètes et des rois » .

Ghiyas ad-Din Muhammad Khwandamir dit Khondémir « Khêlassê-al-Akbar » (« Quintessence de l’histoire »)