Le sultanat Mamelouk du Caire

Le sultan Mamelouk Qutuz, victorieux des Mongoles à la bataille de `Ayn Jâlût

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L'armée  Islamique Mamelouk  lors de la glorieuse bataille de Ayn Jalut
L’armée Islamique Mamelouk lors de la glorieuse bataille de Ayn Jalut

L’État islamique n’avait jamais connu de moments plus difficiles que ceux qu’il dut endurer au septième siècle hégirien. Les armées mongoles, menées par Gengis Khan, détruisaient alors les capitales de l’Orient musulman ; elles répandaient impitoyablement le sang musulman ; elles mirent à sac tous les aspects de la civilisation. Aucune puissance islamique ne sut stopper leur avancée fulgurante ; les armées musulmanes s’effondraient les unes après les autres, accompagnant ainsi le cortège des royaumes et des villes musulmanes qui tombaient tels des feuilles d’arbres en automne.

La faiblesse des Musulmans et la perte de leur courage incitèrent les Mongols à poursuivre leur marche vers l’Ouest et à détruire le Califat `abbâside de Bagdad. D’ailleurs, au moment de l’invasion mongole, le Califat n’avait jamais été au plus mal. En 1253, Hulagu, le petit-fils de Gengis Khan, sortit à la tête d’une immense armée de 120000 soldats, choisis parmi l’élite de l’armée mongole, ayant subi des entraînements militaires de haut niveau, et munis des armes de combat et de siège les plus redoutables. Leur terrible célébrité de grands massacreurs, de redoutables combattants et de soldats téméraires les devançait où qu’ils allassent.

La chute du Califat `abbâside

Les troupes mongoles envahirent les territoires iraniens, sans rencontrer de véritable résistance. Elles purent ainsi cheminer jusqu’à Bagdad… C’était la capitale du monde musulman qui était assiégée ! La ville n’avait ni les moyens ni la force de repousser cette innombrable armée venue de l’Est. Elle se résigna alors à accepter la défaite et à s’incliner devant l’envahisseur. Investie le 4 Safar 656 de l’Hégire, soit le 10 février 1258, elle fut pour ainsi dire détruite. La majeure partie de ses habitants furent massacrés. Les estimations les plus indulgentes font état d’un million de morts, massacrés en 40 jours. Le Tigre était devenu rouge de sang. Le Calife des Musulmans et sa famille ne devaient pas non plus connaître un sort plus heureux que celui de leurs sujets. Al-Musta`sim Billâh était le dernier représentant de la dynastie `abbâside de Bagdad. Les Tatars incendièrent toute la ville. Ils en détruisirent aussi bien les mosquées que les palais que les bibliothèques. Tout l’héritage de la l’humanité était anéanti. La capitale du monde et le lieu de pèlerinage de la civilisation humaine n’était plus que monceaux de décombres.

La situation de la Syrie avant la campagne de Hulagu

A la même époque, la Syrie était dirigée en grande partie par les Ayyûbides. Les relations que ces roitelets avaient entre eux n’étaient pas des plus cordiales malgré leur rattachement à la même noble famille, la famille de Salâh Ad-Dîn Al-Ayyûbî (Saladin). Au lieu que la crise que traversait le monde musulman les amenât à se rapprocher les uns des autres et à s’ériger tels un seul homme face à la menace mongole, certains d’entre eux prirent le parti de se précipiter devant Hulagu pour lui déclarer leur soumission, à l’instar de la position adoptée par An-Nâsir Yûsuf Al-Ayyûbî, le gouverneur de Damas et d’Alep. Ce dernier figurait pourtant parmi les plus puissants princes ayyûbides et les plus aptes à affronter Hulagu, s’il l’avait voulu. Néanmoins, il ne le fit pas et préféra envoyer son fils Al-`Azîz, accompagné de cadeaux, pour annoncer sa soumission à Hulagu. Pire, il alla jusqu’à lui demander de l’aider à reprendre le trône d’Égypte et à débarrasser le pays des Mamelouks qui le gouvernaient depuis récemment.

Mais Hulagu considéra comme un affront qui lui était fait le fait qu’An-Nâsir n’était pas venu jusqu’à lui en personne pour lui déclarer sa soumission. Il lui envoya alors une lettre d’indignation dans laquelle il lui ordonnait de se présenter sans tarder pour lui annoncer lui-même sa reddition et sa soumission inconditionnelle. An-Nâsir fut troublé par une telle réponse. Il comprit alors que ses attentes étaient vaines et se prépara, terrifié, à tenir tête aux Mongols, non sans avoir pris la précaution d’envoyer toute sa famille se réfugier en Égypte.

La campagne de Hulagu

Hulagu quitta la capitale de son Empire, Marâgheh (Iran), au mois de Ramadân 657 de l’Hégire, soit en 1259 de l’ère chrétienne. Il prit la direction de la Syrie, en compagnie de ses alliés, les rois de Géorgie et d’Arménie. La tête de l’armée était placée sous le commandement du général Kîtbûqâ (Kâtubghâ). Mayâfârqîn, dans le Diyâr Bakr (Turquie), allait être la première cible de cette invasion. La ville résista pendant longtemps avant que les Mongols ne pussent l’investir, le manque de vivres et la propagation des maladies étant finalement venus à bout d’une grande partie de la population.

Pendant le siège de cette ville, les troupes mongoles prirent également les villes avoisinantes de Mârdîn, Harrân, Édesse, Sarrûj et Al-Bîrah. Les Mongols poursuivirent ensuite leur route jusqu’à Alep qu’ils assiégèrent fermement jusqu’à sa reddition le 25 janvier 1260. Hulagu donna l’ordre à ses soldats de mettre la ville à sac pendant sept jours. A peine ces nouvelles catastrophiques étaient-elles arrivées à Damas que les habitants de la ville décidèrent de se rendre à Hulagu, notamment après la fuite du gouverneur An-Nâsir Yûsuf Al-Ayyûbî. Mais le destin fit en sorte que Hulagu ne put entrer dans la ville, suite à des problèmes survenus dans son pays. Ce fut donc au général Kîtbûqâ que revint le privilège de prendre la ville, le 1er mars 1260.

La position de l’Europe

L’Europe chrétienne se félicitait des victoires mongoles contre les Musulmans. Les Mongols étaient en effet des amis des Chrétiens, tout comme certains, parmi eux, étaient eux-mêmes Chrétiens. Tout cela poussa le Pape et les rois d’Europe à considérer les Tatars comme leurs alliés contre les Musulmans. En réalité, l’idée d’une coalition mogholo-européenne en vue de détruire le monde musulman était à l’ordre du jour à Rome depuis déjà longtemps. Les papes successifs travaillaient en effet à propager le Christianisme parmi les Tatars. De plus, les rois d’Europe échangeaient des délégations avec les Mongols. Ainsi, Saint Louis invita un certain nombre de chefs mongols à venir en France pour négocier avec eux une alliance militaire qui consisterait pour les deux parties à mener conjointement des opérations contre les Musulmans. Les Tatars devraient envahir l’Irak, détruire Bagdad et anéantir le Califat islamique tandis que les Croisés devraient couvrir l’offensive tatare en contenant l’armée égyptienne et en l’empêchant de se porter au secours des Musulmans d’Asie. Autrement dit, il s’agissait d’isoler totalement l’Égypte des autres territoires musulmans.

Saint Louis n’eut de cesse de chercher à attirer vers lui les Tatars et à utiliser leur puissance destructrice pour frapper l’Islam. Le 17 janvier 1249, il envoya au Prince mongol de précieux présents, avec une ambassade à la tête de laquelle il plaça le moine dominicain André de Longjumeau. On relate que parmi ces cadeaux, on trouvait une pièce de la relique de la Sainte Croix, un portrait de la Vierge Marie et diverses maquettes d’un certain nombre d’églises.

Le chanoine Du Mesnil, sous-directeur de l’Œuvre d’Orient, dit dans son livre sur l’Église et les Croisades que Hulagu fut célèbre pour son inclination aux Chrétiens nestoriens. Sa cour en comptait en effet un grand nombre, et parmi eux, on trouvait le grand général Kîtbûqâ, turc d’origine ayant embrassé la doctrine nestorienne. La princesse Dûks Khâtûn, l’épouse de Hulagu était également chrétienne.

D’ailleurs, cette princesse eut sur son époux une influence telle qu’elle fit la fierté de l’Église, dans la mesure où elle dissuada Hulagu d’attaquer l’Europe chrétienne et de concentrer tous ses efforts sur les Arabes et les Musulmans. Ainsi, à Bagdad, les Mongols se contentèrent d’égorger les Musulmans en épargnant les Chrétiens de la ville. Rien ne fut ôté ou spolié à ces derniers. La princesse joua également un grand rôle pour convaincre son mari d’envahir la Syrie. Le chanoine Du Mesnil écrit que le campagne tatare contre l’Islam et les Arabes était une véritable croisade, au sens premier du terme. C’était une campagne chrétienne nestorienne, en laquelle tout l’Occident plaçait ses espérances. Les Européens attendaient d’être enfin débarrassés des Musulmans grâce à Hulagu et à son général chrétien Kîtbûqâ, chose qu’eux-mêmes n’avait pu réussir à accomplir lorsque les Croisades battaient leur plein un siècle plus tôt.

Par ailleurs, le Roi d’Arménie Hétoum Ier, le Comte de Tripoli Bohémond VI, ainsi que les princes croisés de Tyr, de Saint Jean d’Âcre et de Chypre, décidèrent tous ensemble de former une alliance avec les Tatars, dont l’objectif serait d’éradiquer les Musulmans du continent asiatique et de récupérer la Ville sainte de Jérusalem.

Du Mesnil dit également dans son livre sur l’hisoire de l’évangélisation que ce furent les Chrétiens qui incitèrent Hulagu à quitter la Syrie pour aller combattre son propre frère qui affichait sa sympathie pour l’Islam.

Mais les espoirs nourris par les Croisés s’éteignirent définitivement lorsque les Mongols embrassèrent l’Islam. Le chanoine Du Mesnil décrit cet épilogue en ces termes : « Nous constatons ainsi que l’Islam, dont la puissance était à deux doigts de disparaître, revint à la vie. Le danger qu’il représentait alors se fit encore plus menaçant qu’auparavant. »

La situation en Égypte

Une des conséquences de l’invasion de la Syrie par les Mongols fut qu’une grande partie des Syriens allèrent se réfugier en Égypte, qui était alors gouvernée par les Mamelouks. Le pays avait pour Sultan un enfant : Al-Malik Al-Mansûr Nûr Ad-Dîn `Alî, fils du Sultan al-Mu`izz Aybak. Al-Malik An-Nâsir Yûsuf, Sultan de Damas et d’Alep, s’étant réveillé trop tard pour estimer à sa juste valeur la menace mongole, avait envoyé en Égypte un émissaire pour demander des renforts militaires qui lui permettraient de faire face à l’avancée mongole. Les nouvelles de ces envahisseurs avaient néanmoins déjà provoqué en Égypte une terreur générale.

Le Sultan d’Égypte n’était pas apte à porter la responsabilité de son pays, au milieu des dangers imminents qui le menaçaient. Son régent, Sayf Ad-Dîn Qutuz, décida alors de le déposer arguant que l’ennemi auquel ils étaient confrontés devait être combattu par un Sultan puissant, chose que l’enfant roi ne saurait assumer. Qutuz ne rencontra pas d’objection à sa décision, car tous étaient conscients de la menace qui pesait sur eux.

La lettre de Hulagu

Le Sultan Qutuz commença par renforcer les assises de son pouvoir. Il désigna des gens en qui il avait confiance pour occuper les hautes charges administratives de l’État. Il fit arrêter les partisans de l’ancien Sultan qui s’activaient à répandre le trouble dans la société égyptienne. Il se mit ensuite à préparer le jihâd contre les Mongols. Pour ce faire, il autorisa un certain nombre de Mamelouks, qui étaient ses adversaires d’hier et qui s’étaient établis en Syrie, à revenir en Égypte pour l’aider à mener la lutte contre l’envahisseur. A la tête de ces Mamelouks rivaux, figurait le célèbre Baybars Al-Bunduqdârî, futur successeur de Qutuz à la tête de l’Égypte. Le Sultan accueillit son rival avec toutes les honneurs et lui fit le meilleur accueil. Il lui octroya la province de Qalyûb et les campagnes avoisinantes. Qutuz exhorta également les soldats d’An-Nâsir Yûsuf Al-Ayyûbî – qui avait fui Damas pour demander le secours des Mamelouks d’Égypte – à se joindre à son armée, campée près de Gaza. Ceux-ci répondirent favorablement à l’appel. Les armées de Syrie et d’Égypte formaient désormais un front uni contre la menace mongole.

Entretemps, des ambassadeurs de Hulagu arrivèrent au Caire avec une lettre de leur souverain, une lettre qui transpirait l’orgueil et la vanité, une lettre bourrée de menaces et d’intimidations. Le texte de cette célèbre lettre est le suivant :

« De la part du Roi des rois, en Orient et en Occident, le Chef Suprême,

Au nom de Toi, Ô Dieu, Créateur de la Terre et du Ciel.

Al-Malik Al-Mudhaffar Qutuz, celui-là qui fait partie de la race des Mamelouks qui ont fui ces contrées devant nos épées, qui jouissaient des délices de cette terre et qui tuaient ceux qu’ils avaient sous leur autorité… Al-Malik Al-Mudhaffar Qutuz et l’ensemble des princes de son État et de ses territoires égyptiens doivent savoir que nous sommes les soldats de Dieu sur Terre. Il nous a créés par Sa colère et nous a enjoint de combattre ceux contre qui Il est en colère. Vous avez un exemple dans tous les pays que nous avons traversés et notre détermination ne saurait être arrêtée. Méfiez-vous d’agir comme d’autres l’ont fait, et rendez-vous à nous de votre plein gré. Avant que la coupe ne déborde : vous le regretterez alors et vous morfondrez en remords. Car nous n’avons pas pitié de ceux qui pleurent ni ne nous attendrissons sur ceux qui souffrent. Vous avez entendu que nous avons conquis le monde, nous avons épuré la terre de toute forme de corruption et nous avons tué la plupart des humains. Vous devez donc fuir et nous devons vous soumettre. Quelle terre vous protégera ? Quelle route vous sauvera ? Quel pays vous défendra ? Vous ne pourrez échapper à nos épées, ni vous soustraire à notre terreur. Car nos chevaux sont des éclairs, nos flèches ne manquent jamais leur cible. Nos cœurs sont tels des montagnes, et nous sommes aussi nombreux que les grains de sable. Les châteaux ne nous résistent point. Les armées dressées contre nous ne servent à rien. Et vos imprécations ne nous toucheront point. Car vous consommez l’interdit, vous dites des obscénités, vous trahissez vos promesses et vos serments, parmi vous s’est répandue la désobéissance et l’impiété. Réjouissez-vous de l’humiliation et de l’avilissement qui vous attendent. On vous rétribue donc aujourd’hui du châtiment avilissant, pour l’orgueil dont vous vous enfliez injustement sur terre, et pour votre perversité. Les injustes verront bientôt le revirement qu’ils éprouveront ! Quiconque a cherché à nous combattre l’a regretté, et quiconque a cherché à s’attirer nos faveurs s’est retrouvé en sécurité. Si vous obéissez à nos ordres et vous soumettez à nos conditions, vous et nous aurons les mêmes droits et les mêmes devoirs. Mais si vous refusez, votre sort sera scellé. Ne perdez donc pas vous-mêmes vos vies. Nous vous aurons avertis. Il est établi chez vous que nous sommes les mécréants. Et il est établi chez nous que vous êtes les débauchés. Le Détenteur de la destinée nous a lâchés contre vous. Le noble parmi vous est un vaurien chez nous. Et le puissant chez vous est un esclave chez nous. Ne perdez donc pas de temps en de longs discours. Et répondez-nous rapidement, avant que ne fusent les étincelles de la guerre et qu’elle ne projette ses flammes contre vous. Vous ne trouverez alors chez nous ni puissance ni reconnaissance, ni protecteur ni secoureur. Vous trouverez plutôt en nous des gens extrêmement puissants qui ne vous épargneront guère. Votre pays sera désert. Nous avons été justes envers vous puisque nous vous avons prévenus par cette lettre. Nous vous avons réveillés afin que vous soyez avertis. Car vous êtes notre dernière cible.

Que la paix soit sur nous et sur vous, ainsi que sur ceux qui suivent la vraie voie, qui craignent les conséquences de l’insoumission et qui obéissent au Chef Suprême. »

C’était au début de l’année 1260.

Une réunion historique

Face à ce danger mortel, le Sultan Qutuz convoqua un conseil rassemblant les plus grands princes de son royaume. On décida de répondre aux menaces mongoles par une mobilisation générale des armées et par l’assassinat des ambassadeurs mongols. Ces derniers furent tués aussi cruellement qu’eux-mêmes étaient capables de la faire : on les frappa au milieu de la tête de sorte que leur corps se divise en deux parties symétriques. Ils furent rassemblés par petits groupes, chaque groupe devant être exécuté devant une des portes de la capitale, le Caire. Leurs têtes furent accrochées à la Porte de Zuwaylah, pour signifier à la population égyptienne que la guerre contre les Mongols était enfin déclarée.

Qutuz rassembla les juges, les juristes et les notables de son État pour les consulter sur ce qu’il devait faire avec les Tatars, et les moyens qui pourraient être mis en œuvre pour les combattre. Parmi les participants à cette réunion historique, on trouvait le Sheikh Al-`Izz Ibn `Abd As-Salâm, le plus illustre des savants musulmans de son temps, ainsi que le Juge Badr Ad-Dîn As-Sinjârî, le Juge Suprême d’Égypte. Tous les participants soutinrent le discours prononcé et la fatwâémise par le Sheikh Ibn `Abd As-Salâm et s’en tinrent à sa tranchante conclusion : « Si un ennemi envahit les territoires de l’Islam, tout le monde est tenu de le combattre. Et il vous est permis de prélever de la population l’argent nécessaire aux dépenses militaires, à condition qu’il ne reste plus rien dans le Trésor Public et que vous ayez dépensé vous-mêmes vos parures, les parures de vos bêtes et vos pierres précieuses, de sorte que le soldat ne dispose plus que de sa monture et de ses armes, devenant ainsi semblable au reste de la population. En revanche, il n’est pas permis de prélever les biens de la population tant que des soldats disposent encore de biens propres et de pierreries. »

Qutuz éprouva quelques difficultés à convaincre un grand nombre de princes à sortir avec lui pour affronter les Tatars. Ce ne fut qu’après de longues discussions et de laborieuses exhortations que le Sultan parvint enfin à remuer la fierté et le courage de ces princes : « Ô Princes des Musulmans, leur dit-il en pleurant ! A une époque, vous viviez aux dépens du Trésor Public. Et aujourd’hui, vous n’avez pas envie de combattre l’envahisseur. Sachez que je vais partir. Quiconque choisit lejihâd, qu’il m’accompagne ! Et quiconque choisit autre chose, qu’il retourne chez lui et Dieu est parfaitement Connaisseur des secrets de son âme. » Il leur dit encore : « Mon opinion est que nous devons tous partir au combat. Si nous gagnons, nous aurons réalisé ce que nous voulons. Sinon, nous ne mériterons plus jamais d’être Musulmans à la face de l’univers. » Ces paroles marquèrent profondément les princes et ravivèrent leur courage. Ils sortirent donc avec le Sultan et lui promirent d’être à ses côtés dans la bataille.

L’heure du départ

Au mois de Ramadân 658 de l’Hégire, soit en août 1260 de l’ère chrétienne, Qutuz quitta l’Égypte à la tête des armées égyptienne, syrienne et autres factions provenues des différentes contrées du monde musulman. Il laissa au Caire un suppléant, l’Atabek Fâris Ad-Dîn Aqtây Al-Musta`rib, qui le remplacerait pendant son absence. Il envoya le Prince Baybars Al-Bunduqdârî en mission de reconnaissance avec une partie de l’armée. Le Prince mamelouk rencontra à Gaza des contingents mongols auxquels il se heurta et infligea une sérieuse défaite. Cette première victoire, aussi petite fût-elle, releva le moral très bas des troupes musulmanes. Elle leur permit de dépasser leur peur, ce qui constituait déjà un avantage psychologique sur leurs ennemis. Le Sultan s’avança alors jusqu’à Gaza en compagnie de son armée. Il y demeura pendant un jour, après quoi il suivit un parcours côtier pour atteindre la ville de Saint Jean d’Âcre, qui était encore sous la tutelle croisée. Les Croisés lui proposèrent leur aide mais le Sultan refusa et se contenta de s’assurer de leur neutralité dans la guerre qui s’annonçait. Qutuz rejoignit enfin le Prince Baybars dans la vallée de `Ayn Jâlût, entre Bîsân et Naplouse.

L’armée mongole, quant à elle, était désormais menée par Kîtbûqâ, suite au départ soudain de Hulagu vers son pays. Kîtbûqâ entreprit de rassembler ses troupes qui s’étaient éparpillées en Syrie, en une seule et unique armée. Sa vanité le fit refuser d’attendre des renforts de la part de Hulagu. Les Mongols s’avancèrent alors également jusqu’à `Ayn Jâlût.

La grande rencontre

Le plan du Sultan Qutuz consistait à cacher le gros de ses troupes derrière les monts et les collines avoisinant la vallée de `Ayn Jâlût. Il ne dresserait face à son redoutable ennemi que l’avant de l’armée, placé sous le commandement de Baybars. La bataille commença le vendredi 3 septembre 1260, soit le 25 Ramadân 658 de l’Hégire. La bataille se déroulait en somme en un jour béni et en un mois béni pour les Musulmans. Les deux groupes s’affrontèrent. Les soldats mongols déferlèrent sur l’avant de l’armée musulmane tels un raz de marée. Les Tatars allaient remporter, comme à leur habitude, une victoire-éclair, grâce notamment à la puissance et à la rapidité de leur cavalerie. Aussi la partie gauche de l’armée musulmane céda-t-elle face à cette vague humaine qui l’emporta. Mais le Sultan Qutuz, tel une fière montagne, demeura ferme sur ses pas. Il cria de toute la puissance de sa voix : « Wâ Islâmâh ! Wâ Islâmâh ! Wâ Islâmâh ! » Ce cri de détresse, désormais célèbre, signifiant que l’Islam tout entier était en danger et pouvait succomber à tout moment sous les sabots des chevaux mongols, fut entendu sur tout le champ de bataille. Les soldats musulmans accoururent autour du Sultan pour défendre avec lui l’idéal qui les animait. Tous fondirent sur l’armée mongole, stupéfiée de voir une telle endurance et une telle fermeté de la part des Musulmans, qui les avaient auparavant accoutumés à leur offrir des victoires faciles. Le courage mongol s’effondra et les soldats mongols se sauvèrent dans toutes les directions, parvenant à peine à imaginer qu’ils étaient en train de subir leur première défaite, eux qui avaient pourtant terrorisé l’humanité d’Est en Ouest. Le coup de grâce leur fut porté par la mort de leur général Kîtbûqâ.

Les Musulmans ne se contentèrent pas de cette bataille. Ils poursuivirent les soldats mongols qui avaient fui et s’étaient rassemblé à nouveau à Bîsân, près de `Ayn Jâlût. Ils les affrontèrent à nouveau dans une bataille décisive et sanglante qui allait sceller à tout jamais le sort de la puissance mongole. Néanmoins, au cours de la bataille, l’issue demeurait incertaine, si bien que le Sultan Qutuz fut amené à pousser une nouvelle fois son terrible cri de détresse : « Wâ Islâmâh ! » Tous ses hommes l’entendirent. Le Sultan commença ensuite à prier Dieu pour lui accorder la victoire : « Ô Dieu ! Accorde la vicoire à Ton Serviteur Qutuz. » Une heure ne s’était écoulée que la victoire oscilla du côté musulman et que l’affaire fut scellée par une retentissante défaite des Mongols, chose qu’ils n’avaient jamais connue depuis Gengis Khan. Après la victoire, le Sultan descendit de son cheval, se jeta face contre terre pour baiser ce sol si sacré. Puis il accomplit deux cycles de prières, deux rak`ah, en guise de remerciement à Dieu.

Les conséquences de `Ayn Jâlût

La bataille de `Ayn Jâlût fut l’une des batailles les plus cruciales de l’Histoire. Ce fut elle qui sauva le monde musulman d’un danger imminent auquel jamais il n’avait été auparavant confronté. Elle sauva la civilisation musulmane de la destruction et de l’anéantissement. Elle protégea également le monde occidental d’un mal auquel aucun roi d’Europe ne pourrait prétendre se mesurer ni le repousser.

Cette victoire permit en outre de libérer la Syrie de l’emprise mongole qui avait duré plus de sept mois. Qutuz entra à Damas le 27 Ramadân 658 et entreprit de sécuriser l’ensemble des villes syriennes, tout comme il réorganisa le pays, et y nomma des gouverneurs. Cette bataille démontra également que la sécurité de l’Égypte dépendait directement de celle de la Syrie et de la Palestine. Cette vérité avait eu et aurait l’occasion d’être redémontrée à maintes reprises dans l’histoire de la région. Enfin, une des conséquences les plus importantes de cette bataille fut la réunification de l’Égypte, de la Syrie et de la Palestine sous l’autorité des Mamelouks pendant plus de 270 ans.

P.-S.

Sources : Al-Eman.com et les deux articles suivants en ligne sur Islamonline.net, `Ayn Jâlût…Wâ Islâmâh ! et Qutuz, victorieux des Tatars à la bataille de `Ayn Jâlût.

 

 

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Ibn Taymiyya a-t-il dit des Mongols convertis à l’islam qu’ils étaient de faux musulmans ? des apostats ?

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Cavalerie Lourde Mongol
Cavalerie Lourde Mongol

Voulant montrer que les musulmans de Syrie ont le devoir de combattre l’armée mongole – désignée sous le nom de « les Tatars » – venue envahir leur pays, Ibn Taymiyya a évoqué le principe du devoir de combattre la « tâ’ïfa mumtani’a » qui est regroupée autour du fait de ne pas pratiquer une obligation claire de l’islam ou du fait de commettre un interdit clair de l’islam, même si cette « tâ’ïfa » prononce les deux témoignages de foi musulmane (voir par exempleMajmû’ ul-fatâwâ 28/502). Or dans une autre fatwa il écrit que, selon lui, l’avis pertinent à propos de ces « tâ’ïfa mumtani’a » ne pratiquant pas l’obligation ou commettant l’interdit, est celui de ces ulémas qui pensent que ces « tâ’ïfa » ne sont pas dans le même cas de figure que les « bughât khârijîn ‘an tâ’at il-imâm » ou même les « khârijîn ‘ala-l-imâm », mais sont des « khârijîna ‘an il-islâm, bi manzilati mâ’ni’i-z-zakât wa bi manzilat-il-khawârij-illadhîna qâtalahum ‘Aliyyu-bnu Abî Tâlib radhiyallâhu ‘an » (MF 28/503-504). Ailleurs il évoque même les Tatars venus envahir la Syrie comme étant « un ennemi mauvais, khârij ‘an sharî’at il-islâm«  (MF 28/425).

Dans cette expression « khârij ‘an-islâm » ici employée par Ibn Taymiyya à propos de ces « tâ’ïfa mumtani’a » et donc des Mongols, qu’est-ce que Ibn Taymiyya a voulu dire :
– que ce groupe est sorti de l’islam même, et donc qu’il est devenu apostat ?
– ou bien qu’il est sorti de la pratique complète et nécessaire de l’islam, mais sans pour autant dire qu’il a quitté l’islam même ?

Le fait est qu’on note que Ibn Taymiyya a cité les Mongols (« Tatars ») en les distinguant des « musulmans » : par exemple : « Faqad ‘ulima anna hâ’ulâ’i-l-qawmu-lladhîna jâzû ‘ala-sh-Shâm fi-l-marrat il-ûlâ ‘âma tis’atin wa tis’îna (…) faqad sabaw min dharâriyy il-muslimîna mâ yuqâlu innahû alfun, aw yazîdu ‘alayh » (28/520). « Wa hâ’ulâ’i mu’tadûna sâ’ïlûna ‘ala-l-muslimîn »(28/541). Il a dit de plus qu’il dit d’eux qu’ils sont « muntassibîna ila-l-islâm » (28/504), ce qui peut être lourd de sous-entendus. Enfin Ibn Taymiyya a donné comme fatwa que les biens pris aux Tatars seront considérés comme du butin et que la quinte en sera donc perçue par les autorités (MF 28/28/588). Ne serait-ce pas, également, la preuve qu’il disait que les Tatars de Ghâzân sont en réalité des non-musulmans, bien que s’étant en apparence convertis à l’islam ?

En fait, qu’il y ait des non-musulmans déclarés (kâfir bi kufr aslî) et des apostats déclarés (kâfir bi ridda) dans l’armée tatare, c’est un fait que Ibn Taymiyya affirme explicitement. Mais Ibn Taymiyya affirme aussi que le plus gros de cette armée est constitué de gens s’affiliant à l’islam, mais tout en faisant preuve de manquements graves, et ce alors même qu’ils forment un groupe disposant d’une force conséquente. Ceci les fait entrer dans la catégorie « tâ’ïfa mumtani’a imtana’at min iltizâm sharî’atin min sharâ’ï’i-l-islâm az-zâhira al-mutawâtira », que l’autorité musulmane a le devoir de combattre.

(C’est le fait que ce type de gens constituent le plus gros de l’armée tatare qui fait qu’à chaque fois qu’il parle de ce que les musulmans qui sont de son côté doivent faire face à l’armée tatare, il a recours à la règle islamique relative à la « tâ’ïfa mumtani’a imtana’at min iltizâm sharî’atin min sharâ’ï’i-l-islâm az-zâhira al-mutawâtira ».)

Dans la Fatwa anti-mongole I, Ibn Taymiyya a mentionné la présence de deux groupes au sein de l’armée tatare ; il écrit : « ‘Askaruhum mushtamilun :
– ‘alâ qawmin kuffâr min an-nassârâ wa-l-mushrikîn ;
– wa qawmin muntassibîna ila-l-islâm – wa hum jum’hûr ul-‘askar – yantiqûna bi-sh-shahâdatayn idhâ talabta minhum, wa yu’azzimûna-r-Rassûla
, wa layssa fîhim man yussalî illâ qalîlun jiddan ; (…) wa ‘indahum min al-islâm ba’dhuhû, lâkini-lladhî ‘alayhi ‘âmmatuhum wa-lladhî yuqâtilûna ‘alayhi mutadhamminun li tarki kathîrin min sharâ’ï’i-l-islâm aw aktharihâ« 
 (MF 28/504-505). Voyez : ce second groupe, qui constitue le plus gros de l’armée tatare selon ses dires, « yantiqûna bi-sh-shahâdatayn », prononcent les deux témoignages de foi.

C’est ce groupe qui est visé par le principe que, dans la même Fatwa, il a ainsi édicté quelques lignes plus haut : « Kullu tâ’ïfatin mumtani’atin ‘an-iltizâmi sharî’atin min sharâ’ï’-il-islâm iz-zahirati-l-mutawâtirati, min hâ’ülâ’i-l-qawmi wa ghayrihim, fa innahû yajibu qitâluhum hattâ yaltazimû sharâ’ï’ahû, wa in kânû ma’a dhâlika nâtiqîna bi-sh-shahâdatayn » (MF 28/502). Et c’est ce même groupe qu’il a décrit, dans la Fatwa anti-mongole II, par les termes suivants : « Kullu tâ’ïfatin kharajat ‘an sharî’atin min sharâ’ï’ il-islam iz-zahirati-l-mutawâtirati, fa innahû yajibu qitâluhâ bi-t-tiffâqi-l-muslimîn, wa in takallamat bi-sh-shahâdatayn » (28/510).

Ailleurs, dans le texte qu’il écrit lors de l’avancée des Tatars en l’an 699, Ibn Taymiyya a distingué la présence de quatre groupes au sein de l’armée tatare :
– un premier est celui de non-musulmans
 comme les Mongols, les Arméniens etc. ;
– un second est composé de personnes qui étaient musulmanes mais ont ensuite apostasié l’islam : « tâ’ïfatun kânat muslimatan fa-r’taddat ‘an il-islâm wa-n’qalabat ‘alâ ‘aqibayhâ, min al-‘Arab, wa-l-Furus, wa-r-Rûm wa ghayrihim » ; il s’agit apparemment de personnes qui ont ouvertement quitté l’islam pour une autre religion (nous allons voir plus bas comment nous pouvons le dire) ;
– le troisième groupe est : « man kâna kâfiran fa-n’tassaba ilal-islâmi wa lam yaltazim sharâ’ï’ahû min iqâmat is-salât wa îtâ’ï-z-zakât wa hajj il-bayt wa-l-kaff ‘an dimâ’i-l-muslimîna wa amwâlihim wa-l’tizâm il-jihâd fî sabîlillâh wa dharb-i-l-jiya ‘ala-l-yahûd wa-n-nassârâ wa ghayri dhâlika » ;
– et le quatrième est : « qawmun irtaddû ‘an sharâ’ï’-il-islâm wa baqû mustamsikîna bi-lintissâbi ilayh » (MF 28/413-416).
Juste après il récapitule ces groupes en une phrase, et, là, décrit le troisième ainsi : « ad-dâkhilûna fîhi min ghayr-iltizâmin li sharâ’ï’ïhî », et le quatrième par ces termes : « al-murtaddûna ‘an sharâ’ï’ïhî lâ ‘an simatihî » (MF 28/416).

On note qu’ici Ibn Taymiyya a distingué le quatrième du second groupes, le quatrième, dit-il, continuant de se prétendre musulman malgré le fait d’avoir renié les règles de l’islam (c’est-à-dire de ne pas avoir adhéré, en terme de croyances même, à ses obligations et interdictions connues) : le second est donc, par contraste, celui qui a ouvertement quitté l’islam, sinon il n’y aurait aucune différence.

Or remarquons que par ailleurs il distingue aussi le quatrième et le troisième groupes : si le quatrième est constitué de « ceux qui ont apostasié de ses prescriptions » (il a employé le terme « irtidâd » : « irtaddû ‘an sharâ’ï’i-islâm »), en revanche le troisième est composé de « ceux qui sont entrés en islam mais sans s’être attachés à ses prescriptions » « lam yaltazim sharâ’ï’ahû » ; par différenciation avec le quatrième, on en comprend qu’il s’agit de ceux qui ne pratiquent pas les prescriptions de l’islam, mais sans les renier.

Or ce groupe mentionné ici en troisième position, est le même que celui cité dans l’autre passage (Fatwa anti-mongole I, plus haut), en seconde position. Cela est aisément vérifiable.
Il s’agit donc du groupe qui constitue le plus gros de l’armée tatare.
Et ce qu’il veut en dire n’est pas qu’il est sorti complètement de l’islam (puisque cela, c’est le cas du quatrième groupe), mais qu’il est sorti de la pratique complète et nécessaire de l’islam.

Ce groupe, constituant du plus gros de l’armée tatare, Ibn Taymiyya n’en a donc pas dit qu’il est sorti de l’islam après y être entré, mais qu’il y est entré sans s’être attaché à la pratique de ses prescriptions.


Par ailleurs :

Quand Ibn Taymiyya donne des exemples de la « tâ’ïfa mumtani’a » dont il dit qu’il est à l’unanimité nécessaire pour l’autorité musulmane de la combattre, il cite les mâni’u-z-zakât de l’époque de Abû Bakr, mais aussi les Kharijites du temps de ‘Alî ; ces Khârijites constituèrent eux aussi une de ces « tâ’ïfa mumtani’a » à laquelle s’applique pour Ibn Taymiyya, la règle susmentionnée (MF 28/356, 469, 502, 545).

Or il a explicitement dit que l’avis correct au sujet des Kharijites de l’époque de ‘Alî est qu’ils ne furent pas des apostats (MF 28/518).

Dès lors, quand il dit que ces Tatars – en fait du plus gros de l’armée tatare, comme nous l’avons vu – furent des « khârijîna ‘an il-islâm à l’instar des (…) Kharijites que Alî combattit » (28/503-504), cela ne signifie pas « ayant quitté l’islam même et étant devenu apostats », mais : « étant sortis de la pratique complète et nécessaire de l’islam, sans pour autant avoir quitté l’islam », comme le furent les Kharijites.

D’ailleurs, le Prophète (sur lui soit la paix) avait dit des Kharijites « yamruqûna min ad-dîn kamâ yamruqu-s-sahmu min ar-ramiyya ». Mais pour ceux des ulémas qui, à l’instar de Ibn Taymiyya, sont d’avis que les Kharijites ne furent pas apostats, cette parole du Prophète signifie non pas qu’ils soient complètement sortis de l’islam et devenus apostats, mais qu’ils sont sortis de la pratique orthodoxe, nécessaire et complète du dîn.


Quant aux autres points :

Pour ce qui est de « muntassibîna ila-l-islâm », il faut savoir qu’en soi elle ne recèle a priori pas de sous-entendus, car il l’a employé ailleurs pour décrire « tous ceux qui s’affilient à l’islam », sunnites et bid’ites y compris (cf. MF 7/356).

Reste qu’il a, c’est vrai, a distingué « les Tatars » des « musulmans » ; mais cela n’implique pas qu’il veuille dire que les Tatars sont des faux musulmans. Le fait est  qu’il a aussi distingué aussi les Kharijites des musulmans : cf. MF 28/530. Pourtant il ne considère pas que les Kharijites furent des apostats (nous venons de le dire) : cf. MF 28/518.

Le simple fait de mentionner d’un côté « les musulmans » et d’un autre côté les « Tatars » n’implique donc pas qu’il ait considérés comme étant des « kâfirs bi kufr akbar » : cela peut le signifier ; mais cela peut aussi ne pas le signifier et être seulement à prendre dans le sens de « personnes ne s’étant pas soumises complètement, au niveau des actions obligatoires extérieures » (puisque à « islâm » Ibn Taymiyya donne ce sens : cf. MF 7/350 par exemple, où il explique que le nom « musulmans »« s’applique extérieurement aux Hypocrites parce qu’ils se sont soumis extérieurement et qu’ils ont accompli ce qu’ils ont accompli d’actions extérieures : prière apparente, zakât apparente, hadj apparent, jihâd apparent »). Il pourrait donc ne pas avoir appliqué ce nom « islâm » de façon inconditionnelle (mutlaq) à ceux de l’armée tatare qui étaient « entrés en islam » (nous avons relevé cette affirmation de sa part plus haut) parce que, à la différence des Hypocrites de l’époque du Prophète, eux ne pratiquaient justement pas ces actions extérieures.

Reste le fait qu’il a appliqué la règle du butin aux biens pris aux Tatars (28/588). Mais en réalité cela n’implique pas non plus qu’il les considère kâfirs. En fait il a comparé ces Tatars aux Kharijites (28/548), et il n’a fait qu’appliquer à leur sujet la règle dont il a relaté ailleurs que Ahmad ibn Hanbal a appliquée aux biens pris aux Kharijites à la faveur d’une bataille (MF 28/516-517) – Kharijites dont nous venons pourtant de dire qu’Ibn Taymiyya a relaté de Ahmad qu’il ne les a pas considérés apostats.

Voici un autre de ses écrits : « Mais il s’agissait d’un djinn qui nous aimait, et qui fit donc vis-à-vis des Turcs Tatars choses semblable que je faisais lorsqu’ils vinrent à Damas : Je les invitais à l’islam, et lorsque l’un d’eux prononçait les deux témoignages, de lui donnais à manger ce qui était présent. Il [= ce djinn] fit donc avec eux chose pareille à ce que je faisais, voulant par cela m’honorer, afin que l’autre pense que c’est moi qui ai fait ainsi » (MF 13/92-93). Ici il est dit que lorsque les Turcs Tatars vinrent à Damas, Ibn Taymiyya leur présentait l’islam et il y en avait qui l’acceptaient.
Cependant, une nouvelle fois cela n’implique pas que tous les Tatars venus à Damas étaient kâfirs, car il pourrait s’agir de ceux qui n’étaient pas entrés en islam et, à la différence du groupe sus-évoqué, n’avaient jamais prononcé les deux témoignages, ou bien les avaient prononcés mais avaient ensuite apostasié.


Conclusion :

Qu’il y ait des non-musulmans déclarés (kâfir bi kufr aslî) et des apostats déclarés (kâfir bi ridda) dans l’armée tatare, c’est un fait que Ibn Taymiyya affirme explicitement. Cependant, ce qu’Ibn Taymiyya affirme aussi c’est que le plus gros de cette armée est constitué de gens qui « sont entrés en islam » par le fait d’avoir prononcé les deux témoignages de foi, mais tout en négligeant de se conformer en actes à ses prescriptions (sharâ’ï’) ; or ceci fait d’eux des gens s’affiliant à l’islam mais faisant preuve de manquements graves, et ce tout en formant un groupe doté d’une force (« tâ’ïfa mumtani’a« ). C’est ce qui entraîne que, dit Ibn Taymiyya, il est nécessaire pour l’autorité musulmane de les combattre. C’est donc par évocation du principe demandant de combattre la tâ’ïfa mumtani’a kharajat ‘an il-‘amal bi ahkâm il-islâm az-zâhira al-mutawâtira, que Ibn Taymiyya appela à les combattre ; mais non en disant que, dans leur majorité, ils auraient été apostats.

Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).

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Quand l’Il-khan Ghâzân, mongol converti à l’islam, envahissait la Syrie musulmane

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Mongol Il-Khanid converts to Islam Ghaz Kahn  convertit à l'islam (1295)
Le chef mongol, Il-khan Ghâzân (1271-1304) ce convertie à l’Islam lors de son accession au trône , le 16 Juin, 1295

Fin du 7è siècle hégirien et du XIIIè siècle grégorien, la Syrie, majoritairement musulmane, est visée par une tentative d’invasion (qui en sera suivie de deux autres) de la part des Mongols d’Iran, menés par l’Il-khan Ghazan. Or celui-ci s’est… converti à l’islam. Et il prétend établir l’ordre et la justice dans les contrées qu’il soumet, et donc aussi dans la Syrie qu’il veut conquérir, en lieu et place de l’injustice que, dit-il, les Mamelouks, dirigeants de la Syrie et de l’Egypte, y font régner. Il prétend aussi que ces dirigeants n’étaient plus attachés aux prescriptions de l’islam et que c’est sa ferveur à lui pour l’islam qui l’a poussé à intervenir (voir la déclaration qu’il fera lire dans la mosquée des Omeyyades, après avois conquis Damas, et dont la traduction sera relatée plus bas, au point B).

Des musulmans syriens se demandent donc s’il est autorisé de résister à ce musulman qui est certes envahisseur mais qui est, aussi, apparemment doué d’aussi bonnes intentions.

La réponse de Ibn Taymiyya, qui est contemporain de l’événement, et qui y assiste en quelque sorte « aux premières loges », puisqu’il vit à Damas, ne fait pas dans l’hésitation : résister à l’armée de Ghazan n’est pas seulement autorisé, c’est un devoir.


A) Le début de l’émergence des Mongols :

Les tribus dites « proto-mongoles » sont fédérées à la fin du XIIè siècle grégorien parTemüjin. Ce dernier se fait bientôt proclamer Tchingiz Kaghan (ou Kaghan universel, c’est-à-dire Grand Khan universel), titre francisé en « Gengis Khan« . « Il se trouve alors à la tête d’une force militaire extrêmement puissante, dirigée et encadrée par des Mongols, mais dont les troupes (il s’agit bien sûr de cavaliers) sont en majorité turques » (Atlas des peuples d’Orient, Jean et André Sellier, p. 151). Le nom « Tatar » était d’ailleurs à l’origine celui d’un ancien peuple turc qui nomadisait au voisinage des Mongols. Gengis Khan les battit, mais, ayant constaté leur férocité, décida de les incorporer à son armée. Ce qui n’était à l’origine que le nom d’une des composantes de l’armée mongole finit par être employé par certains peuples envahis pour désigner l’armée mongole tout entière : « Les Tatars – ou parfois même, par erreur : « Les Tartares » –  arrivent » . (Plus tard encore, le nom « tatar » allait être utilisé pour désigner certains peuples turquisés vivant en Europe (Russie) et en Asie, à l’instar des Tatars du Tatarstan, les Tatars de Crimée, etc.)

L’armée mongole va ensuite essaimer dans différentes directions, et, par la conquête, donnera naissance à l’empire Mongol, où règnera ce qu’on appelle la Pax mongolorum. Gengis Khan donne en fait aux cités qu’il aborde la possibilité de se soumettre à son ordre ; celles qui refusent sont assiégées et une grande partie de leur population est massacrée.

A la mort de Gengis Khan, en 1227, son empire est partagé en ulus, entre ses fils (l’un de ceux-ci étant alors déjà mort, c’est à un de ses petit-fils qu’une part de l’empire est confiée). Un Kaghan, ou Grand Khan, dont l’autorité est reconnue par les simples khans, demeure toutefois. Cependant, officiellement après Kubilai et dans les faits depuis la mort de Mongka même, l’empire se disloque en khanats indépendants. C’est ainsi qu’existent :
– le Grand khanat,
– le khanat de la Horde d’Or (au sein duquel le khanat de la Horde Blanche constitue une entité autonome),
– le khanat de Djaghataï
– et l’Il-khanat.

L’Il-khanat a été constitué par Hülegü, un petit-fils de Gengis Khan envoyé en 1255 par son frère le Grand Khan Mongka pour s’emparer de l’Irak, de la Syrie et de l’Egypte. C’est Hülegü qui a saccagé Bagdad et fait tuer le calife abbasside en 1258. On dit que ce seraient des Persans qui, par animosité pour les Arabes, auraient poussé le khan à s’en prendre de la sorte à la grande cité abbasside des bords du Tigre. L’Il-khanat a pour centre la Perse, et, suite aux menées de Hülegü, il recouvre les actuelles Afghanistan, Pakistan (partiellement), Iran, Caucase (partiellement), Irak jusqu’aux bords de l’Euphrate. Le sultanat turcoman seldjoukide de Roum, en Anatolie (actuelle Turquie) devient leur vassal, de même que le royaume arménien de Cilicie.

La Syrie est conquise (Damas comprise) en 1260, et les soldats mongols poussent jusqu’à Gaza. Le tour de l’Egypte semble proche, mais la mort du grand khan Mongka oblige Hülegü à repartir la même année, tout en laissant une armée sur place.

Or, par ailleurs face à l’inefficacité des Ayyoubides (qui règnent sur la Syrie et l’Egypte) devant la septième croisade, certains de leurs mercenaires turcs, les Mamelouks, sont arrivés au pouvoir en Egypte en 1250. Amin Maalouf écrit : « La première poussée mongole en pays d’islam a de fait coïncidé avec l’invasion franque en Egypte de 1218 à 1221. Le monde arabe avait alors l’impression d’être pris entre deux feux (…)«  (Les croisades vues par les Arabes, p. 268) ; et il relate ce propos de Ibn ul-Athîr : « Attaqués par les Mongols – les Tatars – à l’est et par les Franj à l’ouest, les musulmans n’ont jamais été placés dans une position aussi critique. Seul Dieu peut encore leur porter secours » (p. 267). « Surtout, leur pouvoir [= celui des Ayyoubides] faiblissant n’était plus en mesure de faire face aux périls qui menaçaient l’islam à l’Est comme à l’Ouest. La révolution mamelouk apparaîtra très vite comme une entreprise de redressement militaire, politique et religieux«  (p. 274).

En effet, car d’un côté les Mamelouks gagnent du terrain sur les Croisés (ils mettront finalement fin à la présence de ceux-ci sur la terre arabe lors de la bataille d’Acre en 1291). Et d’un autre côté, lors de la bataille de ‘Ayn Jâlût en septembre 1260 (658 a.h.), ils écrasent l’armée du mongol Hülegü restée sur place. Ce fut, écrit Jean-Paul Roux, « la première défaite des Mongols » (Histoire de l’Empire mongol, 1993, Fayard, p. 361) ; « pour la première fois, les Mongols furent battus » (Ibid., p. 363). Les Mamelouks récupèrent ensuite les terres syriennes occupées précédemment par les descendants de Gengis Khan. La Syrie est perdue pour ceux-ci, et leur expansion est arrêtée dans cette direction ; en effet, malgré plusieurs tentatives (dont l’une sous Hülegü lui-même, d’autres sous Abaga, son fils et successeur), les Mongols seront incapables de la reconquérir. Arghun, fils d’Abaga, adressera même au Pape et à des rois européens une proposition de plan pour envahir la Syrie. En vain. La frontière de l’Il-khanat semble arrêtée, dans cette région, sur les bords de l’Euphrate.


B) Ghazan, empereur mongol converti à l’islam :

Or, quelques années plus tard, le nouvel empereur de l’Il-khanat depuis 1295,Ghâzân (fils d’Arghun, lui-même fils d’Abaga, fils de Hülegü, fils de Tolui, fils de Gengis Khan), va tenter par 3 fois (en 1299, en 1300 et en 1303) de reconquérir la Syrie, avec, au-delà, également comme objectif l’Egypte..

Et, en 1295, Ghâzân s’est converti à… l’islam.

La chronologie qui suit de ces tentatives d’invasions est extraite de Lettre à un roi croisé, Jean-Yahya Michot, pp. 35-62 ; Ibn Kathîr a également, dans son Al-Bidâya wa-n-nihâya, tome 14, relaté ces invasions et le rôle joué par Ibn Taymiyya pour animer la résistance.

En novembre 1299 (muharram 699 a.h.), Ghâzân franchit une première fois l’Euphrate. L’armée mamelouke, dirigée par le sultan en personne, venu d’Egypte, lui livre bataille en décembre 1299 (rabî’ ul-awwal 699) mais doit battre en retraite. Bientôt les Mongols entrent dans Damas, mais la citadelle de la ville refuse de se rendre. Un gouverneur mongol de Syrie est même officiellement nommé.
L’historien chrétien copte Ibn Abi-l-Fadhâ’ïl (mort en 759 de l’hégire / 1358 de l’ère grégorienne) relate que peu après le début de sa victoire sur Damas, l’Il-khan fit lire la déclaration suivante à la mosquée des Omeyyades : « Nous avons appris que les souverains d’Egypte et de la Syrie sont sortis de la voie de la religion, qu’ils ne sont plus attachés aux prescriptions de l’islam, qu’ils violent les pactes qu’ils ont contractés, qu’ils se lient par des serments qu’ils ont l’intention de ne pas tenir, qu’il n’y a à attendre d’eux ni respect de leurs engagements ni honneur, que leur politique ne connaît aucun esprit de suite ni aucune ordonnance, que chacun de ces souverains, quand il arrive au pouvoir, se précipite sur la terre pour y porter le malheur, pour y dévaster les champs, pour anéantir les moissons qu’ils portent et les hommes qui les cultivent. Allah n’aime point le désordre, et c’est un fait patent que chacun d’eux a pris pour règle manifeste de conduite d’opprimer le peuple, d’étendre des mains criminelles contre ses femmes et ses biens, de s’écarter de la voie droite de la justice et de l’équité, tandis qu’ils les écrasent de leur violence et de leur tyrannie. Notre zèle pour l’honneur de la religion, notre ferveur pour l’islam nous ont alors incité à marcher contre ce pays, pour mettre fin à cette oppression, pour anéantir cette tyrannie, en conduisant avec nous une foule innombrable de nos soldats. Nous nous sommes juré à nous-même, si Allah le Très Haut nous permettait de conquérir cet empire, de le délivrer de l’oppression et du mal qui y règnent, d’y répandre la justice et les bienfaits sur tous les hommes, pour nous conformer à l’ordre divin… » (Histoire des sultans mamlouks, cité par Y. Michot inLettre à un roi croisé, pp. 33). Yahya Michot écrit ensuite : « En cette déclaration, il serait trop facile de ne voir que propagande et désinformation. Le tableau qui y est brossé du régime mamlûk ne manque pas de réalisme ; il suffit de se rappeler les mésaventures du jeune sultan al-Nâsir pour s’en convaincre » (Lettre à un roi croisé, p. 33).
Rashid ud-dîn al-Hamadhânî, médecin, historien et vizir des Mongols, faisait également valoir que l’invasion de la Syrie par les Mongols « fut décidée à la suite de plaintes des populations du sud de l’Asie mineure, notamment de Mardin, relatives aux « agissements détestables (af’âl-é makrûh) des Syriens à leur encontre. Il y aurait notamment eu, durant le mois de Ramadan, des orgies « avec les filles des musulmans » et des beuveries dans les mosquées ! « Si « le pâdishâh de l’islam » attaque le sultanat mamlûk, c’est donc pour « protéger l’islam » et « repousser le mal de ces oppresseurs ». Il peut par ailleurs se prévaloir d’un fetwa en ce sens reçu des « imams de la religion et des ulémas de l’islam » (Textes spirituels d’Ibn Taymiyya, Yahya Michot, XI, note n° 40).

En février 1300, Ghâzân quitte la Syrie mais laisse une armée mongole sur place et, de plus, fait connaître son intention de revenir pour conquérir l’Egypte. Mais il devra rappeler son commandant militaire en Irak. Enfin, suite à divers événements, dont la rumeur du retour en Syrie de l’armée du sultan mamelouk, les Mongols abandonnent l’occupation de la ville et doivent quitter la région.

En octobre 1300 (safar 700), Ghâzân franchit de nouveau l’Euphrate pour tenter de nouveau la conquête de la Syrie. Le sultan mamelouk, après avoir quitté le Caire en direction de la Syrie, doit rebrousser chemin, arrêté par la rudesse de l’hiver. Cependant, sans livrer bataille, Ghâzân, puis, après lui, son commandant militaire doivent regagner l’Iran.

En février 1303 (rajab 702), Ghâzân envoie son armée – lui-même ne pouvant cette fois venir – avec pour mission de conquérir Damas. De son côté, le sultan mamelouk, accompagné du calife abbasside – lequel séjourne également au Caire – arrive avec une armée pour défendre la Syrie. En avril 1303 (ramadan 702), c’est la bataille de Shaq’hab, et la victoire des Mamelouks sur les Mongols.

C’est l’année suivante, en mai 1304 (shawwâl 703), que Ghâzân meurt.


C) Ibn Taymiyya appelle à résister à l’envahisseur :

Ibn Taymiyya a joué un rôle important dans la mobilisation des Syriens face à l’envahisseur, de même qu’il n’a pas hésité à se rendre personnellement auprès du sultan mamelouk au Caire pour l’exhorter à venir avec une armée.

Plus tard, dans sa Lettre à Sir Johan, baron croisé de l’île de Chypre, destinée à lui demander de libérer les prisonniers musulmans faits par les croisés chypriotes sur le côte syrienne, et écrite d’après Th. Raff et Y. Michot vers 703/1304 (Lettre à un roi croisé, p. 91), Ibn Taymiyya rappellera à son interlocuteur que, lors des invasions mongoles de la Syrie, il était personnellement intervenu pour que les « Tatars » libèrent non seulement les musulmans (« ahl ul-milla« ) mais aussi les juifs et les chrétiens (« ahl udh-dhimma« ) faits prisonniers par les envahisseurs (MF 28/617-618). Ibn Taymiyya fait ici allusion à son entrevue avec le commandant mongol Mûlây, en rajab 699 (mars 1300), pour faire libérer les prisonniers que les Mongols avaient faits ; Mûlây n’acceptant de relâcher, parmi ceux que son armée avait faits prisonniers, que les musulmans, Ibn Taymiyya refusa d’abandonner même un dhimmî. Voici les termes qu’il écrivit à Sir Johan : « Les chrétiens savent que lorsque je parlai aux Tatars au sujet de la libération des prisonniers, Ghâzân et Qutlushâh les libérèrent ; et lorsque je parlai à Mûlây à leur sujet, il accepta de libérer les musulmans [seulement] et me dit : « Mais avec nous se trouvent des chrétiens que nous avons faits prisonniers à Jérusalem, ceux-là ne seront pas libérés ! » Je lui dis : « Au contraire, tous ceux qui sont avec toi, de juifs et de chrétiens, qui sont les gens sous notre protection, nous ferons briser leurs liens ! Nous ne délaisserons aucun prisonnier, ni parmi les gens de la religion, ni parmi les gens de la protection ! » » (MF 28/617-618). Et Ibn Taymiyya de préciser à Sir Johan que, lors de la première invasion mongole (de 699), l’armée mamelouke avait retenu son bras lorsqu’elle avait su que l’armée qui lui faisait alors face n’était plus, comme celle qui était venue autrefois sous Hülegü, kâfir, mais s’était convertie à l’islam (MF 28/618).

Car certains musulmans hésitèrent en effet face à Ghâzân Mahmûd et son armée. C’est d’ailleurs pourquoi des questions ont été adressées à Ibn Taymiyya lui demandant si c’est un devoir, voire s’il est même licite de combattre ces « Tatars » convertis à l’islam et venus envahir la Syrie.

Dans Majmû’ ul-fatâwâ on lit 3 questions de ce genre et les réponses de Cheikh ul-islâm (28/501-508, 509-543 et 544-553).
– La première question évoque explicitement « ces Tatars qui étaient venus en l’an 699 et avaient fait ce qui est bien connu : tuerie de musulmans, emprisonnement d’une partie des enfants, attaques de musulmans qu’ils trouvaient ; ils ont transgressé les choses sacrées du dîn : humiliations des musulmans, dérespect de mosquées et particulièrement de Bayt ul-maqdis, où ils ont semé le mal ; ils ont pris une partie importante de biens de musulmans et du Trésor public ; ils ont emprisonné un grand nombre d’hommes musulmans et les ont fait sortir de leur pays ; avec tout cela, ils ont prétendu être attachés aux deux témoignages de foi (…) » : « est-il autorisé de les combattre ? est-ce obligatoire ? » (MF 28/501-502).
– La seconde question évoque « ces « Tatars qui viennent à Shâm une fois après l’autre » : « les combattre est-il obligatoire ou non ? » (MF 28/509).
– La troisième question interroge seulement au sujet de « personnes qui se retiennent de combattre les Tatars » au motif qu’« il se trouve parmi eux des gens qui sont contraints » et désire donc un éclaircissement par rapport à cet argument qui est avancé par certains (MF 28/544).
Au moins les deux premières réponses ont été écrites, on le voit, après la première invasion de la Syrie par les Mongols.

Dans Majmû’ ul-fatâwâ on lit aussi un autre texte, écrit directement par le grand savant sur le sujet. Il a été quant à lui écrit, affirme le compilateur, « lorsque l’ennemi, les Tatars, s’étaient avancés en l’an 699 jusqu’à Alep«  ; le cheikh y appelle les musulmans à prendre les armes face à l’envahisseur (MF 28/410-423).

On lit, dans Majmû’ ul-fatâwâ, un autre texte encore, écrit après le repli des Mongols faisant suite à leur seconde tentative d’invasion (laquelle a eu lieu en safar de l’an 700 / en 1300), et qui fait un parallèle entre leur première invasion et la campagne de Uhud, et leur seconde tentative et la campagne du Fossé à l’époque du Prophète (sur lui soit la paix) (MF 28/28/424-467).

Pour en revenir aux questions qui sont posées à Ibn Taymiyya, elles partent de l’idée que toute action doit être fondée sur un texte du Coran ou de la Sunna, ou un Consensus de la Umma ; or, si le fait de repousser l’envahisseur non-musulman tel que Hülegü trouve son analogie avec les batailles de Uhud et du Fossé, à quoi faire correspondre (ilhâq) le cas où l’envahisseur est musulman et qu’il affirme vouloir faire régner la justice et la droiture de façon plus conforme aux principes de l’islam que ne le faisait jusqu’à présent le pouvoir en place ? Le conflit qui a commencé entre l’Il-khanat et le Sultanat mamelouk n’est-il pas comparable à celui qui avait eu lieu entre Alî et Mu’âwiya à Siffîn, où dans les deux camps il y avait des gens sincères et appartenant à la droiture, conflit auquel certains Compagnons ne prirent aucune part ?

A cela Ibn Taymiyya répond que cela ne lui est en rien comparableSiffîn fut uneqitâlu fitna, où le mieux aurait été de s’abstenir, comme le firent certains Compagnons ; ce furent des ijtihâds de la part de Mu’âwiya comme de Alî (que Dieu les agrée) qui les conduisirent à se battre.

Ibn Taymiyya fait valoir que le moindre qui puisse être dit au sujet de ces Mongols (« Tatars » est le terme que le cheikh emploie le plus souvent) est que, du point de vue des musulmans de Syrie et d’Egypte, ils sont comme le musulman qui en attaque un autre (al-muslim as-sâ’ïl) pour lui prendre ses biens ou sa vie, ce qui rend au moins autorisé [jâ’ïz] pour les Syriens de les combattre lorsqu’ils s’avancent (MF 28/540-541).

Mais, dit encore en substance Ibn Taymiyya, les combattre n’est pas chose simplementautorisée [jâ’ïz], c’est, bien davantage, un devoir.

Ibn Taymiyya écrit qu’on ne peut même pas considérer l’armée des Mongols comme des bughât ‘ala-l-amîr bi bagh’yin mujarrad, avec les règles qui sont attachées à cette dénomination (notamment la règle de l’interdiction de poursuivre ceux d’entre eux qui fuient après avoir été combattus), car l’application de cette dénomination dépend de la présence d’une ta’wîl sâ’ïgh [Al-Mughnî 12/71]. Or l’invasion des Mongols de Ghâzân ne repose sur aucune ta’wîl sâ’ïgh du point de vue de l’islam (MF 28/541-542).


D) Ibn Taymiyya présente comme arguments à cela un certain nombre de paramètres islamiques

Premièrement) L’armée des Mongols venus attaquer la Syrie est constituée de quatre types de personnes :
– des gens qui se réclament ouvertement d’une autre religion que l’islam ;
– des gens qui, auparavant, étaient musulmans mais ont ouvertement apostasié de l’islam et se réclament donc aujourd’hui d’une autre religion que l’islam ;
– des gens qui ont continué à s’affilier à l’islam bien qu’ayant refusé l’adhésion (en croyance même) aux prescriptions fondamentales de l’islam et sont devenues apostates par rapport à ces prescriptions ;
– des gens qui, auparavant, étaient kafirs, puis se sont affiliés à l’islam mais n’ont pas adhéré à la pratique de ses prescriptions fondamentales (MF 28/413-416).
Ailleurs il précise que c’est ce groupe – celui que nous avons cité ici en quatrième position – qui constitue le plus gros de l’armée mongole (MF 28/504). Et c’est ce qui fait que dans trois fatwas, il se concentre surtout sur la règle à suivre pour le pouvoir musulman face à ceux qui sont dans ce cas.
Ce plus gros de l’armée mongole, relève-t-il, forme un groupe rassemblé autour de quelque chose qui constitue une non-pratique des actes strictement obligatoires et publiques, ou une persistance à commettre des actes strictement interdits et publiques, et ce groupe dispose d’une puissance qui fait qu’il est hors du pouvoir de sanction de l’autorité (lâ yuqdaru ‘alayhi bi ghayri qitâl). La règle à suivre à leur sujet est donc la même que celle qui s’appliqua à ceux qui refusèrent d’abandonner la pratique du prêt à intérêt dans la ville de Tâ’ïf, ceux qui refusèrent de s’acquitter de la zakât sous Abû Bakr, et ceux qui furent Kharijites sous Alî (cliquez ici et ici) : ils doivent être combattus (MF ; voir les trois fatwas susmentionnées ; en 28/548 se trouve une phrase où cela est dit très clairement). Le fait est que l’armée de Ghâzân forme – dans sa plus grande partie et, en même temps, dans ce qu’elle a de moins éloigné des enseignements de l’islam – un groupe disposant d’une force (« tâ’ïfa mumtani’a« ), qui, certes, proclame les deux témoignages de la foi musulmane, mais se réfère à autre chose que le Coran et la Sunna pour régler ses litiges (MF 28/505, 523) ; Ibn Taymiyya l’a écrit ailleurs, leur référentiel est le Yassaq [ou « Yassa« ] (MF 35/386, 408) (voir également MF 22/52-53). De plus, la majorité d’entre eux ne pratiquent pas leurs cinq prières quotidiennes (MF 28/504). C’est le précédent des prêteurs à intérêt de Tâ’ïf, de ceux qui refusèrent de s’acquitter de la zakât sous Abû Bakr et des Kharijites sous Alî que Ibn Taymiyya invoque donc pour justifier le devoir que les musulmans ont de combattre l’armée de Ghâzân. Il écrit que ce devoir s’applique même si ce groupe restait chez lui, et donc a fortiori quand ce groupe envahit le territoire de musulmans (MF 28/416, 506).

Deuxièmement) [Ces Mongols prétendent qu’ils feront régner les principes de l’islam mieux que ne l’ont fait les Ayyoubides et leurs successeurs au pouvoir, les Mamelouks.] Or en vérité ce n’est pas pour la cause de l’islam qu’ils combattent, mais pour la cause de l’ordre gengiskhanide. Et Ibn Taymiyya de citer des faits avérés qui le montrent clairement (MF 28/505, 521-523). D’ailleurs, eux qui prétendaient qu’ils avaient envahi la Syrie pour mettre fin aux crimes que les mamelouks commettaient et pour appliquer les règles de l’islam avec plus de ferveur, ils se laisseront aller à des atrocités à Damas et dans les environs (voir ce que Ibn Abi-l-Fadhâ’ïl a relaté à ce sujet et qui est visible in Textes spirituels d’Ibn Taymiyya, Yahya Michot, XI, notes 42, 43, 44, 45 et 46).

Troisièmement) Les Mongols sont plus favorables au chiisme rafidhite qu’au sunnisme ; ils ont d’ailleurs empêché que l’on fasse mention des califes orthodoxes en chaire. Et les rafidhites aiment les Mongols et leur Etat (MF 28/527). Les musulmans syriens, veut dire Ibn Taymiyya, ne peuvent pas accepter de laisser s’installer le rafidhisme sur eux.

Quatrièmement) Le sultanat Mamelouk, établi sur la Syrie et l’Egypte, constitue, au moment précis où Ibn Taymiyya vit, le seul Etat musulman qui adhère à l’islam orthodoxe tout en pouvant véritablement être considéré comme une puissance. « Celui qui médite la situation du monde en ce moment saura que ce groupe [= ceux qui règnent sur la Syrie et l’Egypte] est le groupe qui établit le plus le dîn de l’islam : en ‘ilm, en ‘amal et en effort ; de l’Orient jusqu’en Occident. (…) C’est la raison pour laquelle lorsqu’ils ont été défaits en l’an 699, il s’est abattu comme avilissement et difficulté sur les gens de l’Islam, aux orients et aux occidents de la Terre, ce que Dieu seul sait. Les récits à ce sujet sont nombreux, ce n’est pas ici le lieu pour les (évoquer). C’est que les habitants du Yémen sont en ce moment faibles (…). Quant aux habitants du Hedjaz, la plupart d’entre eux ou nombre d’entre eux sont khârijûn ‘an is-sharî’a [cliquez ici pour découvrir ce que Ibn Taymiyya signifie par cette formule] ; il y a en eux comme bid’a, dhalâl et fujûr ce que Dieu seul sait ; les gens de la îmân et du dîn sont considérés faibles et sont impuissants. (…) Quant aux cités de l’Ifriqiya, ce sont des Bédouins qui sont parmi les pires hommes qui y dominent ; eux-mêmes méritent qu’on les combatte [cliquez ici]. Quant à l’Extrême-Maghreb [= l’Andalousie], alors : à cause de la domination des Francs sur la plupart de leurs cités, les (musulmans de là-bas) ne peuvent plus combattre les Chrétiens [qui sont leurs ennemis ; il s’agit des auteurs de la Reconquista]. (…) Ceci, ainsi que d’autres choses, montre que ce groupe qui se trouve actuellement en Syrie et en Egypte constitue la phalange de l’islam. Le fait qu’ils soient puissants revient à la puissance de l’islam, et le fait qu’ils soient avilis revient à l’avilissement de l’islam. Si les Tatars se rendaient maîtres d’eux, il ne resterait à l’Islam ni puissance ni parole élevée… »(MF 28/532-534).

Ibn Kathîr relate brièvement pour sa part que, face aux interrogations des gens quant au statut que revêtait le fait de combattre les Mongols devenus musulmans, Ibn Taymiyya déclara : « Les Tatars sont du même type que les Kharijites qui firent une insurrection armée (kharajû ‘ala) contre Alî et Mu’âwiya et se considérèrent plus aptes qu’eux deux à diriger. Ces [Tatars] prétendent être plus aptes que les musulmans [en place dans le régime mamelouk] à faire établir le vrai ; ils blâment, chez ces musulmans, ce qu’ils font comme péchés et injustices, alors qu’eux-mêmes font choses beaucoup plus graves ». Ibn Kathîr relate : « Les ulémas et les gens prirent alors conscience de cela » (Al-Bidâya wa-n-nihâya 14/25). En fait les Kharijites firent unemuhâraba, tuant sans raison ‘Abdullâh ibn Khabbâb et son esclave, et refusant de livrer le coupable, arguant qu’ils approuvaient l’assassinat ; ils devinrent alors muhâribûna sâ’ûna fi-l-ardh fassâdan, et c’est alors que ‘Alî les combattit et les écrasa à Nehrawân (cliquez ici). Plus tard encore l’un d’eux blessa mortellement ‘Alî, pendant qu’un second attaqua Mu’âwiya avec l’intention de le tuer mais ne réussit qu’à lui infliger une blessure non létale, et qu’un troisième voulut agir de même avec ‘Amr ibn ul-‘As mais se trompa de personne.


E) La question qui se pose ici est : Pourquoi donc Ghâzân a-t-il entrepris cette tentative de conquête de terres musulmanes alors qu’il était devenu musulman ? Son islam n’était-il que de façade ? ou bien était-il ignorant ?

Yahya Michot, qui, dans son ouvrage suscité, Lettre à un roi croisé, a effectué un travail de profondeur à propos des événements de cette période dans la région, relève trois raisons à cette tentative débutée par Ghâzân en l’an 699 contre le  Sultanat mamelouk (on notera que les trois raisons sont liées l’une à l’autre)…

Primo) Depuis leur victoire sur les Croisés en 1291 (690), les Mamelouks sont devenus entreprenants : ils se sont attaqués en 1298 (697) à la cité de Sis – capitale du royaume arménien de Cilicie –, puis, en 1299 (698), à Mardin – capitale d’un royaume turcoman autonome –, deux royaumes vassaux de l’Il-khanat (les deux villes se trouvent sur ce qui est aujourd’hui le territoire de la Turquie). Comment, se demandent probablement les Mongols, ces Mamelouks osent-ils s’en prendre ainsi à nos vassaux ? Sans compter que si on les laisse continuer ainsi, à moyen terme ils risquent de s’en prendre directement aux terres de l’Il-khanat.

Secundo) Ghâzân se sent investi d’une mission civilisatrice : il s’agit de faire régner sur terre l’ordre et la justice. Chez ses ancêtres non-musulmans, le référentiel pour la définition de ce qu’est l’ordre et de ce qu’est la justice était le Yassa (ou « Yassaq »), la loi mongole. Converti à l’islam, Ghâzân trouve peut-être dans ce qu’il connaît de la Shar’ des injonctions de droiture et de justice qui lui semblent les mêmes, en leur objectif et en leurs principes généraux, que le Yassa. Cependant, se limitant aux principes généraux, il ignore peut-être les différences, quant aux moyens destinés à la réalisation de ces droiture et justice, existant entre Yassa et Shar’. Ibn Taymiyya relève que les Mongols sont très ignorants des règles de l’islam (MF 28/525, 552). Yahya Michot pense qu’il n’est pas besoin, quant à la conversion de Ghâzân à l’islam, de parler de duplicité et d’insincérité, comme l’a fait Raff (Lettre à un roi croisé, note de bas de page n° 45, p. 32). Jean-Paul Roux écrit de Ghâzân : « Il demeurait, en dépit de sa conversion à l’islam, un pur Mongol et gardait son attachement au Yasaq et à son premier précepte, la tolérance » (op. cit., p. 431). Il s’agit de la tolérance telle que la définit le Yassaq (et dont les limites ont pu être vues lors de la conquête mongole de Baghdad) et non telle que la définit la Shar’.

Tertio) Comme idée peut-être secondaire mais découlant malgré tout des deux raisons précédentes, Ghâzân pourrait avoir voulu reprendre à son compte l’objectif de son ancêtre Hülegü, c’est-à-dire avoir voulu tenter la conquête autrefois ratée de la Syrie, et ce pour les deux raisons venant d’être évoquées.

Wallâhu A’lam (Dieu sait mieux).

source lien directe : http://www.maison-islam.com/articles/?p=509

 

Cheikh Ibn Taymiyya rencontre l’émir des Mongoles/Tatars pendant le siège de Damas (Le sultanat Mamelouk)

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L'armée Islamique des Mamelouks taillent en pièces les mongoles à la Bataille d'Homs en 1281
L’armée Islamique des Mamelouks taillent en pièces les mongoles à la Bataille d’Homs en 1281

Lorsque les Mongoles  ont envahi et conquis le Cham puis entouré Damas avec leurs armées, les autorités de la ville envoyèrent comme ambassadeur Ibn Taymiyya et d’autres, auprès du chef des Tatars l’émir Qazan. Les dignitaires présents avec le cheikh al Islam, énoncèrent qu’Ibn Taymiyya lui parla avec une telle audace que ses compagnons s’éloignèrent de lui de peur que le cheikh soit décapité sur place et par cela éclabousse de son sang ses compagnons.

Ibn Taymiyya s’adressa à l’émir directement et lui dit :

« Toi tu prétends être musulman et selon ce qui nous est parvenu, il y a avec toi un imam, un cheikh et un muezzin.

Tes parents étaient non-musulmans mais ils n’ont jamais fait ce que toi tu as fait.

Eux ils ont pris un engagement et ils l’ont honoré.

Toi tu as pris un engagement, mais tu l’as trahi.

Tu as combattu mais tu as été déloyal. »

Par sa fermeté et l’impression qu’il fit sur le chef des tatars, celui-ci promit de ne pas prendre Damas, et Qazan demanda alors à Ibn Taymiyya de prier pour lui, et celui-ci d’invoquer Dieu dans ces termes :

« Mon Dieu, si ton serviteur Qazan est sorti en campagne pour répandre ta parole et secourir ta religion, assiste le, raffermit ses pas et fait qu’il gouverne sagement le pays et le peuple.

Mon Dieu, s’il sort en campagne pour faire parler de lui, voulant corrompre le pays et tuer les gens, alors détruit son royaume et brise lui le dos… »

Après avoir quitté Qazan, ses accompagnateurs l’accablèrent de reproche sur le chemin du retour :

« Malheur à toi qu’as-tu fais ?

Comment t’adresses-tu au roi des Tatars qui cerne aujourd’hui le pays de Cham ?

Par Dieu nous ne voyagerons plus à tes côtés, car il se peut qu’il envoie quelqu’un pour te tuer. »

Et lui de répondre :

« Par Dieu, moi aussi je ne voyagerais plus avec vous car vous êtes des lâches… »

Tarikh Ibn Al Wardi (T.2 p.287) et dans Al Bazar (p.72/73)

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Le sultanat Mamelouk du Caire tuteur des Abbassides:

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La rue et la mosquée  du sultan Mamelouk al Ghouri au Caire
La rue et la mosquée du sultan Mamelouk al Ghouri au Caire
Le sultanat Mamelouk du Caire tuteur des Abbassides, fut l'état Islamique le plus puissant de sont époque
Le sultanat Mamelouk du Caire tuteur des Abbassides, fut l’état Islamique le plus puissant de sont époque

 

La rue du Mousky au Caire  Ce quartier a été construit vers 1400 par les Mamelouk  ( peinture du 19eme siècle )
La rue du Mousky au Caire Ce quartier a été construit vers 1400 par les Mamelouk ( peinture du 19eme siècle )