La période Prophétique et le califat Rashidun

La forteresse de Babylone d’Egypte prise par Amr ibn Al-As en 638 :

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File:GD-EG-Caire-Copte071.Tour de Babylone du quartier copte, (Le Caire, Égypte
Tour de Babylone du quartier copte, (Le Caire, Égypte

La Forteresse de Babylone d’Egypte (au Caire)

Dès l’époque de l’empereur  Romain Auguste, la forteresse romaine de Babylone d’Egypte  est construite près de la rive orientale du Nil, face à l’île de Rhoda. Élargie à l’époque de l’empereur Trajan (98-117) et fortifiée par Arcadius (395-408), elle est constituée de tours rondes et de bastions reliés par un mur en briques.

Située à un emplacement stratégique de première importance, la forteresse de Bâbalyûn permet de contrôler le delta tout en dominant le point de passage le plus commode pour traverser le Nil, à la jonction entre la Haute et la Basse-Égypte.

Lors de la conquête de l’Égypte, par le général du califat Rashidun ‘Amr ibn al-‘As en 639, la forteresse est intégrée à la ville de al-Fustat qu’il viens de crée.

Les dynasties suivantes, les Abbassides fondent ensuite Al-Askar en 750 et les Toulounides  Al-Qataï en 868 avant que l’ensemble, agrandi, prenne le nom d’Al-Qahira (la Victorieuse) sous les Fatimides.

 Tour de Babylone du quartier copte
Tour de Babylone du quartier copte

 

 

Al-Fostat et al-Qahira sont unifiées et réunies dans une seule enceinte, gardée par une citadelle, par le monarque ayyoubide Salah ed-Dîn en 1173.

Al-Fostat forme aujourd’hui le Vieux Caire et fut détruite par le vizir  fatimide Shawer.

La forteresse de Babylone s’est transformée très tôt en enclave chrétienne et juive.

La plupart des vieilles églises coptes sont situées sur les ruines de la forteresse, en particulier l’église Al Moallaqa (la suspendue), construite au ve siècle sur le portail sud, d’où son nom de suspendue et l’église Saint Georges (Grecs orthodoxes), construite au-dessus d’une des tours qui surmontent le portail de la forteresse, dont elle épouse l’arrondi.

Les ruines de la forteresse abritent également aujourd’hui le musée copte du Caire.

La conquête arabe de l’Afrique 639-709 par Ibn Idhari :

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Les premières conquêtes en Afrique du Nord Rashidun & Omeyyade , Hassan ibn Numan est venu avec la plus grande armée que les musulmans eurent envoyé en Ifriqiya dans les premiers temps  (Ibn Idhari, Bayanu al-Maghreb)
Les premières conquêtes en Afrique du Nord Rashidun & Omeyyade , Hassan ibn Numan est venu avec la plus grande armée que les musulmans eurent envoyé en Ifriqiya dans les premiers temps (Ibn Idhari, Bayanu al-Maghreb) 

On dit que sur le littoral de l’ifriqiya se trouve un lieu nommé Monastir, qui est l’une des portes du paradis.

Dans ce même pays se trouve aussi la montagne nommée El-Mamt’oûr, qui est une des portes de l’enfer .

Une tradition dit que l’ifriqiya produira 70,000 martyrs à la face aussi brillante que la lune dans son plein.

Le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui), à ce que rapporte Ibn Wahb, a dit :

« Pour les habitants de l’ifriqiya, il y aura grand froid, mais aussi grande récompense . »

D’après Sofyân ibn Oyeyna (Mort en 198 H,  selon le kitab-al-Ma’ârif, 254,  ibn Qutayba), on dit qu’il y a au Maghreb une porte qui est ouverte au repentir, qui est large de quarante années (de marche) et que Dieu ne fermera que quand le soleil se lèvera de  ce côté.

Parmi les Compagnons de l’Apôtre de Dieu, il y eut beaucoup de Muhâdjiriens (al-Muhajirun) primitifs  qui se rendirent en Ifriqiya, et de même beaucoup des successeurs (tâbi’un) pénétrèrent en Espagne.

Les souvenirs laissés par les Maghrébins sont d’ailleurs innombrables.

La mosquée al-Naqah, de la vielle ville de Tripoli en Libye (643 JC) fut construite par le compagnon et général du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu), lors de la conquête de l’Egypte, Cyrénaïque et Tripolitaine sous le califat rashidun d’Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu), elle est certainement la première mosquée construite en Ifriqiya et dans tout al-Maghreb al-Arabi
La mosquée al-Naqah, de Tripoli en Libye fut construite par le compagnon et général du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu), en 643 lors de la conquête de l’Egypte, Cyrénaïque et Tripolitaine sous le califat rashidun d’Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu), elle est certainement la première mosquée construite en Ifriqiya et dans tout al-Maghreb al-Arabi 

Celui qui porta le premier la guerre en Ifriqiya du temps d’Omar ibn al-Khattàb fut Amr ibn al-As (radi Allah anhum), qui avait conquis l’Egypte en l’an 20 de l’hégire (20 déc.640).

Amr ibn al-As envoya  Ok’ba ibn  Nâfi al-Fihri  (radi Allah anhum) dans la Libye et la Marmarique (il pris le Fezzan et la partie sud en dir du Sudan), pays qui furent conquis; puis Amr lui-même s’avança jusqu’à al-Barqa, dont les habitants se rendirent par composition,  moyennant 13,000 dinars et à la fin de l’année 22 de l’hégire sur chaque individu pubère.

De là il poussa sur Tripoli, qu’il conquit malgré les secours (De l’empire byzantin, ar-Rum) que demandèrent les habitants de cette ville à la tribu berbère de Nefoûsa à raison de leur commune conversion au Christianisme.

En l’année 21 (9 déc. 641), Amr ibn al-As conquit Alexandrie.

En cette même année il conquit la province de Tripoli et écrivit au Prince des croyants  Ômar ibn al-Khattab pour lui annoncer de quelles conquêtes Dieu l’avait favorisé, en ajoutant qu’il avait maintenant devant lui l’Ifriqiya, région obéissant à de nombreux princes et dont les habitants et, pour la plupart, avaient des chevaux comme montures.

Mais le khalife Omar ibn al-Khatab (radi Allah anhu) ayant répondu par l’ordre de revenir en arrière, Amr  ibn al-As fit rétrograder ses troupes du côté de l’Egypte.

Omar (radi Allah anhu) ayant ensuite trouvé la mort du martyre, (..) ; le successeur , Othmàn ibn Affan enleva le gouvernement de l’Egypte à Amr ibn al-As et en investit, en l’an 25 (27 oct. 645), Abd Allah ibn Sa’d.

En 27 (6 oct. 647), Othmân donna à Abd Allàh ibn Sa ‘d ibn Aboû Sarh. . . . l’Ifriqiya.

Le Qasr Sahabi, a Ajdabiya fut construit en 647 par le compagnon et général du califat Rashidun Abdullah Ibn Abi Sarh radi Allah anhu frère de lait du calife rashidun Uthman ibn Affan situé entre Ajdabiya et Awjila en Libye
Le Qasr Sahabi, a Ajdabiya fut construit en 647 par le compagnon et général du califat Rashidun Abdullah Ibn Abi Sarh radi Allah anhu frère de lait du calife rashidun Uthman ibn Affan situé entre Ajdabiya et Awjila en Libye
La Conquête de l’ifriqiya par Abd’Allah ibn Sa’d Ibn Abuû Sarh’al-Amiri.

—Marwân ibn al-Hakam al-Umawi ; rassembla de nombreux membres de la tribu des Omeyyades, Abd Allah ibn az-Zubayr ibn al-Awwâm avec nombre des siens, ainsi qu’ Abd er-Rahmân ibn Zeyd ibn al-Khattâb et  Abd Allah ibn Omar ibn al-Khattàb, (radi Allah anhum)  en moharram de cette année.

Conformément à son ordre on dressa le camp, et alors il leur fit la khotba (sermon), leur adressa de sages conseils et excita leur zèle à la guerre sainte ; après quoi il ajouta: « J’ai recommandé à Abd Allah ibn Sa ‘d d’agir au mieux à votre égard et de vous traiter avec bienveillance ; je vous confie à la direction d’Al-Hârith ibn al-H’akam pour vous mener à Abd Allah ibn Sa ‘d, qui alors prendra le commandement. »

La mosquée Atiq de Ghadamès en Libye (Fezzan ver la frontière Tuniso-Algérienne) fut construite en l’an 666 JC au début des Omeyyades , sous le gouvernement du compagnon Mu’awiya ibn Hudaij al-Kindii sous le califat de Muawiya Ier, elle a incroyablement, survécu jusqu’en 1943, quand elle a été détruite par les alliés, elle fut donc reconstruite, si ont ce réfère à al Hash’ishi il y a les tombes de deux sahaba , en l’occurrence : Sidi Al-Badri radi Allah anhu et de Sidi Okba ibn Amr radi Allah anhu sont là dans le sanctuaire de la mosquée source : E.J. Brill’s  » First Encyclopaedia of Islam 1913-1936″ et « Libya. Ediz. Inglese » par Anthony Ham.
La première moquée du Sahara al-jami al-Atiq de Ghadamès en Libye dans le Fezzan  (frontière Tuniso-Algérienne) fut construite en l’an 666 JC au début des Omeyyades , sous le gouvernement de Mu’awiya ibn Hudaij al-Kindi sous le califat de Muawiya ibn Abu Syfyan , elle a incroyablement, survécu jusqu’en 1943, quand elle a été détruite par les alliés, elle fut donc reconstruite, si ont ce réfère à al Hash’ishi il y a les tombes de deux sahaba , en l’occurrence : Sidi Al-Badri et de Sidi Okba ibn Amr (radi Allah anhum) sont là dans le sanctuaire de la mosquée source : E.J. Brill’s » First Encyclopaedia of Islam 1913-1936″ et « Libya. Ediz. Inglese » par Anthony Ham.

Quelques détails sur ‘Abd Allah ibn Sa’d ibn Abu Sahr al-Amiri ; son commandement et la conquête qu’il fit de l’Ifriqiya.

Ce personnage avait d’abord servi de secrétaire à l’Envoyé de Dieu (paix et bénédiction d’Allah sur lui), puis avait apostasie et rejoint les polythéistes à la Mecque.

Muâwiya ibn Abû Sofyân (radiAllah anhu), qui était alors à la Mecque et qui avait sincèrement embrassé l’Islam, le remplaça en qualité de secrétaire auprès du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui).

Lorsque ce dernier s’empara  de cette ville (La Mecque), Abd Allah ibn Sa’d ibn Abu Sahr al-Amiri se réfugia dans la maison d ‘Othmân ibn Affan pour solliciter sa protection, et Othmân obtint du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) le pardon d’Ibn Aboû Sarh’, qui était son frère de lait et dont, à partir de là, la foi resta sincère .

Othmân (radi Allah anhu), lorsqu’il fut devenu khalife, le nomma gouverneur et chef militaire de l’Egypte.

Après avoir à maintes reprises envoyé des détachements de cavalerie légère pour enlever du butin du côté de l’Ifriqiya, Abd Allah écrivit à Othmân pour lui dire quels résultats il avait obtenus, et ces informations déterminèrent l’envoi qui lui fut fait d’un corps d’armée dont il devait prendre le commandement pour entreprendre une campagne contre l’Ifriqiya.

L'empire Romain Byzantin d'Orient, dans le 6e siècle la région Tanger s'entendait au nord jusqu'à Ceuta (Sebta)
L’empire Romain Byzantin d’Orient, en 610 33 ans avant la prise de Tripoli d’Ifriqiya (Libye)  par le général du califat Rashidun Amr ibn al-As en 643; la région Tanger s’entendait au nord jusqu’à Ceuta (Sebta)

Abd Allah se mit donc en marche à la tête de vingt mille hommes contre cette contrée, qui obéissait à un patrice nommé Djerdjir, dont l’autorité s’étendait de Tripoli à Tanger.

Le général musulman envoya dans diverses directions des. colonnes légères qui ramenèrent toutes du butin.

Lui-même rencontra un matin le patrice Byzantin Djerdjir (Grégoire) qui (commandé une) armée de cent vingt mille hommes, dans un lieu connu sous le nom de Sobeytala (Suffetula).

Le grand nombre de leurs ennemis jeta les musulmans dans l’angoisse, et ils ne partageaient pas l’avis de leur chef,qui alors se retira dans sa tente pour réfléchir.

Mais Djerdjir, de son côté, fut pris de peur en voyant les musulmans ; il fit sortir la tour mobile  et y monta pour de là dominer les troupes, et il fit distribuer les armes.

Sa fille monta sur la tour et se dévoila, entourée de ses quarante servantes qui  étaient montées avec elle et étaient magnifiquement  parées et ornées de bijoux.

Les escadrons défilèrent les uns après les autres, tandis que lui-même [se trouvait  au haut de] la tour :

« Connaissez-vous, leur dit-il, la  personne que voilà ?

— Certes, répondirent les guerriers, c’est la princesse fille du roi ( Celui qui tuera) Abd Allah ibn Sa’d, chef des Arabes [je lui donnerai] comme dot, les servantes, les richesses et les parures »

Les musulmans n’étaient qu’un petit nombre, tandis que les guerriers de Djerdjir étant, comme nous, l’avons dit au nombre de cent vingt mille, l’opposition qui se fit jour contre le projet d’Ibn Sa’d l’avait fait se retirer dans sa tente pour réfléchir.

L'arche du césar Antonin à Sbeilta en Tunisie, à l'époque du calife Othmân ibn Affân, Sbeïtla est le point d'entrée de la conquête de l'Afrique du Nord par les Arabes musulmans, sous la conduite des sept Abdullah — `Abdullah ibn az-Zubayr, Abdullah ibn Abbas, Abdullah ibn Omar, Abdullah ibn Masud, Abdullah ibn Amr ibn al-As, Abdullah ibn Djafar ibn Abi Talib et Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh — qui réussissent à battre le patrice Grégoire, dans des batailles qui voient en l’an 647 la première ville qui suit est Tebessa en Algerie.
L’arche du césar Antonin à Sbeilta en Tunisie, à l’époque du calife Othmân ibn Affân (radi Allah anhu) , Sbeïtla est le point d’entrée de la conquête arabo-musulmane de l’Afrique du Nord , sous la conduite des sept « Abdullah » : –`Abdullah ibn az-Zubayr, Abdullah ibn Abbas, Abdullah ibn Omar, Abdullah ibn Masud, Abdullah ibn Amr ibn al-As, Abdullah ibn Djafar ibn Abi Talib et Abd Allâh ibn Saad ibn Sarh — qui réussissent à battre le patrice Grégoire, dans des batailles qui voient en l’an 647 la première ville qui suit est Tebessa en Algerie dans le voisinage proche de Sbeitla.

Abd Allah ibn az-Zubayr ibn al-Awwâm met Djerdjir à mort à Sbeitla .

Je remarquai, raconte  Abd Allah ibn az-Zubayr, un passage non défendu auprès de Djerdjir, alors que ses guerriers étaient rangés en ordre de bataille : monté sur une lourde monture grise, il se tenait en arrière et à quelque distance des siens, tandis qu’à ses côtés deux jeunes filles l’abritaient à l’aide de plumes de paon contre les rayons du soleil.

Je me rendis alors à la tente d’Abd Allah ibn Sa’d et je demandai à être introduit près de lui :

« Laisse-le, me répondit son chambellan, car il est en train de réfléchir à la situation, et si quelque plan s’était présenté à son esprit, il se serait montré ou aurait appelé.

— Mais, répondis-je, j’ai besoin de m’entretenir avec lui.

— J’ai l’ordre de refuser l’entrée jusqu’à ce qu’il m’appelle. »

Alors, continue Abd Allah, je fis le tour de la tente et j’arrivai par derrière ; en apercevant mon visage, il me fit un signe de tête pour  me dire d’entrer.

Il était étendu sur sa couche et me demanda ce qui m’amenait :

« J’ai vu, lui dis-je, un passage non défendu chez l’ennemi ; j’ai cru que c’était là une occasion favorable que Dieu nous ménageait, et (je suis venu) dans la crainte de la laisser échapper. »

Il se leva aussitôt et vint reconnaître avec moi ce que j’avais constaté :

« Soldats, s’écria-t-il, marchez avec Ibn az-Zubayr ! »

Toute une troupe se précipitant vers moi, je choisis dans le nombre trente. cavaliers, à qui je dis: « Je me charge de tout ; frappez seulement ceux qui m’attaqueraient par derrière, et, avec l’aide de Dieu, je saurai me garder de ceux que je verrai en face. »

Je me lançai au galop dans la direction du prince ennemi, tandis que ceux qui composaient ma petite troupe me suivaient et gardaient mes derrières, et je les menai ainsi jusqu’à un endroit découvert où un certain espace s’étendait entre eux et moi.

Le prince se figurait que je n’étais autre chose qu’un messager et le crut jusqu’à ce que, voyant mes armes, il tourna bride pour s’enfuir.

Quand je fus à portée, je lui donnai un coup de lance qui le fit tomber et je me précipitai sur lui; mais les deux jeunes filles voulurent le couvrir de leur corps, si bien que je coupai la main de l’une d’elles.

L'armée grec de l'empire Roman Byzantin au 7eme siècle (osprey)
L’armée Grecque de l’empire Roman Byzantin au 7eme siècle (osprey) 

J’achevai de le tuer, puis je hissai sa tête sur ma lance; ses troupes se précipitèrent, mais les musulmans chargèrent de mon côté, restèrent victorieux, mirent les Roûm en fuite et les massacrèrent à leur gré.

Partout ils dressèrent des embuscades; les cavaliers et les fantassins devancèrent les fuyards devant la place forte de Suffetula et les empêchèrent d’y pénétrer : ils les resserrèrent à l’aide de leur cavalerie tant à droite qu’à gauche, en plaine comme en montagne, puis il fut fait un grand massacre des troupes à pied et à cheval, sans parler des captifs, si nombreux que, dans un seul endroit, j’en vis plus de mille. »

D’après le récit des shuyukh d’Ifriqiya, la fille de Djerdjir vit, après la mort de son père, des Arabes se disputer à ce propos, et comme elle demandait le motif de leur discussion, on lui apprit [que c’était à cause] de son père.

Elle dit avoir vu  celui qui lui avait porté le coup fatal, et répondît, sur la demande que lui adressa Ibn Abû Sarh’, qu’elle pourrait le reconnaître.

On fit donc défiler les guerriers devant elle, et ce fut  Abd Allah ibn az-Zubayr qu’elle désigna.

Quand Ibn Abû Sarh’ demanda à ce dernier pourquoi il avait caché son exploit, ce héros répondit :

« Celui-là le sait qui »

La fille de Djerdjir lui fut attribuée dans sa part du butin. … Leurs biens étaient, en majeure partie, constitués par de l’or et de l’argent

On mettait devant lui des monceaux de ces métaux précieux, et il demanda aux Africains (Afariq) d’où cela leur venait.

L’un d’eux se mit à fouiller le sol et en tira un noyau d’olive :

«Voilà, dit-il, la source de nos richesses, car ni les marins, ni les insulaires n’ayant d’huile venaient en acheter ici  . »

Chaque cavalier reçut pour sa part trois mille dinars en or, et chaque fantassin, mille.

De Suffetula, Ibn Abû Sarh’ fit partir dés détachements et des colonnes expéditionnaires ; la cavalerie parvint jusqu’aux villages fortifiés (k’oçour) de Gafça, et ces expéditions procurèrent du butin et des captifs.

Cette affaire abattit l’orgueil des Roûm d’Ifriqiya et leur inspira une grande terreur, de sorte qu’ils cherchèrent un abri dans les places fortes et les lieux de refuge.

Ils offrirent ensuite à Ibn Sa’d trois cents quintaux d’or pour le décider à les laisser tranquilles et à évacuer leur territoire.

Ce chef accepta et reçut tout cet or.

Une des clauses du traité transactionnel portait que les musulmans garderaient ce qu’ils avaient reçu antérieurement, mais restitueraient ce qu’ils auraient pris postérieurement à cet arrangement .

Ibn Sa’d fit venir Ibn az-Zubayr et lui parla en ces termes :

« Nul plus que toi n’a de titres à porter cette bonne nouvelle ; pars donc et va annoncer au Prince des croyants  Othmân, à Médine, les bienfaits que Dieu a fait descendre sur les musulmans!»

Ibn az-Zubayr quitta donc Sobeytala, et arriva, à ce qu’on prétend, à Médine en vingt-quatre jours, après avoir fait en Ifriqiya un séjour d’un an et deux mois.

Le butin provenant de là conquête parvint ensuite à Médine, il fut mis en vente, et le quint fut adjugé à Marwân ibn al-Hakam [moyennant cinq cent mille dinars], dont Othmàn lui fit la remise à cinquante dinars près, et c’est là l’un des faits reprochés à ce khalife (radi Allah anhu).

C’est à propos de cette affaire et du rappel qu’il fit d’al-Hakam,- dont l’exil avait été prononcé par le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) , qu’Abd er-Rahmân, frère de Kenda, s’exprime ainsi : [Motakârib]. « J’en prends solennellement Dieu à témoin, le Créateur n’a rien laissé à l’aventure ! Toi tu as été créé pour servir de pierre de touche, afin que nous soyons éprouvés par toi ou bien que tu le sois toi-même. Tu as rappelé le maudit  , contrairement à la tradition de celui qui n’est plus, tu as arbitrairement donné à Marwân le quint qui revient aux serviteurs de Dieu et tu as couvert de ta protection ce qui est interdit. »

Marwân ibn al-Hakam dit un jour, pendant qu’il se trouvait dans le salon de Muâwiya ibn Abi Sufyan : « II y a trois choses où je n’ai jamais rien introduit de prohibé : ma maison à Médine, ma propriété à Dhoû Khochob  et les prélèvements légaux de mes femmes. »

Muâwiya tourna ses regards du côté d’Abd Allah ibn az-Zubayr, qui était présent et qui dit : « Tu me dis de choses que je connais bien ; pas si vite, Aboû Abd el-Melik ! Nous sommes allés en Ifriqiya avec Abd Allah ben Aboû Sarh’ Il campa sur une hauteur d’où il découvrait la mer (à douze milles de Sousse). Ce qu’apprenant Nicéphore (Le rum) il mit à la voile et s’enfuit sans combattre.

Ibn az-Zubayr s’avançant vint camper sous la porte de Sousse, auprès de la mer; il fît avec les fidèles la prière de du asr, sous les regards des Roûm émerveillés de son audace. [Ceux-ci firent marcher] contre lui un corps de cavalerie, mais Ibn az-Zubayr, sans se laisser effrayer par cette nouvelle, poursuivit et acheva sa prière ; puis se mettant à la tête de ses compagnons, il chargea l’ennemi, qui fut totalement mis en déroute. Après quoi ce chef alla rejoindre Muâwiya ibn Hodeydj, du côté du Djebel el-K’arn.

Ce dernier officier envoya ensuite c Abd el-Malik ibn Marwân (futur calife Omeyyade de 685 a 705) à la tête de deux mille cavaliers contre Djeloùla, place qui fut assiégée pendant quelques jours et qui, après avoir eu un grand nombre de ses habitants tués, fut emportée de vive force

Le vainqueur enleva tout ce qu’elle renfermait et le traîna à sa suite auprès de Muâwiya ibn Hodeydj, qui en opéra le partage entre les musulmans ; chacun d’entre eux reçut, dit-on, deux cents mithkàl.

Muàwiya ibn Hodeydj envoya contre la Sicile une expédition composée de deux cents bâtiments, qui revint après avoir passé un mois dans cette ile et y avoir fait du butin et des prisonniers des esclaves et des idoles garnies de pierres précieuses.

On procéda au partage du butin et il envoya Muâwiya ibn Aboû Sofyàn.

pice d'or frappé a carthage au dernier gouv byzantin

Muâwiya ibn Hodeydj al-Kindi en Ifriqiya

Ar-Raq’iq s’exprime ainsi dans son livre : Héraclius, roi de Constantinople et de Rome, [recevait de divers princes] un tribut : tels, par exemple, le comte d’Alexandrie et de Barq’a de Tripoli et de Cabra, le prince de Sicile et des Roûm d’Ifriqiya et d’Espagne.

Quand Héraclius apprit [que la paix était conclue entre les habitants d’Ifriqiya et Abd Allah ibn Aboû Sarh] il envoya dans ce pays un patrice du nom d’Awlima [pour réclamer] trois cents quintaux d’or, quantité égale à celle qu’avait prise Ibn Aboû Sarh’.

Ce chef descendit à Carthage et informa les habitants du [but de sa mission] : « Les sommes que nous avions entre les mains, répondirent-ils, nous ont servi de rançon pour échapper aux Arabes; [comment donc l’empereur] voudrait-il encore prélever sur nous la même somme que d’habitude ? »

Celui qui était chargé de leurs affaires se nommait H’abâh’iya [gouverneur chrétien qui avait remplacé Djerdjir].

Ils tombèrent d’accord pour mettre El-At’riyoûn à leur tète, et H’abâh’iya se rendit en Syrie [où il exposa à Muàwiya ibn Aboû Sofyân] l’état de i’Ifriqiya…. en lui demandant de le faire accompagner dans le Maghreb par un corps d’armée, ce qu’il obtint en 45 (23 mars 665).

Muâwiya ibn Hodeydj al-Kindi se mit donc en marche,  Abd al-Malik ibn Marwàn al-Umawi pénétra dans la ville [de Djeloûla d’Ifriqiya] de vive force, et les musulmans s’y emparèrent de tout ce qu’elle renfermait, ainsi qu’il a été dit plus haut

Entre Muâwiya ibn Hodeydj et  Abd el- Malik ibn Marwàn surgirent des discussions parce que ce dernier voulait ses frères et ses compagnons, attendu que la conquête de la ville était de son fait .

H’anach ibn Abd-Allah as-Sanani (le célèbre tabi3i) dit un jour à  Abd al-Malik : « Eh quoi donc! Tu deviendras un jour khalife, je le jure, et alors ce sera toi qui décideras ; renonce donc au butin ! »

Quand Abd al-Malik devenu khalife fit marcher Al- Hajjâj ibn Yûsuf contre Abd Allah ibn  az-Zubayr, H’anach fut fait prisonnier et envoyé à Abd al- Malik ibn Marwàn, qui lui dit : « N’est-ce pas toi qui, lors de la prise de Djeloûla, m’annonças que je deviendrais khalife ?

— C’est moi, en effet.

— Et pourquoi donc as-tu quitté mon parti pour te rallier à Ibn az-Zubayr ?

— Parce que je l’ai vu élevant le drapeau de Dieu, tandis que tu dressais celui des choses de ce monde.

— Je te pardonne », reprit le khalife Abd al-Malik ibn Marwan .

En l’an 46 (12 mars 666), dit al-Baladhuri, eut lieu la première expédition (Omeyyade) contre la Sicile, où Muâwiya ibn Hodeydj envoya Abd Allah ibn Q’ays.

Cet officier y prit des idoles d’or et d’argent diadémées de pierres pré- cieuses, qui furent adressées à Muàwiya ibn Abû Sofyân et celui-ci les envoya dans l’Inde pour en obtenir le (plus haut) prix.

Cet acte souleva contre lui la réprobation énergique du peuple.

Celui qui gouvernait alors l’Ifriqiya au nom de Muàwiya ibn Abû Sofyàn était, au témoignage de al-Tabari, Muâwiya ibn Hodeydj al-Kindi, déjà cité (*).

En 47 (2 mars 667), Mo’àwiya ibn Aboû Sofyân enleva à c Abd Allah ibn Amr ibn al-As le gouvernement de l’Egypte et le remplaça par Muâwiya ibn Hodeydj al-Kindi, qui quitta l’ifriqiya pour se rendre dans le pays où il venait d’être nommé.

Ibn Hodeydj, qui avait autérieurement fait mettre à mort Mohammed ibn Abù Bakr as-Sidiq, rencontra Abd er-Rah’màn ibn Abû Bakr, qui lui dit : « Tu as, ô Muâwiya, reçu de Mu’âwiya ibn Aboû Sofyân ta récompense : tu as tué Mohammed ibn Aboû Bakr pour devenir gouverneur d’Egypte, et la chose est faite.

— Si, dit-il, j’ai tué Mohammed ibn Abu Bakr as-Sidiq, ce n’est pas en vue d’obtenir un gouvernement, mais seulement pour venger la mort d’Othmân ibn Affan (radi Allah anhu). »

 En 48 (19 fév. 668), Muâwiya ibn Hodeydj continua de gouverner l’Egypte et l’Ifriqiya au nom de Muàwiya ibn Abû Sofyân.

Les conquetes arabes sous les Rashidun et Omeyyade
Les conquêtes arabes sous les Rashidun et Omeyyade

Expédition d’Okba ibn Nafi al-Fihri

En 49 (8 fév. 669), Okba ibn Nâfi al-Fihri entreprit, de concert avec les Egyptiens, une expédition maritime contre les Roûm .

En la même année  669 Ibn Nâfi ibn Abd Qays ibn. . .

Cette même année, en l’an 49 de l’Hégire (669), décéda le noble Compagnon et le général al-Mughirah Ibn Shu’ba Ibn Abi ‘Amir Ibn Mas’oud ath-Thaqafi, radi Allah anhu. Il est mort poignardé et fut enterré à Kufa. D’autres ont rapporté que sa mort fut en l’an 50 (669) et d’autres en l’an 51 de l’Hégire (670). Il est dit que Mughirah Ibn Shu’bah devint musulman l’année de la bataille de la Tranchée. Il était présent à Hudaybiyah et au pacte de Ridwan. Il combattit lors des batailles des Murtadin, à Yamamah. Il participa à la conquête de la Syrie, à al-Yarmouk et à la conquête de la Perse et de l’Iraq sassanide à al-Qadissiya. Il resta à l’écart de la Fitna et lors de l’appel au Jugementpar le Livre d’Allah sous ‘Ali Ibn Abi Talib (radi Allah anhu), il rejoignit les rangs de Muawiya, radi Allah anhu.

Toujours cette année Busr Ibn Abi Artat et Soufyan Ibn Awf al-Azdi attaquèrent ensemble les territoires byzantins tandis que Fadalah Ibn ‘Ubayd al-Ansari les attaqua par la mer.

Ibn Aboû’l. . . . dit qu’ Okba naquit un an avant la mort du Prophète  (Paix et bénédiction d’Allah sur lui) il est donc un Sahabi .

D’après Ibrahim ibn al-Qâsim, Okba à la tête de dix mille musulmans arriva dans l’Ifriqiya, qu’il conquit et où il s’avança, poursuivant le sabre à la main tous les chrétiens qui s’y trouvaient.

Ce chef tint alors aux musulmans le discours que voici : « Dans cette région, les habitants se convertissent à l’Islam quand arrive un prédicateur de la foi, mais quand il se retire, les nouveaux convertis retournent à leurs erreurs. Je suis donc d’avis que vous preniez pour y fixer à toujours la foi musulmane. »

La mosquée et le chateau de Waddan dans le Fezzan en Libye  fut construite ver l'an 666 JC , sous le gouvernement  omeyyade  de 'l'Ifriqiya du compagnon Mu'awiya ibn Hudaij al-Kindii  radi allah anhu sous le califat de Muawiya Ier, avec les conquête d'Okba  ibn Nafi alors général et pas encore émir d'Ifriqiya
 La mosquée et le chateau  (qasr) de Waddan dans le Fezzan en Libye fut construit ver l’an 666 JC , sous le gouvernement omeyyade de ‘l’Ifriqiya de Muawiya ibn Hudaij al-Kindii radi allah anhu sous le califat de Muawiya Ier radi Allah anhu, avec les conquêtes d’Okba ibn Nafi radi Allah anhu alors général et pas encore émir d’Ifriqiya

Cet avis fut unanimement accepté, et l’on décida que les gens stationnés dans les ribât (couvents fortifiés) pour la guerre sainte et la défense des frontières .

« Je crains également, (continua  Okba ibn Nafi al-Fihri), que le prince de Constantinople ne vienne la conquérir; établissez donc aussi entre cette (ville) et la mer dont ne puisse se rendre maître celui qui tiendrait la mer sans, qu’il y ait de là à la mer une distance qui nécessite l’abréviation de la prière; on y tiendra garnison Rapprochez-la, dit-il, de la sebkha (lac salé), car vous avez pour bêtes de somme des chameaux qui vous servent à transporter vos bagages des incursions et de la guerre jusqu’à ce que Dieu nous en fasse faire la conquête de proche en proche. Alors nos chameaux dont les pâturages seront à l’abri des attaques des Berbères et des chrétiens. »

al-Ishbili dit, dans son livre des « Mesâlik » entrèrent dans le Maghreb, ils trouvèrent que les Francs les y avaient devancés : ils les poursuivirent, puis la paix fut conclue à condition et que les Francs résideraient dans les plaines.

Ce fut dans cette partie du pays qu’ils édifièrent des villes.

13) La mosquée des Ansâr à Kairouan en 668-674 en Tunisie (47 - 53 de l'hégire) faite par le compagnon le compagnon et ansar Ruwaifi ibn Thabit al khazraji al-Ansari radi Allah anhu mort a Bayda en Libye, il est issue des Bani Malik ibn Al-Najjar, a participé a toute les batailles jusqu'au "Fattouh Sham." (La prise de la syrie) , et partie sous le règne de Muawiya rad Allah anhu ver Tripoli dans l'année 46 de l'hégire il à notamment contribué à l'introduction de l'islam en Ifriqiya ver l'an 47 de l'hégire du coté de Djerba et arrivé sur le futur sitede Kairouan où il posa les fondations d'une mosquée connue après la fondation de Kairouan comme la mosquée «Ansar» ou «Mosquée de Sidi Rwaifi», puis il est passez ver la ville de de Bayda en Cyrénaïque orientale en Libye et est resté pour devenir l'émir de Cyrénaïque et il est est mort en 56 de le l'hégire et a été enterré dans Bayda.
La mosquée Ansâr à Kairouan  serrai construite  en 668-674 en Tunisie (47 – 53 H) par le compagnon et ansar Ruwaifi ibn Thabit al Khazraji al-Ansari radi Allah anhu, issue des Bani Malik ibn Al-Najjar, il a participé a toute les batailles jusqu’au « Futtouh Sham. » , et partie sous le règne de Muawiya radi Allah anhu ver Tripoli dans l’année 46 de l’hégire il à notamment contribué à l’introduction de l’islam en Ifriqiya ver l’an 47 de l’hégire du coté de Djerba et arrivé sur le futur site de Kairouan où il posa les fondations d’une mosquée connue après la fondation de Kairouan comme la mosquée «Ansar» ou «Mosquée de Sidi Rwaifi», puis il est passez ver la ville de de Bayda en Cyrénaïque orientale en Libye et est resté pour devenir l’émir de Cyrénaïque (al-Barqa) et il est est mort en 56 de le l’hégire et a été enterré à Bayda.

Construction de Kairouan (al-Qayrawan)

Reprenons le fil de notre récit. En 50 (28 janv. 670), Okba ibn Nafi al-Fihri (radi Allah anhu) commença à construire la ville de al-Qayrawan (Kairouan).

Les Arabes répondirent à l’appel qu’il leur adressa à ce propos, mais ensuite ils lui dirent : « Tu nous fais bâtir dans une région peu enviable, constituée par des fourrés et des marais couverts de roseaux où il y a à redouter les bêtes féroces, les serpents et autres animaux nuisibles. »

Or, comme son armée comptait dix-huit Compagnons du Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui)  et que le reste était formé de successeurs (at-tabii’un), il adressa une invocation que tous ceux qui le suivaient firent suivre d’un amen; puis s’avançant vers la sebkha il s’écria : « Serpents et bêtes féroces nous sommes les Compagnons du Prophète; éloignez-vous, car nous allons nous fixer en ces lieux, et dorénavant nous tuerons tous ceux d’entre vous que nous rencontrerons ici ! »

On assista alors à ce spectacle merveilleux du défilé des lions, des loups et des serpents qui s’éloignaient en emportant leurs petits, et conformément à son ordre on respecta ces animaux pendant qu’ils procédaient à leur exode.

Quand il fut terminé, Okba descendit dans le creux et le fit déboiser, et pendant les quarante années qui suivirent, on n’y vit plus ni scorpions ni fauves . Il dressa alors le plan de la maison de gouvernement (al-Dar al-Imara) et de la grande mosquée (al-Jami al-Kabir), mais sans faire élever les murs de celle-ci, bien qu’il y fit la prière.

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La grande mosquée du conquérant de l’Afrique du Nord (Shamal al-ifriqiya) Okba ibn Nafi al-Fihri à Kairouan vue de nuit, Tunisie. 

Mais il s’éleva dans la masse des discussions au sujet de la direction de la Mecque (al-Qibla): « Les indigènes, lui dit-on, régleront leur qibla d’après celle de cette mosquée ; il faut que tu fasses tous tes efforts pour la fixer exactement. »

Pendant quelque temps on observa les levers et les couchers des étoiles, tant l’hiver que l’été, ainsi que les levers du soleil. Comme les observations n’étaient pas conformes, il se coucha un jour tout soucieux et pria Dieu de lui venir en aide.

Alors Okba vit en songe quelqu’un qui lui disait : « A ton réveil, prends l’étendard que tu as à la main, mets-le toi au cou et alors tu entendras prononcer un cri de « Dieu est grand » que nul autre musulman que toi ne percevra ; regarde où s’arrêtera ce son, c’est là la kibla. Dieu, par considération pour toi, accorde sa faveur à ce camp, à cette ville et à cette mosquée, il s’en servira pour humilier les infidèles. »

 Okba, en proie au plu» grand trouble, se réveilla et, après avoir procédé aux ablutions légales, se mit à dire la prière dans la mosquée et en compagnie de notables. Après que l’aurore eut paru et qu’il eut fait une prière de deux rek’a, il entendit qu’on disait devant lui :

« Dieu est grand. Allahu Akbar»

Il interrogea ceux qui l’entouraient, lesquels lui dirent n’avoir rien entendu, ce qui lui fit conclure que ce signe émanait bien de Dieu. Il prit donc l’étendard, se le mit sur le cou et suivit la voix, qui le mena ainsi jusqu’à l’emplacement du mihrâb de la grande mosquée, où elle cessa de se faire entendre.  

Ce fut là qu’il ficha son étendard, en ajoutant que là était le mihrâb qui devait servir aux fidèles, et ce point servit de repère pour toutes les mosquées de la ville. 

Il se mit alors à élever les murs, les temples et les habitations ; on y amena de toutes parts des charges de marchandises, et l’importance de ce lieu s’accrut beaucoup.

Les maisons s’étendaient sur une longueur de treize mille six cents coudées, si bien que Okba (radi Allah anhu), dont les prières étaient écoutées du ciel, était d’ailleurs un excellent administrateur et général. 

Le cimetière des Awlad Farhan, sous les remparts de la médina, Kairoua
Le cimetière des Awlad Farhan, sous les remparts de la médina, Kairouan, Tunisie

Maslama ibn Mokhalled al-Ansari 667-682

En 55 (5 déc. 674), Muawiya  ibn Abû Sofyàn (radi Allah anhu) préposa à l’Egypte et à l’Ifriqiya Maslama ibn Mokhalled al-Ansari 667-682 (l’Ansar), enlevant ainsi l’administration du premier de ces pays à Muawiya ibn Hodeydj (665-666) , et celle du second, à  Okba ibn Nâfi al-Fihri .

Maslama l’Ansar avait déjà gouverné l’Egypte.

Après sa nomination en Ifriqiya il révoqua Okba et le remplaça par Abû’ al-Muhàjer Dinar.

Muâwiya réunit sur la tête de ce chef tout le pays depuis Tripoli jusqu’à Tanger, ce qui ne s’était pas fait avant lui et ce qui dura jusqu’à la mort de Muâwiya ibn Aboû Sofyân.

 La Mosquée de Sidi Ghanem à Mila en Algérie (675-676 JC)  par le compagnon  et général omeyyade Abu Muhajer Dinar al-Makhzoumi (radi ALLAH anhu), sous le califat de Muawiya (radi ALLAH anhu) (667-680).
La Mosquée de Sidi Ghanem à Mila en Algérie (675-676 JC) fut construite par le compagnon et général omeyyade Abu Muhajer Dinar (radi ALLAH anhu), sous le califat de Muawiya (radi ALLAH anhu) (667-680).

Abû al-Muhâjer Dinar devient gouverneur de l’Ifriqiya ; dépossession d’Okba ibn Nâfi’.

Après que Muâwiya ibn Aboû Sofyân eut confié l’administration du Maghreb à Maslama ibn Mokhalled al-Ansari, celui ci nomma sous-gouverneur en Ifriqiya son client Abû’ al-Muhâjer Dinar (dit selon certain des Banu Makhzum), en remplacement d’Okba ibn Nafit, qui fut ainsi révoqué.

On dit à Maslama ibn Mokhalled : « Pourquoi n’as- tu pas laissé  Okba en Ifriqiya, car il avait des droits antérieurs en outre de son mérite, et c’est lui qui a édifié al-Qayrawan et sa mosquée….dans un autre gouvernement…. nous voudrions…. en Ifriqiya…. »

II opéra grossièrement cette destitution.

Okba ibn Nafi al-Fihri sortit de la ville…. jusqu’à ce qu’il l’eût dépassée de deux milles…. du côté de Tunis…. J’ai entendu dire que toute une troupe de Quraychites y doit trouver la mort du martyre :

« grand Dieu, s’écria Okba, moi aussi j’en serait ».

Il lui arriva  ensuite ce qui a été raconté ci-dessus.

Vue satellite sur Sidi Okba en Algerie, le cimetière shurafa ou son enterrées 300 compagnons (pisse Allah leurs faire miséricorde)   dont Abu Muhajir Dinar al-Makhzoumi radi Allah anhu lors de la bataille de Tehuda, ils furent inhumé  sur place  le tombeau est situé pré de la mosquée de la    Ibn Khaldoun dit dans son livre "Histoire des berberes": "de tous les cimetières du monde vers lequels les hommes devots portent leur pas, celui de Sidi Okba est le plus illustre par le nombre et la qualité des martyrs qu'il renferme".
Vue satellite sur le site de la bataille de Tehuda de nos jours Sidi Okba en Algerie, le cimetière shurafa ou son enterrées les  300 soldats d’Okba (puisse Allah leurs faire miséricorde) dont Abu Muhajir Dinar radi Allah anhu lors de la bataille de Tehuda, ils furent inhumé sur place le tombeau est situé ver  la mosquée Ibn Khaldoun dit dans son livre « Histoire des dynasties.. »: « de tous les cimetières du monde vers lequels les hommes devots portent leur pas, celui de Sidi Okba est le plus illustre par le nombre et la qualité des martyrs qu’il renferme ».

Tehoûdah  est une ville des plus anciennes, bâtie en pierre, renfermant de nombreux marchés (soûk’) et n’ayant qu’un seul faubourg ; on y trouve une vaste mosquée principale, d’autres mosquées et de grands fondoûks. La population qui l’habite est berbère (en ce temps, et à entendre n’est pas habité par des rum).

En moharrem 64 de l’hégire (.29 août 683), Koseyla le Bernesi pénétra à K’ayrawân et l’enleva aux musulmans dans les circonstances que voici.

A la tête d’une foule de Berbères qui s’étaient joints à lui, il marcha contre al-Qayrawan, où les musulmans passèrent par de rudes épreuves et où Zoheyr ibn K’ays al-Balawi, prenant la parole en qualité de prédicateur, s’exprima en ces termes : « Musulmans ici réunis, vos compagnons sont au paradis et ont reçu de Dieu les palmes du martyre ; faites comme eux, Dieu ne peut non plus faire moins pour vous ! »

Mais H’anach ibn as-Sanani s’écria : « Non, par Dieu ! nous ne t’écouterons pas, car tu n’es pas notre chef ; il n’y a rien de mieux à faire que de se sauver et de remmener en Orient, d’où ils viennent, cette poignée de musulmans. »

Puis il ajouta : « Fidèles ici rassemblés ! que tous ceux d’entre vous qui désirent retourner en Orient me suivent. »

La population le suivit en effet, et Zoheyr, resté seul avec les siens, dut en faire autant.

Il s’arrêta dans son château de Bark’a, où il resta à combattre les infidèles jusqu’au règne d’Abd al-Malik ibn Marwân.

Cependant Koseyla et ses troupes, continuant d’avancer, arrivèrent près de K’ayrawân, et alors les Arabes qui y habitaient, hors d’état de tenir tête à ces forces considérables, composées de Berbères et de Roûm, commencèrent à fuir.

Koseyla accorda quartier aux musulmans restés dans la ville, où il se fixa comme chef de toute l’Ifrîqiya et du Maghreb entier ainsi que des musulmans habitant ce pays, jusqu’à l’époque où  Abd al-Malik ibn Marwàn monta sur le trône des khalifes Omeyyade en 65 (17 août 684).

Le califat Omeyyade en 700 sous Abd al-Malik ibn Marwan (685-705)
Le califat Omeyyade en 700 sous Abd al-Malik ibn Marwan (685-705), les confédérations berbères ne furent pas encors anéantis

Quand le pouvoir de ce prince fut affermi et que tous les grands se furent ralliés à lui, on lui demanda de soustraire l’Ifrîqiya et ses habitants musulmans au joug de ce maudit Koseyla:

« Pour venger, répondît-il, le sang d’Okba sur les Roûm et les Berbères, on ne peut prendre que quelqu’un dont les sentiments religieux et l’intelligence vaillent ceux de ce chef. »

On tomba d’accord pour choisir Zoheyr ibn  Kays al-Balawi, car on reconnut que, ancien compagnon d’Okba, il était le mieux au courant de ses faits et gestes et de sa politique, et le plus qualifié pour venger sa mort.

En conséquence, Abd al-Malik envoya à Zuhayr, qui était à Barka, l’ordre de se rendre avec sa cavalerie en Ifrîqiya a pour délivrer les musulmans de K’ayrawân ; puis sur l’observation faite par Zoheyr que l’armée de Koseyla, formée de Berbères et de Roûm, était des plus nombreuses, il lui envoya des secours en cavaliers, en fantassins et en argent, en outre des chefs arabes qu’il convoqua pour appuyer son lieutenant.

Dinar du calife Omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan (avant la réforme) ont pet voire le calife sur la pièce.
Dinar du calife Omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan 685-705 (avant la réforme à  gauche et après la réforme à droite)

Zoheyr se trouva ainsi à la tête de forces .considérables, la population se réunit avec empressement sous ses drapeaux et il pénétra en 69 (5 juillet 688) en Ifrik’iyya.

Koseyla ibn Lemzem, en apprenant l’attaque dont il allait être l’objet, ne fit aucune soumission ni ne manifesta aucune crainte, car ses troupes de Berbères et de Roûm étaient deux fois plus nombreuses que celles de Zoheyr.

Cependant il réunit les nobles berbères et leur dit:

« Je suis d’avis de m’éloigner de cette ville, où il y a des musulmans vis-à- vis de qui nous sommes engagés par des traités et qui, il y a lieu de le craindre, se tourneront contre nous quand nous combattrons leurs frères. Nous irons donc nous établir vers l’endroit par où arrive l’ennemi [à Mems], et comme nous disposons d’une armée considérable, ou bien nous le battrons et alors le refoulant sur Tripoli nous l’anéantirons complètement, de manière à rester pour toujours maîtres du Maghreb, ou bien nous aurons le dessous, et alors la montagne étant proche nous pourrons nous mettre à l’abri dans des lieux abrupts. »

 La Mosquée Omeyyade de Sidi Okba à Biskra en Algérie (686 JC) construite sous le gouvernement du général omeyyade et compagnon Zuhair ibn Qais al-Balawi (radi ALLAH Anhu), sous le califat d’Abd al-Malik (685-705), le cimetière non loin contiens les corps de 300 compagnons (puisse Allah leurs faire miséricorde) tombé en Martyr avec le sahabi Okba ibn Nafi al-Fihri (radi Allah anhu) face au armées byzantines et berbères de Kusaylah à Tehuda (Biskra-Sidi Okba)
La Mosquée Omeyyade de Sidi Okba à Biskra en Algérie (686 JC) construite sous le gouvernement du général omeyyade  Zuhair ibn Qais al-Balawi (radi ALLAH Anhu), sous le califat d’Abd al-Malik (685-705),

Bataille entre Zuhayr ibn Q’ays al-Balawi  et Koseyla ibn Lemzem al-Barbari. 

Après que Koseyla eut quitté al-Qayrawan , Zoheyr ibn Kays vint camper sous les murs de cette ville pendant trois jours, mais sans y pénétrer; il repartit de là le quatrième jour, à la fin duquel il rencontra l’armée de Koseyla.

Il fit alors camper ses troupes, et le lendemain après la prière  il s’avança contre l’ennemi, qui s’était de son côté mis en mouvement.

La lutte s’engagea avec un très vif acharnement des deux parts, si bien qu’il semblait que personne n’en dût réchapper, mais enfin Koseyla fut battu et tué. Les musulmans se lancèrent à la poursuite des Berbères et des Roûm et en firent un grand massacre ; ils y mirent une telle ardeur qu’ils poussèrent jusqu’au Wàdi Moloûya dans le Maghreb.

 Les plus vaillants guerriers des Roûm et des polythéistes périrent dans cette affaire, où furent tués leurs princes, leurs nobles et leurs champions.

Zoheyr regagna alors K’ayrawân et s’y installa, tandis que les indigènes pénétrés de crainte se réfugièrent dans leurs châteaux et leurs forts.

Mais ensuite ce chef, se rendant compte de l’importance de l’Ifrîqiya, ne voulut pas continuer d’y séjourner : « Je ne suis, dit-il, venu ici que pour faire la guerre sainte, et je crains que ce pays ne m’entraîne dans les plaisirs mondains et que je n’y succombe. »

Il comptait en effet au premier rang des gens distingués par leur piété et leur esprit de mortification, de sorte qu’il s’éloigna, laissant d’ailleurs K’ayrawân dans une parfaite sécurité.

Mais beaucoup de ses compagnons restèrent dans cette ville.

La tombe de Zuhayr Ibn Qais Al-Balawi  a derna en libye dans la mosquée sahaba
La tombe de Zuhayr Ibn Qais Al-Balawi à  Derna (Barqa) en Libye dans la mosquée sahaba

Zuhayr se retire à Barka et y est tué par les Romains.

Zoheyr suivi de nombreux compagnons se dirigea donc vers l’Orient.

En apprenant qu’il se mettait en route de l’Ifrîk’iyya vers Barka, les Roûm saisirent cette occasion de réaliser leurs désirs et expédièrent contre cette place une flotte nombreuse et bien montée, qui y fit une razzia importante par le nombre de gens tués et la quantité de butin et de prisonniers.

L’armée de Zoheyr arriva au moment où ces événements venaient de se produire, et ce général, mis au courant, fit aussitôt avancer ses troupes sur le littoral dans l’espoir d’arriver jusqu’aux captifs musulmans et de les rendre à la liberté.

 Mais les Roûm étaient excessivement nombreux, et quand il se trouva sur eux il n’y eut plus moyen de reculer, d’autant que les musulmans qu’on était en train d’embarquer criaient et invoquaient son aide.

Il fit aussitôt mettre pied à terre à ses compagnons, tous hommes remarquables par leur piété, chefs arabes habitués à la guerre sainte et dont le plus grand nombre étaient des successeurs (tâbiïoûn) ; la nombreuse armée des Roûm les assaillit et la mêlée s’engagea.

 Mais la supériorité numérique de l’ennemi était trop grande : Zoheyr fut tué, de même que les chefs arabes qui l’accompagnaient.

Les musulmans regagnèrent Damas et portèrent à  Abd el-Melik ibn Merwàn la nouvelle du martyre de leur général et des principaux de leurs guerriers.

Le khalife fut fort affecté, à cause du mérite et de la piété de Zoheyr, de cette catastrophe, pendant de celle qui avait coûté la vie à Okba.

Les chefs arabes vinrent alors en corps demander à Abd el-Melik de s’occuper du choix d’un chef capable de défendre l’friqiya et d’y rétablir l’ordre, à quoi le prince répondit qu’il ne voyait personne de plus qualifié que Hassân ibn an- Numân.

En 74 (12 mai 693), mourut Abd Allah ibn  Omar ibn al-Khatâb, empoisonné, dit-on, par Al-Hajjàj ib Yaûsuf à la suite d’événements trop longs à raconter.

 En 76 (20 avril 695), On commença à frapper des monnaies (proprement) musulmanes : ce fut le Prince des royants Abd el-Melik qui fit frapper des dinars et des dirhems au type musulman.

En 77 (9 avril 696), eut lieu la révolte d’Al-Mot’arrif obn El-Moghîra ibn Chu’ba contre Abd el-Melik, qui employa la ruse contre lui pour arriver à le tuer .

En la même année de nombreux chefs hérétiques furent décapités .

Cavaliers et Gouverneur Omeyyades (oprey)  1 2 3
Cavaliers et Gouverneur Omeyyades (oprey)
1) Gouverneur Omeyyade de Balkh
2) Cavalier élite Omeyyade
3) Cavalier leger Omeyyade , Egypte 

Gouvernement de Hassan ibn an-No’màn en Ifriqiya.

En 78 (29 mars 697), Hassan ben en-No c mân, choisi à cet effet par  Abd el-Melik ben Merwân, entra en Ifrîk’iyya à la tête de 40,000 hommes qui lui furent confiés (*).

Le khalife l’avait d’abord envoyé avec cette armée en Egypte pour parer aux événements, puis il lui adressa l’ordre de se rendre en Ifrîk’iyya, en ajoutant :

« Je te donne pleins pouvoirs de disposer des richesses de l’Egypte; donnes- en à ceux qui sont près de toi, donnes en à ceux qui te viennent trouver, donnes-en au peuple et rends-toi en Ifriqiya avec la bénédiction et la protection divines ! »

Hassan ibn  en-Nomân ibn  Adi ibn Bekr ibn Moghith ibn c Amr Mozaykiyâ ibn c Amir ibn el-Azd pénétra en Ifrlk’iyya avec l’armée la plus considérable que les musulmans y eussent jamais envoyée.

A son arrivée à K’ayrawân, il demanda aux habitants du pays quel était le prince le plus puissant de la région, à quoi on lui répondit que c’était le prince de Carthage, capitale de l’ifriqiya.

La cité de Carthage , tombera et ensuite Hippone (Annaba, Bounah) et toute l’Afrique du nord rentrera dans le califat Omeyyade et dans l'Islam.
L’antique port phénicien de la cité de Carthage au nord de la Tunisie, qui  tombera  au mains des arabes  sous Hassan ibn Numan 

Hassan alla donc mettre le siège devant cette ville, qui renfermait une population grecque (Roûm) innombrable.

Les habitants dirigés par leur prince firent une sortie, mais Hassan les mit en fuite et en massacra la plus grande partie ; après quoi il continua le siège et finit par prendre cette capitale.

Carthage, actuellement dénommée El-Mo c allak’a par les Tunisiens, était une ville considérable dont les remparts étaient baignés par la mer.

Elle était* séparée de Tunis par une étendue de douze milles où se trouvaient des bourgades florissantes.

La mer n’arrivait pas alors jusqu’à Tunis, qui n’y a été reliée que plus tard .

Byzantin, AD 610-13, de Carthage omeyyade

Carthage renfermait des monuments considérables, de grandes constructions et des colonnes élevées qui prouvent la haute puissance des peuples disparus ; de nos jours encore les Tunisiens rencontrent toujours dans ces ruines des choses merveilleuses et des citernes que la suite des temps n’a pas ravies aux regards.

Quand Hassan y arriva et qu’il en eut massacré les cavaliers et les fantassins qui la défendaient, les habitants survivants songèrent unanimement à fuir dans les nombreux vaisseaux dont ils disposaient : les uns gagnèrent la Sicile, les autres l’Espagne.

Hassan s’étant en-suite éloigné, les habitants des campagnes voisines et de la région, qui avaient appris la fuite du gouverneur [romain], s’empressèrent de venir occuper la place laissée vide.

Mais alors Hassan revint camper sous les murs et entama un siège très rigoureux, à la suite duquel il entra de vive force dans la place, où il fit un épouvantable massacre, réduisit les survivants en captivité et se livra au pillage; après quoi les habitants de la région se rendant à l’appel de ses messagers, s’empressèrent d’accourir, tant la violence de ses attaques et sa bravoure les avaient terrifiés, et quand il n’en manqua pas un, il leur fit détruire et démanteler Carlhage, dont toute trace fut effacée.

Puis, apprenant que les chrétiens soutenus par les Berbères avaient réuni une armée considérable dans le district de Çatfoûra, il alla leur livrer bataille, les vainquit et lança sur les fuyards sa cavalerie, qui en fit un grand carnage, car elle ne laissa inexplorée aucune partie du pays.

Les Roûm effrayés s’enfuirent à Bàdja, où ils se préparèrent à la résistance, tandis que les Berbères gagnèrent la province de Bône (Buna, Annaba).

Quant à Hassan, il rentra à al-Qayrawan (Kairouan).

L'infanterie Omeyyade dans un ribat par Opsrey (Angus McBride) 1 2 3
L’infanterie Omeyyade dans un ribat par Opsrey (Angus McBride)
1) Garde Omeyyade 
2) Fantassin Omeyyade 
3) Femme Musulmane  avec lance

La Kâhina est mise en défaite par Hassan ibn Numan al-Ghassani.

Après avoir pris quelques jours de repos à Kayrawân, ce chef demanda aux habitants quel était le prince d’Ifrîqiya le plus puissant, pour aller ou anéantir son autorité ou le forcer à se convertir :

« C’est, lui dit-on, une femme appelée Al-Kâhina, qui habite dans l’Aurès; tous les Roûm d’Ifriqiya la redoutent et tous les Berbères lui obéissent; elle tuée, tout le Maghreb se soumettra à toi et tu ne trouveras plus ni rivalité ni résistance. »

Il se mit donc en marche avec ses troupes, et la Kâhina, qui l’apprit, descendit de la montagne avec des forces dont le nombre dépassait tout ce qu’on peut dire.

Arrivée la première à Bàghàya, elle la fit évacuer par les Grecs, puis la détruisit dans la croyance que son ennemi chercherait une place où se fortifier.

A la suite de cette nouvelle, Hassan alla camper auprès de la rivière de la Meskiyâna ; la Kâhina en fit autant, mais était en aval.

Les cavaliers des deux armées prirent contact dès qu’ils se trouvèrent les uns en face des autres.

Mais comme Hassan ne voulut pas engager le combat à la fin du jour, les deux armées passèrent la nuit en selle.

Le lendemain matin s’engagea la lutte la plus acharnée qu’on eût jamais vue et qui fut des deux côtés soutenue avec la plus vive opiniâtreté ; mais à la fin Hassan ibn an-Nomân al-Ghassani et ses vaillants compagnons durent fuir ; la Kâhina fit un grand massacre des Arabes et fit quatre-vingts chefs prisonniers.

La rivière auprès de laquelle eut lieu la bataille fut dénommée : rivière des instruments de torture (wâdïl- adhâra).

Hassan, poursuivi l’épée dans les reins jusqu’à ce qu’il fût sorti de la province de Gabès, informa le khalife Omeyyade Abd al-Malik de cet événement en ajoutant :

« Ces peuples du Maghreb n’ont pas de commencement et nul ne sait où ils finissent : sitôt que l’un est détruit, plusieurs autres le remplacent; les moutons qui paissent ne sont pas plus nombreux qu’eux. »

L’ordre du khalife qui lui enjoignait de s’arrêter à l’endroit où il recevrait la réponse lui parvint dans la province de Barqa.

Ce fut donc là qu’il s’arrêta, et il y construisit des châteaux encore appelés aujourd’hui Qoçoûr Hassan.

Pendant les cinq ans qui suivirent cette bataille, la Kàhina resta maitresse du Maghreb tout entier ; puis voyant la longue immobilité des Arabes, elle dit aux Berbères :

« Les Arabes ne recherchent en Ifriqiya que les villes, l’or et l’argent, alors que nous ne lui demandons que de nous fournir des champs de culture et des pâturages. Nous ne voyons donc pour vous rien de mieux à faire que de ravager toute l’Ifriqiya, de façon que les Arabes, désespérant d’y plus rien trouver, ne songent jamais plus à revenir. »

La deuxième phase de conquêtes d'Okba ibn Nafi radi Allah anhu qui traversa tout le Maghreb, il fut le seul gouverneur Omeyyade connus des berbères du Maghreb al-Aqsa jusqu'a à l'avenement de Mussa ibn Nusayr al-Lakhmi
La deuxième phase 681-682 de conquête d’Okba ibn Nafi radi Allah anhu qui traversa tout le Maghreb, il fut le seul gouverneur Omeyyade connus des berbères du Maghreb al-Aqsa jusqu’à  l’avènement de Mussa ibn Nusayr al-Lakhmi

Elle envoya donc dans toutes les directions des colonnes chargées de couper les arbres et de démanteler les forteresses.

L’Ifriqiya (prend le sens de Maghreb et va parfois jusqu’a Tanger), dit-on, ne présentait autrefois, depuis Tripoli jusqu’à Tanger, qu’une suite continue d’ombrages, de bourgades se touchant, de villes peu distantes les unes des autres, si bien que nul pays au monde n’était aussi favorisé, aussi continuellement béni, n’avait autant de villes et de forteresses, et cela sur une longueur et une largeur de deux mille milles.

Cette maudite Kâhina ruina tout cela, et alors de nombreux chrétiens et indigènes, implorant vengeance contre elle, durent s’enfuir et se réfugièrent tant en Espagne que dans les autres îles.

Des quatre-vingts compagnons de Hassan que la Kâhina avait faits prisonniers, elle eut la générosité de rendre la liberté à presque tous, ne gardant auprès d’elle que Khâlid ibn Yezîd, à qui elle dit un jour :

« Tu es l’homme le plus beau, le plus brave que j’aie jamais vu ; aussi je veux te donner de mon lait pour qu’ainsi tu deviennes le frère de mes deux fils; » — en effet, elle en avait deux, l’un berbère, l’autre grec ; «  chez nous tous Berbères, la parenté de lait confère un droit réciproque d’hérédité. »

En conséquence, elle prit de la farine d’orge qu’elle aggloméra avec de l’huile et qu’elle plaça sur ses seins; puis appelant ses deux enfants elle la leur fit manger avec Khalid sur sa poitrine et leur dit  » Vous voilà devenus frères.»

Bir al-Ater en Algérie (Ifriqiya), lieu présumé de l’exécution d'al-Kahina
Bir al-Ater en Algérie (Ifriqiya), lieu présumé de l’exécution d’al-Kahina

Mort violente de la Kâhina.

Hassan, ayant reçu du khalife tous les secours désirables en cavaliers et en fantassins arabes, fit porter par un homme sûr une lettre à Khalid ben Yezid.

Celui-ci après l’avoir lue, écrivit au dos : «Les Berbères sont divisés, l’ordre ne règne pas parmi eux et la prévoyance leur fait défaut; arrive donc à marches forcées.»

Puis il mit ce message dans un pain qu’il donna comme provision au messager de Hassan ibn Numan.

Mais cet homme venait à peine de s’éloigner que la Kâhina sortit les cheveux épars et se frappant la poitrine tout en s’écriant: « Malheureux Berbères, votre puissance s’en va dans un objet qui sert d’aliment ! »

On organisa aussitôt des recherches de tous les côtés, mais la protection divine couvrit le messager, qui put porter la lettre à Hassan.

Celui-ci rompit le pain et prit connaissance de ce qu’avait écrit Khalid; mais comme la cuisson avait détérioré le message, il voulut renvoyer à Khalid cet homme, qui s’y refusa, disant que celte femme, grâce à son don de divination, n’ignorait rien de cette affaire.

Hassan se mit donc en campagne, et de son côté, la Kâhina sortit des montagnes de l’Aurès avec des forces considérables.

Quand la nuit vint, elle dit à ses deux fils qu’elle se considérait déjà comme morte; qu’elle avait vu sa tête coupée et offerte au grand prince arabe à qui obéissait  (le calife Omeyyade Abd al-Malik ibn Marwan) le général d’Ifriqiya Hassan ibn Numan.

Ce fut en vain que Khalid lui proposa de s’en aller avec eux et d’abandonner le pays à l’envahisseur, elle objecta que ce serait une honte pour son peuple.

Comme alors ils lui demandaient tous les trois ce qu’ils deviendraient après elle : « Quant à toi, Khâlid, dit-elle, tu arriveras à un grand pouvoir auprès du grand roi; vous autres, mes enfants, vous exercerez un commandement auprès de celui qui me donnera la mort, et par vous, les Berbères réacquerront quelque pouvoir. Montez à cheval et allez demander quartier à l’ennemi ! »

Les trois jeunes gens se rendirent la nuit même auprès de Hassan, à qui  Khâlid conta ce qui venait de se passer, la prédiction par la Kâhina de sa propre mort et l’envoi qu’elle lui faisait de ses enfants.

Le général musulman confia ceux-ci à des gardiens et donna à Khâlid le commandement de la cavalerie. Alors s’avança la Kâhina les cheveux épars et s’écriant: « Veillez aux événements, car autant dire que je suis morte ! »

La bataille s’engagea furieuse, mais la reine dut fuir, et Hassan ibn Numan al-Ghassani se mit à sa poursuite et la tua.

Des Berbères se rendirent auprès de Hassan ibn Numan pour lui demander quartier ; mais il n’y consentit que moyennant l’engagement de leur part de lui fournir un corps de douze mille de leurs contribules qui auraient à combattre la guerre sainte à côté des Arabes.

Ces Berbères se convertirent et lui fournirent les cavaliers demandés, qu’il divisa en deux moitiés égales, à chacune desquelles il donna pour chef l’un des deux fils de la Kâhina ; il leur fit, simultanément avec les Arabes, parcourir le Maghreb pour y massacrer les Roûm et les Berbères infidèles.

Lui-même rentra en ramad’ân 82 à Kayrawân, à la suite de la sincère conversion et de la soumission des Berbères.

Le calme qui alors régna en Ifriqiya permit à Hassan d’organiser cette année-là les bureaux (ad-Diwan); la tranquillité fut assurée aux vaincus moyennant le paiement du kharàdj, auquel furent astreints tous les barbares du pays, aussi bien que les chrétiens  (grecs) qui y habitaient avec eux.

A la suite de la mort de la Kàhina, Hassan ibn Numan n’eut plus à faire d’expédition, car toute résistance avait cessé.

II fut ensuite révoqué et rappelé par Abd al-Aziz ibn Marwân, qui était frère du khalife Omeyyade Abd al-Malik et qui, en sa qualité de gouverneur d’Egypte, disposait à son gré du gouvernement de l’Ifriqiya .

Abd al-‘Aziz en voulait aux pierres précieuses, à l’or et à l’argent, de sorte que Hassan ibn Numan, qui le savait, les cacha dans des outres à eau et ne laissa voir que les effets, les montures, les esclaves et autres richesses.

A son arrivée en Egypte, il donna en présent à Abd al-Azîz deux cents jeunes filles de race royale, soit grecque soit berbère ; mais ce chef lui enleva, en outre, tous les chevaux, les chameaux, les femmes esclaves et les nègres qu’il emmenait.

 Hassan continua sa route avec ce qui lui restait de bagages et arriva auprès du khalife Al-Walid, dont la colère fut excitée par le récit qu’il lui fit des procédés d’Abd al-Azîz ; puis il se fit apporter les outres et en tira assez d’or, d’argent, de pierres précieuses et de rubis pour exciter l’étonnement du khalife, qui, tout charmé, lui dit :

« Veuille Dieu te récompenser, Hassan !

— Prince des croyants, répondit-il, si je suis parti, c’est pour aller combattre la guerre sainte dans le sentier de Dieu, et un homme comme moi ne peut tromper ni Dieu ni le khalife.

— Je veux, reprit le prince, te renvoyer dans ton gouvernement en Raccordant des bienfaits et en faisant proclamer tes louanges ! »

Mais Hassan ibn Numan al-Ghassani (le Ghassanide) jura qu’il n’accepterait plus de gouvernement sous les Omeyyades.

Al-Walîd garda à cause de cela du ressentiment contre son oncle Abd al-Aziz.

L’ordre chronologique des campagnes de Hassan, surnommé « le cheykh intègre », n’est pas bien déterminé, non plus que sa conquête des villes de Carthage et de Tunis et la mort de la Kâhina. (voir ibn Abd al-Hakam)

D’après Ibn el-Katt’ân, la révocation de Hassan et la nomination de Moûsa ibn Noçayr furent faites par Abd al-Azîz ibn Merwàn sans aucun ordre ou avis de son frère c Abd el-Melik.

695-705 715 frappé a carthage omeyyade

Nomination d’Abû ‘Abd ar-Rahmân Moûsa ibn Nusayr au gouvernement de l’Ifriqiya et du Maghreb; exposé d’une partie de ce qu’il y fit. 

Les uns disent que ce chef descend des Banu Lakhm, et d’autres, de Bekr ibn Wâ’il.

Ibn Bachkowâl dans la Sila le nomme Moùsa ibn Nusayr ibn  Abd ar-Rah’mân ibn Zayd.

Nommé par Abd al-Malik à la perception du kharâdj à Baçra, il s’en appropria, dit-on, le produit, et l’ordre donné par le khalife à Hajjal ibn Yussuf ath-Taqafy de ne pas le laisser échapper fit que Moûsa, pris de peur, se rendit auprès d’Abd al- Azîz ibn Marwàn gouverneur Omeyyade d’Egypte.

Celui- ci, qui lui portait de l’affection, l’accompagna en Syrie auprès d’Abd al-Malik, qui frappa Moûsa d’une amende de cent mille dinars.

Abd al- c Aziz fournit à son protégé la moitié de cette somme, puis le ramena en Egypte, où il le nomma gouverneur de l’Ifriqiya, dépendance de l’Egypte.

Moûsa remporta ses premières victoires du côté de Zaghwàn, localité éloignée de K’ayrawân  (Kairouan) d’une pleine journée de marche.

Dans les environs habitaient des tribus Berbères dont vinrent à bout les 500 cavaliers qu’il envoya contre elles; 10,000 prisonniers,  restèrent aux mains des vainqueurs et furent les premiers qu’on amena à K’ayrawân depuis qu’il en était gouverneur.

Pièces arabo-byzantine deu général Omeyyade Musa ibn Nusayr
Pièces arabo-byzantine du général Omeyyade Musa ibn Nusayr 

L’un de ses fils, nommé Abd Allah, qu’il envoya dans une région d’Ifriqiya, en ramena 100,000 prisonniers (berbères et grecs), puis son autre fils Marwân en ramena un nombre égal, de sorte que le quint fut alors représenté par 60,000 têtes {sic).

Moûsa envoya à Abdal- Aziz une lettre où il l’informait de ses succès en ajoutant que le quint montait à 30,000 têtes, nombre qui avait été écrit au lieu de 60,000, par suite d’une erreur du secrétaire.

Ce chiffre de 30,000 parut énorme à Abd al-Aziz, qui y vit une erreur en trop commise par le secrétaire et qui la signala dans sa réponse à Moûsa en lui demandant de la rectifier: « Il y a en effet, écrivit Moûsa, une erreur imputable, ainsi que l’a conjecturé l’Emir, au secrétaire. Sache, ô Emir, que le nombre exact et bien certain est de 60,000 ! »

La joie d’Abd al-Azîz fut alors à son comble.

Il avait, d’autre part, reçu une lettre dans laquelle son frère  Abd al-Malik lui disait qu’ayant appris la décision qu’il avait prise touchant la révocation de H’assàn et le remplacement de ce dernier par Moùsa, lui, Prince des croyants approuvait l’une et l’autre de ces mesures.

Il informa alors le khalife des succès remportés et lui adressa la lettre de Moûsa. En conséquence, Abd al-Malik envoya à ce dernier un messager chargé de prendre possession du quint précité, auquel Moûsa ajouta encore un millier de têtes par surcroît.

Quand Moûsa arriva en Ifriqiya, il marchait en tête de l’armée: un passereau étant venu se poser sur sa poitrine, il s’en empara, regorgea et de son sang s’oignit la poitrine par dessus les vêtements, puis il le pluma et éparpillant les plumes sur sa personne il s’écria :

« J’en prends à témoin le Dieu de la Kaaba, voilà la victoire ! »

D’après Ibn Qutayba, Moûsa ibn Nusayr, après avoir pris Sedjoûma et mis à mort les princes de cette ville, accorda à Iyâd’, Othmân et Aboû Obda, fils d’Ok’ba ibn Nafi al-Fihri, le droit de tirer vengeance du meurtre de leur père et ne les arrêta qu’après qu’ils eurent mis à mort six cents des principaux de la ville.

Cela eut lieu en 83 (3 février 702), au dire de ceux qui font commencer son administration en cette année.

Moûsa réduisit ensuite les berbères Hawwàra, les Zenâta et les Kotâma, contre qui il fît des expéditions qui lui coûtèrent du monde et au cours desquelles on fit 5,000 prisonniers.

Leur chef, nommé Kâmoûn, fut envoyé par Moûsa à Abd al-Azîz ibn Merwân, qui le fit exécuter près de l’étang appelé encore de nos jours Birket Kâmoûn proche du bourg d’Akaba.

Quant aux Kotàma (sic), ils s’étaient rendus auprès de Moûsa ibn Nusayr, qui leur donna pour chef l’un d’entre eux et se fit livrer des otages de marque.

En djomàda 1er 85 (mai-juin 704), mourut  Abd al-Aziz ibn Marwân, qui gouvernait l’Egypte au nom de son frère Abd el-Malik ibn Merwân.

Le khalife, qui le remplaça par Abd Allah ibn Abd al-Malik ibn Marwân, avait déjà, dans cette même année, voulu révoquer son frère tant à cause de la disgrâce dont il avait frappé Hassan ibn an-Numân al-Ghassani qu’à cause de ses rapines.

Il en avait été empêché par K’abîssa ibn Dho’ayb, qui lui avait représenté qu’une mort prochaine pourrait le débarrasser, mais cependant il y songeait toujours.

C’est dans ces dispositions qu’il était un jour à causer avec Rawlh ibn Zinbâ al-Judhami, qui lui disait que cette révocation n’aurait pas été de nature à provoquer de combat entre deux chèvres, quand K’abissa survenant s’écria:

« Prince des croyants,  veuille Dieu te récompenser à raison de ton frère!

— Il est donc mort? repartit le khalife.

— Il est bien mort.

— Aboû Zor’a, Dieu nous a suffi pour décider la question sur laquelle nous étions d’accord ! »

A la suite de la mort du Prince des croyants Abd al-Malik ibn Marwân, survenue en 86 (1 er janvier 705), Al-Walîd Ier écrivit à son oncle Abd Allah [ibn Abd al-Malik] ibn Merwân, de nommer Moûsa ibn Nusayr au gouvernement de l’Ifrîqiya et du Maghreb, pays qu’il enleva ainsi à son oncle [lisez frère]

La plupart des villes d’Ifrîqiya étaient alors désertes par suite des conquêtes successives dont elles étaient l’objet de la part des Berbères.

L'Occident Omeyyade en 710, verfonsé terre Omeyyade, et le claire ce sont les tribus berbères tributaires au califat Omeyyade  par  LSCatilina
L’Occident Omeyyade sous le calife al-Walid Ier en 710, « vert-foncé » = terre Omeyyade, et le « vert-clair » ce sont les tribus berbères tributaires du califat Omeyyade  mais pas dans l’espace territorial des Omeyyades mais il s’y déroula des expéditions  jusqu’au Abbasside par LSCatilina

Moûsa ibn  Nusayr conquiert le Maghreb el-Ak’ça.

Moûsa poursuivit sa marche guerrière d’Ifriqiya vers Tanger, car les Berbères, par peur des Arabes, se retiraient vers l’ouest (al-Gharb).

La poursuite à laquelle il se livra lui permit d’en tuer une grande quantité et de faire de nombreux prisonniers.

Il arriva ainsi jusqu’au Soûs el-Adna, c’est-à-dire au pays de Der’a.

Les Berbères accablés lui ayant alors demandé quartier et s’étarit soumis, il leur donna un chef.

Comme gouverneur de Tanger et des environs il nomma son client (esclave) T’ârik’, à qui il confia un corps de 17,000 Arabes et de 12,000 Berbères, ceux-là ayant l’ordre d’enseigner à ceux-ci le Coran et de les mettre bien au courant de la religion.

Après quoi il se remit en route pour l’Ifriqiya.

D’après Ibn al-K’attân, on raconte que Moûsa ibn Nusayr, sitôt après avoir, en la dite année, été investi par Al-WAlid Ier, envoya à des tribus berbères Zor c a ben Aboû Modrik, qui n’eut pas à subir d’hostilités dé leur part ; ces peuples se rendirent à composition, et il envoya leurs chefs à Moûsa, qui exigea d’eux dés otages.

Le gouverneur donna ensuite le commandement de la flotte d’Ifriqiya à Ayyâch ib Akhyal, qui se rendit en Sicile, où il attaqua et pilla complètement une ville nommée Syracuse, puis revint sain et sauf, chargé de butin.

Quand Aboù Modrik Zo’ra ibn Aboû Modrik amena les otages des Masmoûda, Moûsa les réunit aux otages  berbères qu’il s’était fait livrer en ifriqiya et au Maghreb et qui se trouvaient à Tanger : il les mit sous les ordres de son client (mawla) Târik’, qui [plus tard] envahit l’Espagne avec eux.

Dix-sept Arabes furent laissés par Moûsa à l’effet d’instruire ces Berbères dans le Coran et les préceptes de l’Islam.

[Autrefois], Ok’ba ibn Nâfi en avait déjà laissé dans le même but quelques-uns de ses compagnons, parmi lesquels Shâkir et d’autres.

Dans le Maghreb el-Aqsa n’avait pénétré aucun gouverneur Omeyyade autre qu’Ok’ba ibn Nàfi al-Fihri; c’était le seul que les berbères Maçmoûda eussent connu, et l’on dit que la plupart de ces derniers opérèrent volontairement leur conversion entre ses mains.

Ce fut Moûsa ibn Nusayr qui pénétra après lui dans ce pays.

Le maghreb et al-Andalus en 731 sous les Omeyyades  par osprey
Le Maghreb et al-Andalus en 731 sous les Omeyyades, avec la localisation des tribus berbères et  judeo-berbères (en soulignés)  par osprey

En 92 (28 octobre 710), T’àrik envahit l’Espagne et la conquit avec une armée formée d’Arabes, de Berbères et des otages livrés par ces derniers, tant ceux que lui avait laissés Moûsa que ceux qui avaient auparavant été remis- à H’assân dans le Maghreb central.

C’est en 85 (13 janvier 704) que T’ârik’ devint gouverneur Omeyyade de Tanger et du Maghreb al-Aqsa, et c’est à cette date que la conversion des habitants de cette dernière région à l’Islam fut complète: on orienta dans la direction de la Mecque les temples élevés par les polythéistes et l’on installa des chaires dans les mosquées des communautés.

Alors fut élevée la mosquée d’Aghmât Heylâna.

Quant à ce chef, son nom est T’ârik’ ben Ziyâd ibn Abd Allah ibn Oulghoû ibn Ourfeddjoûm ibn Neberghâsen ibn Oulhàs ibn Ltoûmet ibn Nefzâou ; il était Nefzi d’origine.

On dit qu’il figurait parmi les Berbères (à Barqa) faits prisonniers.

Il était affranchi (mawla)  de Moûsa ibn Nusayr.

En 93 (18 octobre 711), ce dernier, irrité contre Târik franchit la mer et se rendit en Espagne; il y suivit une autre route que son général et y remporta de nombreux succès que nous raconterons en faisant l’histoire de la conquête de l’Espagne, dans la seconde partie du présent ouvrage.

En la même année, Abd Allah ibn Moûsa remplaça son père comme gouverneur d’Ifrîqiya, à raison du départ de Moûsa, jusqu’au jour où celui-ci revint d’Espagne pour se rendre en Orient.

Moûsa arriva à al-Qayrawan (Kairouan) à la fin de Tannée 95.

Le califat Omeyyade de Damas en 712 jc sous le calife al-Walid ier '705-715)
Le califat Omeyyade de Damas en 712 jc sous le calife al-Walid ier ‘705-715

En 95 (25 septembre 713), Moûsa quitta l’Espagne pour se rendre en Ifriqiya avec le butin dont Dieu l’avait gratifié : la flotte transporta à Tanger toutes les riches dépouilles que formaient l’or, l’argent et tes pierreries, puis elles furent chargées sur des chariots.

D’après ïbn ar-Raqiq’, cent quatorze véhicules  furent employés à cet usage.

La table [de Salomon], qui était faite d’or avec un peu d’argent et qui comptait trois cercles, l’un de rubis, l’autre d’émeraudes et le troisième de perles, fut un jour chargée sur un grand mulet, le plus agile et le plus vigoureux qu’on pût trouver, dont les jambes cédèrent sous le poids même avant d’arriver à l’étape.

Au dire d’Al-Layth ibn Sa’d, on n’avait jamais depuis la fondation de l’Islam, entendu parler d’un nombre de prisonniers aussi considérable: quand son fils Marwân revenu du Soûs se porta au-devant de son père, avec les principaux chefs, il ordonna à eux-ci de donner à chacun des compagnons de son père un esclave noir homme ou femme , et Moûsa ayant donné le même ordre à ceux qu’il commandait, chacun se trouva pourvu et d’un esclave noir et d’une femme esclave  noir.

On raconte encore que Moûsa en quittant l’Espagne y laissa comme gouverneur son fils  Abd al-Azîz et que, rentré en Ifriqiya, il parvint à al-Qayrawan (Kairouan) à la fin de 95 (. 25 sept. 713).

Il ne pénétra cependant pas dans la ville et descendit au Qasr Elmâ, où il tint une audience à laquelle assistèrent les guerriers arabes de la ville, dont les uns l’avaient accompagné dans son expédition, tandis que les autres étaient restés en Ifriqiya avec son fils Abd Allah : « Aujourd’hui, leur dit-il, trois faits heureux se sont produits pour moi : j’ai d’abord reçu une lettre par laquelle le Prince des croyants me témoigne sa reconnaissance et m’accorde des louanges » (il énuméra ici les succès que Dieu avait réalisés par ses mains) ; « ensuite une lettre où mon fils Abd al-Azîz me décrit les victoires que Dieu lui a. fait remporter en Espagne » (ici il prononça les formules de louanges à Dieu, et les assistants se levèrent pour le féliciter)» ; quant à la troisième chose, continua-t-il, je vais vous la faire voir »; et, se levant, il fit tirer une tenture derrière laquelle se trouvaient diverses jeunes filles semblables à autant de pleines lunes montant à l’horizon et couvertes de bijoux et de parures.

Comme on lui réitérait les félicitations, Ali ibn Rebâh’ al-Sulami prit la parole : « Général, dit-il, c’est moi qui te donnerai le meilleur avis : rien n’arrive au sommet qui ne soit près de redescendre; modère-toi donc  avant d’y être forcé! »

Cette observation décontenança Moûsa, qui renvoya aussitôt ces jeunes filles.

Il partit ensuite pour l’Orient, après avoir confié l’Ifiqiya, l’Espagne et la région de Tanger aux soins respectifs de ses fils Abd Allah ibn  Moussa ibn Nusayr, Abd al-Aziz ibn Moussa ibn Nusayr  et Abd al-Malik ibn Moussa ibn Nusayr.

Vue du Jabal Musa des montagnes du rif depuis Tarifa, en andalousie, le jabal Mussa fut nomé ainsi après Moussa ibn Nucayr al-Lakhmi général des Omeyyades
Vue du Jabal Musa des montagnes du Rif  au Maroc depuis Tarifa, en Andalousie, le jabal Mussa fut nommé ainsi après Mussa ibn Nusayr général des Omeyyades

D’après Ibn el-K’atTân, la plupart s’accordent à dire que T’ârik’, avant d’aller explorer l’Espagne, s’était établi à Tanger.

Cependant, selon certains, il était installé sur l’emplacement de Sidjilmâssa (Sur le site de cette ville car la fondation de cette ville date de 140 H, d’après al-Bakri, p. 328), vu que Selà et le pays en-deçà, Fez, Tanger et Ceuta appartenaient aux chrétiens (Rum).

Il ajoute qu’on n’est pas d’accord si Moûsa entra ou non à al-Qayrawan dans ce voyage.

Moûsa se mit donc en marche avec ses autres enfants, c’est-à-dire Marwân, Abd al-A’la, etc. ; il était en outre accompagné des nobles Q’oreychites, Ansâr et autres Arabes, de cent chefs berbères, parmi lesquels les fils de Koseyla ibn Lemzem, les Benoû Isder, Mezdâna, roi de Soûss, le prince de Mayorque et de Minorque, des fils de la Kâhina, de cent des princes espagnols chrétiens, et de vingt princes des villes conquises en Ifriqiya; il emporta en outre des spécimens des produits de toutes les villes de ce pays.

Il arriva ainsi à al-Misr (Egypte), où il n’y eut pas de savants ni de nobles à qui il ne fit des présents et des dons.

D’Egypte, il se dirigea sur la Palestine, où il fut reçu par la famille de Rawh’ ibn Zinbâ  , qui égorgea cinquante chameaux pour lui faire fête.

Il en repartit en laissant une partie de ses femmes et ses plus jeunes enfants auprès de ses hôtes, à qui il fit de riches présents.

Mais alors il reçut une lettre du khalife Al-Welid ibn Abd al-Malik, qui était malade et lui enjoignait d’arriver au plus vite pour le trouver encore en vie, tandis que d’autre part Sulaymàn ibn Abd al-Malik, frère et héritier présomptif d’Al-Walîd, lui écrivait de temporiser et d’attendre.

Sans tenir compte de cette dernière lettre, Moûsa fit diligence, si bien qu’il arriva à la cour trois jours avant la mort du khalife Al-Walîd.

Aussi Sulaymàn disait-il qu’il le ferait crucifier s’il l’avait en son pouvoir.

Moûsa put donc remettre à Al-Walîd les richesses qu’il apportait, la Table de Salomon, les perles, les rubis, les diadèmes, ainsi que l’or et l’argent.

Al-Masoûdi, dans son livre intitulé « Adjâ’ibel-bilâd wez- zemân », s’exprime ainsi :

« A la suite de la conquête de Tolède, Târik’ pénétra dans le palais royal de cette ville, où il trouva les Psaumes de David transcrits sur des feuilles d’or à l’aide d’une solution de rubis et d’un travail si merveilleux que l’on n’avait en quelque sorte jamais rien vu de pareil. Là encore se trouvaient la Table de Salomon, précédemment décrite, vingt-quatre dia- dèmes rangés en ordre et correspondant au nombre des rois Goths d’Espagne, car il était d’usage que le diadème d’un roi mort fût déposé en cet endroit et que son successeur s’en fit faire un autre; enfin, une grande pièce remplie d’élixir alchimique (pierre philosophal). Tous ces objets furent remis à Al-Walîd ibn Abd al-Malik. » 

En djomâda II 96 (février 715), le khalife Omeyyade Al-Walid Ier mourut et eut pour successeur Sulaymân.

Celui-ci, qu’animait une vive colère contre Moûsa, le fit exposer au soleil pendant une journée très chaude, jusqu’à ce que le patient, homme corpulent et asthmatique, perdit connaissance.

Suleymân alors lui dit : « Tu n’as voulu tenir aucun compte de la lettre que je t’avais écrite ! Paie maintenant cent mille dinars!

— Prince des croyants, répondit Moûsa, vous m’avez pris tout ce que je possédais; d’où donc tirerais-je cent mille dinars?

— Il t’en faudra payer deux cent mille », reprit Solaymân ; et comme Moûsa se défendait: « C’est trois cent mille, continua le khalife, que tu auras à verser » ; et en même temps il le fit mettre à la question, avec l’intention de le faire mourir.

Moûsa eut alors recours à l’intervention de Yezid ibn al-Mohallab al-Azdi qui avait du crédit auprès de Sulaymân et qui obtint du prince la grâce du prisonnier, moyennant l’abandon par celui-ci de tout ce qu’il possédait.

On dit aussi, c’est la version d’Ibn H’abîb et d’autres, que Moûsa racheta sa vie moyennant le paiement à Sulaymân d’un million de dinars.

Plus tard, Yezîd ibn al-Mohallab étant à causer un soir avec Moûsa lui dit : « Aboû Abd er-Rah’mân (Moussa), quel groupe formez-vous, toi et les tiens, clients et serviteurs ? Arrivez-vous à mille ?

— Oui certes, répondit Moûsa, et de plus mille et mille autres encore.

— Et pourquoi donc t’es- tu exposé à la mort au lieu de rester au siège de ta puissance, à l’endroit où s’exerce ton pouvoir ?

— Je le jure ! repartit Moûsa, si je l’avais voulu on n’eût rien pu contre moi; mais j’ai préféré le respect de mes devoirs envers Dieu, et je n’ai pas cru que je dusse oublier que j’ai à obéir. »

On raconte qu’après s’être fait payer cette énorme rançon, Sulaymân ibn Abd al-Malik demanda un jour une coupe d’or, et Moûsa, surprenant le regard qu’il lui jetait, lui parla en ces termes :

« Prince des croyants, il n’y a pas là de quoi s’enorgueillir ! Cette coupe, je ne l’estime certes pas dix mille dinars: or Dieu m’est témoin que j’ai envoyé à ton frère Al-Walid un vase à lampe en émeraude verte dans lequel le lait qu’on y versait prenait une teinte verte ; on a estimé qu’il valait cent mille dinars. J’ai en outre trouvé telles et telles choses », dont il se mit à faire une longue énumération, si bien que Sulaymân en resta stupéfait.

Moûsa ibn Nusayr était né en 19 (1er janvier 610) et mourut en 98 (24 août 716), à l’âge de 79 ans.

Il fut nommé en 88 (11 décembre 708) gouverneur Omeyyade d’Ifrîqiya et administra ce pays, de même que l’Espagne et le Maghreb tout entier, jusqu’à sa mort, c’est-à-dire pendant environ dix- huit ans .

On raconte entre autres choses au sujet de sa mort, qu’il fit avec Sulaymân le pèlerinage et que, lors de leur arrivée à Médine, Moûsa annonça que le surlendemain mourrait un homme dont le nom avait rempli l’Orient et l’Occident.

Les Conquêtes de Musa ibn Nusayr entre 703-715
Les Conquêtes de Musa ibn Nusayr entre 703-715

Tiré d’Ibn Idhari Al Marrakuchi « al-Kitab al-bayan al-Maghrib. »

Leiden, E. J. Brill – 1948.

Histoire de l’Afrique du Nord, de la conquête au 11ème siècle.

La Mardasa Ibn Yussuf de Marakesh fut construite par le sultan Mérinide Abû al-Hasan `Alî (أبو الحسن علي بن عثمان : abū al-ḥasan `alīy ben `uθmān), né en 1299 (ou 1288) et mort en 1351, est un sultan mérinide qui succède à son père Abû Sa`îd `Uthmân en 1331.
La Mardasa Ibn Yussuf de Marakesh (Maroc)  fut construite par le sultan Mérinide Abû al-Hasan `Alî (أبو الحسن علي بن عثمان : abū al-ḥasan `alīy ben `uθmān), né en 1299 (ou 1288) et mort en 1351,

(notice wiki  auteur) Ibn Idhari (ابن عذاري) est un écrivain et historien marocain 14e siècle. Il naquit à une date inconnue et vécut à Marrakech sous les Mérinides (dynastie berbère) au Maroc (d’où son appellation de ibn Idhāri al-Marrākushi) entre le 13e et le 14e siècle, dans une famille d’origine arabe andalouse.

Son nom complet est Abū al-Abbas Ahmad ibn Muhammad ibn Idhāri al-Marrākushi (arabe : أبو العباس أحمد ابن عذاري المراكشي) mais il est essentiellement connu sous le nom Ibn Idhari Al Marrakuchi traduction de l’appellation traditionnelle espagnole médiévale de :Aben Adarí de Marruecos (Marruecos vient d’une déformation de Marrakech). Bien que cité comme référence dans de nombreux ouvrages historiques, nous savons peu de chose sur la vie de cet historien et les sources le concernant sont rares. Il fut l’auteur du texte de référence sur l’histoire du Maghreb et l’Espagne maure écrit en 1312 intitulé Al-Bayan Al-Mughrib (arabe : البيان المغرب)  » ou parfois uniquement Al-Bayan mais dont le titre complet est : Kitāb al-bayān al-mughrib fī ākhbār mulūk al-andalus wa’l-maghrib. Ses écrits considérés comme des informations historiques contemporaines sont uniques, même si certaines parties sont à ce jour perdues.

Listes des Gouverneurs Rashidun et Omeyyade de l’Empire :

Publié le Mis à jour le

Le califat Omeyyade sous le calife al-Walid Ier (86-96h) 705–715
Le califat Omeyyade sous le calife al-Walid Ier (86-96h) 705–715

 

Retranscription des divisions administrative:

Europe:

al-Andalus :  (Portugal, Espagne , sud de la France Septimanie, Andorre*)

Afrique du Nord :

  • Maghreb   (Maroc, Algérie de l’ouest Oranie)
  • Ifriqiyah (Algérie de l’est Constantinois, Tunisie et Ouest de la Libye Tripolitaine),
  • Touat (sud Algérien),
  • Fezzan (sud Libyen),
  • Barqah (Cyrénaïque l’est de la Libye),
  • Misr (Egypte)

Moyen-orient:

  • Sham (Syrie, Palestine/et Jordanie, Liban),
  • Jazirah (nord de l’Iraq et  Syrie et sud de la Turquie),
  • Hira (sud de l’Iraq),
  • Hejaz (Ouest de l’Arabie saoudite),
  • Nejd (centre de l’Arabie saoudite ),
  • Bahrain (est de l’Arabie saoudite, qatar, Bahreïn),
  • Yamamah (Emirats arabe unis),
  • Oman (Oman),
  • Hadramawt (est du Yemen),
  • Yemen (ouest du Yemen)

Anatolie et Caucase:

  • Awashim (sud de la Turquie),
  • Arran (Daghestan en Russia),
  • Armenia (Armenie, et est de la Turquie),
  • Azerbaijan (l’Azerbaïdjan et l’Azerbaïdjan iranien)

Iran- Perse :

  • Jabal (ouest de l’Iran),
  • Fars (la province du fars Iran),
  • Kerman (Kerman province d’ Iran),
  • Makran (Makran province d’ Iran),
  • Sijistan (Sistan province d’ Iran),
  • Khorassan (est de l’Iran et nord de l’Afghanistan et Turkmenistan),

Asie centrale :

  • Jurjan (Golestan province d’ Iran, et Turkménistan),
  • Khowarsm (Ouzbékistan et, Turkménistan),
  • Mawaraan Nahr (Kazakhstan, Kyrgyztan)

Asie du Sud:

  • Sarhad (sud de l’ Afghanistan, autour de Kandahar),
  • Sind (Sind province du Pakistan),
  • Punjab (Punjab provinces du Pakistan, et l’Inde)

Le Califat Omeyyade est divisé en plusieurs provinces, dont les frontières changent au fil du temps à plusieurs reprises. Chaque province est dirigée par un gouverneur nommé par le calife. Le gouverneur a autorité sur les officiers religieux et militaires, la police et l’administration civile de sa province.Le budget provient directement des taxes prélevées dans la province, et le surplus est envoyé à Damas. Vers les dernières années du Califat, avec l’effritement du pouvoir central, certains gouverneurs n’envoient pas ce surplus et se constituent une grande fortune personnelle.

Liste des Gouverneurs Omeyyade de Médine

 

 

Masjid An-Nabawi à Médine (Arabie Saoudite)
Masjid An-Nabawi à Médine (Arabie Saoudite)

Liste des Gouverneurs Omeyyade de la ville de Médine:

  1. Marwan ibn al-Hakam – 662-669 –

  2. Saïd ibn al-As – 669-674 –
  3. Marwan ibn al-Hakam – 674-677 –
  4. Saïd ibn al-As – 677-679
  5. Marwan ibn al-Hakam – 679-680 –
  6. Walid ibn ibn Abi Sufyan Utbah – 680-683 –
  7. Zubayride interrègne – 683-693 –
  8. Al-Hajjaj Ibn Yusuf – 693-694 –
  9. Hisham ibn Isma’il al-Makhzumi – 701-706 – 
  10. Umar II ibn Abd al-Aziz – 706-712 –
  11. Khalid ibn Muhammad 712-? – 

Liste des Gouverneurs Rashidun et Omeyyade de la ville de Damas

Vue aérienne sur l'antique ville de Damas, l'une des plus vielle au monde.
Vue aérienne sur l’antique ville de Damas, l’une des plus vielle au monde.

Gouverneurs de Damas du califat Rashidun :

  • Khalid ibn al-Walid (635 à 636)
  • Abu Ubaidah ibn al Jarrah (636-637)
  • Amr ibn al-Aas (637-640)
  • Yazid ibn Abi Sufyan (640)
  • Muawiya ibn Abu Sufyan (640-661)

Les Califes Omeyyade à Damas :

  • Muawiyah Ier ibn Abu Sufyan (661-680)

La capitale du califat  passe à Damas 674 – 677 

  • Yazid I ibn Muawiyah (680-683)
  • Muawiya II ibn Yazid (683-684)
  • Marwan ibn Hakam (684-685)
  • Abd al-Malik ibn Marwan (685-705)
  • al-Walid I ibn Abd al-Malik (705-715
  • Suleiman ibn Abd al-Malik (715-717)
  • Umar ibn Abd al-Aziz (717-720)
  • Yazid II ibn Abd al-Malik (720-724)
  • Hišām (724-743)
  • al-Walid II ibn Yazid II (743-744)
  • Yazid III ibn al-Walid (744)
  • Ibrahim ibn al-Walid (744)
  • Marwan II ibn Muhammad (a régné à Harran dans la Jazira , 744-750)

Liste des Gouverneurs Omeyyade d’Iraq

 

L'ancienne mosquée de Kufa en 1915, Iraq La Mosquée de Kufa en Irak (639 JC) fut construite  sous  l'ordre du calife Rashidun Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu) par le général Sa'd ibn Waqqas radi Allahu.
 La Mosquée de Kufa en Irak (639 JC) fut construite sous l’ordre du calife Rashidun Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu) par le général Sa’d ibn Waqqas radi Allahu.

Seuls les gouverneurs qui étaient en contrôle à la fois al-Basrah et al-Kufa en même temps apparaissent dans cette liste.

Nom Début Fin Nature de résiliation Remarques
Aucun 661 670 n / a Al-Basrah et al-Kufa étaient sous gouverneurs séparés pendant cette période 
Ziyad ibn Abihi 670 673 Décédé en fonction Nommé par le premier calife Omeyyade Mu’awiyah Ibn Abi Sufyan  
Aucun 673 680 n / a Al-Basrah et al-Kufa étaient sous des gouverneurs séparés pendant cette période 
 Ubaydallah ‘Ibn Ziyad 680 684 destitué Fils de Ziyad ibn Abihi. Nommé par le calife Yazid ibn Mu’awiyah 
Aucun 684 691 n / a L’Irak a été perdue par les Omeyyades lors de la seconde fitna . De 686 à 691, le Zubayride Moussab ibn al-Zubayr avait le contrôle de Bassora et Al-Kufa. 
691 693 n / a Al-Basrah et al-Kufa étaient sous des gouverneurs séparés pendant cette période 
Bishr ibn Marwan 693 694 Décédé en fonction Frère du calife Omeyyade ‘Abd al-Malik ibn Marwan , qui l’a nommé 
Al-Hajjaj Ibn Yusuf al-Thaqafi 694 714 Décédé en fonction Nommé par ‘Abd al-Malik ibn Marwan 
Yazid ibn Abi al-Kabshah alSaksaki 714 715 destitué Nommé par le calife al-Walid ibn ‘Abd al-Malik 
Yazid ibn al-Muhallab al-Azdi 715 717 destitué Nommé par le calife Sulayman ibn ‘Abd al-Malik 
Aucun 717 720 n / a Al-Basrah et al-Kufa étaient sous gouverneurs séparés pendant cette période 
Maslama ibn Abd al-Malik 720 721 changement Frère du calife Yazid ibn ‘Abd al-Malik , qui l’a nommé 
‘ Umar ibn al-Hubayra Fazari 721 724 démis Nommé par Yazid ibn ‘Abd al-Malik 
Khalid ibn Abdallah al-Qasri 724 738 démis Nommé par le calife Hisham ibn ‘Abd al-Malik 
Yusuf ibn ‘Umar al-Thaqafi 738 744 démis Nommé par Hisham ibn ‘Abd al-Malik 
Mansur ibn Jumhur al-Kalbi  744 744 démis Nommé par le calife Yazid ibn al-Walid 
‘Abdallah ibn’Umar  744 745 démis Fils du calife ‘Umar ibn’ Abd al-Aziz . Nommé par Yazid ibn al-Walid 
Al-Nadr ibn Sa’id al-Harashi 745 745 démis Nommé par le calife Marwan ibn Muhammad 
Yazid ibn Umar al-Fazari 745 750 Assassiné Fils de ‘Umar ibn Hubayra. Nommé par Marwan ibn Muhammad

Liste des Gouverneurs Rashidun et Omeyyade d’Egypte

7. La mosquée de Fustat en Egypte (642)
 La ville de Fustat en Egypte (642) construite  par Amr ibn al-As sous le califat d’Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu

Liste des Gouverneurs Rashidun d’Egypte (640-658) :

# Gouverneur ( Amir ) Début Fin Période Sort
1 Amr ibn al-As 640 646 6 années Isolé par Uthman Ibn Affan
2 Abdallah ibn Sa’ad 646 656 10 années Renversé par Muhammad ibn Abi Hudhayfa
3 Muhammad ibn Abi Hudhayfa 656 657 1 année Assassiné
4 Qays Ibn Sa’ad 657 657 6 mois Isolé
5 Malik ibn al-Harith 657 657 Un jour Décédé avant d’atteindre Al-Fustat
6 Muhammad ibn Abi Bakr 658 658 5 mois Assassiné

Gouverneurs omeyyade d’Égypte  (659-750)  :

# Gouverneur ( Wali ) Début Fin Commentaires
1 Amr ibn al-As 658 664 Conquérant de l’Egypte. Décédé en fonction
2 Utba ibn Abi Sufyan 664 665 Frère de Mu’awiya Ier . Décédé
3 Utba ibn Amir 665 667 Muletier de Muhammad sws. Destitution
4 Maslama ibn Mukhallad al-Ansari  667 682 Diriger des Omeyyades partisane en Egypte. Décédé en fonction
5 Sa’id Ibn Yazid ibn al-Qama al-Azdi 682 684 Destitution
6 Abd al-Rahman ibn Utba al-Fihri  684 684 Nommé par Ibn al-Zubayr
7 Abd al-Aziz ibn Marwan ibn al-Hakam 685 705 Décédé en fonction
8 Abdallah ibn Abd al-Malik ibn Marwan  705 709 Destitution
9 Qurra Ibn Sharik al-Absi  709 715 Décédé en fonction
10 Abd al-Malik ibn Rifa’a al-Fahmi 715 717 Destitution
11 Ayyub ibn Sharhabil 717 720
12 Bishr ibn Safwan al-Kalbi 720 721 Est devenu le gouverneur de l’Ifriqiya
13 Handhala ibn Safwan al-Kalbi 721 724
14 Muhammad ibn Abd al-Malik ibn Marwan 724 724 Démissionné après avoir assisté à une épidémie
15 Al-Hurr ibn Yusuf 724 727 Décédé en fonction. Egypte sous le règne de facto de Ubayd Allah ibn al-Habhab .
16 Abd al-Malik ibn Rifa’a al-Fahmi 727 727 Egypte sous le règne de facto de Ubayd Allah ibn al-Habhab .
17 Al-Walid ibn Thabit ibn Rifa’a al-Fahmi 727 735 Détrôné. Egypte sous le règne de facto de Ubayd Allah ibn al-Habhab .
18 Abd al-Rahman ibn Khalid al-Fahmi 735 737 Destitution
19 Handhala ibn Safwan al-Kalbi 737 741 Est devenu le Wali de l’Afrique
20 Hafs ibn al-Walid ibn Yusuf al-Hadrami 741 744 Résigné
21 Hasan ibn Atahiya 744 744 Se sont enfuis après opposition par les Hafsiya
22 Hafs ibn al-Walid ibn Yusuf al-Hadrami 744 745 Installé par les Hafsiya, sans combat
23 al-Hawthala ibn al-Suhayl al-Bahili 745 749 Destitution
24 Al-Mughira ibn Ubayd al-Fazari 749 749 Mort
25 Abd al-Malik ibn Marwan ibn Musa ibn Nusayr 749 749 Détrôné par les Abbassides

Les gouverneurs Rashidun  et Omeyyade d’Ifriqiya

Vue aérienne de la ville et mosquée omeyyade  de Kairouan fondé par  le compagnon Okba ibn Nafi al-Fihri
Vue aérienne de la ville et mosquée omeyyade de Kairouan fondé par le compagnon Okba ibn Nafi al-Fihri

Les gouverneurs Rashidun  d’Ifriqiya depuis l’Egypte: 

  1. Amr ibn al-As al-Qurayshi   (Cyrénaïque et Tripolitaine conquise en 643 par Amr ibn al-As , organisée comme nouvelle province de la capitale régionale à Barqa ;  les Premiers gouverneurs incertain )
  2. Abdallah ibn Sa’ad 646 656
  3. Muhammad ibn Abi Hudhayfa 656 657
  4.  Qays Ibn Sa’ad 657657
  5. Malik ibn al-Harith 657 657
  6. Muhammad ibn Abi Bakr 658-658
  7. Amr ibn al-As 658664 Conquérant de l’Egypte. Décédé en fonction en Egypte
  8. Utba ibn Abi Sufyan 664 665 Frère de Mu’awiya Ier . Décédé
  9. Utba ibn Amir 665 667 Muletier de Muhammad sws. Destitution
  10. Maslama ibn Mukhallad al-Ansari  667-682 Diriger les partisant Omeyyades en Egypte.Décédé en fonction 

Les gouverneur Omeyyades d’Ifriqiya : 

  1. Mu’awiya ibn al- Kindi Hudaij al-Kindi , c.665 -666 – a régné depuis Barqa
  2.  Oqba ibn Nafi’i al-Fihri , 666-674 – qui a conquis le sud tunisien ( Byzacène ) , et fondation de Kairouan ( 670 ) et y installe la capital Omeyyade provincial
  3. Abu al – Muhajir Dinar al-Ansari , 674-681 quitte Kairouan et s’installe à Milla (Constantinois)  et y délace la capitale Omeyyade provinciale
  4. Oqba ibn Nafi’i al-Fihri , ( restaurée ) , 681-683 – il  conduit sa cavalcade au Maroc , portant ostensiblement tout le Maghreb en cours de soumission (Oqba est tué . les Arabes sont expulsés de Byzacène , et occupation  par les berbères Awraba avec leurs chef Kusaila , 683-686 et les rums )
  5. Zuhair ibn Qays al – Balawi , 683-689 – d’abord uniquement à Barqa , et ensuite il à récupéré Byzacène en 686 .( Zohair est tué . Les Berbères sous la sorcière al-Kahina à récupérer Byzacène en 689 . Aucun gouverneur arabe n’est clairement répertorié 689-92 ) .
  6. – Hassan ibn al – Nu’man al – Ghassani , 692-703 – d’abord uniquement depuis Barqa . Il Capture Carthage en 695 ( à nouveau perdu ) , puis à nouveau en 698 ( final) jusqu’a Bone et la moitié est de l’Algerie. Conquête permanente de l’Ifriqiya , organisé comme nouvelle province , séparément de l’Egypte , directement sous le calife omeyyade , avec une capital à  Kairouan .
  7. Musa ibn Nusair al-Lakhmi , 703-715 ( Au cours de la conquête de l’Espagne , Abd Allah ibn Musa a été régent à Kairouan , alors que Musa était en al-Andalus , 712-715 )
  8. Muhammad ibn Yazid al-Qurayshi  , 715-718
  9. Ismail ibn Abd Allah ibn Abi al – Muhajir al-Makhzoumi  , 718-720
  10. Yazid ibn Abi Muslim ath-Taqafi, 720-721
  11. Muhammad ibn Yazid al-Qurayshi ( restauré ) , 721
  12. Bishr ibn Safwan al- Kalbi , 721-727
  13. Obeida Ibn Abd al – Rahman al-Sulami   des banu sulaym , 727-32
  14. Oqba ibn Qudama ( temporaire ) , 732-734
  15. Obeid Allah ibn al – Habhab al-Maousili al-Makhzoumi al-Qurayshi  , 734-41 . (La  révolte berbère commence 740 )
  16. Kulthum ibn Iyad al – Qaisi , 741
  17. Balj ibn Bishr al – Qushayri ( part depuis Kairouan à Córdoba ) et Abd al – Rahman ibn Oqba al – Ghaffari ( de facto , à Kairouan ) , 741-42
  18. Safwa Handhala ibn al- Kalbi , 742-44 il détruis la plus grande armée berbères de l’histoire  300 000 kharijites exécuté par lui
  19. Abd al – Rahman ibn Habib al -Fihri , 745-755  fin du califat Omeyyade en 750

Les Gouverneurs Rashidun et Omeyyade d’Arménie 

 29) La mosquée de Shamakh à Bakou  (743-744) après l’incendie par les arméniens en 1918, la date de construction de la mosquée-  a été définie avec la ligature arabe sur la façade de la mosquée du Vendredi, indiquant l’année 126 selon le calendrier islamique comme l’année de l’établissement de la mosquée par l’émir Omeyyade  d’Azerbaïdjan et d’Arménie Abū ʿAbd Al-Malik Marwān ibn Muḥammad future dernier calife Omeyyade de Dimashq : Marwan II, né en 688 et mort en 750. C’est la plus ancienne mosquée d’Azerbaïdjan – omeyyade
La mosquée de Shamakh à Bakou (743-744) après l’incendie par les arméniens en 1918, contruite en 126 de l’hégire  par l’émir Omeyyade d’Azerbaïdjan et d’Arménie Abū ʿAbd Al-Malik Marwān ibn Muḥammad future dernier calife Omeyyade de Dimashq : Marwan II, né en 688 et mort en 750.

Les gouverneurs rashidun d’Arménie Arminiya :

Ceux-ci sont déclarés comme gouverneurs sous les califes Rashidun Uthman & (644-656.) Ali 656–661 radi Allah anhum :

  • Hudaifa ibn al-Yaman
  • al-Mughira ibn Shu’ba
  • al-Qasim ibn Rabi’a ibn Umayya ibn Abi’s al-Thaqafi
  • Habib ibn Maslama al-Fihri
  • al-As’ath ibn Qays al-Kindi (ca. 657)

Gouverneur Omeyyade d’Armenie Arminiya :

  • Muhallab ibn Abi Sufra (ca. 686)

Émirs Omeyyade d’Ostikan Arminiya

Avec la présentation de l’Arménie à Muhammad ibn Marwan après 695, la région est devenu une province officiellement avec sa capitales et un émir (de ostikan) installé à Divin: 

  1. Muhammad ibn Marwan (c. 695–705), représentée par les députés suivants:
    • Uthman ibn al-Walid ibn ‘Uqba ibn Aban Abi Mu ‘ayt
    • Abdallah ibn Hatim al-Bahili
  2. Abd al-Aziz ibn Hatim al-Bahili (706–709)
  3. Maslamah ibn Abd al-Malik (709–721)
  4. al-Djarrah ibn Abdallah al-Hakami (721–725)
  5. Maslamah ibn Abd al-Malik (725–729) fils d’Abd el-Malik l’Omeyyade émir d’Azerbaidjan et d’Arménie
  6. al-Djarrah ibn Abdallah al-Hakami (729–730)
  7. Maslamah ibn Abd al-Malik (730–732)
  8. Marwan ibn Muhammad (732–733)
  9. Sa’id ibn Amr al-Harashi (733–735)
  10. Marwan ibn Muhammad (735–744)
  11. Ishaq ibn Muslim al-Uqayli (744–750)
  12. Abu Ja’far Abdallah ibn Muhammad (750–753)

Les Gouverneurs Omeyyade du Sind :

La mosquée du général Omeyyade Muhammad al-Qassim au Sindh  Aror is medieval name of city of Sukkur, Sindh, Pakistan. (actuel Pakistan)
La mosquée de Aror au Pakistan (713) fut construite par le général Omeyyade Muhammad al-Qassim ath-Thaqafy lorsqu’il conquis le Sindh (Pakistan) l’age de 17ans, il fut envoyé comme Musa ibn Nusayr al-Lakhmi par al-Hajjaj ibn Yussuf ath-Thaqafy, ils sont originaire de Ta’if, Aror est le nom médiéval de la cité de Sukkur, dans l’ancienne Sindh, le Pakistan actuel.
 
Gouverneurs Omeyyade du Sind Pakistan
Muhammad ibn Qasim al-Thaqafi 711-715 Démis
Conquête du Sind. Nommé par le gouverneur d’Irak, al-Hajjaj Ibn Yusuf al-Thaqafi 

 

Habib ibn al-Muhallab al-Azdi 715-717 Démis (?) Nommé soit par le calife Sulayman ibn ‘Abd al-Malik ou par Salih ibn ‘Abd al-Rahman
Abd al-Malik ibn Misma from 717 Démis
Non listé par al-Ya’qubi. Nommé par le gouverneur de Bassora, ‘Adi ibn al-Artah al-Fazari 

 

‘Amr ibn Muslim al-Bahili to 720 Overthrown
Non classé par al-Ya’qubi. Nommé par ‘Adi ibn Artah 
‘Ubaydallah ibn ‘Ali al-Sulami from 721 Démis
Non classé par al-Ya’qubi. Nommé par le gouverneur de l’Irak, ‘Umar ibn al-Hubayrah Fazari 
Al-Junayd ibn ‘Abd al-Rahman al-Murri to 726 Démis Nommé par ‘Umar ibn Hubayrah [19]
Tamim ibn Zayd al-Qayni from 726 décédé (?)
Nommé par le gouverneur de l’Irak, Khalid ibn Abdallah al-Qasri 
Al-Hakam ibn ‘Awana al-Kalbi to 740 Assassiné
Nommé par Khalid ibn Abdallah 
‘Amr ibn Muhammad al-Thaqafi 740-744 Démis
Fils de Muhammad ibn al-Qasim. Nommé par le gouverneur de l’Irak, Yusuf ibn ‘Umar al-Thaqafi 
Yazid ibn al-Kalbi IRAR (?)
740 Renversé Nom et coordonnées du gouverneur donnés diversement dans les sources

 

Mansur ibn al-Kalbi Jumhur 747-751 Révolté Initialement il prend le Sind sous les Omeyyades en tant que rebelle anti-Omeyyade, puis confirmée en tant que gouverneur par les Abbassides 
La grande moquée Omeyyade de Cordoue
La grande moquée Omeyyade de Cordoue

Clef : tous nommés par le gouverneur de l’Ifriqiya , sauf (*) élu en interne par Andalous; (**) Nommés directement par le calife; (***) Imposée de force par régiments syriens 

  1. Musa ibn Nusair al-Lakhmi , 712 – Septembre 714 (également gouverneur de l’Ifriqiya )
  2. Abd al-Aziz ibn Musa al-Lakhmi, Septembre 714 – Mars 716
  3. Ayyub ibn Habib al-Lakhmi , Mars 716 – Août 716 (*)
  4. al-Hurr ibn Abd al-Rahman al-Thaqafi , Août 716 – Mars 719
  5. al-Samh ibn Malik al-Khawlani , Mars 719 – Juin 721 (**)
  6. Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi , Juillet 721 (*)
  7. Ambiza ibn Suhaym al-Kalbi , Août 721 – Janvier 726
  8. Udhra ibn Abd Allah al-Fihri , Janvier 726 – Mars 726 (*)
  9. Yahya ibn Salama al-Kalbi , Mars 726 – Juin 728
  10. Hudhaifa ibn al-Ahwas al-Ashja’i , Juin 728 – Décembre 728
  11. Uthman ibn Abi al-Nisa al-Khathami , Décembre 728 – Avril 729
  12. Ibn al-Haytham Ubayd al-Kinani , Avril 729 – Février 730
  13. Muhammad ibn Abd Allah al-Ashja’i , Février 730 – Mars 730
  14. Abd al-Rahman ibn Abd Allah al-Ghafiqi , Mars 730 – Octobre 732 (2ème fois)
  15. Abd al-Malik ibn Katan al-Fihri  , Décembre 732 – Novembre 734
  16. Uqba ibn al-Hajjaj al-Saluli , Novembre 734 – Décembre 740
  17. Abd al-Malik ibn Qatan al-Fihri , Décembre 740 – Mars 742 (*)
  18. Balj ibn Bishr al-Qushayri , Mars 742 – Août 742 (** / ***, techniquement gouverneur de l’Ifriqiya )
  19. Thalaba ibn Salama al-Amili , Août 742 – mai 743 (***)
  20. Abu al-Khattar Husam ibn Darar  al-Kalbi , mai 743 – Août 745
  21. Thuwaba ibn Salama al-Judhami , Août 745 – Octobre 746 (***)
  22. Abd al-Rahman ibn Qatir al-Lakhmi , Octobre 746 – Janvier 747 (cadi, temporaire)
  23. Yusuf ibn Abd al-Rahman al-Fihri , Janvier 747 – mai 756 (*)

Liste des Gouverneurs Omeyyade du Khorasan

Les montagnes du Khorassan
Les montagnes du Khorassan

Ubayd Allah ibn Ziyad   673-676

Sa’id Ibn Uthman   676-x

Umayya ibn Abd’Allah  x- 697

Al-Muhallab ibn Abi Suffrah 697–702

Yazid ibn al-Muhallab 702–704

al-Mufaddal ibn al-Muhallab 704-705

Qutayba ibn Muslim 705-715

Yazid ibn al-Muhallab 716–717

Al-Jarrah ibn Abdallah al-Hakami 717- 719

Abd al-Rahman ibn Nu’aym al-Ghamidi 719-x

Said ibn Abd al-Aziz x-722

Said ibn amr al-Harashi 722-723

Muslim ibn Said al-Kalbi 723-x

Naṣr ibn Sayyār al-Lāythi al-Kināni 738-748 (le dernier gouverneur Omeyyade du Khorasan)

Des Himyarites à l’Année de l’Éléphant par al-Tabari

Publié le Mis à jour le

Principaux sites de la péninsule arabique vers +40 selon le Le Périple de la mer Érythrée récit d'exploration maritime) rédigé en grec décrivant la navigation et les opportunités commerciales depuis les ports romano-égyptiens comme Bérénice le long de la côte de la mer Rouge, alors appelée mer Érythrée (Ἐρυθρος, « rouge » en grec ancien), et d'autres le long de l'Afrique orientale et de l'Inde. Cette route maritime desservait le commerce de l'ivoire, des épices, de la cannelle, de l'encens, du styrax, du lapis-lazuli, des topazes et turquoises, de la soie, de l'indigo, des esclaves, mais a aussi contribué à diffuser le christianisme en Inde, la notion de zéro en Méditerranée ainsi que diverses graines (abricotier, aubergine, cerisier...).
Principaux sites de la péninsule arabique vers +40 selon le Le Périple de la mer Érythrée récit d’exploration maritime) rédigé en grec décrivant la navigation et les opportunités commerciales depuis les ports romano-égyptiens comme Bérénice le long de la côte de la mer Rouge, alors appelée mer Érythrée (Ἐρυθρος, « rouge » en grec ancien), et d’autres le long de l’Afrique orientale et de l’Inde. Cette route maritime desservait le commerce de l’ivoire, des épices, de la cannelle, de l’encens, du styrax, du lapis-lazuli, des topazes et turquoises, de la soie, de l’indigo, des esclaves, mais a aussi contribué à diffuser le christianisme en Inde, la notion de zéro en Méditerranée ainsi que diverses graines (abricotier, aubergine, cerisier…).

CHAPITRE XXXI. RELATION DE LA MORT DE QOBAD Roi Sassanide de Perse.

Dans l’histoire de Nouschirwân nous rapportons comment Qobâd mourut.

Mo‘hammed ben—Djarîr dit qu’il fut tué par les Arabes.

La cause de sa mort fut qu’il s’était livré à la dévotion, qu’il ne versait pas de sang et qu’il ne faisait la guerre à personne. C’est Mazdak qui l’avait amené dans cette voie. Alors il ne fut plus respecté par personne, et comme on était sûr de n’être pas combattu par lui, tous les rois firent des tentatives sur son empire.

Le roi des Arabes était son vassal; c’était No‘man , fils de Moundsir, qui résidait à ’Hira. En Syrie, il y avait un roi, nommé ‘Ilârith, fils d »Amrou, fils de ‘Hodjr, le Kindite, vassal des Tobba‘, qui régnaient dans le Yemen.

Ce ‘Hârith vint de la Syrie à Koufa et à ‘Hira, tua No‘man et s’empara du gouvernement des Arabes. Qobâd dépêcha quelqu’un vers lui mec ce message: « Tu t’es emparé de ce royaume sans mon aveu. Cependant je veux te le conférer; mais il faut que tu aies une entrevue avec moi, afin que je l’impose les mêmes conditions que j’ai imposées à No‘man, que je te fasse connaître les limites du pays des Arabes et de ton gouvernement, que les Arabes ne devront pas franchir.  »

‘Hàrith vint et se rencontra avec Qobâd à la frontière du Sawàd de l »Irâq , à proximité de Madâïn, et ils y eurent une conférence ensemble.

Qobâd dit à un esclave: « Apporte-nous quelque douceur à manger, afin que nous soyons commensaux. « 

L’esclave apporta un plat de dattes et le plaça devant eux.

Le côté du plat qui était tourné vers Qobâd cou tenait des dattes dont les noyaux avaient été enlevés et rem placés par des amandes, tandis que les dattes du côté de ‘llâritb étaient avec leurs noyaux.

Qobâd, prenant ces dattes et les mettant dans sa bouche, ne crachait aucun noyau, et ‘Hârith, en mangeant, rejetait les noyaux.

Qobâd lui dit:

« Qu’est—ce que tu rejettes de ta bouche? « 

‘Hârith dit : « Il n‘y a que les chameaux, chez nous, qui mangent les noyaux de dattes; moi, suis un homme et non un chameau. « 

Qobâd fut confondu de honte.

Lorsqu‘ils eurent fini de manger les dattes, Qobâd traça à .‘Hârith la frontière du pays des Arabes, qui devait s‘étendre du désert jusqu‘à Kouf’a et jusqu’à l’Euphrate; de l‘autre côté serait le Sawâd de l »lrâq; il ne serait permis à aucun Arabe de passer de ce côté-ci de I‘Euphrate.

‘Hârith accepta , puis ils se séparèrent.

Le Moyen-Orient et l'Arabie ver 565 JC
Le Moyen-Orient et l’Arabie ver 565 JC

Or ‘Hârith ne respecta pas les dispositions de Qobâd et ne contint pas les Arabes, qui passèrent de ce côté—ci de l’Euphrate et ravagèrent les villes du Sawâd. Quand Qobâd en fut informé, il envoya un message à ‘Hârith et lui fit dire : « Tu n’as pas veillé à la limite que je t’ai tracée. « 

‘Hârith répondit:  » Se sont des maraudeurs arabes qui courent jour et nuit de tous côtés, et que je ne peux pas surveiller, à moins d’avoir le revenu et la force nécessaires pour les contenir.  »

Alors Qo bâd donna à ‘Hârith six grands bourgs du Sawâd, situés sur le bord de l’Euphrate. Après les avoir reçus, ‘Hârith surveilla les Arabes et ne les laissa plus franchir l’Euphrate et pénétrer en Perse. .

Après quelque temps,‘Hârith envoya un messager au Tobba‘ du Yemen et lui fit dire :  « Ce roi de Perse est très-faible et point redoutable; j’ai agi avec lui de telle et telle façon. Si tu veux venir du Yemen avec une armée, tu pourras t’emparer de ce royaume de Perse. »

Le Tobba‘ rassembla une grande armée et vint aux bords de l‘Euphrate, où il fit halte.

Il établit sa résidence à ‘Hîra; mais il ne put rester là, à cause du grand nombre de ses soldats.

Il se rendit alors dans un bourg du territoire de Koufa, nommé Nadjaf, dériva un bras de l’Euphrate et le fit passer à ‘lea et à Nadjaf, et il s‘y établit.

Le Tobba‘ avait un neveu nommé Schamar, qu’il envoya , avec trois cent mille hommes, au-devant de Qobâd, qui fut mis en fuite et qui se réfugia à Reï. Schamar le poursuivit, l’atteignit à Beï et le tua.

Quand il eut informé par une lettre le Tobba‘ de cet événement, celui-ci lui ordonna de marcher avec son armée vers le Khorâsân , d’en faire la conquête et de prendre possession de ce pays, car il le lui destinait; de franchir le Djl‘houn, d’envahir le Turkestân et de s‘emparer de la Chine.

rois_arabes_de_saba

 

Le Tobba‘ avait aussi un fils, nommé ‘Hassân, qu’il envoya également en Chine, avec trois cent vingt mille cavaliers, par la voie de mer. Il le fit marcher de l »lrâq dans l »0mân et lui dit: « Dans l »0mân embarque—toi pour la Chine; celui de vous deux , de toi et de Schamar, qui y arrivera le premier l’aura en partage.

Il avait un autre neveu, nommé Ya‘far, qu’il envoya avec cent mille cavaliers dans le pays de Roum, en lui disant : « Chaque ville que tu prendras sera ajoutée à ton territoire. »

Ya‘far partit et fit la conquête d‘un grand nombre de villes; il parvint jusqu‘à Constantinople et se rendit maître de tout le royaume de Roum.

‘Hassân s’embarqua dans l »0mân pour la Chine et en fit la conquête.

Schamar, de son côté, franchit le Djî‘houn et marcha sur Samarcande, ville qui était défendue par une forteresse très solide, dans laquelle s’était renfermé le roi.

Samarkand peinture russe de 1920
Samarkand peinture russe de 1920

Schamar assiégea la forteresse pendant un an sans obtenir le moindre avantage. Enfin, une nuit, il fit lui-même le tour de la forteresse, fit prisonnier l‘un des gardiens des portes de la forteresse et l’emmena dans son camp. Il lui dit :

« Le roi de cette ville, quel homme est-ce pour faire preuve de tant de valeur et d’intelligence que, depuis un an, j’emploie tous les moyens et ne peux réussir à prendre la forteresse? »

Cet homme répondit: « Ce roi n’a aucune espèce d’intelligence, il est complétement abruti, et ne s’occupe d’autre chose que de boire du vin et de s’amuser, et, jour et nuit, il est ivre; mais il a une fille, et c’est elle qui prend toutes les mesures et a la direction de la forteresse et de l’armée. »

Schamar pensa en lui-même que des mesures exécutées par des femmes étaient faciles à déjouer; puis il dit: « Cette fille a-t-elle un époux? « L’autre dit que non.

Alors Schamar donna à l’homme un cadeau et lui dit : « J‘ai besoin de toi pour que tu portes un message à cette jeune fille de ma part. »

L’autre y consentit. Schamar apporta une boite d’or, la remplit de perles, de rubis et d’émeraudes. et dit : « Donne cela à la jeune fille et dis lui de ma part :

« Je suis venu du Yemen pour te rechercher; je n’ai que faire de ce pays, car tout le Khorâsân et toute la Perse sont à moi; il faut que tu sois ma femme. Dis—lui encore que j’ai avec moi quatre mille de ces boites d’or, que je lui enverrai; que je laisserai cette ville à son père, quand cette affaire sera terminée, et, si j’ai d’elle un fils, il aura le gouvernement de la Perse et de la Chine. Je commencerai par lui envoyer pendant la nuit ces boîtes, ensuite je la chercherai. L’homme retourna la même nuit à Samarcande et rendit compte de tout à la jeune fille. »

Celle—ci fut satisfaite, renvoya sur—le-champ l’homme avec son consentement, et l’on convint que, la nuit suivante. les boites seraient envoyées et introduites dans la ville, en secret.

 

Samarcande avait quatre portes, et la jeune fille fit savoir quelle porte elle ferait ouvrir. Le lendemain, Schamar fit apporter quatre mille boîtes, etdans chaque boite il plaça deux hommes tout armés.

Quand la nuit fut venue, il fit charger chaque boite sur un âne sous la conduite d’un homme armé; il fit entrer ainsi un corps de douze mille hommes dans Samarcande.

Il leur dit : Je ferai poster l’armée entière tout autour de la forteresse.

Quand vous serez dans la ville, ouvrez le dessus des boites, sortez et sonnez les clochettes dont vous êtes munis, pour m’a vertir, et ouvrez les portes de la forteresse, afin que j’y entre.

Au‘ milieu de la nuit, l’envoyé de la jeune fille vint pour ouvrir la porte de la ville et pour laisser entrer les boîtes. Schamar les fit placer sur les ânes et se mit à la tête de ses troupes.

Arrivés à l’intérieur de la forteresse, ces hommes sortirent des boites, sonnèrent les clochettes et ouvrirent les portes de la forteresse.

Schamar avec ses soldats se jeta dans la ville; ils mirent l’épée à la main et commencèrent un massacre qui dura jusqu’au jour, de sorte que le sang coulait comme un fleuve.

Schamar fit tuer le roi et fit sa fille prisonnière. Il y resta un an.

Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes
Fresque murale du 7eme siècle, a Afrosiab Samarkand, image contemporaine des conquêtes arabes

Dans le Dictionnaire des villes il est dit que Samarcande, à cette époque , était appelée Chine, et qu’elle était habitée par les Chinois, qui y ont inventé le papier. Schamar donna à la ville son nom, et l’appela Schamarkand. en langue persane: kami, en turc, veut dire «ville ;» enfin, transcrit en arabe, le nom est Samarqand.

Ensuite Schamar fit marcher ses troupes vers le Turkestân, passa dans le Tibet et se rendit en Chine.

Il y trouva ‘Hassân, qui y était arrivé trois ans auparavant et qui s’était emparé du pays.

Ils y demeurèrent encore quelque temps tous les deux, ensuite ils retournèrent vers l’occident, dans le Yemen.

On dit que , quand ils rentrèrent dans le Yemen, le Tobba‘ y était également déjà rentré.

Voici comment la retraite du Tobba eut. lieu.

Lorsqu’il eut envoyé Schamar à Heï et que celui—ci eut tué Qobâd et marcha sur Samarcande, et qu’il eut envoyé son fils par mer en Chine, et Ya‘far dans le pays de Roùm, il voulut prendre pour lui-même le royaume de Perse, et se mettre à la place de Qobâd.

Les habitants de la Perse se réunirent et mirent sur le trône Nouschirwân.

Celui—ci, avec l’armée perse, attaqua le Tobba‘, qui se retira dans le Yemen.

‘Hârith ben—‘Amrou retourna en Syrie, et Nouschirwân fit venir Moundsir, fils de No‘man al-Akbar, à qui il confia le gouvernement des Arabes.

L’empire tout entier obéissait à Nouschirwân , qui chassa tous les ennemis du’voisinage.

Ruines de l'ancienne cité de Hira en Iraq
Ruines de l’ancienne cité de Hira en Iraq

CHAPITRE XXXII. .Règne de Nouschirwan fils de Qobad le Sassanide.

Or Nouschirwân s’assit sur le trône, plaça la couronne sur sa tête et exerça la justice.

Déjà du temps de son père, les hommes avaient remarqué sa sagacité et son aptitude, et, quand il arriva au trône, ils en furent remplis de joie.

La première chose qu’il ordonna fut de mettre à mort les adhérents de Mazdak. Tous les biens qui étaient entre leurs mains furent rendus à leurs propriétaires, et tout ce qui n‘avait point de propriétaire fut donné aux pauvres; et toutes les femmes qui étaient avec eux furent également rendues à leurs époux.

Il dit aux pauvres: « Travaillez, et ne mendiez pas. »

A tous ceux qui étaient bien constitués il ordonna de cultiver la terre; et à tous ceux qui étaient infimes ou aveu gles il donna des secours de sa bourse, disant : Je ne veux pas qu’il y ait dans mon pays un pauvre.

Il prescrivit en core aux cultivateurs de ne laisser aucune partie du sol sans culture, et il donna de la semence de ses magasins à ceux qui n’en avaient pas; partout où il y avait une terre non cultivée, il ordonna d’en entreprendre la culture.

Il fit marier toutes les femmes qui ne l’étaient pas et qui devaient l’être; celles qui étaient pauvres reçurent des secours de sa bourse.

Il fit aussi marier les hommes et les fit établir à ses frais.

Ensuite Nouschirwân tourna ses regards vers l‘armée, et donna aux soldats leur solde et leur distribua des provi sions.

Il fit réparer les pyrées, fit des largesses aux prêtres, et y plaça (les gens sages et expérimentés.

Enfin il rétablit la vertu, la confiance, les affaires de la religion et les affaires du monde.

Il ordonna ainsi les affaires de son royaume pen dant cinq ans. Il fit copier tous les écrits provenant d’Ardeschîr, fils-de Bâbek, ses bonnes maximes, ses recommandations et ses dernières volontés.

Après ce temps, Nouschirwân fit marcher son armée contre Antioche de Syrie, qui était sons la domination du mi de Roum.

Il prit la ville et la désola. Puis il dit :  » Cette ville est fort belle »; et il ordonna de prendre le plan de la ville et de ses édifices.

Ensuite il fit construire dans son royaume une ville en tout point semblable, près de Madâïn, et l‘appela Roumia.

Il y transféra tous les habitants d’Antioche; les places et les rues de Boumia étaient construites d’une façon si belle et si parfaite, que ceux qui y arrivaient d’Antioche crurent que c‘était cette ville elle-même, et chacun entra et s‘établit dans‘[sa] maison, comme s’il était à Antiorhe.

Ensuite Nouschitwân alla attaquer Héraclius, le roi de Roum, fit la conquête du pays et attaqua et prit Alexandrie.

Le roi de Roum s’enfuit à Constantinople, envoya à Nouschirwân un messager et offrit de lui payer tribut.

Alors Nouschirwân évacua le pays de Boum et se dirigea contre les Khazars, en massacra un grand nombre, pilla et saccagea leur pays, en punition des actes qu‘ils avaient commis en Perse, du temps de son père.

De là il se rendit dans le Yemen, le long de la côte, vint à ‘Aden, au bord de la mer, et fit également dans -le Yemen un grand massacre, de sorte que le roi de ce pays se soumit à lui et consentit à payer tribut.

Nouschirwân revint à Madâïn et trouva son royaume dans le plus grand ordre.

Après qu‘il eut mené à bonne fin toutes ses affaires, le désir lui vint d’aller à Balkh et de tuer le roi des Heyâtelites, celui qui avait fait périr Firouz, et de faire la conquête du Tokhâristân et du Ghordjistân.

Le territoire de Balkh touchait au pays des Turcs, et le roi des Heyâtelites et le roi des Turcs vivaient en amitié et en paix.

Nousrhirwân envoya donc d’abord un messager au Khâqân, pour demander sa fille en mariage.

Il lit de grands frais pour l‘aire amener la jeune fille et conclut un traité avec le Khâqân. Après un intervalle d’un an , il lui écrivit une lettre, et lui demanda le secours d’une armée contre le roi des Heyâteliles.

Le Khâqân dirigea du Turkestàn une forte armée contre Balkh, et Nou schirwân y fit également marcher la sienne, de sorte qu‘ils prirent les troupes heyâteliles entre deux feux. Nouschirwân tua le roi des Ileyâtelites, pilla ses trésors et ravagea son pays. De là il se rendit dans le Turkestân et dans le Ferghânè, et retourna ensuite dans son pays.

Il resta sur le trône quarante huit ans. Il donna le gouvernement des Arabes à Moundsir, fils de No‘man al-Akbar, et le fit résider à ‘Hi‘ra, où il régna pendant sept ans.

Ensuite il institua son [ils Moundsir, fils de Moundsir, fils de No‘man, nommé Ben Mä-es—Semâ, parce que sa mère s‘appelait Mâ-es-Semâ. Moundsir fut attaqué par deux ennemis, par l‘un du côté de l‘orient, par l’autre à l‘occident.

Il leur lit la guerre et remporta la victoire. Il prit le nom de Dsou‘I—Qamaïn, et les Arabes l‘appelaient ainsi.

Quand il mourut, son fils ‘Amrou, fils de Moundsir, fut investi par Nouschirwân du gouvernement des Arabes.

La mère d“Amrou s‘appelait Hind : c‘est pour cela qu‘il était nommé par les Arabes ‘Amrou bm-Hind. Après sa mort, son frère No‘man, fils de Moundsir, reçut le gouvernement desArabes.

Tous ces rois arabes, vassaux des rois de Perse, résidaient à ‘Hîra, et leur domination s‘étendait de Hira  jusqu‘à Mossoul] et la Mésopotamie, une partie de la Syrie et du désert, jusqu‘au territoire de Ba‘hrai‘n.

Le ‘Hedjâz , la Mecque et la ville de Médine, ainsi que tout le territoire jusqu’au Yemen, ne faisaient pas partie des possessions des rois arabes, ni de celles de Nouschirwân; ces contrées n‘appartenaient à aucun roi, jusqu‘au moment où Nouschirwân s‘en empara.

Nous rapporterons comment cet événement eut lieu , de quelle façon le gouvernement du Yemen passa des rois ‘himyarites aux Abyssins; comment Saïf-Dsou-Yezen se rendit auprès de Nouschirwân, pour lui demander le secours d’une armée, et comment il prit possession du gouvernement du Yemen avant que les délégués de Nouschirwân y vinssent.

Avant cette époque, le Yemen était. gouverné par les rois ‘himyarites, qui sont les mêmes que les Tobba‘; car chacun de leurs rois était appelé T obba‘.

Quant à la Mecque, dont le territoire s‘appelait Tihâma , et à Médine , dont le territoire s’appelait ‘Hedjâz, ces contrées n’avaient point de roi; leurs habitants témoignaient du respect à No‘ man, le roi des Arabes; mais ils ne lui payaient aucune rede vance et n’acceptaient aucun gouverneur.

[A cette époque,J la Mecque avait pour chef ‘Abdou‘I—Mottalib, et Médina était en la possession des deux grandes tribus Aous et Khazradj, qui donnaient un chef à la ville. Quant aux Arabes du désert, chaque tribu avait un chef particulier.

Tous les habitants du Yemen et du ‘Hedjâz étaient idolâtres. Les villes de la Marque et de Médine ne furent inquiétées par aucun des rois voisins, ni par les rois de Syrie, ni par ceux du Yemen, ni parles rois d’Abyssinie, ni par ceux de ‘Hira , ni par les rois de Perse; car leurs habitants, ainsi que ceux du désert, étaient pauvres et avaient peu de ressources.

Ils se rendaient, pour faire le commerce, en Syrie et en Abyssinie, et rapportaient de ces pays des provisions.

Ils assuraient chaque roi en particulier de leur amitié, et les rois leur faisaient des cadeaux.

De temps en temps, quand il y avait dans le Yemen un roi ‘himyarite puissant à la tête d’une nombreuse armée, qui venait aux confins du ‘Hedjâz, ils l’assuraient de leur soumission et al laient avec lui dans le pays deRoum et en Syrie. Aucun roi ne venait les attaquer dans leur pays.

Dans la vingtième année du règne de Nouschirwân , il naquit à ‘Abdou’l—Mottalib un fils, qu’il nomma ‘Abdallah, qui fut père de notre Prophète.

Quand ‘Abdallah eut vingt-deux ans, notre Prophète Muhammad naquit de lui, dans la quarante—deuxième année du règne de l’ouschirwàn.

Ce fut dans la même année que le roi Abraha l’Abyssin amena l’éléphant et une armée pour détruire la Ka‘ba.

‘Abhâs, fils (l‘Ahdou’I—Mottalib. avait alors deux ans , et‘Hamza , fils d“Abdou’l-Mottalib, naquit dans la première année de l’ère de I’Êléphant.

Nous allons rapporter maintenant les causes qui amenèrent Abraha et l’éléphant à la Mekke, et comment le Yemen passa des mains des rois ‘himyarites aux Abyssins, ce qui eut lieu du temps d’Ardewân, avant l’époque de Nouschirwân; car, de son temps, les Abyssins possédaient déjà le royaume du Yemen, qu’ils avaient conquis sur les rois ‘himyarites, les Tobba‘.

Reproduction de la Ka'aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui)
Reproduction de la Ka’aba avant la naissance du prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui)

CHAPITRE XXXIII. LE TOBBA roi du Yemen ‘ FAIT UN PÈLERINAGE ‘A LA KA‘ABA ET- LA FAIT COUVRIR.

Ce récit est nécessaire pour faire connaître de quelle façon le Yemen passa des mains des ‘Himyarites aux rois abyssins et pour quelle cause les Abyssins, qui étaient dans le Yemen, vinrent attaquer le temple de la Ka‘ba avec l’éléphant.

Or il y avait dans le Yemen un roi ‘himyarite, nommé As‘ad, appelé Tobba< le Dernier, parce que, après lui, il n’y eut pas d’autre Tobba‘, et que le gouvernement du Yemen lui échappa.

Il avait réuni dans le Yemen une forte armée, et se proposait de faire au dehors une expédition et d’attaquer la Perse, pour se faire redouter des rois de Roum, de Syrie et de Perse, et pour soumettre l’Arabie et le ‘Hedjâz, comme avaient lait les Tobba‘ antérieurs.

Il sortit donc du Yemen, à la tête de sa nombreuse armée, et se dirigea vers le ‘Hedjâz.

Il était adonné à l’idolâtrie, de même que toute l’Arabie, le ‘Hedjâz, la Mecque et Médine; seulement, dans le voisinage de la Mecque et de Médine, il y avait des Juifs, dont les ancêtres étaient venus s‘établir dans le ‘Hedjâz , lors de leur fuite  devant Nabuchodonosor (roi de Babylone). lls y avaient fondé quelques bourgs, comme Khaïbar, Fadak, Qoraïzha , Wâdî’l-Qora , Nazln‘r et Yan bou‘, qui étaient tous en la possession des Juifs, qui suivaient la religion de Moïse.

En dehors de ceux—ci, il n’y avait personne dans toutes ces contrées qui adorât Dieu.

A cette époque, le judaïsme était tombé, et c’était la religion de Jésus, la foi de l’Evangile, qui dominait, mais seulement dans la terre de Roum et vers l’0rient : tous les autres pays étaient plongés dans l’idolâtrie.

Cette expédition du Tobba‘ eut. lieu longtemps avant Qobâd, le père de Nouschirwân, et longtemps avant les rois de Perse [de la dynastie des Sassanides] et avant Djadsima al-Abrasch.

Quand le Tobba‘ arriva sur le territoire du ‘Hedjâz, et qu’il passa près de la Mecque, et qu’il vit que c’était une ville située au milieu des montagnes, sans eau et sans arbres, il ne l’attaqua point.

Quand il arriva à Médine, il vit une ville charmante, avec de nombreux jardins, des palmiers et d’autres arbres.

Le chef de la ville était un homme de la famille des Beni-Naddjâr, de la tribu de Khazradj, nommé ‘Amrou, fils d’Al-Zholla.

Le Tobba‘ fut charmé de Médine, et il y établit son fils comme gouverneur.

Lui—même continua sa marche vers la Syrie. Quand il fut sur le sol de la Syrie, loin de Médine, les habitants de cette ville tuèrent son fils.

Quand le Tobba‘ reçut cette nouvelle en Syrie, il prit la résolution de détruire la ville, lors de son retour, et d’en tuer tous les habitants. Il porta ses armes dans tous les pays qu’il pouvait atteindre, puis il s’en retourna, et établit son camp autour de Médine.

Les habitants fortifièrent la ville. Un sol dat de l’armée du Tobba‘ pénétra dans l’enclos d’un habitant , monta sur un palmier et cueillit des dattes.

Le propriétaire del’encl0s tua le soldat et le jeta dans un puits.

Le Tebba‘, informé de ce fait, conduisit, le lendemain, son armée au 4 combat. Pendant un mois, il combattit contre les habitants, sans résultat. La lutte recommençait chaque jour et durait jusqu’à la nuit; alors ils rentraient dans leur camp.

La nuit, les habitants de Médine ouvraient les portes de la ville et envoyaient à l’armée ennemie des charges de dattes.

Après un mois, les soldats dirent au Tobba‘ : « Combien de temps lutterons-nous contre des hommes qui nous combattent pendant le jour et qui nous traitent en hôtes pendant la nuit? »

Le Tobba‘ dit : « Ces hommes sont très—généreux envers nous. »

Il n’était plus aussi ardent à leur faire la guerre. Alors deux hommes d’entre les docteurs juifs se présentèrent devant le Tobba’ et lui dirent: « Ô roi, tu ne peux pas détruire cette ville. »

Il demanda : « Pourquoi?  »

Ils répondirent : « Parce qu’il surgira d’entre les Qorai‘schites un prophète nommé Mo‘hammed, sur le territoire de la Mecque; les Qoraïschites le chasseront de la ville; il viendra à Médine, y séjournera et il y aura sa maison et sa famille. C’est en son honneur‘ que Dieu garde la ville; nous l’avons ainsi trouvé dans le Pentateuque.  »

Le roi dit : « Qu’est-ce que le Pentateuque?  »

Ils répondirent : « C’est le livre de Dieu que Moïse a reçu du ciel. »

En suite ils exposèrent au Tobha‘ la religion de Moïse.

Cette religion lui plut, et il adopta le judaïsme, en cessant d’adorer les idoles. Il engagea toutes ses troupes à embrasser le judaïsme; ce qu’elles firent.

Puis il dit à ces deux Juifs : « Il faut que vous veniez avec moi dans le pays de Yemen, afin de convertir tout le pays à cette religion.

Ils consentirént à l’accompagner, et il les combla de marques de bienveillance et de cadeaux.

Il leur dit : « Pourquoi n’appelez-vous pas les gens de Médine à cette religion? » Ils répondirent : Ces hommes croiront par Muhammad. »

‘ Le roi rassembla ses troupes et se dirigea vers le Yemen. en emmenant avec lui ces deux docteurs.

Quand il arriva à la Mecque, les Arabes Hodsaïlites voulurent le faire périr, parce qu’ils ne pouvaient pas lui résister par la force.

Ils vinrent auprès de lui et lui dirent : « Ô roi, si tu désires avoir d’énormes richesses, des joyaux , de l’or et de l‘argent, les habitants de la Mecque en possèdent plus que qui que ce soit au monde; détruis la ville et la Ka‘ba et fais tuer les habitants; de cette manière tu en seras le maître. »

Ils voulurent par leur discours l’engager à entreprendre cette action, afin qu‘il périt.

Le Tobba‘ fit appeler les docteurs juifs et leur soumit les paroles des Hodsaïlites.

Les docteurs dirent : « Ô roi, ceux-là veulent le faire périr par là; car ce temple est un temple de Dieu, qui ne permet à personne de s‘en emparer. Ne suis pas leurs paroles; entre dans la Mecque; accomplis les processions autour du temple; rase—toi la tête, et témoigne au temple ton respect; ensuite éloigne-toi d‘ici. »

Le roi suivit leur conseil. Il fit amener les Hodsaïlites et leur lit couper les mains et les pieds. Lui, ainsi que son armée, entra dans la ville, fit la procession autour du temple, se rasa la tête et offrit des sacrifices.

Puis il donna ordre d‘enlever les idoles qui étaient dans le temple et de le purilier, et il le fit couvrir d‘étoffes.

Avant lui, on n’avait jamais fait couvrir le temple d’étoffes; c‘est lui qui a inauguré cette coutume. Le Tobba‘ partit de là avec les docteurs juifs, et se dirigea vers le Yemen.

La Ka'aba dans les temps anciens
La Ka’aba dans les temps anciens, ont y vois les idoles

Les habitants se réuniront et lui dirent : « Nous ne te permettons pas de rentrer dans le Yemen; car tu as renoncé au culte des idoles. »

Le ‘I‘obba‘ était hors d’état de lutter contre le pays tout entier.

Il y avait dans le Yemen un feu qui servait d‘arbitre dans les différends des hommes. Il se trouvait dans une montagne sur le territoire de Sanaa, dans une grande caverne.

Chaque fois que deux personnes avaient une. contestation et qu’il n’était pas possible de discerner le vrai du faux, le roi envoyait les deux adversaires avec ses gens à cette caverne.

Ils se tenaient là, le feu sortait de la caverne et dévorait celui qui avait tort; la partie lésée n‘en recevait aucun mal. Ensuite le feu rentrait dans la caverne, et personne ne savait d‘où il venait ni où il disparaissait. Le_roi dit aux Yemenites : Allons vider notre différend auprès du feu; si vous avez raison ,-nous accepterons votre croyance; si la vérité est avec nous, vous embrasserez notre religion. Les habitants y consentirent. Le roi fit appeler les docteurs juifs et leur lit part de cette affaire. Ils se déclarèrent satisfaits.

Alors les Yemenites portèrent toutes leurs idoles à l‘entrée de cette caverne, et le roi s‘y rendit avec toute son armée.

Les docteurs suspendirentà leur con le livre de.la Loi, s‘assirent à l‘entrée de la caverne et se mirent à réciter la Loi.

Une flamme comme on n‘en avait jamais vu surgit, se précipita sur les idoles et les dévora; le feu dura depuis le matin jusqu‘au milieu du jour, et la fumée s‘éleva dans l‘air, de sorte que l‘univers fut obscurci.

Lorsque la flamme se retira, toutes les idoles étaient consumées, ainsi que ceux des hommes qui s‘étaient trouvés au milieu d‘elles; les docteurs juifs sortirent de la fumée sains et saufs avec,leurs livres.

Alors les habitants du Yemen embrassèrent le judaïsme; l‘idolâlrie disparut et le judaïsme se répandit. Les Yemenites avaient un temple (l’idoles d‘où sortait une voix qui conversait avec eux et qui donnait réponse à tout ce qu‘ils demandaient; cependant on n‘y voyait personne.

Le roi fit part aux docteurs juifs des particularités de ce temple.

Ceux—ci dirent : « C‘est un div qui les égare.  »

Ils se rendirent à la porte du temple et récitèrent la Loi pendant longtemps.

Le roi les avait accompagnés hors de la ville. Après quel que temps, ils virent se précipiter hors du temple un chien noir, qui poussa des hurlements et disparut sous terre.

Les Juifs dirent : « Voilà le div qui avait parlé aux hommes. »

Ensuite le roi fit détruire ce temple. Tout le Yemen embrassa le judaïsme, et le roi y persévéra jusqu’à sa mort.

Le nom de ce roi était As‘ad, son surnom Abou—Karib, et son titre Tobba‘; il fut l’un des rois ‘himyarites.

Dans la langue ‘himyarite, le Tobba‘ était appelé Tibbän, ce que les Arabes prononcent Tobba‘.

On appelle aussi As‘.ad Tobba‘ le Dernier: aucun roi ‘himyarite n’a eu un aussi long-règne que lui, si ce n’est son fils ‘Hassân, que les Arabes appellent Tobba‘ le Jeune.

Ce fut donc As‘ad qui introduisit dans le Yemen le judaïsme, que tous les habitants embrassèrent.

Il laissa trois fils : ‘Hassân, ‘Amrou etZor‘a, tous les trois en bas âge et incapables de régner.

Alors surgit un homme de Benî-Lakhm , nommé Rabî‘a , fils de Naçr, qui s’empara de la couronne du Yemen. I

l, professait également le judaïsme et le pays se soumit à lui.

Ce fut ce roi qui eut un songe dont il demanda l‘interprétation à Sati‘h et à Schiqq.

Himyar

CHAPITRE XXXIV. RÈGNE DE RABI’A FILS DE  NAÇR, LE LAKHMIDE ROI DU YEMEN

Rabi‘a, fils de Naçr, occupa le trône; il professait aussi le judaïsme.

Les enfants du Tobba‘ précédent étaient encore jeunes. et Rabî‘a avait également des fils.

Après plusieurs années de règne, il arriva que le roi eut un songe. Il fit appeler tous les docteurs, interprètes de songes et devins (kâhîn).

Un devin est un homme qui prédit l’avenir, qui fait revenir les objets volés, qui sait répondre à toutes les questions que l’on veut lui adresser et qui connaît d‘avance la demande; qui .peut raconter un songe qu’une personne a en , avant que celle-ci l’ait raconté, et qui en donne l’explication; et si un homme a disparu, il connaît l’endroit où il se trouve.

Un homme qui réunit toutes ces facultés est appelé par les Arabes kähin.

Il y avait des devins qui prétendaient recevoir leurs communications d‘un péri, de même que les possédés , hommes et femmes, disent que c’est un péri qui vient leur dire les choses qu’ils doivent communiquer aux hommes.

Il y avait un grand nombre de ces gens dans le Yemen; mais parmi eux se distinguaient deux hommes, Satî‘h et Schiqq, tous les deux possédés et devins.

Quand Rabî‘a eut son songe, il réunit tous les devins et leur dit : « Racontez-moi le songe que j’ai eu. »

Ils répondirent: Il n’y a que Satî‘h et Schiqq qui puissent le faire. Alors il envoya chercher ces deux hommes. Satî‘h arriva le premier, et le roi lui dit : Raconte-moi le songe que j’ai eu et donne m’en l’explication.

Satî‘h dit : « Tu as vu un nuage duquel est tombé sur la terre un charbon , qui s’est enflammé, et le feu a dévoré et réduit en cendres tous les habitants du Yemen. » 

Le roi dit: « Tu dis vrai; c’est ce que j’ai vu. Maintenant donne-m’en l’explication. »

Sati‘h reprit : « Il viendra un roi de l’Abyssinie qui s’emparera du royaume du Yemen , en soumettra les habitants et abolira la religion juive; le Yemen sera annexé à l’Abyssinie, et les Abyssins y domineront. »

Le roi dit: « Ô Satî‘h, qu’arrivera-t-il après? »

L’autre dit : « Après cela viendra un homme, nommé Sai’f ben-Dsou-Yezen, qui enlèvera le pouvoir aux Abyssins, puis il sera tué. Il surgira dans l’Arabie un prophète qui établira une religion nouvelle, que tous les habitants du Yemen embrasseront et qui durera jusqu’au jour de la résurrection. »

Le lendemain, l’autre devin, nommé Schiqq, arriva; le roi l’interrogea sur son songe, et l’autre lui donna exactement la même interprétation que Sati‘h, sans en différer d’un seul mot.

Le roi, dans ses appréhensions, envoya ses fils hors du Yemen , dans le pays de l »lrâq , auprès du roi de Perse, et adressa une lettre à Schâpour, fils de ‘Hazâd. Cela se passait avant l’époque d’Ardeschîr.

C’est de ces fils de Babî‘a, fils de Naçr, que descendait ‘Adl‘, fils de Rabî‘a, qui fut enlevé par Djadsîma al-Abrasch , dont il épousa la sœur, et qui engendra avec elle ‘Amrou , fils d »Adî.

Après Djadsîma , le gouvernement des Arabes avait passé aux mains de ces princes, comme nous l’avons rapporté plus haut.

Tous ces rois , ‘Amrou , fils d »Adl, et ses descendants, Imrou‘l-Qaïs al-Kindi‘, et Moundsir, et No‘mân, et tous les autres descendants d »Amrou, fils d »Adi‘, tiraient leur origine des fils de Rabî‘a, fils de Naçr, les Lakhmites, (les Lakhmides de l’Iraq) que celui—ci avait envoyés à ‘Hira, par suite du songe qui lui avait été interprété par Sati‘h. Rabl‘a, fils de Naçr, régna encore un certain nombre d’années dans le Yemen; puis il mourut, tandis que ses fils demeurèrent à ‘Hira; aucun d’eux n‘était resté dans le Yemen.

Les habitants se concertèrent et ramenèrent les trois fils du Tobba’ As‘ad, qui avaient grandi : ‘Hassân , ‘Amrou et Zor‘a.

L’aîné, ‘Hassâu , fut nommé roi, et il occupa le trône.

Plus tard, il fut tué par son frère ‘Amrou , qui s’empara du trône, et Zor‘a lui succéda.

Nous allons raconter l‘histoire de chacun d’eux.

Main incrusté en bronze de Himyar, Yémen,  2 ou3 eme siècle après JC
Main incrusté en bronze du royaume arabe antique de Himyar, Yémen, 2 ou 3 eme siècle après JC

CHAPITRE XXXV. RÈGNE DE ‘IIASSÂN ET DE SES FRERES AU YEMEN

 Après que ‘Hassân fut monté sur le trône, il fut acclamé par l’armée et en possession incontestée du pouvoir, de même que son père. Il prit le titre de Tobba‘, et on l‘appelait Tobba‘ le Jeune. Après cinq ans de règne, il voulut faire une expédition hors du Yemen, sur les territoires de l’Arabie, du ‘Hedjâz et de la Syrie, comme avaient fait les autres Tobba‘ et aussi son père.

Les habitants du Yemen et les troupes lui di rent : Il ne faut pas entreprendre d’expédition , car les expéditions qu’ont faites les rois du Yemen au dehors n’ont pas été heureuses.

Hassân ne tint pas compte de leur observation; il fit marcher son armée hors du pays et emmena avec lui son frère ‘Amrou, tandis qu’il laissait dans le Yemen, à cause de sa grande jeunesse, son autre frère, nommé Zor‘a.

‘Hassân envahit la Syrie. Mais ses soldats étaient très-mécontents de cette expédition, et ils craignaient qu’il ne leur arrivât quelque accident du fait des rois de Syrie, de Roum ou de Perse.

Quand ils arrivèrent sur le territoire de la Mésopotamie, entre Mossoul et la Mésopotamie [proprement dite], dans le voisinage de la Syrie, tous les soldats de ‘Hassân vinrent trouver son frère ‘Amrou et lui dirent : « Tue ton frère ‘Hassân, nous te donnerons la couronne et nous te reconnaitrons comme roi, puis nous retournerons dans le Yemen. »

‘Amrou, d’après ces paroles, tua son frère; l’armée tout entière le reconnut comme roi, et il retourna dans le Yemen, où il fut dans la possession incontestée du pouvoir.

Mais, quoi qu’il pût faire, il ne trouvait pas de sommeil; le sommeil le fuyaitjour et nuit.

Dans cette peine, il fit venir les médecins; mais aucun remède que quelqu’un connaissait et qu’il employait ne lui servit. Alors il appela auprès de lui les devins, les savants et les Juifs qui se trouvaient dans le Yemen, et les interrogea [sur son état].

Ils lui répondirent unanimement : « C’est là le châtiment de Dieu, parce que tu as tué ton frère innocent et que tu lui as enlevé la couronne par le crime. »

‘Hassân fit mettre à mort tous ceux des soldats et des officiers de son armée qui l’avaient poussé à tuer son frère. Mais cela ne servit. de rien : il ne put; recouvrer_le sommeil ni nuit ni jour; il ne vécut pas longtemps, et il mourut.

Il ne restait des ‘Himyarites et de la famille royale que le jeune frère du roi, Zor‘a, qui n‘était pas encore apte au gouvernement, et le trône resta vacant.

Alors un homme qui n‘était pas de la famille royale, nommé ‘Hanîfè, fils d »Âlim, s‘empara du royaume du Yemen et affermit son pouvoir, en commettant l’injustice et en opprimant les habitants.

Au bout de deux ans de règne, sa tyrannie aug menta et il s‘adonna au vice du peuple de Lot.

Il se fit amener tout jeune homme du Yemen dont il entendait vanter la beauté et accomplit sur lui son infamie, puis il le renvoya.

Aucun jeune homme ne pouvait se marier avant d’avoir été d’abord chez le roi.

Le peuple n’avait aucun moyen de se soustraire à cet état de choses. Le roi avait un belvédère où il se tenait quand on lui amenait un jeune homme, et à la porte duquel étaient postés des soldats et des gardiens.

A l’intérieur de ce belvédère se trouvait une chambre ornée de peintures et pourvue d‘une fenêtre. Quand il avait satisfait sa passion, il mettait la tête à cette fenêtre, et alors les hommes savaient qu‘il avait consommé son infamie.

Il mettait un cure-dent à sa bouche, afin que les gardiens et les sentinelles ouvrissent la porte du belvédère et que le jeune homme sortit. Ils n’ouvraient jamais la porte avant de voir le roi, le cure-dent à la bouche. et avant qu’il fût arrivé à ses fins.

Or le plus jeune fils de Rahi‘a, nommé Zor‘a, était devenu grand et le plus bel adolescent de son temps.

Le roi le fit mander par un messager auprès de lui. Zor‘a comprit pour quel motif il le faisait appeler. Il se munit d’un grand couteau, qu’il tint caché sur lui, et se rendit au palais.

Il avait appris tout ce qui concernait le belvédère et tout ce qu’y subissaient les jeunes gens. Arrivé à la porte du belvédère, Zor‘a y fut introduit, et les gardiens en fermèrent la porte.

Le roi voulut se jeter sur lui; mais Zor‘a dit : « Ô roi, ne me déshonoré pas et épargne—moi seul de tous les jeunes gens du royaume, car je suis de famille royale; mon père et mes frères ont été rois, et moi j‘ai plus de droits sur le trône que toi-même; je te l‘ai abandonné; toi, à ton tour, laisse—moi ma personne et fais—moi grâce. »

Le roi ne se rendit pas à ses supplications et dit : « Fais ce que je désire, ou j‘appelle le gardien, afin qu‘il te coupe la tête et la suspende à ce belvédère. »

Alors Zor‘a tira son couteau, l‘enfonça dans le ventre du roi et le tua, lui trancha la tête et la main droite, mit le cure-dent dans cette main et plaça la tête à la fenêtre. Lorsque les gardiens aperçurent la tête et le cure—dent, ils pensèrent que le roi avait accompli son action, comme il avait fait avec les autres jeunes gens, et ils ouvrirent la porte du belvédère.

Zor‘a en descendit et sortit.

Ensuite, quand les gardiens entrèrent et trouvèrent le roi dans cet état, ils reconnurent que c‘était Zor‘a qui avait commis le meurtre

. Ils descendirent et avertirent l‘armée et le peuple. Les habitants étaient dans la joie; ils allèrent trouver Zor‘a et lui dirent : « Tu es le plus digne d‘occuper le trône; car tu es de la maison royale, et tu nous as délivrés de ce misérable. »

Une grande foule accourut; Zor‘a fut proclamé et on l‘investit du gouvernement du Yemen.ll monta sur le trône , et l‘armée le reconnut.“ professa le judaïsme, et on lui donna le surnom de Dsou-Nowâs. Il fut le plus respecté de tous les rois du Yemen.

Il prit le nom de Yousouf et régna un grand nombre d‘années, réunissant dans sa main le pouvoir du Yemen et de ‘Himyar, qui passe ensuite aux Abyssins.

Ce fut lui qui fit une expédi tion contre Nadjrân, dont les habitants étaient tous chrétiens et suivaient la religion de Jésus.

Il vint les appeler au judaïsme; mais ils refusèrent.

Dsou-Nowâs fit creuser dans la terre une longue excavation, comme un fossé, y fit allumer un feu et y fit précipiter tous ceux qui ne voulurent pas embrasser le judaïsme.

Ce fossé est appelé en arabe Okhdoud; il en est question dans le Coran en ces termes : «Périsseut les gens du fossé rempli d’un feu constamment entretenu ! 11 (Sur. r.xxxv, vers. 5-6.)

Nadjrân est une ville située entre Mossoul et le Yemen, dont les habitants étaient chrétiens, tandis que tous ceux qui demeuraient autour d’elle étaient idolâtres. Maintenant il faut faire connaître pour quelle raison Dsou Nowâs vint à Nadjrân , et comment il arriva que les habitants de cette ville, seuls entre tous les Arabes, furent chrétiens.

Najran (Arabie saoudite)
Najran (Arabie saoudite)

CHAPITRE XXXVI HISTOIRE DE LA CONVERSION DES ARABES DE NADJRAN AU CHRISTIANISME.

Les habitants de Nadjrân étaient tous Arabes, des Benî Tha‘lab.

Tandis que tous les Arabes qui les entouraient étaient idolàtres, ils étaient chrétiens; mais primitivement ils avaient été également idolâtres.

Voici comment ils étaient devenus chrétiens.

Ils avaient en dehors de la ville un arbre, un grand palmier.

Une fois, chaque année, ils célébraient une fête, et, ce jour—là, tout le peuple se réunissait autour de cet arbre; on le couvrait de brocart, on plaçait toutes les idoles sous l’arbre, on faisait des processions autour et des invocations.

Un div se tenant dans l’arbre parlait aux hommes. En suite ils offraient à l’arbre des sacrifices, et rentraient.

Or un homme du pays de Syrie, descendant des disciples de Jésus, nommé Fîmioun (Euphémion), vint en Arabie. Il trouva ce pays plongé dans l’idolâtrie, et n’ose pas professer sa religion, craignant qu’ils ne le fissent périr.

 

Il voyageait donc de ville en ville, gagnant sa vie; chaque soir il recevait le prix de son travail, en achetait de la nourriture et mangeait; ensuite il se mettait à louer Dieu et à prier.

Quand les hommes s’apercevaient qu’il n’adorait pas les idoles, il quittait son séjour et se rendait ailleurs, sur le territoire de Mossoul, de la Mésopotamie, du Sawâd ou de l »lrâq.

Un jour, comme il marchait seul, il fut rencontré par des brigands, qui lui dirent : « Tu es [sans doute] un esclave, et tu t’es enfui d’auprès de ton maître. »

Ils le firent captif, le conduisirent à Nadjrân et le vendirent . Il était donc aux ordres de l’homme qui l’avait acheté; mais, le soir, il entrait dans une chambre et passait toute la nuit en prières, tenant la porte de la chambre fermée.

Son maître, l‘ayant vu faire ainsi une nuit ou deux, voulut savoir ce qu’il faisait dans la chambre. Il y entra donc vers mi nuit et vit la chambre éclairée par une lumière. Il pensait que Fîmioun avait un flambeau; regardant de plus près et voyant qu’il n’en avait pas, il fut épouvanté.

Le lendemain , il appela Fîmioun et lui dit : « Je t’ai vu hier soir quand tu priais; toute la chambre était éclairée. et tu récitais quelque chose; quelle religion as—tu?  »

L’autre répondit : « Je professe la religion de Jésus, fils de Marie, et c’était l’Évangile, le livre de Dieu, que je récitais. »

L’homme dit : « Cette religion est-elle supérieure à la nôtre? »

Fimioun répondit : « Assurément, ma religion est supérieure à la vôtre; car celle-ci est fausse, ces idoles et cet arbre ne sont pas des dieux.  »

Cet homme, le maître de Fimioun, fit part de cette histoire à ses concitoyens. Ceux-ci tirent venir Flmioun et le questionnèrent. Il leur exposa la religion de Jésus, et elle leur plut. Ils lui dirent : « Qui nous garantit que ta religion est la vraie et la nôtre fausse? »

L’autre dit : « Je vais invoquer mon Dieu, afin qu’il détruise cet arbre. »

Ils promirent que, si cela avait lieu, ils embrasseraient sa religion. Fimioun sortit de la ville et se rendit auprès de l’arbre; il se plaça au pied de l’arbre et pria. Dieu, devant les yeux de tout le peuple, donna ordre au vent, l’arbre fut arraché et complétement déraciné.

Alors les habitants brisèrent leurs idoles et embrassèrent la religion de Jésus; l’homme qui avait acheté Fîmioun lui rendit la liberté.

Tous les habitants de Nadjrân furent donc chrétiens et apprirent l’Évangile. Fimioun y restait, leur enseignant l’Évangile, et les hommes lui envoyaient leurs enfants pour l’apprendre.

Voilà comment les habitants de Nadjnân, seuls parmi les Arabes, devinrent chrétiens.

Il y avait à Nadjrân un chef nommé Thâmir, à qui naquit un fils, qu’il nomma ‘Abdallah. Quand celui-ci fut grand, son père l’envoya à Fîmioun, afin qu’il lui enseignât l’Évangile. L’enfant fut pendant plusieurs années son écolier.

Fîmioun connaissait le grand nom de Dieu, et tout ce qu’il demandait à Dieu, il l‘obtenait.

Quand on lui apportait un malade, Flmioun demandait le secours de Dieu, et le malade était guéri par la puissance de ce nom. ‘Abdallah, fils de Thâmir, demanda à Flmioun avec beaucoup d’instances de lui apprendre ce nom; mais Fîmioun ne voulut pas et dit : « Ce nom est l’un des noms de Dieu et se trouve dans l‘Évangile; mais je crains de te l’apprendre, de peur que tu ne puisses le supporter; car tu n’es encore qu’un enfant, et tu pourrais adresser à Dieu une demande inconvenante, et par là périr. »

‘Abdallah , désespérant d’obtenir quelque chose de Fimi0un, s’en ferma dans sa chambre, et songea à un moyen pour arriver par lui—même à la connaissance de ce nom. Il avait entendu dire à Fîmionn que, si l’on jetait le grand nom de Dieu dans le feu, il ne brûlerait pas. ‘Abdallah tira de l’Évangile tous les noms de Dieu qui s’y trouvaient, les écrivit ensemble; ensuite il écrivit chaque nom sur un morceau de bois, et les jeta au feu.

Tous les morceaux de bois brûlèrent, excepté celui sui‘ lequel était écrit le grand nom de Dieu (Allah).

De cette façon ‘Abdallah en eut connaissance. Il alla trouver Flmioun et lui dit ce qu’il avait fait. Celui-ci lui dit:  « Ô mon enfant, maintenant que tu l’as trouvé, prends garde de ne pas le perdre, en invoquant Dieu par ce nom dans une intention criminelle ou pour une chose inconvenante, que Dieu désapprouve. »

Lorsque ’Fimioun mourut, ‘Abdallah prit sa place à Nadjrân, et maintint la religion de Jésus.

Quand on lui amenait un malade ou un aveugle, il invoquait Dieu par ce nom, et le malade était guéri.

Le christianisme prit racine à Nadjrân et s’y établit si solidement, qu’il n’y eut plus personne qui ne fût chrétien; quiconque entrait dans la ville embrassait le christianisme ou était mis à mort. Or un des juifs du Yemen vint à Nadjrân avec ses deux fils.

Les habitants les saisirent et leur dirent : « Embrassez le christianisme, ou nous vous tuerons tous les trois. »

Les deux [ils refusèrent, et furent tués; le père embrassa le christianisme, et on lui laissa la vie; en suite il termina les affaircs de commerce pour lesquelles il était venu, et rentra dans le Yemen , où il reprit le judaïsme.

Il alla trouver le roi Dsou-Nowâs et lui raconta tout ce qui ‘ concernait les habitants de Nadjrân et le sort de ses propres fils. Dsou-Nowâs entra dans une grande colère, et jura solennellement sur le Pentateuque et la religion de Moïse de conduire une armée à Nadjrân , d’en détruire les églises, de briser les croix et de faire brûler tous ceux qui ne voudraient pas abandonner le christianisme et se convertir à la religion juive.

Il sortit du Yemen avec cinquante mille hommes, et se dirigea vers Nadjrân, en emportant avec lui le Pentateuque. Et là il fit creuser pour les habitants de cette ville un fossé et’ lcs fit brûler.

C’est ce roi Dsou—Nowâs et les juifs du Yemen qui sont appelés gens du fossé dans le Coran , où Dieu les a maudits en ces termes : «Périssent les gens du fossé!  » etc. c’est à—dire maudits soient ces hommes du fossé, qui vinrent, creusèrent une fosse, s‘assirent au bord et précipitèrent le peuple dans le feu.

Ukhud Najran. a mention des hommes de Ukhdoud figure dans le Coran (Le Coran, « Les Signes célestes », LXXXV, 4, (ar) البروج). Selon la plupart des commentateurs de ce livre, la formule désignerait les martyrs de Najran, des chrétiens massacrés au Yémen (aujourd'hui territoire de l'Arabie saoudite) pour leur foi, avant l'avènement de l'islam. Il faut noter que les Chrétiens ont été massacrés par Dû Nuwass, un roi juif qui les appela à se convertir au Judaïsme ou à mourir. La population choisit la mort.Dû Nuwass fit torturer hommes, femmes, enfants, vieillards, les passa au fil de l'épée et les brûla alors qu'ils étaient encore vivants. Les faits se sont passés en 571, sont rapportés par les historiens et notamment Ben Isaac. Pour des raisons étranges, ils sont totalement occultés. Les martyrs de Najran s'élévent à plus de 20.000 personnes.
Ukhud Najran. la mention des hommes de Ukhdoud figure dans le  noble Coran (« Les Signes célestes », LXXXV, 4, ( البروج).
Selon la plupart des commentateurs de ce livre, la formule désignerait les martyrs de Najran, des chrétiens massacrés au Yémen (aujourd’hui territoire de l’Arabie saoudite) pour leur foi, avant l’avènement de l’islam. Il faut noter que les Chrétiens ont été massacrés par Dû Nuwass, un roi juif qui les appela à se convertir au Judaïsme ou à mourir. La population choisit la mort.Dû Nuwass fit torturer hommes, femmes, enfants, vieillards, les passa au fil de l’épée et les brûla alors qu’ils étaient encore vivants. Les faits se sont passés en 571 JC, sont rapportés par les historiens et notamment Ben Isaac. Pour des raisons étranges, ils sont totalement occultés. Les martyrs de Najran s’élévent à plus de 20.000 personnes.

CHAPITRE XXXVII. HISTOIRE DES GENS DU FOSSÉ   Ukhoud

Arrivé sur le territoire de Nadjrân avec sa nombreuse armée, le roi yéménite Dsou-Nowâs y fit détruire toutes les églises, et les croix furent abattues et brûlées; ensuite il invita les habitants à embrasser le judaïsme; mais ceux-ci refusèrent.

‘Abdallah , fils de Thâmir, fut également engagé à professer la religion juive , et il s’y refusa également.

Le roi le fit porter sur le sommet d’une montagne et précipiter en bas. ‘Ahdallah se releva sain et sauf; son corps n’avait point souffert. Il se présenta devant le roi et I’appela au christianisme.

Le roi tenait dans sa main un bâton; il en frappa ‘Abdallah sur la tête et ‘ la brisa; le sang coula, et ‘Abdallah mourut et fut enterré.

Ensuite, Dsou-Nowâs fit creuser un énorme fossé, long comme un abîme, de la profondeur d’une lance, et très largc, le fit remplir de matières combustibles et y fil mettre le feu.

Il fit venir les habitants un à un, et fit jeter dans ce feu tous ceux qui ne voulurent pas embrasser le judaïsme. Environ vingt mille hommes furent tués de cette manière; les autres s’enfuirent.

Le roi fit détruire tout ce qui était encore resté debout dansla ville; il fit brûler les croix et les Évangiles; ensuite il retourna dans le Yemen.

Il arriva, du temps d“Omar ben-al-Khattâb, lorsqu‘il appela les gens de Nadjrân , qui étaient chrétiens, à l‘islam que ceux-ci ne voulurent pas l‘accepter.

Mais ils s‘engagèrent à payer une capitation double de celle que payaient. les musulmans. ‘Omar leur accorda la paix et envoya un agent à Nadjrân pour recevoir cette contribution.

Oukhoud Najran
Oukhoud Najran

Celui—ci adressa à ‘Omar une lettre dans laquelle il lui raconte le fait suivant: « Un paysan de Nadjrân, creusant une fosse, y a trouvé le cadavre d‘un homme en parfait état de conservation, la main posée sur la tête.

Chaque fois que ce paysan soulevait cette main en I‘éloignant de la tête, il voyait au dessous une blessure dont il coulait du sang; et quand il replaçait la main, le sang cessait de couler.

Les hommes en furent étonnés et ne savaient ce que c‘était. »  ‘Omar ne le sut pas non plus et interrogea ‘Ali‘ ben-Abou«Tâlib. Celui—ci dit : « C‘est ‘Abdallah, fils de Thâmir, que le roi du Yemen, Yousouf Dsou—Nowâs, l‘Homme du Fossé, a tué en le frappant avec le bâton et lui brisant la tête; son sang s‘est répandu par la blessure. Yousouf le fit enterrer en cet endroit. »

C‘est le Prophète qui l‘avait ainsi raconté à ‘All. ‘Omar ordonna de laisser la main de cet homme posée sur sa tête, de le remettre en terre et d‘ériger au-dessus de lui un monument, afin que personne n‘ouvrit plus sa tombe. Ils firent ainsi.

Après avoir massacré et brûlé tout ce peuple, le roi Yousouf retourna de Nadjrân dans ‘le Yemen.

Le pays tomba entre les mains des Abyssins, qui vinrent s‘emparer du Yemen, comme nous allons le rapporter.

 

Aksum_and_South_Arabia_ca._230_AD
Le royaume Abbyssin d’Aksum et le sud de l’Arabie ver  230 JC le royaume Himyarite est en rouge, Najran sous influence chrétienne et abyssine  

CHAPITRE XXXVIII. HISTOIRE DE LA CONQUÊTE DU ROYAUME DU YEMEN PAR LES ROIS ‘D’ABYSSINIE.

Voici comment le royaume du Yemen tomba des mains de Dsou Nowâs et des ‘Himyarites en général : Yousouf retourna de Nadjrân dans le Yemen.

Un des chrétiens de cette ville, nommé Dous, avait sauvé sa vie en s’enfuyant sur un cheval qui était nommé Tha‘lab, à cause de la grande rapidité de sa course: c’est pour cela que, dans les chroniques, cet homme est appelé Dous Dsou-Tho‘labân, étant désigné par le nom du cheval sur lequel il s’est enfui.

Après le départ de Dsou-Nowâs, Dous rentra dans Nadjrân et fit sortir de leur retraite les hommes qui étaient restés en vie, et leur dit : « Reconstruisez vos églises et rétablissez le culte chrétien; moi, je n’aurai pas de repos avant d’avoir obtenu vengeance. »

Il monta sur son cheval et alla trouver le César, qui était chrétien, en prenant avec lui un Évangile à demi brûlé, qui lui appartenait.

Le roi de Perse, à cette époque, était Nouschirwân, qui s’occupait à régler les affaires de son pays et qui était adorateur du feu.

Quand on lui rapporta que le roi du Yemen était venu à Nadjrân et avait brûlé les chrétiens, il ne s’en soucia pas. Dous Dsou-Tho‘labän vint donc auprès de l’empereur, lui fit le récit de Nadjrân et mit devant ses yeux l’Évangile détérioré par le feu.

L’empereur de Roum fut très afiligé, pleura et dit : « Si tu étais venu plus tôt, quand il n’était pas encore rentré dans le Yemen, je serais allé lui faire la guerre et aurais vengé la religion chrétienne; mais maintenant qu’il est de retour dans le Yemen, je suis séparé de lui par une trop {grande distance, par le désert, le ‘Hedjâz et l’Arabie, où la marche d’une armée est très—difficile. Mais le roi d’Abyssinie en est plus rapproché, et il est chrétien; je te donnerai une lettre pour lui, afin qu’il t’accorde une armée et que vous preniez vengeance. « 

L’empereur écrivit donc au Nedjâscln‘, le roi d’Abyssinie, et envoya vers lui Dous Dsou Tho‘labân avec son Évangile qui avait souffert du feu. Dous vint en Abyssinie, remit au Nedjâschî la lettre du César, lui présenta le livre détérioré et lui rapporta le récit des gens de Nadjrân. Le roi versa des larmes.

Il fit convoquer les habitants de I’Abyssinie, et tous pleurèrent et s’affligèrent sur le sort de la religion chrétienne; ils résolurent d’attaquer Dsou Nowâs avec une nombreuse armée, et d’agir avec les juifs d’une plus rude façon que ceux-ci n’avaient fait avec les chrétiens.

Le Nedjâschî (le Negus) passa son armée en revue, et fit marcher soixante et dix mille hommes sur le Yemen.

Il choisit parmi ses généraux un homme nommé Aryât, qu’il plaça à la tête de cette armée.

Un vieux château à mehiut Al-Mahwit - Yémen
Un vieux château à mehiut Al-Mahwit – Yémen

Dous Dsou-Tho‘labân l’accompagna. Il y a entre l’Abyssinie et le Yemen une mer très-vaste.

Le Yemen renferme un grand nombre de villes et est le plus beau pays du monde, car il est en même temps montagneux et plat, terre ferme et pays riverain; il y a des villes qui sont situées sur le sommet d’une montagne, d’autres dans les vallées, d’autres dans l’intérieur des terres et d’autres sur le bord de la mer: certaines villes ont une température assez chaude; d’autres, une température assez froide.

Parmi les villes de la côte se trouvent ‘Aden et ‘Hadhramaut.

L’armée abyssine traversa la mer et débarqua à ‘Hadhramaut. Quand Dsou-Nowâs en fut informé, il envoya des messagers aux rois de toutes les villes du Yemen et convoqua les armées; il leur fit dire : « L’ennemi qui vient nous attaquer est très—fort; nous ne sommes pas en état de nous mesurer avec lui et de le combattre; Il faut le perdre par une ruse. Que chacun de vous reste dans sa ville avec ses troupes; je ferai en sorte que l’ennemi envoie dans chaque ville une partie de ses troupes, et alors que chacun de vous tombe avec son armée sur ces hommes qui y viendront, et qu’il les fasse périr. »

Les rois consentirent, et les troupes du Yemen restèrent tranquilles; Dsou-Nowâs demeura avec environ cinq mille hommes à Çan‘â (Sanaa).

Ensuite Dsou-Nowâs fit faire cent mille clés, et lorsque le chef de l’armée abyssine, Aryât, débarqua à ‘Hadhramaut, Dsou-Nowâs lui adressa une lettre dans laquelle il lui disait : « Je ne veux pas lutter contre toi, car je sais que le Nedjâschi ne nourrit pas d’hostilité envers moi; si le roi le désire, je lui enverrai les clés de tous mes trésors, et je me rendrai moi-même auprès de toi avec les quelques hommes qui sont avec moi; je n’ai pas rassemblé d’armée, afin que tu saches que je ne veux pas te combattre. Je me rendrai auprès de toi, je te remettrai ces clés et le royaume. Si tu l’ordonnes, je ferai magoumission à toi, ou si tu veux, je me rendrai auprès du Nedjâschi. »

Le Moyen-Orient et l'Arabie ver 565 JC
Le Moyen-Orient et l’Arabie ver 565 JC, lé yémen sous domination Axumite

 

Aryât répondit: « Je ne peux rien faire par moi-même, sans l’autorisation du Nedjâschi. »

Il resta donc à ‘Hadhramant, écrivit au Nedjâschî et lui rendit compte de cette proposition, en lui envoyant la lettre de Dson—Nowâs. Le Nedjâschî, après avoir lu ces lettres, fut très-content et écrivit à Aryât de recevoir les trésors et de les envoyer à la cour.

Aryât envoya une lettre à Yousoul‘, lui disant : Le Nedjâschi ordonne que tu te rondes auprès de moi et me livres les trésors.

Dsou-Nowâs partit de Çau‘â, chargea les clés sur des ânes et vint à ‘Hadhramaut, auprès d’Aryât, qu’il conduisit, lui et son armée, à Çan‘â (Sanaa), et lui remit toutes les richesses qui se trouvaient dans cette ville, en lui disant :  » Les autres trésors sont dans les autres villes; envoie dans chaque ville un officier avec quelques troupes, à qui je remettrai la clé du trésor de la ville; qu’il aille en prendre possession. »

Aryât fit ainsi. Lorsque l’armée abyssine fut ainsi dispersée, Dsou-Nowâs envoya dans chaque ville l’ordre de tuer les troupes abyssines : elles furent toutes mas— sacrées. Quand Aryât en fut informé, il en eut une grande douleur.

Il quitta Çan‘â ‘(Sanaa), se rendit à ‘Hadhramaut, s’embarqua. et vint rendre compte au Nedjâscln‘. Celui-ci fut très-cour— roucé; il arma cent mille hommes, cavaliers et fantassins, et mit à leur tête un officier nommé Abraha ben—aç-Cebâ‘h, sumommé Abou—Yaksoum; il était de la famille des rois d’Abyssinie; on l’appelle aussi Abraha al-Aschram, nom qui désigne en arabe quelqu’un qui a le nez coupé. Il eut le nez coupé dans de guerre du Yèmen, comme nous le rapporterons plus loin.

Le Yémén sous les Abyssins d'Axum (Osprey Angus McBride) 1 2 3
Le Yémén sous les Abyssins d’Axum 4-6eme JC siècle (Osprey Angus McBride)
1) Soldat Yéménite 5eme siècle
2) Gouverneur Éthiopien 6eme siècle 
3) Marin Omanais 3-4eme siècle

Abraha vint donc avec cent mille hommes dans le Yemen.

Lorsqu’il débarqua à ‘Hadhramaut, Dsou-Nowâs reconnut qu’il ne pourrait pas lui résister et que son armée ne l’aide— rait pas. Il avait un cheval qui savait nager; il monta en toute hâte sur ce cheval et le poussa dans la mer; le cheval nagea pendant quelque temps, ensuite il se noya.

Abraha vint dans la ville de Çan‘â, saisit les rênes du gouvernement et autorisa l‘armée abyssine à tuer dans chaque ville du Yemen autant de personnes que les Yemenites avaient tué des leurs.

Le sang coula à flots dans chaque ville. Abraha soumit les habitants du Yemen, s’empara de la couronne, proclama le christianisme et construisit des églises. Il engagea le peuple à abandonner la religion juive et à embrasser le christianisme; quiconque refusait de le faire ou de payer la capitation eut la tête tranchée.

Or le Nedjâschî pensa qu’Abraha lui enverrait une partie des trésors du Yemen.

Abraha n’en fit rien, et l’on disait au Nedjâschî: « Il s’est révolté contre toi et s‘est emparé du royaume du Yemen pour son propre compte. »

Le Nedjâschi -lui adressa une lettre et l’appela auprès de lui. Abraha répondit : « Je suis l’esclave du roi, et j’ai conquis ce royaume pour lui avec beaucoup de peine et en versant beaucoup de sang. Si je m’absente d’ici, ce pays sera perdu pour nous; il faut que le roi envoie ici une armée et quelqu‘un à qui je puisse remettre le gouvernement, ensuite j‘irai me présenter devant lui. »

Le duel entre les généraux abyssins Abraha et Aryat
Le duel entre les généraux abyssins Abraha et Aryat tiré du tarikhnama de Muhammad al-Balami

Le Nedjâscbî envoya Aryât, le même général qu’il avait envoyé le premier dans le Yemen, avec quatre mille hommes, pour prendre le gouvernement du Yemen, ayant ordonné à Abraha de venir à sa cour.

Lorsque Aryât vint dans le Yemen, Abraha alla à sa rencontre et lui dit : « Pour quelle aiïaire es-tu venu? L‘autre dit : Le roi m’a ordonné de prendre de tes mains l’armée et le gouvernement et de t’envoyer à sa cour. « 

L‘autre dit :  « Et si je ne le les remets pas, que feras-tu? »

Aryât répondit : « Alors nous te combattrons, moi et mes troupes, jusqu’au dernier homme. »

Abraha lui dit : « A quoi servirait de tuer les soldats? Viens combaltre seul avec moi; celui de nous deux qui sera vainqueur prendra le gouvernement »

. Aryât consentit, et ils convinrent d’un jour et d’un lieu où ils combattraient seuls.

Abraha avait un serviteur abyssin très—brave, nommé Ghenoud. Les Abyssins combattent tous avec la lance.

Le jour du combat convenu, Abraha dit à son esclave : « Quand je serai au moment de le combattre, tiens toi en embuscade, puis élance-loi subitement sur lui, frappe-le de ta lance et tue—le. »

Ensuite Abraha et Aryât commencèrent la lutte, en présence des deux armées, et l‘esclave se tint caché derrière Aryât. Quand ils furent en train de lutter, l‘esclave frappa subitement Aryât d‘un coup de lance; mais, avant qu‘il l‘atteignît, Aryât dirigea sa lance sur la tète d‘Abraha, qui était couverte d‘un heaume de fer. La lance traversa le heaume, toucha la figure d‘Abraha et enleva une partie de son nez.

C‘est depuis ce jour qu‘on l‘appela Abraha al—Aschram (le Balafré).

L‘esclave frappa donc Aryât, le démonta et le tua.

Quant aux soldats d‘Aryât, les uns furent tués, d‘autres se jetèrent dans la mer et se noyèrent, quelques—uns s‘enfuirent auprès du Nedjâschî.

Abraha se saisit du gouvernement. Il avait promis à l‘esclave que, s‘il tuait Aryât, il lui accorderait tout ce qu‘il lui demanderait.

Quand Abraha fut installé sur le trône, l‘esclave lui rappela sa promesse. Abraha lui de manda ce qu‘il désirait.

L‘esclave dit : « Ordonne qu‘aucune jeune fille ne soit conduite dans la maison de son époux avant de m’avoir été amenée, pour que je lui ôte sa virginité. »

Abraha dit : « C‘est une vilaine chose; fais une autre demande. »

L‘esclave dit : « Je n‘ai pas d‘autre désir que celui-là. »

Alors Abraha donna l‘ordre que l‘on fit ainsi qu‘il l‘avait dit.

Pendant un au, aucune jeune fille du Yemen ne fut remise à son époux avant d‘avoir été conduite à cet esclave. Au bout de ce temps, un homme vint et tua l‘esclave; les habitants du Yemen craignirent le ressentiment d‘Abraha.

Mais celui-ci les convoqua et leur dit : « La mort de cet esclave a été très désirable pour moi; mais je ne pouvais pas manquer à ma parole, et je savais que vous le tueriez vous—mêmes. »

Les hommes furent très-contents de ces paroles d‘Abraha et le prirent en affection. Quand le roi d‘Abyssinie fut informé de la mort d‘Arya‘t, il jura par Dieu, par Jésus, l’Évangile et la croix, qu’il n’au rait pas de repos qu’il n’eût versé le sang d’Abraha sur la terre, et qu’il n’eût foulé le sol de la ville dans laquelle il se trouvait; ensuite il se mit à rassembler une année.

himyar saba

A cette nouvelle, Abraha sentit qu’il devait succomber, que l’armée abyssine ne ferait pas la guerre à son roi, auquel elle était attachée, et que lui-même n’aurait pas de secours à espérer des habitants du Yemen.

Il envoya donc un messager au roi pour lui présenter ses excuses, et lui fit dire: « Je suis l’esclave du roi, de même que le fut Aryât. Mais celui-ci n’exécuta pas mes ordres. Je lui avais dit de prendre patience, afin que je lui confiasse l’armée et le gouvernement; il n’attendit pas, et il ne m’accorda pas le temps nécessaire. Ensuite il imagina un, guet apens : il m’appela à une conférence et jeta sa lance contre moi pour me tuer. Alors mon esclave’ le frappa d’un coup de lance, et Aryât fut tué. Si donc deux esclaves du roi combattent l’un contre l’autre et que Dieu fasse périr l’un des deux, il ne faut pas que le roi se dérange. Je suis son esclave comme je l’ai été ; toujours, quand tu l’or donneras, j’irai; mais je crains que le royaume du Yemen ne soit perdu et qu’il soit impossible de le reprendre; il faudra beaucoup de troupes et beaucoup d’argent pour faire de nouveau la guerre; mais moi je suis aux ordres du roi. »

Il présenta ainsi sa justification.

Le Nedjàschî savait qu’il lui faudrait beaucoup d’argent pour transporter des troupes dans le Yemen, et, craignant les dangers de la mer, il agréa cette justification.

Il envoya à Abraha un messager et lui fit dire : « J‘ai juré de verser ton sang sur la terre et de fouler le sol de ton pays. »

Abraha se coupa une veine et fit couler le sang dans une fiole; puis il remplit une bourse de terre, et envoya les deux objets au Nedjâschî, avec ce message : « Voilà mon sang, verse-le sur la terre; et voilà la terre de mon pays , mets-la sous ton pied, afin que ton serment soit accompli. »

Le Nedjâschi fut content, se dégagea de son serment et fut satisfait d’Abraha : il lui laissa le royaume du Yemen. A

braha établit le christianisme dans le Yemen.

Ce fut lui qui amena une armée et des éléphants à la Mecque, pour y détruire le temple de la Ka‘ba.

Dieu le fit périr; il l‘a mentionné dans le Coran en ces termes : «As—tu vu comment ton Seigneur a agi avec les hommes de l’éléphant?» (Sur. cv, vers. 1.)

Le secours miraculeux de la Kaaba face a l'attaque d'Abraha
Le secours miraculeux de la Kaaba face a l’attaque d’Abraha ( du tarikhnama de Muhammad al-Balami)

CHAPITRE XXXIX. HISTOIRE DE L’EXPÉDITION D’ABRABA CONTRE LA KA’BA.

L’origine de cet événement fut celle-ci : Lorsque Abraha fut rentré en grâce auprès du Nedjâschî, et que celui-ci l’eut confirmé dans le gouvernement du Yemen, il fut très-heureux, il en rendit grâces à Dieu, donna des aumônes aux pauvres et fit construire des églises‘ dans chaque ville du Yemen.

Il fit élever à Çan‘â (Sanaa), au nom du Nedjâschî, une église qui n’avait pas sa pareille sur toute la terre en grandeur, en beauté et en ornements.

On- mit quatre ans à la terminer.

Abraha la nomma Qalis. Sa réputation se répandit dans le monde entier. Abraha adressa une lettre au Nedjâschî, dans laquelle il lui disait: « J’ai fait construire pour le roi une église comme le monde n’en possède pas , par reconnaissance de ce que Dieu m’a rendu la grâce du roi. »

Il lui envoya en même temps le plan de l’église. On y vint de Roum. de la Syrie et de tous les pays où il y avait des chrétiens, et l’on voyait là quelque chose qu’on n’avait jamais vu ni entendu , et chacun y lit de riches offrandes.

La nouvelle en vint aussi au César de Roum, qui y envoya également des présents, de. l’albâtre et des étoiles de Roum.

Il écrivit au Nedjâschi une lettre ainsi conçue : « Ton lieutenant a fait dans le Yemen une chose comme on n’en ajamais fait; la gloire en revient à toi; il n’y a nulle part dans le monde un édifice pareil et une église pareille. »

Le roi d’Abyssinie en fut charmé et adressa à Abraha une lettre pleine de compliments et d’éloges.

Abraha écrivit au roi : « Les Arabes ont à la Mecque,un temple qu’ils appellent temple de Dieu; ils y vont en pèlerinage, et font des processions autour de ce temple. L‘église que j’ai fait construire est cent mille fois supérieure en beauté à ce temple. Je veux ordonner aux habitants du Yemen de faire des pèlerinages et des processions journalières à cette église, d’y adorer Dieu et de lui adresser en ce lieu leurs prières. Je veux ordonner aux Arabes de se rendre ici, au lieu de faire leur pèlerinage à leur temple. Cela sera à l‘éternelle gloire du roi. »

Le Nedjâschî en fut content. Alors Abraha proclama dans le Yemen que chrétiens et juifs devaient venir prier dans cette église, y faire des processions et des pèlerinages.

Deux frères arabes, de la tribu des Banu Solaïm, étaient venus auprès d’Abraha. L’ainé s‘appelait Mo’hammed ibn-Khozà‘a al—Dsikrâni; le nom. de l’autre était Qaïs ibn-Khozâ‘a. C’étaient des chefs arabes; ils avaient été réduits par les Arabes et ils s’étaient trouvés embarrassés dans le ‘Hedjâz, le Tihâma et à la Mecque, et étaient venus auprès d’Abraha avec une partie de leur tribu.

Celui—ci les avait bien reçus, et. ils demeuraient là. Lorsque Abraha résolut d’inviter les Arabes à faire leurs pèlerinages à l’église, et de les détourner du temple de la Ka‘ba, il montra beaucoup d’amitié à Mo’hammed, lui donna le gouvernement des Arabes du désert et du ‘Hedjâz, et la souveraineté de la Mecque; il mit une couronne sur sa tête et l’envoya à la Mecque, en lui recommandant de forcer les Arabes à faire leurs pèlerinages à l’église , de les persuader que cette église était plus belle que la Ka‘ba, plus illustre et plus pure; qu’ils avaient dans leur temple des idoles, et qu’ils le souillaient, et que jamais cette église n’avait été souillée.

Mo‘hammed partit avec son frère Qaïs et les gens de sa tribu. La nouvelle s’en répandit à la Mecque.

La souveraineté de la Mecque appartenait aux Qoraïschites et aux différentes branches de cette famille, de la tribu des Kinâna.

Le chef des Qoraïschites et de la Mecque était alors ‘Abdou’l-Mottalib.

Quand Mo‘hammed ar riva sur le territoire de la tribu des Kinâna, ceux-ci postèrent sur son chemin un homme nommé ‘Orwa, fils d »Iyâdh, qui le tua d’un coup de lance.

Son frère Qaïs se réfugia auprès d’Abraha, dans le Yemen, et lui fit part de cet événement. Abraha dit : « Me faut-il donc envoyer quelque autre pour les engager à venir ici? J’irai moi-même et détruirai leur temple; alors ils seront embarrassés, et ils viendront, s’ils veulent; ou ils ne viendront pas; puis je tuerai tous les Kinâniens.  »

Abraha rassembla une armée de cinquante mille hommes dans le Yemen, et se disposa à marcher sur la Mecque.

Les Arabes du désert, informés de son dessein, envoyè rent un homme de la tribu des Kinâna pour se rendre dans le Yemen et voir l’église qu’Abraha avait fait construire.

Cet homme partit; quand il y arriva, les gardiens le reconnurent comme étranger, et, sachant qu’il n’était pas chré tien, ils lui demandèrent ce qu’il voulait.

Il dit : « Nous avons appris que le roi a fait élever ici une église, et qu’il veut nous engager à y venir en pèlerinage; mes compatriotes m’ont envoyé ici pour la voir, et je viens pour examiner ce temple, savoir comment il est, et pour leur en rendre compte, afin ‘ qu’ils y viennent en pèlerinage. »

On informa de ce fait Abraha qui donna ordre de conduire cet homme, de lui montrer toute l’église et de l’y introduire. Cet homme y vit des choses qu’il n’avait jamais vues auparavant, en fait de peintures et de pierreries, qui y étaient suspendues. Il demeura tout étonné, se mit à prier et à pleurer; il demanda la permission d’y rester la nuit pour prier.

Le détroit de Bab-el-Mandeb, traversé par l'armée Aksumite et leurs éléphants dans le «année de l'éléphant ' Faux ?
Le détroit de Bab-el-Mandeb, traversé par l’armée Aksumite et leurs éléphants dans l’«année de l’éléphant ‘

On lui en accorda la permission, et il y passa toute la nuit en prières. Au matin, il remplit ses mains d’ordures et les porta sur l’autel de l’église, puis il sortit, demanda la permission d’aller faire ses ablutions et s’enfuit. Quand on vint à l’église pour la prière, on vit cet état de choses. On avertit Abraha de ce qu’avait l’ait cet homme, que les Arabes eux—mêmes avaient envoyé dans ce but.

Abraha jura qu’il partirait et ne retournerait pas avant d’avoir détruit la Ka‘ba, et que, après l’avoir détruite, il la ferait profancr par des souillures.

Le Nedjâschî avait un éléphant qu’on appelait Ma‘hmoud, et qu’onn’avait jamais emmené dans une guerre sans remporter la victoire, et qui n’était jamais revenu d’aucun endroit si ce n’est en triomphe; il était très-grand, plus grand qu’aucun autre éléphant de l’Abyssinie.

Abraha avait avec lui dans le Yemen treize de ces éléphants abyssins; il écrivit une lettre au Nedjâschi, lui raconta l’attentat des Arabes, tout ce qui s’était passé, lui fit part de son entreprise et lui demanda l’éléphant Ma‘hmoud.

Le roi le lui envoya, et Abraha fit réunir une armée nombreuse, et partit du Yemen avec les éléphants.

L’armée arriva sur le territoire du ‘Hcdjâz. Il y avait parmi les Arabes un homme, nommé Dsou-Nafar, qui était si brave, qu‘il se jetait à lui seul sur mille cavaliers.

Les Arabes lui prêtaient obéissance. Il était de la race des Himyarites, qui avaient eu le gouvernement du Yemen avant les Abyssins, et il entretenait de l’amitié avec ‘Abdou’l-Mottalib. ’Dsou—Nafar rassembla les Arabes et se jeta au—devant d‘Abraha avec dix mille hommes.

Abraha le mit en fuite et tua un grand nombre d‘Arabes; il fit prisonnier Dsou—Nafar et donna ordre de le mettre à mort.

Dsou-Nafar lui demanda grâce, disant : « Ne me fais pas tuer, tu n‘en tireras aucun avantage; garde-moi avec toi, afin que je te serve; tu as appris ma réputation et mon courage; il se peut que je t‘aide à accomplir ton dessein et que tu sois content de moi. »

Abraha lui fit grâce, l‘emmena avec lui et le fit garder par ‘ les troupes; puis il s‘avança.

Un homme nommé Nofaïl, fils de ‘Habîb, était chef des Beni-Khath‘am.

Les Baeni-Khath‘am étaient deux tribus, dont l‘une s‘appelait Schahrân, et l‘autre Nâhis, et qui avaient ensemble cinquante mille hommes.

No faïl en choisit dix mille combattants et attaqua Abraha, qui les mit en fuite. Nofaïl fut également fait prisonnier et demanda grâce, en disant : « Ô roi, accorde—moi la vie sauve; car tu connais mon influence parmi les Arabes; derrière moi sont cinquante mille tentes; en m‘épargnant, tu reçois le gage d‘obéissance de tous ces hommes. Il te faut, pour aller à la Mecque, un guide; car, dans ce pays des Arabes, une armée ne peut pas s‘avancer sans guide; je te guiderai. »

Abraha l‘épangna également, et le retint prisonnier avec Dsou-Nafar; ensuite il continua sa marche. Quand les Arabes apprirent l‘issue de ces deux batailles, ils eurent des appréhensions, et aucun d‘eux n‘osa plus l‘attaquer.

Abraha arriva à Tâïf, qui était sous le pouvoir des Beni—Thaqîf, dont le chef était Maç‘oud, fils de Mo‘attib le Thaqifite. Celui-ci et, à sa suite, les habitants de Tâïf vinrent faire leur soumission à Abraha, qui les reçut en grâce et leur demanda un guide, pour s‘avancer jusqu‘à la Mecque.

Ils lui donnèrent un homme nommé Abou-Rigbâl, et Abraha lit avancer son armée sur la Mecque.

Les habitants de cette ville furent dans la crainte; ils allèrent trouver ‘Abdou’l-‘Mottalib, pour connaître son avis.

‘Abdou’l-Mttalib dit: « Nous ne sommes pas de force à résister à ces hommes; quand Abraha s’approchera, nous nous en irons tous, avec nos femmes et nos enfants, dans les montagnes. Abraha sait à quoi s’en tenir en ce qui concerne ce temple, dont le maitre est. plus puissant que nous et, selon sa volonté, en éloignera cet ennemi ou le lui abandonnera. »

Abraha quitta Tâîf et vint camper à une station nommée Moghammes, éloignée de deux stations de la Mecque.

Abou-Righâl mourut à cet endroit, où se trouve son tombeau.

Encore aujourd’hui, tous ceux qui y passent le maudissent et jettent des pierres contre son tombeau, qui est devenu une montagne, par le grand nombre de pierres amassées.

De la station. de Moghammes, Abraha envoya un des officiers abyssins, nommé Aswad, fils‘dc Maqçoud, avec cinq mille hommes, et lui recommanda de ne pas entrer dans la Mecque, mais de saisir autour de la ville tous les animaux des habitants, bœufs, moutons, chevaux et chameaux, et de faire prisonniers tous les hommes qu’il rencontrerait.

L’officier alla et prit tout le bétail et tous les pâtyres de la Mecque qu’il trouva sur son chemin; parmi les animaux, il y avait deux cents chameaux appartenant à ‘Abdou’l-Mottalib.

Abraha fit demander aux prisonniers ce que les habitants de la Mecque se proposaient de faire. Les pâtres répondirent: Les hommes sont d’accord d’abandonner la ville au roi, afin qu’il en fasse ce qu’il voudra, et leur chef Abdou‘l-Mottalib leur a recommandé de ne pas combattre.

Abraha envoya à la Mecque un homme ‘himyarite, qui était avec lui, l’un des rois du Yemen , nommé ‘Honâta, et lui donna pour instruction de dire aux Mecquois: « Je ne veux pas attenter à votre vie; je suis venu pour détruire ce temple, comme j’ai juré de le faire; soyez tranquilles pour votre vie et pour vos biens. »

Abraha recommanda aussi à son envoyé de lui amener le chef des habitants, qu’il voulait voir. ‘Honâta vint dans la ville, transmit aux habitants le message d’Abraha et amena ‘Abdou’l-Mottalib auprès du roi. Ils arrivèrent quand le jour avait. baissé; on avertit Abraha que l’on amenait le chef de la Mecque; mais ils ne purent pas voir Abraha cette nuit.

On fit demeurer ‘Abdou’l— Mottalib avec Dsou-Nafar et Nofaïl, les deux chefs arabes qui avaient combattu.

Dsou-Nafar et ‘Abdou’l-Mottalib étaient amis. ‘Abdou’l-Mottalib dit à Dsou Nafar : « Ne peux-tu me rendre aucun service? »

L’autre répondit : « Quel service pourrais—je rendre, moi qui suis prisonnier et enchaîné, et qui m’attends à chaque instant à être mis à mort? Cependant le gardien qui prend soin du grand éléphant et qui est le chambellan d’Abraha, et qui se nomme Onaîs, est un brave homme et mon ami;je lui dirai de représenter au roi ta position. »

‘Abdou‘l-Mottalib était le premier de tous les Arabes; car les principaux d’entre les Arabes étaient les Qoraïschites , et il était le chef des Qoraïschites. Il n’y avait pas d’homme plus généreux que lui dans toute I’Arabie.

Sa libéralité était telle qu’elle triomphait du vent du nord : quand le vent du nord soufflait, il tuait un chameau et en donnait la chair à manger aux hommes; si, le lendemain, le vent soufflait encore, il tuait  encore un chameau; et si, pendant cent jours, le vent souffiait, il tuait chaque jour un chameau et en donnait la chair aux hommes; et il faisait jeter tous les intestins des chameaux dans les montagnes, pour servir de pâture aux bêtes sauvages; et il faisait détacher les os pour les jeter à manger aux chiens.

On l’avait surnommé «le nourrisseur des hommes et des bêtes.» Dsou-Nafar parla la même nuit à Onaïs, le chambellan et lui fit l’éloge d »Abdou’I-Mottalib, et lui demanda de faire connaître au roi sa position, sa dignité et sa situation actuelle.

Le lendemain, Onaïs en informa le roi, qui décida de donner à ‘Abdou’l-Mottalib une audience. Quand Abraha donnait audience à l’armée et au peuple, il était assis sur un trône, n’ayant personne à côté de lui, à cause de son rang.

Abraha ne voulut pas faire asseoir ‘Abdou’l-Mottalib sur le trône , en présence de l’armée abyssine, qui aurait pu dire que le roi le craignait; mais il voulut le traiter avec plus de distinction que les autres hommes, et ne pas le faire asseoir à ses pieds, pour ne pas faire tort à sa dignité. Il descendit donc de son trône, s’assit sur un tapis, sur la terre, et donna audience aux troupes et à ‘Abdou’l-Mottalih.

Quand celui-ci entra, Abraha le fit asseoir à côté de lui. ‘Abdou’l-Mottalib était un homme d’une taille élevée, d’un extérieur imposant -et très-bcau; il plut à Abraha, qui ordonna à l’interprète de lui parler; et quand il entendit aussi qu’il s’exprimait avec éloquence, l’idée lui vint de lui abandonner la Ka‘ba et de s’en retourner.

Il dit à ‘Abdou’l-Motlalib : « Fais-moi une demande. »

Il pensa qu »Abdou’l-Moltalib demanderait grâce pour le temple. Mais celui-ci dit: « On m’a pris deux cents chameaux que le roi ordonne de me les rendre. »

Abraha dit : « Je regrette de m’être trompé à ton égard; je croyais ton esprit plus élevé. Je suis. venu pour détruire ce temple de la Ka‘ba, qui est l’objet de ton culte et de celui de tous les Arabes; tu aurais dû me demander de m’en retourner et de ne pas le détruire. Je te l’aurais accordé et j’aurais ramené l’armée. Ce temple serait resté, jusqu’au jour de la résurrection, l’objet de ton culte et de celui de tes descendants. Mais tu n’as été préoccupé que ’ de deux cents chameaux; est-ce là une grande affaire? Si j’avais abandonné  mon dessein sur ta demande, je t’aurais donné cent fois la valeur de ces chameaux. Tu m’as été la bonne opinion que j’avais de toi. »

‘Abdou’l-Mottalib dit : « Je suis le propriétaire de ces chameaux; il faut que je fasse des démarches pour les recouvrer. Ce temple a un maître plus puissant que moi, qui, s’il veut le préserver de ton attaque, saura le faire. »

Abraha donna ordre de restituer les chameaux à ‘Abdou’l-Mottalib, qui les ramena et rentra à la Mecque. Il dit aux habitants de prendre le chemin de la montagne, en abandonnant la ville et leurs maisons; et lui—même, avec sa famille et ses chameaux, se retira dans la montagne. La ville fut ainsi complétetnent abandonnée par les habitants.

Abraha arriva à la porte de la Mecque. Le lendemain, il fit avancer l’éléphant Ma‘hmoud. On avertit Abraha qu’il n’y avait plus personne dans la ville.

Il ordonna de faire entrer les éléphants qui devaient détruire la Ka‘ba, pour s’en retourner ensuite.

On conduisit le grand éléphant dans l’enceinte sacrée; arrivé là, l’éléphant s’arrêta et ne voulut plus avancer d’un seul pas. Malgré les coups qu’ils lui donnèrent, il n’avança pas son pied; on le frappa sur la tête avec des bâtons de bois et de fer; tout fut en vain. Les autres éléphants s’arrêtèrent également.

Alors Allah envoya une espèce d’oiseaux ressemblant à l’hirondelle, à celle qu’on appelle perestak, qui volèrent au bord de la mer, où chacun prit dans ses serres et dans son bec quelques grains de sable; ensuite ils s’envolèrent dans la direction de la Mecque et se tinrent au dessus des troupes abyssines. On raconte que Dieu fit sortir de l’enfer une vapeur par laquelle le sable dans-les serres et le bec des oiseaux se changea en pierres, que les oiseaux laissèrent tomber sur les soldats.

Chaque soldat fut frappé d’une pierre à la tête, et aussitôt le feu entra dans son corps, la chair se détacha des os, et le corps entier ne devint qu’une plaie. Chacun n’eut souci que de sa personne. Après avoir jeté toutes les pierres, les oiseau‘x s’envolèrent. Le corps de tout homme atteint par une de ces pierres fut couvert de pustules.

Quant à ’éléphant, on avait. beau le frapper, il n’avançait pas; quand on lui tournait la tête vers le Yemen ou vers l’orient, il marchait; si on le tournait vers le sanc tuaire, il ne marchait pas.

Alors toute l‘armée revint sur ses pas, et on ramena les éléphants.

Tous ceux qui avaient été atteints par les pierres eurent cette éruption, qui s’étendait sur tout le corps; la peau et la chair se détachèrent.

Arrivés dans le Yemen, ils moururent. Dsou-Naf’ar et Nofaïl, qui étaient prisonniers entre les mains d’Abraha, s’enfuirent, se rendirent dans la montagne de Tihâma et avertirent de ce qui s’était passé ‘Abdou’l-Mottalib et les gens de la Mecque.

Ceux—ci rentrèrent dans la ville, et, depuis lors, ils témoignèrent à ‘Abdou’l-Mottalib plus de respect qu’auparavant, disant : « C’est lui qui est le maître du temple de Dieu, qui, à cause de lui, en a éloigné l’ennemi. »

Voilà le récit tel qu’il se trouve rapporté dans cet ouvrage et auquel se rapporte cette surate du Coran : «N’as—tu pas vu comment ton Seigneur a traité l’homme de l’éléphant?» etc.

Mais dans les commentaires il est dit que les troupes abyssines, frappées par les pierres, périrent au même instant, et que leurs effets devinrent le butin des habitants de la Mecque.

Le miracle de l'éléphant face a la sainte Ka'aba
Le miracle de l’éléphant face a la sainte Ka’aba  

J’ai lu dans les commentaires ce qui suit, qui ne se trouve pas dans l’ouvrage de Mo‘hammed ben Djarir al Tabari

: « Le roi qui vint attaquer la Mecque avec l’armée abyssine, et qui y périt, fut le Nedjâschi lui—même, nommé Aswad ben-Maqçour. Dans la langue abyssine, Nedjâschî veut dire «grand roi.»

Le Nedjâschî était venu avec son armée, et Abraha était son lieutenant dans le Yemen. Le motif de cette expédition n‘était pas qu‘Abraha aurait invité les Arabes à se rendre en pèlerinage à l‘église.

Le motif fut le suivant :

Quand Abraha eut élevé cette église de Çan‘â (Sanaa), il se trouva que c’était, le plus bel édifice du monde.

L‘église n‘était pas dans la ville elle-même, mais en dehors de la ville, dans la plaine. Abraha ordonna que tous les chrétiens y tissent des pèlerinages et des processions.

La réputation de cette église parvint jusqu‘au roi de Roum, qui y envoya éga lement beaucoup de personnes en pèlerinage.

Le Nedjâschî en fut très—heureux, et ordonna“ aux chrétiens d‘Abyssinie d‘aller aussi là pour le pèlerinage et les processions.

Le bruit de ces faits se répandit dans le monde entier, et de tous les lieux où il y avait des disciples de Jésus, il venait tous les ans à Çan‘â (Sanaa) en pèlerinage des personnes qui y exécutaient des processions et faisaient des offrandes , de même que les Arabes au temple de la Mecque. Abraha et tous les chrétiens de Çan‘â (Sanaa)  allaient chaque jour prier à l‘église, et la nuit on y mettait des gardiens et des inspecteurs.

Cela se passa ainsi pendant plusieurs années. Or, un jour, une caravane arabe vint pour le commerce dans le Yemen.

Ces Arabes avaient avec eux un grand nombre de chameaux; ils firent halte aux portes de Çan‘â , derrière l‘église; les chameliers, tous réunis près du mur de l‘église, y portèrent une grande quantité de bois et allumèrent du feu.

Vers minuit ils chargèrent les chameaux et partirent, laissant près du mur beaucoup de bois enflammé.

Alors le vent porta les flammes sur l‘enceinte de l‘église et dans l‘église elle-même; les bois et les peintures enduites d‘huile prirent feu et furent consumés.

Les hommes sortirent de la ville , mais, malgré tous leurs efforts, ils ne purent se rendre maîtres du feu : le matin, toute l‘église était brûlée. Abraha‘ envoya des cava liers pour poursuivre les gens de la caravane, qui furent ramenés. Abraha leur dit : Vous avez fait cela de propos délibéré, vous avez été envoyés pour cela. Il les lit tous mettre à mort et lit brûler leurs chameaux et leurs biens. Lorsque cette nouvelle arriva au Nedjâscln‘, il en eut un grand chagrin, ctjura qu’il détruirait le temple de la Mecque. Il amena dans le Yemen son armée et l’éléphant nommé Ma‘hmoud, et Abraha, avec toutes les troupes abyssines qu‘il avait, se joignit à lui. Quand ils arrivèrent près de la Mecque, ‘Abdou’l-Mottalib se présente devant eux pour réclamer ses chameaux; les Mecquois évacuèrent la ville, et le roi vint camper aux portes de la ville.

Il y avait un chef de Tâïl’, des Beni-Thaqif, nommé Mas‘oud; c‘était un homme âgé, devenu aveugle, doué d’une haute intelligence et d’une grande expérience.

Il était lié d’amitié avec ‘Ahdou‘l-Mottalib; chaque fois qu’il venait à la Mecque, il descendait dans la maison d »Abdou’l-Mottalib. Lorsque les Meequois se furent retirés dans les montagnes du Tihâma, de ‘Hira, de Thabir et d’Arafa, il “resta personne dans la ville, excepté ‘Abdou’l-Mottalib et Mas‘oud.

‘Abdou’l—Mottalib dit à ce dernier: « Tous les habitants ont quitté la ville; je suis resté à cause de toi; décide—toi sur ce que tu veux faire. Si tu veux aller avec moi dans ces montagnes, je t’y conduirai; si tu veux retourner chez toi, je le ferai monter sur un chameau, et enverrai quelqu’un avec toi. »

Mas‘oud répondit : « Moi aussi je veux me rendre avec toi sur le sommet de cette montagne, pour voir ce que Dieu fera de ces ennemis. Je crois que Dieu ne leur abandonnera pas la maison qu’Abraham , son ami, avait construite par son ordre. J’ai vu et entendu que beaucoup de rois et de Tobba‘ ont eu de mauvais desseins contre ce temple; mais Dieu les en a éloignés. »

Ils allèrent donc tons les deux au haut du mont Bou-Qabis, au pied duquel se trouvait le camp abyssin; et  ils entendaient les voix des hommes qui étziient en bas. Ce fut le matin qu’ils se rendirent à la montagne. Pendant la nuit, les Abyssins étaient arrivés, pour y camper ce jour et la nuit suivante, entrer le lendemain dans la iville et détruire le_templé. Ils savaient qu’il n’était resté personne dans la ville.

Au sommet de la montagne, Mas‘oud dit à ‘Abdou’l-Mottalib : Fais un don de cent de tes chameaux au temple, en disant: Si Dieu préserve le temple de l’ennemi, je l’ais offrande au temple de cent chameaux. Ensuite fais sortir ces chameaux du territoire de la ville vers le camp des ennemis, afin que ceux—ci tuent ces chameaux destinés à l‘olfrande, et Dieu sera irrité contre eux. ‘Abdou’l-Mottalib alla choisir cent de ses chameaux, qui n’étaient pas éloignés de cet endroit, et les consacra par un vœu au temple; puis il les poussa dans la direction des Abyssins.

Les chameaux prirent leur course et tombèrent entre les mains des Abyssins, qui les tuèrent. ‘Abdou’I-Mottalib vit tout cela du haut de la montagne et en informa Mas‘oud. Celui-ci lui dit: « Observe demain comment Dieu les traitera. »

Le lendemain, Mas‘oud dit : « Regarde tout autour de la Mecque, vers le ciel, qu’est—ce que tu y vois? »

L’autre dit :. « Je ne vois rien, si ce n’est de petits oiseaux, qui volent dans l’air. »

Mas‘oud dit encore : « Regarde si ce sont des oiseaux de la Mecque ou de Médine (Yathrib) , et de quel côté ils se dirigent.  »

‘Abdou’l—Mottalib répondit : « Je ne connais pas ces oiseaux; ce ne sont pas des oiseaux du ‘Hedjâz , ni de la Syrie . ni du Yemen; dans aucun pays où je suis allé je n’ai vu des oiseaux de cette espèce; ce sont des oiseaux étrangers. Ils se dirigent du côté de la mer et s‘abattent sur le rivage. »

L’autre dit: « Observe-les, et regarde où ils vont se diriger de là. »

Après un certain temps, ‘Abdou’l-Mottalib dit : Les oiseaux s’envolent du bord de la mer et se dirigent vers le camp.

Mas‘oud dit : « Ce ne sont pas des oiseaux , c’est l’armée de Dieu. Regarde où ils vont et ce qu‘ils feront. Quand le soleil devint jaune. »

‘Abdou‘l-Mottalib dit : « Les oiseaux tournent au-dessus du camp. »

Ensuite la nuit tomba, et ils restèrent tous les deux ainsi sur le sommet de la montagne, n’entendant aucun bruit venant soit des oiseaux, soit des hommes, soit des bêtes.

Lorsque le soleil fut monté, Mas‘oud dit : « Prends—moi la main pour descendre dans le camp, car l’armée de Dieu a accompli hier son œuvre. »

‘Abdou’l-Mottalib le prit par la main et ils allèrent au camp.

Là ils trouvèrent tous les hommes morts sur place, de même que les chevaux, les éléphants et les bêtes de somme. A la tête de chaque homme il y avait une boule d’argile , comme on en fait en tournant de la glaise; chaque boule ressemblait à une crotte de mouton, et. sur chaque boule était écrit le nom de l’homme frappé.

Ils  virent aussi Abraha étendu raide mort.

‘Abdou’l-Mottalib voulut se rendre dans la montagne pour prévenir les Mecquois; mais Mas‘oud lui dit: « Ne te hâte pas; rendons-nous riches d’abord, toi et moi; car, si les Mecquois arrivent, il ne nous laisseront rien; va chercher dans le camp deux bèches »

. ‘Abdou‘l Mottalib fit ainsi. et chacun d’eux en prit une, et creusa une fosse, en travaillant toute la journée. Quand la nuit vint, ils restèrent à cet endroit.

Le lendemain, Mas‘oud dit : « Maintenaiit remplis les deux fosses de toutes ces richesses, couvre—les de terre et aplanis le sol, pour que personne n‘en ait connaissance. » ‘Abdou’l-Mottalib fit ainsi.

Mas‘oud dit en suite : « Je veux la fosse que tu as creusée pour toi. » ‘Abdou’l Mottalib consentit.

Mas‘oud dit; : « Maintenant va, et invite les Mecquois à descendre des montagnes.  »

‘Abdou’l—Mottalib monta sur un chameau, se rendit dans les montagnes de la Mecque et avertit les Mecquois, qui rentrèrent tous et enlevèrent tous les biens qui se trouvaient dans le camp; tous devirrreut riches.

Le septième jour, ‘Abdou’l-Mottalib et Mas‘oud vin— rent retirer les richesses cachées dans les fosses.

L’opulence (l »Abd0u’l-M0ttalib provient de ce fait, ainsi que celle de Mas‘oud de Tâîf.

Ensuite une terrible pluie tomba du ciel, un torrent se précipita de la montagne, enleva toutes les impu retés qui se trouvaient en cet endroit et les porta à la mer; le territoire de la Mecque fut ainsi purifié et lavé des souillures.

Après ces événements, tous les Arabes témoignèreut une grande déférerrce à ‘Abdou’I-Mottalib et aux habitants de la Mecque, et ils les considérèrent comme leurs supérieurs, di— sant : Ils sont les habitants de la ville sainte et les gardiens du sanctuaire.

Quand une caravane de cent ou de mille cha meaux sortait de la Mecque, on attachait au cou de chaque chameau une branche d’arbre avec une corde de laine; par tout où elle passait, dans le désert, en Syrie, dans le Yemen ou en Abyssinie, elle était à l’abri des attaques des voleurs et des maraudeurs.

Abraha avait dans le Yemen deux fils, l’aîné nommé Yaksoum, l’autre Masrouq.

Quand il était parti, il avait établi Yaksoum son lieutenant et lui avait confié l’armée et le gouvernement.

Lorsqu’on apprit la mort d’Abraha, Yaksoum monta sur le trône, et l’armée abyssiue le reconnut.

Après lui régna Masrouq, etensuite vint Saïf ben—Dsou—Yezen. Dépuis l’invasion du Yemen par Aryât jusqu’au moment où Masrouq et les Abyssins perdirent le royaume, il se passa soixante et douze ans.

Pendant tout cet espace de temps, le pays appartient aux Abyssins

Il y eut quatre rois abyssins : Aryât, Abraha, Yaksoum et Masrouq. Abraha vécut du temps de Nouschirwân (le Sassanide).

Axum et les colonies de Marib et Himyar
Axum et les colonies de Marib et Himyar

CHAPITRE XL. HISTOIRE DU RÈGNE DE YAKSOUM, FILS D’ABRAHA, DANS LE YEMEN.

Lorsque Yaksoum, fils d’Abraba, fut monté sur le trône; il fit opprimer le Yemen par les Abyssins, comme avait fait Abraha.

Ils s’emparèrent des femmes , des enfants et des biens.

Du temps d’Ahraha, il y avait dans le Yemen un homme, descendant des rois Himyarites, des anciens Tobba’ , qui avait perdu sa fortune et qui se résignait en silence.

Le nom de cet homme était Al—Iyâdh, surnommé Abou-Mourra, dit Dsou—Yezen.

Comme il était de la famille des anciens rois,; on lui témoignait du respect. Il avait une femme de la famille d »Alqama, fils d’Akil al-Morâri, qui avait été roi du Yemen pendant de longues années.

Il n’y avait pas dans tout le Yemen de plus belle femme qu’elle; elle était très intelligente et fort instruite, comme c‘est ordinairement le cas des princes et des membres de leur famille.

Elle avait un fils de Dsou-Yezen, âgé de deux ans, nommé Ma‘di Ka rib, surnommé Saïf._Abraha, ayant entendu parler de cette femme, lit venir Dsou—Yezeu et lui dit : Si tu ne m‘aban— donnes pas cette femme. je te ferai mettre à mort. Dsou— Yezen, par crainte de la mort, lui laissa la femme.

Abraha l’épouser et la tint, elle et son jeune fils, dans sa maison avec sa famille, et éleva cet enfant comme son propre fils, de sorte que, quand Saïf fut grand, il pensa qu’Abraha était son père.

Les deux fils d’Abraha, Yaksoum et Masrouq, lui sont nés de cette femme. Lorsque Dsou-Yezeu fut séparé de sa femme, il ne put demeurer plus longtemps dans le Yemen, à cause de la honte qu’il ressentait; il prit tout ce qu’il possédait et partit.

Il se rendit dans le pays de Boum, à la cour du César, et lui fit le récit de l‘oppression que sonffraient les habitants du Yemen de la part des Abyssins.

Il lui lit connaître son origine, lui disant qu’il descendait des ‘Himyarites, de tel Tobba‘, qui avait été roi du Yemen pendant plusieurs années; puis il demanda au César une armée pour reconquérir le Yemen, en s’engageant à être son tributaire, de façon que le pays de Roum et le pays du Yemen seraient l’un et l‘autre soumis au César.

Celui-ci répondit : « Abraha est de notre religion; nous ne faisons pas la guerre à nos coreligionnaires. Si tu as à te .plaindre d’un tort, je veux te donner une lettre; peut—être que, par déférence pour moi, Abraha le fera justice. » 

Dsou-Yezen dit : « Le tort dont j‘ai à me plaindre ne peut pas être redressé par ta lettre. »

Et il partit pour se rendre auprès de Noushirwân, le roi de Perse. Ilarriva à ‘Hira, où résidait No‘mân,fils de Moundsir le Lakhmide, roi des Arabes et vassal de Nouschirwân.

Dsou-Yezen se rendit auprès de lui et lui fit connaître son origine.

No‘mân connaissait ses aïeux, car il était lui-même de la race des ‘Himyarites, par Rabi‘a , fils de Naçr le Lakhmite.

Quelques-uns disent que le roi des Arabes était alors Amrou, fils de Hind, également vassal de Nouschirwân et descendant également des ‘Himyarites.

Ce roi fit à Dsou Yezen un bon accueil et lui demanda d’abord de ses nouvelles.

Dsou-Yezen lui ffit le récit de ce qui lui était arrivé, comment il était allé à la cour du César, comment il en était parti, désespérant de rien obtenir de lui, et comment maintenant il allait se rendre à la cour de Nousehirwan, pour lui demander du secours.

Le roi des Arabes lui dit: « Je vais une fois par an à la cour de Nouschirwân , où je passe un moi ou deux, pour lui rendre mes hommages; ensuite je m’en retourne. Reste ici auprès de moi jusqu’à l’époque de mon départ, je t‘emmènerai avec moi. »

Dsou-Yezen resta donc à la cour du roi des Arabes.

Lorsque le moment du départ du roi fut arrivé, Dsou-Yezcn alla avec lui à la cour de Nouschirwân.

Le roi des Arabes se présenta devant le roi de Perse et lui rendit les hommages accoutumés.

Il laissa passer quelque temps sans lui parler de Dsou-Yezen; enfin, quand , d’après la coutume, le roi de Perse mit de côté le cérémonial et que l’on commença à boire et à manger, à aller à la chasse et à jouer à la raquette, alors le roi des Arabes dit à Dsou-Yezen: « Demain je parlerai de toi à Nouschirwân, je lui exposerai ta situation, ton rang et ton origine,et lui demanderai une audience pour toi; ne pourrai pas plaider pour toi et raconter ce qui t’est arrivé et dans quelle intention tu es venu; mais si le roi te montre de la bienveillance et te parle, raconte—lui ton aventure et implore son assistance. »

Le lendemain, le roi des Arabes se rendit à la cour, et Nouschirwân le fit asseoir en face du trône. Lorsqu’il fut en conversation avec lui, le roi des Arabes lui parla de Dsou— Yezen, de son rang et de sa situation, et dit : « Cet homme est venu avec moi à la cour. »

Nouschirwân donna ordre de l’introduire. Nouschirwân était assis sur un trône d’or, dont les quatre pieds étaient des rubis et qui était couvert d’un tapis de brocart.

La couronne était couverte ’émeraudes, de rubis et de perles, et si lourde, qu’il ne pouvait pas la tenir sur sa tête. Elle était suspendue au plafond de l’appartement, au— dessus du trône, par une chaîne d’or si mince, qu’on ne la voyait pas, à moins d’être tout près du trône.

Quand en regardait de loin , on croyait que la couronne, malgré son poids , reposait sur sa tête.

Quand Nouschirwâu quittait le trône, la couronne restait toujours suspendue, et on la couvrait d’une étoffe de brocart, pour que la poussière n’y pénétrât point.

Cette coutume avait été établie par Nouéchirwân , et demeura sous son règne et sous celui de ses descendants; elle n’existait pas sous le règne de ses ancêtres. Lorsque Dson—Yezen entra et qu’il vit cette couronne,’cette splendeur, ce trône et cette majesté, il fut saisi d’étonnement, ses sens l’abandonnèrent il s’évanouit et tomba.

Le roi des Arabes dit : « Relevez-le, car c’est la majesté du roi qui l’a troublé et qui l’a fait évanouir. »

On le releva et on le fit s’approcher de Nouschirwân. Le roi des Arabes, assis devant Nouschirwân (excepté eux deux, aucun autre n’étaitassis), fit asseoir Dsou-Yezen au-dessus de lui. Nouschirwän sut alors que c’étàitun grand personnage et l’interrogea sur ses affaires et sur le but pour lequel il était venu.

Dsou-Yezen se leva de son siége, s’avança au milieu de l’assemblée et se mit il genoux.

Il raconta sa situation et dit: « Je suis un homme dans la famille duquel était la royauté du Yemen. Elle est tombée des mains de mes frères; les Abyssins sont venus et se sont emparés du pays et de nos biens; ils nous ont réduits à la misère et ont exercé contre les habitants des vexations nombreuses. Nous supportons cet état. de misère depuis cinquante ans; mais il est arrivé à un tel degré, que nous ne pouvons plus l’endurer. Il nous est arrivé des choses dont j‘ai honte de parler dans l’assemblée royale; si le roi savait ce qui nous est arrivé, il est certain que, par l’effet de sa bonté, il viendrait à notre secours et nous délivrerait de ces criminels, quand même nous ne le lui demanderions pas. Aujourd’hui, je suis venu à cette cour pour me mettre sous la protection du roi et pour implorer son assistance. Que le roi daigne réaliser mon espoir en envoyant avec moi une armée, afin que je réduise l’ennemi et en délivre les habitants; le pays des Arabes sera joint à la Perse, et ton empire s’étendra jusqu’à l’extrême Occident; moi’et tous tes membres de la famille ‘himyarite, nous serons les esclaves, et le secours que tu m’auras prêté sera pour nous comme une aumône. »

Ce discours plut à Nouschirwân et lui toucha le cœur; ses yeux se remplirent de larmes. Dsou—Yezen avait une barbe blanche, car il était très—vieux. Nouschirwân lui dit : « Ô vieil lard, tu as fort bien parlé et tu m‘as touché le cœur; je sais la violence que tu as souffert et c’est la douleur qui t’a inspiré tes paroles. Cependant la justice et la bonne politique exigent qu’un roi veille d’abord sur son propre pays et qu’en suite il en recherche un autre. Ton pays est très—éloigné du nôtre, et séparé de lui par le désert et le ‘Hedjâz; de l‘autre côté , est la mer avec ses dangers; et envoyer les troupes dans le désert serait risquer leur vie. Voici mon royaume qui est devant toi; reste ici et détache ton cœur de cet autre pays; tout ce que je possède en fait de pouvoir et de biens, prends— en ta part. »

Ensuite Nouschirwân le fit revêtir d’une belle robe et lui fit donner dix mille dirhems. Dsou -Yezen prit la bourse de dirhems, sortit du palais et les dispersa sur la voie, et les hommes les recueillirent. Quand il arriva à sa demeure, il ne lui restait rien. On en informa Nouschirwân, qui dit: « Il faut que ce soit un prince pour avoir le cœur ‘si haut placé. »

Le lendemain, Nouschirwân donnant audience publique, Dsou Dsou Yezeu s’y rendit.

Le roi lui dit: » Ô vieillard, les hommes ne font pas des dons des rois ce que tu as fait hier de ces dirhems, en les dédaignant et les dispersant, de façon à n’en ‘ plus avoir quand tu es rentré chez toi. »

Dsou-Yezen dit : « Ô roi, j’ai agi ainsi pour rendre grâce à Dieu de ce qu’il m‘a fait voir la face du roi et de ce qu’il m‘a accordé de te parler. Dans l’endroit d’où je viens, le sol est tout d’or et d‘argent; dans ce pays, il y a peu; de montagnes qui ne renferment des mines d‘or et des mines d‘argent. En quittant la cour du roi sans obtenir de lui aide et assistance, si je n’emporte pas ses cadeaux, mes regrets et ma douleur seront moindres. »

Le cœur de Nouschirwân fut touché et. il dit: « Ne t’éloigne pas, prends patience, afin que j‘avise sur ce que tu demandes, et que je puisse te faire partir conformément à ton désir. »

Il lui fit des présents et le tint en grand honneur.

Dsou-Yezen demeura dix ans à la cour de Nouschirwân, et il y mourut. Saif, fils de Dsou—Yezen, grandit auprès d’Abraha l’Abyssin, avec les fils de ce dernier, qui le considérait comme l‘un de ses propres fils, et Sait croyait être le fils d’Abraha.

Lorsque celui-ci péritet que Yaksoum monta sur le trône, Sait occupait auprès de lui le même rang que Masrouq. Yaksoum régna quatre ans, puis il mourut. Masrouq, qui lui succéda, montra du mépris pour Saïf.

Un jour, qu’ils s‘étaient pris de querelle, Masrouq, dans la discussion, dit à Saïf‘ : « Malédiction sur toi et sur celui qui t‘a engendré! »

Saif, bouillonnant de colère, entra dans l‘appartement de sa mère et lui dit : « Qui est mon père? »

Sa mère répondit : « Abraha, le père de Yaksoum et de Masrouq; je n‘ai pas eu d’autre mari que lui. »

Saïf répliqua: « Tu mens; car Masrouq m’a jeté une malédiction, à moi et à mon père, et personne ne maudit son père; s’il ne savait pas quelque chose sur ma naissance, il n‘aurait pas parlé ainsi. »

Ensuite il lira son épée et dit: « Dis—moi la vérité , dis qui était mon père, sinon je m’enfonce à l’instant cette épée dans le ventre, de façon qu’elle sorte par le dos. »

Sa mère se mit à ‘ pleurer, lui enleva l‘épée des mains, et lui dit le nom de son père, lui raconta son propre enlèvement par Abraha, le départ et le séjour de son père à la cour de Nouschirwân, et sa mort.

Ayant entendu cela , Saif salua sa mère, prit son épée et un cheval et quitta le Yemen.

Il voulait se rendre à la cour de Kesra, mais, se rappelant la mort de son père à cette cour, il alla à la cour du César.

Là il dit au César qui il était et quelle était son origine, et lui raconta l’oppression et les actes de cruauté que les habitants du Yemen avaient à souffrir de la part des Abyssins; puis il lui demanda du secours.

Le César dit: « Ce sont mes coreligionnaires (chrétiens), je ne fais pas la guerre contre eux; si tu veux, je te donnerai une lettre, pour que, si tu as essuyé quelque tort, ou le répare. Ton père est déjà venu, et je lui ai donné la même réponse. »

Saif répliqua : « Si j’avais su que mon père avait quitté ta cour avec une déception, je n’y serais pas venu. »

Il se rendit de là à la cour de Kesra, disant : « Si auprès de lui je ne trouve pas d’assistance, je me placerai sur la tombe de mon père et mourrai. »

Arrivé à la résidence de Nouschirwân, il y resta un an sans pouvoir trouver accès auprès du roi.

Chaque jour il allait au palais , les portiers et les gardiens le connaissaient et chacun savait qu’il était le fils de Dsou -Yezen , le Yemenite; mais personne n’osait parler de lui devant Nouschirwân.

Au bout d’un an, un jour, Kesra, étant monté à cheval, sortait du palais; Saïf se précipita au-devant de lui et dit : « Salut à toi, ô roi juste et puissant, de la part d’un prince méprisé et misérable , qui, espérant en toi, a passé déjà un an à ta cour. »

Kesra le regarda et fit avancer son cheval, et personne n’osa lui en parler.

Quand il rentra, Saïf l’aborda de nouveau et lui adressa les mêmes paroles, et ajouta : « La renommée de ta. justice est répandue dans le monde entier; j‘ai un héritage à réclamer de toi, daigne me rendre justice. »

Kesra rentra dans le palais, descendit de cheval, fit appeler Saif, et lui dit : « Ô jeune homme, quel est l’héritage que tu as à réclamer de moi? »

L’autre répondit: « Je suis le fils de ce vieillard yemenite qui est venu à ta cour, et qui a imploré ton assistance centre ses ennemis. Tu la lui as promise, et, dans cet espoir, il est resté dix ans dans cette résidence, et il y est mort, sans voir réalisées les espérances que tu lui avais données: il me les a léguées; daigne accomplir ta promesse pour moi. »

Nouschirwân eut pitié de lui et lui dit: « fils; tu dis vrai ;j’aviserai sur ton affaire, prends patience. »

Ensuite il lui fit donner dix mille dirhems. Saïf, de même qu’avait fait son père, les dispersa sur la voie, et, quand il rentra dans sa maison , il ne lui en restait rien.

Le lendemain. Kesra lui dit : « Pourquoi’as—tu dispersé l’argent sur la voie? »

Saïf lui répondit: « Ô roi, dans la ville et dans le pays d’où je viens , le sol est couvert de dirhems; j’ai répandu cet argent sur la voie pour montrer que, si le roi me prête assistance et que je rentre dans mon royaume, je couvrirai cette ville d’argent.  »

Kesra dit : « Je reconnais que tu es le fils de ce vieillard; car ton père a fait la même chose, et quand je lui en fis des reproches, il me donna la même réponse. Patiente jusqu’à ce que j’aie arrangé ton affaire selon ton désir. »

Le lendemain , Kesra réunit les généraux, les conseillers et les mobeds, et leur dit: « Je ne peux pas me soustraire à la nécessité de prêter aide à ce jeune homme; cependant je ne peux pas aventurer l’armée dans le désert. Qu’en pensez—vous? Dites moi votre opinion : y a—t-il quelqu’un dans l’armée qui me fasse abandon de sa personne et qui veuille aller? »

Tous ceux de l’armée se turent. Puis le grand mobed dit: « J’ai à cet égard une idée, que j’exprimerai, si le roi l’ordonne. »

Le roi dit : Parle. Le mobed dit : « Il y a dans les prisons du roi une foule de gens condamnés à mort. Envoie ceux-là : s’ils périssent, tu seras délivré d’eux; et s’ils remportent la victoire, tu auras un royaume et tu leur accorderas leur grâce. »

Ce conseil plut à Nouschirwân , et il approuva le mobed. On examina le registre des prisons, et on y trouva huit cents personnes condamnées  à mort. Nouschirwân les fit sortir de prison et les envoya à la côte; pour que leur voyage fût plus facile, il fit préparer huit vaisseaux, et monter dans chaque vaisseau cent hommes.

Il y ‘ avait dans son armée un homme nommé Wahraz, un vieillard de quatre-vingts ans, qui était le plus habile archer de toute la Perse. Dans sa jeunesse il était considéré par Nouschirwân comme égal en valeur à mille cavaliers, et quand le roi l’envoyait quelque part, il disait qu’il avait expédié mille cavaliers.

Mais alors il était devenu faible et impuissant, et ses sourcils étaient tombés sur ses yeux. Nouschirwân le fit venir et le plaça à la tête de ces huit cents hommes, qui étaient tous archers. Il leur fit donner des armes et tout ce qui leur était nécessaire, des bêtes de somme, des vêtements et de l’argent.

Nouschirwân fit partir avec eux Saïf. Quand ils furent au large, deux des vaisseaux échouèrent, et deux cents hommes furent noyés.

Les autres arrivèrent enfin à ‘Aden, située au bord de la mer, où ils débarquèrent. bord de la mer, où ils débarquèrent.

Lorsque Masrouq en fut informé, il y envoya des espions; il fut fort étonné quand il apprit que ces troupes étaient en si petit nombre, et il les méprisa.

C’est pour cela que l’on a dit «qu’il ne faut pas mépriser un petit ennemi.”

Ensuite Masrouq envoya un messager à Wahraz et lui fit dire : « Tu es dans une illusion; ce garçon t’a trompé ainsi que le roi de Perse. Mais tu es un homme vieux; si tu ne savais pas ma force et la force de mon armée, apprends à la connaître maintenant, et ne viens pas ici avec cette poignée de troupes, que je suis honteux de combattre. Si tu veux t’en retourner, je t’enverrai des vivres et des provisions, et te laisserai partir en paix; ou si tu veux rester avec moi, je te traiterai mieux que n’a fait le roi de Perse. »

Wahraz lui fit répondre: « Accorde—moi un mois pour y réfléchir. »

Il agit ainsi, pour faire reposer ses troupes et pour compléter son armement; mais il avait l‘intention de combattre.

Masrouq lui fit dire: « Tu as raison, c’est là la parole d’un vieillard. »

Il lui accorda donc un mois, et lui envoya du fourrage et des provisions. Wahraz ne les accepta pas, et lui fit dire: « Si je décide de te combattre, je ne pourrais plus le faire après avoir mangé ton pain ; si je m‘en retourne ou si je fais la paix avec toi, alors je les accepterai. »

Ensuite Wahraz dit à Saïf : « Quelle force peux-tu me prêter? »

Saïf‘ dit : « Tous les ‘Himyarites qui existent dans le Yemen et tous les membres de la famille royale me sont dévoués; ce sont des hommes vaillants et de bons cavaliers, montés sur des chevaux arabes. Je les rassemblerai tous, et je combattrai avec toi, côte à côte; nous vaincrons ou nous mourrons en semble. »

Wahraz dit: « Ton arrangement est bon. » 

Alors Saïf” envoya un messager à tous les ‘Himyarites qui existaient et les appela auprès de lui. Il vint cinq mille hommes. Au Bout d‘un mois, Masrouq envoya un messager à Wahraz pour lui demander quelle décision il;avait prise. Wahraz lui fit répondre qu’il avait résolu la guerre.

Masrouq avait un fils, auquel il dit: « Ô fils, je suis honteux d‘aller attaquer cette poignée d’hommes; prends dix mille hommes et livre—leur le combat. Si tu es victorieux, fais mettre à mort tout ce qu’il y a de Yemenites [dans l’armée ennemie], et fais prisonniers les Perses. »

Wahraz avait également un fils, qu‘il envoya avec les archers perses.

Avant cette époque. on n’avait jamais vu dans le Yemen tirer de l’arc.

Quand les deux armées furent en présence, les Perses envoyèrent une grêle de flèches : les Abyssins eurent peur et reculèrent. Beaucoup d’entre eux furent tués; le fils de Masrouq fut également atteint par une flèche et tué.

L‘armée de Wahraz ne perdit pas un seul homme, parce que les Abyssins ne combattent qu’avec l’épée et la lance.

Le fils de Wahraz conduisit ses troupes à la poursuite des fuyards; son cheval le porta au milieu des troupes abyssines, qui l’entourèrent et le tuèrent.

Masrouq ‘et Wahraz furent également affligés de la mort de leurs fils.

Wahraz mit le feu à ses vaisseaux et les fit brûler, ainsi que tous les effets de l’armée et toutes les provisions, sauf ce qui était nécessaire pour la nourriture d‘un jour; il réunit ses six cents hommes perses et leur dit: « J’ai fait brûler les vaisseaux, afin’que vous sachiez que vous n’avez plus de moyen de retour; j’ai fait brûler les effets, pour que, si nous sommes vaincus, rien de ce que nous avons ne tombe entre les mains de l’ennemi; et j’ai fait brûler les provisions, afin que vous sachiez qu’il ne nous reste à manger que pour un jour. Si vous combattez, vous aurez de la nourriture en quantité et vous trouverez le bien-être; si vous ne voulez pas combattre, je ne veux pas tomber entre les mains de l’ennemi , mais je m’enfoncerai l’épée dans le corps, pour mourir de ma propre main , et vous verrez ce que vous deviendrez après ma mort. »

Les soldats s’engagèrent solennellement et par serment à combattre aussi longtemps que leurs âmes tiendraient à leurs corps.

Le lendemain, Masrouq arriva avec cent mille hommes de troupes abyssines.

Wahraz ordonna à ses compagnons d‘armes de consommer les vivres qui leur restaient, de se placer en ordre de bataille et de bander leurs arcs.

Wahraz_tendit son arc, qui était tel qu‘il ne pouvait être tendu par une autre personne, et demanda un bandeau, avec lequel il se couvrit les sourcils, car ses yeux étaient devenus faibles.

Puis il dit : « Montrez—moi Masrouq. »

On lui dit : « Il est monté sur un éléphant, il porte la couronne, sur le devant de laquelle est fixé un rubis rouge, qui brille comme le soleil. « 

Wahraz vit le rubis de loin et dit : « Attendez; l’éléphant est une monture distinguée, une monture royale; dans quelque temps, il en descendra. »

On lui dit : « Il est descendu de l’éléphant, il a monté un cheval et a sur la tête la couronne d’or. »

Wahraz répliqua: « Le cheval également est une digue monture, monture de roi. »

Ensuite on lui dit : « Il est monté sur un mulet. »

Wahraz dit: « Le mulet est le fils de l’âne, et l’âne est la monture des femmes. Maintenant donnez-moi mon arc. »

Il saisit l’arc, ajusta la flèche et dit : « Tenez-moi la poignée de l’arc avec la main en face du rubis. Quand j’aurai décoché la flèche, si l’armée ne bouge pas, vous saurez que le coup a manqué; alors vous me donnerez vite une autre flèche. Mais si les soldats se remuent et entourent Masrouq, vous saurez que la flèche l’a frappé et qu’ils sont occupés autour de lui; alors tirez vous-mêmes tous à la fois et couvrez—les d’une grêle de flèches. »

On ajusta donc la main de Wahraz visant le rubis, et il tira.

La flèche frappa juste le rubis, le brisa en deux moitiés, pénétra dans la couronne et sortit par la tête de Masrouq.

Celui-ci tomba du mulet sur le sol, les troupes s’ébranlèrent et l’entourèrent. Les soldats perses les couvrirent d‘une grêle de flèches et en tuèrent un grand nombre.

L’armée abyssine fut mise en fuite. Saif dit à Wahraz : « Dans l’armée abyssine il y a beaucoup de mes parents, des Arabes et des membres de la famille royale, qui ont suivi Masrouq par nécessité. Donne l’ordre que ceux—là soient épargnés et que l’on tue seulement les Abyssins. »

Wabraz ordonna de ne tuer que les noirs et les Abyssins.

Ce jour-là le massacre fut tel, que pas un seul Abyssin n‘échappa et que le sang coula comme un fleuve.

Le lendemain, Wahraz prit toute son armée et fit son entrée dans Can‘â (Sanaa) la ville qui était la résidence de Masrouq.

Il s’y établit, saisit les rênes du gouvernement, et Saif se tint devant lui. Wahraz fit mettre à mort tous ceux des Abyssins qu’il y trouva.

Ensuite il écrivit à Nouschirwân une lettre, par laquelle il lui annonçait sa victoire.

Nouschirwân lui répondit: « Remets le gouvernement du Yemen à Saïf, et reviens. »

Wahraz plaça Saif sur le trône et lui mit la couronne sur la tête; et Saîf donna à Wahraz tant de richesses, qu’il en fut. confondu; il en envoya également à Nouschirwân, par l’entremise de Wahraz, qui s’embarqua et s’en retourna.

Saîf résidait à Çan‘â (Sanaa). Il avait un palais qu’on appelait Ghoumdân, et qui avait été construit par les rois ‘himyarites et les Tobba‘, et les ancêtres de Saïf en avaient fait leur résidence.

Au haut de ce palais, il y avait un pavillon. Il n’y avait pas dans le monde entier un édifice pareil. Saîf s‘établit dans ce pavillon, dans le palais de Ghoumdân, en possession incontestée du royaume entier.

Il fit mettre à mort tous les Abyssins qu’il rencontrait, et les troupes arabes, ‘himyarites et yémenites obéissaient à ses ordres.

Quelques—uns des Abyssins qui avaient sauvé leur vie et les  jeunes gens dont les pères avaient été tués furent réduits en esclavage par les ‘Himyarites.

Saïf, quand il sortait à cheval, se faisait précéder par ses esclaves, portant des lances, comme c’était la coutume abyssine; il ne leur imposa aucune autre  charge que celle de former sa garde et de marcher devant lui.

Il composa sa cour de l’armée arabe et ‘himyarite, et envoya dans chaque ville du Yemen un gouverneur et lieutenant, même dans le ‘Hedjâz, le désert et le territoire des Arabes.

Les Arabes de toutes les contrées se rendirent auprès de Saïf pour le féliciter; il eut la main ouverte et combla les hommes de faveurs et de présents; aucun de tous ceux qui se présentèrent devant lui ne s’en alla sans avoir reçu un cadeau.

‘Abdou‘l-Mottalib, avec les principaux Qorai‘schites, vint de la Mecque pour le féliciter.

Saïf était en possession incontestée du royaume, puissant et en paix; il répandait la justice et faisait exécuter les lois; tous les habitants de race yemenite se reposaient sur lui.

Chaque jour, des poètes venaient de tous les côtés, lui apportant des poésies pour le féliciter.

Un poète nommé Omayya, fils d’Abon’ç-Çalt, de la tribu de Thaqif, l’a loué dans une pièce de vers dont Mo‘hammed ben-Djan‘r n’a rapporté que deux ou trois vers, et que nous allons donner en entier:

« Ceux-là réussiront dans leurs desseins qui ressemblent au fils de Dson Yezen. Il aborde la mer pour préparer la perte de ses ennemis.

Il alla trouver Héraclius; car ils s’étaient emparés des demeures de ses compatriotes; mais il n’obtint de lui rien de ce qu’il sollicitait.

Ensuite, après un grand nombre d’années, il se rend auprès de Kesra. après de longues pérégrinations.

Enfin il revient, amenant des braves qu’il poussa tant que. par ma vie! tu aurais allongé tes pas.

Par Dieu! voilà une troupe de braves, dont tu ne trouverais pas les pareils parmi les hommes.

Forts. de condition supérieure, resplendissants, chefs. lions, élevés, dans leur jeûnesse, dans les forêts marécageuses.

Qui est pareil à Kesra, le roi des rois, à qui des rois sont soumis; en pareil à Walnraz, le jour du combat, dédaigneux?

Ils tirent de leurs arcs des flèches nombreuses comme des épis; ils lancent avec un bruit formidable les projectiles.

’ Tu as déchaîné ces lions sur les chiens noirs, et. au milieu du jour, les cadavres de leurs fugitifs couvraient le sol.

Amuse—toi à boire, la couronne sur la tête. appuyé sur le lit, au haut du Ghoumdàn , qui est ta demeure.

Réjonis-toi bien longtemps; car ils sont morts maintenant, et livre—toi :. un sommeil paisible, enveloppé dans ton manteau.

Voilà ce qui convient aux braves, et non deux coupes de lait, qui, mélé avec de l‘eau , se transforme bientôt en urine. »

Le poète veut dire par ces vers: « Ce que tu as fait constitue ’ la mémoire glorieuse qui reste des grandes actions des rois dans le souvenir des hommes. Tu as recouvré le trône perdu, depuis soixante et dix ans , par tes pères. Celui-là sera vraiment roi qui sera comme toi, et non comme celui qui reste en place, recueillant l’héritage de ses pères et qui vit à son aise, dans l’oisiveté, et qui jouit et qui meurt et perd le pouvoir, comme ce fut le cas de Masrouq, fils d’Abraha. »

En effet, il ‘ faut qu’un roi se montre vaillant et qu’il laisse après lui une bonne renommée; il faut qu’il jouisse de hauts faits et non de bien—être.

Maintenant nous allons raconter l’histoire du règne de Saif, fils de Yezen.

Les Sassanides en Arabie 6-7eme siècle 1 2 3
Les Sassanides en Arabie 6-7eme siècle (McBride,Osprey)
1) Aswaran Sassanide au Yemen ( il est d’influence arabe et abbysin)
2) Officier Aswaran à Oman (style nettement plus persan)
3) Jeune guerrier arabe (l’arc est basé sur celui du prophète sws à Istanbul)

CHAPITRE XLI. HISTOIRE DU RÈGNE DE SAÎF, FILS DE DSOU YEZEN DANS LE YEMEN

Saïf étant sur le trône, il ne restait dans le Yemen aucun Abyssin, excepté quelques—uns dont les pères avaient été tués, qui avaient été réduits en esclavage et qui, armés de piques, marchaient devant le roi.

Il n’y avait qu’un seul vieillard, faible et décrépit; tous les autres étaient des jeunes garçons qui n’étaient pas encore en état de porter les armes.

Des années se passèrent ainsi sur le gouvernement de Saïl‘, qui envo‘ya à Nouschirwân un ambassadeur avec de riches présents et entretenait toujours de bons rapports avec lui.

Il traitait avec bonté les Abyssins qui formaient sa garde et qui étaient jour et nuit à son service, et se reposait entièrement sur eux.

Un jour, il était allé à la chasse, et ces Ahyssins avec leurs piques marchaient devant lui.

La chasse terminée, il faisait courir son cheval, seul; sa suite était restée en arrière, les Abyssins [seulement] marchaient à côté de son cheval. Quand ils furent éloignés de la suite, ils entourèrent Saïf et le tuerent, et dispersèrent toute sa suite.

De tous côtés, les Abyssins reparurent et tuèrent un grand nombre d »Himyarites, des habitants yemenites et des parents de Saïf.

Quelques uns prétendent que le règne de Saif avait duré un an; mais d‘autres disent qu’il avait eu une durée de sept ans.

Après sa mort, il se passa un certain temps sans que personne occupât le trône, et l’on ne reconnut l’autorité de personne.

Nouschirwâu, irrité à la nouvelle de ces événements, envoya de nouveau Wahraz dans le Yemen avec quatre mille hommes, et lui ordonna de mettre à mort tous les Abyssins qui se trouvaient dans le Yemen , grands et petits, hommes et femmes; de tuer également les femmes enceintes, tous ceux qui avaient les cheveux crépus et ceux [d’entre les Yemenites] qui portaient de l’affection aux Abyssins ou qui avaient de l’inclination pour eux.

Wahraz vint dans le Yemen et lit ainsi. Il écrivit à Nouschirwân : « J’ai exécuté tout ce que tu as ordonné, et j’ai purifié le Yemen des Abyssins et de leur race. »

Nouschirwân lui adressa une lettre de félicitations, lui disant : « Tu as bien fait. »

Il lui confia le royaume du Yemen. Wahraz y resta quatre ans, puis il mourut.

Il avait un fils nommé Merzebân, à qui Nouschirwân conféra la royauté du Yemen, et qui, jusqu’au moment de la mort de Nous’chirwân, lui envoyait chaque année un tribut.

Après plusieurs années Merzebân mourut également, laissant un fils nommé Sabhân , à qui Hormuzd, fils de Nouschirwân (le sassanide), confia le royaume.

Il mourut après avoir gouverné plusieurs années, et laissa un fils. nommé Khour—Khosrou. Hormuzd l’investit de la royauté du Yemen; mais, quelques années après, il fut irrité contre lui et envoya quelqu’un dans le Yemen pour le faire enchaîner et le ramener en Perse. On le ramena dans une litière, et Hormuzd’voulut le faire mettre à mort.

Un des grands de la Perse avait un vêtement qu’un jour Nouschirwân lui avait donné comme une robe d’honneur.

Cet homme apporta ce vêtement et le jeta sur la tête de Khour-Khosrou. Hormuzd l‘épargne par respect pour ce vêtement.

Il envoya dans le Yemen un autre homme, nommé Bâdsân (Bazan ibn Sasan), qui fut roi du Yemen (pour les Sassanides) jusqu’à l’avènement de notre Prophète, et qui vécut durant toute la carrière du Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui).

6) La mosquée al-Jannad à At Ta'izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta'izz, au Yémen 630-631  JC construite par le compagnon Mua’ath ibn Jabal al-Khazraji radi ALLAH anhu
La mosquée al-Jannad à At Ta’izzīyah, Muḩāfaz̧at Ta’izz, au Yémen 630-631  JC construite par le compagnon Mu’ad  ibn Jabal al-Khazraji radi ALLAH anhu

Les habitants du Yemen se convertirent à l’islam, et le Prophète y envoya Mo‘àd, fils de D’jabal, pour y gouverner et recevoir leurs impôts.

Tous les événements que nous venons de rapporter, depuis l’histoire de l’éléphant jusqu’à l’histoire de Masrouq, se passèrent du temps de Nouschirwân, dont le règne dura quarante—huit ans.

L’ère de l’Éléphant commença alors qu’il s’était écoulé quarante-deux ans du règne de Nouschirwân, ou, d’après d’autres, trente—deux ans.

Notre Prophète Muhammad (paix et bénédiction sur lui). est né dans l’année de l’Éléphant, pendant le règne de Nouschirwân, et il a commencé sa prédication sous le règne d’Hormuzd, fils de Nouschirwân.

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes arabo-perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe.

Martyr du calife Rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu et sa succession par Hassan par al-Tabari :

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Epée Dhul Fiqar attribué? du prophète Muhammad paix et bénédiction d'Allah sur lui au musée Islamique de Malaisie
Epée Dhul Fiqar attribué? au prophète Muhammad paix et bénédiction d’Allah sur lui (donc celle là ou celle du Topkapi est fausse) au musée Islamique de Malaisie

CHAPlTRE CVI. MORT DU CALIFE ‘ALÎ.

Dans les commencements de l’an 40 de l’hégire, trois hommes , à savoir : ‘Abd-er-Ra’hmân , fils de Mouldjam ; Borak, fils d »Abdallah, et ‘Amr, fils de Bekr, le Temîmite, s’entretenaient dans la mosquée de Koufa.

Ibn-Mouldjam était d’origine égyptienne; il avait fait partie du groupe des gens qui étaient venus à Médine pour tuer ‘Othmàn, et s’était rendu ensuite à Koufa.

Tous trois professaient la doctrine des Khâridjites.

Ils prétendaient qu’il ne fallait pas d’imâm sur la terre, que personne ne devait juger le jugement de Dieu, et que tous les hommes [qui n’étaient pas de leur opinion] étaient plongés dans l’erreur.

Or ces hommes causaient de la bataille de Nehrewàn, plaignaient ceux qui y avaient trouvé la mort et maudissaient ‘AIî, de même que Mo’àwiya et ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç [comme étant les auteurs de tous ces maux]. *

Enfin l’un d’eux dit: « Si nous avions seulement des compagnons pour pouvoir les combattre! « 

Le tombeau du 4eme califes Rashidun Ali radi Allah anhu, à l'intérieur de la . mausolée d'Ali  située dans la ville irakienne de Najaf. La tradition rapporte que la tombe d'Ali Ibn Abi Talib aurait été retrouvée fortuitement par le calife Haroun al-Rachid au cours d'une partie de chasse3. Une première mosquée est édifiée à l'emplacement supposé de la tombe d'Ali par l'émir bouyide Adhud ad-Dawla Fanna Khusraw (977). Endommagée par un incendie, elle est rebâtie en 1086 par le sultan seldjoukide Malik Shah Ier. Le shah séfévide Ismail Ier participe à son embellissement peu après 1500, lui donnant peu ou prou son aspect actuel.
Le tombeau du 4eme califes Rashidun Ali radi Allah anhu, à l’intérieur du. mausolée d’Ali située dans la ville irakienne de Najaf. La tradition rapporte que la tombe d’Ali Ibn Abi Talib aurait été retrouvée fortuitement par le calife Abbasside  Harun al-Rachid au cours d’une partie de chasse. Une première mosquée est édifiée à l’emplacement supposé de la tombe d’Ali par l’émir chiite  rafidhite  bouyide Adhud ad-Dawla Fanna Khusraw (977). Endommagée par un incendie, elle est rebâtie en 1086 par le sultan seldjoukide Malik Shah Ier. Le shah séfévide Ismail Ier participe à son tour peu après 1500, lui donnant son aspect actuel.

‘Abd-er-Ra’hmân répliqua : « Si nous ne trouvons pas de compagnons, nous pouvons, nous trois, en sacrifiant notre vie à Dieu, tuer ces trois hommes; chacun de nous en frappera un, et si nous sommes pris et mis à mort, nous sommes pris et mis à mort, nous sommes au moins sûrs d’aller en paradis. »

Les autres approuvèrent ce projet. Ibn-Mouldjam s’engagea à tuer ‘Alî, Borak voulut se rendre à Damas pour tuer Mo’âwiya, et’Amr dit qu’il irait en Égypte et donnerait la mort à ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç.

‘Abd- er-Ra’hmàn exposa ensuite à ses compagnons de quelle façon il voulait exécuter son projet. Il se proposait de frapper le calife au moment où il viendrait, à la pointe du jour, présider à la prière.

Les deux autres déclarèrent qu’ils agiraient de même. Ils convinrent ensuite que les trois victimes devaient tomber le même jour, afin qu’il n’y eût pas de survivant qui pût s’emparer de l’empire, et que l’exécution devait avoir lieu au mois de ramadhân, parce que, dans ce mois les mosquées étant remplies de monde, il y aurait possibilité pour eux de s’échapper.

Ils choisirent le vendredi, dix-septième jour de ramadhân, et après avoir trempé leurs sabres dans du poison, ils se séparèrent. Borak partit pour la Syrie, et ‘Amr pour l’Egypte, fit ‘Abd-er-Ra’hmàn resta à Koufa.

Vue aérienne de la capitale des Omeyyades, Damas Dimashq Bilad al-Sham Syrie.
Vue aérienne de la  future capitale des Omeyyades, Damas Dimashq Bilad al-Sham Syrie, le bastion du compagnon Muawiya radi Allah anhu lors de la fitna. 

Au jour convenu , Borak se trouvait mêlé aux fidèles dans la mosquée de Damas, à l’heure de la prière du matin.

Lorsque Mo’àwiya entra, Borak se leva comme tous les autres, prit son sabre à la main, et au moment où l’émir était près du mihràb et récitait la prière, il le frappa. Mo’àwiya, qui s’était baissé pour accomplir la prosternation, fut atteint seulement dans la région des reins; le sabre traversa la chair et les os.

Mo’àwiya tomba par terre. Il ordonna de continuer la prière. Après avoir été transporté dans sa maison, il fit amener devant lui Borak, qui avait été saisi, et l’interrogea.

Borak lui fit part de la conspiration qu’il avait ourdie avec ses deux compagnons. Mo’âwiya donna l’ordre de le tuer.

Son médecin, après avoir examiné la blessure, déclara que le sabre qui l’avait produite avait été trempé dans du poison, lequel pourrait se répandre dans tout le corps, si l’effet n’en était pas immédiatement détruit; qu’il n’y avait que deux moyens d’obtenir ce résultat : l’un consistait à brûler la blessure avec le fer rouge, et l’autre était l’emploi d’une médecine qui détruirait l’effet du poison, mais en même temps la faculté génératrice.

Mo’àwiya. qui avait dejà deux fils, choisit le second de ces deux remèdes, ne voulant pas s’exposer à la douleur de la cautérisation.

Après sa guérison, il fit construire dans la mosquée une clôture, dans laquelle il se tenait tou jours pendant la prière.

‘Amr, fils de Bekr, qui s’était rendu en Egypte, attendit dans la grande mosquée de Miçr la victime qu’il avait choisie.

11) La Mosquée de Fustat en Egypte (642 JC) fut construite par l'éminent compagnons et général stratège du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu ) le conquérant de l'Egypte et de la Cyrénaïque faces au Byzantins et au Coptes  
La Mosquée de Fustat en Egypte (642 JC) fut construite par l’éminent compagnons et général stratège du califat Rashidun Amr ibn al-As (radi ALLAH anhu ) le conquérant de l’Egypte et de la Cyrénaïque faces au Byzantins et au Coptes

Il était d’usage que les gouverneurs des provinces remplissent eux-mêmes les fonctions d’imâm et présidassent à la prière dans la mosquée principale.

Or il arriva que, le jour qui avait été fixé pour son meurtre, ‘Amrou fut empêché d’aller à la prière du matin, ayant été pris de coliques pendant la nuit; et il chargea le chef de sa garde, Khàridja. fils d’Abou-‘Habîba al-‘Amin, de présider à sa place.

Quand celui-ci entra dans la mosquée, ‘Amr fil de Bekr se précipita sur lui, le frappa de son sabre et le tua.

Il fut saisi et amené devant ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç, qui lui demanda pour quelle raison il avait tué cet homme. ‘Amr répondit : » C’est toi que j’ai voulu tuer!  »

‘Amrou dit : « Tu as voulu me tuer, et Dieu t’a tué.  »

Cette parole est devenue proverbe. Puis il donna l’ordre de faire mourir ‘Amr.

La Mosquée de Kufa en Irak (639)
La Mosquée de Kufa en Irak (639 JC) fut construite  sous  l’ordre du calife Rashidun Omar ibn al-Khatab (radiALLAH anhu) par le général Sa’d ibn Waqqas radi Allahu. 

‘Abd-er-Ra’hmân, fils de Mouldjam, qui était resté à Koufa. demeurait dans le quartier des Beni-Kinda.

Ceux-ci étaient en majeure partie Khàridjites; ils avaient perdu plusieurs des leurs à la bataille de Nehrewân, et étaient ennemis mortels d »Alî.

Il y avait parmi eux une femme, la plus belle femme de Koufa, nommée Qotâm, fille de Schidjna, dont le père, le frère, l’oncle et douze autres parents avaient trouvé la mort à Nehrewân.

Ibn-Mouldjam aimait cette femme et demanda sa main.

La femme lui dit : « Tu n’es pas en état de me payer le don nuptial.

— Je donnerai tout ce que lu demanderas, répliqua Ibn-Mouldjam.

— Je demande, reprit la femme, trois mille dirhems, une servante, un esclave et la tête d »AIî.

Ibn-Mouldjam dit :  » Tu auras tout cela; car moi- même je suis venu d’Egypte pour tuer ‘Alî.  »

Qotàm pensa d’abord qu’il plaisantait; mais lorsqu’il lui en eut dit davantage, elle reconnut qu’il parlait sérieusement. En conséquence, elle lui promit de devenir sa femme aussitôt qu’il aurait accompli les conditions exigées par elle.

Qotàm lui dit ensuite :  » Il te faut, pour exécuter ton projet, un compagnon. »

Ibn-Mouldjam répondit : « Si j’en trouve un, tant mieux. Mais il me faut un homme qui puisse garder le secret. »

Qotàm alla trouver un homme de la tribu de Temîm, nommé Werdàn, qui souvent avait dit devant elle que, s’il trouvait un compagnon, il tuerait ‘Alî.

Elle lui fit faire la connaissance d’Ibn-Mouldjam , et ces deux hommes se concertèrent avec un autre Khàridjite, nommé Schebîb, fils de Badjara, des Benî- Aschdja’, et, au jour fixé d’avance, ils se rendirent à la mosquée.

Ibn-Mouldjam et Schebîb se placèrent chacun d’un côté de la porte par laquelle devait passer le calife, avec l’intention de le frapper tous deux en même temps, au mo ment où il entrerait, espérant qu’au moins l’un d’eux ne le manquerait pas.

Quant a Werdàn, ils lui avaient recommandé de se tenir devant la mosquée, et dans le cas où eux-mêmes auraient manqué la victime et pendant que tout le monde se rait occupé à s’emparer d’eux, de se précipiter sur le calife et de le frapper à son tour.

Au moment où ‘Alî entra dans la mosquée, les deux conjurés qui l’attendaient se précipitèrent sur lui. Le sabre de Schebîb alla frapper l’un des montants de la porte, tandis que le coup d’Ibn-Mouldjam atteignit le calife au côté ou, d’après une autre tradition, à la tete.

‘Alî s’écria : « Saisissez cet homme! »

Pendant que l’on était occupé à s’emparer d’Ibn-Mouldjam, Schebîb et Werdàn prirent la fuite.

Le premier réussit à s’échapper en se mêlant à la foule, et ne fut plus retrouvé. Werdàn se sauva dans une maison, où il fut tué par ceux qui l’avaient suivi.

‘Alî, après avoir été transporté dans sa maison, se fit amener Ibn-Mouldjam , et lui demanda quel était le motif de son action.

Ibn-Mouldjam répondit : « C’est que je considère légalement permis de te tuer, à cause du grand nombre de musulmans que tu as fait mourir, et à cause du sang innocent que tu as versé. »

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Le calife dit à ‘Hasan : « Tiens cet homme sous bonne garde. Si je guéris de cette blessure, je sais ce que j’aurai à faire avec lui. Si je succombe, fais-le mourir. »

‘Hasan le garda enchaîné dans son appartement. Le lendemain Oumm-Kolthoum, fille d »Alî, se trouva chez ‘Hasan et pleura.

En apercevant Ibn-Mouldjam, elle lui dit : « Maudit! au jourd’hui le prince des croyants est mieux, et toi plus mal ! »

Ibn-Mouldjam répliqua : « Si ton père est mieux, pourquoi pleures-tu? Ce sabre m’a coûté mille dirhems, et j’ai payé mille dirhems le poison dans lequel il a été trempé. Celui qui en est frappé ne peut vivre. »

Le lendemain du jour où il avait été frappé, le calife fit ses dernières recommandations au peuple et à ses fils.

On lui demanda si, après sa mort, il fallait proclamer ‘Hasan son successeur.

Il répondit : « C’est à vous de décider. Je ne vous dirai rien à cet égard. Je me borne à parler de choses privées. »

Il mourut le troisième jour. ‘Hasan et ‘Hosaïn procédèrent à la lotion funéraire, assistés d »Abdallah, lils de Dja’far.

Ils ensevelirent ‘Alî, récitèrent sur son corps la prière de neuf tekbîr, et l’enterrèrent dans le palais de Koufa.

‘Hasan, proclamé le lendemain, donna l’ordre de mettre à mort Ibn-Mouldjam.

Celui-ci dit : « Laisse-moi vivre jusqu’à ce que je t’aie assuré le califat. Tu pourras me tuer ensuite, si tu veux.  »

— Que veux-tu faire? demanda ‘Hasan.

— J’irai tuer Moawiya , et je m’engage à revenir ici.

‘Hasan néanmoins persista dans sa décision, et Ibn-Mouldjam fut brûlé.

Une des épées du Prophète Muhammad  Salla Allah 'alayhi wa Salam du nom de  Dhu al-Faqar (السيف ذُو الفَقَار)
Une des épées du Prophète Muhammad Salla Allah ‘alayhi wa Salam du nom de Dhu al-Faqar (السيف ذُو الفَقَار) qui aurai été e posséssion du calife Ali radi Allah anhu

CHAPITRE CVII. GENEALOGIE D »ALÎ [ET AUTRES DÉTAILS SUR SA VIE|

. ‘Alî était fils d’Abou-Tàlib , fils d »Abdou’l-Mottalib, fils de Hâschim, fils d »Abd-Manàf. Sa mère était Fàtima, fille d’Asad, fils de Hàschim, fils d »Abd-Manàf.

Quant à son extérieur, ‘Alî etait brun , de taille moyenne ; il avait de grands yeux et le ventre proéminent; le devant de sa tête était chauve.

Il mourut de la mort des martyrs, à l’âge de soixante-trois ans, après avoir exercé le pouvoir pendant quatre ans et neuf mois.

Il avait épousé neuf femmes.

Aussi longtemps que Fàtima vécut, elle resta sa seule épouse.

Après la mort de Fàtima, il épousa d’abord Oumm al-Benîn, fille de ‘Haràm, fils de Rabî’a, fils de Khàlid, de la tribu de Kilàb; puis Laïla, fille de Mas’oud, fils de Khàlid, de la tribu de:Temîm; ensuite lsmà, fille d »Omaïs, et Oumm-‘Habîba, fille de Rabî’a, de la tribu de Thaghlib (quelques-uns disent qu’elle était esclave); ensuite Omâma, fille d’Abou’l-‘Aç.

La mère d’Omàma était Zaïnab, fille du Prophète.

Les autres femmes d »Alî furent : Miaula, fille de Dja’far, fils de Qaïs, de la tribu des Bem- Mlanîfa; Oumm-Sa’id, fille d »Orwa, fils de Mas’oud, le Thaqîfite; enfin Makhabbàt, fille d’Imrou’l-Qaïs.

Au moment de sa mort , trois seulement de ces femmes lui étaient restées , savoir : Asmà, Oumm al-Renîn et Khaula. ‘Ali eut quinze fils. Fàtima, la fille du Prophète, lui avait donné ‘Hasan, ‘Hosaïn et Mou’hassan. Ce dernier mourut en bas âge.

Oumm al-Benîn était mère d »Abbàs, d »Abdallah , de Dja’far et d »Othmàn.

‘Abdallah, Dja’far et ‘Othmàn périrent à Kerbelà, avec ‘Hosaïn.

‘Alî avait eu deux fils d’Asmà. savoir : Ya’hya et ‘Aun; deux autres, ‘Obaïdallah et Abou- Bekr, de Laïla.

Ceux-ci furent également tués à Kerbelà. lI avait trois fils du nom de Mo’hammed : Mo’hammed l’aîné avait pour mère Khanla; il était connu sous le nom de fils de la ‘Hanîfite.

L’autre Mo’hammed était fils d’Omàma, et le troisième, Mo’hammed le jeune, était fils d’Asmà.

Enfin Oumm- ‘Habîba donna à ‘Alî son fils ‘Omar. Treize de ces fils vivaient au moment où ‘Alî mourut.

Les filles d »Alî, qui toutes lui survécurent, étaient au nombre de dix-huit : Zaïnab l’aînée et Oumm-Koltboum l’aînée étaient nées de Fàtima; Ramla l’aînée [et Oumm-‘Hasan], d’Oumm-Sa’îd; et Roqayya, d’0unim-‘Habîba.

Voilà cinq filles d’Alî nées de femmes libres, dont les mères sont connues.

Les noms des treize autres, nées d’esclaves, étaient : Oumm-Hànî, Maïmouna, Zaïnab la jeune, Ramla la jeune, Fàtima, Omàma, Khadîdja, Oumm-Salama, Oumm al-Keràm, Djomàna, \alïsa. Oumm-Dja’far et Oumm-Kolthoum la jeune.

‘Ali avait encore une fille, plus jeune que toutes celles que nous venons de mentionner (elle n’avait que trois ans au moment de la mort du calife), nommée ‘Hâritha, fille de Makhabbàt, fille d’Imrou’l-Qaïs.

Le calife, même en public, l’avait toujours auprès de lui et la tenait sur ses genoux.

Elle avait pour habitude de prononcer le son de la lettre lam, que sa langue ne pouvait produire, comme un dsal.

Quand on lui demandait de quelle tribu était sa mère, elle répondait : De la tribu de hadsab (au lieu de Kalab).

Mais, malgré son jeune àge. elle s’apercevait que c’était une faute; et lorsqu’on lui adressait dans la suite’la même question, elle répondait : « De la tribu de ouao ouao, » voulant désigner ainsi les Benî-Kilàb (chiens).

Tout le monde était étonné de ce degré d’intelligence dans une petite fille.

Toutes ces filles d »Alî eurent de nombreux descendants.

Mais seulement cinq de ses fils perpétuèrent sa race, savoir : ‘Hasan; ‘Hosaïn; Mo’hammed, fils de la ‘Hanîfite; ‘Abbàs, et ‘Omar.

Ce dernier survécut à tous ses frères; il atteignit l’àge de quatre-vingt-cinq ans.

(fin du tome 3) 

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes arabo-perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe.

 

Le calife Ali ibn Abi Talib (ra) nomme ces gouverneurs et début de la première Fitna, la bataille du Chameau, de Siffin révolte des Khawarij par al-Tabari :

Publié le Mis à jour le

Le califat Rashidun dès Omar ibn al-Khatab et Uthman ibn Affan qu'Allah sois satisfait d'eux
Le califat Rashidun sous Uthman ibn Affan radi Allah anhu

CHAPITRE XCIII ALÎ NOMME DE NOUVEAUX Gouverneures

Le premier agent qu »Alî fit partir fut ‘Obaïdallah, fils d’Abbàs, qui devait remplacer, dans le Yemen, Yal’a, fils d’Omayya [Ibn-Mounya].

Après avoir destitué ‘Abdallah, fils d »Amir, fils de Kouraïz, ‘Alî donna le gouvernement de Baçra à ‘Othmân, fils de ‘Honaïf.

Il envoya ‘Omâra, fils de Srhihàb, à Koufa, pour remplacer Abou-Mousa al-Asch’ari , ft Qaïîi, fils de Sa’d, en Egypte, pour prendre la place

d »Abdallah-ibn-Abou-Sar’h. Quant à Ya’la, fils d’Qmayya, il laissa la place libre à ‘Obaïdallah, en emportant l’argent du trésor.

‘Abdallah, fils d »Àmir, céda le gouvernement de Baçra à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf; mais il y eut dans la ville deux factions : une partie des habitants reconnut le nouveau calife; les autres voulaient attendre pour voir quel parti prendraient les gens [de Médine].

‘Omàra, qui était parti pour Koufa, arriva à Zobàla, où il vit s’avancer au- devant de lui Tola’fha, fils de Khowaïlid, l’Asadite (al-Asadi), et Qa’qà’, fils d »Amrou, qui lui dirent : « Retourne, car les habitants de Koufa désirent garder Abou-Mousa et veulent venger la mort d »Othmàn sur toi et sur celui qui t’envoie. Si tu ne retournes pas, nous te trancherons la tête.  »

En conséquence, ‘Omàra revint sur ses pas.

Quant aux habitants de l’Egypte, ils étaient partagés en trois factions. Après la fuite d »Abil- allah-ibn-Abou-Sar’h, Mo’hammed, fils d’Abou-‘Hodsaïfa, avait pris le gouvernement de cette province.

Lorsque Qaïs. fils de Sa’d , arriva en Egypte, une partie des habitants vint se rallier autour de lui. D’autres déclarèrent vouloir attendre le retour de ceux qui avaient tué ‘Othmàn.

Un autre parti enfin prit une attitude hostile, et déclara qu’il ne reconnaîtrait point ‘Alî, à moins que celui-ci ne vengeât la mort d »Othmàn.

Sa’hl , fils de ‘Honaïf, était parti pour prendre le gouvernement de Syrie. Mo’àwiya envoya au-devant de lui un détachement qui l’arrêta à la première station de la province, et on lui demanda le but de son voyage.

Sa’hl ayant déclaré qu’il venait en Syrie pour prendre le gouvernement de cette province, ces soldats lui dirent :

« Si tu n’es pas l’un des meurtriers d »Othmàn, viens; mais si tu en es, retourne-t’en; car nous ne reconnaissons pas comme calife ‘Alî, qui doit rendre compte de la mort d »Othmàn. » 

— Est-ce vous seuls, demanda Sa’hl, qui tenez un tel langage? ou est-ce l’opinion de toute la Syrie?

Ils répondirent : « Toute la Syrie est d’accord en cela, et tout le monde veut venger la mort d »Othmàn. »

Lorsque Sa’hl revint de Syrie, et ‘Omàra, de Koufa; que Qaïs annonça l’opposition qu’il trouvait en Egypte, et ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, celle qu’il trouvait à Bacra, ‘Alî fut consterné.

Ruines du Dar al-Imarat (maison de commandement) de Kufa iraq
Ruines du palais « Dar al-Imarat » (maison de commandement) de Kufa iraq‘

Les habitants de Médine dirent avec satisfaction :  » Nous lui avions bien dit de faire mettre à mort les meurtriers d »Othmàn; mais il n’a pas voulu suivre notre conseil ! »

‘Alî fit appeler Tal’ha et Zobaïr et leur exposa la situation. Ils lui dirent : « Nous t’avions demandé de nous envoyer à Baçra et à Koufa, pour en amener des troupes. Comme tu n’as pas voulu le faire et que, à présent, le peuple s’attend à nous voir prendre une attitude hostile envers toi, autorise- nous à aller à la Mecque; nous nous y livrerons à la dévotion, et le peuple saura ainsi qu’il n’y a aucun désaccord entre nous, et il se soumettra. Mais ne recule pas devant des mesures coercitives, sans lesquelles cette affaire ne s’arrangera pas. »

‘Alî répliqua : « J’y réfléchirai; mais je ferai mon possible pour ramener ces hommes par la douceur; si je ne réussis pas, c’est alors que j’emploierai la force. »

‘Aïscha avait été l’ennemie d »Othmàn ; elle avait constamment déclaré qu’il devait s’amender ou abdiquer.

Au moment où il fut assiégé dans son hôtel (dar al imara), elle était partie pour le pèlerinage.

Mais lorsque ‘Alî eut été proclamé calife, elle en fut très-fâchée, car elle gardait rancune à ‘Ali du langage qu’il avait tenu au Prophète, du temps qu’elle avait été calomniée et accusée d’adultère.

Le Prophète ayant demandé l’avis d »‘Alî, celui-ci lui avait dit : « Il y a beaucoup de femmes dans le monde; si tu es mécontent de l’une, renvoie-la et prends-en une autre meilleure que celle-là. »

Comme ‘Aïscha etait mécontente de la nomination d »Alî, elle disait qu »Othmàn avait été tué injustement et qu’il fallait venger sa mort.

C’est au moment où elle venait de quitter la Mecque, qu’elle apprit ces derniers événements.

Elle revint immédiatement sur ses pas, en disant :  » Ma place n’est plus maintenant à Médine. »

Gravure de Médine ver 1850  al-Masjid al-Nawawi
Gravure de Médine ver 1850 al-Masjid al-Nawawi

Tous ceux qui s’étaient enfuis de Médine se réunirent autour d’elle et s’engagèrent envers elle. Ils lui racontèrent en détai! de quelle manière cruelle on avait tué’Othmàn, et elle pleura et s’écria :  » Que Dieu ait pitié d »Othmàn ! C’est un devoir pour tous les musulmans de venger sa mort! »

‘Abdallah-ben-al- ‘Hadhramî, gouverneur de la Mecque, s’écria :  » Mère des croyants, le premier qui le vengera, ce sera moi !  »

Tous les habitants de la Mecque engagèrent leur foi à ‘Aïscha.

Or, ce fut à la nouvelle de cet état des choses, que Tal’ha et Zobaïr demandèrent l’autorisation de se rendre à la Mecque.

‘Alî, de son côté, ignorait ce qui s’était passé. ‘Hafça, qui avait également fait le pèlerinage, était partie avec ‘Aïscha pour Médine, et lorsque celle-ci reprit la route de la Mecque, elle rentra avec elle.

L’une et l’autre excitèrent le peuple à prendre les armes et à venger la mort d »Othmàn.

‘Alî fit porter par un messager une lettre à Koufa et demanda à Abou-Mousa al-Asch’arî quelles étaient les dispositions des habitants de cette ville.

Abou-Mousa répondit :  » Les habitants de Koufa t’ont prêté le serment de fidélité, et ils sont les plus soumis des hommes. »

‘Alî, très-content de celte assurance, laissa Abou-Mousa à son poste. Abou-Mousa soupçonnait ‘Alî d’être l’auteur de la mort d »Othman; mais il gardait secrète cette pensée et manifestait en public sa soumission.

‘Alî fit partir ensuite Sabra le Djohaïnite, avec une lettre adressée à Mo’àwiya, dans laquelle il lui demandait de lui faire connaître les dispositions des habitants de la Syrie.

La suscription de la lettre était ainsi conçue :  «De la part du serviteur de Dieu, ‘Alî, prince des croyants, à Mo’âwiya, fils d’Abou-Sofyàn.»

Mo’àwiya retint ce messager pendant un mois, différant toujours de lui remettre la réponse.

Au bout d’un mois, il fit partir vers ‘Alî un homme nommé Qabiça (Qabissa), de la tribu d »Abs (al-Absi) , lui donna un message verbal et une lettre cachetée qui portait cette adresse : « De la part de Mo’âwiya à ‘Alî. »

‘Alî, en recevant cette lettre des mains de Qabîça, et en voyant l’adresse, dit :  » Il n’y a rien de bon là-dedans. »

Puis, après l’avoir ouverte, il n’y trouva que ces mots :  » «Au nom de Dieu clément et miséricordieux ! » »

Il dit au messager: « La lettre ne contient rien; si tu as un message verbal, dis-le. »

Le messager demanda s’il pouvait parler sans crainte pour sa vie.

‘Alî répliqua :  » Tu es en sûreté; un messager n’a rien à craindre. »

Alors le messager dit :  » Tous les habitants de Syrie sont résolus à venger sur toi la mort d »Othmàn. Plus de cent mille hommes se réunissent chaque jour dans la mosquée principale, pleurent devant la chemise ensanglantée d »Othmàn et maudissent ses meurtriers. Ils déclarent qu’ils ne boiront point d’eau fraîche avant d’avoir vengé sa mort. »

‘Alî’s’écria :  » Seigneur, tu connais l’auteur de la mort d »Othmàn ; son sang n’est pas sur moi. »

Puis il congédia le messager. Tal’ha et Zobaïr, ayant obtenu l’autorisation de partir, se rendirent à la Mecque. Les habitants de Médine se réjouirent de ce qui arrivait à ‘Alî.

‘Ali appela le peuple aux armes, pour aller attaquer Mo’àwiya en Syrie.

Il réunit une armée, confia le drapeau à son fils Mo’hammed, fils de la ‘Hanafite, donna le commandement de l’aile droite à ‘Abdallah , fils d »Abbàs, le commandement de l’aile gauche à ‘Omar, fils d’Abou-Salima, et celui de l’avant-garde à Abon-Laïla-ibn-al-Djerrà’h.

Il n’enrôla aucun de ceux qui s’étaient insurgés contre ‘Othmàn.

Il écrivit une lettre à Qaïs, fils de Sa’d, pour qu’il lui envoyât une armée de l’Egypte. Il adressa la même demande à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, et à Abou-Mousa al-Asch’arî, et il exhortait chaque jour le peuple à faire ses préparatifs de campagne.

Sur ces entrefaites, il apprit que la population de la Mecque refusait de le reconnaître comme calife; que, excitée par ‘Aïscha et ‘Hafça, elle voulait venger la mort d »Othmàn, et que Tal’ha et Zobaïr s’étaient joints à ses ennemis.

‘Alî fut stupéfait. Il fit réunir le peuple et le harangua. Il dit :  » Une affaire plus grave que celle de Syrie nous attend. »

Après avoir annoncé les événements de la Mecque, il ajouta : Tal’ha et Zobaïr ont rompu leur foi, et ils n’auront pas l’assistance de Dieu. Préparez-vous maintenant pour marcher sur la Mecque, car cette affaire est plus pressante que celle de Syrie.

Le peuple, apprenant la défection de Tal’ha et de Zobaïr, ne montra plus aucune ardeur pour marcher, et personne ne se présenta. ‘ Ali répéta son appel pendant trois jours. Il disait aux hommes :  » Vous m’avez prêté serment; exécutez votre serment. La fidélité au serment aura l’assistance de Dieu. Préparez-vous maintenant pour marcher sur la Mecque, car cette affaire est plus pressante que celle de Syrie.  » 

Enfin un homme, nommé Ziyàd, fils de Tal’ha, se présenta et dit :  » N’importe où tu iras, nous irons avec toi !  »

Tous les Ançàr présents dans l’assemblée suivirent cet exemple. Parmi eux se trouvaient sept combattants de Bedr, en dehors d »Alî.

‘Ali dit à ‘Abdallah, fils d »Omar :  » Est-ce que tu te sépares des hommes de Dieu ?

‘Abdallah répondit : »Quand, les habitants de Médine marcheront, je marcherai avec eux. »

‘Ali dit : « Donne-m’en un gage. »

— Ma parole, répliqua ‘Abdallah, vaut mieux qu’un gage.

‘Abdallah consulta ensuite les habitants de Médine. Ils lui répondirent :  » Tu es mieux en état de prendre un parti; nous sommes très-embarrassés. »

‘Abdallah se rendit auprès d’Oumm-Kolthoum, fille d »Alî et veuve d »Omar, et lui dit : « J’obéirai à ‘Ali en toutes choses, excepté s’il m’ordonne de combattre des musulmans. Il faut qu’il me dispense de cela, et qu’il me permette de me rendre à la Mecque pour me livrer à la dévotion. »

Oumm-Kolthoum répondit :  « Je demanderai pour toi cette permission. »

Dans la nuit du même jour, ‘Abdallah monta sur un chameau et prit la route de la Mecque.

Le lendemain, ‘Alî, l’ayant fait cher cher, apprit, à son grand chagrin, qu’il était parti pour la Mecque. Il envoya plusieurs cavaliers à sa poursuite. Oumm- Kolthoum lui dit:  » ‘Abdallah est venu chez moi hier et m’a dit telle et telle chose. Je réponds de lui ; il ne sera ni contre toi, ni avec toi.  »

‘Abdallah, fils d »Abbàs, dit : « C’est un homme pieux et véridique. Laissez-le aller. »

— Tu as raison, répliqua ‘Ali. Et il fit ses préparatifs de départ.

Tal’ha et Zobaïr réunirent un grand nombre d’adhérents.Ya’la, fils d’Omayya, le gouverneur du Yemen, qu »Alî avait destitué, vint à la Mecque, apportant six cent mille dirhems et amenant six cents chameaux.

Il fit cause commune avec Tal’ha et Zobaïr, et leur offrit les biens qu’il apportait, et qu’ils distribuèrent à leurs troupes. ‘Abdallah, fils d »Àmir, qui, lui aussi, avait beaucoup d’argent, se joignit également à eux, de même que tous les Benî-Omayya, tels que Sa’îd, fils d’Al-‘Aç, et Walîd, fils d »Oqba, et un grand nombre de Bédouins et de gens sans aveu.

On voulut marcher sur Médine. Mais Tal’ha et Zobaïr dirent :  » Les habitants de Médine ont été témoins de notre serment; ils nous combattront. »

‘Aïscha leur dit :  » Si vous avez prêté le serment, ne le rompez pas. »

Ils répliquèrent :  » Nous avions cédé à la menace du sabre.  »

Zobaïr conseilla d’aller en Syrie, auprès de Mo’àwiya. ‘Abdallah, fils d »Àmir. fils de Kouraïz , dit :  » J’ai beaucoup d’amis à Barça. J’en ferai sortir ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, et je vous livrerai la ville.  »

En conséquence, on résolut de se rendre à Baçra. Tal’ha et Zobaïr dirent à ‘Aïscha : « La guerre n’est pas l’affaire des femmes; mais comme tu jouis de la considération générale, il faut que tu viennes avec nous à Baçra, afin d’exciter les hommes à venger la mort d »Othmàn, comme tu l’as fait à la Mecque. Quand on nous aura reconnus, alors tu pourras rester à la maison. »

‘Aïscha consentit. Ils vinrent ensuite trouver ‘Hafça et lui dirent : Mère des croyants, sois \ avec nous dans cette affaire , comme cÂïscha. ‘Hafça répon dit : Je ne ferai pas autrement qu »Aïscha. Mais ‘Abdallah, fils d »Omar, la fit revenir sur sa résolution et ne la laissa point partir avec eux,

Typique ancienne maison de basra en iraq.
Typique ancienne maison de basra en Iraq. Ville fondé par Ordre du calife Omar radi Allah anhu

CHAPITRE XClV TALHA ZOBAÏR ET ÀÏSCHA SE RENDENT À BACRA 

‘Abdallah, fils d’Amir, et Yal’a, fils d’Omayya, avaient remis tout l’argent qu’ils avaient à Tal’ha et à Zobaïr, afin que ceux-ci le distribuassent aux troupes. Ya’la avait un cha meau, aommé’Askar, qu’il avait acheté dans le Yemen pour quatre-vingts dinàrs.

Il le donna à ‘Aïscha pour porter sa litière.

Ensuite on fit proclamer qu’on fournirait l’équipe ment à tous ceux qui n’en auraient pas. En conséquence, mille hommes, dont six cents montés sur des chameaux, et quatre cents sur des chevaux, se mirent en route. Moghîra, fils de Scho’ba, se trouvait à la Mecque. Tal’ha l’emmena avec lui.

Lorsqu’ils furent à la première étape, Moghîra, causant en particulier avec Tal’ha, lui demanda à qui, en cas de succès, ils destinaient le califat.

Tal’ha répondit : « A moi ou à Zobaïr, à celui de nous deux que les musulmans choisiront. »

— Cela n’est pas bien, répliqua Moghîra; et, désignant les deux fils d »Othmàn qui étaient avec eux, savoir Abàn et Walîd, il ajouta : « Donnez-le à l’un de ces deux jeunes gens. »

— Cela ne se peut pas, dit Tal’ha.

— Alors, reprit Moghîra , cette affaire ne réussira point.

Il s’en retourna avec Sa’îd, fils d’Al-‘Ac, et ils demeurèrent tous les deux à la Mecque.

Pendant ce temps, ‘Alî se préparait à marcher sur la Mecque. Il fut informé du départ de Tal’ha , de Zobaïr et d »Aïscha, par une lettre que lui envoya de la Mecque Oumm-al-Fadhl, fille de ‘Hàrith, fils d »Abdou’l- Mottalib, par l’entremise d’un homme de Djohaïna, nommé Zhafar. Il quitta aussitôt Médine, avec neuf cents hommes, pour leur couper le chemin. Il laissa Sa’hl, fils de ‘Honaïf, comme gouverneur de Médine, et envoya Qotham, fils d »Ahbàs, comme gouverneur à la Mecque.

Lorsqu’il arriva à Rabadsa , il apprit que ses adversaires étaient déjà passés. Il s’arrêta à Dsou-Qàr, entre Baçra et Koufa , et adressa une lettre à ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, à Baçra. Il lui annonçait qu »Aïscha, Tal’ha et Zobaïr étaient en route pour Baçra, et l’engageait à se tenir sur ses gardes.

‘Aïscha était partie de la Mecque avec mille hommes. Lorsqu’elle arriva à Baçra, trois mille Arabes, Bédouins et gens de toute espèce, étaient réunis autour d’elle. Ces hommes demandèrent quel était leur chef.

Mo’hammed, fils de Tal’ha, dit : « C’est mon père. »  ‘Abdallah, fils de Zobaïr, de son côté, aflirma que c’était son père ; et il s’éleva une dispute entre eux.

‘Âïscha reconnut qu’il fallait absolument que quelqu’un présidât à la prière, et elle chargea de cette fonction ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d »Attàb, fils d’Asîd. D’après une autre tradition, ce fut ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui fut chargé par elle de présider.

Lorsqu’ils surent qu »Alî était sur leur chemin, ils prirent un guide, quittèrent le chemin à Arbiya (territoire d’une tribu dans le désert, dans la direction de Barra), et ce guide les conduisit par des routes non tracées, de station en station, jusqu’à un lieu nommé ‘Hauab (le, crime).

‘Àïsha faisait marcher son chameau en avant, et elle était précédée par le guide. Quand ils entrèrent dans le village, les chiens aboyèrent contre le chameau d »Aïscha, qui demanda au guide le nom du village.

Ayant appris qu’il se nommait ‘Hauab, elle appela Tal’ha et Zobaïr et leur dit : « Je me souviens que le Prophète a dit : Une de mes femmes passera un jour à ‘Hauab, et les chiens aboieront contre elle; elle se trouvera impliquée dans une affaire criminelle et sera rebelle contre- Dieu. C’est à moi que s’appliquent à présent ces paroles.  »

Tal’ha et Zobaïr dirent :  » Ce village n’est pas ‘Hauab; le guide se trompe. »

Ils allèrent chercher les habitants et les déterminèrent à confirmer leur mensonge.

‘Aïscha dit ensuite :  » Je veux retourner.  Les femmes sont mieux dans leurs maisons, et ne doivent pas s’occuper de la guerre.  »

‘Abdallah, fils de Zobaïr, était chargé de partir en éclaireur, quand l’armée se mettait en marche. Tal’ha et Zobaïr convinrent avec lui d’une ruse. Au moment où l’on battrait le tambour, il devait accourir vers l’armée et annoncer l’arrivée d »Ali.

‘Abdallah fit ainsi, et ‘Aïscha, par peur, n’osa plus reculer.

En effet, au moment où ‘Aïscha avait quitté la Mecque pour accompagner Tal’ha et Zobaïr, Oumm-Salima, autre femme du Prophète, avait fait proposer à ‘Alî de l’accompagner, et ‘Alî lui avait répondu : « Que Dieu te récompense! Reste à la maison et prie Dieu pour qu’il livre ‘Aïscha entre mes mains. »

‘Aïscha avait eu connaissance de ce propos, et c’est pour cette raison qu’elle avait peur d »Alî.

Elle fit hâter le départ de l’armée et n’osa plus dire qu’elle voulait s’en retourner.

Elle demanda le guide, mais Tal’ha lui dit:  » Il est parti, parce qu’il était honteux de s’être trompé sur le nom de ce village. » 

Le guide les quitta et vint sur la route dans laquelle s’était engagé ‘Alî. 

Celui-ci cherchait à connaitre dans quelle direction se trouvaient ses adversaires. Apercevant le guide, il l’appela et lui demanda d’où il venait.

— Du côté de Baçra, répondit le guide.

— As-tu rencontré le lézard (schoqaïr) avec sa séquelle ? ‘Alî désignait par cette expression ‘Âïscha ; car le Prophète l’avait souvent appelée ainsi, en disant :  » Malheur à toi, lézard! »

Le guide lui donna des renseignements sur ‘Aïscha, sur Tal’ha et Zobaïr, lui raconta ce qui s’était passé à ‘Hauab (Hawab), et leur départ pour Baçra. ‘Alî, qui avait craint qu’ils n’allassent à Koufa et qu’ils n’entrainassent les habitants de cette ville, fut très-content d’apprendre qu’ils s’étaient dirigés vers Baçra.

‘Hosaïn, fils d »Alî, vint trouver son père et lui dit en pleurant :  » Tu ne suis jamais les conseils que je te donne. A présent, on pourra te faire périr dans ce désert, et tu n’as aucun secours à attendre. »

‘Alî répondit : « Père de Mo’hammed (Abou Muhammad), ne t’ai-je pas dit de parler un langage tel que le parlent les hommes, et non un langage de femme?  »

‘Hosaïn reprit :  » Lorsque ‘Othmàn fut assiégé, je t’avais conseillé de quitter Médine, afin que, si on le tuait, tu ne fusses pas présent. Tu ne l’as pas fait. Après la mort d »Othmàn , je t’avais conseillé de rester à la maison et d’attendre que toutes les villes vinssent te prêter le serment de fidélité, et qu’il n’y eût plus d’opposition. Tu ne m’as pas écouté. Maintenant, lorsque Tal’ha et Zobaïr ont rompu leur serment, je t’ai dit de les laisser en toute liberté rechercher les meurtriers d »Othmàn, afin que, s’il y a du sang versé, tu en sois innocent. Mais tu ne m’as pas écouté davantage. »

‘Alî répliqua :  » Mon fils, le conseil de partir que tu me donnais lorsque ‘Othmàn était assiégé, je ne pouvais pas le suivre; car, si je m’étais éloigné, on m’aurait ramené et j’aurais été enfermé comme ‘Othmàn. Quant au serment, il n’était pas nécessaire que les autres contrées accomplissent cette formalité; il suffisait de Médine, asile du Prophète et résidence des Mohâdjir et des Ançâr. Tu me disais de rester à la maison et de laisser Tal’ha et Zobaïr venger la mort d »Othmàn. Mais ils m’accusent moi-même de ce meurtre, et quand ils s’attaquent à présent à d’autres, leur intention est de se tourner contre moi plus tard. Il ne faut pas que je sois comme une hyène captive, qui n’est pas considérée comme une hyène. Depuis que j’ai la charge des musulmans, il ne convient pas que je reste à la maison. Je me suis tenu tran quille aussi longtemps que j’ai pu. A la mort du Prophète, je ne voyais personne qui eût plus de droits au pouvoir que moi. Cependant, lorsque tout le monde prêta serment [à Abou-Bekr], j’en fis autant. A la mort d »Omar, l’élection d’un calife fut dévolue à un conseil désigné par lui et dont je faisais partie: lorsque tous prêtèrent serment à ‘Othmân, j’en fis autant. Après la mort d »Othmàn, je suis resté chez moi toute une semaine, résistant à toutes les instances jus qu’à ce qu’il y eût un parfait accord, et que tout le monde me prêtât serment volontairement. Je ne pouvais pas me soustraire à la volonté du peuple, et après avoir accepté le pouvoir, il n’est pas convenable que je reste en repos. Je suis absolument obligé de prendre en main les intérêts musulmans. »

Lorsque ‘Aïscha fut près de Baçra , ‘Omaïr, fils d » Abdallah , de la tribu de Temîm (al-Tamimi), lui dit :  » Mère des croyants, tu ne connais pas les dispositions des habitants de cette ville. Envoies-y quelqu’un.  »

— Tu as raison, répondit ‘Aïscha.

Elle fit appeler ‘Abdallah, fils d »Amir, et lui dit :  » C’est toi qui m’as amenée à Baçra; j’y suis venue sur ton conseil; et tu m’as dit que tu pouvais compter sur les habitants. Entre dans la ville et dispose les habitants, afin que j’y puisse aller.  »

‘Abdallah se rendit à Baçra. ‘Alî avait placé à la tête du gouvernement de Baçra ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, qui, apprenant l’approche d’une armée, envoya Abou’l-Aswad et Mmràn, fils de ‘Hoçaïn, tous les deux compagnons du Prophète et docteurs de la loi, pour s’enquérir des intentions d »Aïscha.

Celle-ci était campée à une journée de marche de Baçra, à un endroit nommé Djonîn.

C’est là que la rencontrèrent les deux messagers d »Othmàn, qui lui dirent :  » Notre émir nous envoie pour savoir le motif de ton expédition. « 

‘Aïscha répondit : « Ce n’est point un secret. Des hommes venus de différentes villes de l’empire musulman ont tenu assiégé le prince des croyants ‘Othmàn et ont versé son sang. Je viens pour demander aux habitants de cette ville de s’unir à moi et de me fournir des troupes, afin que je puisse aller à Médinc et venger la mort d »Othman. »

Les messagers allèrent ensuite trouver Tal’ha et lui demandèrent également le motif de son voyage. Tal’ha répondit : « C’est pour venger la mort d »Othmàn. —

— Mais, dirent les autres, tu as prêté serment à ‘Ali !

— Oui, j’ai prêté serment, cédant à la menace du sabre de Màlik al-Aschtar, et à la condition qu »Alî vengerait la mort d »Othmàn. Il ne l’a pas fait, et je suis dégagé de mon serment. Les meurtriers d »Othmàn se trouvent auprès de lui.

Zobaïr ayant donné la même réponse, les deux messagers retournèrent et rendirent compte de leur mission à ‘Othmân, fils de ‘Honaïf. Imràn, fils de ‘Hoçaïn, lui dit : « Il me semble que tu ne devrais pas combattre la femme du Prophète et la mère des croyants; que tu ne de vrais pas t’opposer à son entrée dans la ville, et que tu devrais demander les instructions d »Alî. » 

‘Othmàn, au contraire, voulut résister et demanda à ‘Imrân son concours. ‘Imrân refusa, rentra chez lui et ne sortit plus de sa maison. ‘Aïscha quitta son campement et vint jusqu’à la porte de la ville, où elle fit halte. ‘Othmàn réunit l’armée de Baçra et se prépara à la résistance.

 

Minaret de l'ancienne mosquée de Basra  en Iraq, qui fut fondé en 637 JC par le général Utba bin Ghazwan  radi Allah anhu sur ordre du calife rashidun Omar ibn Al-Khattab (634-644 ) radi Allah anhu
Minaret Anah de Basra en Iraq,

CHAPITRE XCV. TAL’HA ET ZOBAÏR S’EMPARENT DE BAÇRA.

‘Othmân, fils de ‘Honaïf, qui voulait savoir si ‘Aïscha trouverait de l’appui à Baçra, fit appeler un homme de Koufa, nommé Qaïs, fils d’Al-‘Aqadiyya, et lui dit: « Va dans la mos quée du vendredi, et annonce que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha arrivent ici avec l’intention de venger la mort d »Othmàn. Invite le peuple à les repousser, et vois ce que l’on dira. »  

Qaïs ayant fait cette communication dans la mosquée, un homme, nommé Aswad, fils de Sarî’ al-Sa’dî, se leva et dit : « Ces gens ne vous accusent pas d’être les meurtriers d »Othmàn ou d’avoir parmi vous les meurtriers. Ils vous demandent de les aider à venger la mort d »Othmân. Nous les aiderons à tuer ces meurtriers, n’importe en quel lieu nous les trouverons! »

Puis on lança des pierres contre Qaïs et on le chassa.

Il vint rendre compte de sa mission à ‘Othmân, qui fut convaincu alors qu »Aïscha trouverait de l’appui dans la ville de Baçra.

Le lendemain, ‘Aïscha fit son entrée dans la ville avec ses troupes, et s’arrêta sur une vaste place qui se trouvait au milieu de la ville, et qui était appelée Mirbari.

Sa litière, attachée sur le chameau, était entourée de soldats.

Tal’ha se tenait à sa droite, et Zobaïr à sa gauche. ‘Othman, fils de ‘Honaïf, arriva avec ses troupes et se posta sur un des côtés de la place.

Les habitants de Baçra vinrent pour regarder.

Tal’ha les harangua, leur parla d »Othmàn et de ses vertus et de ce qu’on lui avait fait souffrir; puis il ajouta : « Nous voulons poursuivre ses meurtriers et les tuer! »

Zobaïr parla en suite dans le même sens, et ‘Aïscha après lui. Les habitants de Baçra se divisèrent alors en deux partis.

Les uns dirent : « Ils ont raison ; il faut tuer les meurtriers d »Othmàn. »

Les autres dirent : « Non, ils mentent; les meurtriers d »Othmàn ne sont pas à Baçra. Il n’y a que l’armée d »Alî, et c’est ce dernier qu’ils désignent. Mais si c’est ‘Alî qui est l’auteur de la mort d »Othmàn, eux-mêmes étaient avec lui à Médine. Pour quoi donc lui ont-ils prêté serment, et pourquoi, aujourd’hui, rompent-ils leur engagement, et, sous prétexte de venger ‘Othmàn, prennent-ils les armes?  »

L’un des deux partis se rallia autour d »Othmàn, fils de ‘Honaïf, et l’autre se déclara pour la cause d »Aïscha.

Un homme, nommé Djàriya, fils de Qodàma, le Sa’dite (al-Sa’di) , apostropha ‘Aïscha en ces termes: « Par Dieu, le meurtre d »Othmàn est une action moins coupable que celle que tu commets toi-même en déchirant ton voile et en te produisant en public sur ce chameau maudit! Tu oublies le respect que tu dois à la mémoire du Prophète, et tu rejettes le voile de la décence ! Si tu viens ici de ton propre mouvement, c’est contre toi que nous devons prendre les armes, pour remettre sur toi le voile que tu as rejeté. Mais si l’on t’a amenée ici de force, nous devons combattre ceux qui t’ont amenée. Car ils ont commis un attentat à la religion de Dieu et à l’honneur du Prophète, et produit un grand scandale au sein de l’islam, en déchirant le voile de la mère des .croyants. »

Un jeune homme de la tribu des Benî-Sa’d s’avança ensuite et dit: « Ô vous, Tal’ha et Zobaïr, vous qui étiez les disciples et les compagnons du Prophète, vous oubliez, après sa mort, ce que vous lui devez, et vous manquez au respect dû à sa mémoire. Vous cachez vos propres femmes, et la femme du Prophète vous la découvrez et l’exhibez en public devant plusieurs milliers d’hommes.  »

Tal’ha et Zobaïr gardèrent le silence.

Alors ‘Hokaïm, fils de Djabala, de la troupe d »Olhmàn, s’avança et chargea l’armée d »Aïscha, et une lutte s’engagea. Les hommes des deux partis lancèrent , du haut des toits, des pierres les uns contre les autres, la poussière remplit l’air, et le combat devint très-sérieux.

Il dura jusqu’au soir, et il y eut un grand nombre de morts des deux côtés.

A la tombée de la nuit, ‘Aïscha abandonna la place et établit son camp sur le cimetière des Benî-Màzin.

‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, rentra dans son hôtel.

Le lendemain on reprit la lutte, qui dura jusqu’à l’heure de la prière du soir.

Il y eut encore un grand nombre de morts des deux côtés.

Puis ‘Aïscha dit :  » Cessez de combattre; je ne suis pas venue pour verser du sang, mais pour apporter la paix et la concorde.  »

‘Othmàn répliqua : « Il n’y aura pas de paix entre toi et nous, à moins que tu ne te sépares de Tal’ha el de Zobaïr, qui ont rompu le serment qu’ils ont prêté à ‘Ali, et qui ont profané aux yeux de tout le monde la pudeur du Prophète. »

‘Àïscha dit :  » Ils déclarent n’avoir prêté le serment que contraints par la force. »

Ils mentent, répliqua ‘Othmàn. Tu n’y étais pas, mais moi j’y étais!

Puisqu’il en est ainsi, dit ‘Aïscha, envoyons quelqu’un à Médine pour invoquer le témoignage des habitants de cette ville. Si ces hommes n’ont prêté le serment que par crainte, ils seront justifiés; tu quitteras Baçra, et tu leur abandonneras la ville. Mais s’il est constaté qu’ils ont prêté le serment de leur plein gré, et qu’ils ont fait défection et rompu leur serment, alors le droit sera de votre côté, et je les ferai sortir de Baçra. En attendant le retour du messager, ne quitte pas la ville, ne la leur livre pas non plus. Qu’une moitié soit administrée par toi, et l’autre moitié, par Tal’ha et Zobaïr. Tu présideras la prière pour la moitié de la population, et pour l’autre moitié ce sera ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui présidera d’après mes ordres. Quant aux deux armées, elles seront tenues de vivre en paix l’une à côté de l’autre. On rédigea par écrit cette convention et l’on envoya à Médine Ka’b, fils de Sowar, homme versé dans la loi et très-pieux, qui avait été nommé par ‘Omar juge de Baçra. »

‘Aïscha adressa une lettre collective aux compagnons du Prophète et aux habitants de Médine, et leur demanda leur témoignage. Ka’b partit. Les deux armées campaient en face l’une de l’autre.

Dans la grande mosquée, un côté était réservé à ‘Othmàn, qui présidait la prière de son parti, et l’autre côté à ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et à son parti. Cet état de choses dura vingt-six jours.

Lorsque ‘Ali en eut connaissance, il écrivit à’Othmàn, fils de ‘Honaïf, en ces termes : « Pourquoi permets-tu de révoquer en doute ce dont tu es certain? N’étais-tu pas à Médine lorsque Tal’ha et Zobaïr m’ont prêté serment, et n’as-tu pas vu qu’ils n’étaient nullement menacés ? Maintenant garde ton poste jusqu’à ce que j’arrive avec l’armée.  »

Ali avait donné le gouvernement de Médine à Temmàm, fils d »Abbàs, et le commandement de la garnison à Sahl, fils de ‘Honaïf.

Ka’b, en arrivant à Médine, convoqua le peuple dans la mosquée, lui donna connaissance de la lettre d »Àïscha et dit : « Parlez. Tal’ha et Zobaïr ont-ils prêté serment de leur plein gré ou ont-ils cédé à la menace?  »

Personne ne répondit.

Enfin Osàma, fils de Zaïd, se leva et dit :  » Tal’ha et Zobaïr ont prêté serment sous la menace du sabre de Màlik al- Aschtar.

Temmàm, fils d »Abbàs, dit à Sahl, fils de ‘Honaïf:  » Tombe sur ce menteur! »

Sahl le serra, la multitude se précipita sur lui, le maltraita et le foula aux pieds; il aurait été tué, si Çohaïb, fils de Senàn, Abou-Ayyoub et Mo’hammed, fils de Maslama, ne l’avaient pas soustrait aux mains de la foule.

Ils dirent à Osàma :  » Pourquoi dis-tu de telles paroles? » et, s’adressant au peuple, ils s’écrièrent :  » Pourquoi maltraiter ce pauvre homme? Nous savons que Tal’ha et Zobaïr ont été contraints de prêter le serment!  »

Après avoir fait sortir Osàma de la mosquée, ils lui dirent : « Avais-tu besoin de parler ainsi, et de nous obliger, pour te sauver la vie, à donner un faux témoignage? »

Ka’b, le messager d »Aïscha . retourna àBaçra,et lui rendit compte de ce qu’il avait vu. ‘Aïscha l’envoya vers ‘Othmàn. fils de Honaïf, pour lui faire part de ce qui s’était passé et pour l’engager à livrer la ville.

‘Othmàn répondit : « J’ai reçu une lettre d »Alî, qui ne ratifie pas l’arrangement conclu par moi et qui me prescrit de rester jusqu’à ce qu’il arrive. »

Ka’b rapporta cette réponse à ‘Aïscha. Tal’ha et Zobaïr dirent : « Voilà qui change la situation. »

Ils invitèrent ‘Othmàn à leur abandonner le palais du gouvernement; mais ‘Othmàn refusa.

Au moment de la prière du coucher, lorsque ‘Abd-er-Ra’hmàn . fils d »Attàb, avait, selon sa coutume, présidé la prière de ses partisans.

Tal’ha et Zobaïr dirent aux partisans d »Othmàn. fils de ‘Honaïf :  « Pourquoi n’avez-vous pas prié avec ‘Abd-er- Ra’hmàn? » 

Ils répondirent :  » ‘Othmàn est encore à la maison, et nous voulons prier avec notre propre imàm. »

Tal’ha dit : « Votre imàm est destitué; car une lettre arrivée de Médine a confirmé ce que nous avions dit. »

— Notre imàm, répliquèrent les autres, est ‘Alî, et nous savons qu »Othmàn reconnaît son autorité.

On discuta, puis on en vint aux armes dans la mosquée, et il y eut plusieurs morts. Tal’ha et Zobaïr envoyèrent cent hommes pour s’emparer de la personne d »Othmàn.

Ceux-ci se rendirent à l’hôtel  (dar al imara) d »Othmàn, et tuèrent les quarante hommes qui le gardaient. Tal’ha et Zobaïr occupèrent l’hôtel du gouvernement et retinrent ‘Othmàn prison- nier. Ils voulaient le tuer, mais ‘Aïscha s’y opposa. Elle dit : C’est un vieillard et il a été dans l’intimité du Prophète. Alors ils le firent amener pendant la nuit, lui firent raser la barbe, les moustaches et les sourcils, et le firent relàcher. ‘Othmàn alla rejoindre ‘Alî, qui, en le voyant, ne le reconnut pas, jusqu’à ce qu’il lui dît son nom. ‘Alî s’écria : O ‘Othmàn, tu m’as quitté vieillard, et tu reviens imberbe!

Tal’ha et Zobaïr s’emparèrent du gouvernement de Baçra, et mirent la main sur le trésor public.

Le lendemain ils vinrent à la mosquée, montèrent en chaire et haranguèrent le peuple.

Ils dirent:  » Vous savez, ô musulmans, quelles étaient les vertus d’Othmàn, fils d »Affàn. Le peuple ne se plaignait de lui qu’à cause de ses agents, qui pratiquaient l’injustice. Nous voulions, par les reproches que nous lui faisions, l’amenerà changer de conduite, mais nous ne voulions pas qu’il fût tué. Cependant des émeutiers vinrent à Médine et le tuèrent. Maintenant nous voulons venger sa mort et faire périr ses meurtriers. »

Zobaïr, qui se tenait sur la chaire à côté de Tal’ha, approuvait tout ce que celui-ci disait.

Un des assistants se leva et dit : « O Abou-Mo’hammed Tal’ha, les lettres que tu nous as envoyées de Médine contenaient sur ‘Othmàn un tout autre langage que celui que tu tiens aujourd’hui !  »

Tal’ha rougit, et Zobaïr s’écria : »  Vous n’avez reçu aucune lettre de moi !  »

Le même homme répliqua :  » Si nous n’en avons pas reçu nous-mêmes, les gens de Koufa en ont reçu! »  

En effet, Tal’ha avait la confiance des gens de Baçra, et Zobaïr, celle des gens de Koufa.

Une autre fois, Tal’ha, étant monté en chaire, fit l’éloge d »Othmàn et parla contre ‘Alî.

Un homme de la famille des ‘Abdou’l-Qaïs se leva et dit : « Vous avez prêté à ‘Alî le serment de fidélité, que vous avez rompu. Maintenant vous dites du mal de lui, quoique vous ne puissiez produire contre lui aucune accusation; car, depuis qu’il exerce le pouvoir, il n’a encore pris aucune mesure contre laquelle on ait pu s’élever.  »

Les gens de Tal’ha et de Zobaïr tirèrent leurs sabres.

Ils furent assaillis par un grand nombre de Benî-‘Abdou’l-Qaïs. et il s’éleva du tumulte.

Alors Tal’ha, qui avait voulu, dans la suite de son allocution, prononcer la déchéance d »Ali et se proclamer calife, descendit de la chaire, de même que Zobaïr; ils se rendirent ensemble dans le palais du gouvernement et donnèrent l’ordre de rechercher tous ceux qui étaient allés à Médine pour tuer ‘Othman.

Ils firent distri buer à la foule tout l’argent qui se trouvait dans le trésor public, et il s’ensuivit des dénonciations de tous côtés. Les personn.es dénoncées furent massacrées.

‘Horqouç, fils de Zohaïr, seul , réussit à s’échapper. Tal’ha et Zobaïr adressèrent à Mo’àwiya une lettre, par laquelle ils lui annonçaient qu’ils venaient d’exterminer dans Baçra tous ceux qui avaient pris part au meurtre d »Othmàn, et qu’ils se disposaient à marcher contre ‘Alî.

Ils invitaient Mo’àwiya à en faire autant. Ils envoyèrent des lettres pareille à Koufa et à Médine, et à chacune de ces lettres était jointe une lettre d »Aïscha.

Les lettres de Tal’ha et de Zobaïr portaient une suscription ainsi conçue : «De la part des serviteurs de Dieu, Tal’ha el Zobaïr, vengeurs de la mort du prince des croyants, ‘Othmàn.»

Les lettres d »Aïscha portaient : «De la part d »Aïscha, mère des croyants, vengeresse de la mort d’Othmàn.»

Tal’ha et Zobaïr déclaraient publiquement qu »Alî était l’auteur de la mort d »Othmàn, et ils demandaient au peuple l’engagement de prendre les armes contre lui.*

Représentation certainement chiite du 4eme calife rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu
Représentation païenne (obsession du soleil) chiite du 4eme calife rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu

L’homme qui, dans la mosquée, avait défendu la cause d »Ali s’appelait ‘Hokaïm, fils de Djabala. Tal’ha et Zobaïr le firent rechercher, mais on ne le trouva point.

Lorsqu’il apprit les propos tenus par eux, il sortit de sa retraite.

Lui, son fils Aschraf et son frère ‘Alî. qui étaient les plus fameux guerriers de Baçra , vinrent à la porte de la mosquée, où Tal’ha, ha ranguant la foule, prononça la déchéance d »Alî et demanda que le peuple s’engageât envers lui et envers Zobaïr à faire la guerre à ‘Alî.

‘Hokaïm, son frère et son fils entrèrent dans la mosquée, et ‘Hokaïm dit : « Ö Tal’ha et  ô Zobaïr! craignez Dieu, et ne manquez pas au serment que vous avez prêté à ‘Alî; ne vous insurgez pas contre Dieu. »

Tal’ha lui dit :  » Je te fais rechercher partout, et tu es à Baçra? »

Puis il donna l’ordre de l’arrêter. Mais il fut impossible d’exécuter cet ordre, car il y avait dans la mosquée un grand nombre de gens de la tribu d »Abdou’l-Qaïs, qui protégèrent et qui firent sortir ‘Hokaïm de la mosquée.

Tal’ha interrompit son sermon, se précipita sur leurs traces, avec ses propres gens; les Benî- ‘Abdou’l-Qaïs voulurent résister; mais, après que ‘Hokaïm, puis son fils, et ensuite son frère, eurent été tués, ils se mirent à fuir.

Soixante et dix hommes de la tribu d »Abdou’l- Qaïs trouvèrent la mort dans cette affaire, et les autres quit- Icrent la ville, tandis que Tal’ha et Zobaïr achevaient de faire prêter le serment d’obéissance aux autres habitants.

Tout cela se passa au mois de rabî’a second de l’an 36 de l’hégire. Ensuite, Tal’ha et Zobaïr envoyèrent des messagers dans toutes les provinces pour demander des troupes.

Mais lors qu’ils furent informés qu »Alî était campé à Dsou-Qàr, qu’il y rassemblait des forces, et qu’il avait un grand nombre d’adhérents à Baçra, ils furent très-inquiets; car ils s’aper çurent alors de la gravi té de leur entreprise.

Ils ne pouvaient ni avancer ni reculer, et ils ne recevaient des troupes d’au cun côté, ni de l »lràq, ni de la Syrie.

Ils convoquèrent le.» habitants de Baçra, et Tal’ha les harangua.

Il leur dit:’Alî est campé à Dsou-Qàr et se croit en sûreté.

Il nous faudrait mille cavaliers pour aller le surprendre; peut-être Dieu délivrera-t-il les hommes de lui.

Personne ne répondit à cet appel: Zobaïr s’écria : « Pourquoi donc nous avez-vous prêté serment, puisque, au moment où nous vous demandons assistance, vous ne voulez pas agir? »

Personne ne répondit.

Zobaïr dit: « Il n’y a ni force ni pouvoir qu’en Dieu ! C’est là une rébellion de nature à étonner les hommes. »

Représantation du 19 eme siècle de la mère des croyants aisha (radi Allaj anha) face à  al-Amir al-Muminin Ali ibn Abu Talib (radi Allah anhu) lors de la journée du Chameau.
Représentation du 19 eme siècle de la mère des croyants Aisha (radi Allah anha) face à al-Amir al-Muminin Ali ibn Abu Talib (radi Allah anhu) lors de la journée du Chameau.

CHAPITRE XCVI. •LA JOURNÉE DU CHAMEAU 

 ‘Alî, ayant eu connaissance de ces faits, envoya également des lettres dans les différentes provinces, et principalement à Koufa, pour demander des troupes; car il croyait que les habitants de cette dernière ville lui étaient dévoués, parce qu’Abou -] llousa al-Asch’arî l’avait constamment rassuré à cet égard.

Mais les habitants de Koufa n’étaient pas pour la cause d »Ali, non plus qu’Abou Mousa, qui le trompait ainsi dans ces lettres, pour conserver son gouvernement.

Or ‘Alî écrivit aux habitants de Koufa :  » C’est vous que j’ai choisis d’entre tous les hommes. Quand j’en aurai fini avec cette guerre, j’ai l’intention d’aller m’établir au milieu de vous. Réunissez autant de troupes que vous pourrez en réunir et envoyez-les-moi. »

Il fit porter cette lettre par Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr, et Mo’hammed, fils de Dja’far, fils d’Abou- Tàlib.

Il en adressa une autre à Abou-Mousa en ces termes :  » Il faut que tu excites le peuple à la guerre, et que tu m’en voies autant de troupes que tu pourras. »

Il pensait, en effet, qu’Abou-Mousa lui était dévoué.

Lorsque les messagers d »Alî arrivèrent à Koufa, la lettre de Tal’ha et de Zobaïr y était déjà parvenue, et Abou-Mousa avait dit au peuple qu’il fallait partir et aller tuer les meurtriers d »Othmàn.

Les habitants vinrent alors lui demander son avis au sujet du message d »Alî.

al-Amir al-Muminin Ali  radi Allah anhu et al-Oum al-Muminin  Aïcha radi Allah anha à la bataille du Chameau
al-Amir al-Muminin Ali radi Allah anhu et al-Oum al-Muminin Aïcha radi Allah anha à la bataille du Chameau

Abou-Mousa dit:  » Il fallait marcher lorsque ‘Othmàn vivait encore, pour aller à son secours et empêcher sa mort. Mais pourquoi partir à présent? S’il faut prendre les armes contre quelqu’un, c’est contre celui qui l’a tué. »

Les envoyés d »Ali dirent : « N’as-tu pas honte, ô Abou-Mousa, et n’es-tu pas lié par ton serment envers ‘Alî?  »

— N’étiez-vous pas liés, répliqua Abou-Mousa, par votre serment envers ‘Othmàn?

— Certainement, répondirent les autres.

— Pourquoi donc, reprit Abou-Mousa, l’avez-vous tué?

— Qui l’a tué?

— D’abord toi, qui es Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr!

Les messagers d »Ali s’en retournèrent et rapportèrent les paroles d’Abou-Mousa à ‘Alî. Celui-ci fut très-affligé.

Puis il envoya Màlik al-Aschtar et ‘Abdallah, fils d »Abbàs, avec un nouveau message pour les habitants de Koufa, et adressa une nouvelle lettre à Abou- Mousa. Arrivés à Koufa, les deux ambassadeurs se rendirent à la grande mosquée et donnèrent au public connaissance de la lettre d »Alî.

Abou-Mousa monta en chaire, harangua le peuple et dit :  » Nous sommes, ô musulmans, dans un temps de trouble. Deux hommes d’entre les Qoraïsch se présentent avec des prétentions au pouvoir: l’un est ‘Alî; l’autre, Tal’ha. Que ceux qui sont attachés à ce monde partent; mais que ceux qui désirent l’autre monde restent. Il aurait fallu marcher lorsque ‘Othmàn était encore vivant. »

Quand Abou-Mousa fut descendu de la chaire, ‘Abdallah, fils d »Abbàs, lui dit : « Crains Dieu, Abou-Mousa! Tu détournes le peuple du Jihad ! »

Abou-Mousa répliqua : « Fils d »Abbàs, il faut d’abord rester fidèle au serment prêté à ‘Othmàn, avant de le prêter à un autre. Venge d’abord la mort d »Othmàn, avant de venir réclamer notre concours. »

Màlik et ‘Abdallah s’en retournèrent auprès d »Alî, qui, en apprenant ces faits, se laissa aller au désespoir. Enfin il fit partir pour Koufa son fils ‘Hasan et ‘Ammàr, fils de Yàsir.

Le lendemain de leur départ, Màlik al-AschIar dit à ‘Ali :« Prince des croyants, à moins de faire disparaître Abou-Mousa, tu ne seras pas maître du peuple. Envoie-moi pour le mettre à la raison. « 

Va, lui dit ‘Alî.

Et Màlik partit. En arrivant à Koufa, ‘Ammàr et ‘Hasan se rendirent à la grande mosquée, où tous les habitants distingués de la ville vinrent rendre hommage à ‘Hasan. Abou-Mousa vint égale ment.

Le premier qui prit la parole fut Masrouq, fils d’Al- Adjda’, disciple d »Abdallah, fils de Mas’oud.

S’adressant à ‘Ammàr, il lui dit:  » Père de Yaqlàn, pourquoi avez-vous cru légitime de tuer ‘Othmàn?  »

‘Ammàr répondit :  » Parce qu’il avait insulté le peuple en paroles, qu’il avait mis la main sur le trésor public, et qu’il se croyait permis d’appauvrir les musulmans; parce qu’il donnait tout le pouvoir à ses proches et la domination du monde entier aux Benî-Omayya.  »

Abou- Mousa dit : « C’est toi qui as tué ‘Othmàn! »

— Je ne l’ai pas tué, répliqua ‘Annnàr, mais je n’ai pas été fâché de sa mort.

‘Husan, fils d »Alî, dit ensuite :  » Pourquoi, ô Abou-Mousa, empêches-tu les hommes de venir à notre aide?  »

Abou-Mousa répondit :  » Je ne les retiens pas; mais comme ils me demandent mon avis , je ne puis faire autrement que de leur exprimer sincèrement mon sentiment; car le Prophète a dit : « Donnez aux croyants des conseils sincères, et lorsqu’ils demandent un avis, dites la vérité. » Or il s’agit ici d’une guerre civile, dont Dieu a affligé l’humanité. Il vaut mieux s’en tenir éloigné.  »

‘Ammàr, lui coupant la parole, dit: « Ce n’est pas à toi que le Prophète a dit une telle parole; car tu ne sais pas distinguer le vrai du faux!  »

Un homme de la tribu de Temîm (al-Tamimi) dit à ‘Ammàr : « Tu n’es pas un assez grand personnage pour insulter notre gouverneur! »

‘Hasan apostropha vivement cet homme.

Les assistants exprimèrent ensuite leurs opinions : les uns furent pour ‘Alî, les autres parlèrent dans le sens d’Abou- Mousa, voulantque la mort d »Othmàn fût vengée.

Abou-Mousa les engagea à reprendre leurs places, monta en chaire et ha rangua le peuple. Il dit : « Dans les temps de guerre civile, le vrai et le faux sont entremêlés, et tous ceux qui prennent part à ces guerres sont appelés auteurs de discordes civiles. Restez chez vous. Lorsqu’un suppliant vient à votre porte et demande protection, assistez-le; mais ne sortez pas de vos maisons pour porter du secours. »

‘Hasan dit :  » De quel droit occupes-tu la chaire, qui, aujourd’hui, appartient légalement au prince des croyants, ‘Alî? Si tu ne lui es pas attaché par le serment de fidélité, comment peux-tu y monter? Descends!  »

Zaïd, fils de Çou’hàn, dit ensuite : « O Abou-Mousa, tous ces hommes sont disposés à marcher au secours d »Alî. Tu ne peux pas les en dissuader. »

Puis, Qa’qà’, fils d »Amr, se leva et dit : « Musulmans, vous connaissez la sincérité de mes conseils et ma prudence. Eh bien, écoutez-moi; partez. et tous tant que vous cles, grands et petits, allez rejoindre ‘Alî pour lui porter aide. Ne prêtez pas l’oreille à de mauvaises suggestions et ne suivez pas l’avis d’Abou-Mousa. C’est moi et mon frère Ça’ça’a (Sa’saa) qui marcherons les premiers. »

Saï’hàn, fils de Çou’hân, harangua ensuite l’assemblée en ces termes : « Les hommes ne peuvent pas demeurer sans un imàm qui veille au maintien de la religion parmi eux, qui règle les affaires temporelles, qui rende la justice, qui réprime les oppresseurs et qui assiste les opprimés. Et le droit d’exercer ces fonctions appartiendra surtout à celui qui sera le plus savant en tout ce qui concerne la religion , qui sera le plus proche parent du Prophète et qui sera le plus pieux. Or toutes ces qualités se trouvent réunies dans ‘Alî. Il a le droit pour lui. En vous appelant, il veut arriver à une décision entre lui et ses adver saires, afin que la discorde cesse et que la vérité soit séparée du mensonge. Répondez à son appel et donnez-lui votre assistance. »

Ensuite Hasan monta en chaire et parla en ces termes: « Musulmans, ‘Alî est votre imàm. Quelques hommes, qui veulent allumer la guerre civile parmi les musulmans, ont manqué à leur serment et se sont révoltés contre Dieu et contre l’imàm. ‘Alî, le prince des croyants, vous appelle, afin que, appuyé sur vous, il puisse rappeler ces hommes à leur devoir, leur adresser des paroles de conciliation, et s’ils ne les acceptent pas, agir envers eux conformément à ce que Dieu décidera. Musulmans, marchez à son secours. N’hésitez point, et ne vous regardez pas les uns les autres; car chacun est puni pour ses propres fautes et récompensé pour ses propres actions méritoires. »

Tous les assistants acclamèrent ‘Hasan et s’écrièrent : « Nous sommes prêts ! Nous marcherons et offrirons nos vies pour toi et pour ‘Ali, le prince des croyants! »

Hind, fils d » Amr, prit ensuite la parole et dit : « Musulmans, voilà le fils du prince des croyants, ‘Alî, et le rejeton du Prophète, chair de sa chair, que le prince des croyants envoie ici comme messager. Voyez combien il vous honore, en vous envoyant son propre fils, le petit-fils du Prophète! Partez tous, tant que vous êtes, jeunes et vieux, et allez offrir vos corps et vos Ames à ‘Alî. « 

— Nous sommes prêts, répliquèrent les assistants.

Abou-Mousa, réduit au silence et à la honte, assistait à cette scène du haut de la chaire, et il redoutait le ressentiment d »AIî.

Sur ces entrefaites, Màlik al-Aschtar arriva à Koufa et se rendit au palais du gouvernement. Il dit aux serviteurs d’Abou- Mousa : « Que faites-vous ici ? Sortez ! »

Ils répliquèrent : « Nous ne quitterons la place que quand notre maître arrivera. Màlik les assaillit avec un bâton de fer et les chassa du palais avec leurs têtes injuriées.

Ils vinrent dans cet état à la mosquée et crièrent : « Au secours ! Màlik al-Aschtar est venu et nous a chassés du palais. « 

Abou-Mousa , qui avait de grandes richesses chez lui, descendit de la chaire et sortit, accompagné de la foule. Màlik al-Aschtar se tenait à la porte du palais, et lors que Abou-Mousa voulut entrer, il lui dit : « Hypocrite, le palais du gouvernement appartient à ‘Alî, le prince des croyants; qu’as-tu à y faire , toi qui empêches ces hommes de marcher à son secours? »

Abou-Mousa répliqua : « Accorde-moi un délai d’un jour, afin que je puisse chercher une autre résidence. »

— Je ne t’accorderai pas une heure, dit Màlik, et il fit jeter dans la rue tout ce qui se trouvait dans la maison, en fait de vêtements et de tapis, et tout fut pillé par la foule.

Abou- Mousa demanda gràce à Màlik. Celui-ci lui dit : « Voilà tous ces hommes, contre lesquels tu as indisposé Dieu, le Prophète et ‘Ali!  »

Il lui accorda ensuite un délai jusqu’au soir du même jour, pour qu’il put se rendre dans un autre lieu et emporter son mobilier. ‘Hasan, ‘Amuiàr et Màlik passèrent la nuit au palais du gouvernement.

Le surlendemain, ‘Hasan se mit en route, suivi de sept mille  hommes. Trois jours après, Màlik partit avec douze mille hommes complétement armés et équipés, et accompagné de tous les hommes de marque qui se trouvaient à Koufa.

‘Alî, informé de l’arrivée de ces guerriers , alla à leur rencontre à la distance d’une journée de marche, leur fit un accueil gracieux et leur dit : « Je veux faire, ô gens de Koufa , que vous deveniez la qibla de l’islam et le centre de la foi. Du temps d »Omar, vous avez lutté pour porter la religion musulmane dans l’Orient. A présent je vous-ai appelés pour que vous me prêtiez aide contre nos frères opposants , que je désire ramener à leur devoir. S’ils écoutent ma voix, je les recevrai en gràce et je pardonnerai le passé. S’ils refusent, nous attendrons; et s’ils commencent à nous attaquer, nous prierons Dieu pour qu’il nous en délivre. Nous tenterons tous les moyens pacifiques. »

‘Alî fit camper ces troupes à Dsou-Qàr. Le lendemain, ‘Alî envoya Qa’qà’ à Baçra, pour inviter ses adversaires à reconnaître son autorité et pour leur parler un langage conciliant. Arrivé à Baçra, ‘Qa’qà eut une entrevue avec ‘Aïscha , Tal’ha et Zobaïr, qui lui demandèrent quel était le but de sa mission.

Qa’qà’ répondit : « Je viens pour arranger la paix parmi les musulmans. Quels sont vos propres desseins? »

Ils répliquèrent : « Nous voulons venger la mort d »Othmàn, et nous voulons la paix. »

Qa’qà’ dit :  » Votre première proposition ne s’accorde pas avec la seconde; car vouloir venger la mort d »Othmàn, c’est la discorde et non la paix. Vous avez tué: à Baçra trois cents hommes, et parla vous avez excité contre vous le désir de la vengeance dans trois cent mille. Plus vous avancerez dans cette voie, plus vous ferez croitre ce sentiment. Ce serait d’une discorde et non la paix. »

— Tu as raison, répliqua ‘Aïscha, mais quelle est ta proposition?

— Il faut, dit Qa’qà’, faire cesser la guerre civile, effacer les dissensions et chercher l’amnistie. La clef de l’amnistie est entre vos mains: si vous en ouvrez la porte, vous serez sau vés, sinon la calamité tombera d’abord sur vous, puis sur d’autres.

— C’est très-vrai, dit ‘Aïscha; si ‘Alî est dans les mêmes sentiments, l’affaire pourra s’arranger.

Qa’qà’ revint auprès d »Alî et lui dit : Ils inclinent vers la conciliation. Le bruit se répandit dans Baçra qu’on allait faire la paix. ‘Alî leva son camp et vint sous les murs de Bacra.

S’adressant aux troupes de Koufa, il dit: « Soldats, que tous ceux parmi vous qui étaient venus à Médine pour tuer ‘Othmàn nous quittent. »

Or il y avait dans leurs rangs un grand nombre de ceux qui avaient pris part à l’expédition contre ‘Othmàn , principalement Màlik al-Aschtar, ‘Adi, fils de ‘Hàtim le Tayyite, et plusieurs autres parmi les plus marquants.

Ceux- ci se réunirent et dirent : « On s’occupe de faire la paix. Or la conclusion de cette paix est une menace contre notre vie. Si la paix est réellement conclue, il nous faudra quitter ce pays et aller nous cacher en Occident (al-Ifriqiya) ou dans le Yemen, ou dans une contrée plus éloignée.

‘Adî, fils de ‘Hatim, prit la parole et dit : « Les hommes tiennent à ce monde à cause de leurs amis, de leurs familles et de leur patrie. Si nous de vions quitter notre patrie pour l’étranger, que nous importe la vie? »

Màlik al-Aschtar dit : « Nous devrions tomber sur ‘Ali et le tuer. Alors nous n’aurions rien à craindre de Tal’ha ni de Zobaïr. »

« Ce plan, dirent les autres, ne vaut rien; car si nous tuons ‘Ali, Tal’ha et Zobaïr ne nous en sauront pas gré, et eux-mêmes seront nos principaux ennemis. Si, au contraire, nous tuons Tal’ha et Zobaïr, ce sera d »Alî que viendra le danger. Je voudrais que nous n’eussions jamais fait l’expédition contre ‘Othmân. »

Ces hommes résolurent en suite d’attendre le résultat des négociations; dans le cas d’un arrangement pacifique, de quitter le pays, ou, si l’on en venait aux armes, de porter leur concours à celui des deux partis qui aurait les meilleures chances de victoire.

A la tombée de la nuit, un homme de Baçra, nommé Abou-‘Harb, vint trouver Tal’ha et Zobaïr et leur dit : « Donnez-moi mille hommes. Je veux tomber sur ‘Alî, qui, croyant que vous voulez faire la paix, n’est pas sur ses gardes.  »

Tal’ha et Zobaïr répondirent: « Nos adversaires sont des musulmans, et ‘Ali est le fils de l’oncle du Prophète; ce n’est pas un Chosroès, ni un César de Roum. Jamais il n’est arrivé que les membres d’une même nation aient combattu les uns contre les autres. Nous appartenons, eux aussi bien que nous, au même peuple, et nous avons la même religion. »

Dans cette même nuit, une proposition pareille avait été faite à ‘Ali par un de ses partisans, et il l’avait également déclinée.

Le lendemain, ‘Ali reçut la visite d’Ahnaf, fils de Qaïs, chef des Beni-Temim, qui habitaient Baçra, au nombre de douze mille hommes.

A’hnaf avait prêté le serment de fidélité à ‘Alî, et lorsque Tal’ha et Zobaïr étaient arrivés à Baçra, il s’était éloigné, et était allé demeurer dans un de ses villages.

Au moment où ‘Alî avait paru devant la ville, les Benî-Temîm s’étaient rendus auprès de leur chef et lui avaient dit : « C’est à ‘Ali que tu as juré obéissance , et non à Tal’ha et Zobaïr. Si tu ne vas pas te mettre à ses ordres, il fera, quand il sera victorieux, exterminer tous les Beni-Temîm. »

Ahnaf vint donc trouver ‘Ali, à qui il voulait persuader de reconnaitre sa neu tralité dans la lutte. H lui dit : Prince des croyants, les Benî- Temîm pensent que, si tu es victorieux, tu les feras tous mourir cl que tu emmèneras leurs enfants comme esclaves.

— « Que Dieu m’en garde ! s’écria ‘Alî. Jamais je ne ferai une pareille chose. Je làcherai , autant que je le pourrai, de n’employer que des moyens pacifiques, et d’éviter l’effusion du sang. »

A’hnaf dit: « Je suis lié envers toi par mon serment; mais si je me joins à toi, Tal’ha et Zohaïr ne permettront pas aux Benî-Temîm de quitter Baçra. Si, au contraire, je reste avec eux , je ne permettrai pas même à un enfant des Benî-Sa’d et des Benî-Temîm d’aller combattre contre toi. Aimes-tu mieux que je vienne me placer sous tes drapeaux, seul, ou que je reste chez moi et que j’empêche dix mille hommes d’augmenter le nombre de tes adversaires? »

‘Ali répliqua : « Je préfère que tu restes chez toi et que tu tiennes en bride ces deux tribus. »

A’hnaf le quitta et alla s’établir à Wàdî’s-Seba, à proximité de Baçra, et aucun guerrier des Benî-Sa’d ni des Benî-Temîm ne prit part à la lutte.

‘Alî fit engager les gens de Baçra à sortir de la ville en vue d’un arrangement pacifique; mais personne ne vint. Trois jours s’étant passés ainsi, ‘Alî quitta son camp à cheval , s’avança au milieu entre les deux armées, et appela Tal’ha et Zobaïr, en disant: « Je vous adjure, au nom de Dieu et du Prophète, de venir ici, afin que je vous parle. »

Scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
Scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory »

 

Tal’ha et Zobaïr se présentèrent, et s’étant approchés d »Alî si près que les têtes de leurs chevaux touchaient la tête du cheval du calife, celui-ci leur parla ainsi : « Mes frères, vous avez préparé une armée et des armes. Si Dieu vous demandait pourquoi vous me faites la guerre, quelle raison pourriez-vous alléguer? N’êtes-vous pas liés envers moi par votre serment ? Ne sommes-nous pas frères et musulmans? Nous avons prié en semble avec le Prophète et nous avons vécu ensemble dans son intimité. Qu’ai-je donc fait pour mériter à vos yeux la mort? »

Tal’ha répliqua : « C’est toi qui as fait naître la conspiration qui avait pour but de tuer ‘Othmàn. »

‘Alî dit : « Dieu seul est notre juge. Allons, étendons nos mains vers lui et disons : Seigneur, frappe de ta malédiction celui qui a été le plus content de la mort d »Othmàn ! Nous verrons alors quel sera celui qui sera frappé de la malédiction divine. »

Tal’ha garda le silence. ‘Alî, s’adressant ensuite à Zobaïr, lui dit : « Te rappelles-tu qu’un jour, à Médine, j’étais assis dans le quartier des Benî-Hàschim , lorsque tu passas près de moi avec le Prophète? Celui-ci m’ayant regardé en souriant, tu lui dis: « Tu ne regardes jamais le fils d’Abou-Tàlib sans lui sourire ». Le Prophète te répondit : « O Zobaïr, il viendra un jour où lu dirigeras une armée contre lui et où tu lui feras la guerre, et tu commettras une action injuste. Alors, ô Zobaïr, crains Dieu! »

Zobaïr pencha la tête, et, après un certain temps, il dit: « Si la parole que tu viens de me rappeler, ô ‘Alî, avait été dans ma mémoire, je ne serais jamais venu ici, et, par Dieu ! je ne ferai jamais la guerre contre toi ! »

Ses yeux se remplirent de larmes, et il se retira. ‘Alî retourna à son camp. Zobaïr alla trouver ‘Aïscha et lui déclara qu’il était dans l’intention de s’en retourner, et qu’il ne voulait pas faire la guerre à ‘Alî.

‘Aïscha fit appeler Tal’ha et ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et se plaignit de l’attitude de Zobaïr.

Tal’ha et ‘Abd allah se rendirent auprès de Zobaïr et lui dirent : « Nous n’aurions point dû venir ici. Mais à présent que nous voici à la tête d’une année, maintenant que nous avons fait l’appel des guerriers, que nous avons déclaré vouloir venger la mort d »Othmàn, que nous avons tué tant de gens de Baçra, et que les deux armées sont en présence, si nous reculons, on dira que ce qui nous fait agir ainsi n’est pas la crainte de Dieu, mais la crainte d’AIî. »

Ils parlèrent tant. que Zobaïr sc rendit enfin à leurs raisons. Il dit: « Mais que ferai-je de mon serment? »

— Affranchis un esclave, répondirent-ils.

Zobaïr avait un esclave, nommé Mak’houl, auquel il donna la liberté le jour du combat.

‘Imràn, fils de ‘Houçaïn, compagnon du Prophète, fit un appel aux Benî-‘Adî et les empêcha de prendre aucune part à la lutte.

Il suivait ainsi l’exemple d’Ahnaf, fils de Qaïs.

Les habitants de Baçra étaient donc divisés en trois factions : l’une avait embrassé la cause de Tal’ha et de Zobaïr; l’autre, relle d »Alî , et la troisième se tenait à l’écart.

Il y avait dans la ville un grand nombre de guerriers de la tribu de Qaïs, qui se rendirent tous auprès d »Aiî.

Celui-ci passa la revue de son armée, qui se trouvait être forte de vingt mille hommes, tandis que celle de Tal’ha et de Zobaïr se composait de trente mille. Les deux armées campèrent en face l’une de l’autre.

Cependant ‘Abdallah, fils d »Abbàs, et le fils de Tal’ha étaient chargés de s’entendre sur la paix, qui devait être conclue définitivement à une nouvelle entrevue, le len demain matin.

Dans les deux camps, tout le monde dormait en toute sécurité, excepté ces hommes qui avaient tué ‘Othmàn et qui étaient fort inquiets. Ils se réunirent et dirent entre eux : « On va faire la paix, et notre sang en sera le prix. Faisons éclater la lutte entre les deux armées avant que le jour arrive, et personne ne saura que nous sommes les auteurs de cet acte. »

A la pointe du jour, ces hommes, divisés en trois groupes, se jetèrent sur l’armée de Tal’ha et de Zobaïr, sur trois points différents.

Les soldats de cette armée, ainsi attaqués, s’étant d’abord retirés, revinrent bientôt et tombèrent sur les tronpes d »Alî.qui prirent leurs armes en criant : « Nous sommes trahis! » 

La lutte s’engagea, sans que personne sût comment elle était née.

Tal’ha et Zobaïr s’écrièrent : « En avant ! Nous savions bien que le fils d’Abou-Tàlib ne ferait pas la paix ! »

Quand le jour fut levé, la bataille avait commencé. Les hommes qui en étaient les auteurs, tels que Màlik al-Aschlar et ‘Adî, fils de ‘Hàtim, et qui s’étaient retirés de l’armée, vinrent trouver ‘Alî et lui dirent : « Tu nous as fait quitter l’armée par amour de Tal’ha et de Zobaïr. Nous savions bien qu’il n’y avait à attendre d’eux que la trahison. Mais à présent nous voulons jouer notre vie pour toi. »

Ils se jetèrent sur l’ennemi, et la lutte devint sérieuse.

‘Àïscha monta dans sa litière, qui était protégée par l’armure même qui couvrait son chameau, et se fit conduire au champ de bataille.

Tal’ha et Zobaïr combattaient aux premiers rangs.

Quand le soleil fut levé, ‘Alî prit un Coran et dit à ses campagnons : « Qui d’entre vous veut aller les trouver et les rappeler au respect de ce livre et des paroles de Dieu, qu’il contient? »

Un homme, nommé Mouslim, fils d » Abd allah, prit le manuscrit, se présenta devant le front des lignes ennemies et dit : « Je vous rappelle au respect de ce livre! »

Tàl’ha répondit : « Tu mens! C’est là une ruse du fils d’Abou-Tàlib. »

Et d’un coup de sabre il fit tomber sa main. Mouslim saisit le Coran de l’autre main, et dit: « J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu qu’Allah, et que Mo’hammed est son servi teur et son apôtre! »

Tal’ha le frappa de nouveau et le tua.

La bataille était en plein progrès, lorsque ‘Aïscha , dans sa litière, demanda: « Qui est-ce qui tient la bride de mon chameau? »

— C’est moi, répondit Ka’b, fils de Sour. ‘Aïscha lui tendit un Coran et lui dit d’aller auprès d »Alî el de le rappeler, lui et son armée, au respect de ce livre.

Ka’b se mit en route, malgré l’avis de Tal’ha, qui dit qu’il n’était plus temps pour cette démarche. Ka’b, s’étant adressé d’abord aux gens de Koufa, fut tué par Malik al-Ashtar, qui craignait qu »Alî ne donnât une réponse favorable.

La journée était très-chaude, et la lu ttc devint acharnée. ‘Abdallah, fils de Zobaïr, qui combattait à pied et qui avait déjà reçu plusieurs blessures, fut attaqué par Màlik al- Aschtar, qui était également à pied.

Màlik, lui ayant asséné un coup de sabre sur la lête, le fit tomber et voulut le frapper de nouveau.

Lorsque ‘Abdallah le reconnut, il se releva et saisit sa main en disant : « Veux-tu, ô Màlik, tuer un homme qui est à terre? »

Puis, s’adressant à ses soldats, il leur cria : « Frappez Màlik! »

Celui-ci était plus connu sous le nom d’Aschtar. Les soldats, ne sachant pas qu’il s’agissait de lui, hésitèrent, et Màlik eut le temps de se retirer.

Cependant ‘Abdallah, devenant de plus en plus faible, tomba par terre et fut ramené dans la ville, couvert de trente blessures, tant à la tête que sur le reste du corps

. Tal’ha et Zobaïr se tenaient au centre de l’armée. ‘Alî adressa à ses soldats la proclamation suivante : « Vous êtes incertains sur la façon dont vous devez vous conduire dans cette lutte. Eh bien! ne faites usage de vos armes que si vous êtes attaqués. Si vos adversaires se mettent à fuir, ne les poursuivez pas. Ne frappez pas ceux qui sont déjà blessés et ne cherchez pas à les tuer, car la religion ne vous permet pas de verser leur sang ni de prendre leurs dépouilles. En luttant avec eux, cherchez seulement à vous défendre, afin que, s’ils sont tués, vous ne soyez pas responsables de leur mort. »

La chaleur était devenue intense, et un grand nombre de soldats étaient tombés des deux côtés.

Jamais on n’avait vu une lutte aussi sanglante. Vers l’heure de la prière de midi, Tal’ha fut atteint par une flèche, qui le blessa à la jambe et en tra dans le côté du cheval. Tal’ha la retira, et, quoique son sang coulàt, il demeura au front de la bataille.

Lorsqu’il eut perdu beaucoup de sang et qu’il devint faible, il dit à son es clave de monter en croupe sur son cheval et de le soutenir par la poitrine.

L’esclave fit ainsi. Puis Tal’ha lui dit de le ramener. Arrivé à l’entrée de la ville, il avait perdu tout le sang qui était dans son corps. L’esclave le conduisit à une ruine qui se trouvait près de la porte , et le descendit du cheval.

Ce fut en cet endroit que Tal’ha expira , et c’est là que se trouve encore son tombeau. Zobaïr, qui, sur le champ de bataille, s’était tenu à côté de Tal’ha, voyant que ce dernier se reti rait, s’en alla également, et se dirigea vers un endroit nommé Wàdî’s-Sebà’.

‘Amr, fils de ‘Harmouz, en compagnie de deux autres cavaliers, le suivit et lui perça le corps de sa lance.

Zobaïr, malgré sa blessure, se retourna et asséna à ‘Amr un coup de sabre qui fendit en deux le bouclier dont ‘Amr se protégeait. Alors les deux autres cavaliers s’approchèrent et jetèrent Zobaïr en bas de son cheval.

‘Amr lui coupa la tête, qu’il vint présenter à ‘Ali. Celui-ci lui dit : « Sois damné! J’ai entendu le Prophète dire que celui qui tuera le fils de Safiyya ira en enfer. »

Or ‘Alî avait défendu de poursuivre ceux qui s’enfuiraient. ‘Amr répliqua : « Je ne sais comment faire! Si je suis contre toi, je suis voué à l’enfer, et de même quand je suis pour toi. Tu es le fléau de ce peuple! »

‘Aïscha, informée de la retraite de Tal’ha et de Zobaïr, donna l’ordre de faire avancer son chameau au front de la ba taille.

Douze mille guerriers des Benî-Dhahba se portèrent en avant, escortant le chameau d » Aïscha, qui les encouragea à reprendre avec vigueur la lutte, devenue très-faible par suite de la retraite de Tal’ha et de Zobaïr.

‘Ali remarqua avec inquiétude que les ennemis reformaient leurs lignes de bataille, Cependant ses compagnons lancèrent une grêle de traits sur la litière d »Aïscha, laquelle litière, hérissée d’un grand nombre de traits, dont aucun ne pénétra à l’intérieur, ressemblait à une cannaie.

Le frère de Ka’b, fils de Sour, tenait la bride du chameau.

‘Alî, ayant fait mander Màlik, lui dit : Aussi longtemps que ces hommes verront ce chameau debout, ils ne reculeront pas.

Cherche à saisir la bride et à l’entraîner de ce côté du champ de bataille.

Màlik, à la tête d’une nom breuse troupe, livra un assaut et, d’un coup de sabre, coupa la main du frère de Ka’b.

Un autre frère de celui-ci s’approcha et saisit la bride, en disant à ‘Âïscha : « C’est moi, le frère de Ka’b! »

‘Aïscha répliqua :  » Que Dieu te récompense! »

Quand lui aussi eut la main coupée, de même que tous ceux qui, au nombre de soixante et dix, avaient, après lui, successivement saisi la bride, et que le chameau eut résisté à tous les efforts que l’on fit pour l’emmener, ‘Alî donna l’ordre de lui couper les jarrets.

Lorsque l’armée de Baçra vit le chameau tomber, elle se mit à fuir, et ‘Aïscha, dans la litière renversée à terre, s’écria : « Père de ‘Hasan (Abu al-Hassan), tu es le maitre; sois clément! »

‘Alî ne répondit pas. Il fit appeler Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et lui ordonna de ramener sa sœur à la ville.

Mo’hammed s’étant approché, sa main, qu’il mit sous les rideaux de la litière, vint à toucher la poitrine nue d »Aïscha, qui s’écria : « Qui est-ce qui ose toucher mon corps, qui n’a jamais senti le contact d’aucune main autre que celle du Prophète de Dieu? »

— C’est moi, ton frère, répondit Mo’hammed; ne crains rien.

‘Aïscha se rassura et rendit gràces à Dieu. Mo’hammed la ramena à Baçra et la fit recevoir dans la maison d »Abdallah, fils de Khalaf, le Khozà’ite, l’un des notables de la ville.

‘Ali demeura sur le champ de bataille jusqu’à la nuit.

Un grand nombre de ses compagnons avaient trouvé la mort.

Le lendemain, ‘Alî fit son entrée à Barra et prit sa rési dence au palais du gouvernement.

‘Abdallah, fils d »Amir, fils de Kouraïz, qui avait été blessé, s’enfuit et se rendit en Syrie, auprès de Mo’àwiya, de même qu’un grand nombre de ceux qui s’étaient échappés du champ de bataille.

Le jour suivant. ‘Alî fit réunir les corps des soldats tués, tant d’un côté que de l’autre; on pria sur eux et on les enterra.

Il ordonna aussi que tout ce qui aurait été trouvé [ sur le champ de bataille] fût déposé à la mosquée principale, où les propriétaires pourraient venir reprendre leur bien.

Les habitants de la ville vinrent tous au palais du gouvernement et prêtèrent le serment de fidélité à ‘Alî.

Les jeunes gens de Baçra venaient tous les soirs à la porte de la maison qu’habitait ‘Aïscha, y faisaient des démonstrations bruyantes et tenaient des propos injurieux contre elle.

C’était une grande douleur pour ‘Aïscha. Lorsque ‘Alî eu fut informé, il chargea Qa’qà’, fils d »Amrou, d’infliger une correction à quiconque se rendrait coupable de ce procédé.

Qa’qà’, s’étant transporté à la maison qu’habitait ‘Aïscha. trouva devant la porte un grand rassemblement. Après qu’il eut fait saisir deux individus et punir chacun d’eux de cent coups de fouet, les autres cessèrent ces démonstrations.

La bataille du chameau
La bataille du chameau

‘Alî distribua tout l’argent qui se trouvait dans le trésor de Baçra entre ses soldats, en leur disant : « Quand je m’emparerai de la Syrie, je vous donnerai dix fois autant. » 

Il voulut ensuite faire retourner ‘Aïscha à Médine et lui envoya par ‘Abdallah, fils d »Abbàs, le message suivant : « Le Prophète m’avait prédit qu’il y aurait un jour lutte entre moi et une de ses femmes, et m’avait recommandé, lorsque je m’en serais rendu maître, de la renvoyer chez elle. Or ta résidence est Médine. »

Il lui fit remettre par ‘Abdallah, fils de Dja’far, fils d’Abou-Tàlib, douze mille dirhems du trésor public, et ‘Abdallah y ajouta de ses propres deniers la somme de cinq mille dirhems.

‘Alî la fit accompagner par quarante femmes, épouses des principaux habitants de Baçra, et l’escorta lui-même l’espace de trois milles.

Elle quitta Baçra le samedi.

Au moment de la séparation, ‘Àïscha fit arrêter son chameau et adressa à ceux qui étaient présents, et qui formaient un groupe considérable, les paroles suivantes : « Ce qui est arrivé avait été décrété par le destin. Maintenant, ne gardez pas rancune les uns contre les autres. Vous êtes tous mes fils; soyez des frères les uns envers les autres. »

Elle parla ensuite d »Alî et dit : « Entre lui et moi il n’y avait, dans le principe, d’autres dissentiments que ceux qui naissent entre une femme et les parents de son mari. Mais, à présent, il est bon et généreux à mon égard, plus qu’autrefois. »

‘Alî dit : « Elle a raison; il n’y avait aucun motif d’hostilité entre nous. Elle est la mère des croyants et l’épouse du Prophète; elle a droit aux plus grands égards. »

Le calife chargea ‘Hasan, ‘Hosain et Mo’hammed, fils de la ‘Hanîfite, d’accompagner ‘Àïscha jusqu’à la troisième étape, et il retourna ensuite à Baçra.

Ziyàd, fils d’Abou-Sofyàn, qui avait été secrétaire d’Abou- Mousa et, plus tard, d »Amir, fils d »Abdallah, avait résigné ses fonctions, lorsque ‘Othmàn, fils de ‘Honaïf, était venu prendre possession de Baçra au nom d »Alî, et il n’avait point quitté sa retraite lors de l’arrivée de Tal’ha et de Zobaïr.

C’était un homme très-capable et ayant une grande expé rience des affaires.

Quand ‘AIÎ fit son entrée à Baçra, il demanda en vain à le voir pour le consulter sur les affaires de la ville.

Enfin ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils de la sœur de Zijàd. vint l’excuser auprès du calife, disant qu’il était malade dans sa maison.

‘Ali, accompagné de ‘Hasan, de’Hosaïn et d’Abdallah, fils d »Abbàs, alla le voir et lui offrit le gouvernement de Baçra.

Ziyàd lui dit : « Prince des croyants, il vaut mieux confier le gouvernement à un membre des Benî-Hàschim; je l’assisterai de mes conseils. » 

En conséquence , ‘Alî nomma à ce poste ‘Abdallah, fils d »Abbàs, à qui il recommanda de prendre toujours l’avis de Ziyàd.

Ensuite, il parti! avec son armée pour Koufa, où il prit sa résidence, et il ne revint plus à Médine. En apprenant la nomination d »Abdallah, fils d »Abbàs. au poste de gouverneur de Baçra, Màlik al-Aschtar dit : « ll a donné Médine, la Mecque et Baçra aux fils d »Abbàs, et il prendra certainement Koufa pour lui-même. Pourquoi donc avons-nous fait la guerre depuis un an? et pourquoi avons- nous assassiné ‘Othmân , combattu ‘Àïscha , la mère des croyants, et tué Tal’ha et Zobaïr, les disciples du Prophète? »

Ces paroles furent rapportées à ‘Alî.

Lorsque celui-ci quitta Baçra pour se rendre à Koufa, Màlik prit les devants pour exciter la population de cette ville contre le calife.

‘Alî courut après lui, le ramena et fit son entrée à Koufa, l’ayant à ses côtés.

 

Panorama dans la mosquée du compagnon et général Rashidun Amr ibn al-As à Fustat (Le Caire) en Egypte
Panorama dans la mosquée du compagnon et général Rashidun Amr ibn al-As radi allah anhu à Fustat  en Egypte

 CHAPITRE XCVII. ÉVÉNEMENTS D’EGYPTE SOUS LE RÈGNE D »ALÎ.

Du temps d »Othmàn, l’Egypte était gouvernée par ‘Abd allah, fils de Sa’d, fils d’Abou-Sar’h, dans l’armée duquel se trouvaient Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et Mo’hammed. fils de ‘Hodsaïfa.

Ces deux hommes avaient constamment excité le peuple d’Egypte contre ‘Othmàn , et lorsque les conjurés égyptiens se rendirent à Médine, Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, alla avec eux, tandis que Mo’hammed, fils de ‘Hodsaïfa, resta en Egypte, dirigeant de là des hommes vers Médine.

Quand on reçut la nouvelle que »Othmàn était as siégé à Médine, Mo’hammed, fils de ‘Hodsaïfa , expulsa ‘Abd allah, fils de Sa’d, du pays, et fit de la propagande en fa veur d »Alî, croyant que celui-ci, en arrivant au pouvoir, lui confierait le gouvernement de cette province. Cependant ‘Ali y envoya Qaïs, fils de Sa’d, fils d »Obàda.

En arrivant en Egypte, Qaïs communiqua l’acte de sa nomination aux ha bitants, qui se soumirent et prêtèrent entre ses mains le ser ment de fidélité à ‘Alî. Mais un certain nombre d’hommes, de la tribu de Kinàna, demeurant dans un bourg appelé Kharbetà, étaient attachés à ‘Othmàn.

Ils envoyèrent à Qaïs un message, se déclarant prêts à se soumettre à son auto rité et à payer l’impôt en argent et en nature; mais, voulant attendre l’issue de la lutte engagée, ils lui demandèrent de leur accorder un délai pour la prestation du serment.

Qaïs le leur accorda, disant qu’il importait peu que, dans toute la province d’Égypte, il y eût un seul bourg qui n’eût pas prêté serment.

Or, un cousin de Qaïs, nommé Maslama, fils de Mokhallad, excitait en secret les hommes à venger la mort d »Othman.

Qaïs, en ayant été instruit, lui fit dire : « Toi, le fils de mon oncle, tu me trahis, en excitant les gens à faire une campagne pour venger la mort d »Othmàn ! »

Maslama répon dit : « Aussi longtemps que tu resteras gouverneur de cette province, je ne prêterai serment à aucun autre »*.

Puis, traitant avec douceur ces adversaires, Qaïs continua à demeurer en Egypte et à lever l’impôt.

Lorsque ‘Alî vint à Koufa, Mo’àwiya craignit de voir la Syrie attaquée d’un côté par ‘Alî, et du côté de l’Egypte par Qaïs.

Exposé ainsi à se trouver pris entre deux armées enne mies, Mo’àwiya adressa à Qaïs une lettre par laquelle il l’en gageait à passer de son côté et lui faisait de nombreuses promesses.

Qaïs répondit qu’il voulait, pour se décider, voir la tournure que prendraient les affaires.

Mo’àwiya, sachant que cette réponse n’était qu’un faux-fuyant, lui écrivit de nouveau en ces termes : « La ruse et la dissimulation n’ont pas de prise sur moi. Il faut être ou mon ami, ou mon ennemi. »

Qaïs répondit par un refus définitif, et lui dit [entre autres choses] : « Il n’est pas nécessaire qu »Alî vienne te faire la guerre; j’y suffis. »

Mo’àwiya chercha alors à le rendre suspect aux yeux d »Ali, afin que celui-ci l’éloignât d’Egypte. Soit publiquement, soit en conversation privée, en parlant de lui il disait: « Qaïs, le gouverneur d’Égypte , est mon meilleur ami , car il n’inquiète pas mes gens; il leur est favorable et n’exige pas d’eux le serment, et il m’écrit souvent qu’il m’amènera une armée. »

Mo’àwiya voulait que ces propos arrivassent, par des rapports d’espions, aux oreilles d »Alî, qui rappellerait alors Qaïs d’Égypte. En effet, les espions ayant fait leur rapport à ‘Alï celui-ci, qui était un homme loyal et sincère, conçut aussitôt des soupçons à l’égard de Qaïs, et consulta sur cette affaire Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, et ‘Abdallah fils de Dja’far fils d’Abou-Tàlib, Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, lui dit : « Prince des croyants, éloigne ceux qui t’inspirent des doutes, et prends ceux dont tu es sûr.  »

‘Alî craignit que Qaïs, étant révoqué, n’allât se joindre à Mo’àwiya; il lui adressa donc une lettre ainsi conçue : « J’ai appris qu’il y a en Egypte un bourg, appelé Kharbetà, dont les habitants n’ont pas prêté le serment de fidélité, et que Maslama. fils de Mokhallad; Moawiya, fils de ‘Hodaïdj, et Bosr, fils d'[Abou-] Artà, sont avec eux. Pourquoi les as-tu dispensés de cet acte? Rends-toi auprès d’eux et exige le serment de fidélité. S’ils le refusent , tu les y forceras par les armes. »

Qaïs répondit : « Ces gens ont en Egypte un grand nombre de parents et d’amis. Nous ne devrions pas employer la force envers eux en ce moment. Ne les inquiétons pas, pour n’être pas distraits par eux des soins de la guerre. »

Le calife, en lisant cette lettre, trouva ses soupçons confirmés. ‘Abdallah, fils de Dja’far, fut d’avis que Qaïs était le complice de ces gens, et que le calife devait le révoquer et le remplacer par Mo’hammed, fils d’Abou- Bekr, sur lequel il pourrait entièrement se reposer au sujet de l’Egypte.

‘Alî suivit ce conseil, et Mo’àwiya atteignit ainsi son but.

Quand Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr, arriva en Egypte, il somma les gens de Kharbetà de prêter le serment; ils de mandèrent un délai pour voir l’issue de la lutte engagée. Mo- ‘hammed exigea qu’ils prêtassent le serment [immédiatement] ou qu’ils quittassent le pays.

Il envoya contre eux un corps d’armée, commandé par un homme nommé Yezîd, fils de ‘Hàrith.

Ces troupes furent mises en fuite, et le général fut tué. Un autre détachement, envoyé par Mo’hammed, fut éga lement repoussé, et Ibn-Modhàhem, qui le commandait, trouva la mort.

Mo’hammed écrivit alors à ‘Alî : « Ces hommes ont repoussé deux de nos corps d’armée; ils ont beaucoup d’adhérents en Egypte, et je crains une révolte des Egyptiens. »

‘Alî lui répondit : « Ne les inquiète pas, jusqu’à ce que nous ayons le loisir de nous occuper d’eux. Qaïs avait complètement raison. » 

En conséquence, Mo’hammed s’abstint d’agir, tout en prenant des précautions contre eux. 

 

Vue aérienne sur l'antique ville de Damas, l'une des plus vielle au monde.
Vue aérienne sur l’antique ville de Damas, l’une des plus vieille au monde. 

CHAPITRE XCVIII. ‘AMROU, FILS D’AL-‘ÀÇ, SE REND AUPRÈS DE MO’ÀWIYA.

Du temps qu’Othmàn était assiégé dans son hôtel (dar al-Imara), ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, se trouvait avec ses deux fils, Mo’hammed et ‘Abdallah, à sa maison de campagne.

‘Abdallah était un homme très-savant en jurisprudence, éloquent et l’un des plus anciens compagnons du Prophète, qu’il avait suivi dès les commencements de sa mission prophétique, et même avant son père.

Mo’hammed était un guerrier distingué. Après la mort d »Othmàn, ‘Amrou délibéra avec ses fils sur le parti qu’ils auraient à prendre, et il fut résolu qu’ils ne se prononceraient que plus tard.

En apprenant que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha étaient partis pour la Mecque dans des intentions hostiles contre ‘Alî, ‘Amrou dit à ses fils :  » De toute manière, ‘Alî vaut mieux que Tal’ha, Zobaïr et ‘Aïscha, car il est le cousin du Prophète. »

Il voulut, en conséquence, embrasser la cause d »Alî; mais il résolut d’attendre l’issue de la lutte.

Il fut informé ensuite que Mo’âwiya s’était proclamé, en Syrie, le vengeur de la mort d’Othmàn, qu’il accusait ‘Alî d’en être l’auteur et prétendait à la souveraineté.

‘Amrou et ses fils délibérèrent alors s’ils devaient suivre ‘Ali ou Mo’âwiya.

‘Abdallah dit :  »  ‘Alî est un homme sage, noble et détaché du monde; il n’a besoin de personne; tandis que Mo’âwiya doit rechercher les services de tous, surtout des gens capables. Embrasser la cause d »Alî vaut mieux en vue de la vie future; soutenir Mo’âwiya est plus profitable pour la vie actuelle. »

Mo’hammed dit :  » Mon père, tu es l’un des principaux parmi les Arabes. Le pouvoir va échoir à quelqu’un et il serait peu convenable qu’un tel événement se passât sans ta participation; ton nom en serait amoindri. »

‘Amrou inclina du côté de Mo’àwiya et se rendit en Syrie, où il trouva toute la population, comme un seul homme, déterminée à venger la mort d »Othmàn.

Un homme, nommé No’màn, fils de Beschîr l’Ançàr, avait retiré du corps d »Othmàn, le jour même où celui-ci avait été assassiné, la chemise ensanglantée du calife, et l’avait portée en Syrie, en même temps que la main mutilée de sa femme Nàïla, cette main avait été coupée en deux et n’avait plus que quatre doigts).

Chaque vendredi, quand Mo’àwiya se trouvait en chaire pour le sermon et la prière, No’màn se plaçait à côté de lui, tirait de sa manche cette chemise et cette main et les montrait à l’assemblée, et tous les assistants fondaient en larmes.

Enfin, trente mille des plus braves guerriers de la Syrie s’engagèrent par serment à ne point boire d’eau fraîche, à ne pas dormir sur des matelas, à ne point se laver le corps, avant d’avoir vengé la mort d »Othmàn.

C’est ‘Alî qu’ils accusaient de ce crime, disant qu’il gardait les assassins dans les rangs de son armée, qu’il leur faisait des présents et qu’il leur payait une solde.

‘Amrou, fils d’Al-Aç, disait :  » Voilà une affaire qui, de toute manière, se terminera bien. »

Et il se mit à la disposition de Mo’àwiya, qui en fit son conseiller.

Il se passa ainsi un an, jusqu’au moment où ‘Alî, après la bataille du Chameau, vint à Koufa.

‘Amrou dit alors à Mo’àwiya :  » Fais cesser ce spectacle de la chemise d »Othmàn, car, par une trop longue durée, l’effet en serait diminué, et les sentiments du peuple n’en se raient plus affectés. Il faut le réserver pour le jour de la bataille, où cette chemise, portée devant les rangs, excitera le courage des soldats. »

Mo’àwiya suiviI ce conseil.

La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l'Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî.
La bataille de Siffin tiré du Tarikhnama de Balami . La bataille de Siffin se produisit en juin/juillet 657 (moharram 37 AH). Le plus fort de la bataille se produisit du 19 ou 20 juillet (1 et 2 Çafar 37 AH) sur les rives de l’Euphrate près de la ville syrienne actuelle de Ar-Raqqa. Ce fut le dernier combat entre Mu`awîya et `Alî. radi Allah anhum

CHAPITRE XCIX. BATAILLE DE CIFFIN (SIFFIN)

Quand ‘Alî fut établi à Koufa, il envoya Kholaïd, fils de Qorra, dans le Khorâsân, pour gouverner cette province.

On dit que Màhouï, qui y avait été merzebàn au temps où Yezdegerd le sassanide fut tué, vint en cette année à Koufa, qu »Alî lui fit délivrer une charte et qu’il le renvoya, avec les gens de Merw et avec Kholaïd, dans le Khoràsàn.

Djerîr, fils d »Abdallah, qui était gouverneur de Hamadàn, reçut l’ordre de faire prêter le serment de fidélité aux habitants et de revenir immédiatement après à Koufa.

Lorsque ‘Alî apprit que Mo’àwiya se faisait reconnaître comme souverain par l’armée de Syrie et qu’il armait contre lui, il envoya Djerir, fils d »Abdallah, avec une lettre , auprès de Mo’àwiya et fit sommer ce gouverneur de lui prêter le serment de fidélité.

Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali  en 657 ) la batailel de Siffin , illustration persane  safavide 1516
Bataille entre le premier calife Omeyyade Muawiya et le calife Ali en 657 ) la batailel de Siffin , radi Allah anhum illustration persane safavide 1516

 

Mo’àwiya garda Djerîr quelque temps, et délibéra avec ‘Amrou sur la réponse qu’il de vait faire. ‘Amrou lui dit : « Prends des mesures pour que Djerîr soit mis en contact avec l’amée de Syrie, afin qu’il sache que les soldats t’ont reconnu comme souverain; fais exposer de nouveau la chemise ensanglantée d »Othmàn, pour exciter les sentiments du peuple; accuse ‘Alî de sa mort, et renvoie Djerîr ensuite. »

Mo’àwiya fit ainsi.

Lorsque Djerîr vint rendre compte de sa mission à ‘Alî, Màlik al-Aschtar s’écria : « Je vous avais bien dit de ne pas envoyer Djerîr! Si tu m’avais envoyé, j’aurais amené Mo’àwiya à la soumission. »

Djerîr répliqua : « Si tu y étais allé, tu aurais été coupé en morceaux, car c’est toi qu’ils accusent d’avoir assassiné ‘Othmân. »

— « Si j’y étais allé, reprit Màlik, je lui aurais donné tant d’ouvrage, qu’il n’aurait pas songé à lutter. »

Djerir, mécontent de Màlik et d »Alî, si! retira à Circesium; puis, ayant reçu une  lettre de Mo’àwiya, il alla le rejoindre.

‘Alî adressa une lettre à ‘Abdallah, fils d »Abbàs, et lui ordonna de lui envoyer l’armée de Baçra.

Il fit venir également des troupes de la Mecque et de Médine, et, à la tête d’une nombreuse armée, il quitta Koufa, après y avoir établi, comme son lieutenant, Abou-Mas’oud, l’Ançàr.

Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d'n manuscrit de Hamla-i Haydari
Muawiya (radi ALLAH anhu) lors de la guerre a Siffin contre le calife Ali (radi ALLAH anhu) , dans une miniature du 19eme siècle d’n manuscrit de Hamla-i Haydari

 

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, ayant pris le commandement en chef des troupes de Mo’àwiya, fit partir Werdàn, son affranchi, avec l’avant-garde, composée de cinq mille hommes, et le suivit avec le gros de l’armée.

Il fut suivi lui-même par Mo’àvyiya.

Arrivé à Madàïn, ‘Alî donna le commandement de son avant-garde, formant un corps de huit mille hommes, à Ziyàd, fils de Nadhr al-‘Hàrithî.

Avant de partir lui-même pour Raqqa, où il voulait passer le Tigre, il nomma Sa’d, fils de Mas’oud le Thaqîfite, gouverneur de Madàïn, et en voya Ma’qil, fils de Qaïs, avec trois mille hommes, sur la route de Mossoul, lui recommandant de le rejoindre à Raqqa; car il désirait faire traverser par ces troupes toutes les provinces de Plràq.

Lorsque tous les corps d’armée furent réunis à Raqqa, ‘Ali demanda aux habitants de construire un pont sur le fleuve; mais ils s’y refusèrent et s’en fermèrent dans leur forteresse.

Màlik al-Aschtar les ayant menacés solennellement de ne point quitter la place avant d’avoir tué tous leurs hommes et réduit en esclavage leurs femmes et leurs enfants, ils sortirent de derrière leurs murs et jetèrent le pont.

Les troupes passèrent ainsi le fleuve, mais en si grande confusion, que beaucoup d’entre les soldats perdirent leurs bonnets; et tous ceux-là furent tués dans la guerre. ‘Ali donna le commandement de l’avant-garde , composée de dix mille hommes, à Schourai’h, fils de Hànî, et à Ziyàd, fils de Nadhr.

Ceux-ci, ne voulant pas combattre sans y être expressément autorisés par ‘Alî, revinrent sur leurs pas et suivirent ‘Alî, au lieu de le précéder.

En arrivant à Circesinm, à la frontière de Syrie, il espérait y trouver son avant-garde, et fut très-mécontent de la voir venir après lui; car il considérait cette circonstance comme d’un mauvais augure.

Les deux chefs s’excusèrent. Le lendemain , on passa l’Euphrate, et ‘Ali confia l’avant-garde aux mêmes officiers.

Les dix mille hommes de l’avant-garde de Mo’àwiya étaient commandés par Abou’I-A’war le Solaïmite (al-Sulaymi des Beni Sulaym), général très-habile et l’un des guerriers célèbres de la Syrie.

Quand les deux avant-gardes se trouvèrent en présence l’une de l’autre, Ziyàd et Schourafh, ne voulant pas commencer les hostilités sans l’autorisation d »Alî, le firent prévenir par un messager.

Le calife envoya Màlik al-Aschtar avec trois mille hommes, et lui donna le commandement de toutes les forces. Après l’arrivée de Màlik, il s’engagea une bataille qui dura toute la journée.

Le soir les deux armées regagnèrent leurs camps.

Bannières  musulmanes et des tribus arabes  lors de la bataille de Siffin
Bannières musulmanes et des tribus arabes lors de la bataille de Siffin

Le lendemain, Màlik fit dire à Abou’l-A’war le Solaïmite: « Combattons à nous deux. Pourquoi tuer les hommes? »

Abou’l- A’war n’osa pas accepter ce défi.

Mais lorsqu’il apprit qu »Ali s’approchait, il leva son camp et vint prendre position sur les bords de l’Euphrate, dans une vaste plaine, convenable pour une bataille, et qui dominait les abords du fleuve.

Ce lieu était appelé Ciflïn. Abou’l-A’war fit ensuite prévenir Mo’àwiya.

Lorsque ‘Alî arriva, il trouva les approches du fleuve occupées, et son armée était obligée d’attaquer les troupes d’Abou’I-A’war pour avoir accès à l’eau.

Mo’àwiya envoya à son général des renforts, et Màlik al-Aschtar, de son côté, fit avancer des troupes, de sorte que le combat devint sérieux.

‘Alî fit alors porter, par Ça’ça’a, fils de Çou’hàn, le message suivant à Mo’àwiya :  » Nous ne sommes pas venus combattre avec vous pour l’eau, que nous aurions pu occuper avant vous, si nous avions su que vous nous empêcheriez d’en puiser. Il s’agit, dans cette lutte, de la religion et de son chef, et c’est ce sujet qu’il faut élucider, afin de séparer la vérité de l’erreur. »

Mo’âwiya, lorsqu’il reçut ce message, se trouvait au milieu de ses troupes, qui étaient à cheval, et il leur demanda leur avis.

Walid, fils d »Oqba, dit : « Refuse-leur l’eau, afin qu’ils meurent de soif, comme ils ont fait mourir ‘Othmàn. »

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, prit ensuite la parole et dit : « Cet avis ne vaut rien. Il faut faire comme le veut ‘Alî : laisser l’eau libre, pour que les deux armées puissent en puiser, et combattre ensuite pour une meilleure cause. »

En conséquence , Mo’âwiya donna l’ordre de ne plus défendre l’accès du fleuve. On suspendit les hostilités ce même jour, qui fut le premier du mois de dsou’l-‘hiddja de l’an 36 de l’hégire, et les deux armées purent se désaltérer.

Les deux jours suivants, les troupes se reposèrent.

Le troisième jour, ‘Alî envoya Beschîr, fils d »Amr, fils de Mi’hçan l’Ancàr; Qaïs, fils de Sa’d, fils d »Obada, et Schabath, fils de Rib’î, auprès de Mo’âwiya, en leur recommandant d’user avec lui de la menace et de la persuasion.

En présence de Mo’àwiya, Beschîr, qui était le plus âgé et le plus distingué des trois et l’un des principaux Ançàr et compagnons du Prophète, prit la parole, exhorta Mo’âwiya et dit :  » Crains Dieu; car ce monde ne demeure à personne. Il y a pour nous, après la vie présente, une autre vie, dans laquelle Dieu demandera compte aux hommes de leurs actions, et où chacun sera rétribué selon ses mérites. Ne fais pas verser tant de sang et ne détruis pas la communauté musulmane. »

Mo’àwiya répliqua : « Pourquoi ‘Alî n’agit-il pas ainsi ? »

Beschîr dit : ‘Alî est dans son droit. C’est lui qui, par sa noblesse, sa science, son zèle pour l’islam et sa parenté avec le Prophète, est le souverain légitime; et c’est lui qui a été proclamé par le peuple.  »

— « Et que dois-je faire maintenant? « demanda Mo’àwiya.

Beschîr répondit : » Maintenant tu dois faire cesser la guerre civile et prêter serment au cousin du Prophète. Après cela , il t’accordera tout ce que tu désireras. »

Mo’âwiya s’écria :  » Et je devrai renoncer à venger la mort d »Othmàn , dont le sang aura été versé impunément? Par Dieu, je ne ferai jamais cela! »

Qaïs, fils de Sa’d, lui dit : « Tout le monde sait, ô Mo’àwiya, que tu ne tiens pas à venger la mort d »Othmàn, et que ce n’est qu’un prétexte pour t’emparer du pouvoir. Tu n’as pas trouvé d’autre moyen pour gagner le bas peuple. Si ‘Othmàn était vivant, lui le premier lutterait à présent contre toi pour l’empire. Cesse donc d’alléguer ‘Othmàn, et laisse cette affaire au maître de l’univers, et soumets-toi à lui; car on n’obtient pas toujours ce que l’on désire. Si tu ne réussis pas dans ton entreprise , tu seras honni parmi les Arabes; et tu ne peux réussir qu’en versant le sang de tous ceux qui sont avec ‘Alî, et alors tu iras en Enfer  » 

Mo’àwiya s’écria : « Tais-toi, canaille! Sortez; ce n’est que le sabre qui doit décider entre moi et vous!  »

Schabath, fils de Rib’î, répliqua :  » Tu veux nous effrayer par le sabre. Mais, par Dieu! tu le sentiras le premier. »

Les trois députés se levèrent ensuite et retournèrent auprès d »Alî.

‘Alî fit enfin prendre les armes à ses troupes.

Pensant que, s’il engageait toute son armée de l’lràq le même jour, l’ennemi lui opposerait également l’armée de Syrie tout entière, il résolut de ne faire combattre qu’un corps chaque jour, et il distribua ses forces en sept divisions, commandées chacune par un général. –

 

Les généraux auxquels il confia les sept divisions étaient : Màlik al-Aschtar: ‘Hodjr, fils d »Adî; Schabath, fils de Rib’î; Khàlid, fils de Mo’ammar; Ziyàd, fils de Nadhr; Ma’qil, fils de Qaïs er-Riyà’î, et Qaïs, fils de Sa’d.

Mo’àwiya, imitant l’exemple d »Alî, partagea également ses forces entre sept généraux, savoir : ‘Abd-er-Ra’hmàn , fils de Khàlid, fils de Walîd le Makhzoumite; Abou’I-A’war le Solaïmite; ‘Ha bîb, fils de Maslama; Dsou’l-Kalà’ ; ‘Obaïdallah, fils d »Omar; Schoura’hbîl , fils de Simt, et ‘Houmra, fils de Màlik de Hamadàn.

Chaque jour, l’un des généraux qui viennent d’être nommés, livrait un combat à l’ennemi, et, le soir, chacun des deux adversaires regagnait son camp.

Ces engagements remplirent tout le mois de dsou’l -‘hiddja.

Il y eut chaque jour un certain nombre de tués.

Au commencement du mois de mo’harrem de l’an 87, ‘Alî déclara que, pendant le mois sacré, il voulait suspendre la lutte.

Mo’àwiya cessa également les hostilités. ‘Alî, qui désirait arriver à la paix, envoya, vers le milieu du mois, pour traiter avec Mo’àwiya, quatre députés, savoir : ‘Adî, fils de ‘Hàtim le Tayyite; Yezîd, fils de Qaïs; Schabath, fils de Rib’î, et Ziyàd, fils de Khaçafa.

‘Adi, prenant le premier la parole devant Mo’àwiya, lui dit : « Nous sommes venus pour t’exhorter à faire cesser le carnage. Tu sais quel est le caractère d »Alî, le cousin du Prophète, le plus noble et le plus pieux de tous les musulmans, lui qui a été proclamé par le peuple. Crains Dieu, et ne t’expose pas à un chàtiment semblable à celui qui a atteint Tal’ha et Zobaïr, à la journée du Chameau. »

Mo’àwiya répliqua : « Allons, ‘Adî! tu n’es pas venu pour traiter de la paix , mais pour apporter la menace. Tu veux me terrifier par la guerre, moi qui suis fils de la guerre (al-Harb). J’espère que, dans cette lutte, tu mourras de ma main.  »

Schabath, fils de Rib’î, dit :  » Ne te mets pas en colère, ô Mo’àwiya. Nous sommes venus pour la paix, et nous voulons ton bien dans ce monde comme dans l’autre. Le peuple tout entier te connaît, et personne ne te préférera à ‘Alî. »

Mo’àwiya répliqua : « Tant que je n’aurai pas vengé la mort d »Othmàn , je ne déposerai pas les armes. Si ‘Alî est innocent de ce meurtre, pourquoi garde-t-il avec lui les assassins? »

Après le départ de ces députés, Mo’âwiya envoya, à son tour, deux négociateurs auprès d »Alî et lui fit dire : « Si tu désires arriver à une entente pacifique, livre-moi les hommes qui ont tué ‘Othmân, afin que je les fasse mourir. Ensuite nous soumettrons à un arbitrage la question de la souveraineté, et nous reconnaîtrons comme calife celui que les musulmans choisiront. »

‘Alî, fort irrité de cette proposition , proféra des injures contre Mo’âwiya et s’écria : « Qui est Mo’âwiya pour oser contester la décision des musulmans et pour me proposer un arbitrage entre lui et moi?  »

Les envoyés se retirèrent, et ‘Alî ne compta plus sur un arrangement pacifique.

A la fin du mois de mo’harrem, ‘Alî fit adresser aux hommes de Syrie la proclamation suivante : « Nous avons campé ici un mois, espérant en vain que l’affaire s’arrangerait à l’amiable. Préparez-vous donc à combattre demain. »

Après avoir placé séparément les cavaliers et les fantassins , il donna le commandement des cavaliers de Koufa à Mâlik al-Aschtar; le commandement de ceux de Baçra à Sahl , fils de ‘Honaïf , et le commandement des fantassins de Koufa à ‘Ammâr, fils de Yâsir.

Pendant la nuit, il harangua ses troupes et leur fit les mêmes recommandations qu’à la journée du Chameau.

L’aile droite de l’armée de Mo’âwiya était commandée par Dsou’l-Kalà’; l’aile gauche, par ‘Habîb, fils de Maslama; l’avant-garde, qui comprenait les cavaliers de Damas, par Aswad, fils d’Al-A’war.

Le reste de la cavalerie était commandé par ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç.

Ce fut le mercredi, premier jour du mois de çafar de l’an 37, que les deux armées d »Alî et de Mo’àwiya, disposées chacune en onze rangs, se rencontrèrent dans un engagement général qui dura jusqu’au soir.

Le lendemain, les troupes ayant repris leurs positions respectives, ‘Ali envoya en avant Hàschim, fils d »Otba, fils d’Abou-Waqqàç, avec une troupe choisie.

Le corps commandé par Abou’l- A’war le Solaïmite lui offrit le combat, qui dura jusqu’au soir.

Le troisième jour, les armées étant rassemblées, Ziyàd, fils de Nadhr, et ‘Ammàr, fils de Yàsir, à la tête des fantassins de Koufa, allèrent combattre ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, qui leur opposa une force imposante de l’armée de Syrie.

La lutte fut plus ardente que celles des jours précédents.

Vers l’heure de la prière de midi , ‘Ammàr, fils de Yàsir, chargea avec les fantassins de Koufa, et ‘Amrou fit mettre pied à terre.

On combattit avec acharnement, et il y eut un grand nombre de tués. Des combats partiels eurent encore lieu les jours suivants.

Le septième jour, Màlik al-Aschtar et ‘Habîb, fils de Maslama, livrèrent un combat, qui fut plus sanglant que tous ceux qui avaient eu lieu auparavant.

‘Ali dit : » Continuerons-nous à livrer des combats partiels?  »

Le lendemain, il disposa toute l’armée en ordre de bataille, s’avança devant les rangs, harangua les soldats et pria à haute voix, de façon que les deux armées l’entendirent. ‘Abdallah, fils de Bodaïl, l’un des prédicateurs de Koufa, prononça une courte allocution et exhorta les soldats, en citant plusieurs versets du Coran.

L’engagement dura jusqu’au soir.

Le jour suivant, le combat recommença avant l’aurore. ‘Alî prit position au centre, et Màlik al-Aschtar dirigea l’attaque.

Mo’àwiya s’était fait dresser une tente de cuir au centre de son armée, et il s’y tenait, assis sur un siège, ayant à côté de lui ‘Amrou, tandis que ‘Abd-er-Ra’hmân, fils de Khàlid. fils de W’alîd ( fils de Khalid ibn al-Walid), le sabre à la main, et entouré de quatre mille hommes, gardait l’entrée.

Vers midi, l’armée de Syrie commençait à fléchir. ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, sortit de la tente, rallia les troupes, et fit une charge sur l’aile droite d »Ali.

Cette aile recula, et ‘Alî ne réussit point à ramener les troupes. Alors il s’écria :  » Soldats, faites comme si l’aile droite n’avait pas existé! »

Il mit pied à terre et poussa en avant. Voyant ce mouvement, les Syriens, qui serraient de près l’aile droite, cessèrent la poursuite et revinrent.

‘Alî, en rencontrant Màlik al-Aschtar, lui dit : « O Màlik, ces hommes de Koufa nous ont trahis et nous ont abandonnés. Tâche de les ramener. »

Mâlik courut après eux et cria :  » Mes braves! »

Ils répondirent : « Nous voilà! » et ils s’arrêtèrent immédiatement.

Màlik dit : « Hommes de l »îràq, vous qui êtes des guerriers fameux, chevaliers et vrais soldats, le prince des croyants vous rappelle! »

En entendant ces mots, tous revinrent sur leurs pas, reprirent leurs positions, et en proférant le cri de guerre, chargèrent l’ennemi.

Màlik et ‘Alî attaquèrent également; les deux armées de Syrie furent culbutées , et les fuyards se sauvèrent dans la direction de la tente de Mo’àwiya.

Ce lui-ci sortit de la tente et monta à cheval pour se retirer.

‘Amrou, fils d’AI-‘Aç, l’engagea à attendre encore un peu.

‘Abdallah, fils de Bodaïl, à la tête de trois cents hommes, s’était jeté sur l’armée de Syrie et en faisait un grand carnage.

Mo’àwiya dit :  » Voyez qui est cet homme! »  et, pensant que c’était ‘Alî, il donna l’ordre d’entourer cette petite troupe et d’en tuer le chef.

On reconnut bientôt que c’était ‘Abdallah, fils de Bodaïl.

Lorsque Mâlik al-Aschtar vit ces trois cents hommes entourés, il exécuta une charge avec les troupes de l’Iràq, fit reculer les Syriens et délivra ces hommes.

Mo’àwiya, sachant que tous ces exploits étaient l’œuvre de Màlik, dit :  » N’y a-t-il personne qui veuille s’opposer à Màlik, pour nous en délivrer?  »

‘Obaïdallah, fils d »Omar, qui marchait sous l’étendard de Dsou’l-Kalà’, s’étant offert, Mo’àwiya ordonna à Dsou’l-Kalà’ de se mettre à la disposition d »Obaïdallah.

Celui-ci s’avança et dit :  » Syriens, vous voulez venger la mort d »Othmàn? Eh bien, c’est ce Màlik qui l’a tué! »

Dsou’l-Kalà’ et ses hommes chargèrent. Ils furent reçus par Ziyàd, fils de Nadhr, qui tua Dsou’l-Kalà’, ainsi qu »Obaïdallah.

‘Alî parcourait tous les rangs, encourageant les soldats à combattre.

L’Euphrate (al-Furat)  dans la région d'al-Anbar en Iraq non loin de site de la bataille de Siffin
L’Euphrate (al-Furat) dans la région d’al-Anbar en Iraq non loin de site de la bataille de Siffin

Son sabre , par suite du grand nombre de coups qu’il avait distribués, était courbé, et la poignée adhérait à sa main.

‘Ammàr, fils de Yàsir, arrivant, à l’heure de la prière de midi, au front de la bataille, dit : « Seigneur, tu sais que, si je connaissais aujourd’hui un lieu meilleur que ce champ de bataille, je m’y rendrais! Mais je sais que ce côté-ci seulement a ton approbation, et que la mort que l’on y trouve est la mort du martyre.  »

Après avoir prononcé ces mots, il se jeta dans la mêlée, accompagné de Hàschim, fils d »Otba, qui avait remis à un autre l’étendard d »Ali qu’il avait porté.

‘Ammàr fut tué.

Avant de tomber, il demanda de l’eau,  Hàschim n’avait que du lait, qu’il lui donna.

Après avoir bu, ‘Ammàr dit : « Gràces soient rendues à Dieu! l’apôtre de Dieu est véridique. »

Interrogé par Hàschim sur le sens de cette exclamation, ‘Ammàr dit : « Le Prophète m’a dit : O ‘Ammàr, tu seras tué par des rebelles, et ta dernière nourriture sera une gorgée de lait. »

Lorsque Mo’àwiya apprit la mort d »Ammàr, il dit :  » C’est ‘Alî qui l’a tué, en l’amenant dans le combat! »

‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, lui dit :  » Voilà une explication bien étrange et contraire à la vérité. Dieu connaît aussi bien les intentions d »Ali que les nôtres. Hàschim, fils d »Otba , fut tué par le même homme qui avait frappé ‘Ammàr. C’était un Arabe de la tribu de Yarbou’, nommé ‘Hàrith , fils de Moundsir. »

En apprenant la mort d »Ammàr, ‘Ali fit avancer les Benî-Rabî’a et les Benî-Hamdàn, en tout douze mille hommes, et commanda une charge sur l’année de Syrie. Mo’àwiya et ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç, montèrent à cheval. Lorsque ‘Alî fut près d’eux, il s’arrêta et dit : Pour quoi, ô Mo’àwiya, faire tuer tant d’hommes? Viens, com battons à nous deux; nous verrons pour qui Dieu décidera.

Mo’àwiya ne répondit pas.

‘Amrou lui dit : « Va; sa proposition est juste. »

Mo’âwiya répliqua : « Tu as sans doute envie du pouvoir, toi qui m’engages à accepter le défi d »Alî. Je n’ai encore vu personne qui soit revenu vivant d’un combat singulier avec lui.  »

‘Alî retourna auprès des siens. La nuit approchait, et les soldats accomplirent la prière du soir et celle du coucher en même temps.

La bataille continua toute la nuit.

On se servait du sabre, de la lance et du poignard.

On combattait corps à corps, on se saisissait par la barbe, et le sang coulait comme un ruisseau.

Cette nuit est appelée la nuit du grondement. Jamais on n’en a vu de plus terrible.

L’épée d »Alî fauchait les Syriens sans interruption, et, le matin, il fut impossible de marcher sur le sol couvert de cadavres.

Quand le jour fut levé, ‘Alî rétablit ses lignes de bataille et recommença l’attaque.

Les Syriens ‘(ahl al-Sham) qui restaient se mirent à fuir, en s’écriant :  » Maintenant nous sommes tous voués à la mort! »

Mo’àwiya était terrifié. ‘Amrou lui dit : « Ordonne aux soldats de fixer au bout de leurs lances des copies du Coran et d’engager nos adversaires à ne point lutter contre le livre divin. »

Mo’àwiya suivit ce conseil, et fit adresser à l’armée d »Ali l’appel suivant : « Hommes de l »lràq, si les habitants de la Syrie et de l’Iràq sont exterminés, qui restera pour professer l’islam? Je vous invite à obéir à ce livre de Dieu, auquel nous croyons, vous aussi bien que nous ! « 

Les troupes de l’lràq répondirent :  » Nous sommes d’accord. »

‘Alî se plaça entre les deux armées, et, s’adressant aux ennemis , il dit : « Ce n’est point la religion qui vous inspire cet acte; vous sentez que vous êtes perdus. »

Puis Ali dit à ses soldats : « Attendez encore un instant, car ils vont prendre la fuite. C’est ‘Amrou, fils d’Al-‘Aç, qui leur a conseillé d’agir comme ils viennent de le faire, et c’est une ruse pour arrêter le combat. »

Les troupes d »Alî furent divisées. Il fut assailli par la foule, qui s’écriait : « Nous ne voulons pas manquer de respect au livre de Dieu. Si tu refuses de lui obéir, nous te ferons mourir; car nous avons tué ‘Othmàn, parce qu’il ne s’est pas conformé à ce livre. »

Puis ils forcèrent le calife de rappeler Màlik al-Aschtar, qui continuait à combattre, en le menaçant de le tuer, aussi bien que Màlik.

Ils avaient déjà tiré leurs sabres avec l’intention de le frapper.

Màlik, étant revenu, dit : « N’avez-vous pas honte, ô soldats, de vous laisser tromper par ces coquins et de vous révolter contre le prince des croyants? »

Ils répliquèrent : « Nous ne pouvons pas combattre contre ceux qui nous demandent de nous rallier au livre de Dieu. Si vous continuez la lutte, nous vous abandonnons. »

Et ils cessèrent, en effet, de combattre. ‘Alî chargea Asch’ath, fils de Qaïs, d’aller demander à Mo’àwiya quel était le passage du Coran qu’il invoquait. Mo’àwiya répondit : Désignons deux hommes, l’un de Syrie, l’autre de l »Iràq, qui choisiront le passage du Coran auquel nous vou lons nous conformer.

Et Mo’àwiya choisit ‘Amrou, fils d’AI-Aç.

‘Alî nomma ‘Abdallah, fils d »Abbàs; mais ‘Amrou dit : « Nous n’acceptons pas ‘Abdallah, fils d »Abbâs, qui est cousin d »Alî, de la même famille que lui. »

Les gens de l’lràq de mandèrent alors à ‘Alî qu’il nommât Abou-Mousa al-Asch’ari. — Abou-Mousa, dit :  » ‘Alî, n’est pas homme à se montrer impartial à mon égard.

— Nous n’en voulons pas d’autre que lui ! s’écrièrent-ils.

Tous tombèrent d’accord sur ce point, et ils envoyèrent chercher Abou-Mousa. On rédigea une convention , par laquelle ‘Alî et Mo’âwiya s’obligeaient à se soumettre à la décision d’Abou-Mousa et d »Amrou, fils d’Al-‘Aç.

La durée de ce traité devait être de huit mois. Màlik al-Aschtar, invité à signer cet acte, s’y refusa, disant qu’il le désapprouvait.

On alla trouver ‘Alî, et on lui dit que Màlik n’ac ceptait pas le traité.

— Je ne l’accepte pas non plus, répliqua ‘Alî.

‘Alî, aussi bien que Màlik, furent alors menaces et forcés de signer.

Puis on décida que les troupes retourne raient dans leurs foyers, et qu »Alî et Mo’âwiya ne garderaient avec eux que quatre cents hommes chacun.

Après avoir fait enterrer tous les morts, ‘Alî partit pour Koufa. En entrant dans la ville, il entendit les cris et les lamentations des femmes.

Il en demanda la cause, et on lui dit que c’étaient les femmes de ceux qui avaient été tués dans la bataille.

— Faites-les taire, dit ‘Alî.

— Cela n’est pas possible, lui fut-il répondu; car il n’y a pas de maison qui n’ait à pleurer un ou deux morts.

‘Alî s’écria : « Nous sommes à Dieu et nous retournons à lui. J’atteste qu’ils sont tous au paradis. »

On dit qu »Alî avait à Ciflïn cinquante mille hommes, et Mo’âwiya, quatre-vingt mille, et que les pertes des deux armées ensemble furent de quarante mille tués, en dehors dès blessés qui moururent plus tard.

En cette année, ‘Alî rappela Kholaïd du Khoràsàn, et chargea du gouvernement de cette province Dja’da, fils de Hobaïra.

La Maison du calife rahidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu a Kufa en Irak
La Maison du calife rahidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu a Kufa en Irak

CHAPITRE C. RÉVOLTE DES KHARIJITES CONTRE LE CALIFE ALI.

Après le retour d »Alî à Koufa, un homme, nommé ‘Orwa, fils d’Odsayya le Temîmite (al-Tamimi), lui dit : « Sache que le jugement appartient à Dieu seul. Or tu le lui as arraché et tu en as chargé Abou-Mousa et ‘Amrou, qui ne sont pas compétents. Nous ne nous soumettrons pas à leur décision. Si tu ne veux pas annuler cet arbitrage, par l’institution duquel tu es devenu hérétique, nous nous déclarerons contre toi. »

‘Ali répondit : « C’est vous qui avez établi ces arbitres, et non moi: c’est donc vous qui êtes hérétiques.  »

Alors les mécontents se concertèrent, se répandirent en plaintes contre ‘Ali et déclarèrent qu’ils ne voulaient ni d »Alî ni de Mo’àwiya, et qu’il était légalement permis de tuer l’un et l’autre, parce qu’ils s’étaient rendus coupables d’hérésie en constituant l’arbitrage.

L’un des adhérents d »Alî, nommé Ziyàd, fils de Nadhr, leur dit :  » ‘Alî n’est pas hérétique; il est dans le droit, et s’il avait cru mal faire, il n’aurait pas agi ainsi. »

Ils résistèrent à cet appel , allèrent s’établir aux portes de Koufa , près d’un village nommé ‘Harourà , et déclarèrent qu’ils voulaient nommer un autre souverain et combattre ‘Alî.

Ils choisirent pour chef Schabath, fils de Rib’î.

Le calife, instruit de ces faits, envoya ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d »Abbàs, pour qu’il ramenât ces hommes par la persuasion; mais ils ne l’écoutèrent pas.

Alors ‘Alî en personne se rendit auprès d’eux et leur demanda la cause de cette révolte. Ils répondirent : « Tu as chargé Abou- Mousa et ‘Amrou, fils d’Al-‘Àç, de prononcer au nom de Dieu. Par ce fait tu es hérétique, de même que tous ceux qui admettront leur décision comme valable. »

‘Alî répliqua : « Cela n’est pas de l’hérésie. D’ailleurs, c’est vous-mêmes qui êtes les auteurs de cet état de choses. Je vous avais bien dit, le jour où ils présentèrent les copies du Coran au bout de leurs lances, que c’était par crainte de vos sabres qu’ils agis saient ainsi. Mais vous ne m’avez pas cru , et vous vouliez me tuer. »

C’est vrai , répliquèrent les révoltés , mais nous t’avons engagé à te soumettre à la décision de Dieu et non à la décision d’Abou-Mousa et d »Amrou, qui sont de malhonnêtes gens et qui ne sont pas compétents.

‘Alî dit : « Mais ils sont obligés de fonder leur décision sur le livre de Dieu. Attendez qu’ils aient fait connaître le passage du Coran qu’ils voudront appliquer. »

‘Alî parvint ainsi , en les traitant avec douceur, à les faire rentrer à Koufa.

25) La mosquée Omar de Dumat al-Jandal en Arabie (717-720) situé dans la province de Al Jawf, à 37 km de Sakaka en Arabie saoudite, fut construite par le calife Omar ibn Abd al-Aziz mais une mosquée fut construite sous Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu entre 634-644. Le nom de Dumat al-Djandal signifie littéralement Duma de la pierre, désignant ainsi le territoire de Duma, l'un des douze fils d'Ismaël (aleyhi salam). Son nom ancien akkadien est "Adummatu". Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a ordonné l'invasion de Dumat al-Jandal en Juillet 626. Le but était d'envahir la Douma, car Muhammad (paix et bénédiction d'Allah sur lui) savait que certaines tribus là-bas été impliqués dans le brigandage et se préparait à attaquer Médine. Aucune victime n'a été signalée comme la tribu des Ghatafan ont fuit. (Muir, William (1861) pp. 225-226 et Mubarakpuri, pp. 193-194.). Il (paix et bénédiction d'Allah sur lui) a également ordonné l'expédition de Khalid ibn al-Walid radi allah Anhu qui a eu lieu en Octobre 630 pour attaquer le prince Chrétien de Douma. (Abu Khalil, Chawki p. 239) Ainsi que l' expédition de Khalid ibn al-Walid (2eme expédition sur place) en Avril 631 pour démolir une idole appelée Wadd, vénéré par la tribu des Banu Kilab .(William Pickthall, Marmaduke p. 191.; ibn al Kalbi, Hisham (1952) p. 48.; William Pickthall, Marmaduke (1967). p. 191.; Sale, George (12 janvier 2010). p. 40.)
La mosquée Omar de Dumat al-Jandal en Arabie (717-720) situé dans la province de Al Jawf, à 37 km de Sakaka en Arabie saoudite, fut construite par le calife Omeyyade Omar ibn Abd al-Aziz mais une mosquée fut construite avant sous Omar ibn al-Khatab radi Allah anhu entre 634-644. Le nom de Dumat al-Jandal désigne le territoire de Duma, l’un des douze fils d’Ismail (aleyhi salam). Son nom ancien akkadien est « Adummatu ». Le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a ordonné l’invasion de Dumat al-Jandal en Juillet 626. Le prophète Muhammad (paix et bénédiction d’Allah sur lui) a également ordonné l’expédition de Khalid ibn al-Walid radi allah Anhu qui eu lieu en Octobre 630 pour attaquer le prince Chrétien de Douma. (Abu Khalil, Chawki p. 239) Ainsi que l’expédition de Khalid ibn al-Walid (2eme expédition sur place de Khalid) en Avril 631 pour démolir une idole appelée Wadd, vénéré par la tribu des Banu Kilab .; ibn al Kalbi, Hisham (1952) p. 48.;

CHAPITRE CI. L’ARBITRAGE.

Le traité conclu à Ciffïn (Siffin) portait que les deux arbitres, Abou-Mousa et ‘Amrou ibn al-As (al-Aç), devaient examiner, chacun pour soi, le Coran, du commencement jusqu’à la fin, et au bout de huit mois, le premier jour du mois de ramadhân, se réunir à Doumat-al-Djandal, lieu situé à égale distance de l »Irâq et de la Syrie.

Il était stipulé qu »Alî et Mo’àwiya y enverraient chacun quatre cents hommes, s’ils ne préféraient les y con duire eux-mêmes. Ces hommes devaient être choisis parmi ceux qui étaient aptes à être investis du califat, et seraient les témoins de la décision des arbitres si leur choix tombait sur ‘Alî ou sur Mo’àwiya.

Si, au contraire, Abou-Mousa et’Amrou décidaient l’exclusion de l’un et de l’autre, ils auraient le droit de choisir l’un de ces huit cents hommes.

A l’époque convenue, Abou-Mousa se rendit à Doumat-al-Djandal.

Lorsque ‘Amrou y arriva, accompagné de quatre cents Qoraïschites , il fut étonné de trouver Abou-Mousa seul, et lui fit remarquer que Mo’àwiya avait exécuté les stipulations du traité, tandis qu »Alî ne l’avait pas fait.

Abou-Mousa écrivit à ‘Alî, et celui- ci fit rechercher quatre cents hommes dans l »lràq, le ‘Hedjàz, à Médine et à la Mecque, et les fit conduire à Doumat-al- Djandal par ‘Abdallah, fils d »Abbàs.

Il n’y manquait aucun des compagnons du Prophète , excepté Sa’d , fils d’Abou-Waqqàc, qui s’était retiré du monde et vivait dans le désert, où il possédait quelques moutons.

Les traditions different en ce qui concerne Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr.

Certains auteurs prétendent qu’il était présent à Doumat-al-Djandal; d’autres disent qu’il n’y était pas.

Parmi ceux qui s’y trouvaient dans l’espoir d’obtenir le califat, on remarquait ‘Abdallah, fils de Zobaïr, et Mo’hammed , fils de Tal’ha; et parmi ceux qui ne désiraient pas cette dignité, ‘Abdallah, fils d »Omar.

‘Amrou et Abou-Mousa s’étant réunis dans la tente que l’on avait dressée pour eux, Abou-Mousa dit à ‘Amrou : « Dis ce qui est sorti pour toi de l’étude du livre de Dieu. »

‘Amrou répliqua : « Que Dieu me garde de parler avant toi, qui es mon supérieur par ta dignité et par ta science!  »

Abou-Mousa dit : « Je pense que nous devons exclure de la souveraineté ‘Alî et Mo’àwiya et nommer un autre, afin de faire cesser la guerre civile. »

‘Amrou répliqua : « Quel mal verrais-tu à l’exercice du pouvoir par Mo’àwiya? Tusais qu’il y a tout droit, conformément à la parole de Dieu, qui dit : « Si quelqu’un est tué injustement, nous donnons à son plus proche parent l’autorité sur le meurtrier », : (Coran, sur. xvn, vers. 35.) Et tu sais qu »Otmbàn a été tue injustement. Si tu consens à l’élection de Mo’âwiya, il t’accordera tout ce que tu désireras. »

Abou-Mousa dit : « Crains Dieu, ô ‘Amrou! Tu dis que Mo’àwiya est le plus proche parent d »Othmân. Le plus proche parent d’un homme est son fils, et il existe encore deux fils d »Othmàn. Quant aux faveurs que tu me promets de la part deMo’àwiya, sache que ce jugement est un jugement de Dieu, et que je ne me laisserai pas corrompre par des dons. »

Vue intérieure du château antique kédarite de Mard de Doumat al Jandal
Vue intérieure du château antique kédarite de Mard de Doumat al Jandal, Arabie saoudite

— Qui proposes-tu alors? demanda ‘Amrou.

— ‘Abdallah, fils d »Omar.

‘Amrou proposa son propre fils.

Enfin Abou-Mousa dit : « Je pense que nous devrions faire revivre l’usage établi par ‘Omar, c’est-à-dire soumettre le califat à l’élection. »

Ils tombèrent d’accord sur ce point et sortirent de la tente.

‘Amrou dit à Abou-Mousa : « Communique à ces hommes le résultat de notre conférence. »

Abou-Mousa se leva, ôta son anneau de son doigt et dit : « Nous sommes convenus de soumettre le califat à l’élection et d’exclure Mo’âwiya et ‘Ali. Vous êtes témoins que je retire la souveraineté à ‘Alî, comme je retire cet anneau de mon doigt. »

‘Amrou se leva ensuite, retira son anneau, et, en le mettant à un autre doigt, il dit : « Soyez témoins que, de même que je mets cet anneau à ce doigt, j’investis Mo’âwiya du califat; car Mo’àwiya est le plus proche parent d »Othmàn . et il est dit dans le Coran : -Si quelqu’un est tué injustement , je donne à son plus proche parent l’autorité.-  »

Abou-Mousa réclama, et il y eut un échange d’invectives entre lui et ‘Amrou.

Puis tout le monde s’en retourna. A partir de ce moment, les Syriens donnèrent à Mo’âwiya le titre de prince des croyants.

‘Abdallah, fils d »Abbàs, vint rendre compte à ‘Ali de ce qui venait de se passer.

Le calife Ali résolut de reprendre la guerre contre Mo’àwiya, et dans chacune des cinq prières journalières, il mentionna avec une malédiction les noms de Mo’àwiya; d »Amrou, fils d’Al-‘Aç; d’Abou’l-A’war le Solaïmite (al-Sulaymi); de ‘Habîb, fils de Maslama; d »Abd-er-Ra’hmàn, fils de Khàlid; de Dha’hhàk, fils de Qaïs, et de Walîd, fils d »Oqba.

Mo’àwiya, informé de ce fait, donna également l’ordre de maudire dans la prière les noms d »Alî, de ‘Hasan, de ‘Hosaïn, d »Abdallah, fils d »Abbàs, et de Màlik al- Aschtar.

Ruines du Dar al Imara de Kufa (Rashidun et Omeyyade)
Ruines du Dar al Imara de Kufa (Rashidun et Omeyyade) 

CHAPITRE CII. GUERRE DES KHARIJITES (Khawarij).

Le jour où ‘Alî donna à Abou-Mousa ses dernières instructions pour la conférence, deux Khàridjites, Zor’a , fils de Yarbou’, et ‘Horqouç, fils de Zohaïr, lui dirent : « Ne charge pas ces deux hommes de l’arbitrage. En l’acceptant, tu as commis un grand péché, dont tu dois faire pénitence. Reprends les armes, nous te suivrons. »

‘Alî répliqua : « Je n’ai pas voulu cet arbitrage; c’est vous qui l’avez voulu, et je vous ai cédé. Maintenant je ne peux pas reculer et rompre mon engagement. »

On lui dit ensuite : « Prince des croyants, un certain nombre de ces hommes se sont concertés et te déclarent hérétique; ils ont l’intention de te combattre. »

‘Alî répondit : « Aussi longtemps qu’ils ne m’attaqueront point, je ne les inquiéterai pas. »

Les Khàridjites gardèrent une attitude expectante jusqu’au moment où l’on apprit le résultat de la conférence et la discussion entre Mousa et ‘Amrou.

Ce fut une grande satisfaction pour eux; ils vinrent trouver ‘Alî et lui dirent : « Tu n’a pas voulu nous écouter lorsque nous t’avons recommandé de ne point charger ces deux hommes incompétents de juger une chose divine. Maintenant tu es hérétique, et il nous est permis de te tuer. »

Le lendemain, qui fut un vendredi, quand ‘Alî fut en chaire et prononça le sermon , un homme se leva et dit : « Le jugement n’appartient qu’à Dieu! (C’était le mot de ralliement des Khàridjites.) »

 » Tu as raison », répliqua’Alî, « le jugement n’appartient qu’à Dieu; il faut cependant que l’un des serviteurs de Dieu sur la terre exécute le jugement de Dieu. Vous prétendez qu’il ne faut, parmi les hommes, ni juge ni souverain qui ait la direction des affaires. S’il en était ainsi, la société serait en péril et les hommes se feraient du tort les uns aux autres. »

Un autre se leva ensuite et dit : »Ô ‘Alî (il ne lui donnait pas le titre de * prince des croyants»), le jugement n’appartient qu’à Dieu ! »

Un autre répéta ces paroles; puis un autre, et ainsi plus de cent personnes. ‘Alî, reprenant son discours, dit : « J’ai beau vous prodiguer des conseils, vous ne les acceptez pas; et j’ai beau vous déclarer et répéter que c’est-vous qui êtes cause de cet arbitrage, vous ne m’écoutez pas. J’ai trois choses à arranger avec vous. Sachez d’abord que je ne vous empêcherai pas d’assister aux réunions dans la mosquée; puis, que, si vous me forcez à vous combattre au nom de la religion , je proclamerai le droit de faire du butin sur vous; et enfin que je vous combattrai seulement si vous avez recours aux armes.  »

Voyant qu »Alî ne voulait pas employer les armes contre eux, ils allèrent trouver leur chef et lui dirent : « Il faut renoncer à ce monde et obtenir l’autre. Les hommes qui ont institué cet arbitrage sont des infidèles. Il est temps de le proclamer.  »

En conséquence, ils envoyèrent dans toutes les provinces des messagers pour faire connaître aux habitants la nouvelle doctrine et pour les engager à se réunir avec eux, à un jour donné, à Nehrewàn.

Un certain nombre de personnes vinrent, en effet, se joindre aux Khàridjites dans cette ville.

‘Alî fit faire un appel public, engageant tons ceux qui désiraient prendre part à l’expédition qu’il projetait contre Mo’àwiya à se présenter.

Les guerriers vinrent s’enrôler, et ‘Alî partit pour la Syrie.

En passant la revue de ses troupes à un endroit près de la frontière, nommé Nokhaïla, il trouva que leur nombre était de vingt mille hommes.

Il envoya en suite un messager aux Khàridjites pour les inviter à rallier ses drapeaux, et un autre à Baçra pour demander un corps d’armée à ‘Abdallah, fils d »Abbàs.

Il y avait dans cette dernière ville soixante mille guerriers inscrits au rôle et payés par le trésor.

Tous ces hommes se dérobèrent à l’appel du calife, sauf quinze cents soldats, qui partirent sous le commandement d’A’hnaf, fils de  Qaïs le Tamimite.

‘Abdallah fit convoquer les autres et les harangua en ces termes : « Soldats, n’avez- vous pas honte devant Dieu et devant le prince des croyants, de recevoir, vous tous, la solde, et lorsqu’on a besoin de vous, de ne répondre à l’appel qu’en si petit nombre ? Si vous ne partez pas, je ferai rayer vos noms des rôles. »

Vu aérienne sur Kufa ville fondé par Sa'd ibn Waqqas radi Allah anhu
Vu aérienne sur Kufa ville fondé par Sa’d ibn Waqqas radi Allah anhu

En les menaçant ainsi, il ajouta qu’il avait chargé ‘Hàritha [fils de Qodàma], de la tribu Sa’d, de former un nouveau camp, où pourraient se rendre ceux qui n’étaient pas allés rejoindre A’hnaf.

Dix-sept cents hommes seulement se présentèrent. ‘Abdallah écrivit à ‘Alî : « Ces hommes de Baçra ne marcheront pas, si tu n’emploies pas la force avec eux. De soixante mille soldats, il n’y en a qu’un peu plus de trois mille qui se soient mis en route. »

‘Alî harangua les gens de Koufa et leur dit : « Voilà comme les gens de Baçra agissent envers moi! De soixante mille hommes, trois mille seulement sont venus, Que je puisse au moins compter sur vous ! Je n’oublierai certainement pas la reconnaissance que je vous devrai. »

Les gens de Koufa, en réunissant tous les valets et les pages, fournirent à ‘Alî une armée de soixante mille hommes. Le calife les remercia pour leur zèle. S’étant mis en marche pour envahir la Syrie, ‘Alî fut in formé que les Khâridjites commettaient toutes sortes de violences, qu’ils massacraient des musulmans, eu les déclarant infidèles, et qu’ils projetaient de saccager Koufa, quand il serait en Syrie.

Cédant aux représentations de ses troupes, qui. voyant leurs foyers en danger, lui demandaient d’en finir d’abord avec les Khâridjites, il se dirigea sur Nehrewàn et établit son camp en face de celui des Khàridjites.

 

Expansion du califat Rashidun
Expansion du califat Rashidun

Dans une conférence qu’il eut avec les chefs khâridjites, il leur demanda la cause de leur révolte. Ils dirent : « Tu as chargé deux personnes incompétentes de prononcer le jugement de Dieu, et par là tu t’es rendu coupable d’hérésie. Si tu reconnais ton erreur, tu rentreras dans l’islam; sinon tu demeures dans l’incrédulité. »

‘Alî répliqua : « C’est vous qui m’avez imposé cet arbitrage!  »

— Oui, dirent les Khâridjites, nous avons été infidèles; mais à présent nous sommes rentrés dans l’islam. Si tu veux faire cet aveu, nous reconnaîtrons ton autorité.

‘Alî répondit : « Dieu m’en garde! Je n’ai jamais abandonné l’islam depuis le jour où je l’ai embrassé, étant enfant. »

‘Alî ayant vainement insisté, on en vint aux armes. Il y eut un grand nombre de tués.

Mais les Khàridjites ne résistèrent  pas; le gros de leur armée prit la fuite, et il ne resta au champ de bataille que deux de leurs chefs, avec quatre mille hommes.

Parmi ces derniers se trouvait Farwa, fils de Naufal al-Aschdja’î, qui, avec cinq cents hommes, se sépara des Khàridjites. en disant : « Je ne sais pas pour quelle cause nous combattrions ‘Alî.  »

Et il se retira à Deskcrè. Cent autres vinrent se rendre à ‘Alî. D’autres, au nombre de treize cents, retour nèrent à Koufa, soit séparément, soit par groupes de deux.

Enfin, les Khàridjites, reduits à seize cents hommes, sous les ordres d » Abdallah, fils de Wahb, furent entoures par l’armée d »Alî et tués jusqu’au dernier.

Il y eut parmi ces victimes un homme, nommé Dsou’l-Yad, qui avait une main formée exclusivement de chair molle comme le sein d’une femme.

‘Ali, instruit de cette circonstance, s’écria : « L’apôtre de Dieu est véridique! Il m’avait prédit qu’un jour certains hommes se révolteraient contre moi, qu’ils seraient en dehors du droit, que je les tuerais très-légitimement, qu’ils iraient en enfer, et que leur mort me serait comptée comme un mérite. Il m’avait prédit aussi que parmi eux se trouverait un homme qui aurait une main comme le sein d’une femme. »

‘Alî défendit d’enterrer les rebelles. Sa propre armée ne comptait que sept morts.

Ensuite ‘Alî dit à ses soldats : « Dieu nous a donné la victoire. Maintenant prenons la route de Syrie pour attaquer Mo’àwiya. »

Ils répliquèrent : « Nous venons de finir une guerre; autorise-nous à retourner pour cinq jours dans nos foyers, à Koufa, afin de réparer nos armements. »

‘Alî consentit.

Mais lorsque les cinq jours furent écoulés, ils ne répondirent pas à son appel répété.

Il fut très-affligé et obligé de suspendre son expédition de Syrie.

Dès ce moment, son cœur se détacha des habitants de Koufa.

Ce fut vers la fin de l’an 37 de l’hégire qu’il rentra dans la ville.

Au commencement de l’an 38, il prononça un sermon, dans lequel il leur fit des reproches et dit : « Vous m’avez mis dans l’impossibilité de combattre de nouveau Mo’àwiya. »

Ce fut en cette même année que Mo’ham- ined. fils d’Abou-Bekr, fut tué en Egypte.

Domaine du califat Rashidun sous les 4 califes.
 

La phase de division lors du califat d’Ali  les forces d’Ali ont perdu le contrôle sur la plupart du territoire du califat pour Mu’awiya tandis que les grandes sections de l’empire tels que la Sicile , l’Afrique du Nord , les régions côtières de l’Espagne et quelques forts en Anatolie sont également sortie de l’empires du califat rashidun
La phase de division lors du califat d’Ali  les forces d’Ali ont perdu le contrôle sur la plupart du territoire du califat pour Mu’awiya tandis que les grandes sections de l’empire tels que la Sicile , l’Afrique du Nord , les régions côtières de l’Espagne et quelques forts en Anatolie sont également sortie de l’empires du califat rashidun

 CHAPITRE CIII. MORT DE MO’HAMMED, FILS D’ABOU-BEKR.

‘Alî, ayant faussement soupçonne Qaïs, fils de Satd, d’être dans les intérêts de Mo’àwiya, parce qu’il n’avait pas exigé le serment de fidélité des gens rassemblés dans le village de Kharbetà, l’avait remplacé, dans le gouvernement d’Egypte, par Mo’hammed , fils d’Abou-Bekr.

En lui remettant l’administration de cette province, Qaïs avait conseillé; à ‘Mo’hammed de ne point employer la force envers les gens de Kharbetà, parce qu’ils étaient nombreux.

Qaïs s’était ensuite rendu auprès d »Alî, qui se trouvait alors à Siffin.

Mo’hammed, ne tenant pas compte de l’avis de Qaïs, avait envoyé une armée contre les dissidents, qui, ayant demandé du secours à Mo’àwiya, avaient livré bataille à l’armée de Mo’hammed, l’avaient défaite et lui avaient tué seize cents hommes.

Mo’àwiya fut très-satisfait en apprenant que ses manœuvres pour éloigner Qaïs avaient réussi, et qu »Alî l’avait remplacé par Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, qu’il ne considérait pas comme dangereux.

Il y avait en Egypte un homme nommé Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, qui était à la tête de la populace et qui cherchait à se rendre favorable Mo’àwiya.

Il rassembla la populace, s’empara de la ville de Fustat-Miçr et en chassa Mo’hammed, flls d’Abou-Bekr.

Celui-ci rendit compte de ces faits à ‘Alî, qui reconnut qu’il avait fait une faute en révoquant Qaïs du gouvernement de l’Egypte.

Il y envoya deux mille hommes, avec lesquels Mo’hammed attaqua de nouveau les gens de Kharbetà.

Mais il fut encore défait. En recevant cette nouvelle, ‘Alî dit: « Il n’y a que Màlik al-Aschtar pour gouverner l’Egypte, ou Qaïs, fils de Sa’d. »

Ce dernier était, depuis la bataille de Siffin (çiffin), chef de la garde du palais à Koufa (dar al Imara), tandis que Màlik était gouverneur de la Djezîra et de Mossoul.

‘Alî adressa à Màlik une lettre dans laquelle il lui disait : « Nomme un lieutenant à ta place et viens ici. Je veux te consulter sur l’état de l’Egypte, où mon autorité, représentée par Mo’hammed, fils d’Ahou-Bekr, qui est encore jeune et inexpérimenté, est méconnue. »

Màlik vint à Koufa et conseilla au calife de donner le gouvernement de l’Egypte à Qaïs. Mais celui-ci refusa de l’accepter.

En conséquence, ‘Alî nomma Qaïs gouverneur de l’Aderbîdjàn, et Màlik gouverneur de l’Egypte, en lui adressant ces paroles : « Lorsque l’on envoie quelqu’un pour occuper un poste, on lui donne des instruc tions. Mais toi, tu n’en as pas besoin. »

Mo’àwiya, informé de celte nomination, fut très-désappointé, et s’écria : « Màlik est le pire de tous! »

Et il chercha aussitôt à le faire mourir avant qu’il arrivât dans la province.

Il y avait sur la route d’Egypte un bourg appelé Qolzoum, situé au bord de la mer, où se trouvait un chef nommé Al’habasàt (nom incertain?), qui avait des relations d’amitié avec Mo’àwiya.

Celui-ci lui dépêcha un messager porteur de nombreux présents et d’un poison violent, et lui fit recommander d’inviter Màlik à un repas et de l’empoisonner.

Ce plan fut exécuté, et Màlik mourut sur-le-champ.

Cette nouvelle, apportée à Koufa par les troupes de Màlik qui s’en étaient retournées, causa à ‘Alî le plus grand chagrin, taudis que Mo’àwiya s’en réjouit, et reçut, à cette occasion, les félicitations de toute la Syrie.

Mo’hammed, fils d’Abou-Bekr, d’après les ordres d »Alî, retourna en Egypte; mais Mo’àwiya le redoutait si peu qu’il disposa immédiatement du gouvernement de cette province en faveur d »Amrou, fils d’Al-‘Aç. ‘Amrou quitta la Syrie avec cinq mille hommes, et près de la frontière d’Egypte, Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj , lui en amena six mille autres, recrutés parmi la populace. ‘Amrou adressa ensuite une lettre à Mo’hammed, et l’invita à quitter la province. Mo’hammed répondit qu’il voulait combattre, et informa en même temps ‘Alî de sa situation.

‘Alî lui répondit : « Je suis las de cette affaire. Si tu peux résister, résiste; sinon, reviens. »

Mo’hammed, qui n’avait que cinq mille hommes à opposer aux onze mille d »Amrou, fut battu. Ses troupes pri rent la fuite, et lui-même se sauva et se cacha dans une ruine.

Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, avait un fils nommé Kinàna, le même qui avait frappé ‘Othmàn avec le poignard.

Mo’à wiya le fit chercher et lui dit : « Mon fils, c’est toi qui as tué ‘Othinàn, et comme on va te faire mourir maintenant, c’est moi-même qui veux te tuer. »

Et Mo’àwiya tua son propre fils. ‘Abd-er-Ra’hmàn, fils d’Abou-Bekr, qui était dans les rangs d »Amrou, demanda et obtint de lui la vie de son frère Mo’hammed.

Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, instruit de cette circonstance, alla en toute hâte s’emparer de la personne de Mo’hammed; il le tua, fit placer son corps dans la carcasse de son cheval et le fit brûler.

‘Amrou lui ayant demandé la cause de cette action, il lui dit : « J’ai mis à mort mon propre fils pour le crime commis sur ‘Othmàn, et j’aurais laisse vivre celui-là même qui en était le véritable auteur?  »

À partir du jour où elle apprit la mort de son frère, ‘Aïscha prononça, après chaque prière, le nom de Mo’àwiya, fils de ‘Hodaïdj, en l’accompagnant d’une malédiction.

Mo’hammed avait laissé un fils, qui fut adopté et élevé par elle.

‘Ali’, après que Mo’hammed l’eut informé de l’état -critique dans lequel il se trouvait, montait chaque jour en chaire et appelait le peuple à s’enrôler pour la guerre d’Egypte.

Deux mille hommes seulement avaient répondu à son appel et étaient partis, sous le commandement de Ka’b, fils de Màlik.

‘Alî dit alors : « Ces hommes sont trop peu nombreux pour être utiles, et ils n’arriveront pas à temps. »

Et il en fut ainsi qu’il l’avait dit. Ils étaient partis depuis cinq jours, lorsque le calife fut informé par ses espions de la mort de Mo’hammed et de Kinàna.

Il lut, du haut de la chaire, la lettre au peuple et fit partir ‘Abdallah, fils de Schorai’h, sur une chamelle de course, pour rappeler les soldats qui s’étaient mis en route.

‘Ali prononça ensuite un sermon, dans lequel il reprocha aux gens de Koufa leur attitude, et dit : « Vous ne répondez jamais aux appels que je vous adresse. Je prie Dieu qu’il me donne de meilleurs sujets que vous ou qu’il me rappelle à lui, et qu’il vous donne un maître dur et impitoyable. »

Une certaine tradition rapporte que, dans la même nuit où ‘Alî faisait cette prière, naquit ‘Haddjàdj, fils de Yousef (al-Hajjaj ibn Yusuf le Thaqifite à Ta’if). D’après une autre tradition, ‘Haddjàdj serait né dans la nuit où mourut le calife ‘Omar.

‘Hasan de Baçra aurait dit à ce sujet : « Quelle nuit néfaste que celle où tant de justice disparut du monde et où tant de crime y fit son apparition ! »

Par suite de ces événements, ‘Alî pensa devenir fou de douleur, et il s’enferma dans son appartement. Instruit de cette circonstance, ‘Abdallah, fils d »Abbàs, craignant que le calife, dans son découragement, n’abandonnât le pouvoir, partit pour Koufa, pour le consoler et pour l’encourager; et il laissa comme son lieutenant à Baçra, Ziyàd, fils d’Abou- Sofyàn.

Lorsque Mo’àwiya apprit qu »Abdallah avait quitté la ville de Baçra, il y envoya ‘Abdallah, fils d »Amr-ben-al-Hadhramî, avec deux mille hommes, afin de sommer les habitants de reconnaître son autorité. ‘Abdallah établit son camp aux portes de la ville et envoya la sommation par un mes sager.

Ziyàd répondit par un refus, mais il ne trouva point d’appui dans Baçra. Comme il n’avait avec lui que cinquante hommes, il fit demander aux chefs de la ville de le protéger jusqu’à ce que le calife envoyât les troupes qu’il lui demanderait, à moins qu’il ne le relevât de son poste.

Les chefs ne voulurent pas. Ziyàd leur dit : « Protégez-moi , au moins, à cause de l’argent du trésor public que j’ai sous ma garde. »

Sabra [fils de Schaïmàn] consentit à le recevoir dans sa maison. ‘Abdallah prit possession de la ville.

A cette nouvelle, ‘Alî fit partir cinq cents hommes commandés par A’yan, fils de Dhobafa al-Moudjàschi’, qui était de Baçra et qui y avait de nombreuses relations de famille, et auquel il donna les instructions suivantes : « Réunis tes gens et tes parents et prends les armes, s’il le faut. »

Arrivé à Baçra, A’yan se rendit à la maison où était caché Ziyàd, et convoqua les Benî-Moudjàschi’, qui, un jour, formèrent des lignes de bataille; mais ils discutèrent entre eux et se séparèrent ensuite.

Ziyàd fut obligé de se cacher de nouveau, et en informa ‘Alî.

Celui-ci lui envoya Djàriya, fils de Qodàma, qui était également de Baçra, et lui donna les mêmes instructions qu’il avait données à A’yan.

Djàriya rassembla une armée, et, de concert avec Ziyàd, qui sortit de sa retraite, il attaqua ‘Abdallah.

Voyant son armée culbutée après avoir subi beaucoup de pertes, ‘Abdallah s’en fuit et chercha asile dans un château, auquel Djàriya fit mettre le feu. ‘Abdallah périt dans les flammes avec soixante et dix autres personnes.

Ziyàd réoccupa la ville et annonça la victoire à ‘Alî, qui renvoya ‘Abdallah, fils d »Abbàs, à son poste.

Noble et saint Coran qui aurai été écris par le calife Rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu, il est en koufique.
Noble et saint Coran qui aurai été écris par le calife Rashidun Ali ibn Abi Talib radi Allah anhu, il est en koufique. 

CHAPITRE CIV. LES BENÎ-NÀDJIYA.

Il y avait à Koufa une famille noble, appelée les Benî- Nàdjiya, comptant environ trois cents têtes, dont le chef, Khirrit, fils de Ràschid, faisait partie, mais en secret, de la secte des Khâridjites, et détestait ‘Alî.

C’est dans sa maison qu’étaient cachés ceux qui avaient survécu aux blessures qu’ils avaient reçues à la bataille de Nehrewàn, tandis que ceux qui avaient demandé et obtenu le pardon d »Alî s’étaient répandus dans le Sawâd et dans les montagnes d’Ispàhàn , du Kirmàn et du Seïstàn, où ils cherchaient à faire de la propagande.

Khirrît, ayant trouvé l’adhésion de sa tribu, vint auprès d »Alî et lui déclara qu’il ne voulait plus accomplir la prière sous sa direction, à cause de l’arbitrage qu’il avait accepté.

Le calife lui proposa de discuter avec lui le texte du livre de Dieu.

Khirrît, ayant consenti à une conférence pour le lendemain, mais sachant qu’il ne pourrait pas argumenter avec ‘Ali, s’enfuit, pendant la nuit, avec ses adhérents, dans la direction du Sawàd. Ziyàd, fils de Khacafa, chargé par ‘Ali de le poursuivre, partit le lendemain avec cent vingt hommes de sa tribu.

Le surlendemain , le calife fut informé par un de ses percepteurs d’impôt, que des cavaliers de la tribu de Nàdji avaient passé par son bourg, qu’ils avaient tué, sous prétexte d’apostasie, un dihqàn musulman qui, répondant à leurs questions, avait affirmé la légitimité de la cause d »Ali, et qu’ils avaient laissé partir en paix son compagnon, qui s’était déclaré chrétien.

Le calife, apprenant ensuite qu’ils étaient entrés dans le Sawàd. écrivit à Ziyàd. qui attendait à une étape de Koufa, et lui ordonna de mar cher sur leurs traces et d’employer contre eux la force, s’il ne réussissait pas à les ramener par la persuasion. Ziyàd fit ainsi.

Les ayant rencontrés à Madsàr, il leur livra un combat dans lequel il perdit deux hommes.

Il y eut un grand nombre de blessés des deux côtés. Le soir, chacune des deux troupes regagna son camp; mais, pendant la nuit, les Khâridjites s’enfuirent, et se rendirent, par des chemins détournés, dans les montagnes de l’Ahwàz et d’Ispàhàn, entrèrent dans Ràm- Hormouz et restèrent dans les montagnes.

Khirrît réunit au tour de lui un corps de dix mille hommes. Il gagnait les habitants en leur disant qu’il était de Syrie et qu’il voulait venger la mort d »Othmàn, et il attirait les Arabes par la promesse d’abolir l’impôt.

Ziyàd [fils de Khaçafa], qui était allé à Baçra, avertit le calife de ces circonstances.

‘Alî, après avoir fait partir pour l’Ahwàz deux mille hommes de Koufa, sous les ordres de Ma’qal, fils de Qaïs, chargea ‘Abdallah, fils d »Abbàs, d’envoyer à ce général des renforts, de Baçra, au nombre de deux mille hommes.

Ces renforts étaient commandés par Khàlid, fils de Ma’dàn. ‘Abdallah envoya aussi, conformément aux ordres d »Alî, une armée sous les ordres de Ziyàd, fils d’Abou-Sofyàn, dans la province de Fàris, qui était en révolte et qui avait chassé son gouverneur, Sahl, fils de ‘Honaïf.

Ayant rencontré Khirrît, Ma’qal lui livra bataille. Il y avait dans son armée un homme, nommé Acîb (?), fils d »Abdou’l- Schams er-Ràsibî, qui, après avoir été avec les Khâridjites, avait abjuré son erreur, et qui connaissait Khirrît de personne.

Il l’assaillit, lui traversa le corps avec sa lance et lui coupa la tête, qu’il fixa au bout de sa lance.

A cette vue, les Khàridjites prirent la fuite. Ma’qal les poursuivit, en tua un grand nombre et fit beaucoup de prisonniers.

Ziyàd [qui avait pris part à la lutte] se plaça au centre, planta son drapeau à côté de lui et fit proclamer que tous ceux qui se rallieraient au tour de ce drapeau auraient la vie sauve.

Les chrétiens et les autres insurgés répondirent à cet appel, tandis que les Benî- Nàdjiya et ceux du parti d »Othmàn continuèrent leur fuite.

Ils furent tous pris ou tués. Ma’qal rentra à Koufa , et Ziyàd se dirigea vers la province de Perse.

Le calife apprit bientôt avec joie que cette province était rentrée dans l’ordre et que les habitants payaient l’impôt.

Par la grande discrétion qu’il montrait dans la perception de l’impôt, et par la politique de conciliation qu’il suivait, Ziyàd faisait dire de lui que son administration ressemblait à celle d »Omar et de Nouschirwàn.

Il se rendit aussi dans le Kirmàn et pacifia le pays.

Après son retour, il fixa sa résidence à Içtakhr, où il fit construire, entre la ville et le village de Baïdhà, un chàteau fort qui porte aujourd’hui le nom de Mançour.

Scène tiré du jeu sur l'histoire islamique sur les futuhat islamique "Knight of Glory"
Scène tiré du jeu sur l’histoire islamique sur les futuhat islamique « Knight of Glory »

CHAPITRE CV. MO’ÀWIYA ENVOIE DES GOUVERNEURS DANS LE  HEDJAZ DANS L’IRÀQ.

Mo’àwiya, étant en possession de l’Egypte, et voyant qu »Ali restait tranquille à Koufa, fit, au commencement de l’an 39, son premier mouvement offensif.

Il fit partir un corps de deux mille hommes, sous les ordres de No’màn, fils de Beschîr, pour ‘Aïn-Tamr, ville située à l’extrême frontière de la Mésopotamie, du côté de la Syrie.

Il y avait là un gouverneur d’Alî, nommé Màlik. fils de Ka’b, et une garnison de mille hommes.

Ceux-ci, voyant venir de loin les troupes de No’màn, prirent la fuite.

Cependant Màlik, avec cent hommes, s’enferma dans la forteresse, avertit ‘Ali de sa si tuation et lui demanda du secours.

Le calife engagea les gens de Koufa à marcher au secours de Màlik, mais personne ne répondit à son appel.

Ce fut en vain aussi qu’il prononça un sermon, dans lequel il parla au peuple en termes sévères.

Après avoir été assiégé par No’màn pendant un mois, Màlik, lie comptant plus sur un secours venant de Koufa, fit une sortie avec ses cent compagnons et livra à No’màn un combat qui dura du matin au soir.

Dans le voisinage demeurait un chef nommé Mikhnaf, fils de Solaïm, qui envoya une troupe de cinquante cavaliers arabes de la Mésopotamie pour assis ter Màlik.

Ces hommes arrivèrent à l’heure de la prière du soir, et No’màn, les voyant approcher de loin, crut que leur nombre était plus grand, et que c’étaient des renforts venant de Koufa.

Dans la même nuit, il leva son camp et retourna en Syrie.

Mo’âwiya envoya une armée de six mille hommes, sous le commandement de Sofyàn, fils d »Auf, contre la ville de Hît, située entre la Syrie et Mossoul.

Après en avoir pris possession , ce corps vint attaquer Anbâr, dans le Sawàd.

Là se trouvait un gouverneur d »Alî, nommé Aschras, fils de ‘Hassàn le Bekrite (al-Bakri), qui n’avait avec lui que cinq cents combattants, dont la plus grande partie, voyant approcher un corps ennemi de six mille hommes, prirent la fuite.

Les deux cents qui restèrent acceptèrent le combat. Aschras et trente soldats furent tués, et tous les autres, blessés.

Les Syriens occupèrent Anbâr et pillèrent la ville.

A cette nouvelle , ‘Alî, transporté de colère, n’adressa point d’appel au peuple, mais il partit seul.

Le lendemain de son arrivée au camp de Nokhaïla, les gens de Koufa vinrent le rejoindre, le prièrent de retourner, en lui représentant que cette affaire n’était pas assez importante pour qu’il entreprit une expédition en personne.

‘Alî envoya alors Sa’d, fils de Qaïs, avec mille hommes à la recherche des envahisseurs. Ce détachement, s’étant avancé jusqu’à la frontière de Syrie sans les rencontrer, revint sur ses pas.

‘Abdallah, fils de Mas’ada le Fezârite, fut envoyé par Mo’àwiya, avec dix-sept cents hommes, contre Taïmà, qui est la première ville du côté de la Syrie, dans le désert.

Il eut pour instructions d’exiger l’impôt de tous les Arabes du désert, et d’avancer ensuite pour s’emparer de la Mecque, de Médine et de tout le Hedjàz.

Il avait déjà recueilli une certaine partie de l’impôt lorsqu’il fut attaqué, près de Taïmà, par Mousayyab, fils de Nadjaba le Fezàrite (al-Fazzari), qu »Alî avait expédié contre lui, à la tête de deux mille hommes. Un grand nombre des hommes d » Abdallah furent tués, les autres prirent la fuite dans la direction de la Syrie, et ‘Abdallah lui-même, avec un petit nombre des siens, s’enferma dans le château fort de Taïmà.

Mousayyab , après s’être emparé de tous les chameaux, produit de l’impôt que les Syriens avaient recueilli, mit le feu au château.

‘Abdallah et ses gens de mandèrent grâce, et comme ils étaient tous Fezârites et cousins de Mousayyab, celui-ci leur permit de sortir et de regagner la Syrie.

Aux approches du temps du pèlerinage, Mo’àwiya fit partir trois mille hommes, sous les ordres de Dha’hhàk, fils de Qaïs, qui reçut l’ordre de détruire les stations dans le désert, de combler les puits, de tuer les Bédouins qui s’y trouvaient et d’arrêter les pèlerins sur la route de la Mecque, sous prétexte qu’ils ne trouveraient point d’imâm à la Mecque.

Dha’hhàk vint d’abord à la station appelée Wàqiça , la détruisit et tua les Bédouins.

De là il se rendit à la station de Thalabiyva et la traita de même.

Il tua tous les cavaliers qui avaient été placés par ‘AIî dans les différentes stations pour escorter les pèlerins d’une étape à l’autre.

L’un des notables de Koufa, nommé ‘Omaïr, fils de Mas’oud, qui avait été autorisé par le calife à faire le pèlerinage avec sa propre escorte, fut arrêté en route par Dha’hhàk, complétement dépouillé et obligé de s’en retourner.

A cette nouvelle, ‘Ali dirigea ‘Hodjr, fils d »Adî, à la tête de quatre mille bommes, contre Dha’hhâk, dont l’armée fut mise en fuite après avoir perdu beaucoup de morts.

Mais l’époque du pèlerinage était passée, et les habitants de l’Iràq et du Khoràsàn avaient été empêchés de l’accomplir. Mo’àwiya avait envoyé à la Mecque, pour présider en cette année au pèlerinage des musulmans d’Egypte, du Yemen et de l’Occident (Barqa, Ifriqiya), un homme nommé Yezîd, fils de Schadjara.

Qotham, fils d »Abbàs, gouverneur d »Alî, qui présidait chaque année au pèlerinage, soit en personne, soit par un délégué, s’opposa à la prétention de Yezîd.

On allait en venir aux armes, lorsque les habitants de la Mecque in tervinrent, déclarant qu’ils ne permettraient pas qu’il y eût du sang versé pendant le mois sacré et sur leur territoire, et que les pèlerins fussent empêchés d’accomplir la cérémonie.

Il fut convenu que les deux prétendants devaient renoncer, et l’on chargea Schaïba, fils d »Olhmàn, de présider aux cérémonies du pèlerinage.

En cette même année , Mo’âwiya, disant qu’il voulait voir le Tigre, qu’il n’avait jamais vu, se rendit en personne, et accompagné d’une suite peu nombreuse, dans l’Iràq, et vint jusqu’à Mossoul.

Après être resté quelques jours aux bords du fleuve, il s’en retourna. Il désirait ‘qu »Alî lût informé de ce voyage et de son séjour dans l’Iràq.

Au commencement de l’an 4o (c’est en cette année qu »Ali fut assassiné), Mo’àwiya chargea Bosr, fils d’Abou-Artà, de se rendre, à la tête de trois mille hommes, en Arabie, de s’emparer de la Mecque, de Médine et du Yemen, et de soumettre les habitants à son autorité.

Bosr, qui était de la tribu qoraïschite des Bem-‘Amir-ben-Lowayy, vint d’abord à Médine, d’où Abou-Ayyoub l’Ançàr, le gouverneur établi par ‘Ali, s’enfuit aussitôt, se rendant à Koufa.

Bosr, ayant pris possession de la ville sans coup férir, monta en chaire et harangua le peuple.

Il parla, en versant des larmes, du meurtre d »Othmàn, et s’écria : « Naddjàr ! Mokhariq ! Zoraïq ! (c’étaient des serviteurs d »Othmàn) où est votre maitre? « 

Toute l’assemblée fut touchée aux larmes, et Bosr continua ainsi :  » Pourquoi pleurez-vous? C’est vous qui avez tué ‘Othmàn ! Certes, si je voulais agir sans l’autorisation du prince des croyants, Mo’àwiya, je ne laisserais pas un seul homme d’entre vous vivant! Maintenant, quiconque ne prêtera pas le serment de fidélité à Mo’àwiya aura la téte coupée. « 

Il descendit ensuite de chaire, et tous les habitants de Médine prêtèrent serment à Mo’àwiya. Djàbir, fils d » Abdallah l’Ançàr. s’était caché.

Il fut cherché, et comme on ne le trouvait pas, sa maison fut détruite. Djàbir se rendit auprès d’Oumm- Salama, l’une des femmes du Prophète, pour lui demander conseil.

Oumm-Salama, qui elle-même était du parti d »Ali, lui dit :  » Prête le serment, et ne cours pas à ta perte; car c’est Mo’àwiya qui réussira. »

Djâbir prêta le serment. Après avoir nommé Abou-Horaïra lieutenant de Mo’àwiya à Médinc, Bosr, fils d’Abou-Artà, se rendit à la Mecque.

Qotham. fils d »Abbàs, s’enfuit, et les habitants de la ville prêtèrent serment à Mo’àwiya. Abou-Mousa al-Asch’arî voulut quitter la ville en secret, mais Bosr, l’avant fait arrêter, lui demanda pourquoi il voulait fuir.

— « Je craignais que tu ne me fisses tuer », répondit Abou-Mousa.

Bosr répliqua : « Mo’àwiya m’a défendu de tuer aucun des compagnons du Prophète. »

Après avoir reçu son serment, Bosr lui rendit la liberté et partit pour le Yemen. Instruit de tous ces faits, ‘Alî fit partir pour Médine Djàriya, fils de Qodàma, et Wahb, fils de Mas’oud, avec quatre mille hommes.

Abou-Horaïra prit la fuite.

Le calife Ali envoya ensuite à Mo’àwiya le message suivant : « Ce massacre des musulmans et ces attaques de la Syrie contre l »lràq, et de l »lràq contre la Syrie, ont déjà duré trop longtemps. Stipulons que tu resteras en possession de la Syrie, et moi, de î »lràq. »

Mo’àwiya refusa ce traité.

D’après une autre tradition, c’aurait été Mo’àwiya qui aurait proposé ces conditions, et ‘Alî les aurait rejetées.

Djàriya , fils de Qodàma , demeura à Médine jusqu’à la mort d »Ali.

Lorsque Bosr, fils d’Abou-Ârtà, vint dans le Yemen, ‘Obaïdallah, fils d »Abbàs, gouverneur de cette province, prit la fuite; mais ses bagages furent arrêtés en route et pris.

Bosr mit aussi la main sur les deux jeunes fils d »Obaïdallah . qui avaient été confiés à un chamelier.

Celui-ci, voyant qu’on allait les tuer, dit à Bosr : « Quel est le crime de ces enfants? Si tu veux les faire mourir, fais-moi mourir d’abord.’

Soit, répliqua Bosr; et il fit égorger l’homme et les enfants.

Bosr ne quitta le Yemen, pour retourner auprès de Mo’àwiya, qu’après la mort d »Alî.

Dans cette même année, ‘Abdallah , fils d »Abbàs, se sépara d »Alî. Abou’l-Aswad al-Doïlî, lieutenant d »Ali à Baçra, avait accusé ‘Abdallah auprès du calife de s’être approprié l’argent du trésor public. En effet, après que Ziyàd fut parti pour prendre le gouvernement de la province de Perse, le tresor public était resté sous la garde d »Abdallah. ‘Ali lui écrivit une lettre sévère, dans laquelle il lui disait : « Si tu prends l’argent du trésor, je te punirai. Envoie-moi tes comptes de recettes et de dépenses.  »

‘Abdallah, blessé de cette demande, fit savoir au calife qu’il ne tenait pas à conserver le gouvernement de Baçra et qu’il résignait son poste.

Il partit pour la -Mecque en emportant ses richesses, qui provenaient, disait-il, de ses appointements accumulés dans le trésor, et en se faisant escorter par vingt cavaliers de sa propre tribu.

‘Alî fut très- affligé de cette rupture. Mo’bammed-ben-Djarîr n’a pas rapporté une tradition qui se trouve dans d’autres ouvrages, à savoir qu’en cette même année le frère du calife, ‘Aqîl, fils d’Abou-Tàlib, se rendit en Syrie et prêta serment à Mo’àwiya.

En recevant cette nouvelle douloureuse, ‘Ali versa des larmes et composa le distique suivant :

« Celui qui t’abandonne au jour de l’adversité n’est pas ion frère. C’est celui qui reste avec toi dans les bons comme dans les mauvais jours ; cetui qui se réjouit de Ion bonheur et qui s’afllige de ton malheur. »

Dans le courant de cette année, ‘Alî fut accablé de tous côtés par le malheur, et son sort semblait décliner vers la perte.

Enfin  le vendredi dix-septième jour du mois de ramadhàn il trouva la mort du martyre.

Une autre tradition rapporte que cet événement eut lieu au mois de rabi’a second.

Mais la vérité est qu »AIî fut tué dans le mois de ramadhàn. (fin)

Extrait tiré de la Chronique de Tabari, histoire des prophètes et des rois (Arabe: تاريخ الرسل والملوك Tarikh al-Rusul wa al-Muluk). Tabarî, de son nom complet Muhammad Ibn Jarīr Ibn Yazīd al-Imām Abū Jaʿfar (persan : محمد بن جریر طبری), est un historien et exégète du Coran, né en 839 à Amol au Tabaristan, et mort le 17 février 923 àBagdad. Il est l’un des plus précoces et des plus illustres historiens et exégètes arabo-perses du Coran.

Buste de Tabari à l'entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)
Buste de Tabari à l’entrée de la bibliothèque nationale du Tadjikistan (Douchambé)

Tabarî est notamment resté célèbre pour son histoire universelle, l’Histoire des prophètes et des rois, et son commentaire du Coran. Il fut également à l’origine d’une éphémère école du droit islamique, laJarîriyya, Musulman de tradition sunnite, il a passé l’essentiel de sa vie à Bagdad, écrivant tous ses ouvrages en arabe.

Le Jund Dimashq, Jund Filastin et Jund Urdun

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Le Bilad al-Sham au 9eme siècle sous les Abbassides
Le Bilad al-Sham au 9eme siècle sous les Abbassides, et les divisions , jund Urdun, Jund Filastin , Jund Dimashq etc.

Le Jund Dimashq ( arabe : جند دمشق) était la plus grande des sous-provinces (ajnad,. jund ), dans lequel la Syrie fut divisée dans le cadre des dynasties des Omeyyades et des Abbassides.

Elle fut nommé d’après sa capitale et plus grande ville, Damas (« Dimashq »), qui dans la période omeyyade fut aussi la capitale de la califat  de L’islam.

Contrairement à toute les autres provinces du califat , la Syrie a été divisé dès les débuts des Omeyyades en plusieurs (à l’origine quatre, plus tard cinq) sous-provinces ou ajnad (singulier Jund , « division de l’armée»), qui, à leur création originale étaient les zones à partir desquelles une division de l’armée tire ses salaires, provisions et recrues. [1] [2]

La province de Damas , Jund Dimashq, était la plus grande des ajnad,comprenant  la plus grande partie du centre de la Syrie.  

Vue aérienne de la capitale des Omeyyades, Damas Dimashq Bilad al-Sham Syrie.
Vue aérienne de la capitale des Omeyyades, Damas Dimashq Bilad al-Sham Syrie.

Ses frontières englobaient environ les anciennes provinces byzantines de Phénicie Prima , Phoenice Libanensis , et d’Arabie . [3] [4]

Plus tard, les géographes arabes partagait le jund de Damas dans les districts suivants: la Ghuta plaine autour de Damas, connu comme le  » pays du jardin » pour sa fertilité; le Hauran et Bathaniyya , avec Adra’a en capitale ;Jawlan ; Jaydur (mentionné seulement par Yaqout al-Rumi ); Hula , Balqa ; Al-Sharah, avec une capitale à Adhruh, parfois mentionné comme appartenant au  Jund Filastin ; et al-Jabal. [5] D’autres villes principales étaientBeyrouth , Sidon , Tyr (les recettes fiscales sont allés à des Jund al-Urdunn ), Tripoli et Jubail long de la côte. Les villes côtières et leurs environs immédiats ont créé leurs propres petits districts. [6]

Cavalier Omeyyade
Cavalier Omeyyade

Dans sa composition tribale, le jund de Damas était principalement composé de tribu de souche Qahtanites Yéménites, mais avec une minorité non négligeable de tribus arabes Qaysites. [3]

Les recettes fiscales annuelles de la province se sont élevées à 450 000 dinars d’or selon al-Ya’qubi , 400.000 selon al-Baladhuri , et 420 000 selon al-Jahshiyari ; Qudama ibn Ja’far donne le faible chiffre de 110.000 dinars, mais cela reflète probablement les effets de la guerre civile de la quatrième Fitna .[7]

En termes de troupes, sous le calife Omeyyade al- Walid Ier (r. 705-715),  environs plus de 45.000 hommes étaient mobilisés en permanence dans le jund de Damas.  [8]

La mosquée a été construite par le calife Sulayman ibn Abd al-Malik en 715-717, [2] , mais a été achevée par son successeur Umar II par 720.
La mosquée Blanche « masjid al-abyadh » en Palestine  à Ramla (Palestine occupé)  (717-720) a été construite par le calife Omeyyade Sulayman ibn Abd al-Malik en 715-717, , mais a été achevée par son successeur Umar II ibn Abd al-Aziz  720.
Le Jund Filastin ( arabe : جند فلسطين,  » district militaire de Palestine ») était l’une des sous-provinces des califats omeyyade et abbasside dans la province du Bilad al-Sham (Syrie), organisée peu de temps après la conquête musulmane de la Syrie dans les années 630 .

Histoire et structure 

Selon al-Baladhuri , les principales villes de la région, après la conquête par le califat Rashidun , étaient Gaza , Sebastia , Naplouse , Césarée , Ludd , Yibna , Imwas , Jaffa , Rafah et Beit Jibrin .

Dans un premier temps, sous les premiers califes Omeyyades , Ludd fut la capitale du district.

Après le calife omeyyade Suleiman ibn Abd al-Malik qui a fondé la ville voisine de Ramla , qu’il a désigna comme la capitale, et la plupart des habitants de Ludd invités ç s’y installer. [9]

Dans le 9ème siècle, pendant le règne des abbassides, le Jund Filastin était le plus prospère des districts de la Syrie (Bila al-Sham), et contenait au moins vingt mosquées , malgré pourtant sa petite taille. [10]

Selon le géographe arabe du 9ème siècle al-Ya'qubi , ar-Ramleh (Ramla) a été fondée en 716 par le calife Omeyyade Sulayman ibn Abd al-Malik , et son nom est dérivé du mot arabe Raml (رمل) - ce qui signifie sable. Les premiers habitants sont venus   proximité de Ludd (Lydda, Lod ). Ramla a prospéré comme capitale du Jund Filastin , qui était l'un des cinq districts de la province de bilad al-Sham (Syrie) des Empires Omeyyade et Abbasside . Au 8ème siècle, les Omeyyades ont construit la Mosquée blanche . Ramla étais la principale ville et capitale du district jusqu'à l'arrivée des Croisés au 11ème siècle. La Mosquée Blanche de Ramla a été salué comme la plus belle du pays, en dehors de Jérusalem. Les vestiges de cette mosquée, flanqué d'un minaret ajoutée à une date ultérieure, sont encore visibles aujourd'hui. Dans la cour sont des citernes d'eau souterraines de cette période. Le géographe arabe  el-Muqadasi ("l'habitant de Jérusalem»), décrit Ramla à l'apogée de sa prospérité: «Elle est une belle ville, et bien construite, son eau est bonne et abondante, et les fruits sont abondants, elle combine de multiples avantages, elle est aussi situé au milieu de beaux villages et de villes magnifique, à proximité des lieux saints et d'agréable hameaux, le commerce ici y est prospère, et les marchés sont excellent . Le pain est le meilleure et la plus blanc. Les terres sont bien favorisé  (fertiles) de par tous les autres, et les fruits y sont les plus savoureux..."
Selon le géographe arabe du 9ème siècle al-Ya’qubi , ar-Ramleh (Ramla en Palestine occupée) a été fondée en 716 par le calife Omeyyade Sulayman ibn Abd al-Malik , et son nom est dérivé du mot arabe Raml (رمل) – ce qui signifie sable. Les premiers habitants sont venus à  proximité de Ludd (Lydda, Lod ). Ramla a prospéré comme capitale du Jund Filastin , qui était l’un des cinq districts de la province du bilad al-Sham (Syrie) des califats Omeyyade et Abbasside . Au 8ème siècle, les Omeyyades ont construit la Mosquée blanche . Ramla étais la principale ville et capitale du district jusqu’à l’arrivée des Croisés au 11ème siècle. La Mosquée Blanche de Ramla a été salué comme la plus belle du pays, en dehors de Jérusalem. Les vestiges de cette mosquée, flanqué d’un minaret ajoutée à une date ultérieure, sont encore visibles aujourd’hui. Dans la cour ce trouve des citernes d’eau souterraines de la période du calife Abbasside Harun al-Rashid.
Le géographe arabe el-Muqadasi (« l’habitant de Jérusalem»), décrit Ramla à l’apogée de sa prospérité: «Elle est une belle ville, et bien construite, son eau est bonne et abondante, et les fruits sont abondants, elle combine de multiples avantages, elle est aussi situé au milieu de beaux villages et de villes magnifique, à proximité des lieux saints et d’agréable hameaux, le commerce ici y est prospère, et les marchés sont excellent . Le pain est le meilleure et le plus blanc. Les terres sont bien favorisé (fertiles) de par tous les autres, et les fruits y sont les plus savoureux… »

Les tribus arabes qui se sont installés au Jund Filastin après la conquête musulmane étaient les Banu Lakhm , Banu Kindah , les Qaisites ,  les Banu Amilah ,  les Banu Judham et les célèbre Kinanah ; [9] à l’époque de la conquête arabe, la région était habitée principalement par paysans parlant l’araméen de confession chrétienne monophysites .

Ces populations de la région ne sont devenus majoritairement musulmane et adopté la langue arabe dans leur identité que plusieurs siècles après la conquête arabe.

A sa plus grande extension,  le Jund Filastin étais étendue de Rafah dans le sud de Lajjun au le nord, et de la côte méditerranéenne et à l’est de la partie sud de la rivière du Jourdain .

Les montagnes de Edom , et la ville de Tsoar à l’extrémité sud de la mer Morte ont été incluses dans le district. Cependant, la Galilée en à été exclu, car faisant partie du Jund al-Urdunn dans le nord. [9] 

Après que les Fatimides ait conquis le district des Abbassides, Jérusalem en devint la capitale et les principales villes en étaient Ashkelon , Ramla, Gaza, Arsuf , Césarée, Jaffa, Jéricho , Naplouse, Jibrin Bayt et Amman . [9] L

Ce dictrict a persisté dans une certaine forme jusqu’à l’arrivée des Seldjoukides et les croisades ver la fin du 11ème siècle. 

Ruines de l'ancienne Tabariyya (Tibériade) en Palestine
Ruines de l’ancienne Tabariyya (Tibériade) en Palestine

Jund al-Urdunn (arabe: جند الأردن, traduction: « le district militaire de Jordanie») était l’un des cinq districts de Bilad ash-Sham au cours de la période des califats Rashidun, Omeyyade, Abbassides et dans une moindre mesure des Fatimides.

Le district a été établi sous le calfat Rashidun et sa capitale était Tibériade tout au long des règnes des califats Omeyyades et Abbassides.

Il  englobe le sud du Mont-Liban, la Galilée, le sud de Hauran, le plateau du Golan, et plus l’est de la vallée du Jourdain (en particulier le nord).

Les Grandes villes en dehors de Tibériade, inclus Baysan, Acre, Qadas, Tyr, Pella, et Jérash, et parfois, jusqu’ à Naplouse.

Au cours de l’époque fatimide, les principales villes étaient Acre, Tibériade, Baysan, Beit Ras, Jadur, FIQ, Tyr, Lajjun, Faradiyya, Kaboul et Saffuriya. Il ne comprenait pas Amman ou le sud de la Jordanie moderne.

Références 

  1. ^ Cobb 2001 , pp. 11-12.
  2. ^ Blankinship 1994 , pp. 47-48.
  3. ^ Jump up to:un b Cobb 2001 , p. 13.
  4. ^ Blankinship 1994 , p. 48.
  5. ^ Le Strange 1890 , pp. 32-35.
  6. ^ Le Strange 1890 , pp. 32-35, 39.
  7. ^ Blankinship 1994 , p. 49.
  8. ^ Blankinship 1994 , pp. 49-50.
  9.  Jump up to:un b c d Le Strange, 1890, p.25p.30 .
  10. Istakhri cité dans Le Strange, 1890, p.28 .

Sources 

  • Blankinship, Khalid Yahya (1994). La fin de l’Etat Jihad: Le règne de Abd ibn Hishām al-Malik et de l’effondrement des Omeyyades . Albany, New York: l’Université d’État de New York Press. ISBN 0-7914-1827-8 .
  • Cobb, Paul M. (2001). bannières blanches: discorde dans abbasside Syrie, 750-880 . Albany, NY:. Université de l’État de New York Press ISBN 0-7914-4880-0 .
  • Le Strange, Guy (1890). Selon les musulmans en Palestine: une description de la Syrie et la Terre Sainte de l’an 650 à 1500 de Londres:. Comité de la Palestine Exploration Fund . OCLC 1004386 .